- Speaker #0
Certaines femmes construisent leur vie autour d'un mot, l'exigence. Marielle fait partie de celle-là. Pendant des années, elle évolue dans un univers haut de gamme, où chaque détail compte et où l'excellence n'est jamais négociable. Mais derrière ce parcours professionnel, il y a aussi une histoire plus personnelle. À 13 ans, Marielle est placée en foyer, une épreuve qu'elle n'a jamais cherchée à cacher et qui fait aujourd'hui partie de la femme qu'elle est devenue. Des années plus tard, elle décide de créer sa propre entreprise, Skinlab. Un centre expert de la beauté à Toulon, pensé avec cette même exigence du détail et de la qualité. Dans cet épisode, on parle de parcours professionnel mais aussi personnel, de résilience et de ce que ça veut dire vraiment construire son propre chemin. Salut Marielle !
- Speaker #1
Salut Alizé !
- Speaker #0
Je suis super contente de te recevoir.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Merci d'avoir accepté l'invitation.
- Speaker #1
Aïe, finir.
- Speaker #0
Avant de commencer, est-ce que tu veux bien te présenter en nous donnant ton prénom, ton âge, ce que tu faisais avant de te lancer à ton compte, ce que tu fais aujourd'hui et depuis combien de temps ?
- Speaker #1
Alors moi je suis Marielle Noguera, j'ai 41 ans et j'ai toujours fait du commerce. J'ai toujours suivi la voie du premium, du luxe. Ok, toute jeune, ça m'a toujours passionnée. C'est un monde rempli de rigueur, de travail. Et j'étais toujours à côté de mes rêves, les gens qui réussissent. Et je ne les ai jamais enviés, je m'en suis toujours inspirée. J'aime beaucoup ce milieu-là. Donc moi je tiens Skin Lab, c'est un centre expert de la peau qui est spécialisé vraiment en peeling. On a plusieurs soins coréens, américains. On fait aussi le Head Spa, qui a été un des premiers dans le Var à être développé il y a deux ans. Donc c'était super cool, ça à offrir, c'est génial. Je me souviens vraiment au Mans japonais. Que dire de plus, il est en plein cœur de la rue des Arts à Toulon. Cette ville si émergente et qu'on aime tant en ce moment et qui fait beaucoup parler.
- Speaker #0
Tu disais que très jeune, tu as choisi de travailler dans le haut de gamme.
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Pourquoi tu as choisi le luxe ? Pourquoi cette voie-là ?
- Speaker #1
Écoute, j'ai eu une enfance super. Vers 13 ans, c'est parti un peu en... Et les choix de vie ont fait que j'ai dû être placée en foyer pendant deux ans et demi à peu près. Et en fait, pendant ce moment-là, où j'ai été prise en charge par l'État, par l'ASE, en tout cas, qui a été une étape pour moi où j'ai été seule, en fait, complètement, prise en charge magnifiquement bien par l'État, mais je me suis sentie très, très seule. Et en fait, j'ai fait des stages dans le luxe, parce que j'aimais bien les gens qui réussissaient. Toute ma vie, j'ai toujours aimé... Alors pas spécialement l'argent, mais la réussite. Ça me passionnait, tu vois, un peu le... T'es placée comme ça, ou quand t'as des difficultés, ou moi, ma mère, elle avait pas du tout les moyens, c'était très très complexe. Je passerai les détails, parce qu'on a tous aussi plus ou moins vécu des choses terribles. Mais à un moment donné, en fait, quand t'as plus les moyens, tu te dis, mais en fait, tu n'es pas du tout reconnue dans la société. C'est compliqué de trouver sa place. Et j'ai eu envie d'une revanche. Et j'ai voulu me rapprocher des opportunités. J'ai voulu en créer, tu vois.
- Speaker #0
Donc pour toi, c'était ça, le luxe, c'était la revanche ? sur la pauvreté finalement.
- Speaker #1
Exactement. Ma mère qui a toujours galéré. Ça a été très très complexe en certaines fins de mois avec mon petit frère. Je n'ai plus jamais envie de vivre ce qu'on a vécu. Ça a été quelques mois. Je ne vais pas dire que c'était des années. On ne va pas faire non plus la pleureuse. Mais ça a été très complexe.
- Speaker #0
Qu'est-ce que ça t'a appris le monde du luxe ?
- Speaker #1
Je vais être très très honnête. La rigueur. Parce qu'en fait... Tu as ce que tu vois, c'est-à-dire en tant que client, en tant que quelqu'un qui va profiter de ce joli système, de ce joli service haut de gamme.
- Speaker #0
Oui, ce confort, tout ça.
- Speaker #1
Voilà. Mais derrière, ce n'est pas le cas. On est derrière, on travaille.
- Speaker #0
Est-ce que le luxe, pour toi, c'est une question d'image ou une question de standard ?
- Speaker #1
Le luxe, c'est l'image, mais il y a plein de choses aussi où j'ai rencontré deux types de personnes dans le luxe. Tu as les gens qui ont énormément d'argent et qui ont des valeurs extraordinaires et qui vont justement à des conversations. Des fois, tu sais, quand tu fais le bar, tu as des gens qui te parlent. Et après, ils te disent qu'ils sont multimillionnaires. Et quand tu les vois...
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
on dirait peut-être plus les juger. Et là, ça t'apprend la vie, justement. Il m'était arrivé, justement, des choses extraordinaires. Un jour, pas que je prenais d'eau un client au Martinez, mais cette histoire, je l'ai toujours racontée. Je l'ai racontée à mon fils il n'y a pas longtemps, d'ailleurs. Ça, c'est une anecdote. Oui, on adore les anecdotes. Ça, c'est une anecdote, franchement, la honte de ma vie, vraiment. En fait, là où j'étais au Martinez, il y avait un client qui venait toujours à la même table. J'avais l'impression que c'était un gigolo ou un truc comme ça. Et en fait, pas du tout. C'était celui qui avait la plus grande suite de l'hôtel. Et comme il me parlait mal, moi, je parlais avec haute énerie. Parce que je suis capricorne.
- Speaker #0
Ouais, ouais.
- Speaker #1
Et que je suis une femme et que je déteste qu'on me parle mal. Alors que dans le luxe, tu n'as pas le droit. Même l'irrespect, malheureusement, des fois, doit être toléré. Et tu t'en vas. Et puis, tu changes de service ou de table. Et tu n'as pas à faire de réflexion au client. C'est interdit. C'est interdit dans nos standards. C'est impossible. Et en fait, le client, je le prenais un peu de haut. Des fois, je mettais du temps à le servir. Et tous les jours, tous les jours. Et un jour, mon responsable m'a dit, tu sais qui c'est ? Je dis non. Donc il m'explique qui c'est. Et donc du coup, je suis allée le voir, je suis allée m'excuser. Et je lui ai dit que son attitude n'était pas actuelle, qu'elle était respectueuse. Et donc lui, il m'explique qu'il comprend, qu'il pourrait se remettre en question. Mais que moi aussi, je dois me remettre en question parce que je n'ai pas eu un service impeccable. Et ça a été la leçon de ma vie. Et juste après, j'allais faire la saison à Courchevel. Donc je peux te garantir, j'ai eu des propos. Ne jamais juger les gens par leur apparence. Oui,
- Speaker #0
ça, et c'est marrant parce qu'effectivement, quand on juge, on a l'impression qu'on ne peut pas rentrer en conversation. Tu sais, qu'il peut t'apporter quelque chose avec quelqu'un, alors qu'en fait, ça peut carrément être le cas. La preuve. Et après,
- Speaker #1
je discutais tout le temps avec lui.
- Speaker #0
Est-ce que tu as l'impression que tu as dû prouver davantage pour te faire une place dans ce milieu très codifié ? Alors, dans le luxe, on est invisible. Il faut se conditionner à ça.
- Speaker #1
Naturellement, tu te dis, si j'ai moins, donc je suis moins. Ça, c'était au début, quand j'étais jeune. J'ai vu le luxe comme quelque chose de très artificiel ou superficiel. Et en fait, à la fin, vers 25-26 ans, par maturité, j'ai commencé à comprendre qui étaient ces personnes derrière. Ok, tu as un monde qui est artificiel, comme je te disais tout à l'heure, je n'avais pas terminé, effectivement. Il y a deux mondes, tu as le côté nouveau riche, le super luxe, etc. Certaines communautés au pays viennent en touristes de luxe avec une certaine exigence, on t'y répond globalement. Et puis, tu as les autres qui sont beaucoup plus discrets, le riche qui va être beaucoup moins ostentatoire, qui va avoir peut-être un peu moins d'exigences, mais qui t'attendent quand même au tournant. C'est normal, c'est des gens qui payent des fois 4 000, 5 000 euros la nuit dans un hôtel. Je me suis dit qu'en fait, entre eux et moi, en fait, et entre nous et eux, il n'y a qu'un pas. Il y en a, ils sont partis de rien, ils ont réussi, ils sont devenus millionnaires.
- Speaker #0
Et tu dirais que c'est quoi ce pas, justement, entre eux et nous ?
- Speaker #1
Eh bien, ça dépend de tout. parler à des dizaines de personnes parce que c'est pas des personnes que j'envisse, c'est des personnes que carrément j'idolâtre et que j'ai envie de me nourrir, tu vois, en tant qu'entrepreneuse aujourd'hui. Et en fait, ça soit des bons choix dans la vie, t'as beaucoup la chance aussi, des rencontres. J'ai trouvé qu'en moyenne, c'était plus les très belles rencontres et les opportunités que tu te crées.
- Speaker #0
Et ensuite, après l'hôtellerie, je crois que t'as fait autre chose.
- Speaker #1
Après l'hôtellerie, j'ai fait un peu de cosmétique parce que j'ai toujours aimé ça. D'ailleurs, mon troisième... On m'a réorientée directement sur le côté commerce et pas du tout dans l'esthétique, mais je voulais faire un statisticien à la base. D'accord. Rêve, j'étais toute jeune, c'était travailler brochet.
- Speaker #0
Ah ouais, ok. C'est quoi qui te fascine dans le monde de la beauté ?
- Speaker #1
Le fait de sublimer, de se sublimer et cette valorisation que tu as quand toi, en tant que personne, tu arrives à valoriser une personne. J'ai toujours su depuis petite que j'étais là pour aider les gens. Je ne sais pas de quelle manière. C'est un mot comme ça. Sublimer, nous rendre belles, que lorsqu'on se voit dans la glace, on se trouve plus belles qu'il y a 15 minutes parce qu'on a fait ce qu'il fallait. Et pas du tout une recherche de perfection. Sinon, j'aurais un corps qui fait du 36, je ferais du pilates toutes les 3 minutes. Ce que j'aimerais, mais ce que je ne fais pas, parce que je n'ai pas cette rigueur-là. Donc, ce n'est pas le physique ou la perfection qui m'intéresse. C'est plutôt le sublimer. Ce que tu ressens quand tu te maquilles, ce que tu ressens quand tu vas faire un soin, ce que tu ressens quand tu as passé un bon moment avec tes copines. parce que tu t'es un peu sapée, etc. Cette valorisation de confiance, ce petit bonheur qu'on a, pour moi, c'est hyper important.
- Speaker #0
À quel moment tu t'es dit que tu pouvais devenir ton propre patron ?
- Speaker #1
Quand j'ai terminé l'automobile, où j'ai passé quatre ans, parce que j'ai une autre passion dans la vie, à part la cosmétique et le fait de vous sublimer, c'est l'automobile. Mon père qui a travaillé très longtemps dans l'automobile, il fait Toyota. Et j'ai intégré, après avoir été manager chez Printemps, l'automobile chez Mercedes-Benz à la garde. Et un jour, j'ai un bon client de chez Mercedes qui est venu, qui est rentré et d'ailleurs, qui s'est passé exactement, ça les copains de Mercedes ont dévoilé, il s'est passé exactement la même chose qu'à l'hôtel Martinez. Cette fois-ci, moi j'ai appris. Voilà. Donc mon ancien patron, coucou G, je vais l'appeler parce que c'est un homme qui est très discret. avec qui je suis toujours en vent de terme aujourd'hui et que je ne remercierai jamais assez. Donc, M. G rentre dans la concession et il regarde la nouvelle classe coupée, magnifique voiture, dans le hall. Il arrive en short, sa femme hyper décontractée. Il était à peine coiffé, mais bon, il est rentré certainement de la plage ou de shopping. Enfin bref, c'était, je crois, un début d'été ou une mi-saison. Et en fait, il rentre et il n'y a personne qui le calcule. Et il tourne devant la classe E. Et je vois qu'il bout. Et j'ai dit, bon, je vais me lever. Bonjour, messieurs, dames, etc. Je le donne à un vendeur. Le vendeur fait la vente. Et en fait, il m'explique plus tard le jour de la livraison, parce que j'ai tenu à leur livrer la voiture, parce qu'il était super sympa. En fait, c'était un Toulonnais qui aujourd'hui habite à Nice et qui a un laboratoire fabricant de cosmétiques. Et donc, c'était passionnant quand je parlais avec lui et sa femme, parce qu'il créait des produits pour les marques. Enfin, il m'expliquait des trucs.
- Speaker #0
Oui, ça devait être hyper intéressant.
- Speaker #1
Franchement, ce côté-là de tout ce qui est galénique et tout, c'est hyper passionnant. Donc, on passait des heures à parler. Et le jour de la livraison arrive. Et quand on fait la livraison de la voiture, il me dit... Vous savez, Marie-Hélène, moi je vais tutoyer maintenant, on s'entend bien. Il m'explique, il me dit, il y a des années, mes voisins à côté de chez mes parents, ils avaient une classeuse, c'était des gens qui avaient les moyens, ils avaient une très jolie classeuse de l'époque, c'était vraiment pour les gens aisés et tout. Et j'ai dit à ma mère, je te jure maman, un jour je vais m'acheter la classeuse et je viendrai te voir avec. Elle m'a dit, vous savez ce que je vais faire ? Tu sais ce que je vais faire juste après ?
- Speaker #0
Je vais aller voir ma mère ?
- Speaker #1
Je vais aller voir ma mère avec la classeuse. Et du coup, on a chialé tous les trois. J'ai trouvé cette histoire magnifique, ça m'a encore appris plein de choses, comme quoi il était... personne entre guillemets, parce qu'il a toujours été quelqu'un aimé. Et puis d'un coup, il a saisi les opportunités. Il a acheté, quand un laboratoire était en faillite, il a acheté le labo. Il est resté dans ce laboratoire avec sa femme. Il a travaillé pendant des années. Il a réussi à le faire monter. Et aujourd'hui, il est connu dans la fabrication. Et j'ai trouvé cette histoire, je te jure. Et bien, c'est cette histoire qui m'a donné de l'espoir. Et donc, quelque part dans ma tête, elle est restée. Et il m'a débauchée. On avait un magnifique projet de fer. Ça, c'était pendant les AMG. Sur le circuit du Castelet, j'ai dit, mais pourquoi tu ne fais pas une gamme post-cosmétique, de médecine esthétique, avec les produits qui font parfait pour quand tu fais ton acte médical et tout ? Il me dit, ah mais c'est sympa, c'est une bonne idée. Nous, on est plutôt spécialisé dans les galéniques solides, par exemple, parce que c'était la mode à ce moment-là. En pleine ascension, tu avais plein de marques qui les appelaient. Donc, du coup, ils ont investi dans les machines et tout pour faire tout ça. Donc, c'était un peu plus connu là-dedans. Et il m'a dit, quelques jours plus tard, il m'a dit, tu sais, Marielle, avec ma femme, on a réfléchi. Pourquoi pas ? Est-ce que tu viennes commencer l'aventure avec nous et tout ? Je te jure, je n'y croyais pas quand il m'a dit ça. Je me suis dit, ce n'est pas possible. Parce que moi, je ne l'ai pas dit de cette manière-là. Pour moi, j'étais très bien chez Mercedes. Je ne voyais pas trop d'évolution, certes, parce que le milieu féminin dans l'automobile. Et j'ai dit oui.
- Speaker #0
Mais c'est une super opportunité. Il m'a pris une Mercedes pour rouler, continuer l'aventure en étoile.
- Speaker #1
Donc, j'ai fait trop contente. Par contre, c'était le point. Le point, c'était que ça a dit quoi. Tu peux même taper des allers-retours tous les lundis et mardis. Et là, on a commencé à développer de A à Z cette marque. Qu'est-il arrivé pendant ces semaines ? Le Covid.
- Speaker #0
Donc du coup, post-Covid, tu crées cette marque qui sort. Ouais. Et à un moment, tu te dis, en fait, pourquoi je ne travaille pas pour moi ?
- Speaker #1
Grâce à cette expérience, j'ai su que j'étais capable de créer des choses. Parce que finalement, quelque part, c'était un peu comme dans l'entrepreneuriat de créer une marque. Il m'a laissé tout faire de A à Z avec l'équipe. C'est-à-dire qu'il a donné son avis, bien entendu, mais il m'a laissé une liberté d'expression qui m'a donné des ailes.
- Speaker #0
Est-ce que tu as eu peur de quitter ton confort du salariat ?
- Speaker #1
Je crois que c'est pour ça qu'il y a des gens qui sont salariés et d'autres qui sont dans l'entrepreneuriat. Ça, c'est vraiment la pire peur et que j'ai encore aujourd'hui. C'est une cata. Il faut vivre avec, en fait.
- Speaker #0
De quoi ?
- Speaker #1
Alors moi, tous les matins, j'ai une angoisse. En plus, j'ai une activité, c'est de la prestation. Je n'ai pas d'abonnement, je n'ai pas de récurrence dans mon chiffre d'affaires. Donc, du coup, tous les mois, tu repars à zéro. Comme quand tu vends des voitures, tu repars à zéro tous les mois. Tu sais de quoi je parle. Et pour toutes celles qui ont du CA créé tous les mois. C'est le stress permanent. Par contre, ce stress, maintenant, il faut savoir le gérer et le contrôler. C'est-à-dire, ok, je vis avec. En fait, tu vis avec. Ok, je repars à zéro. Mais en fait, on ne va pas crever. On ne va pas mourir et rien ne va se passer.
- Speaker #0
Je crois qu'il faut savoir vivre quand on entreprend, surtout dans la prestation de service, à ce que ça se passe. La résilience. Et c'est terrible, parce que c'est épuisant. Mais encore une fois, l'entrepreneuriat, ce n'est pas un sprint. C'est un marathon.
- Speaker #1
Déjà, tu t'achètes une liberté quand tu es dans l'entrepreneuriat. Mais en fait, tu es prisonnière en même temps. Je ne sais pas comment l'expliquer.
- Speaker #0
Moi, je le vois très bien.
- Speaker #1
Je pense que beaucoup de...
- Speaker #0
En fait, c'est une certaine forme de liberté, mais comme disait Lou, qui se paye cher.
- Speaker #1
Exactement. Tu as très bien résumé. C'est une très bonne phrase.
- Speaker #0
Est-ce que tu dirais que ton passé, ça t'a donné plus d'audace ou plus de prudence ?
- Speaker #1
La prudence, je n'en ai pas. C'est ce que me reproche mon mari d'ailleurs. La prise de risque pour moi, c'est l'opportunité. En fait, quand tu as vécu des moments bizarres dans la vie, où socialement, tu as été complètement à part. Tu as envie de te prouver parce que moi, je n'ai jamais eu envie. Et je pense que des fois, l'image que je reflète sur les réseaux ou dans la vie, les gens vont juger un peu la Marielle un peu superficielle, un peu too much, pas dans les cases. Et ça, c'était quelque chose que j'essayais de contrôler avant, jusqu'au jour où je comprenne qu'en fait, je suis comme ça, on ne me changera pas. Et les amis que j'ai depuis plus de 20 ans et les nouveaux qui sont dans mon cercle aujourd'hui savent très bien que je ne suis pas du tout celle qu'on peut des fois refléter sur les réseaux. Donc ça me va en fait.
- Speaker #0
Parce que tu as l'impression d'être la froid superficielle des réseaux.
- Speaker #1
Oui, des fois, de par le physique, parce que ça y est, des fois tu te refais les lèvres, ça y est, t'es artificielle. J'aime la mode, donc ça peint peu, etc. Et en fait, tu as toujours un manque de confiance. Tu disais, est-ce que je vais poster ? Ils vont se moquer. Même si je ne suis personne sur les réseaux, tu es quand même exposée. j'ai un business. J'ai beaucoup d'amis qui me suivent, tu vois, donc t'es toujours gênée, t'as toujours cette honte de dire qu'est-ce qu'ils vont dire.
- Speaker #0
Et en même temps, j'ai envie de dire que l'esthétique, c'est aussi ton travail. Oui,
- Speaker #1
mais j'ai eu du mal à l'assumer aussi, parce qu'en fait, l'esthétique, c'est un peu aussi le côté artificiel aussi, tu vois. Et je me dis que l'esthéticienne, pendant des années, c'était un métier qui était dévalorisé et j'ai jamais compris pourquoi. Et donc peut-être aussi, c'est ça aussi qui m'a fait que je ne suis pas allée. Très vite, dans ce milieu-là, j'ai eu peur, alors qu'en fait, pas du tout, c'est n'importe quoi. Aujourd'hui, le bien-être, c'est un peu la base pour se sentir bien dans la vie.
- Speaker #0
Du coup, en 2023, tu crées Skinlab.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'était quoi ta vision au départ ?
- Speaker #1
Après, moi, j'ai toujours des visions un peu cheloues, un peu hautes, c'est pas grave. Plus hautes que ce que je peux réaliser, ne serait-ce que financièrement. C'est la meuf qui dit là. Je me dis que tu as une phrase, elle est très bateau, mais en atteignant, en voulant viser la Lune, tu atteins au moins les étoiles, tu vois. Donc je me dis que j'ai toujours des projets lunes, je suis même peut-être en dessous des étoiles des fois, mais c'est pas grave, c'est comme ça qu'est né Skinlab. Ça m'a beaucoup aidée à avoir une vision assez américaine du soin. On est beaucoup dans les innovations et dans la beauty tech. C'est mon obsession aujourd'hui, je voulais arriver sur le marché de l'esthétique en me différenciant, pas en étant meilleure ou moins bonne, en étant différente, parce que j'ai pas du tout les codes. Même si j'ai les diplômes d'esthétique que j'ai dû passer malheureusement très rapidement, et que j'ai en ma possession, le problème c'est que j'ai pas du tout les codes. d'une esthéticienne traditionnelle. Donc ça aussi, j'ai eu du mal à la... J'ai eu un peu le complexe de... Comment on appelle ça ? Le symptôme de l'imposteur. Tu sais, j'arrive là et je l'ai ressenti. Et ça, je l'ai mal vécu au début. Après, maintenant, je m'en fous parce que j'y suis fermée preuve. Et ce n'est pas parce que tu arrives autrement que tu vas vouloir écraser les autres. Moi, je dis qu'il y a de la passe pour tout le monde. Après, il faut avoir son identité.
- Speaker #0
Est-ce que ça a été un projet qui était facilement finançable ?
- Speaker #1
Alors, peut-être que j'ai des rêves grands, mais je suis totalement réaliste sur ce que peut coûter. Et je me suis renseignée. de ce que ça pouvait coûter d'ouvrir un centre expert de beauté à Toulon. J'ai eu un très bon comptable aussi parce que ça, c'est très important de s'entourer d'une bonne comptabilité et ne pas économiser là-dessus parce que c'est des gens qui ont de l'expérience, qui ont plusieurs domaines d'activité dans leurs clients. Conseil numéro un quand on ouvre une société, c'est d'avoir des charges les plus basses possibles. Ne vous la pétez pas à prendre un grand local avec des loyers exorbitants parce que le local vous plaît, non. visitez-en une vingtaine.
- Speaker #0
Toi, ça t'a demandé beaucoup d'investissement personnel ?
- Speaker #1
Non, je n'ai fait aucun financement personnel. Je me suis adressée à mon amie qui est banquière et qui m'a fait confiance. Elle m'a fait un prêt de moins de 50 000 euros et avec tout ça, j'ai fait un tableau avec mon mari et on a fait les dépenses prioritaires et dans chaque détail, on a calculé ce qu'il fallait, etc. Et pour te dire, avec moins de 30 000 euros, j'ai réussi à créer SkinLab.
- Speaker #0
Oui, donc comme quoi d'être bien entourée et aussi de prendre effectivement les charges pas à la légère.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Et de rester réaliste avec le marché.
- Speaker #1
Ah mais complètement, faire très très attention aux charges parce qu'on se dit oui, on va faire du chiffre, on va pouvoir payer, etc. Mais en fait, le loyer, c'est le plus important. Il faut qu'il soit le plus bas possible.
- Speaker #0
Le jour où tu signes le bail, tu ressens quoi ?
- Speaker #1
Là, j'ai eu un sentiment de fierté et un sentiment extrême de reconnaissance envers mon mari et mon fils. Je les embarque dans cette aventure, je me chie dessus, je te le dis, mais je suis trop fière. Et là, j'avais l'impression d'être vraiment là où je devais être à ce moment-là, et j'avais l'impression que Marielle Noguera devait être là, et devait faire ça. Mais j'avais très peur.
- Speaker #0
Oui, mais je pense que c'est bien de le dire aussi, que même si on montre qu'on a confiance, parce qu'on a confiance en son projet, parce qu'on y croit, parce qu'on est ambitieuse, ça ne veut pas dire qu'on n'a pas peur.
- Speaker #1
J'ai peur tous les jours, je suis en campagne présidentielle sur les réseaux tous les jours. J'ai peur que quand je passe ce pas, qu'on ne me voit plus. J'ai peur que tout le monde se lasse et qu'elle ne vienne plus.
- Speaker #0
Quand tu es en campagne présidentielle, j'imagine que ça n'a rien à voir avec les élections qui arrivent bientôt. Mais c'est toi, tu sens que si tu n'es pas assez présente, tu peux perdre ?
- Speaker #1
En fait, moi, tout mon réseau, mes rendez-vous, mon canal principal de procédés et d'acquisition, voilà, merci. t'es dans le digital toi non ? c'est Insta c'est Insta c'est les réseaux c'est mon réseau personnel c'est en aucun cas Google quoi tu vois ce que je veux dire j'ai une obsession à chaque client je lui demande oui alors comment vous nous avez connu ?
- Speaker #0
Insta les réseaux les copines ouais mais justement est-ce qu'à un moment il faudrait pas élargir un peu tes canaux ? d'acquisition pour pas avoir cette claque-là. Oui, voilà,
- Speaker #1
c'est ça. On a plein de projets. Justement, là, je souhaite être accompagnée par justement des gens qui font ton métier, des gens qui sont dans le digital et qui vont un petit peu automatiser tout ça. Je n'ai pas de e-shop sur Internet. C'est ma faute, tu vois, mais en même temps, on ne peut pas tout faire.
- Speaker #0
Ah mais non, on ne peut pas tout faire.
- Speaker #1
Je me concentre sur les réseaux parce que je maîtrise à peu près ce que j'ai envie de donner, l'expérience avec Maison du Solide. Ça m'a permis à savoir comment exciter un petit peu les gens, comment leur prouver qu'on a des belles choses à leur vendre, de belles choses à leur proposer. Mais c'est fatigant. Le matin, après mon café, je fais ma luminothérapie. Je te fais toute la com. Le soir, il faut répondre aux clientes. Je n'en peux plus.
- Speaker #0
Oui, parce que c'est le métier multitâche. Ah, c'est wow. L'entrepreneuriat, c'est ça. Oui, mais il faut s'arrêter. Jusqu'à les mamans aussi. Oui, et puis on a une vie aussi. On a une vie. En dehors de ça.
- Speaker #1
Donc moi, à 20h, mon téléphone, même des fois à 19h, il est éteint. Enfin, pas éteint, mais en tout cas, il est en off.
- Speaker #0
Tu arrives à couper ?
- Speaker #1
Alors, au début, non. La première année, non. parce que j'étais en ascension, donc il fallait que ça s'achète.
- Speaker #0
Et puis on est obsédé par ça.
- Speaker #1
Et là, je me suis dit, non, en fait.
- Speaker #0
Ça ne peut pas être que ça.
- Speaker #1
Non, ça ne peut pas être que ça.
- Speaker #0
Est-ce que c'est une activité qui te permet de te générer un salaire ?
- Speaker #1
Oui, pas en juillet-août, parce que du coup, j'ai fait beaucoup d'investissements la première année où justement, j'ai fait confiance à beaucoup de marques. J'ai voulu m'entourer de belles collaborations. Après, j'ai beaucoup d'avantages du fait d'être un peu connue dans le milieu professionnel esthétique. Tu as les marques qui t'offrent beaucoup de... Des masques LED, du matériel. Là, je vais avoir une collaboration avec une marque française très connue sur Paris, bientôt que je vais vous annoncer, qui vont me prêter une machine magnifique avec laquelle on va pouvoir faire découvrir leurs cosmétiques. Voilà, tu as plein de collaborations, ça t'a plein d'avantages. Mais le salaire, des fois, il faut savoir aussi ne pas le prendre pour investir et pour grandir plus vite.
- Speaker #0
Est-ce que ça t'est arrivé de regretter ton salaire de salarié ?
- Speaker #1
Oh oui, parce que j'ai toujours eu des bons salaires, moi, c'est ça le problème. J'avais toujours des jolies voitures, des jolis salaires, le CDI qui te fait faire des crédits. Là, tu arrives dans un monde, tu as l'impression d'être personne. Ok,
- Speaker #0
donc tu as l'impression d'avoir perdu en qualité.
- Speaker #1
C'est incroyable. Ça valorise personnellement le fait de te dire que tu es entrepreneuse. Parce que moi, j'ai une EI, entreprise individuelle. Donc, j'ai quand même beaucoup de charges. En micro, tu en as moins, mais tu ne peux pas te développer non plus. Donc, c'est compliqué. Moi, j'ai une employée. C'est compliqué.
- Speaker #0
Marielle, je voudrais revenir sur ton histoire, parce que je pense qu'elle fait partie intégrante de toi aujourd'hui. Du coup, tu disais tout à l'heure qu'à 13 ans, tu es placée en foyer. Est-ce que ça a développé chez toi une force particulière ?
- Speaker #1
Oui. Quand j'étais en foyer, je rêvais dans la chambre, pour te dire une petite anecdote. Je suis arrivée dans la chambre, j'étais toute seule. J'avais une copine apparemment de chambre, mais qui était en week-end chez ses parents. Parce que tu avais quand même des gens qui étaient placés, mais qui avaient des parents. Moi aussi, j'avais des parents. C'est que la vie, voilà, c'est comme ça. Je ne suis pas mes parents, je suis là vraiment parce que la vie a fait que j'ai été là. Je ne me suis pas trouvée à ma place parce qu'il y a eu des... J'avais l'impression que je ne devais pas être en foyer. Tu vois, quand on dînait avec les enfants, par exemple, tu avais des enfants qui avaient des histoires de vie, mais c'est innommable. Tu n'as pas de mots pour... Ah ouais, tu as de l'attouchement, tu as de la violence, des gros problèmes d'alcool dans les familles, tout simplement des parents qui ne savent pas être parents parce qu'ils en sont incapables. Et moi, j'avais l'impression que tout ce que j'avais, ce n'était pas très, très grave. Donc, je minimisais beaucoup. Après, ça a été une expérience qui m'a forgée parce que... Je ne sais pas comment le verbaliser, en fait. Je ne m'en suis jamais posé la question avant. Mais comme je m'en suis sortie, quelque part, je suis un peu un message d'espoir. Et en fait, quand j'ai fait Maison du Solide, j'ai voulu faire une corrélation avec une asso. Donc, j'ai contacté la DEPAP 83 à Toulon, dont je suis membre maintenant depuis deux ans. qui est une association qui s'occupe des enfants issus de la protection de l'enfance de 0 à 99 ans. On leur paye les permis, on les aide sur leur appartement, on va leur faire des journées un peu sympas sportives. Et c'est une association qui a besoin de visibilité parce qu'il y a besoin de dons. Donc n'hésitez pas, si vous voulez défiscaliser de temps en temps, à me contacter ou à contacter l'association Adépap à Toulon. Ça permettra justement d'aider l'asso. Les subventions sont de plus en plus légères, elles ne sont plus inexistantes, mais elles sont de plus en plus légères. Donc c'est important d'aider les associations. Il n'y a pas que nous en association, mais des fois, voilà, si vous voulez placer, enfin pas placer de l'argent, mais en tout cas donner de l'argent.
- Speaker #0
C'est un beau geste d'aider ces enfants qui, comme toi, ont tribué pour trouver l'art, alors qu'eux, ils n'avaient rien demandé.
- Speaker #1
Tu as l'État qui les aide quand ils sont placés. Par contre, à 18 ans jusqu'à 20 ans, c'est merci, au revoir.
- Speaker #0
Tu es laissé à toi-même.
- Speaker #1
Tu es laissé, tu auras toujours des aides. Si ta situation est complexe ou quoi, mais c'est compliqué quand même.
- Speaker #0
Marielle, on arrive sur la dernière partie du podcast. Donc, petit jeu, question-réponse, d'accord ? Réponse spontanée.
- Speaker #1
Trop bien.
- Speaker #0
Le geste ou rituel qui te fait du bien instantanément ?
- Speaker #1
Ma luminothérapie le matin.
- Speaker #0
Luxe ou simplicité ?
- Speaker #1
Les deux.
- Speaker #0
Un mot qui te définit.
- Speaker #1
Authenticité.
- Speaker #0
La décision la plus risquée que tu as prise.
- Speaker #1
Ouvrir Skinlab.
- Speaker #0
Le compliment qui t'a le plus touché.
- Speaker #1
Marielle, tu inspires les gens.
- Speaker #0
Une erreur qui t'a tout appris.
- Speaker #1
Prendre les choses pour acquis.
- Speaker #0
Ton resto préféré de Toulon.
- Speaker #1
Le problème, c'est que j'en ai trois. Je peux dire les trois ?
- Speaker #0
Vas-y, ouais.
- Speaker #1
Alors, numéro un, Lousteau.
- Speaker #0
Ta cantine.
- Speaker #1
C'est ma cantine pour le coup. Numéro 2, j'adore aller manger les cookies chez Manon, ma petite chérie de déguster, qui est là depuis très très longtemps. Et en numéro 3, je dirais Manofika parce que j'adore les pizzas.
- Speaker #0
Ce que tu transmets le plus aujourd'hui ?
- Speaker #1
Mon expérience et elle est toujours guidée par l'authenticité et la vérité parce que je crois que c'est mon combat de faire et d'être vraie.
- Speaker #0
Une peur encore présente ?
- Speaker #1
La peur de l'échec et la peur de manquer d'argent.
- Speaker #0
Un rêve pas encore réalisé ?
- Speaker #1
Mon futur projet, qui arrive bientôt, en tout cas je l'espère.
- Speaker #0
Le meilleur conseil business qu'on t'ait donné ?
- Speaker #1
De faire attention à ses charges, de tout négocier, de tout comparer et de tout calculer correctement au centime près.
- Speaker #0
Une femme qui t'inspire connue ou pas ?
- Speaker #1
C'est une femme qui s'appelle Doris Blanpin et qui pour moi est au-delà de l'influence. C'est une femme qui a plus de 40 ans. qui a été dans les réseaux depuis toute jeune, qui faisait les blogs à l'époque, et je la suis depuis ses débuts. Et c'est une femme qui est maman, qui veut réussir dans un domaine qui la passionne, comme l'influence. Elle a réussi, et elle est restée authentique. Donc en fait, pour moi, c'est là où je me dis que tu peux réussir et rester toi-même. Et je la fréquente de temps en temps, c'est toujours un plaisir d'échanger avec elle, et c'est une ressource d'inspiration. Donc merci,
- Speaker #0
Doris. Une fierté discrète,
- Speaker #1
ma famille.
- Speaker #0
Et enfin, quelle est l'entrepreneuse que tu aimerais voir au micro de La Toulonnaise ?
- Speaker #1
C'est ma petite voisine d'amour qui s'appelle Elisa, qui a une fusion florale et qui est une artiste fleuriste. Je ne sais pas si on dit ça. Qui mérite une belle visibilité parce qu'elle vient d'ouvrir.
- Speaker #0
Je la reçois avec grand plaisir. Merci beaucoup, Marielle, pour tout ce partage, pour ton parcours. Je pense qu'il est très inspirant et je pense qu'il pourra aussi inspirer plein de personnes. de par ton parcours personnel, mais aussi professionnel. Et j'ai hâte d'avoir les retours.
- Speaker #1
Merci à toi, Alizé, d'avoir pris le temps de développer ce concept qui, pour moi, est authentique. Et c'est mon maître mot dans la vie. De parler avec toi, ça fait un bien fou. On se rend compte de plein de choses. C'est un vrai bonheur. La sororité, chez moi, ça fait partie de mon cœur. J'aime beaucoup aider les autres, mais encore plus les femmes. Et quand on s'entraîne ensemble, je trouve qu'on fait de belles choses. Voilà, donc merci. Merci à toi de faire la tournée. Merci.