- Speaker #0
Et si les moments les plus difficiles étaient en réalité ceux qui nous remettent sur notre vrai chemin ? Sarah a toujours été créative, avec une envie profonde de construire, d'inventer, de créer. Pourtant, elle commence sa carrière dans un univers très structuré, loin de cet élan. Jusqu'au jour où la ville oblige à s'arrêter. Un déclic, une remise en question et une évidence. Se lancer. Aujourd'hui, Sarah est à la tête de A la folie avec son mari. Une entreprise entrepreneurielle, familiale, créative. et en pleine expansion. Dans cet épisode, on parle de déclic, de courage et de ces moments où tout bascule pour nous ramener à nous-mêmes. Salut Sarah ! Salut, je suis super contente de te recevoir.
- Speaker #1
Moi aussi !
- Speaker #0
Est-ce que pour commencer, pour ceux qui ne te connaîtraient pas, tu peux bien te présenter en nous donnant ton prénom, ton âge, ce que tu faisais avant de te lancer à ton compte, ce que tu fais aujourd'hui et depuis combien de temps ?
- Speaker #1
Donc moi c'est Sarah, j'ai 33 ans, j'étais avant ingénieur qualité en construction navale et aujourd'hui je suis... cofondatrice de la société A La Folie. Donc, on est des artisans glaciers-pâtissiers. Et on fait ça avec mon mari, Nicolas, depuis cinq ans maintenant.
- Speaker #0
Waouh, j'ai envie de dire, quel est ce grand écart de fou entre ce que tu faisais avant et aujourd'hui. Mais on va en parler. Allez. Sarah, est-ce que tu te souviens de ce que tu voulais faire quand tu étais petite ?
- Speaker #1
Je voulais créer des choses.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Alors, j'ai longtemps voulu être avocate, mais je pense que c'est mes parents qui voulaient que je sois avocate parce que je parlais beaucoup et que j'arrivais à être persuasive.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Mais en fait, j'ai toujours créé plein de choses, des jouets, des langages codés, des concepts. Donc, je pense que je voulais créer des choses. Je ne sais pas quoi.
- Speaker #0
Ok, tu ne savais pas quoi. En off, tu m'as dit que tes parents étaient restaurateurs. Oui. Est-ce que l'entrepreneuriat faisait déjà partie de ton paysage, du coup, en étant enfant ?
- Speaker #1
Je pense parce que j'ai toujours vu mes parents à leur compte et j'ai toujours eu accès à mes parents. En fait, quand on n'était pas à l'école, on était avec eux dans le restaurant. Donc je les ai toujours vu travailler, on a travaillé aussi avec mes frères et sœurs, beaucoup avec eux. Et donc pour moi c'était un peu comme ça qu'on travaillait, c'est-à-dire on travaille pour soi.
- Speaker #0
D'accord,
- Speaker #1
c'était ton modèle. Et puis j'avais des membres de la famille qui avaient des boutiques aussi, donc on a toujours vu les gens travailler un petit peu à leur compte.
- Speaker #0
Est-ce que ça t'a donné le goût du travail tôt ça ?
- Speaker #1
Oui, j'ai toujours travaillé à côté de mes études, mais bizarrement je ne pensais pas être dans la restauration ou quoi.
- Speaker #0
Tu pensais faire quoi ?
- Speaker #1
Je ne sais pas, mais... Un peu comme les films américains, les self-made women qui créent un concept et qui ouvrent une boîte. Mais pas spécialement métier de bouche.
- Speaker #0
En tout cas, toi, tu ne t'es jamais dit « je vais reprendre le resto de mes parents » .
- Speaker #1
Non, la restauration, c'est sympa, mais ça ne m'a pas trop attirée.
- Speaker #0
Du coup, tu disais que tu avais fait un master en qualité hygiène.
- Speaker #1
Sécurité environnement, QHSE, c'est ça.
- Speaker #0
Et c'est quoi qui t'a poussé vers cette voie-là ?
- Speaker #1
À la base, il disait dans les annonces un petit peu, parce que j'ai regardé les débouchés qu'il y avait et on demandait toujours des personnes forces de proposition et créatives. Je me suis dit, cool, ça peut me plaire. La qualité, c'est un métier qu'il y a dans toutes les entreprises. Donc, c'était pragmatique. En fait, ça embauche, il n'y a pas beaucoup de femmes, donc il y a moyen de se démarquer. Et apparemment, la créativité est utile. J'allais dire en quoi c'est utile dans la qualité ? En fait, même dans la conduite du changement, il n'y a pas tellement de créativité. Et c'est pour ça que je ne suis plus dans la qualité.
- Speaker #0
Donc c'était ?
- Speaker #1
C'était un petit peu, pas par dépit, mais il fallait que j'ai un diplôme et il fallait que je trouve du boulot après. J'avais des copines qui allaient en qualité, je me suis dit qu'il y avait de quoi faire. C'est ça.
- Speaker #0
Et du coup, tu as travaillé où après ça ?
- Speaker #1
Alors j'ai travaillé d'abord en région parisienne pour une boîte qui s'appelle Safran. Grosso modo, c'est l'équivalent de Naval Group, mais dans l'aéronautique. Ensuite, on a voulu déménager avec mon mari. J'ai postulé pour une petite boîte qui est sous-traitante de Naval Group, pour de la gestion de projets en construction navale. J'ai bossé pendant deux ans ici à Toulon.
- Speaker #0
C'est quoi qui vous a donné envie de déménager, de quitter Paris ?
- Speaker #1
Le climat, pour ne pas être originale. Nicolas faisait beaucoup de déplacements dans la région. Il était beaucoup sur Brignoles, un petit peu au Lavandou. Et moi, pendant mes congés, je le rejoignais en déplacement. Et en dehors du climat, le Var, c'est une région qui me rappelle beaucoup mes origines. Je suis d'origine syrienne. Et mes parents sont originaires d'une ville qui est la montagne en bord de mer. Franchement, ça ressemble beaucoup à Toulon. Et quand je suis venue la première fois, j'ai eu... En fait, c'était mon petit bout de Syrie, mais en France. Donc, on a foncé.
- Speaker #0
Tu te sentais à ta place, toi, dans le salariat ?
- Speaker #1
Oui, j'aimais bien ce côté famille, en fait, avec mes collègues et avoir la sécurité du salaire qui rentre tous les mois. Mais je n'étais pas à ma place dans le sens où mes activités ne me nourrissaient pas. En fait, j'étais recrutée pour faire quelque chose, mais là où je m'épanouissais le plus, c'était sur les activités que je faisais en plus, celles pour lesquelles je n'étais pas payée, parce que, par exemple, j'annumais le journal de notre service, ou quand il y avait des événements organisés, c'est là où je m'éclatais le plus, mais c'était sur mon temps perso et je n'étais pas payée pour ça.
- Speaker #0
C'était plus créatif en plus ? Oui,
- Speaker #1
et c'était beaucoup mieux, et c'était confortable mais pas nourrissant.
- Speaker #0
Tu as toujours senti que tu avais l'âme d'une entrepreneur ?
- Speaker #1
J'ai... Toujours su que je voulais créer quelque chose, je ne savais pas quoi. C'est pour ça que ma licence, je l'ai faite en option création et reprise d'entreprise, en me disant que si jamais un jour je me lance, ça me servirait.
- Speaker #0
Oui, mais il y avait déjà une petite graine qui était plantée.
- Speaker #1
Et puis, c'est vrai que depuis toute petite, c'est-à-dire que peut-être pas toutes les semaines, mais comme assez régulièrement, j'inventais des entreprises et j'allais les présenter à ma mère qui me disait non, ça ne marchera pas. Donc j'ai plein de projets, plein de trucs qui ne servent à rien. Mais c'est un exercice. Et les parents, en vrai, c'est un peu comme des banquiers. Donc ils vont voir où ça peut marcher, où ça ne marchera pas. Est-ce qu'ils nous prêtent un petit peu d'argent pour ça ? Donc en vrai, elle m'a entraînée à l'exercice.
- Speaker #0
À quel moment tu te dis, tiens, on va partir de zéro et on va créer une entreprise ? Comment elle naît l'idée ?
- Speaker #1
Alors l'idée de créer une entreprise, ça a été à partir du moment où j'ai commencé à travailler. Donc, en entreprise... J'y allais en me disant, bon, ce n'est pas grave si je n'aime pas ce que je fais, parce que je sais que je ne vais pas faire ça toute ma vie. Je sais que je vais créer quelque chose. Là, il faut que j'emmagasine des compétences et des sous pour pouvoir faire autre chose. Et en fait, avec ma sœur et mon mari, avec une de mes sœurs, la pauvre, il n'y en a qu'une que je cite tout le temps. Avec une de mes sœurs, en fait, on testait des idées. Et un jour, on est parti en voyage à New York, parce que ma sœur et moi, on est fan de New York. Et en fait, on a goûté un glacier tenu par des Libanais à Brooklyn et en fait c'est la glace traditionnelle qu'on fait au Moyen-Orient et de la voir à Brooklyn on était comme des folles c'est la glace de notre enfance dans un concept, c'est pas du tout l'environnement et puis on était trop contentes on en parlait et tout et puis c'est resté comme ça mais on n'a pas parlé de création de boîte on a eu plein d'idées De l'événementiel, beaucoup, ça tournait autour du voyage, d'organiser des événements. Sauf que c'était à chaque fois, il y avait le problème de la rentabilité. Et un jour, c'est mon mari, Nicolas, qui nous dit, mais vous étiez comme des dingues parce que vous mangez des glaces qui n'existent pas ici. Pourquoi vous ne lancez pas des glaces syriennes ? Et à partir du moment où il a dit ça, c'est comme s'il avait levé le voile. Et c'était logique, en fait. Mais moi, à peu près en même temps, j'ai eu un petit souci de santé. qui m'a forcé à m'arrêter quelques temps. Je me suis dit, est-ce que ce n'est pas le moment de faire autre chose ? Et en fait, c'est comme ça qu'on s'est dit, finalement, c'est moi qui vais... C'est peut-être le signe du destin pour me pousser à me lancer. Et donc, c'est moi qui ai commencé. Et puis, lui m'a rejoint.
- Speaker #0
Et puis, j'ai envie de dire, c'est la suite logique entre les parents restaurateurs et ces fameuses glaces à Brooklyn qui ont fait...
- Speaker #1
Et c'est dingue qu'on n'ait pas fait, qu'on n'ait pas raccordé les wagons à ce moment-là en se disant... Parce qu'on était vraiment comme deux enfants, on en a parlé longtemps en plus.
- Speaker #0
Oui, mais au final, ça a nourri quelque chose en toi qui fait qu'aujourd'hui...
- Speaker #1
C'est ça. Ça n'a pas été facile à vendre à mes parents justement un métier de bouche, alors qu'eux ont été restaurateurs. Parce qu'il y a toute l'angoisse autour d'être à son compte, des charges, du travail. Et même mon père qui est de la vieille école, en mode, mais t'as fait des longues études pour ouvrir un commerce. Alors que ma mère, elle tout de suite, elle s'est dit... Des glaces à tout long, vas-y.
- Speaker #0
Oui, ça va marcher.
- Speaker #1
Il y a pire comme endroit pour essayer.
- Speaker #0
Alors, c'est quoi la différence entre des glaces artisanales qu'on connaît et les glaces syriennes ?
- Speaker #1
En fait, les glaces syriennes, c'est un procédé un peu différent. La recette change. On va travailler sans œufs, sans crème fraîche, sur une base de poudre d'orchidée qui va être le seul stabilisant et le liant dans la glace. Ça nous permet de travailler en 100% naturel. C'est beaucoup moins gras et donc on met moins de sucre. C'est très gourmand quand même. Et ça donne une texture aussi beaucoup plus dense à la glace. Il n'y a pas du tout d'air dedans. Donc, elles font moins vite. Elle est beaucoup plus... Il y a limite un petit peu de mâche, en fait, dans la glace.
- Speaker #0
Et j'ai envie de dire, c'est un super avantage concurrentiel.
- Speaker #1
Oui, oui. Il y en a un petit peu en région parisienne. Mais il n'y en avait pas dans le coin. Et on s'est dit... Bingo.
- Speaker #0
Bingo.
- Speaker #1
C'est pour nous.
- Speaker #0
Alors, et comment ça se passe, les débuts ?
- Speaker #1
En fait, une fois qu'on a monté le projet, on a eu des accords de principe des banques. Donc, on a... fait construire un petit triporteur italien parce qu'on était sur de la vente ambulante au début.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
On a lancé du coup la construction du triporteur. On a fait des dossiers avec les différents réseaux initiatives, par exemple, qui aident à créer les boîtes. Et en fait, il y a le Covid. Donc, tout le monde a dit pop, pop, pop, on met tout en stop. Les banques disaient, oh, finalement, les métiers de bouche. Donc, en fait, là, on s'est dit, OK, on a envoyé nos économies en Italie. On ne sait pas si, finalement, on va ouvrir. Donc, on a eu un gros coup de stress. Mais c'était très bien parce qu'on a, du coup, dû défendre beaucoup plus notre projet. Et en fait, on a retravaillé, repensé énormément de choses. Et on a ouvert avec... En fait, on était sûrs que c'était la bonne chose. C'était bon. On a réussi à avoir des prêts malgré le Covid. C'est que...
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
On a dû bien défendre et en fait, ça nous a permis même dans la communication d'être beaucoup plus sûr de nous quand on a ouvert du coup en juin 2021.
- Speaker #0
Donc avec le triporteur.
- Speaker #1
Avec le triporteur et une boutique à Carnoule. Donc il y avait une boutique physique. C'est ça. Sur la place du village, on avait notre atelier, une belle surface pour produire et on avait le triporteur avec lequel on faisait des événements, des foires, des mariages aussi beaucoup, des événements d'entreprise. On a fait ça du coup en deux saisons. Et en fait, la vie... tu produis et que tu vends de manière ambulante, c'est beaucoup de boulot parce qu'on produisait la nuit vu que la journée, on était en événement. Donc en fait, on n'avait pas de vie. Et encore, à notre compte, c'est un petit peu normal, mais on était hyper fatigués. On s'est dit, sur le long terme, ce n'est pas possible.
- Speaker #0
Les événements, c'est la saisonnalité. C'est beaucoup d'un coup.
- Speaker #1
C'est beaucoup d'un coup. Après, la petite boutique, on arrivait à... Pas en vivre, mais il y avait quand même un petit peu de passage au village. Mais on s'est dit, si on arrête la partie ambulante, le village, il ne suffira pas.
- Speaker #0
Ah, ok.
- Speaker #1
Donc, on s'est dit...
- Speaker #0
Il y avait une réalité financière. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Donc, c'est là où on s'est dit, bon, il faut qu'on aille ailleurs. Il faut qu'on trouve une autre boutique, peut-être une boutique en saison. On n'était pas sûrs de quitter le village. Et on a eu une opportunité à Toulon, en centre-ville.
- Speaker #0
Donc, vous vous arrêtez à Carnoulle ? Oui. On vend le triporteur. Ok.
- Speaker #1
C'est ça. On fait la foire de Marseille avec le triporteur. Donc, il y a eu une dernière saison, un dernier événement et après, on le vend. Et la vente du triporteur nous a permis de faire tous les travaux.
- Speaker #0
Est-ce que ton passé dans la qualité, ça t'aide aujourd'hui dans ton nouveau métier ?
- Speaker #1
Ça m'aide déjà en termes légalement. Et puis, la conduite, la gestion de projet, la qualité, les normes d'hygiène, ce genre de choses. C'est un côté... J'ai bien fait de faire ce diplôme. Est-ce que le fait que tes parents aient un restaurant,
- Speaker #0
ça t'a aidé à éviter certaines erreurs ?
- Speaker #1
Oui, non, en fait, une fois que j'ai commis des erreurs, je me suis rappelée quand même que c'est vrai que ma mère, elle ne le faisait pas. Donc, c'est peut-être pour une bonne chose. Non, disons que ça m'a formée. En fait, je savais à quoi m'attendre en me mettant à mon compte. Je savais qu'on allait beaucoup travailler, qu'on allait être beaucoup debout, beaucoup tributaire des humeurs des gens aussi. Ça, on ne s'en rend pas compte au début. Non, c'était fidèle à ce que j'avais vu avec mes parents. Donc, c'était hyper formateur.
- Speaker #0
C'est facile de travailler avec son mari au quotidien ?
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
c'est facile grâce à lui.
- Speaker #1
Je pense que ce n'est pas donné à tout le monde, mais parce que lui, il a une facilité à... Tout lui passe au-dessus de la tête. Tout glisse sur lui. Je pense que si on était deux comme moi, par exemple, ce serait invivable. Je suis de nature plus stressée et plus têtue. Et lui, non, c'est beaucoup plus facile.
- Speaker #0
C'est challengeant d'avoir un couple. De se dire qu'on est tout le temps ensemble et qu'on partage les mêmes défis. Et du coup, les prises de tête peuvent aussi être causées par l'environnement professionnel.
- Speaker #1
Ben ouais, alors on a la chance, on ne se prend pas beaucoup la tête, alors du moins ça ne dure pas longtemps. Mais non, par contre, on ne coupe jamais du travail, mais ce n'est pas une corvée. C'est vraiment, par exemple, on est partis quelques jours en Espagne, et en fait, c'était la première fois qu'on se retrouvait de nuit sans notre fille. Et en fait, on a eu le temps de penser à des choses auxquelles on avait moins la tête dans le guidon, mais on parlait encore boulot. Mais c'est agréable. Oui, c'est bon.
- Speaker #0
Tu es devenue maman pendant que tu entreprenais ? Oui. Comment tu as vécu ce tourbillon-là ?
- Speaker #1
Alors, ça a été compliqué pour avoir notre fille. On a dû passer par un parcours de PMA un petit peu long. Le fait d'avoir l'entreprise, parce qu'on a lancé le projet bébé et l'entreprise en même temps. Il y a un projet qui aboutit beaucoup plus rapidement que l'autre. Et en fait, avoir la boutique, ça nous a permis de tenir parce que c'était long, les rendez-vous, les attentes, etc. Et l'arrivée... L'arrivée de ma fille, c'était trop bien déjà, parce qu'en plus, elle était attendue par tous nos clients aussi.
- Speaker #0
Ah oui,
- Speaker #1
c'était vécu par tout le monde. Ils m'ont tous vue enceinte, puis après avec le gros ventre, donc tout le monde voulait la voir. Je pensais que j'avais envie de reprendre beaucoup plus vite. Et en fait, une fois qu'elle était là, j'aurais bien prolongé mon congé maternité plus longtemps. Mais franchement, c'était trop bien. Et après, pendant mon congé maternité, c'est mon frère qui, lui, travaillait à la base avec mes parents dans la restauration. qui est venu nous rejoindre pour m'aider, pour nous aider. Et mon frère a adoré. Et il a ouvert un glacier à Hyères, qui ne s'appelle pas encore à la folie, mais c'est en cours.
- Speaker #0
Mais l'idée, c'était de se développer ou que ton frère ait son propre glacier ?
- Speaker #1
En fait, on ne savait pas trop. Lui, il était OK pour rester bosser avec nous. La boutique toulonnaise, même si elle marche bien en saison, hors saison, ce n'était pas suffisant pour nous trois. Donc, on s'est dit, il faut qu'on trouve un deuxième point de vente. On a regardé un petit peu tout ce qui se faisait. Mes parents ont vendu leur resto à ce moment-là. Donc, c'était cool parce que mon frère était libéré. Mes parents aussi, si on avait besoin d'aide. Puis, l'aspect financier aussi, ça a aidé.
- Speaker #0
Est-ce que tu veux dire que tes parents vous ont aidé à ouvrir ce magasin ? C'est ça.
- Speaker #1
Et en fait, l'idée, c'était soit nous d'ouvrir et d'embaucher mon frère, soit on ne savait pas spécialement. Là, en fait, la personne qui vendait son glacier, elle vendait l'entreprise. Donc, il n'y a pas besoin d'un gros investissement. Et en fait, mon frère s'est dit, vas-y, j'y vais. Et donc, c'est lui qui gère sa structure. Mais c'est nos glaciers, c'est nous qui faisons tout ça. Lui, il est revendeur. En gros, c'est un peu comme une franchise, mais en famille.
- Speaker #0
Est-ce que l'investissement financier, il a été important ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Je pense comme tout projet de création d'entreprise ou de reprise d'entreprise. Oui, nous, alors, on avait une... Un gros investissement de départ sur le triporteur et en plus sur les machines, parce que pour être producteur, il faut des machines qui tournent et les machines à glace, ce n'est pas donné. Après, il faut tout le mobilier. Oui, on a eu un bel investissement de départ. Nous, on y a mis toutes nos économies. On a eu des prêts d'honneur. On a eu les prêts, par exemple, Varinitiative. On a eu des organismes de financement comme ça qui nous ont aidés. du prêt bancaire et on a eu aussi nos proches on a eu la chance d'avoir un entourage au top qui a décidé, enfin qui croyait en nous et qui nous a aidé à nous lancer et aujourd'hui on est trop content parce qu'à part à la banque, on ne doit plus d'argent, on a réussi à rembourser tout le monde donc c'est trop bien C'est une fierté de se dire en fait mon projet il va aller au coup Oui il va aller au coup et en plus ils nous ont fait confiance et on a pu leur rendre assez rapidement et maintenant ils ne prennent plus de risques maintenant les risques c'est que nous donc c'est cool, c'est une première étape Ça fait quelque chose. Et puis de se dire qu'on est toujours debout, on arrive du coup tous les deux à en vivre. C'était ma prochaine question.
- Speaker #0
On a même embauché cet été, c'était folie. Ça, c'est indispensable en vrai l'été. Parce que justement, comme on disait juste avant, c'est beaucoup d'heures, beaucoup de gens. Oui. Et en fait, tu as besoin aussi d'être soulagée. Oui,
- Speaker #1
c'est indispensable. Mais au début, en fait, parfois on se demandait est-ce qu'on embauche ou est-ce qu'on fait plus d'heures ? Et avec l'argent d'une embauche, on peut acheter une nouvelle machine. Parfois, c'est... Donc les premières années, on n'avait pas d'enfants en plus. Donc on s'est dit bon, allez, on y va. Puis il y avait toujours un peu de famille, un peu d'amis qui étaient là pour nous aider à faire les grosses vaisselles l'été, parce qu'on était un peu sous la vague. Mais cet été, on ne pouvait pas de toute façon être la petite, parce que même si elle vient beaucoup à la boutique, on l'a fait garder déjà par une nounou. On n'a pas envie de passer tout notre temps sans elle. Et on a embauché du coup deux collaboratrices. Ça s'est super bien passé. Et c'était trop cool de se dire ça y est, on a... embauché. C'était que en saison, mais je ne sais pas, c'était une étape. On est tous les deux salariés. Et en tout, on a embauché. C'est trop cool.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui te motive le plus aujourd'hui dans cette aventure ?
- Speaker #1
Je veux faire grandir le projet. Ça me motive. Comme au tout début, je suis trop contente parce qu'on a créé vraiment des relations avec beaucoup de clients. En fait, c'est des moments... Il y a certains clients qu'on voit même beaucoup plus que notre famille. C'est trop cool. Ils se sentent bien. C'est la petite pause, en fait. C'était l'idée de départ, d'avoir une bulle. Et en plus, on a envie de s'agrandir. Et c'est en bonne voie. Donc, on est...
- Speaker #0
Du coup, vous êtes installée à Toulon. C'était juste après l'arrivée des Halles. Oui. Donc, juste au début du changement de Toulon.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Vous avez senti la différence entre maintenant et il y a trois ans ?
- Speaker #1
Alors, mais déjà, on a senti la différence il y a trois ans. Et quand nous, on a quitté Toulon en 2019, on est parti vivre à Carnoule. C'était pas... Ils venaient de refaire la place de l'équerre où c'était en cours. Ce n'était pas fifou dans le centre. Moi, je me baladais un petit peu parce que je découvrais les rues. Mais par exemple, le soir, on ne sortait pas. Ça ne donnait pas envie. On est revenus. Moi, j'ai suivi un petit peu les halles parce qu'il y avait mon médecin juste à côté. Je venais de temps en temps et je regardais. On voyait que c'était en train de changer. Quand on est arrivé en 2023, c'était beau. Notre rue n'était pas encore développée. Il y avait beaucoup d'enseignes fermées. Et là, ça n'a plus rien à voir. Cet été même, on s'en est rendu compte avec une amie, Camille, justement. Il y a eu des concerts dans des laveries. Il y a eu juste en face, en fait, rue Alézard, c'est juste derrière. Il y a une petite laverie. Il y avait des concerts. On s'est dit, c'est bon, on n'a plus besoin d'aller à Paris. En fait, maintenant, c'est devenu, franchement, c'est devenu sympa. C'est branché, c'est cool. Avant, je trouve que ça sortait beaucoup au Mourillon ou sur Yerre. ou un petit peu Sifour par là-bas. Toulon, il n'y avait personne. On était un peu les oubliés.
- Speaker #0
Mais maintenant, c'est l'inverse. J'ai l'impression que le Mourillon, il y a peut-être un petit peu moins de monde parce que les gens préfèrent venir à Toulon ensemble.
- Speaker #1
Je crois qu'il y a un resto qui ouvre toutes les semaines à Toulon. Donc, c'est trop bien. En tout cas, ça ouvre beaucoup. Et il y a plein de concepts. Par exemple, les boutiques monoproduits, ça n'existait pas trop. En 2019, il n'y avait pas grand-chose. Là, c'est hyper... En fait, c'est... Il y a vraiment beaucoup de boutiques. C'est trop bien.
- Speaker #0
Vous l'avez senti directement sur le chiffre d'affaires ?
- Speaker #1
Oui. Déjà, on est en évolution. Alors, comparé à Carnoule, ce n'est pas comparable. Parce que c'est une vraie ville.
- Speaker #0
C'est plutôt Toulon par rapport à Toulon.
- Speaker #1
Oui, on le sent. 2023 comparé à 2025. Les saisons n'ont rien à voir. Les saisons, déjà, s'étalent beaucoup plus. Et les locaux sortent énormément. Nous, ce n'était pas une rue très passante. Il y a le marché. Mais après, une fois que le marché remballe, ça ne circulait pas beaucoup au début. Donc, on a dû vraiment... faire de la communication, essayer d'attirer du monde. Là, maintenant, c'est vraiment, on voit du monde. Quand il y a du monde en ville, il y a beaucoup de monde dans notre rue.
- Speaker #0
Vous n'avez pas eu de frein du tout à vous installer à Toulon ?
- Speaker #1
Non. On s'est dit, ça marche à Carnoule, il n'y a pas de raison que ça ne marche pas à Toulon. Et au contraire, c'était une bouffée d'air frais quand même.
- Speaker #0
Sarah, on arrive sur la dernière partie du podcast, avec un petit jeu questions et réponses spontanées. Tu es prête ?
- Speaker #1
Je suis prête.
- Speaker #0
Le parfum de glace qui te représente ?
- Speaker #1
Je dirais Ausha parce que je suis d'origine syrienne et que c'est la spécialité syrienne. C'est quoi ? C'est fleurs d'oranger et sèvres de pistaché. C'est raffiné en plus. Ah mon Dieu, tout comme moi. C'est pas vrai.
- Speaker #0
L'émotion la plus forte depuis le lancement ?
- Speaker #1
Le stress, c'est beaucoup là, mais en même temps, l'excitation je dirais.
- Speaker #0
Un moment de fierté ?
- Speaker #1
Quand des experts nous disent que nos glaces sont vraiment bonnes. Des experts de la glace, vraiment, ça fait... Le premier article peut-être aussi dans le journal, c'était cool.
- Speaker #0
Oui, c'est tout ce qui est en lien avec la réussite de notreprise. Travailler en famille bonheur ou challenge ?
- Speaker #1
Bonheur.
- Speaker #0
Ton quartier préféré de Toulon ?
- Speaker #1
Le centre-ville. Il y a tout.
- Speaker #0
Une qualité indispensable pour entreprendre ?
- Speaker #1
Je peux en donner deux parce qu'on est deux. Je dirais la créativité et la confiance en soi.
- Speaker #0
Un rêve pas encore réalisé ?
- Speaker #1
En fait, je pense que j'aimerais former, que ce soit la création pâtissière, glace ou au fait de gérer sa boutique. Donc, je ne sais pas, un centre de formation à la folie.
- Speaker #0
Ton resto préféré de Toulon ?
- Speaker #1
Là, il y en a un que j'ai fait récemment. Je suis désolée pour tous les autres. Je peux en donner deux ?
- Speaker #0
Vas-y.
- Speaker #1
Il y a le Santa Rosalia que j'aime énormément et il y a le Tuk Tuk NJ. que ça a ouvert, je crois, en septembre. C'est trop bon en ce moment. Très bien. Mais il y en a plein d'autres qui sont trop bons aussi. Gigi, Francky, je vais tous les dire.
- Speaker #0
Une femme qui t'inspire, connue ou pas ?
- Speaker #1
Là, je vais en donner deux cette fois. C'est mes deux grandes sœurs. Est-ce que j'explique ? En fait, elles sont toutes les deux, elles ont des carrières super. Il y en a une qui est prof à la fac, l'autre qui est avocate. Elles sont mères de famille et en plus, elles continuent. malgré tout le travail qu'elles ont, de me pousser tout le temps. Franchement, c'est mes deux piliers. Deux mentors, mais deux piliers.
- Speaker #0
Un conseil pour quelqu'un qui veut ouvrir une boutique ?
- Speaker #1
Justement, de se faire confiance. C'est, je dirais, d'apprendre à... Enfin, de ne pas avoir honte d'avoir des limites. C'est vraiment... Il faut s'écouter et il faut... Si c'est non, ce n'est pas grave. Et le monde, il va continuer de tourner. Ça ne repose pas sur nous. Ce n'est pas grave.
- Speaker #0
Donc, avoir confiance et savoir dire non.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Connaître ses limites, c'est bien.
- Speaker #0
Ton plus grand défi aujourd'hui ?
- Speaker #1
On veut faire grandir notre famille, avoir d'autres enfants. Et on veut faire grandir notre société et potentiellement, pourquoi pas, avoir d'autres boutiques.
- Speaker #0
Tout long en un mot ?
- Speaker #1
Gourmand.
- Speaker #0
Sarah, dans cinq ans, elle est où ?
- Speaker #1
Peut-être en train de gérer la paperasse du centre de formation à la folie ou en train de créer encore plein de nouvelles recettes dans son labo magique.
- Speaker #0
Et enfin, quel entrepreneur tu aimerais voir au micro de la Toulonnaise ? Ça, comme pour les restos, il y en a beaucoup.
- Speaker #1
Caroline, elle a moi-même ma sage. J'aimerais bien l'entendre parce qu'elle a un super parcours aussi.
- Speaker #0
Très bien, elle est dans ma liste.
- Speaker #1
Parfait.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Sarah. Merci à toi. De t'être prêtée au jeu. Je suis sûre qu'il y a plein de gens qui vont te découvrir. Et je les encourage grandement à aller découvrir les glaces syriennes. Oui. C'est ça, que j'ai hâte de venir goûter.
- Speaker #1
Avec grand plaisir. Merci beaucoup. Merci à toi.