Speaker #0Bienvenue sur La Studer, le rendez-vous mensuel d'une communauté engagée pour la paix, les droits humains, le vivre ensemble, la non-violence, le féminisme et la justice sociale. L'objectif, donner de la force à ceux qui cherchent à faire écho à ces valeurs. Chaque dernier mercredi du mois, nous nous unissons pour stimuler la réflexion et encourager la discussion. Ensemble, nous explorons des idées puissantes et des actions concrètes pour façonner un monde meilleur. Épisode 2, On est trop nombreuses. Nous sommes toutes des survivantes de la violence. Si je devais vous donner le nombre de femmes que je connais qui peuvent relater des histoires de violence à leur encontre, je crois même que toutes les femmes que j'ai rencontrées dans ma vie, de près ou de loin, ont été confrontées aux actes que le patriarcat fait devenir ordinaire. De mon aère-grande-tante à mes meilleurs amis, mes collègues et mes voisines, la boulangère que j'avais à Paris, la dame de la cafétéria du lycée, les femmes que j'ai rencontrées à l'étranger, absolument toutes les femmes y sont confrontées. Si les femmes décidaient de faire la guerre aux hommes qu'il est violente, comme les hommes décident de jeter des bombes sur des innocents, alors je peux vous assurer qu'il ne resterait plus beaucoup d'hommes sur cette terre. S'ils savaient la haine qui coule dans nos veines parfois, ils auraient peur. Et puis maintenant, certains disent que c'est la mode de parler des narcissiques, des violences conjugales, des féminicides. Eh bien non, ce n'est pas la mode. On a juste de la chance qu'en 2024, on peut enfin parler librement et sans trop avoir l'air d'une folle. J'ai beaucoup de noms d'hommes qui ont été des bourreaux, mais à quoi bon les nommer si nous n'avons pas réussi à les dénoncer ? Il ne me reste finalement que la douleur des miennes, ces femmes qui ont osé me raconter leurs malheurs, leurs batailles, et surtout leurs victoires, puisqu'elles sont encore là aujourd'hui pour les compter. Elle s'est faite violenter pendant des années par son conjoint avant d'avoir la force de le quitter, comprenant une bonne fois pour toutes qu'un jour il la tuerait. Elle l'a attendu jusqu'à sa mort, parce qu'il a passé sa vie à lui faire croire qu'ils finiraient ensemble. Elle a été violée, elle s'est fait insulter de pute, de salope et de chienne par l'homme de sa vie, disait-elle. Elle a reçu des objets au visage parce qu'il était en colère. Elle a été jetée de la maison parce qu'il croyait qu'elle l'avait trompée. Elle a fui en courant dans la rue parce qu'il la suivait derrière en criant. Elle a rechuté après qu'il lui dise qu'il s'était marié mais qu'il l'aimait encore. Elle a cru perdre la tête quand il lui disait qu'en réalité tout était de sa faute. Elle a perdu ses amis parce que personne ne l'aimait comme lui. Elle a dû se forcer parce que c'était son devoir de coucher. Elle a fini avec des bleus mais dit que ce n'était que parce qu'elle s'est défendue. Elle le laisse encore lui dire qu'elle est idiote. Elle se rappelle de sa première crise de jalousie il y a 60 ans. Il l'a menacée parce qu'il ne voulait pas lui répondre à la caisse du supermarché. Il a critiqué son physique pendant toute son enfance. Elle a dit non, mais ils ont déduit que ça voulait dire oui. Si je continue comme ça, d'abord je vais pleurer, et je ne vais pas avancer cet enregistrement. Et puis on risquerait de passer 20 minutes à ne faire qu'une liste des horreurs que les femmes vivent. Et ce que je viens de vous dire, ce n'est qu'une infime partie de ce que j'ai déjà écouté. Ça fait mal d'entendre des choses qu'on ne peut pas arranger, parce que ces choses sont passées, et il ne lui reste plus qu'à vivre avec. Mais pour elle, pour nous, pour toi, pour moi, chaque jour est une bataille gagnée contre ses bourreaux. Et puis les hommes dans tout ça. Eh bien les hommes, il faudrait peut-être s'intéresser un peu plus à ce qu'il nous arrive, ne pas minimiser les actes que nous subissons, comprendre que la nouvelle masculinité n'est autre que celle qui soutient les femmes, apprendre à se mettre à notre place. Rendons-nous compte que le monde continue de tourner autour des hommes. La dernière fois, à la salle de sport, j'avais l'écran devant, il y avait un tournoi de golf. Je me suis dit Waouh ! Mais ces gens qui suivent sur le terrain comme des fous, c'est incroyable ! Puis j'y ai réfléchi, et finalement je me rends compte que l'on passe notre temps à regarder les sportifs hommes, et nous alimentons un fanatisme qui dépasse largement celui des femmes dans le sport. Que ce soit au golf, au foot, au basket, au handball, au hockey, et j'en passe. Alors oui, le sport féminin ça existe, mais il a été largement sous-coté, et on commence réellement à s'en intéresser depuis peu. On a créé des hobbies, des fanatismes autour des hommes, réellement. Mais ne nous offusquons pas quand un homme souhaite prendre la parole au sujet de la violence faite aux femmes. Et si il est maladroit, apprenons-lui gentiment les lignes qui correspondent. Ils font de leur mieux. Et pour les hommes qui ont besoin de cours, je vous envoie mon ami Martin. T'es délicace. Non, mais le problème aussi, c'est qu'il n'y a aucune représentation masculine qui s'empare du sujet. Et nous ne pouvons pas être seuls dans ce combat. Je me demande souvent si les hommes qui s'adonnent à nous violenter se rendent compte que n'importe quelle femme pourrait être sa mère, sa fille, sa soeur, son amie, sa conjointe, parce qu'à elle, ils oseraient leur faire la même chose. Il faut aussi que les hommes comprennent que nous ne cherchons pas la guerre. Il n'y a pas de guerre entre eux et nous. Ce qu'on cherche, c'est une cohabitation pacifique et égale en droit et en sécurité. Alors que faire ? Que décidons-nous finalement ? En tout cas, pas se taire, ni se soumettre. Que devrions-nous faire plutôt ? Oser. Oser parler à d'autres femmes de ce que l'on a vécu. Oser dire aux hommes ce qu'ils ne peuvent pas faire. Oser dire à nos familles ce que l'on a subi. Ne pas avoir honte de raconter la vérité. Que nous ne pouvons plus vivre dans un monde où nous sommes maltraités. Nous ne pouvons plus donner vie à nos filles dans un monde où elles vivront dans la même peur que nous, dans les mêmes doutes et les mêmes risques. Oui, il faut parler et c'est à mon tour. J'ai été victime de violences conjugales. insultes manipulations mensonges diffamations pressions j'ai perdu de nombreux amis mais la personne dont ça me fait le plus de peine d'avoir perdu c'est moi j'en sors et je me demande qui je suis Je ressens la même chose que quelqu'un qui s'est fracturé une jambe et doit faire de la rééducation pour retrouver sa jambe d'avant. Je me fais de la rééducation mentale. Je me répète sans cesse que je m'aime, je me force à me souvenir de qui je suis, la française joyeuse qui aime un peu trop le vin, la féministe, la madame je changerai le monde, la grande gueule, celle qui aime pincer les fesses des garçons, celle qui réconforte les autres femmes qui subissent des violences, celle qui croit dur comme fer à la paix dans le monde. Mais le problème, ce n'était pas que lui. Grâce aux nécessaires thérapies psy, je me suis rendu compte que le traumatisme de la violence contre moi, mon corps de femme, mon genre, avait commencé dès que j'avais poussé mon premier cri, à la sortie du ventre de ma mère. Et oui, après ça, s'en est suivi 33 années de violence en tout genre, sans vouloir faire de jeu de mots, que ce soit dans le cercle familial comme de la sphère publique, dans la rue, à l'école ou au travail. Nous devons être solidaires entre nous. Il y a une chose que j'ai remarqué, c'est que les hommes ont su très correctement se ranger derrière le même machisme, le même patriarcat. Et nous, les femmes, dans cette recherche d'égalité et de justice, ils ont réussi à nous fracturer. Et nous voilà maintenant avec plusieurs sortes de féminisme, nous voici parfois en train de critiquer une telle ou une telle pour ses choix, ses dires ou ses vêtements. Nous ne pouvons pas continuer comme ça, nous devons absolument être tolérantes et solidaires entre nous, rompre nos différences que le patriarcat a réussi à surligner, arrêter de nous critiquer et nous concentrer à nous entraider. Nous sommes, dans nos différences, un seul noyau féminin. Saviez-vous que lorsque l'on naît, on porte toutes et tous en nous les traumatismes que nos ancêtres ont vécus ? Je ne sais pas si vous connaissez le livre Cela n'a pas commencé avec toi de Mark Wallin. Ce livre est très intéressant puisqu'il parle des preuves scientifiques qui ont démontré que les traumatismes peuvent être hérités. Oui, il existe même des preuves fiables que de nombreux problèmes chroniques ou à long terme peuvent trouver leurs origines non pas dans nos expériences immédiates ou dans des déséquilibres chimiques de notre cerveau, mais dans la vie de nos parents, grands-parents ou arrière-grands-parents. Alors moi je vous dis, je veux des enfants, et au-delà de vouloir être mieux avec moi-même, je compte bien soigner toutes les blessures du passé pour ne pas leur refiler mes traumatismes et ceux dont j'ai hérité. Finalement, on est trop nombreuses. On est trop nombreuses à vivre la violence des hommes. Trop nombreuses à ressentir le fait qu'être une femme est un péché. Et puis, messieurs, n'en doutez pas, il n'y a rien de plus sexy qu'un homme féministe. On se retrouve le 24 avril pour l'épisode 3 de la Studer.