- Générique
La Sainte Famille, le podcast pour grandir ensemble. La Sainte Famille, c'est des conversations enregistrées en une prise, sans montage ni retouches, des partages inspirés et inspirants pour grandir ensemble.
- Estelle
Bonjour la Sainte Famille,
- Claire
Bonjour, bonjour Estelle,
- Estelle
Bonjour Claire, bonjour à tous. Alors la température familiale aujourd'hui pour chacun de nous? Claire, toi tu dirais quoi ?
- Claire
Ouais, écoute moi ce matin il y a de la joie. C'est vraiment joyeux et délicieux parce que...
- Estelle
Ah mais c'est super, ça fait du bien.
- Claire
Ouais ça fait du bien de se réveiller comme ça. Et chez toi ?
- Estelle
Eh bien écoute, moi pas. Non, pas du tout. C'est plus contrasté. C'était plus contrasté. Aujourd'hui, c'est plus contrasté parce que parfois il y a plusieurs humeurs en une seule. On passe par des couleurs différentes en l'espace de très peu de temps. Et donc voilà. Je dis ça, contrasté.
- Claire
Oui, j'ai une image de kaléidoscope quand tu dis ça.
- Estelle
Tu vois ça, de plein de petites zones qui glissent. Donc voilà, on en est là. Je rappelle encore une fois que nous pouvons reprendre le pouvoir à tout instant sur nos vies délicieuses. N'hésitons pas.
- Claire
Un petit peu, un petit air presque machiavélique.
- Estelle
C'est ça, c'est ça. Parfois, pour le meilleur.
- Claire
Pour le meilleur,
- Estelle
Exactement. Et du coup, c'est vrai qu'on a toutes les deux, toi et moi Claire, je dis ça, j'aime bien dire ça mais... des créatures de 12 ans qui vivent à la maison. Et je pense que vous aussi, qui êtes avec nous aujourd'hui, vous pouvez avoir soit des créatures adolescentes ou préadolescentes, comme on le dit justement, on va revenir un peu sur ces points-là, sur ces mots que je ne trouve pas très beaux. Vous avez soit des créatures adolescentes ou préadolescentes chez vous, ou alors aussi, de toute façon, nous avons tous été.
- Claire
Adolescent, exactement.
- Estelle
C'est pour ça que, que murmure-t-on à l'oreille de nos ados et que murmurent-t-ils à notre oreille ?
- Claire
Oui, moi j'adore qu'on se penche sur ce sujet parce que, pour tout vous dire, c'était même un besoin que j'avais de me pencher sur ce sujet justement très personnel à l'orée de l'adolescence de ma fille. J'avais vraiment envie de zoomer là-dessus parce que j'ai aussi envie peut-être de regarder ce que j'ai vécu moi dans ma propre adolescence et à l'origine de ce podcast en ce qui me concerne il y avait ce germe, ce questionnement.Je suis tellement contente de partager ça avec toi Estelle et avec vous et d'ouvrir un espace très aimant sur nos adolescences et sur nos adolescents. J'aime bien aussi ce terme qu'on a choisi de murmure pour introduire ce sujet parce que je trouve qu'il y a beaucoup de dureté et presque de violence qui est assimilée à l'adolescence, alors que moi je ressens un grand besoin de délicatesse. Déjà, je ne sais pas, qu'est-ce que vous en pensez de ces premiers termes et de ces notions ? Est-ce que ça vous parle ? Est-ce que vous le ressentez comme ça ? Est-ce que ça résonne chez vous ?
- Estelle
C'est ça.
- Claire
Ces deux possibilités
- Estelle
Oui, puis c'est vrai que... Cette histoire d'adolescence, c'est vrai que ça m'a toujours un peu gênée. Tu vois ces mots très facilement jetés comme ça, c'est la crise d'adolescence, mon fils est en crise d'ado. Et en fait, c'est quelque chose que j'ai beaucoup de mal à accepter, enfin en tout cas à valider, à tolérer, parce que je trouve que c'est vraiment mettre quelqu'un dans une case. Mais toutes les crises qui sont dans la case, dans une cage bien sûr. Crise de la quarantaine, crise de la... Enfin, il y a toujours des crises. Mais en fait, les crises, c'est juste des choses qu'on n'a pas résolues, qu'on n'a pas forcément été regarder profondément. Et qu'il y a un moment, ça jaillit de nous comme quelque chose d'inarrétable. Et c'est bien normal.
- Claire
C'est extrêmement sain finalement.
- Estelle
C'est extrêmement sain et heureusement. Mais si tout de suite on jette un sort à cette expression en se disant que c'est la crise d'ado, donc en fait, on y est pour... En fait, on n'y est pour rien.
- Claire
Oui, en fait, on va tous le subir.
- Estelle
Voilà, on va tous le subir de l'extérieur en se disant « Ah ben voilà, c'est la crise d'ado » . Et je trouve ça très triste.
- Claire
Moi aussi, je suis très mal à l'aise avec ce conditionnement et cette étiquette-là. Parce que je trouve que c'est injuste de faire de l'adolescence, de toutes ces années qu'on vit en famille, un moment difficile et que ça soit communément accepté comme tel. Un moment ingrat, l'âge ingrat. Désagréable à vivre. Et c'est vrai que, ben voilà, en fait je n'ai pas envie de contribuer à cautionner ça alors que ma fille va aller vers cette étape de vie. Enfin,
- Estelle
bien sûr.
- Claire
Et je me suis beaucoup demandé, j'ai pas encore toutes les réponses, mais justement, qu'est-ce que j'ai envie de croire ? de me raconter ? Qu'est-ce que j'ai envie de préparer pour elle dans ma représentation ? Et qu'est-ce que j'ai envie de vivre aussi moi en tant que parent ?
- Estelle
Bien sûr.
- Claire
Parce que ça invite aussi à se repositionner, justement, à s'ajuster. Il y a beaucoup, beaucoup d'ajustements, je trouve, qui sont demandés en tant que parent.
- Estelle
Et puis surtout, pardon, mais qu'est ce qui se passe chez mon enfant qui grandit, qui n'est plus un enfant, qui n'est pas encore un adulte. Alors on peut mettre mille mots là-dessus, mais c'est une transition.
- Claire
Exactement.
- Estelle
Qu'est-ce qui se passe en fait ? Parce qu'il s'en passe des choses, on sait très bien. Nous tous, là, on a été adolescents, adolescentes et on sait que c'est un moment effectivement où il se passe un tas de choses parce que bien sûr hormonalement, physiquement, mais aussi dans notre cœur, parfois c'est nos premiers amours.
- Claire
Exactement, socialement aussi ça se transforme et ça s'ouvre beaucoup,voilà.
- Estelle
On n'a plus la même place au sein de la famille, on a un autre rôle à jouer.
- Claire
C'est étonnant il y a une toute autre énergie en fait comme une autre sève aussi qui monte et qui demande à s'exprimer différemment...
- Estelle
Qu'est-ce qu'on attend en tant qu'ado ? Qu'est-ce qu'on attend à cet âge là ? je veux dire, qu'est-ce qu'on attend dans cette période de l'existence, je ne sais pas toi Claire et nous tous là et moi aussi, qu'est-ce qu'on attendait adolescents, qu'est-ce qui était précieux pour nous, est-ce qu'on s'en souvient ? Qu'est-ce qui était essentiel ?
- Claire
Ouais, alors moi ce qui me vient tout de suite, c'est la liberté. Enfin tu vois, oh là là, un besoin je pense de liberté, mais je dirais de liberté de pensée, de liberté de mouvement, de liberté de décision, de comme récupérer mon espace. Tu vois, ce sentiment de... Bah je me souviens, moi de toute façon j'ai tapissé ma chambre... Tu vois, les murs de ma chambre étaient couverts de posters. En plus, moi j'ai eu genre 12 ans quand les boys bands ont débarqué en France. Donc j'étais en match parfait, tu vois. Donc il y avait les Spice Girls, les 3T, les Worlds Apart, les années 90. Mais on est passé de rien à tout, tous les murs recouverts. Et tu vois, pour moi ça parle de... c'est mon espace et j'affiche ce que je veux dedans. La chambre c'est symbolique oui oui c'est ça marquer son territoire la personnalité et moi c'est ma musique et c'est ça que j'aime voilà tout à fait il y a aussi une histoire d'affirmation, d'opposition
- Estelle
d'opposition, très importante je m'en souviens ouais ouais jeme souviens que pour moi c'était plus la fête moi je voulais vivre la fête, sortir!
- Claire
C'est très adolescent, la vie est au dehors.
- Estelle
La vie est dehors, sortir, les nuits blanches, les amis, les copains, les potes, la fête quoi. Et tout fêter en fait.
- Claire
Oui j'adore. Mais vers quel âge ça tu dirais ?
- Estelle
Là j'avais peut-être 16 ans. Voilà, c'était vraiment l'adolescence. ce qu'on appelle l'adolescence, 15 ans, 16 ans. On dit ça d'ailleurs après, ça a duré, puis après ça se transforme.
- Claire
Après on passe à autre chose. Voilà. Après le bac, c'est vrai.
- Estelle
Ce moment adolescent où il y a la fois, il y a ce mélange de cette intensité de l'enfance qui peut s'envoler un peu seule. Et c'est ça, parce que quand on est enfant, je veux dire quand on est enfant, on est un feu quoi. D'accord ? On est d'accord qu'on est une sorte de feu de tout. Enfin je veux dire on est émerveillé, on veut tout, on veut tout avoir, on veut tout. Mais on est quand même drivé, on ne peut pas...
- Claire
Alors qu'on n'a pas accès aux choses. exactement.
- Estelle
Alors qu'adolescent, on a conservé ce feu, mais on peut l'emmener avec soi, on peut aller quelque part avec. Et je trouve que ça en dit beaucoup sur aussi les attitudes de nos adolescents puisqu'on les appelle comme ça et c'est très bien comme ça, mais du coup on ne peut pas jeter un sort. Je vais chez les amis qui ont leur ado. Et les parents de dire devant, ils vont se reconnaître. Je vous aime, mais je vous le dis quand même. Mais on en a déjà parlé, ce n'est pas un secret. Mais c'est vrai que ne disons pas devant nos ados. "Non, mais là, il est en crise d'ado." C'est terrible quoi. Parce que c'est gênant, je trouve déjà. C'est tout comme si moi, j'avais vécu une crise de la quarantaine et qu'on m'ait dit devant tout le monde. "Non, mais ne vous inquiétez pas," je suis à table.
- Claire
Oui, c'est ça. C'est terrible de parler de quelqu'un devant lui comme si il n'était pas à. C'est hyper désagréable et plus que ça même je trouve. oui oui mais c'est vrai que souvent les parents font ça avec leurs enfants. Moi aussi, j'ai des souvenirs comme ça, d'entendre ma mère au téléphone parler de moi à des copines, tu vois ? De ce qui s'est passé pour moi, ado. Oui, sûr. L'impudeur, enfin, pour moi, tu vois ?
- Estelle
Et après, parfois, c'est aussi agréable de surprendre une conversation qui parle de nous en de très bons termes Je pense que c'est un truc qu'on peut organiser dans la sainte famille. Tu vois, une petite mise en scène, parfois. Tu sais, où tu parles positivement de ton enfant. Il est censé... Toi, tu sais qu'il est en train d'entendre. Lui, il croit que tu ne sais pas que tu es en train de l'entendre. Qu'est-ce que vous en pensez dans la salle de famille ? On peut s'organiser. Mais du coup, c'est vrai que... Enfin voilà, je pense aussi pourquoi on disait murmurer à l'oreille de nos ados parce que je pense que c'est une période où on a besoin de comprendre et de comprendre qu'on est autant aimé même si on a changé dans la famille. et qu'on est accepté aussi, tu comprends, dans ce changement.
- Claire
Ah absolument, et tu vois pour moi j'ai parlé d'impudeur là à l'instant, mais parce que la pudeur est une composante énorme je trouve de ce qu'on vit, en tant que pré-ado, dès la naissance en fait de ce mouvement, jusqu'à son épanouissement, il y a une pudeur. D'ailleurs, je trouve que c'est un vrai critère la pudeur. Oui. C'est ce qui fait que la porte de la chambre se ferme, que la porte de la salle de bain se ferme. Oui, exactement. Que l'enfant ne dit plus tout.
- Estelle
Oui.
- Claire
Tu vois, il y a chacun son espace, chacun son intimité. Et il y a, je trouve, une demande plus ou moins implicite de l'enfant, du pré-ado de respecter ça tout en ayant la possibilité de quand même, lui, venir rouvrir Et de trouver une oreille attentive. Et c'est ce qui est assez difficile, d'ailleurs, je trouve, en tant que parent. C'est « Ah, tu veux ou tu ne veux pas ? » Enfin, je sais. « Ah, j'ai le droit, aujourd'hui, j'ai le droit. » Alors que d'habitude, tu veux. Exactement. C'est pour ça que je parlais de l'ajustement.
- Estelle
Oui, c'est là tout à fait juste. On est vraiment totalement d'accord avec ça. Et nous, c'est vrai que ça nous met, en tant que parents, ça nous met vraiment parfois dans une situation extrêmement inconfortable. Et en même temps, quel bonheur de les voir diriger les opérations et nous demander de nous... de nous adapter à leurs besoins. Exactement. Et aussi à leur incompréhension d'eux-mêmes. Parce que moi, mon fils parfois me dit « Mais je ne sais pas pourquoi j'ai réagi comme ça. » Ne cherche pas trop à savoir vraiment parce que je n'en sais rien. Je n'en sais rien. Et donc, c'est très... Vraiment, je le remercie de me dire ça. C'est très important. Voilà, c'est ça.
- Claire
Oui, oui. Effectivement, nous, on a besoin de comprendre d'où vient le changement, d'où sort cette réaction, qu'est-ce qu'il veut dire par là. Et en fait...
- Estelle
Non.
- Claire
Ça reste très instinctif aussi.
- Estelle
Et c'est ça que je trouve très beau, quand il n'y a pas de questions. Quand on ne cherche pas trop, à la fois on doit savoir, à la fois en tant que parents, je pense que nos enfants aiment qu'on s'intéresse à eux, mais à la fois on doit trouver un moyen de ne pas être intrusif, tout en montrant qu'on est complètement présent.
- Claire
C'est un sacré job, toutes les étapes de la vie de nos enfants, évidemment qu'on ne sait pas le faire quand ça nous arrive. On apprend à le faire de jour en jour parce que... Je ne sais pas si tu as ressenti ça Estelle, mais moi j'ai senti ce petit parfum d'adolescent remplir l'espace chez nous depuis peut-être déjà deux ans et c'était vraiment une histoire de, je sens que c'est différent, et comme tout ce qui se passe dans la vie de nos enfants, rien ne se fait en un jour ça commence... il y a un petit parfum, puis ce parfum s'installe. Et puis, tout à fait. Et cette image du parfum et cette image du virage qu'on prend progressivement et qui fait que voilà. Donc en fait, il y a une co-découverte de ce changement auquel on s'adapte en live ensemble. Et puis, enfin voilà moi je sais que je n'ai aucune expertise là sur l'adolescence. Je croyais que j'avais atteint une petite expertise parentale au bout de dix ans. Et puis, bof, il faut tout réapprendre.
- Estelle
C'est pour ça que je trouve ça vraiment passionnant de vivre en famille et de vivre avec nos enfants. C'est passionnant, en vrai. Et c'est vrai que particulièrement dans cette période, mais en fait à toutes les périodes, non, c'est faux ce que je vais dire parce que je disais prendre plus le temps avec nos adolescents, mais ce n'est pas vrai parce qu'en fait, c'est un autre temps à prendre.C'est un autre temps de qualité..
- Claire
...qui passe pas mal par faire du shopping.
- Estelle
Alors toi, c'est ça ?
- Claire
Je blague parce que c'est sympa, mais je vois bien que ce qui est demandé... Enfin, ça serait réducteur. Je ne veux pas dire que c'est que ça qui m'est demandé. Une façon de montrer l'amour et l'intérêt passe quand même un peu plus par la consommation que justement par le jeu, par exemple.
- Estelle
Oui, tout à fait. Ça c'est aussi ce à quoi on doit prêter un regard attentif à ça. Parce que c'est vrai que cette société peut aussi voler l'adolescence de nos enfants, de nos jeunes enfants. Je ne sais même pas comment on parle, de nos ados. Et c'est dur parce que... ils ont quand même des choses à vivre qui leur sont vraiment prop Et il ne faut pas que ce soit parasité... profondes. C'est vraiment une grande introspection, l'adolescence en vrai. Mais on ne le sait pas. Mais je dirais que c'est une des premières étapes qui peut être un peu plus en conscience. Et donc, c'est à nous d'accompagner ce mouvement. Moi, je pense ça en tout cas.
- Claire
Oui, je te rejoins et je... Je trouve qu'on pourrait peut-être terminer là-dessus. Oui, tout à fait. Je trouve que c'est... Ça y est, la première dizaine est franchie. Ça y est, on commence à avoir le recul. Oui. Regarder sa première dizaine. Qui on est en train de devenir ? Ce qu'on porte déjà dans notre bagage et vers quoi on va aller ?
- Estelle
C'est un printemps. C'est un long printemps jusqu'à l'été. Voir ce qui va se passer.
- Claire
C'est trop beau vu comme ça.
- Estelle
Ah là là, je suis heureuse de cet échange là, tous ensemble. Dans la sainte famille. Nous voulions vous dire qu'on vous aime.
- Claire
On vous aime !