- Speaker #0
Et j'ai vraiment ce moment où il n'y a plus un mot qui sort de ma bouche. J'ai les larmes aux yeux en plus. À un moment donné, tu y mets tes tripes en fait. Tu ne le fais pas juste parce que c'est un boulot ou parce que tu es payé à la fin du mois. C'est une femme. N'essaie pas de rentrer dans une posture parce que ça fait bien.
- Speaker #1
Bienvenue à la table de Seb, votre rendez-vous mensuel où on parle de leadership, d'entrepreneuriat et surtout d'humain. L'idée c'est on s'assied avec celles et ceux qui osent entreprendre. prendre des décisions, parfois se planter, se relever, continuer. On s'inspire d'histoires réelles pour être plus lucides, plus solides et puis un peu moins seuls dans notre aventure entrepreneuriale. Si ça vous parle, alors abonnez-vous, explorez les autres épisodes. Vous les retrouverez sur Spotify, Apple Podcasts et YouTube, évidemment. Chaque parcours peut vous apporter de nouvelles idées. Et puis c'est en partageant qu'on progresse, donc n'hésitez pas à commenter. Nous, ça nous aide, ça nous encourage à continuer à trouver d'autres invités avec des parcours toujours plus inspirants. Voilà, je m'appelle Sébastien Rodenberg. Vous pouvez me suivre sur LinkedIn, sur Instagram. C'est parti ! Alors aujourd'hui, on va parler de décisions lourdes, de celles qui engagent des dizaines d'emplois, de millions en investissement et parfois la survie d'un site industriel. Je reçois Laetitia Delculee, directrice des opérations chez Kugler Bimetal, une femme qui dirige dans la métallurgie. Mais au-delà de l'acier, ce qui m'intéresse, c'est comment on dirige dans la tempête. On va explorer comment on s'impose dans un secteur qui est quand même peu mixte. Comment on gère l'explosion des prix des matières premières, comment on modernise une industrie ancestrale. Donc avec Laetitia, on va parler de choix de carrières cruciaux, ambitieux, de crises à surmonter, de souveraineté industrielle et de management tout terrain. Voilà, en bref, une masterclass de leadership en pleine tempête économique. Préparez-vous, on rentre dans le vif du sujet avec Laetitia Delculee. Bonjour Laetitia.
- Speaker #0
Bonjour Sébastien.
- Speaker #1
Alors, je vais dire un truc. En venant ce matin au bureau, je me suis dit, ce serait cool de mettre un générique. On met du Rammstein, des mecs torselus hyper musclés, du métal en fusion, les gros fourneaux qui déversent, c'est l'image que j'ai de la métallurgie. Et là je me retrouve à interviewer une femme dans la métallurgie, à la claque quoi !
- Speaker #0
C'est vrai que ça irait bien cela dit, l'image du fondeur quand même, c'est quand même des métiers durs, il faut quand même le reconnaître ça.
- Speaker #1
Vous fondez du métal ?
- Speaker #0
On fonde du métal, on a une fonderie, une des dernières d'ailleurs sur Genève, et on fait vraiment du métal en fusion qu'on vient couler. Entre guillemets, comme on faisait il y a très longtemps, c'est-à-dire vraiment, ils prennent le creuset, ils le portent à la main et ils viennent couler dans les pièces.
- Speaker #1
L'ambiance.
- Speaker #0
C'est particulier, c'est assez incroyable la première fois qu'on le voit, il faut le dire.
- Speaker #1
Avant d'aller plus loin, peut-être je te propose de te présenter.
- Speaker #0
Avec plaisir. Donc Laetitia, je suis maman de deux enfants, une petite fille qui s'appelle Chiara qui a 9 ans et mon grand qui a 13 ans, qui s'appelle Hugo, qui sont nés tous les deux en Italie. J'ai vécu beaucoup là-bas. Je vis en couple depuis 20 ans maintenant, pas mariée. J'ai un peu deux passions, entre guillemets. Je fais beaucoup de couture, j'aime beaucoup coudre. Je me suis mis pas mal au sport, mais la région un peu oblige. Notamment, je me suis mis au swimrun, qui était un peu un défi que je me suis lancé.
- Speaker #1
Tu habites au bord du lac d'Annecy, c'est ça ?
- Speaker #0
J'habite, exactement. J'habite à Annecy, à côté d'Annecy et à Seineau, depuis maintenant 7 ans, 8 ans. Parfait.
- Speaker #1
Tu viens d'où ?
- Speaker #0
Je suis rochelaise d'origine. Et après, j'ai beaucoup bougé. Mes parents ont pas mal déménagé quand j'étais enfant. Et puis, je suis restée un peu nomade. Donc, j'ai tendance à dire que je n'ai pas vraiment de point d'ancrage. Mais je retourne quand même à La Rochelle, parce que mes parents sont retournés plus tard pour leur retraite. Donc, la mer reste mon attache quand même.
- Speaker #1
Alors, j'essaie de trouver une spécialité culinaire de La Rochelle. Je n'ai pas trouvé, donc j'ai pris du fromage de Gruyère dans le canton de Vaud, parce que j'habite le canton de Vaud. J'ai pris un petit vin qui sera du château de Cran. On n'est pas très loin de Genève, le château de Cran. Et puis, je passe assez souvent au vélo devant. Et toi, tu m'as fait la surprise de m'apporter finalement quelque chose que moi, je n'ai pas trouvé. Un plat Rochelet.
- Speaker #0
Oui, c'est un tourteau du Poitou. Alors, ce n'est pas le crabe. C'est un gâteau, en fait, à base de fromage blanc. D'accord. Donc, la caractéristique, c'est vraiment qu'il a une croûte charbon. ils n'ont pas loupé en fait c'est vraiment comme ça, vraiment la croûte charbon à l'intérieur c'est très moelleux ça se mange frais et c'est vraiment très frais quand on le mange et c'est assez bon et c'est une des spécialités qu'on arrive à trouver par ici parce qu'après c'est un peu compliqué de trouver des spécialités rochelaises à Annecy bon hormis les huîtres quand
- Speaker #1
j'ai regardé un petit peu la carte des vins de France et j'ai situé la Rochelle on est plus dans le cognac en fait Je me suis dit, je ne vais peut-être pas amener du cognac sur un podcast.
- Speaker #0
Pino, ça passe aussi. Pino Descharentes. Mais bon, c'est pareil, c'est quand même... Attention. Et sur l'île de Ré, tu arrives à trouver des petits vins blancs simples.
- Speaker #1
Ta jeunesse, tu m'as dit que tu avais un papa qui était ouvrier.
- Speaker #0
Oui, papa ouvrier qui travaillait chez Alstom. Il y a toujours Alstom à La Rochelle, mais qui était vraiment un gros employeur. Il fait les wagons des trains. Et ma maman, issue de l'immigration portugaise, qui arrive en France à l'âge de 12 ans, qui travaille à 16 ans et elle travaille dans les supermarchés. Des parents ouvriers, avec peu de moyens, qui n'ont pas fait d'études, et puis qui se font un peu à la force du bras, qui décident à un moment donné de leur vie de saisir une opportunité. À ce moment-là, l'entreprise Alstom faisait des licenciements, donc ils ont décidé d'être proactifs. Ils décident de rentrer dans une gérance de halo-chaussures, ça n'existe plus depuis, mais voilà. Et ils se lancent tous les deux, ils partent en formation pendant six mois. Ils récupèrent un magasin dans le sud de la France et puis ils font ça pendant une bonne dizaine d'années avant de racheter un bureau de tabac et d'être à leur compte jusqu'à leur retraite. Mais oui, ils se sont fait... Je suis très fière d'eux. C'est ce qu'ils se sont vraiment fait eux tous seuls. Voilà, ils ont fait preuve de bon sens, de bonne gestion. Et je pense qu'il y a pas mal de choses que j'ai appris aussi avec eux.
- Speaker #1
Est-ce que justement de grandir dans un contexte familial comme ça, c'est-à-dire avec des parents qui se sont battus... pour évoluer, pour tenir un commerce. Ils étaient entrepreneurs, finalement. Tu m'as dit qu'ils étaient employés de la halle aux chaussures. Oui,
- Speaker #0
ils étaient en gérance.
- Speaker #1
Ils étaient en gérance, donc c'est quand même de l'entrepreneuriat au final. Est-ce que ça t'a forgé une certaine vision du travail ?
- Speaker #0
Je pense automatiquement. Déjà, le fait de se dire que c'est possible. Il y a toujours quelque chose que j'ai gardé en tête, c'est de me dire que tout est possible. Si on veut vraiment, avec notre volonté, c'est possible. C'est pas... plus compliqué que ça parfois, mais en tout cas, si on veut vraiment, on peut faire des choses. Et puis, ouais, vraiment des gens très travailleurs et du bon sens, en fait. Ça, je pense que j'ai vraiment appris avec eux rapidement, en fait, parce qu'en plus, moi, je suis fille unique, donc j'ai toujours été très proche de mes parents. Très petite, j'ai le souvenir d'aller au magasin, d'être derrière la caisse, à travailler, et moi, je prenais ça comme un jeu, j'étais enfant. Mais avoir cette notion de l'argent, de comment faire les choses, de la gestion, c'est vraiment des... Et puis, cette capacité à se dire qu'on peut rebondir, peu importe ce qui se passe. Parce qu'en fait, pour des raisons... Bref, ils ont été licenciés de la loge chaussure, donc ils se sont retrouvés à 40 ans, tous les deux, sans emploi, sans diplôme, puisqu'ils n'en avaient pas. Et du coup, à 40 ans, il faut savoir rebondir. Et je trouve justement leur capacité à... à rebondir, à ne pas se laisser aller, et du coup, après, à partir sur leur bureau de tabac, de créer un projet. Voilà, et je trouve ça vraiment chouette. Un bel exemple.
- Speaker #1
C'est chouette d'admirer ses parents, et puis c'est un bel exemple, du coup. Oui,
- Speaker #0
oui, oui, c'est vraiment...
- Speaker #1
Ça me motive aussi, toi, dans ta carrière, après, à ne jamais laisser tomber, à se dire, comme tu dis, c'est possible, et on avance.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Et puis, de se dire, on peut faire, ce n'est pas parce qu'on n'a rien au début qu'on ne peut pas y arriver, et que...
- Speaker #1
Comment t'es arrivée dans l'industrie ? T'as fait des études à l'ICAM ?
- Speaker #0
Oui, j'ai fait des études d'ingénieur, presque par hasard. C'était assez drôle. En terminale, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Et à l'époque, j'avais pris une option STI. Et on faisait de l'automatisation, de l'automatisme, l'informatique. J'adorais ça. Et mon prof de l'époque, de techno, me dit, mais tu dois faire une école d'ingénieur. Du coup, de fil en aiguille, je suis partie là-dedans. Et j'ai adoré parce que j'adore l'industrie. Je trouve ça fascinant, en fait.
- Speaker #1
Comment t'es arrivée à adorer l'industrie ?
- Speaker #0
Je trouve que c'est...
- Speaker #1
On ne peut pas t'échapper le stum quand tu es petite.
- Speaker #0
Et le fait de créer quelque chose qui a une forme. Ce n'est pas un service. C'est vraiment, tu le touches, tu le manipules. Tu vois toutes ces machines qui font, qui s'assemblent, ces gens qui travaillent autour, cette expertise. En plus, dans l'industrie, je trouve que c'est un peu dommage que les gens s'en rendent pas compte. Il y a mille métiers. C'est hyper riche, c'est hyper varié. Et moi, je trouve ça vraiment passionnant, en fait, quel que soit le secteur. Tu vois, si je visite une industrie, une entreprise, une usine, je pourrais passer des heures à regarder les machines tourner, regarder les flux, comment ça se fabrique. Enfin, je trouve ça assez fascinant, en fait.
- Speaker #1
Là, tu es dans une industrie qui transforme de la matière pour fabriquer des pièces.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Il y a aussi de l'industrie. D'ailleurs, ton papa, qui était chez Alstom, construisait des trains. Donc, c'est plus des industries d'assemblage. Il y a une préférence ?
- Speaker #0
Oui, plus par la partie fabrication. L'assemblage, c'est vraiment un autre métier pour moi. Parce qu'il y a vraiment une technicité, des méthodes à appliquer pour l'avoir un peu vu, que ce soit dans l'auto. J'ai fait un stage justement chez Alstom, donc j'ai pu le voir. Mais moi, j'aime bien cette notion de créer. Je pense que c'est pour ça aussi que je fais de la couture. C'est vraiment, tu pars d'une matière brute et tu la transformes pour en faire une pièce finie. L'assemblage, je trouve ça moins fascinant.
- Speaker #1
C'est moins noble.
- Speaker #0
Je ne sais pas si c'est moins noble, mais en tout cas, moi, c'est moins mon appétence, on va dire.
- Speaker #1
Tu as commencé ta carrière directement dans l'industrie, évidemment.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Dans l'industrie déjà métallurgique, dès le départ.
- Speaker #0
Oui, je suis tombée dedans tout de suite. Pareil, le fruit du hasard, j'ai commencé chez Crown, en VIE à l'époque. Donc, j'étais partie en Suisse, à Bâle. Et donc, j'ai commencé là-bas sur la partie... sécurité, environnement, qualité. Et puis, donc, c'était une bonne façon de rentrer dedans parce qu'on rentre par le côté, entre guillemets. On n'arrive pas tout de suite dans le cœur de métier du faire. Il y a des exigences sur la notion de productivité, d'aller vite, etc. Donc là, ça me permettait de découvrir avec un peu moins de confrontation au day-to-day. Et puis, de fil en aiguille, après, j'ai un peu fait tous les métiers de l'industrie.
- Speaker #1
On ne va pas se mentir, l'industrie du métal, c'est quand même un truc de bonhomme. Enfin voilà, comme je disais tout à l'heure, on imagine un polémèque musclé, le fourneau. Et quand tu arrives là-dedans, tu sors des études, tu es jeune, tu es une femme, il faut que tu en fasses deux fois plus que tout le monde pour être crédible ? Ou comment ça se passe au début ?
- Speaker #0
Quand je suis arrivée chez Crowns, c'était un peu différent. Parce que Crowns, ils font des boîtes, des boîtes métalliques. Que ce soit les boîtes de Delac, les boîtes de peinture, etc. Donc ce n'est pas de l'édition. de la météorologie lourde, comme peut être une fonderie, etc. Donc, on est sur un process déjà un peu plus propre, des lignes qui sont un peu plus épurées. On n'est pas sur de la fonderie. Et j'arrive, comme je dis, par un biais un petit peu de fonction support, pas tout de suite dans le cœur de l'action. Donc, les gens sont plutôt bienveillants. En plus, j'arrive, je suis vraiment très jeune, j'arrive en veilleux, qui est un statuet un peu particulier. C'est un peu entre le stagiaire et puis le petit nouveau. ils ont plutôt ce côté bienveillant et on va te prendre sur notre aile, on va te montrer, etc. Et après, quand on commence à être un petit peu plus curieux ou plus intrusif ou commence à vouloir faire des choses, là, potentiellement...
- Speaker #1
On te regarde un peu dehors,
- Speaker #0
peut-être. Oui, alors il y a de tout. Certains qui ne vont pas du tout le faire. Et puis d'autres, oui, qui vont me regarder un peu dehors en disant « elle ne va pas m'apprendre mon métier celle-ci, elle ne va pas m'expliquer comment faire les choses. » Et on... On y arrive aussi, à un moment donné, avec du bon sens, avec la pédagogie. On sait qu'on ne va pas pouvoir y aller non plus en frontal. Donc, on développe d'autres façons de faire.
- Speaker #1
Tu as fait plusieurs pays. Tu as commencé chez Crown en Suisse.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Après, tu es partie.
- Speaker #0
Oui, après, j'étais sur Paris. Du coup, Headquarter. Après, j'aurais dit, vous êtes gentille, mais Headquarter, ça va cinq minutes. J'aimerais bien retourner en usine. Et là, ils m'ont dit, il y a un poste qui se libère en Hollande. en responsable qualité, est-ce que ça t'intéresse ? Ok, go ! Et à l'époque, le responsable de la Hollande était responsable du Benelux, donc il nous propose en qualité Benelux, et puis ensuite, production en Belgique et en Flandre, et quelques années plus tard, on nous propose une direction de site en Italie. Donc j'ai pas mal bougé, et c'était génial, c'était l'avantage des grands groupes, c'est qu'on a cette opportunité-là de... d'aller dans des pays différents. Du coup, on évolue aussi plus vite parce que si on est mobile, il y a les opportunités qui se présentent un peu partout, on peut les saisir. Et moi, j'ai adoré. J'ai adoré travailler à l'étranger. J'ai adoré me confronter à d'autres cultures. On se dit finalement, on est en Europe, on est un peu tous pareils, on a la même façon de faire, de travailler et tout. Mais en fait, pas du tout. Quand tu passes de la Flandre en Verse, tu vois vraiment le côté... quand même assez rigoureux, un peu néerlandais.
- Speaker #1
C'est un peu nos Suisses allemands. Oui,
- Speaker #0
c'est ça, exactement. À l'Italie, mais c'est deux mondes, tu vois, avec ses avantages et ses inconvénients. Mais c'est juste ces deux façons de faire complètement différentes. Mais hyper enrichissantes dans tous les cas.
- Speaker #1
Ça, c'est quand tu étais chez Flag en Italie, c'est ça ?
- Speaker #0
Après, oui, je pars en Italie avec Crown et ensuite, je décide de quitter cette entreprise-là et j'atterris chez Flag. J'ai passé quatre ans où là, je... Je change de monde puisque je suis plus dans la plasturgie et plus dans la métallurgie.
- Speaker #1
Tu es revenue en France, je crois. GGB, c'est une boîte française.
- Speaker #0
Oui, après six ans en Italie, je reviens en France. Un peu pour les enfants au début. On se dit, tiens, les enfants, Hugo a quatre ans et demi. Je viens d'avoir Chiara. Quand on arrive sur Annecy, elle a neuf mois. Et on se dit, peut-être que c'est bien de revenir en France pour les enfants, de s'installer. C'est aussi un moment qu'on était un peu par mont et par veau. Et du coup, se présente l'opportunité de GGB. de prendre, du coup, pareil, une direction des opérations avec la petite cerise sur le gâteau que je ne savais pas au moment où j'y vais. C'est la gérance aussi de l'entreprise.
- Speaker #1
Et là, tu m'as dit, quand on a préparé l'émission, tu m'as dit que c'était une claque.
- Speaker #0
Oui, c'est une claque parce qu'en fait, alors GGB, d'un point de vue professionnel, je pense que c'est là où j'ai franchi un gap en termes de posture et de rôle de dirigeant. Mais quand j'arrive, je m'attends à prendre une direction des opérations standard et en fait, on me dit, voilà, signe-la et tu es sur le cabis. Ok, si vous voulez, je suis sur le cabis. Sauf qu'entre-temps, on découvre qu'en fait, être sur le cabis, ça veut dire être responsable de l'entreprise, d'être la personne morale de l'entreprise. Jusque-là, tout va bien. C'est-à-dire qu'en gros, s'il y a un problème avec l'entreprise, on est le représentant, mais aussi on peut être impliqué. individuellement sur la partie pénale. Et ça, c'est vrai qu'on... Et ça,
- Speaker #1
c'était pas prévu.
- Speaker #0
En tout cas, enfin, alors, un tout-à-chacun qui signe une gérance est censé le savoir. Moi, venant d'Italie, etc., je ne savais pas. Donc, je découvre aussi ce que ça veut dire en termes d'impact pénal, d'impact financier, d'impact d'engagement, surtout dans une position où tu n'as pas forcément toutes les clés. Parce que moi, j'étais quand même dans... salariés, ok, directeurs d'opérations, mais salariés, en plus dans une boîte américaine où ils désocient la finance des opérations, parce qu'ils disent qu'il ne faut pas qu'il y ait conflit d'intérêts, etc. Donc potentiellement, ils font aussi des choses d'un point de vue fiscal, d'optimisation, où potentiellement, s'il y a un problème, la personne qui va avoir un problème, ce n'est pas le deuxième Américain qui est sur le cabis, qui habite à Philadelphie. C'est moi qu'ils vont venir chercher. J'apprends que les flics sont venus chez mon prédécesseur le chercher pour un problème fiscal. Donc je me suis vite remis à niveau. J'ai fait une formation sur la responsabilité pénale du dirigeant. Ce que ça veut dire, ça ne veut pas dire que je ne regrette pas de l'avoir fait. Et si il fallait le refaire, je le referais. Mais c'est bien d'avoir conscience de ce que ça veut dire. Parce qu'aussi, dans les décisions qu'on prend, on les prend aussi différemment. Peut-être plus prudemment,
- Speaker #1
non ?
- Speaker #0
Oui, plus prudemment. On n'a pas juste la petite gestion comme ça. C'est vraiment, on a un vrai engagement devant la loi sur les décisions qu'on prend. Ça met aussi un peu de poids dans ce qu'on fait ou pourquoi on le fait.
- Speaker #1
Tu m'as dit, on n'est pas préparé à ça.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
C'est pour ça que tu t'es formée à côté.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Mais tu m'as dit aussi, j'ai tout vu là-bas.
- Speaker #0
Oui, alors GGB, ça a été hyper dense. J'y suis restée cinq ans. J'ai tout eu. J'ai eu le harcèlement moral, j'ai eu le harcèlement sexuel, j'ai eu une personne malheureusement qui est décédée sur le site d'une crise cardiaque. Un problème de santé, donc pas lié à son activité du travail, mais n'empêche, c'est sur le site dont c'est un accident du travail. On a eu aussi des problèmes avec une personne qui a tué sa femme et qui était un salarié de l'entreprise. à gérer en termes de relations avec les salariés autour. La période Covid. La fermeture d'un site, parce que GGB, c'était deux sites industriels. Un à Annecy, mais un autre en Moselle. Donc, la fermeture de ce site-là.
- Speaker #1
C'est marrant d'ailleurs de garder un site ici et fermer celui en Moselle, alors que c'est le berceau de la métallurgie, la Moselle.
- Speaker #0
Oui, c'était historique. C'était un tout petit site qui faisait vraiment des produits très différents de ce que pouvaient faire GGB globalement et Annecy plus particulièrement. Pour le coup, il y avait aussi une fonderie d'aluminium. Ils faisaient des petits paliers en huite, en coulée continue en aluminium, et puis du brochage. Vraiment une technologie complètement différente de ce qui pouvait se faire habituellement. Tout petit site, et qui n'était pas dans la stratégie du groupe, donc ils laissaient mourir lentement. Et à un moment donné, il faut prendre la décision, qu'est-ce qu'on fait avec ce site ? La fermeture de ce site, qui a été reprise pendant les discussions de fermeture.
- Speaker #1
Mais tu annonces un plan social.
- Speaker #0
J'annonce une fermeture de site.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des doutes quand on annonce un plan social et comment on dort le soir de la Luce ?
- Speaker #0
Alors, tu sais que justement, j'y ai pensé parce que quand on a préparé la discussion, tu m'as dit, tu me diras le pire moment. Je me suis dit, c'est quoi le pire moment ? Et je me suis dit, en fait, je sais lequel c'est. C'est le CSE. Donc, le CSE, c'est le Comité Social et Économique. En gros, c'est les représentants du personnel qu'on rencontre régulièrement. Donc quand tu fais un... une fermeture ou un plan social, c'est très, très normé en France. Tu as vraiment des étapes. Tu dois consulter le CSE avant de dire quoi que ce soit. Enfin, bref, c'est très, très normé. Donc, on prépare ça avec ma RH. On prépare la fermeture. C'est lourd. Moi, je n'avais jamais fait ça. Quand tu fais ça la première fois et que tu commences par une fermeture de suite, OK, livre 1, livre 2, c'était il y a combien de temps ? Il y a 8 ans, 6 ? Non, un peu moins, 5 ans. Donc, j'ai une quarantaine d'années. Donc, on t'explique qu'il faut faire un livre 1, un livre 2, machin. Les avocats étaient mes meilleurs amis. Il faut rédiger un document de 25 pages qui explique pourquoi tu veux fermer. Donc, tu le fais au moment où je le fais. Je le fais en ayant la conviction et je l'ai toujours. Et je pense que c'est ce qui fait que je dors la nuit. C'était la bonne décision. Pour l'entreprise ? Pour eux-mêmes. Pour GGB France et même pour le site de Dieu. C'était un site qui laissait mourir. Et je pense qu'il n'y a rien de pire qu'un site qu'on laisse mourir. avec pas de perspective. Et du coup, je présente au groupe deux projets en disant, écoutez, ce site, soit on met de l'argent sur la table, on investit commercialement, etc. et on le fait revivre, soit on le ferme, mais on arrête. Et ils décident de le fermer. Mais en l'occurrence, c'était la meilleure chose à faire. Et donc, pour revenir sur ce pire moment, je fais ce CSE où j'avais préparé une présentation pour expliquer un peu... Pourquoi on en est arrivé là ? Et arrive la slide où, en gros, j'annonce la fermeture. Et j'ai ce moment où j'ai 20 personnes dans la salle. Tu vois, on est à peu près une vingtaine parce que du coup, il y a le CSE d'Annecy 2, le CSE central, enfin bref. Et je vois et je sais parce que je l'ai préparé la présentation. Donc, je sais le slide, ce qu'il y a écrit. Et j'ai ce moment, tu vois, de boule dans la gorge où en fait, tu n'as plus le CSE en face de toi. Tu as juste des gens humains et tu es en train de leur dire que tu vas fermer leur site. Et j'ai vraiment ce moment où il n'y a plus un mot qui sort de ma bouche. J'ai les larmes aux yeux. En plus, moi, je suis super émotive. Donc, il faut me dire que rien que d'en parler là, j'ai déjà les larmes aux yeux. Et j'annonce la fermeture du site. Et ma DRH m'a dit, après la fin de la réunion, j'ai cru que tu n'allais jamais réussir à le dire. Tu vois, à ce moment. Et pourtant,
- Speaker #1
il le sentait venir quand même,
- Speaker #0
non ? Alors, il sentait qu'il allait y avoir un plan social. Pas qu'il y aurait une fermeture du site.
- Speaker #1
Ah, c'est juste une réduction d'effectifs. Exactement.
- Speaker #0
Donc, ils ne s'y attendent pas, en fait. Et là, tu vois les gens...
- Speaker #1
Ils ont encore un espoir de garder pour quelques-uns un boulot.
- Speaker #0
Des gens qui s'effondrent devant toi. Tu te rends compte que, plus c'était une petite ville de Moselle, donc c'était une des dernières industries.
- Speaker #1
Il y a déjà beaucoup de chômage là-bas.
- Speaker #0
C'est ça. Et humainement, c'est... Même si tu sais que c'est la bonne décision et que finalement, il faut peut-être mieux qu'ils partent avec un bon plan social où tu vas essayer de les accompagner au maximum, etc. Et ce qu'on a essayé de faire, et je pense qu'on avait un bon plan social, humainement, c'est super dur. Tu vois les gens en face, tu... Enfin voilà, tu veux pas... Mais voilà, ça reste la décision à faire. Il faut que tu avances et tu déroules le truc.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu aurais fait différemment ? Quel conseil tu aurais donné à ceux qui nous regardent sur comment annoncer une décision difficile ?
- Speaker #0
Je pense que je ne ferais rien différemment. Je pense qu'on l'a bien fait. Et je pense qu'au final, cette émotion que j'ai eue à ce moment-là, je pense qu'eux l'ont aussi accueillie. Tu vois, je pense que c'était...
- Speaker #1
C'est pas une décision purement financière, c'est aussi une décision qui fait mal, même aux dirigeants.
- Speaker #0
C'est ça. Le fait qu'il y ait cette empathie aussi là, j'étais pas détachée de la chose. J'étais humainement avec eux, même si oui, je suis de l'autre côté de la table. Et oui, c'est moi qui annonce la fermeture. Mais je pense qu'il y avait aussi ce sentiment de se dire, j'étais pas dans une posture froide, rigide, distante.
- Speaker #1
Donc c'est de l'empathie, c'est de se mettre à la place des gens. Comme tu disais, presque de leur côté de la table, même si tu n'es pas du même côté.
- Speaker #0
Je pense que ça, c'est important. Et je pense que ça a été important, tu vois, après, quand on a rentré dans la deuxième phase, qui était toute la partie négociation sur le plan social, etc. Ou le fait que finalement, il y ait eu ce moment-là, avec ce temps qu'on a pris, parce qu'on a essayé d'être très pédagogue quand même, pour expliquer pourquoi. Parce que normalement, en fait, tu donnes les documents, tu les relaisses, et puis tu fais une première réunion une semaine après.
- Speaker #1
Et moi, j'avais dit non. Le temps de se monter. J'ai dit non,
- Speaker #0
on ne fait pas ça. en fin de compte. Donc on a un peu le terre à biscuter le système.
- Speaker #1
Il y a des lois qui régissent ça en France ? Oui,
- Speaker #0
mais c'est horrible. On légifère sur tout en fait en France. On a un petit peu... contourner le truc en disant « Non, moi, je vais faire une présentation où j'explique au moins les grandes lignes de ce qu'ils vont lire, en fait. » Tu vois, je n'avais pas envie qu'ils lisent dans un document « On va fermer le site. » Je trouvais que c'était ma responsabilité de leur dire...
- Speaker #1
Oui, c'est comme d'apprendre dans un journal, au final. C'est ça.
- Speaker #0
À un moment donné, oui, on a pris une décision à l'escalier, mais au moins, tu l'assumes. Et c'était important pour moi d'avoir ce moment de dire « On l'assume. » Normalement, oui, en France, c'est hyper cadré. Et si tu ne fais pas bien, c'est des lits d'entrave. Du coup, ça... Parfois, c'est... Alors, il y a... Il y a des choses bien, mais il y a des fois, ça complique les relations. Et même, tu vois, dans une fermeture comme ça, si tu suis vraiment d'un point de vue purement ce que te dit de faire le droit social, c'est vraiment très froid. Tu prends le document, tu leur donnes et on se voit dans une semaine. Comment tu veux qu'une fermeture se passe bien si tu fais ça ? Tu as des gens humains en face de toi. Tu ne peux pas faire un truc comme ça.
- Speaker #1
Tu m'as dit aussi, chez GGB, j'ai découvert d'autres parties de la finance. pas juste le compte de résultats et le résultat en bas de tableau, mais j'ai aussi vu tout ce qui est CAPEX, maîtrise de la trésor, amortissement, investissement. Tu m'as dit que c'est tout ce qu'on ne voit pas. C'est tout sur quoi on n'est pas formé ?
- Speaker #0
Non, on n'y est pas vraiment pareil, on n'y est pas vraiment confronté. En tout cas, déjà, dans nos études, on voit très brièvement ce qu'il peut être la finance. Oui, on va avoir un compte de résultats, c'est joli, mais ça ne m'explique pas. Mais te dire, oui, c'est quoi finalement une trésor ? C'est quoi la gestion du stock ? Pourquoi mon stock, c'est important de le maîtriser ? Tu vois, c'est quoi ? Alors après, j'ai tout le vocabulaire en anglais parce que j'ai fait trop de finances en anglais. Mais tu vois, de te dire, j'ai mes créances clients, j'ai mes créances fournisseurs. Comment tout ça doit se combiner ? Quel est mon niveau de stock ? Quel est mon working capital ? Tout ça, en fait, qui fait que à la fin du mois, tu es capable de payer les salaires. que tu peux emprunter à la banque parce que tu peux te couvrir. En fait, plein de choses qui sont hyper importantes. Tu peux investir dans tes capex parce que tu sais que tu vas pouvoir. Capax ? Capax, oui. Capital Expansion. Oui, c'est ça. Donc, ça va être vraiment les investissements. En plus, ils font la différence entre capex et opex. Ce que tu capitalises et ce que tu ne capitalises pas.
- Speaker #1
Donc, j'achète une machine.
- Speaker #0
C'est un capex.
- Speaker #1
C'est un capex parce que je capitalise sur elle et je vais l'utiliser plusieurs années. Et un OPEX,
- Speaker #0
ça va être une réparation de maintenance que tu vas faire, que tu peux amortir, mais ce n'est pas vraiment de la capitalisation. Donc, tu as toutes ces nuances-là, il faut comprendre. Après, tu découvres les trucs un peu subtils. Tu te dis, je n'ai pas d'argent pour investir en CAPEX, moi, je vais faire du leasing. Parce que ce n'est pas la même ligne de compte, le leasing. Le leasing, ça passe dans tes frais industriels, entre guillemets. Tous les mois, tu payes un petit loyer. Finalement, tu peux très bien acheter une machine en leasing. Du coup, ce n'est pas du capex puisque c'est un leasing. Et du coup, ça permet, quand tu n'as pas de moyens de faire des capex, de quand même investir dans ton entreprise. Donc, tu apprends plein de petites choses qui vont te permettre…
- Speaker #1
Qui te les apprend ? C'est dans le dur ?
- Speaker #0
Oui, c'est dans le dur. Après, j'ai eu de la chance et c'est vraiment une chance que j'ai eue, je crois, tout au long de ma carrière. J'ai souvent été entourée de personnes qui m'ont beaucoup aidée et beaucoup appris, en l'occurrence…
- Speaker #1
Tu avais un directeur financier ?
- Speaker #0
C'était très compliqué chez GV parce que j'avais un directeur financier qui n'était pas super compétent.
- Speaker #1
Il se reconnaîtra s'il nous regarde.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Que j'ai viré d'ailleurs. Et du coup, je travaillais avec un autre financier à qui j'avais confiance. Donc, je double-checkais tout à chaque fois pour corriger les erreurs. Mais du coup,
- Speaker #1
tu as tout vu parce que tu recheckais tout.
- Speaker #0
Voilà. Mais du coup, j'ai beaucoup appris aussi parce que je recheckais tout. Et cette personne-là, qui était une personne de confiance, m'a énormément appris, qui était un très bon financier pour le coup. sur toutes ces subtilités-là. Même ne serait-ce que faire un prix de revient. C'est un truc tout bête. Mais finalement, comment tu fais un prix de revient ? Mon verre, il faut tant de silicium pour le faire. Ce n'est pas juste le coût de la matière. Tu as ta main d'œuvre, mais après, il faut absorber tes coûts fixes. Oui, mais du coup, si j'en fais 10 de celui-là, j'ai payé mes coûts fixes. Du coup, je peux faire celui-là moins cher. Oui, c'est cool. Mais si jamais celui-là s'en va, comment tu le rentabilises ? Tu vois, toutes ces petites subtilités. tu la prends sur le tard en fait tu vois t'as pas vraiment de c'est quand tu y es confronté avec les commerciaux qui vont t'argumenter oui mais là ils font toujours des prix tu sais pour 1000 pièces et puis au final le client te passe une commande de 10 donc tu n'amortis pas tes coûts de la même façon t'as lu ce livre
- Speaker #1
The Goal le but ?
- Speaker #0
alors je l'ai lu, oui je l'ai lu c'est un collègue de l'APM qui me l'a conseillé d'ailleurs, je l'ai lu Justement, comment tu...
- Speaker #1
Enfin... Je suis un pur produit de l'informatique et je ne connaissais pas l'industrie. En fait, on m'a conseillé de lire ce livre. C'est génial. Oui, il est intéressant. J'ai une compréhension de la logistique et de l'industrie. Au final, c'est romancé un petit peu. Oui,
- Speaker #0
c'est un petit peu romancé, mais c'est pas mal. Justement, avec tout ce qui est. La gestion de tes flux, de tes goulots d'étranglement, comment tu... Mais c'est vrai que ça t'apprend beaucoup de choses. Tu n'as pas forcément besoin de beaucoup de mettre de la ressource supplémentaire. C'est juste qu'il faut repenser comment tu... comment tu travailles t'as passé combien de temps chez GGB j'ai passé 5 ans chez GGB et c'est ça m'a épuisé ça t'a épuisé ça m'a épuisé ça m'a physiquement ça m'a marqué parce que j'ai eu des problèmes de santé aussi donc à un moment donné j'ai dit c'est bon trop c'est trop trop c'est trop faut bouger je fais une petite pause parce que là la discussion elle est quand même géniale Laetitia nous fait un retour d'expérience qui est juste incroyable donc n'hésitez pas à liker partager ça donne toujours plus de visibilité au podcast nous ça nous aide et ça permettra à d'autres personnes de tomber sur les vidéos et de profiter aussi de ces enseignements. On y retourne.
- Speaker #1
Du coup c'est là tu me disais,
- Speaker #0
tu as eu deux propositions l'une c'était Kugler et puis il y avait un gros groupe américain parce qu'effectivement en sortie d'une expérience comme tu as eu tu es super bankable je pense sur le marché de l'emploi tu as tout vu en 4 ans, 5 ans et là on te propose, il y a un gros groupe américain qui me fait de super propositions je crois Ouais,
- Speaker #1
en fait je me retrouve vraiment en fait... Un peu des propositions similaires, au final, en direction de site. Un, c'est effectivement une boîte américaine un peu à la Crown. C'est un concours en Crown. Et donc, potentiellement, des perspectives après d'évolution. Le fait de retravailler avec l'étranger, c'est un truc quand même assez sympa. Des perspectives de carrière plutôt intéressantes.
- Speaker #0
De voyager.
- Speaker #1
Voyager, d'avoir des collègues dans tous les pays. comme... Hyper sympa quand tu aimes bien ça. Ou alors Kugler, qui arrive un peu au dernier moment au plus.
- Speaker #0
Petite boîte familiale.
- Speaker #1
Petite boîte, PME, donc des actionnaires, mais qui sont plutôt des actionnaires bienveillants. Sincèrement, je ne leur dis pas parce que potentiellement, ils vont entendre. Mais je trouve qu'on a de la chance d'avoir les actionnaires qu'on a. Et donc, à l'époque, je ne le sais pas. PME de 50, 70 personnes. Pas forcément avec une très grosse rentabilité.
- Speaker #0
Tu m'as dit qu'elle n'était pas au mieux de sa forme.
- Speaker #1
Elle n'était pas au mieux de sa forme quand j'arrive. Alors ça, je ne sais pas tout à fait quand je débute, mais voilà. Avec un DG qui vient d'être nommé il n'y a pas très longtemps avant, donc quand même une volonté de construire des choses. Et en fait, je me dis go, quoi. Je me dis go pour la petite PME parce qu'en fait, j'ai envie de ça. Alors,
- Speaker #0
tu as l'offre en or où tu vas voyager pour un grand groupe américain, tu vas faire un corps exploser encore plus ta carrière. Et là, tu prends la petite boîte familiale en Suisse à Genève.
- Speaker #1
Oui, parce que cette... Cette offre-là, elle me donnait le champ des possibles. C'est ça le trigger. Ça a vraiment été de dire, j'ai les mains libres. Oui, il va sûrement falloir se remonter les manches. Et clairement, je ne vais pas avoir un joli bureau tout en haut. Il va falloir que je sois sur le terrain. Mais je vais avoir les mains libres. Je vais avoir les mains libres de faire des choses et de pouvoir changer, d'impacter. Alors que dans un groupe américain, je sais que je vais avoir trop de contraintes. Ça va me frustrer au bout d'un moment.
- Speaker #0
Ça fait combien de temps que tu es chez Kugler ?
- Speaker #1
Ça fait trois ans.
- Speaker #0
Et pour l'instant, la promesse, elle a été respectée ?
- Speaker #1
Oui. Oui, oui. Alors, j'ai la chance d'avoir un DG qui me laisse vraiment la gestion de l'usine. Et j'ai pu recruter mon équipe, ou en tout cas mettre en place l'équipe que je voulais. Donc, actuellement, j'ai une super équipe. On a des beaux projets. On a... On a explosé les bides. Quand j'arrive, on est sur un résultat qui n'est pas très bon. Aujourd'hui, on est à 20% des bides d'art.
- Speaker #0
En trois ans ?
- Speaker #1
Il n'y a pas que moi. Il y a aussi le directeur commercial qui est là. On ne discutera pas.
- Speaker #0
J'aurais besoin de petits tips.
- Speaker #1
De petits tips.
- Speaker #0
Mais tu m'as dit en préparant qu'on t'avait dit de toi que tu diriges l'entreprise comme si c'était la tienne.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est important, ça ?
- Speaker #1
Je pense que c'est surtout que je ne sais pas faire autrement. En fait, je pense que c'est plus ça. C'est un peu ça que l'on veut.
- Speaker #0
La clé du succès aussi ?
- Speaker #1
Je pense, oui. Il y a une vraie...
- Speaker #0
C'est l'investissement.
- Speaker #1
C'est l'investissement. Les gens comptent. Les choses comptent, en fait. Ce n'est pas juste un boulot. Et c'est pour ça que je me suis beaucoup abîmée chez GGB aussi. C'est souvent le travers,
- Speaker #0
effectivement. On donne beaucoup d'énergie. Oui,
- Speaker #1
mais beaucoup d'énergie. Je sais qu'on m'a dit, quand je suis partie de GGB, que j'étais beaucoup trop protectrice. Parce qu'en fait, j'avais une vision de là où je voulais aller avec cette entreprise. En plus, à l'époque... On travaillait en business unit, donc j'avais un directeur commercial avec qui on faisait une paire super. On avait une vision pour où est-ce qu'on voulait emmener l'entreprise à 5 ans, etc. Et tu as les groupes américains qui arrivent et qui te pondent des trucs qui te semblent un non-sens absolu. Donc moi, j'étais très en protection du site pour dire que tout ça ne doit pas perturber, il faut qu'on avance. Et du coup, trop. Je prenais sur moi et j'étais trop en contradiction entre ce qu'on me demandait de faire et ce que j'avais envie de faire. Mais oui, je pense que ça marche parce que... À un moment donné, tu mets tes tripes, en fait. Tu vois ? Tu ne le fais pas juste parce que c'est un boulot ou parce que tu es payé à la fin du mois. Tu le fais parce que tu y crois, parce que tu as envie de l'emmener quelque part, parce que...
- Speaker #0
Du coup, tes décisions ne sont pas les mêmes. J'imagine que quelqu'un qui a juste une vision financière et qui ne met pas ton investissement, tu vois ?
- Speaker #1
Oui, non, c'est clair.
- Speaker #0
Là, tu es plus, je pense, j'imagine, sur du temps long, sur une perspective, sur une vision. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Construire une vision, c'est... Je veux dire, il faut du temps pour y aller. Surtout dans l'industrie, il faut du temps. Et puis, créer, c'est vraiment construire. Tu construis quelque chose qui va durer. Pour moi, c'est ça, en fait. De me dire, finalement, ce que j'ai pu apporter, ou ce que j'essaie d'apporter, notamment à Culeur, c'est de dire, cette entreprise, j'ai envie qu'elle soit là encore dans 5 ans, dans 10 ans, tu vois. Tout le monde s'investit dans une direction pour qu'on l'apporte sur du long terme.
- Speaker #0
C'est du long terme, mais en 3 ans, tu nous dis, tu as un virage à... à 90 degrés pour remonter les vitres d'art. C'est quoi la première décision que tu as prise en arrivant ?
- Speaker #1
Quand je suis arrivée chez Kugler, c'était un petit peu compliqué d'un point de vue humain. Notamment, il y avait quelques éléments perturbateurs dans l'usine. Donc, j'ai fait un peu du nettoyage.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Mes premières décisions, ça a été de l'observation.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
ça a été ça au début. Alors, très ciblée, mais effectivement, la première année, j'avais un peu l'étiquette.
- Speaker #0
Quelque chose que tes prédécesseurs n'avaient pas osé faire ou que vous n'étiez pas rendu compte ?
- Speaker #1
Je ne sais pas. Sur deux personnes, je pense que mon prédécesseur, que j'ai eu la chance de rencontrer, en fait, on a fait un mois, 15 jours, on était un peu ensemble. Il avait quand même ciblé en disant, lui et lui, je pense que ça va être un problème, mais je n'ai rien fait. En tout cas, voilà. Donc, l'idée, c'est de construire le truc qui fait qu'on va faire, en fait. Alors, je pense que j'arrive à peu près à cerner assez rapidement les gens et à voir un peu sur qui je peux m'appuyer, sur qui je ne peux pas m'appuyer. Donc, rapidement, j'arrive à voir sur qui je peux m'appuyer, à qui je peux m'appuyer. Notamment, c'est là où j'ai eu de la chance, c'est que mon prédécesseur m'avait quand même aiguillé sur deux, trois personnes. Et tout de suite, je les vois en face-to-face. Tu vois, on discute un peu ouvertement, un peu. Un peu cash. Et là, en fait, c'est une évidence. Je me dis, en fait, ça et ça, il faut faire tout de suite.
- Speaker #0
Il ne rame pas dans le même sens que les autres.
- Speaker #1
C'est ça. Et du coup, j'en parle à mon déjeuner en disant, écoute, lui, il revient. Notamment un qui était en arrêt maladie, je me souviens. Je lui ai dit, j'ai appris parce que du coup, j'avais appris qu'il allait revenir. Je vais à mon déjeuner, je lui dis, écoute, il revient lundi. Lundi, il faut qu'on le sorte. Il me dit, go. Donc, c'est bon. Donc, j'ai eu la chance aussi qu'il appuie ça. Donc, on a d'abord un peu nettoyé ça. C'était là que tu t'en es pas ?
- Speaker #0
15 jours ?
- Speaker #1
Ah ouais ? Ouais. Cela dit, ça marque un peu le truc, tu vois. C'est la nouvelle, finalement. On va peut-être pas trop l'embêter.
- Speaker #0
Et comment t'as accueilli, justement ? C'est la question que je voulais te poser entre deux. Est-ce que t'arrives... Pareil, t'es une femme dans la métallurgie. Est-ce que t'arrives chez Kugler, on t'attend en tournant ? On te toise un peu quand t'arrives ? Et t'es obligée, justement, d'avoir un peu des manières fortes pour t'imposer ?
- Speaker #1
Pas tant que ça. Avec, en tout cas, tout ce qui va être mes N-1. Tu vois ? Je pense qu'on est arrivé maintenant à des générations qui ont l'habitude de bosser avec des femmes. Tu vois, il n'y a plus forcément ce décalage culturel qu'on pouvait y avoir par rapport au début de ma carrière où, pour le coup, j'ai un peu eu ce regard parfois. Sur la partie opérateur, il y avait un peu ça. C'était un peu... Oulala, qu'est-ce qu'il nous met une femme ? Mais ça va pas, elle va rien y connaître, etc. Donc, mais... Moi, j'arrive assez sereine parce qu'en fait, j'ai l'habitude d'arriver dans un milieu d'hommes. J'ai fait que ça tout le temps, donc moi, je suis habituée à travailler avec eux. Et finalement, je me retrouve dans une situation qui n'était pas spécialement celle que j'avais prévue, de devoir licencier des gens très rapidement, de faire le plein. Donc en fait, ça assoit tout de suite une autorité et ça facilite le reste, entre guillemets. Parce que du coup, ils se disent « Ok, elle est gentille, mais pas non plus la chercher trop longtemps. »
- Speaker #0
Culture d'entreprise c'est quoi l'ADN chez Kugler Bimetal c'est quoi qui fait que les gens restent 20 ans parce que je crois qu'il y a des gens qui sont là qui sont très longtemps alors avant que j'arrive il y a énormément de turnover ça s'est beaucoup stabilisé maintenant on a vraiment des équipes qui fonctionnent bien mais il y a des gens qui sont là depuis très longtemps il y a des gens qui sont là depuis très longtemps oui oui alors je pense que quand t'arrives tu dégommes quelques personnes ça fait un peu de bien à la culture mais
- Speaker #1
c'est quoi qui fait que les gens restent bah déjà il y a ce côté impactant Je pense que chaque personne dans l'entreprise se sent vraiment partie de la réussite de l'entreprise. Ce n'est pas anonyme. Déjà, on est à la maille petite. Et ça, je pense que c'est un des trucs aussi, je me dis fondamentalement, c'est une entreprise au-delà de 100 personnes. Je pense que ça ne peut pas bien fonctionner. Parce que tu es petit, tes actions ont une incidence assez directe sur ce qui se passe et sur la réussite. Et du coup, tu promeux ça en fait. Tu montres aux gens que ce qu'ils font a de l'importance, que leur participation au résultat est capitale. Et en fait, les gens, la plupart des gens... Ils ont envie d'être impactants. Ils ont envie que ça se passe bien. Ils ont envie de contribuer au succès de l'entreprise. L'intérêt que nous, on porte à l'entreprise, la plupart des gens, ils l'ont. C'est juste que si on ne leur pose jamais la question, qu'on ne les implique pas et qu'on ne leur montre pas à quel point leur travail est important, en fait, ils s'en fichent au bout d'un moment. Je pense que c'est ça, c'est remettre du sens dans ce que fait chacun. Et si ce que tu fais a du sens, tu vas t'appliquer parce que ça fait sens. Si ce que tu fais, tout le monde s'en fout, tu t'en fous aussi. Et du coup, c'est plus facile à échelle petite. Parce qu'il n'y a pas 25 personnes en cascade avant d'aller te poser une information. Il y a vraiment une proximité. On se parle, on agit vite. C'est très réactif. La chaîne de décision est très courte.
- Speaker #0
C'est plus facile de garder de la motivation, de l'engagement dans une petite société, dans une structure plutôt qu'un grand groupe américain. Oui,
- Speaker #1
parce qu'il se passe quelque chose, on peut réagir. Tu vois, les décisions sont rapides, on avance. Tu n'as pas 25 personnes à aller valider avant de prendre une décision. Et puis nous, on a fait aussi en sorte d'expliquer aux gens en quoi ils impactaient. Tu vois, on avait mis en place un système de primes au chiffre d'affaires. Pour leur dire, c'est important quand même. Voilà ce qu'on a promis à nos clients de livrer ce mois-ci. Si on fait l'objectif, on a une petite prime qu'on cumule sur le trimestre, etc. Et du coup, les gens, ils disaient ça, oui, ça, on avait prévu. Au point où j'avais vraiment un moment, il y a vraiment eu un switch où les gars venaient me voir. Ils le font encore, d'ailleurs. Ils venaient me voir une semaine avant la fin du mois en me disant qu'est-ce qui nous manque encore là ? Il faut qu'on sorte quoi ? Tu vois, vraiment en se disant attention.
- Speaker #0
Ça vient d'en bas quelque part.
- Speaker #1
Et c'est les gens qui te remontent ça. Et je trouve ça tellement fabuleux. C'est une vraie réussite. Il y a vraiment cet engagement. Et puis après, tu crées aussi du lien. On est une espèce de petite famille. Alors, on ne va pas manger ensemble tous les deux jours, mais il y a une proximité, tu connais les gens. Il y a un attachement aussi. Tu crées ce lien qui est hyper important.
- Speaker #0
Tu m'as dit en préparant que tu allais beaucoup sur le terrain.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu n'étais pas souvent dans ton bureau, en tout cas au début. Et que tu passais vraiment dans les usines, rencontrer les gens. Ça, c'est important. C'est un peu ce que tu pointes là. C'est-à-dire de connaître les gens et de connaître leur vie. S'intéresser à eux.
- Speaker #1
Oui, s'intéresser à eux, s'intéresser à ce qu'ils font. Au début, je l'ai fait beaucoup aussi pour moi à connaître. Parce que moi, j'ai besoin de comprendre techniquement ce qu'on fait pour être aussi à l'aise. Et puis pouvoir être capable de prendre des décisions. Parce que si tu ne connais pas le process, ça ne marche pas. Donc moi, je suis de toute façon très terrain. Parce que moi aussi, j'aime ça. On ne va pas se mentir. Mais du coup, quand tu t'intéresses aux gens, ils t'expliquent énormément de choses. Donc en fait, j'ai appris énormément. Tout ce que je sais, je l'ai appris d'eux. Je veux dire, quand je suis arrivée chez Kugler, je n'ai jamais fait d'usinage. Je travaillais sur d'autres types de machines chez GGB. Donc, tu t'intéresses, le fait que tu t'intéresses, eux s'intéressent aussi, puis tu crées des liens. Je ne connais pas toute leur vie, mais tu sais, puis tu connais les gens. Tu vois, là, ça ne va pas trop. Et du coup, c'est une espèce de donnant. Cette attention que tu leur portes, eux aussi savent te le rendre. Quand toi, tu as des moments où tu es moins bien et tout, des fois, ils me le disent, ça va aujourd'hui, tu as l'air fatigué. Non, ça va, ne vous inquiétez pas. Je trouve ça mignon. Tu as cette espèce de vigilance un peu, de bienveillance un petit peu de tout le monde. Sans que ce soit le pays des bisounours, je suis toujours un peu vigilante avec ce mot, bienveillance,
- Speaker #0
parce qu'il est un peu galvanisé. Le bonheur au travail, on va en parler. C'était très tendance, en fait.
- Speaker #1
Ouais, alors après, je pense qu'il ne faut pas tomber je pense que, on a eu cette discussion d'ailleurs, je pense que l'entreprise n'a pas vocation à apporter du bonheur aux gens. Par contre, on peut apporter du bien-être. et on peut être heureux d'aller travailler et content d'être avec ses collègues, de faire des choses qui nous plaisent et d'essayer de le faire bien et aussi de valoriser quand ils le font bien, hyper important parce qu'on a vite tendance à réprimander ou à recadrer quand ça ne va pas, mais savoir dire à quelqu'un ce que tu as fait là, c'était vraiment bien c'est cool. Célébrer des victoires et ça c'est important aussi
- Speaker #0
J'ai reçu Xavier Vernier qu'on connait tous les deux il me parlait de Julia Dauphines oui pareil, pourtant le bonheur au travail on a raté une bullshit oui mais c'est ça
- Speaker #1
Et en fait, on a eu une période, je trouve qu'on en sort un petit peu vraiment, où c'était too much. Tu vois, c'est comme, moi, c'est quelque chose qui me fait beaucoup rire, et je ne vais pas me faire des amis à dire ça, c'est les notions de valeur dans les entreprises. Tu vois, les entreprises où tu arrives avec leurs valeurs écrites en méga gros, en gravache, etc. Ça,
- Speaker #0
je n'aime pas ça.
- Speaker #1
Et en fait, tu te rends compte que, et je ne dis pas que ce n'est pas bien d'avoir des valeurs, mais quand tu les affiches, ça veut dire que tu es capable de les respecter. Et finalement, respecter une valeur dans tous tes moments, dans toutes tes décisions, dans tous tes actes, c'est super dur.
- Speaker #0
Ça demande d'être droit, d'être aligné tout le temps.
- Speaker #1
Et si tu ne le fais pas, du coup, c'est du bullshit. Donc, à la limite, je préfère quelqu'un qui n'affiche pas de valeur et qui dit juste j'essaie de travailler en étant comme ci, comme ça, voilà ce qui est important pour moi, machin. Plutôt que d'afficher des grands mots et puis derrière, d'aller faire tout le contraire. Et je trouve que c'est... Voilà, donc je pense qu'il faut sortir de là-dessus. Non,
- Speaker #0
je ne cherche pas les valeurs sur le site, elles ne sont pas marquées. Non,
- Speaker #1
je ne suis pas sûre qu'il y a des solutions. Non, mais en même temps, on en a, tu vois. Je pense qu'il y a des choses qui sont importantes. Moi, je sais que, par exemple, un des trucs qui est très important chez moi, c'est la confiance. J'ai besoin de travailler en confiance. Je suis quelqu'un d'assez direct, d'assez cash. Mais voilà, si la confiance est rompue, c'est dramatique. Ça ne se regagne pas. Oui, c'est compliqué. Donc, voilà, ça veut dire être honnête. Ça veut dire savoir dire les choses en bien ou en mal. Tu vois, c'est ça aussi la confiance. C'est à un moment donné, savoir pouvoir dire à quelqu'un. Merci. ça ne va pas, ou là, ça va, etc. Donc, j'essaie d'appliquer ça. Mais après, est-ce que je suis parfaite dans tout ?
- Speaker #0
Il y a cette culture du feedback, un peu, dans la société américaine.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Tu l'as appris, non ?
- Speaker #1
Je trouve que c'est pareil. Alors, dans la culture américaine, c'est du feedback très polissé, quand même. On fait un feedback, mais quand même en mettant beaucoup de crème. C'est bien. C'est ça. C'est great au lieu de awesome. C'est un peu un bazar. Je pense qu'il faut juste... J'avais un de mes premiers patrons qui était un peu un mentor, qui m'avait dit, de toute façon, à partir du moment où tu es juste, tout ce que tu veux, tu pourras le dire. Et moi, j'essaie d'appliquer cette règle.
- Speaker #0
À partir du moment où tu es juste,
- Speaker #1
tu peux tout dire. Et je pense que c'est vrai, tu vois. Au final, j'essaie de l'appliquer dans mon quotidien, avec beaucoup d'humilité. Mais finalement, si à un moment donné, c'est juste, c'est factuel, c'est posé. essayer de ne pas dire les choses qui ont t'énervé, tu vois, prendre du recul. Le faire aussi en... Moi, un truc qui est super important pour moi, c'est de le faire avec la personne, c'est-à-dire pas avec 25 personnes autour. Parce que ça, je trouve ça humiliant, ça n'a aucun intérêt. Mais il y en a beaucoup qui le font encore. Les open space. Ouais, c'est ça, c'est horrible. J'ai quelque chose à te dire, je te prends à part, on en discute. On en discute, on recadre, etc. Mais tous les messages passent s'ils sont justes, en fait. Mais après, ça n'empêche pas que des fois, je m'énerve. On est humain à la fin. Mes collaborateurs, ils vont dire que je suis parfois une tornade, que j'arrive, que ça respette et qu'ils m'entendent. Mais voilà. Et puis après, rester. Enfin, tu vois, finalement, je me dis, c'est vraiment... J'en discutais un peu, justement, parce qu'on discutait avec des collaborateurs en disant que je venais discuter avec toi. Et on parlait un petit peu globalement. Et il me disait, c'est vrai que finalement, il faut rester profondément humain, tu vois, dans ta façon d'être avec les gens. Je pense que, et j'embraye sur une autre chose, ça me vient en tête, tu vois, je pense que des fois, on dit, quels seraient les conseils qu'on donnerait à une femme si elle, surtout, ne soit pas un homme, en fait ? Enfin, je veux dire, tu es une femme, ta sensibilité. Et ce n'est pas de rentrer dans une posture parce que ça fait bien, parce qu'il ne faut pas montrer ses émotions, parce que les filles, elles pleurent. Non, quoi. Tais-toi comme tu es. Et en fait, plus tu es sincère dans ta façon d'être avec les gens, plus les gens vont apprécier. Et la relation, elle va se construire au fur et à mesure. Et ce n'est pas parce que tu es sincère ou que tu vas demander à quelqu'un, ça va, ta fille est malade, machin. que demain, tu n'es pas capable de recadrer parce qu'il y a eu un problème ou de le licencier parce que ça ne va pas. Tu vois, pour le coup, j'ai écoulé l'heure. En plus, j'ai licencié quand même pas mal de monde par rapport aux effectifs. On m'appelait Madame 10%, tu vois. Donc, c'était pas cool. T'es presque à Madame 20%. Mais quasiment tous ceux que j'ai licenciés, ça s'est bien passé. Parce qu'en fait, à un moment donné, tu expliques qu'il y a ça, Ce n'est pas possible. Et voilà, ce n'est pas contre toi.
- Speaker #0
dans le cadre professionnel ça marche pas il y a une manière de licencier d'ailleurs c'est moins vent en France parce que comme tu disais tout à l'heure c'est ultra cadré et puis ça te permet pas de faire comme t'aimerais le faire mais j'ai j'en suis loin d'être fier j'ai eu l'occasion de licencier pas mal de monde aussi, comme toi. À chaque fois, ça s'est bien passé. J'ai même eu des remerciements après, parce que je trouvais assez hallucinant de recevoir un SMS d'un collaborateur qui me dit merci de m'avoir licencié comme ça. Mais ce que j'ai toujours vu finalement comme point commun à ces licenciements qui se passent bien, c'est un respect de la personne qui en fasse.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Mais je pense que c'est juste ça.
- Speaker #0
C'est de l'expliquer pourquoi on fait la chose. Pourquoi c'est un risque pour l'entreprise de continuer ? Pourquoi ça ne va pas ? Pourquoi on fait fausse route ? Mais d'expliquer les choses, de respecter la personne. Ce n'est pas le point pour un con, en fait.
- Speaker #1
C'est ça. C'est vraiment ça. Moi, je sais quand j'ai fait le PSE sur Annecy, parce que du coup, après la fermeture de Dieuze, j'ai dû faire un PSE sur Annecy. Plan social et économique. Voilà. Un petit. On s'appelle un moins de 10, parce que la procédure est différente des plus de 10. Bref, je ne sais pas si c'est les joies du droit français. Et il y a certaines personnes qui m'ont remercié pour le plan social. Parce que oui, tu le fais à un moment donné. En plus, je l'ai fait au moment où je le fais. Je me dis, je sais que je pars en fait. Et je dis, OK, vous voulez que je fasse un PSE ? Je le fais avant de partir. Mais comme je pars en trois mois, c'est un moins de 10. Parce que la procédure n'est plus courte. Ce qui était un peu stratégique de ma part, parce que je savais qu'ils voulaient faire un plan social sur Annecy. Et en fait, si je faisais un moins de 10, c'est moi qui... Du coup, je faisais moins de 10. Donc, ils ne pouvaient pas me demander un grand plan social. Et je savais que ça allait brider pour au moins un an après. Parce que tu ne peux pas refaire. Donc finalement, même si je pense que sur le coup, ils ne l'ont pas vécu comme ça, dans mon idée, c'était le truc.
- Speaker #0
Tu l'as expliqué ça à des gens ?
- Speaker #1
Certains, oui. Certains l'ont su après, par la suite. Et du coup, je fais aussi un plan social très avantageux. Clairement. C'est-à-dire que je me dis à un moment donné, l'entreprise, elle va très bien. On est en train de faire du zèle à l'américaine parce que Quarterly Report. Donc, on va faire partir les gens. On choisit un peu les gens qu'on fait partir. Et on fait un plan qui est plutôt vraiment dans l'accompagnement. On a 24 mois d'accompagnement dans le plan social. Donc, on fait un truc bien. Et il y a des gens qui m'ont remercié, qui m'ont dit... Alors, sur le coup, pas toujours tout de suite, parce que c'est dur à vivre. Tu te retrouves sans boulot, etc. Mais qui m'ont dit, finalement, merci de l'avoir fait ça et de l'avoir fait de la façon dont tu l'as fait. Donc, au moins, voilà, tu dis... J'ai pas fait le truc le plus chouette et... D'ailleurs, tu sais que c'est des trucs que je n'hésite pas sur mon CV, que j'ai fait des plans sociaux et choses comme ça, parce que je me dis, j'ai pas envie que quelqu'un... On va t'appeler pour ça. Ouais, c'est ça. C'est pas du tout... J'ai pris aucun plaisir. Ne m'appelez pas pour ça.
- Speaker #0
Autre sujet, on est dans un monde qui s'accélère de plus en plus. Et tu disais tout à l'heure, l'industrie, c'est quand même une... Enfin, l'industrie, c'est un secteur qui est quand même assez lent à évoluer, parce que tu as forcément des investissements par million. On ne peut pas changer toutes tes machines juste pour changer de manière de produire. Comment on dirige une entreprise industrielle sur du temps long, justement quand tout s'accélère autour de nous ? C'est quoi les qualités du dirigeant ?
- Speaker #1
Alors, c'est de savoir où est ton marché. Ce qui n'est pas forcément simple, une fois qu'on a dit ça, on a dit une grande vérité. Mais en gros, c'est vraiment essayer de comprendre c'est quoi la tendance et où est-ce qu'on va. Parce que finalement, on dit l'industrie c'est un temps long, mais les mouvements... d'industrie, c'est des temps longs aussi. Tu prends juste la voiture, on parlait de la voiture électrique, c'est pas fait en deux jours.
- Speaker #0
On découvre que les Chinois produisent des voitures électriques. On a beau dire,
- Speaker #1
oui, ça a été rapide, le mouvement vers l'électrique, c'est rapide que ça, parce qu'en fait, eux, ils en parlent depuis déjà très longtemps. Donc c'est savoir quand même un peu, et c'est là où les commerciaux et les directeurs commerciaux, sont hyper importants d'avoir les bons, parce que c'est des gens qui vont aller... un peu flairés chez leurs clients aussi, c'est quoi the next step chez eux ?
- Speaker #0
Ça veut dire qu'il faut les incentiver aussi sur du temps long les commerciaux ?
- Speaker #1
Je pense qu'aujourd'hui, c'est une erreur de les incentiver juste sur un chiffre d'affaires. Tu vois, c'est une erreur fatale sur la marge. ça se discute déjà, c'est un peu mieux. Mais je pense qu'il y a vraiment ce côté de new business ou business continuity. Tu vois, c'est finalement ce Kugler Bimetal qu'on conserve dans 10 ans. Ça veut dire qu'on a su... Alors, nous, on est en plus en B2B, donc ça veut dire que tu as su comprendre ce que lui allait développer chez lui et que tu as su être prescripteur chez lui. Et ça, si tu es prescripteur chez ton client, c'est génial. Ça te fait une place. Exactement. Donc, le temps... Tout bouge très vite, mais finalement, pas si vite que ça. Mais par contre, il faut vraiment savoir capter les signaux faibles pour savoir tout de suite un petit peu redresser. Et puis, des fois aussi, juste... avoir ses croyances et y aller, tu vois. Chez Kugler, quand je suis arrivée, un des premiers trucs que j'ai dit, c'est qu'on doit aller sur de l'atelier de finition. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on fait gros pour faire rapidement. Je prends un bloc d'acier, je l'usine. Je viens couler du bronze dedans, je le réusine. Et je livre un produit, ce qu'on appelle nous semi-fini. C'est-à-dire que ce produit-là, le client va le réusiner derrière pour faire sa pièce de finition. Et moi, un des premiers trucs que je dis quand j'arrive, c'est de dire, il faut qu'on aille jusqu'à la finition. Parce que si je vais jusqu'à la finition, déjà, je connais la pièce du client. Donc, je sais où elle va, à quoi ça sert et quelle est la valeur ajoutée de mon produit dans son ensemble. Alors que si je fais un semi-produit, il...
- Speaker #0
Tu bailles pas son client, vraiment.
- Speaker #1
Je baille pas parce que je le livre toujours mon client.
- Speaker #0
Ah oui, il réusit sa pièce lui-même. Sauf que lui,
- Speaker #1
il réusit sa pièce, voilà, c'est ça. Donc déjà, tu as toute cette compréhension, tu vois, du truc de finalement, jusqu'où va mon produit et qu'est-ce qui est différenciant dans mon produit. Et au début, on m'a dit non, Et là, en fait, on est en train d'investir 3 millions pour faire un atelier de finition. Donc, il y a des trucs aussi, des fois, où il faut juste, tu vois, y croire parce que ça fait sens. Et pourquoi on le fait ? Alors, on a eu de la chance avec les F-35 pour la Suisse. Tout le monde n'aime pas ça, mais... Il y a eu un système d'affaires compensatoire qui fait qu'on a pu récupérer des subventions et qui nous permettent d'investir dans cet atelier pour pouvoir faire des pièces en plus dans l'aéronautique, dans la défense. Enfin voilà, ce sont des marchés super porteurs. Donc différenciant, hyper important en Suisse. Si on veut faire du commodity en Suisse, on peut le fermer tout de suite. Donc ouais, je pense qu'il y a eu un côté un peu sentir les figneaux faibles, essayer d'être très en amont de son client pour comprendre ce que lui va faire et comment tu le soutiens. et puis de temps en temps juste avoir des convictions aussi dans tout ce que tu me dis là il n'y a pas d'études de marché il n'y a pas tout ça en fait il y a du flair il y a du il y a d'études de marché indirectement via les clients mais je pense après nous on est en B2B tu vois donc c'est probablement différent quand tu es en B2C le business le business model est probablement différent ou quand tu es dans le service c'est encore différent mais dans l'industrie en B2B ton client c'est aussi un industriel qui a lui aussi un temps long donc en fait ce que tu veux savoir c'est où est-ce enfin Encore une fois, c'est quelle est la valeur ajoutée de ta pièce, pourquoi toi et pas notre fournisseur ? Et quelle est la valeur, en l'occurrence pour nos produits, quelle est la valeur mécanique de notre pièce et pourquoi demain elle devrait être dans cet ensemble-là ? Si tu as réussi à comprendre ça, du coup tu vas être capable aussi de pouvoir dire « Attends, tu cherches ça pour telle propriété, j'ai peut-être travaillé à développer encore plus cette propriété-là en combinant avec une autre parce que je sais que ça va t'aider dans ton ensemble. » Donc il y a quand même cette étude de marché, mais qui est plus une étude au contact du client et de l'applicatif du client. Il y a un côté plus expertise pointu, en fait, parce qu'on n'est pas forcément dans un grand public.
- Speaker #0
Alors, pour vous qui nous regardez ou qui nous écoutez, ça m'intéresse d'avoir un petit peu vos recettes pour gérer dans du temps long, dans un monde qui bouge. L'IA, par exemple, ça change un bout le tout en ce moment. Donc, il n'y a pas que l'industrie qui peut être lente par rapport à des évolutions. Je pense que n'importe quelle boîte de tech aujourd'hui, le SaaS et compagnie, vont se dire... C'est quoi vos petites recettes ? Mettez-nous en commentaire si vous êtes en B2B, en B2C. Et c'est quoi vos recettes pour gérer dans le temps long ? Volatilité des prix. Quand on a une fonderie, je pense que l'énergie, c'est un sujet. Ça a été un sujet ces dernières années.
- Speaker #1
Ça a été un sujet, notamment moi, avant que j'arrive. Parce qu'ils n'avaient pas négocié leur contrat électrique. Du coup, ils ont pris une grosse claque. Ça l'est pu.
- Speaker #0
ton industrie, tu as des contrats qui sont assez longs, je pense, entre le moment où le client te passe commande et le moment où tu livres. Tu t'es tapé une augmentation des prix entre deux, puis il faut quand même livrer. Comment on gère ça quand on est pris entre le marteau et l'enclume ?
- Speaker #1
Alors, en l'occurrence, quand je suis arrivée, ils avaient déjà pris une grosse claque sur l'énergie. Et du coup, ils ont été revoir les clients en repassant des grosses hausses. Qui sont de plus en moins passées, parce que les clients ne sont pas forcément d'accord. Surtout que nous, on a des contrats, on a une partie de... de make-to-order, donc c'est vraiment des commandes spot. Et puis, on a des parties où c'est des make-to-stock, donc c'est des produits qui sont récurrents, qu'on fait un peu tout le temps. Donc, les gros clients, ils leur ont dit, en général, il y a des négociations de prix une fois par an, puis après, le prix ne bouge pas. Donc là, une fois qu'ils avaient pris, ils n'ont pas trop accepté la hausse. Mais il y a eu un gros travail pour le coup des commerciaux pour aller un petit peu au charbon et expliquer la hausse. Maintenant, ce qu'on fait, c'est qu'on se couvre en fait.
- Speaker #0
C'est-à-dire qu'on achète, là, typiquement, notre prix d'électricité, il est figé jusqu'en 2026, fin 2027. Tu suis ton marché, quand tu vois que c'est un peu plus bas, tu bloques. On bloque au trimestre, en général, avec de l'avance. Comme ça, tu n'as pas moins de volatilité.
- Speaker #1
Tu bloques sur la durée de tes plus longues commandes, comme ça, tu es sûr de pouvoir livrer tes commandes. En général,
- Speaker #0
on se bloque au moins sur un an.
- Speaker #1
Aujourd'hui, tu rentres des commandes qui sont à livrer pour quand, en général ?
- Speaker #0
Actuellement, suivant les clients, on a des commandes pluriannuelles. On peut avoir des commandes qui s'attellent sur deux ou trois ans.
- Speaker #1
Donc, tu bloques le prix de ton énergie finalement sur deux ou trois ans pour matcher ces contrats-là ? Partiellement,
- Speaker #0
oui. Mais en tout cas, on bloque une grosse partie de notre énergie au moins sur un an. Et puis, si on voit que les marchés sont en cette basse, on bloque au trimestre en plus. Si on voit que ça monte, du coup, on a de la marge pour ne pas tout de suite acheter et ça permet de réguler. Les matières premières, c'est plus compliqué. Matières premières parce que l'acier, ce n'est pas trop un sujet. Il est à peu près stable l'acier depuis un petit moment. Mais le bronze, typiquement, est beaucoup plus volatile, notamment le cuivre qui est en train d'exploser en ce moment. Donc là, potentiellement, on peut se prendre vraiment des shots pendant l'année et ne pas faire grand-chose parce que tu ne vas pas pouvoir réguler tes prix. Donc l'idée là, c'est pareil, on essaie de suivre un peu les évolutions de prix et de se bloquer sur trois mois. Si tu vois que le prix est bas, tu te fais peut-être ton stock pour six mois par rapport à tes commandes. Tu rentres ton stock en avance. Et tu rentres ton stock en avance pour essayer sur l'année d'avoir un prix à peu près lissé, pour éviter de subir les pics.
- Speaker #1
Souveraineté suisse, est-ce que la Suisse a encore les moyens de ses ambitions industrielles ? Comment vous battez chez Kugler Bimetal pour montrer un peu cette concurrence à bas coût ? Alors vous, votre concurrence à Bakou, elle est quoi ? Asiatique ? Oui,
- Speaker #0
asiatique. Principalement asiatique. Je pense que... Je remercie un peu ton gâteau. Vas-y, vas-y. Je pense que ce n'est pas la bonne bataille. Que si on veut se battre sur la concurrence asiatique, il ne faut pas y aller sur le prix. Il faut y aller sur autre chose, en fait. Ce que je te disais tout à l'heure, si on veut faire du commodity, tu ne viens pas en Suisse. Donc, je pense que là où il faut se battre, c'est se dire en quoi on est différenciant, qu'est-ce qu'on amène en plus.
- Speaker #1
Justement, avec Xavier Varnier, on parlait de... Comment se différencier ? On parlait de luxe, de positionnement premium. Là, tu es quand même dans l'industrie où tu produis des pièces pour quelqu'un d'autre. Tu ne fais pas du luxe. Comment tu peux te différencier ? C'est quoi ? C'est de la R&D ?
- Speaker #0
Oui, c'est de la R&D. C'est d'avoir un produit qui n'est pas du standard basique que tout le monde sait faire. Tu vois, lui apporter vraiment une complexité, des caractéristiques. Nous, typiquement, on fait des pièces, donc acier bronze, Kugler Bimetal. L'idée, c'est de... Vous travaillez sur la partie tribologie, c'est-à-dire en gros, la tribologie, c'est la science du frottement. Donc, en fait, cette partie bronze, en gros, le bronze, c'est un lubrifiant naturel. Et ça va permettre, notamment, tu vois, sur des démarrages à sec, c'est-à-dire sans huile, d'éviter de gripper. Ou si jamais il n'y a plus d'huile dans le système, d'éviter de gripper ou de casser ton système. Et en même temps, il faut que ta liaison bronze et acier soit suffisamment forte. pour que si jamais ça grippe, qu'il n'y a plus d'huile et que tu fais jouer le bronze, que tout ne se casse pas. Que tu n'aies pas la plaque de bronze qui s'en aille et l'acier qui reste. Et ce qui peut arriver suivant le type de process que tu as. Donc c'est vraiment travailler sur... Nous, typiquement, nos marchés, c'est plutôt des applications exigeantes. Des hautes pressions, des hautes températures.
- Speaker #1
C'est quoi la pièce classique que vous produisez ? Pour bien comprendre, c'est quelle application ?
- Speaker #0
Alors nous, ça va être principalement pour des systèmes de pompe hydraulique. Ça va être des cylindres pour les pompes hydrauliques. Ça va être le corps de pompe où tu vas avoir tes cylindres à l'intérieur. Et en fait, le revêtement bronze va faciliter ces mouvements. Et notamment si jamais il n'y a pas d'huile ou qu'il y a des contraintes très fortes, ça va permettre de continuer le mouvement sans casser l'ensemble de ton système. Donc nous, c'est ça, c'est de comprendre qu'est-ce qui est différent dans notre produit. et de mettre l'accent là-dessus et d'aller chercher à le complémenter. Tu vois, de se dire, notamment on parlait de R&D, de se dire tiens, le bronze il aide à fluidifier, mais peut-être que si je rajoute un petit peu de graphite, je vais rajouter une certaine propriété mécanique qui va aider sur d'autres aspects. Enfin tu vois, c'est vraiment de se dire qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui notre client a plus intérêt à aller chercher notre produit que le... que celui d'un autre parce qu'il est vraiment spécifique et un peu tailor-made, tu vois, vraiment à leurs besoins et à leurs contraintes. Et après, un truc qui est plus, pour le coup, facile à vendre, moins facile à tenir, c'est le côté qualité. La Suisse, elle a quand même cette image de qualité. Mais je pense que c'est aussi le goût. Il faut le tenir. Voilà, c'est ça. C'est aussi le truc où il faut aussi s'engager en disant, nous, c'est vraiment de la très haute qualité.
- Speaker #1
Pour l'instant, vos concurrents, ils ne sont pas à ce niveau-là.
- Speaker #0
On n'a pas vraiment de concurrents directs sur nos marchés niche. C'est-à-dire que le commun, on a historiquement des clients plus commodity, des gros faiseurs, notamment dans tout ce qui va être les engins de chantier. tractopelles, des choses comme ça. On a des pièces qui rentrent dans ces systèmes-là. Et c'est là où on se fait concurrencer. Et je pense qu'il ne faut pas aller chercher à aller là, parce qu'en fait, là, on est sur du prix, du volume du prix. Il faut aller plutôt sur l'aéronautique, parce qu'ils attendent une certaine durée de vie. Tu vois, typiquement, on fait des pièces pour le mining. Donc, tu sais, c'est des systèmes, en fait, qui vont venir percuter la roche pour faire des mines. Et typiquement, là, ils veulent notre produit parce qu'en fait, ils sont dans une exigence extrême. Ils ont besoin d'avoir nos caractéristiques, de ne pas avoir quelque chose de cheap. Ils ont besoin d'avoir quelque chose qui s'enchaîne. Et là, pour l'instant, oui, on reste. Alors, ça ne veut pas dire qu'il faut se reposer sur les lauriers parce que je pense qu'ils cherchent aussi d'autres solutions qui sont peut-être moins chères, etc. Mais du coup, c'est comment on les accompagne. Est-ce qu'on peut leur proposer d'autres types d'alliages ? Est-ce qu'on peut aller justement sur de la pièce finie pour qu'ils aient une fonction clé en main qu'ils n'ont pas besoin de reprendre les pièces ? Est-ce qu'on peut leur garantir du stock ? Est-ce qu'on peut... Comment on les accompagne ? Mais aller chercher ce qui est... C'est la différenciation qui fera qu'on arrivera à rester encore là dans 10 ou 20 ans. Ce n'est pas le prix. Si on va chercher du prix, on est mort. Il faut aller chercher l'autre chose. Le service, la qualité, l'expertise, toutes ces choses-là, l'alliage qui est au-dessus des autres. qui oblige du coup à innover, à se poser des questions et à se challenger. Mais si tu cherches à aller sur ces marchés où en gros, il y a tout le monde, t'es mort. T'es mort si t'es en Suisse, en tout cas.
- Speaker #1
C'est mon point de vue. J'ai fait quasiment toute ma carrière en Suisse. J'avais aucune idée de l'existence d'un fleuron de l'industrie mondiale ici à Genève. Ouais.
- Speaker #0
Après, on est très... Ouais, on est... Tu vois, typiquement, j'ai une anecdote où on fait des... On fait des gros paliers aussi. Des paliers, en fait, c'est comme si tu avais un tube, un gros tube d'acier avec du bronze à l'intérieur ou à l'extérieur. Et on fait des paliers comme ça, en principe d'un roulement à billes sur les billes, pour imager. Et on fait des paliers qui vont dans les centrales hydrauliques d'EDF. EDF nous a passé une commande parce qu'ils ont changé leur palier, qui avait 50 ans, et ils voulaient exactement le même. Parce qu'en fait, ils savent que le palier, ils le mettent pendant 50 ans. Ils sont tranquilles. Il y a un truc aussi. Tu vois ? Et c'est des clients, en fait, ça ne les intéresse pas d'aller chercher du prix. Eux, ce qu'ils veulent, c'est la tranquillité d'esprit, de savoir que pendant 50 ans, ça ne va pas bouger. Et ils ont retiré la pièce, ils l'ont fait expertiser.
- Speaker #1
Elle était encore bonne pour eux.
- Speaker #0
Elle était... Enfin, ils disaient, en fait, on avait toujours du bronze dessus. La liaison bronze-acier, elle n'avait pas bougé d'un iota. Enfin, tu vois ? Donc ça, c'est vraiment des choses où... Et tu as encore des endroits... Pareil, on a des Asiatiques qui nous demandent des pièces. qui vont aller dans les centrales nucléaires. Là, c'est pareil. Ce qu'ils veulent, c'est être sûrs que la pièce, elle ne bouge pas, en fait.
- Speaker #1
Et ils viennent chercher ça chez nous.
- Speaker #0
Et ils viennent chercher ça chez nous. Donc, on leur fait... Voilà. Donc, on a vraiment... Et c'est ça qu'ils pensent qu'il faut vraiment développer et mettre en lumière. Et potentiellement, nous, on a encore du travail là-dessus chez nous pour mieux savoir vendre, tu vois, cette valeur ajoutée. Je pense qu'aujourd'hui, on n'en est pas forcément suffisamment conscients et on ne sait pas suffisamment le... le promouvoir auprès de nos clients. Tu vois, cette différenciation. Souvent, c'est eux qui viennent nous le dire, en fait. Il faut qu'on arrive à changer le truc, à dire non, mais en fait, on vous garantit tout ça, nous.
- Speaker #1
Management tout terrain, on a parlé. Tu vas beaucoup sur le terrain, tu descends beaucoup dans l'usine, tu passes peu de temps dans ton bureau, ça, on l'a dit. Comment tu passes une discussion technique avec un chef d'atelier et puis ensuite, tu remontes dans les bureaux avec le directeur commercial et tu as une discussion dans un autre monde, quelque part. On appelle ça souvent col bleu, col blanc. Ça demande presque de la schizophrénie.
- Speaker #0
Oui, alors j'adore. Sincèrement, les 15 sujets en même temps, c'est vraiment le truc qui me plaît. Tu m'as dit,
- Speaker #1
quand on a préparé l'émission, tu m'as parlé d'empathie. Et tu m'as dit, nous les femmes, on est peut-être plus empathiques.
- Speaker #0
C'est possible. Je ne sais pas si on l'est plus. En tout cas, on ne s'autorise plus à le montrer, je pense. Je pense que c'est peut-être ça la nuance. Alors moi, 15 sujets en même temps, j'adore en fait. J'adore le ping-pong et je trouve que c'est ce qui est génial dans mon métier.
- Speaker #1
Il y a la variété des sujets, mais il y a aussi la variété des interlocuteurs en fait.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Tu ne t'adresses pas de la même manière finalement à un ouvrier, à un directeur. Non,
- Speaker #0
non, non. Quoique, des fois, je ne suis pas sûre que je vais toujours les formes forcément dans le bon sens. Le côté direct. Oui, tu vois, le côté direct. Je ne suis pas sûre d'être très, très différente, tu vois. J'ai un côté très, très cash et direct. Et je pense que je vais être très cash et direct aussi bien avec un opérateur qu'avec un directeur. Si je ne suis pas d'accord, ça se voit tout de suite. Finalement, on n'y revient.
- Speaker #1
C'est un peu ce que tu disais tout à l'heure, l'authenticité. Oui, c'est ça. Il reste toi-même.
- Speaker #0
Oui, je pense que c'est…
- Speaker #1
C'est ça le conseil qu'il faut donner. Pour ceux qui nous regardent, c'est restez vous-même. Soyez naturel.
- Speaker #0
Après, on peut te reprocher. On t'aime, on ne t'aime pas. On te reproche d'être comme ça. Mais moi, c'est clair. Les gens n'ont pas de surprise avec moi. Ils savent où s'en tenir. Et finalement, je pense qu'ils apprécient ça aussi. Et c'est l'inverse. Je pense être aussi capable d'entendre beaucoup de choses que je pense que certains ne se permettraient pas avec peut-être une autre personne. C'est-à-dire que moi, j'ai tendance à être très directe. Mais je laisse aussi cette place à la critique, à la remarque. Des fois, j'ai eu le cas où les gens étaient assez rudes avec moi. Et je le tolère, en fait. Je le tolère parce que je considère que ça me nourrit, en fait. Finalement, d'avoir des gens qui ne sont pas d'accord avec toi, qui viennent te contredire, qui viennent te pousser, je pensais que ça te fait grandir.
- Speaker #1
Et souvent, c'était plutôt des cols longs ou des cols bleus qui étaient durs avec toi ?
- Speaker #0
Alors, plus souvent des... Oui, plus souvent des cols blancs, bien sûr. Oui, plus souvent des cols blancs. Non, les cols bleus, pas tant que ça. Ils sont plutôt bienveillants, la plupart. Mais oui, ça te bouscule. Ce n'est pas toujours facile. On peut l'égo, des fois, on s'y prend beaucoup de place. Mais c'est ce qui te fait avancer. Moi, il m'a fait grandir. Et puis, c'est bien aussi. Moi, j'apprécie d'avoir... En tout cas, j'ai toujours apprécié, avec les patrons que j'ai eus, je pense que c'était simple de me gérer, d'avoir eu cette liberté de parole, de pouvoir leur dire à un moment donné ça, ça ne me va pas, j'aime pas, etc. Et j'essaie de reproduire ce schéma-là, finalement. Et me dire, après tout, ils ont le droit de me dire ça, ils n'aiment pas, ou qu'ils feraient ça différemment, etc. Je ne peux pas forcément dire qu'on va faire comme ils ont dit et que je vais peut-être rester sur ma position. Mais, tu vois... laisser cet espace-là aussi aux gens pour s'exprimer et accepter qu'on va peut-être s'en faire envoyer bouler de temps en temps. Ouais, c'est pas très grâce.
- Speaker #1
Ça fait du bien de temps.
- Speaker #0
Ouais, c'est ça. Après, moi, je ne suis pas très rancunière, donc ça passe, le lendemain, c'est oublié.
- Speaker #1
C'est une question de confiance, au final.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
aussi. Si on se fait confiance et qu'on se respecte, on peut se dire les choses.
- Speaker #0
Oui. D'où le revient sur la confiance.
- Speaker #1
On peut rentrer dedans, mais on sait que le lendemain, on travaillera en confiance avec la personne. Exactement,
- Speaker #0
ouais. Tu sais que la relation, elle est saine aussi, finalement. Être capable de pouvoir se dire des choses. voir des choses un peu dures ou désagréables, ça veut dire aussi qu'il y a un espace qui fait que, finalement, on va tous dans la même direction. On est tous ainsi. Finalement, l'indifférence, la non-discussion, le plat, le oui, oui, je suis d'accord, finalement, c'est un peu de l'indifférence. Et finalement, l'indifférence, c'est parce qu'on recherche. Moi, je n'ai pas envie que les gens soient indifférents à ce qui se passe. Peut-être que leur non-indifférence, ça veut dire qu'ils ne sont pas d'accord avec moi aussi et qu'il va falloir argumenter. Et qu'au final, tu vas peut-être trouver encore une meilleure solution que ce que tu avais pensé, parce que justement, ça fait naître de la discussion. Des fois, quand ils sont pénibles, je leur dis qu'ils sont pénibles. Tu vois, il y a aussi... Il y a quand même un chef ici. Oui, voilà. Je leur ai expliqué une bonne vieille dictature. Il n'y a que ça de vrai. On n'est pas embêtés.
- Speaker #1
Un sujet dont on ne va pas discuter, l'écologie. C'est pas de grosse presse, je crois.
- Speaker #0
Non, ça n'a pas de grosse presse. Je pense que la plupart des gens s'en fichent. Je pense que... Enfin, s'en fichent, entre guillemets. C'est-à-dire qu'on voit toutes les raisons de ne pas le faire. Après, sincèrement, je pense qu'on y arrivera qu'en changeant de paradigme. Tu vois, c'est vraiment... En fait, on a toujours cette... En tout cas, c'est ma conviction. On a toujours cette idée qu'on peut faire de l'écologie en étant telle qu'on est, telle qu'on fonctionne aujourd'hui dans le monde. dans l'économie, etc. Moi, je ne le crois pas. Je pense qu'à un moment donné...
- Speaker #1
Il va falloir changer des choses.
- Speaker #0
Il va falloir changer des choses, mais il ne va pas falloir changer un petit peu les choses. Il va falloir changer drastiquement les choses. La croissance infinie n'existe pas. Il faut arrêter de vouloir surconsommer et consommer. Mais du coup, tu changes tous tes modèles, tous tes repères. C'est hyper disruptif. Après, on peut essayer de faire des choses à son échelle, essayer d'être vigilant sur tes déchets. utiliser des énergies verts, des choses comme ça. Mais si tu réfléchis réellement au sujet, ce n'est pas suffisant.
- Speaker #1
Si je dis à mes enfants d'éteindre la lumière et qu'à côté, il y a Kugler Bimetal qui chauffe, je pense que la lumière, je peux l'éteindre un paquet de fois avant de compenser. Oui,
- Speaker #0
mais c'est hyper compliqué. On en parlait dans mon groupe APM. J'ai de la chance d'avoir quelqu'un qui travaille dans le... dans l'habillement, plutôt habillement sport, mais plutôt haut niveau. Et c'est un vrai sujet pour lui. Pour le coup, je pense qu'il a des vraies convictions, écologiques, environnementales. Il me disait, mais en fait, on marche sur la tête, on essaie de faire des vêtements avec, par exemple, du plastique recyclé. Il me dit, mais ça amène des industriels à faire des bouteilles en plastique pour les recycler, pour nous donner de la matière première. Tu dis, mais l'aberration ! Mais oui ! Tu vois la perversion des trucs !
- Speaker #1
On marche à l'envers. Oui,
- Speaker #0
c'est ça, on marche à l'envers. Et c'est pour ça, je pense, qu'il y a un vrai changement de paradigme à dire à un moment donné... Je ne prétends pas avoir la solution, je ne sais pas. Même moi, au quotidien, je ne pense pas être un bon exemple, mais à un moment donné, il va falloir qu'on apprenne à switcher, à avoir des systèmes... Moi, je crois pas mal aux systèmes nodulaires, tu vois, un peu avec des choses... En fait, tu crées un peu sur le principe de ce que je disais sur l'entreprise. C'est-à-dire, tu vois, tu as une centaine de personnes. C'est une taille humaine. Tu décides vite. Tu t'auto-suffis. Je pense qu'il faut qu'on arrive à créer des espèces de nodules comme ça où, en gros, sur un périmètre petit, tu as accès à ton travail, ton école, ton machin. Et puis, un jour, tu as envie de bouger. Tu changes de nodule, tu vois. Un peu sur ce principe-là. après pour autant comment tu mets ça en place il y a des choses expérimentales qui se passent notamment à Silicon Valley je ne sais pas si tu as lu le livre il y a un livre qui s'appelle Ecotopia qui est relativement vieux mais qui est assez intéressant aussi sur cette idée d'avoir des zones il y a d'autres choses un peu plus perturbantes chez Ecotopia mais ça reste un roman mais je pense que tant qu'on aura ce principe de croissance infinie je pense qu'on ne pourra jamais parler sérieusement d'écologie Merci.
- Speaker #1
équilibre vie pro vie perso quand on dirige une boîte comme ça où on la on la réforme pendant 3 ans pour en refaire une pépite presque ou dans tes expériences précédentes où t'as vécu plein de choses drames humains plans sociaux et compagnie comment comment on arrive finalement à se vider la tête en rentrant à la maison et à être présent finalement dans l'instant avec sa famille t'as une Tu as un petit secret à nous partager, là, sur une petite routine, peut-être, que tu te mets en place ?
- Speaker #0
Alors, je pense que j'ai un truc qui, moi, m'a beaucoup aidé, je pense, et qui continue de m'aider. Moi, je n'ai jamais fait de télétravail, ou très, très peu. Déjà parce que quand tu es vraiment dans la prod, tu ne peux pas vraiment télétravailler. Et du coup, en fait, le travail, c'est au travail. À la maison, je ne travaille pas. C'est très, très rare que je travaille chez moi. Je vais y penser, machin, mais concrètement, être sur mon PC en train de travailler un week-end, ça m'arrive. quasiment jamais. Donc, il y a deux mondes, tu vois. La maison, je ne travaille pas et au travail, je travaille. Tu t'affaires très, très longue heure.
- Speaker #1
Je ne crois pas qu'il écoute trop ton actionnaire, parce qu'il aimerait peut-être plus d'engagement.
- Speaker #0
Oui, après, quand je suis au travail, je travaille. Après, on peut être efficace aussi. Ça existe. Donc, il y a ce côté, je pense, tu vois, de lieu. Finalement, j'ai un lieu. Donc,
- Speaker #1
c'est cette coupure que tu crées. Oui,
- Speaker #0
je pense que... En tout cas, moi, physiquement, ça me fait du bien. En fait, la maison, c'est la maison, la famille. Et c'est un truc que je tiens un petit peu sous cloche, tu vois, c'est mon domaine. Je partage très peu. Tout autant, je suis très ouverte avec mes collaborateurs, etc. Et on n'a aucun quasiment qui connaît ma famille. Et le travail, c'est le travail. Donc d'avoir cette dissociation, moi, ça m'aide. Et après, je me suis mis quand même beaucoup au sport, notamment post-GGB. Je pense que je n'en ai pas fait assez. Et je fais beaucoup de sport, par contre. Et ça m'aide énormément. Même des fois, tu vois, je suis énervée parce qu'il y a un truc qui m'énerve ou j'ai un sujet dans la tête, je vais courir. Je reviens, j'ai la solution. Tu vois, je... Et je me rends compte, alors du coup, ça a un côté addictif aussi, le sport, mais du coup, je me rends compte que ça devient, c'est vital, tu vois. C'est vraiment, ça me fait une bouée.
- Speaker #1
Une soupape.
- Speaker #0
Ça sort et ça m'aide beaucoup.
- Speaker #1
Merci pour le conseil. Surtout cette histoire de cloisonnement entre la maison et le boulot. Parce que moi, j'ai souvent tendance à dire, finalement, l'entrepreneur, il est 24 heures sur 24, la tête dans sa boîte, et tu ramènes très vite du boulot à la maison, finalement. Et puis, tu n'es plus avec tes enfants, tu n'es plus avec ta femme.
- Speaker #0
Et tu peux les avoir dans la tête, tu vois. Parce que tu reviens, quand tu as eu un problème et tu rentres à la maison, ton problème, il est toujours dans ta tête. Moi, des fois, ça m'est arrivé d'être énervé à la maison, voire de m'énerver avec les enfants parce que j'avais un truc qui ne m'allait pas. Mais je ne travaille pas à la maison. J'essaie de ne pas ouvrir le PC. Après, ça arrive ponctuellement, mais voilà, de séparer les choses, cloisonner.
- Speaker #1
Super conseil. Merci. Et puis, moi, je suis avide d'autres conseils. Donc, si vous pouvez m'en mettre en commentaire, moi, je prends parce que j'ai beaucoup de mal à séparer les deux. Donc, je... donc ça m'arrangerait, merci un petit conseil aux femmes Même aux jeunes femmes qui débuteraient dans l'industrie. Comment on se fait accepter ? Comment on s'impose ? C'est quoi la bonne approche, la bonne posture ?
- Speaker #0
En tout cas, moi, je pense que ce qui a marché avec moi, c'est pas arriver en pensant... Enfin, en voulant expliquer aux gens leur métier. Tu vois, avoir cette posture un peu humble au début, de comprendre avant de vouloir faire. De rester... de ne pas chercher à être dans une posture d'homme ou à imiter les hommes. Ça ne veut pas dire...
- Speaker #1
Ça revient souvent dans le podcast. On m'a dit souvent, c'est de rester soi-même.
- Speaker #0
Oui, mais c'est vachement important. Je le vois avec certains amis, même dans d'autres domaines professionnels, pas forcément dans l'industrie, où tu les sens, et tu ne les sens pas à l'aise forcément au sujet, et tu vois, c'est de dire, il faut que je sois habillée comme ça parce que ça me donne une prestance. Mais en fait, fond.
- Speaker #1
C'est fake.
- Speaker #0
Oui, c'est fake, en fait. Sois toi-même, ta spontanéité, ton truc. Et c'est comme ça, en fait, finalement, que les gens... Finalement, ils le sentent. Je pense que les gens, ils s'en rendent compte que tu es dans une posture. Et ce n'est pas ça qui fait... Je sais, quand je suis partie de GGB, j'avais eu le remarque d'une personne qui avait dit « Ah ben, maintenant, on va avoir un directeur en costume cravate. » Je me suis dit « La costume cravate, elle se tombait. » Et c'est la même personne qui, un an après, a dit « Mais mon Dieu, pourquoi elle est partie ? Et pourquoi on a ce gars-là maintenant ? »
- Speaker #1
C'était un reproche, en fait.
- Speaker #0
C'était un reproche, oui. De dire, tu vois, je ne rentrais pas dans le moule. Je n'étais pas un tailleur, talon. J'étais en converse. Voir les pieds sur la table. Parce que j'ai une tendance à mettre les pieds sur la table. Qui est une forme de façon de penser. Oui, c'est ça. C'est un truc d'homme. Mais moi, je le fais tout le temps. J'ai toujours fait, d'ailleurs. Donc, c'est ce qui fait boucler tout le monde, d'ailleurs. Et c'est comme ça. Mais ce n'est pas grave, en fait. Ce n'est pas ça que les gens vont retenir de toi. et c'est pas la vie enfin la vie fait pas le moine on va reprendre un truc un peu bateau mais enfin je pense c'est pas chercher à vouloir être un homme pas vouloir rentrer dans des postures parce que je suis chef parce que machin et rester humble et s'intéresser au début comprendre vraiment comprendre et Et le fait de comprendre, après, on devient pertinent. Et le fait d'avoir été une ou deux fois pertinent, du coup, les gens nous regardent différemment et les choses se construisent toutes seules.
- Speaker #1
Top. Dans 20 ans, t'aimerais qu'on dise quoi de ton passage chez Kugler ?
- Speaker #0
Oh, punaise !
- Speaker #1
Je t'ai pas préparé à celle-là.
- Speaker #0
Alors, celle-là, non ! Waouh ! Dans 20 ans, j'aimerais qu'on dise quoi de mon passage chez Kugler ? J'aimerais que Kugler existe déjà, encore, déjà dans 20 ans, tu vois. Parce que je me dirais que j'ai quand même aidé à construire des bonnes bases. que c'était cool d'y travailler quand j'y étais cool ?
- Speaker #1
ouais chouette, merci merci Laetitia pour cette conversation,
- Speaker #0
c'était super avec grand plaisir, merci à toi
- Speaker #1
C'était génial d'interroger une femme qui bosse dans un monde d'hommes. Ça casse les codes et c'est ce qu'on aime à la table de Seb. Ce que j'ai bien aimé dans cet échange, c'est qu'on perçoit les difficultés de ce qu'est être un dirigeant d'industrie, de ce qu'est être un dirigeant d'entreprise tout court. Les accidents au travail, les licenciements, les plans sociaux, c'est pas tout rose la vie de directeur. Mais Alicia, elle, elle prend ça avec recul. Et puis s'il y a une chose que je retiens, moi, c'est ce qu'elle m'a dit. Si c'est juste, alors on peut tout dire. Voilà, donc si cet épisode vous a plu, N'hésitez pas à le partager, il plaira certainement à vos collègues, à vos potes. Donc partagez-le, abonnez-vous, enregistrez-le, ça nous aide à continuer de le développer. Je suis Sébastien Vandenberg, vous pouvez me suivre sur LinkedIn, Instagram. A tout bientôt sur la table de salle.