- Speaker #0
La voie des femmes Quand les silences prennent enfin la parole La voie des femmes
- Speaker #1
Je suis Cindy Heiniger, journaliste. La Voie des Femmes, c'est un podcast fait par des femmes, pour des femmes. Pas un podcast de plus sur la femme moderne. Pas un guide en dix étapes vers le bonheur. Un espace vrai où l'on parle enfin de ce qu'on tait depuis trop longtemps. Bienvenue dans La Voie des Femmes.
- Speaker #0
La Voie des Femmes, un podcast malyce.ch
- Speaker #1
Bonjour à toutes, je suis ravie de vous retrouver après cette pause estivale. Aujourd'hui, on va se pencher sur un sujet sensible pour reprendre ces épisodes de la voie des femmes, la mort. D'abord, au travers d'un témoignage très touchant de Lorraine. Lorraine, elle a 30 ans, elle vit avec un cancer des ovaires depuis 10 ans et elle nous confie la difficulté qu'elle a à trouver des personnes prêtes à parler de la mort avec elle. Un sujet tabou, un sujet qu'on pense réserver aux personnes âgées. Vous verrez, sa vision de la mort est bouleversante et étonnamment lumineuse. Ensuite, c'est Sarah Jolia qui viendra éclairer ce témoignage. Sarah est directrice de pompes funèbres installées à Vevey et elle est aussi présidente de l'association Humusation Suisse qui milite pour rendre cette pratique de sépulture légale chez nous. Si vous ne connaissez pas, l'humusation, en quelques mots, c'est un processus contrôlé qui va transformer les corps, grâce à nos propres bactéries, en humus sain et fertile. en environ une année, donc ça veut dire que le corps il est à l'extérieur, il reste à l'extérieur, il n'y a pas d'enterrement, il n'y a pas de cercueil, il n'y a pas d'urne non plus, c'est vraiment un corps qu'on va poser sur un lit végétal et qui va redevenir du humus qui pourra végétaliser la terre. Sarah va nous en dire davantage mais surtout elle va nous parler de ce qu'elle a elle-même créé pour aider celles et ceux qui ont peur de la mort, notamment un jeu de cartes qui va sortir bientôt le mois prochain pour ouvrir la discussion. mais aussi des ateliers pour comprendre ce qui se passe après notre décès et apprivoiser cette peur qu'on pourrait avoir de la mort. De très beaux moments vous attendent, des moments qui permettent aussi, vous l'entendrez, de sourire et parfois même de rire. Donc ne vous inquiétez pas, le sujet, oui, est un peu tabou, mais on l'a traité avec beaucoup de douceur, beaucoup de bienveillance et beaucoup d'amour. Pour commencer, je vous laisse donc en compagnie de Lorraine.
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La voie des femmes Merci. Un podcast malyce.ch
- Speaker #2
Moi c'est Lorraine, j'ai fêté mes 30 ans il y a quelques semaines. Du coup, j'ai passé le cap des 30. Petit coup de vieux, j'ai eu mon premier cheveu blanc samedi. J'étais chez la coiffeuse. Elle m'a trouvé mon premier cheveu blanc. Et je ne m'attendais pas à être contente d'avoir mon premier cheveu blanc. Je ne sais pas, ça m'a touchée. De me dire, waouh, j'ai grandi, j'ai évolué, j'ai vécu. Il y a de l'expérience de vie derrière ce cheveu blanc. Du coup, je pensais en avoir peur. finalement ça m'a Ça m'a fait du bien d'avoir un cheveu blanc. C'était très rigolo de discuter de ça avec ma coiffeuse. C'est vrai que j'ai quand même un parcours de vie assez intense, passionnant et autant chaotique que... Mon cheveu blanc a du sens, oui, mon premier cheveu blanc. Et c'est vrai que quand je repense à ma vie, à mes 30 premières années de vie sur cette terre, il s'en est passé des choses. Déjà une enfance très intense, dans tous les sens. Moi je suis vraiment une fille... Très sensible à tout, surtout à la nature, à ce qui m'entoure. Je suis quelqu'un de très curieuse, qui veut tout savoir, tout comprendre. J'ai vraiment passé beaucoup de temps dans les livres. à explorer aussi la nature, à être dehors, à jouer dehors, à comprendre qui je suis, qui sont les gens, sur quelle planète on vit. Il y avait vraiment une curiosité de tout et je pense que mon parcours de vie a entraîné encore plus ce besoin de sens. Et en fait, je me suis toujours cherchée, j'ai toujours cherché ma place. sur cette terre. J'étais entourée de gens qui savaient quoi faire, qui voulaient être, dans quelle formation ils allaient se lancer, qu'est-ce qu'ils voulaient faire quand ils étaient plus grands, et moi pas. Et ça m'a créé déjà à ce moment-là un décalage avec le monde qui m'a mis beaucoup de pression et qui m'a fait perdre énormément de sens. Moi je ne savais pas du tout ce que je voulais faire de ma vie. Et je crois que je ne le sais toujours pas. À part vivre. C'est un peu ce que je réponds quand on me demande ce que je fais de ma vie, ben je vis. Mais ça m'a toujours mis beaucoup de pression quand je voyais tout le monde savoir ce qu'ils voulaient faire, savoir quel chemin prendre. Et moi j'étais, et je le suis encore en fait, perdue devant toutes ces opportunités, tous ces chemins qu'on peut prendre. Parce que tout est passionnant, tout me donne envie, j'ai envie de tout essayer. Du coup, souvent, je ne fais pas de choix. Je suis bloquée devant le choix parce qu'en fait, trop de choix tue le choix. Ça, c'est un peu le problème de ma vie. Et un jour, j'ai eu un diagnostic d'un cancer des ovaires à 20 ans. C'est un moment de ma vie où j'étais très perdue, parce que justement c'est un peu l'âge où tout le monde commence les universités autour de moi. Là on sort un peu. peu de l'école, on va dire obligatoire. On sort un petit peu de l'adolescence, on commence en fait à créer un peu sa vie de jeune adulte. Du coup, on se met en couple. Il y a ce truc un peu de jeune adulte qui commence à se créer. Moi, je venais d'emménager avec mon amoureux à l'époque et je cherchais un travail, je cherchais un sens à ma vie. Et c'est là que j'ai eu des symptômes un peu... Un peu spéciale qui m'a dit d'aller voir une gynécologue et du coup c'est là qu'on a découvert que j'avais une tumeur des ovaires. Et du coup, en fait, je n'ai pas envie d'expliquer tout le processus parce que pour moi ce n'est pas important aujourd'hui. Mais si je devais résumer ce que j'ai vécu, c'est en fait dix ans quand même de parcours avec ce cancer parce que j'ai fait plusieurs récidives. J'ai eu plusieurs opérations, j'ai essayé plusieurs chimios. en fait j'ai vraiment Laissez la possibilité de guérir par les voies standards de la médecine. Et il y a plein de fois où je me suis dit qu'il y avait sûrement aussi une autre manière de guérir. Et j'ai commencé à lire beaucoup de livres, de témoignages. autour du sujet de qu'est-ce que le cancer, comment on pouvait guérir du cancer. Et je n'ai pas envie de faire un épisode spécial cancer, parce que je le fais dans mon podcast, au cœur de la vie, où là j'ai plus envie de prendre le temps de parler de ce sujet qui est un gros sujet, qui est autant passionnant que terrifiant. Mais en fait, c'est toute cette curiosité qui m'a poussée à chercher un sens derrière ce cancer, derrière cette maladie. Et en fait, j'ai ouvert des portes qui ont transformé en fait tout ce que j'imaginais de la vie, qui ont transformé toute ma vision de la vie. Et ça a transformé déjà mon rapport à la vie. Mon rapport aux autres, à mon rapport à la nature, qui était déjà très présent dans ma vie, mais ça m'a poussée encore plus à vouloir comprendre et à vouloir capter vraiment ce qui se passait. Parce que pour moi, j'ai toujours senti depuis le début que je suis tombée malade, que les choses n'arrivent pas par hasard et que le corps ne fait jamais rien. Et ça, je me suis du coup beaucoup intéressée au sujet, par exemple, du biodécodage. Je me suis beaucoup intéressée à l'anatomie du corps. J'ai commencé à me former pour comprendre comment le corps fonctionnait, comment un cancer fonctionne, comment une cellule fonctionne. Et tout ça, ça m'a ouvert des pistes d'exploration, des ouvertures à des choses qu'on ne se rend pas compte et qu'on ne nous apprend pas à l'école. Et en fait, je me suis pris d'une passion à vouloir découvrir comment on fonctionnait et à comprendre le message du corps et à comprendre qu'il ne fait pas les choses par hasard, que la maladie a un message. Et toutes ces questions m'ont vraiment encore plus poussée à me former. À lire, et surtout, un des gros déclics de ma vie, c'était de partir en voyage. Parce que je me suis dit qu'ici, en Occident, on savait beaucoup de choses, mais on ne savait pas tout. Et j'avais lu beaucoup de choses sur l'Amérique du Sud, sur les médecines ancestrales, la médecine des plantes. Et moi, je suis quelqu'un qui... d'aller voir pour comprendre, pour ressentir. Moi, lire un livre, ça ne me suffit pas. Du coup, j'ai lu plein de témoignages de personnes qui étaient parties en Amérique du Sud et je me suis dit, moi aussi, je veux aller voir. Moi aussi, je veux aller voir ce qui se passe là-bas. Et ça, ça a été un gros déclic dans ma vie. J'ai pris mon sac à dos, j'ai fait un grand tri de mes affaires et je suis partie avec un billet allé, sans billet de retour, pour me dire, voilà, je vais découvrir l'Amérique du Sud et voilà. voir ce qui se passe là-bas. Et c'était incroyable. J'ai eu la chance de rencontrer des chamanes au Guatemala, des chamanes au Mexique et des chamanes au Pérou aussi, avec qui j'ai pu vivre une expérience de cérémonie des plantes. Et là, ça a été des premiers déclics, en fait, qui a confirmé tout ce que je ressentais déjà à l'intérieur. Tous les messages que je captais dans mon corps, moi je pensais depuis toujours que j'étais folle. J'étais très seule en fait avec toutes ces questions, avec tout ce que je ressentais, tout ce que je me demandais, tout ce que j'explorais. Et là-bas j'ai vraiment senti que je n'étais pas folle, que je n'étais pas toute seule à penser qu'on était très connectée à la nature, qu'on fonctionnait comme la nature, que le corps ne faisait rien par hasard, qu'il y avait vraiment une sorte de connexion à un grand tout. tout et qu'on était tout petit Et qu'en fait, on ne contrôlait pas grand-chose. Et moi, je suis quelqu'un qui aime beaucoup le contrôle. J'aime beaucoup contrôler les choses. En tout cas, cette maladie m'a encore plus poussée à vouloir contrôler ma vie, à vouloir contrôler cette maladie, à vouloir contrôler ce que je mange, contrôler que je fasse bien les choses. Je contrôlais absolument tout. Parce que pour moi, il n'y avait tellement pas de contrôle, on va dire, par rapport au métier. médecin, je suis tellement dans un inconnu que j'essayais d'avoir un contrôle sur le peu de choses que je pouvais. Et j'ai découvert qu'en fait, on ne peut pas contrôler la maladie non plus et on ne peut pas contrôler la guérison non plus. Et ça, ça a été tout un chemin ces dernières années grâce à ces cérémonies, à ces lectures que j'ai lues, à ces personnes que j'ai rencontrées à l'autre bout du monde. Et c'est devenu vraiment ma passion. Parler maladie, parler cancer, parler de la mort aussi, parler de la vie, qu'est-ce que la vie, vaste sujet. Ce qui est très dur avec ce que je vis en ce moment, parce que je suis toujours malade, dix ans après, j'ai toujours confiance en cette guérison, j'essaye toujours des nouveaux protocoles, des nouvelles options, mais avec beaucoup moins de contrôle, un grand lâcher-pris sur le fait que... que j'ai tout essayé, que j'ai fait de mon mieux et que je ne contrôle rien. Je ne sais pas comment dire. Cette petite émotion, lâcher prise, ça a été une grande étape parce que justement entre la théorie et la pratique, il y a tout un monde. Et je pensais avoir déjà lâché prise il y a quelques années en arrière, et en fait je me suis rendue compte que le vrai lâcher prise, c'était pas du tout ça. C'est vrai que, si on peut prendre le temps de parler un peu de qu'est-ce que le lâcher prise, pour moi lâcher prise, il y a cette notion déjà de confiance, faire confiance, mais faire confiance à quoi et à qui ? En étudiant un peu le cerveau, je me suis rendue compte que justement le cerveau est fait pour ne pas lâcher prise. Pour lui, c'est impossible en fait de perdre, de lâcher, parce qu'en fait il est là pour notre survie, notre protection. Biologiquement, il n'est pas fait pour lâcher prise. Et du coup, j'ai arrêté d'utiliser le mot lâcher prise, mais justement de juste dire faire confiance. C'est plus positif, c'est tourner vraiment d'une manière plus, on va dire, légère et ça fait moins peur au cerveau. Mais faire confiance justement à qui et à quoi. Et quand j'étais vraiment au plus bas, il y a... Je pense que c'était l'année passée, quand j'ai appris cette septième récidive de ce cancer, alors que j'avais déjà été opérée, que j'avais déjà fait des traitements, que tout s'était bien passé, que je reprenais un peu une vie normale. J'apprends une nouvelle fois que la maladie est revenue. Et là, j'ai vraiment ressenti un gros ras-le-bol. Un gros vide à l'intérieur, mais un... Ouais, je sais pas comment expliquer ce truc de... En fait, j'en ai plus rien à faire. J'ai plus envie de me battre. Je crois que j'étais arrivée vraiment à mes limites de ce que je pouvais faire, ce que je pouvais vivre et ce que je pouvais contrôler. Et quand je me suis rendue compte de tout ce que j'avais vécu, tout ce que j'avais contrôlé, tout ce que j'avais essayé jusqu'à maintenant et que ça n'avait servi à rien, je me suis dit, tiens, et si j'essayais, pour une fois, de ne rien contrôler ? Peut-être, une nouvelle stratégie. Je me dis bon, mes stratégies avant elles n'ont pas fonctionné. Je me dis peut-être essayer autre chose. Et je me suis dit pourquoi ? J'étais intéressée à la spiritualité depuis quelques années, à faire ce travail sur moi, à faire ce travail de développement personnel, tout ça, mais il manquait encore quelque chose. Je sentais que j'avais fait un bout de chemin, que c'était sympa, mais il manquait encore un vrai sens. Et c'est là que l'été passé, j'ai décidé d'ouvrir les portes de l'église. Alors moi je suis catholique de base, j'ai fait mon baptême, j'ai suivi le petit parcours, le petit cursus habituel que les parents imposent, le cursus vraiment qui se fait depuis petite à l'école, tout ça, mais sans réel sens, sans réelle pratique non plus. Du coup c'est vraiment quelque chose qui ne fait pas du tout partie de ma vie. Et là, l'été passé, je me suis dit tiens, je suis tellement à bout, je suis tellement plus... de contrôle, j'ai tellement plus de force. Et si je me remettais à Dieu ? Ça m'est venu comme ça. Et je me suis dit, pourquoi pas ? J'ai ouvert les portes de l'église, dans mon village. Et là, il s'est vraiment passé quelque chose. J'ai vraiment senti qu'il y avait encore un peu d'espoir. Qu'il y avait encore un chemin à prendre que je n'avais pas encore pris. Et qu'il y avait peut-être aussi quelque chose de nouveau, mais de plus... réel, je ne sais pas comment dire, de plus concret. Et j'ai vraiment été par curiosité, j'ai commencé à aller à la messe le dimanche, je me suis acheté une bible, j'ai commencé à lire des textes, j'ai commencé à regarder une série sur Netflix qui s'appelle The Chosen, qui retrace l'histoire de Jésus et en fait des textes, et en fait, tout ce que j'ai lu régimait exactement tout ce que j'avais vécu ces dernières années, juste avec des mots différents. Et en fait, en ayant étudié le chamanisme, en ayant étudié la médecine indienne, en ayant étudié la médecine chinoise, en m'intéressant justement à la spiritualité, à l'énergie, à tout ça, et bien en fait, ce que j'ai lu dans les textes de la Bible résumait exactement la même chose, mais juste pas avec les mêmes mots. Et là, j'avais l'impression d'avoir trouvé un socle ou quelque chose en fait qui reliait absolument toutes mes expériences de ces dix dernières années. Comme un gros package finalement qui était tout lié. Et ça m'a rallumé une flamme à l'intérieur de dire ok, là il y a un truc à faire. Là il y a un truc à tout rassembler, toute la théorie, toutes mes expériences. Il y a quelque chose à intégrer réellement dans mon corps, dans les cellules de mon corps. Et même moi, quand je m'entends parler, j'ai l'impression que c'est très farfelu, parce que j'ai toujours cette croyance de passer pour une folle et d'être très peu comprise. Mais ce moment a vraiment été un tournant, en fait, dans ma manière de voir la guérison, de mon rapport à la vie et à la mort. Et du coup, quand on parle de lâcher prise, pour moi, c'était vraiment, en fait, m'en remettre totalement. dans les mains de Dieu, dans les mains du Créateur, dans les mains de la vie ? Qui suis-je pour savoir en fait qu'est-ce que je suis venue faire ici sur cette terre ? Qui suis-je pour savoir quand c'est que je vais mourir ? Qui suis-je pour contrôler en fait absolument tout ce qui se passe dans ma vie ? Et du moment que j'ai compris ça, je me suis rendu compte que que j'étais personne et en même temps j'étais tout. Je ne sais pas comment dire ça. Et en fait, le fait de m'être complètement remis au ciel en disant « Fais ce que tu veux de ma vie, j'en peux plus, je suis fatiguée, je ne sais pas si je vais guérir, je ne sais pas comment guérir, je ne sais pas ce que je dois faire encore ici sur cette terre. » Je m'en remets à toi, fais ce que tu veux. Et depuis que j'ai dit ces mots-là, vraiment ma vie, elle a pris une autre tournure. Je ne sais pas, j'ai commencé à observer beaucoup plus de magie dans ma vie. J'ai commencé à rencontrer de très belles personnes, très alignées avec qui je suis, des personnes qui parlent mon langage. J'ai fait beaucoup de tri, je me suis sentie beaucoup mieux, comme une flamme qui s'est rallumée en moi en me disant « Ok, il y a encore un peu d'espoir, on y va. » On fait confiance et il se passera ce qui doit se passer. Et depuis, je vis cette maladie beaucoup plus sereinement parce qu'en fait, je me suis rendue compte que je ne pouvais pas tout contrôler. Et du coup, je me suis beaucoup intéressée à la mort, à ma propre mort, en me disant que c'était aussi possible que je meure jeune. Et quand j'ai commencé à me poser toutes ces questions et à vouloir en parler autour de moi, ça a été très mal perçu, ça a été très mal entendu, ça a été très mal accueilli. Euh... Tout le monde a commencé à bloquer en fait ce sujet. Personne ne m'écoutait vraiment, personne ne m'entendait vraiment. Ouais, on essayait de changer tout le temps le sujet en disant mais il ne faut pas penser à ça, mais tu es trop jeune, tu vas te porter malheur, mais non. Il y avait toujours un truc... On refoulait ce sujet, il ne fallait pas en parler. Du coup, je me sentais très seule avec toutes ces questions. J'avais besoin de parler de ma mort, j'avais besoin d'être rassurée à ce niveau-là, de dire peut-être que je ne vais pas vivre encore 30 ans et qu'il fallait peut-être préparer tout ça. J'ai commencé à ressentir le besoin de préparer ça. Du coup, l'année passée, en même temps que j'ai ouvert les portes de cette église, je me suis inscrite à Exit. Ça c'est l'association justement d'aide au suicide et je me suis rendu compte que ça m'a fait un bien fou d'avoir une autre porte de sortie au cas où ça se passerait mal. Et en fait tout le monde l'a perçu comme c'est négatif, tu te portes malchance, c'est pas une bonne idée, enfin vraiment quelque chose qui fait peur. Alors que pour moi c'était juste une porte numéro deux en me disant au revoir J'ai le choix, et c'est mon choix. Si ça se passe mal, ou si je ne guérirai jamais, en fait, j'ai le choix. Et ça, ça m'a vraiment fait du bien, en fait, de me rendre compte que j'avais le choix. Alors bien sûr, ce n'est pas parce que je me suis inscrite à Exit que je vais engendrer la procédure et mourir demain. Et ça, c'est ce que j'essaie de dire autour de moi, parce que tout le monde est un peu paniqué avec ça, en disant, non, ça peut prendre, peut-être ça sera dans 20 ans, je ne sais pas. mais moi j'avais besoin Pour continuer d'avancer, de dire ok, il y a ça qui est possible de faire. Et je trouve ça vraiment super. Je me suis beaucoup intéressée à cette association, à ce qu'ils mettent en place, à tout l'accompagnement qu'ils font. Je me suis aussi mise à écrire mes directives anticipées. J'ai préparé mon enterrement, j'ai choisi les musiques de mon enterrement. J'ai imaginé tout comment ça pouvait se passer. J'avais vraiment envie de... De préparer ça et juste de prendre conscience de ce que c'était vraiment mourir. Parce que vu qu'on n'en parle jamais, quand on en est confronté, en fait, il y a tellement de questions sans réponses. On ne sait pas ce qui nous attend. On parle de la mort, mais on parle juste de la mort. On ne sait pas tout ce qu'il y a autour. Et en ouvrant cette porte-là, je me dis, waouh, mais c'est... En fait, il y a tout un monde aussi autour de la mort qui est très beau. Il y a des groupes de paroles autour de la mort qui existent autour du deuil. Il y a des cafés mortuaires. Il y a des centres, par exemple, il y a un centre à Martigny, un centre bouddhiste, qui accompagne les personnes à écrire leurs directives anticipées. En fait, il y a beaucoup de choses qui se passent autour de ce sujet-là. Et par contre, le seul... Le problème que j'ai dans tout ça, c'est que j'ai tout juste 30 ans. Et que du coup, à chaque fois, je me retrouve toujours la plus jeune. Et des fois, ça m'embête, parce que je ne suis pas toujours comprise des personnes plus âgées, parce qu'on dit que la mort, c'est un truc de vieux. Et on me l'a dit comme ça, la mort, c'est un truc de vieux. Alors que je me dis que non. Non, la mort, ça concerne tout le monde. On va tous mourir. Ça, ce n'est pas une grande nouvelle, si jamais vous n'étiez pas au courant. Mais je me suis rendue compte qu'il n'y avait pas d'âge, il n'y avait pas de manière, il n'y avait pas de règles à suivre. Et j'ai envie d'amener du beau aussi là-dedans. J'ai envie d'amener un peu plus de sensibilité aussi dans ce parcours, dans ce chemin, dans ces questionnements qu'on se pose tous. Tout seul, sûrement, à la maison, dans notre coin, alors qu'en fait, on y pense tous. Et vu que moi, je vis quelque chose de complètement concret quand même, et bien, ça me donne encore plus envie d'en parler. Et du coup, je me rends compte que c'est très dur. Même pour moi, c'est très dur d'en parler, parce que même moi, des fois, je me dis « Arrête tes conneries, t'es jeune, c'est bon, ça va aller. » Et je trouve que c'est hyper important de faire de la place à cette partie de moi qui a besoin de parler de ça, parce qu'elle existe, cette partie de moi qui a envie de mourir, qui va peut-être mourir, et qui va probablement un jour mourir de toute façon. Et du coup, est-ce qu'on ne pourrait pas juste prendre le temps de parler de ça ou de s'écouter parler de ça ? Et de voir aussi qu'est-ce qu'on ressent face à la mort et de se poser les bonnes questions. Qu'est-ce qui fait peur derrière la mort ? J'ai rendu compte que ce n'était pas la mort qui me faisait peur, c'était juste le avant. C'est juste le processus, le passage vers la mort. Est-ce qu'il y aura de la souffrance ? Comment ça va se passer ? Ce n'est plus ça qui me fait peur, ce n'est plus ça qui me questionne. Ce n'est pas la mort en elle-même. Quand on regarde la nature, et moi je suis toujours en analogie avec la nature, parce que la nature meurt tous les jours. Toutes les saisons, les fleurs meurent, elles repoussent, les arbres perdent leurs feuilles. Chaque hiver, pour repousser chaque printemps, les animaux ont une espérance de vie plus courte que la nôtre. Et j'avais vraiment envie d'amener du beau aussi là-dedans et d'arrêter d'en faire un gros sujet tabou qu'il ne faut pas en parler. Pourquoi on n'en parle pas alors que c'est présent tous les jours de notre vie ? Et ça, c'est vraiment un sujet qui me touche beaucoup en ce moment et qui me fait du bien d'en parler. Et ça fait... Ça fait, ouais, quelques temps que j'essaie d'aborder ce sujet avec un peu plus de profondeur autour de moi concernant ma propre situation, mon propre parcours. Parce que là, je suis à un stade où j'essaie vraiment un dernier protocole... un dernier protocole de radiothérapie proposé par l'hôpital. Mais on va dire que c'est vraiment un peu la dernière chance, ce qu'il y a au fond de la liste du menu, si je peux dire ça comme ça. Vu que je ne peux plus être opérée, vu qu'il n'y a plus d'autres alternatives, je me rends bien compte que ça ne va pas durer éternellement. Du coup, on va dire que ce sujet-là me touche particulièrement en ce moment. Et j'ai deux copines qui m'ont dit exactement la même chose simultanément quand j'ai essayé de leur parler de ça et qui m'a beaucoup touchée. C'est justement que j'avais le droit de faire le choix qui était le mieux pour moi et qu'on allait le comprendre. Et là j'ai un gros coup d'émotion parce que ça me touche beaucoup d'avoir pu entendre ça, d'avoir pu me sentir légitime au fait que si par exemple j'engendre ce processus EXIT, et bien ça allait être compris. Et je crois que ça, c'est quelque chose qui me fait très peur, c'est de ne pas être comprise. Parce que je pense que depuis petite, j'ai un peu cette peur de ne pas être comprise, de toujours passer pour la folle, de toujours passer pour quelqu'un de farfelu, qui pense trop, qui réfléchit trop, qui ressent trop. Et là, d'avoir entendu que j'avais le droit de faire ce choix, qu'il était complètement légitime et... compréhensible, ça m'a fait énormément du bien. Et j'ai dit, c'est fou. C'est fou parce qu'il n'y en a pas beaucoup avec qui on peut parler de ça et je me rends compte que c'est tellement important. Ça ne veut pas dire que ça va être la finalité de mon histoire, mais juste d'avoir cette possibilité, ce choix d'être comprise, d'être entendue, ça soulage tellement à l'intérieur. C'est vrai qu'il y a quelque chose qui relâche, qui devient plus serein. et qui me donne encore envie de continuer d'avancer, de continuer de me battre, de continuer à avoir envie de vivre. Et c'est parce que je parle de la mort que j'ai envie de vivre, vice-versa. Et c'est parce que j'ai envie de vivre que j'ai envie de parler de la mort. C'est très paradoxal, mais c'est tellement lié, c'est tellement ensemble. Du coup, j'avais à cœur aussi d'ouvrir un peu ce sujet aujourd'hui. Et partager le fait qu'on peut en parler d'une belle manière aussi. Moi j'ai un peu ce don de voir la beauté dans tout, même dans les choses les plus dures, les plus moches de ce monde. On parle beaucoup de résilience, mais j'ai l'impression que c'est au-delà de la résilience. Pour moi la résilience c'est pas assez... Profond comme mot, quand j'essaie de partager le fait que j'arrive à transcender, on va dire, le douloureux en beauté ou l'épreuve en force. Pour moi, il y a une question de transcendance, de transformation, comme on parlait au début. Et ça c'est quelque chose que j'aime trop en parler autour de moi parce qu'en fait j'ai l'impression qu'on peut tous le vivre, qu'on le vit tous et qu'on est tous capables de le faire aussi. Et que je ne suis pas la seule à pouvoir voir la beauté dans ce monde, de voir la beauté dans la mort. Et si je peux allumer quelques petites étoiles, semer quelques graines dans la tête ou dans le cœur des gens, Les gens que je rencontre, c'est cadeau. Je fais un peu partie du monde des bisounours, qui a envie de la paix dans le monde et que tout le monde s'aime. Et je me dis que le changement commence par moi. Et si je peux déjà réussir moi à avoir cette beauté en moi, en dehors de moi, en tout ce qui se passe autour de moi, je pense qu'on peut tous le faire. C'est un choix. Et moi j'ai choisi de faire ce choix. Et c'est peut-être ça qui me donne toute cette force, ce courage, tout ce qu'on voit en moi, que j'ai aussi un peu de peine à le voir par moi-même. Mais je n'ai pas l'impression que c'est si farfelu que ça. Ça n'a pas l'air si compliqué que ça. Pour moi, c'est tellement naturel de voir la vie dans absolument tout. que j'ai vraiment à cœur de pouvoir accompagner aussi d'autres personnes à pouvoir le faire, à pouvoir transcender les épreuves de chacun en une force, en une lumière, en amour. Enfin moi je suis une amoureuse de l'amour, mais pas au sens romantique, couple, bisous, tout mignon, mais dans cet amour inconditionnel de la vie. Et c'est vrai que d'avoir ouvert les portes de l'église, si je peux revenir sur ce sujet, C'est quelque chose que j'ai vraiment ressenti, mais au fond de mes tripes, un amour tellement pur et tellement intense, je ne sais pas comment dire, je n'avais jamais ressenti ça. Et du coup, je m'intéresse de plus en plus à ce qui se passe derrière les choses. à ce qui se passe après. Parce qu'on ne sait pas ce qui se passe après. Mais je suis convaincue qu'il se passe quelque chose. Et rien que ça, ça me fait du bien. Ça me met en paix de penser ça. Je veux dire, en fait, je ne détiens pas la vérité absolue. Je n'en ai aucune idée. Je crois que personne ne le sait vraiment. Mais de savoir qu'il n'y a pas une réelle fin, moi, ça me fait du bien. Et ce qui m'a beaucoup rassurée, c'est que je ne suis pas la seule à penser ça. Et c'est en fait tous mes voyages qui m'ont fait me rendre compte de ça, dans toutes ces médecines ancestrales, de toutes ces médecines traditionnelles, de toutes ces médecines de la vie, de la nature. En fait, le ressentent aussi, le vivent aussi, le savent aussi qu'il y a quelque chose après, peut-être sous une autre forme, autrement, je ne sais pas. Mais il y a quelque chose. Et j'essaie aussi toujours de faire un peu la différence entre mon petit humain, Lorraine, mon petit personnage, qui a envie de faire des grandes choses sur cette terre, qui a envie de laisser une trace, on entend toujours ça, de laisser une trace sur cette terre avant de mourir. Et c'est vrai que ça m'a mis un peu de pression en me disant, mais moi si je meurs à la fin de l'année, qu'est-ce que j'aurais fait, qu'est-ce que j'aurais laissé ? Je n'ai pas d'enfant, je ne suis pas mariée, je n'ai pas de chien, ni de chat. Finalement, je suis à un stade de ma vie où je suis vraiment seule et libre. Du coup, qu'est-ce que je laisse ? Je me suis beaucoup questionnée là-dessus. Et en fait, je me dis que les sourires que j'ai pu voir sur le visage de certaines personnes en face de moi me suffisent. J'ai l'impression de le dire. Mais c'est ça, que chaque petite graine que j'ai pu poser, En fait, ça me suffit. Je n'ai pas besoin de faire de grandes choses. Je n'ai pas besoin d'avoir à changer le monde, en fait, pour laisser une trace. Waouh ! Quelle sagesse ! Je ne jure pas. Je me rends compte aussi quand je parle. Je suis là, waouh ! Mais qu'est-ce qui s'est passé, en fait, pour en arriver là ? Enfin, comment ça me... Qu'est-ce que j'ai vécu pour... Pour dire ça, parce qu'en fait je le dis aussi vraiment avec le cœur, c'est pas que de la théorie que j'ai lue dans des livres, c'est vraiment quelque chose que je ressens au fond de mes tripes, quand je parle, quand je transmets tout ça, et même moi je suis là « waouh, c'est beau ! » Ouais, finalement ce cancer m'a guéri tellement de choses. Ça c'est quelque chose que je dis dans mon podcast et que j'ai envie d'approfondir encore un peu plus, c'est le fait que pendant longtemps j'ai voulu guérir du cancer, mais je crois que c'est ce cancer qui m'a guéri. Toutes ces transformations, toutes ces épreuves, tous ces voyages, toutes ces expériences que cette maladie m'a poussée à faire, m'a guéri tellement de choses, d'un point de vue peut-être spirituel, d'un point de vue émotionnel. Peut-être que le physique, mon corps, ma matière ne sera peut-être pas guéri, mais pour moi j'ai déjà guéri tellement de choses que c'est cadeau. Et si j'ai encore la chance et l'opportunité de pouvoir aussi transmettre tout ça, en parler autour de moi et toucher des personnes qui se sentent aussi concernées, qui vivent aussi ces épreuves-là, qui cherchent aussi un sens dans ce qu'elles vivent, parce que pour moi il y a du sens dans tout. Je pense que chacun donne le sens qu'il a envie. Je serais très heureuse de pouvoir continuer à le faire. Merci aussi pour cette opportunité de partager ce qui est venu là aujourd'hui. Oui, la force. Mais moi, je me suis beaucoup demandé d'où elle venait. Parce que même moi, il y a plein de fois où je me remets tout ça en question, quand je regarde derrière moi, je dis « Waouh, j'ai vécu tout ça, et je suis encore bien, je suis encore en forme, j'ai encore la tête sur les épaules, alors ok, je suis peut-être horrible, c'est plein de trucs, mais je ne sais pas, cette force de vie, elle doit venir de quelque part. Peut-être, je ne sais pas si on est tous égaux avec cette force de vie, mais je pense que oui. » Mais ça, c'est aussi quelque chose que je dis, je dis ça tombe pas du ciel. J'ai fait beaucoup de choses aussi pour en arriver là. Je suis pas restée me morfondre sur mon canapé. Alors il y a eu des moments très durs, il y a eu des moments, bien sûr, de dépression, de déprime, de souffrance, bien sûr. Mais je sais pas, c'est vrai qu'il y a cet élan de vie, cette force qui vient peut-être d'ailleurs, je sais pas moi. De mes ancêtres, de... Justement de la vie, du créateur, j'en sais rien, on met le mot de ce qu'on veut, de l'univers. Mais c'est comme si j'avais pas le choix non plus. J'ai essayé d'abandonner. J'ai essayé vraiment de me laisser couler, on va dire. Je l'ai vécu, mais il y a toujours eu quelque chose qui a fait que... Je me suis relevée et j'ai senti qu'il fallait continuer, qu'il fallait y aller, qu'il fallait essayer, qu'il fallait vivre. Tout, pleinement, à 100%. Et ça, ça n'a pas de prix. Mais en même temps, je ne suis pas... Si spécial non plus, parce que j'ai l'impression qu'on peut tous le faire. Pour moi, j'ai l'impression qu'on a tous ça en nous. Il faut juste activer le bon bouton. Je ne sais pas, j'ai activé le bon bouton peut-être. Mais en fait, c'est vrai que l'expérience de vie forge absolument tout. Si je n'étais pas partie en voyage, j'aurais peut-être pas eu ces déclics. Si je n'avais pas été voir une psy quand ça n'allait pas, je n'aurais pas eu ces déclics. Vu tel thérapeute ou lu tel livre. Moi, j'ai été inspirée par énormément de monde aussi. J'ai été à la rencontre des autres. J'ai travaillé dans des associations. J'ai aidé d'autres personnes malades. D'autres personnes m'ont aidée. C'est ça qui est beau. Je trouve hyper important. La communauté, pour moi, c'est méga important. Parce que je ne suis pas là grâce à moi, petite Lorraine, toute seule. Je pense que je n'aurais pas vécu très longtemps si j'étais restée toute seule dans ma chambre. Et en fait, c'est toutes ces personnes que j'ai rencontrées, c'est tout ce que j'ai vécu, tout ce que vous m'avez inspiré, tout ce que j'ai admiré, le parcours de tout le monde finalement m'inspire énormément. Et je trouve que c'est hyper important de le mettre en lumière aussi, parce que je ne suis pas toute seule dans tout ce parcours, dans cette existence de vie. Et c'est vrai que c'est quelque chose qui me tient à cœur aussi, de le faire voir à l'autre aussi. En fait, de mettre en lumière que chacune de nous, chacun de nous peut aussi avoir ça en soi, peut aussi briller, peut aussi avoir cette force de vie, cette lumière, cette résilience, cet amour. Voilà, c'est un peu mon message, mon partage, je ne sais pas comment le dire. Parce qu'on m'a beaucoup admirée, justement. Il y avait beaucoup ce... C'est vrai qu'on m'a beaucoup mis, pas sur un piédestal, mais on m'a dit beaucoup de belles choses. Et j'ai eu de la peine, en fait, à le recevoir aussi, parce que, d'un côté, pour moi, c'est tellement naturel d'être comme je suis. Je suis le flot de la vie. Et en même temps, je dis aussi que j'ai pas vraiment... Je dis avant que j'avais le choix, on a toujours le choix, mais au bout d'un moment, quand t'as survi et touché, En fait, tu n'as pas le choix non plus. Et c'est quelque chose qui a été actionné en moi naturellement. Il faut y aller, il faut y aller. Et du coup, des fois d'entendre que... que j'ai du courage, que j'ai de la force, que c'est admirant, j'entends des « mais moi j'aurais pas pu » . J'ai de la peine à entendre ça parce qu'en fait, tant qu'on ne le vit pas, on ne sait pas comment on réagit, tant qu'on ne le vit pas vraiment, au fond de ses tripes, on ne sait pas tout ce qui peut s'activer, tout ce qui peut en dégager. Et il y a des fois où je me dis « mais je n'ai pas fait grand-chose d'autre que suivre ce que je devais faire » . Ce n'est pas forcément du courage. C'est l'élan de vie que ça me traverse, il faut que j'y aille quoi, je ne veux pas mourir tout de suite non plus, je n'ai pas le choix en fait de me pousser un peu et puis d'essayer. Et c'est en discutant avec d'autres personnes justement où je me rends compte que c'est vrai qu'on ne fait pas tous ce choix-là, il y en a d'autres qui se laissent un peu plus aller, il y a d'autres qui passent un peu plus pour des victimes, enfin voilà, chacun a un peu ses stratégies et c'est vrai que j'ai dû me rendre compte qu'on ne fait pas tous ce chemin-là. Mais je suis convaincue qu'on peut tous faire ce choix. C'est un choix à faire. Et moi je pense que je l'ai fait naturellement. Il y a peut-être plein de choses, plein de facteurs qui ont fait que j'ai ce chemin à vivre. Que je suis peut-être venue pour vivre ça, je ne sais pas. Je laisse faire ce qui doit se faire. D'où l'importance du lâcher prise. Le vrai lâcher prise, de se remettre complètement à la vie et d'accueillir absolument tout ce qui vient, en faisant confiance que je ferai du mieux que je peux, que j'ai mes expériences, mes compétences, ma résilience, mes valeurs, qui en fera quelque chose et en même temps je lâche tout ce que je ne peux pas contrôler et ça ira comme ça ira. En fait, je n'ai pas le choix de me dire ça. Enfin, j'ai fait le choix de me dire ça parce que ça me fait énormément de bien et j'ai plein d'expériences, j'ai des milliards d'anecdotes dans ma vie qui m'ont prouvé que c'était la meilleure manière de penser, en tout cas pour moi, dans ma vie, dans ce parcours. Parce qu'à chaque fois que j'ai eu ces pensées-là, j'ai eu un petit cadeau à la fin, une rencontre, une synchronicité où j'ai pu voir cette petite magie de la vie qui confirme que c'est juste, que c'est aligné. Que la vie, elle est là, quoi. Et c'est ça qui m'a permis de jamais lâcher jusqu'à maintenant. Parce qu'il y avait toujours un peu, c'est comme une petite récompense, ce truc qui vient confirmer que c'est juste, que ça vibre, que ça fait écho, que l'amour est là et que la vie, elle continue de circuler. Les perspectives d'avenir à 30 ans, dans ce parcours-là, ce n'est pas évident. Ma relation au temps est complètement éclatée. Comparée aux gens autour de moi, aux jeunes de mon âge. Des fois, on me donne des rendez-vous dans trois mois et moi, ça me stresse. Je ne sais pas où je serai dans trois mois. Je ne sais pas ce que je vais vivre dans trois mois. Moi, je veux vivre maintenant. La vie, elle est là maintenant. Et c'est pour ça que je pars beaucoup en voyage et que je vais explorer vraiment le monde. parce que Ailleurs, on a le temps, on prend le temps. C'est beaucoup plus fluide, c'est beaucoup plus dans l'instant. Et ici, on me dit énormément cette phrase, « Je n'ai pas le temps » . Et je ne peux plus l'entendre. Parce que je me dis que moi non plus, je n'ai pas beaucoup de temps. Mais je le prends, ce temps-là. Et prenant le temps, en fait, de faire les choses, arrêtons de tout repousser dans six mois, une année. On fera quoi l'année prochaine ? Dans mon agenda. je vois qu'on peut se faire un souper dans 8 semaines merde, non ? c'est maintenant la relation au temps me stresse énormément en ce moment parce que je ne sais pas ce qui se passera et c'est vrai qu'on vit dans un monde tellement instable alors peut-être que ça nous rassure aussi de poser des rendez-vous dans plusieurs mois, plusieurs années Merci. Mais moi, ça me stresse. Vraiment, je me dis, il peut tout arriver. On l'a vécu ces dernières années. Tout peut changer, tout peut basculer du jour au lendemain. Et moi, c'est vrai que je suis encore plus dans ce parcours-là. En fait, voilà, il suffit d'une décision, il suffit que le traitement ne fonctionne pas, il suffit que la maladie évolue, il suffit de petites choses qui font qu'en fait, peut-être dans six mois, je ne suis pas là. Du coup, c'est maintenant que j'ai envie de vivre. Et ça, c'est vrai que ça crée quand même beaucoup de décalages autour de moi et je me sens assez seule dans ce tourbillon du temps et de la gestion de l'agenda. J'ai quand même envie de conclure sur le fait que qu'on est le changement qu'on veut voir dans ce monde et que si on veut améliorer un petit peu les choses, Si on veut aller un petit peu bien, si on veut voir les autres bien, ça aussi à nous de faire ces petits pas, de poser ces petites graines, de transmettre compassion, empathie, bienveillance, amour. Moi, il y a ce truc vraiment de faisons de notre mieux pour aller bien ensemble. Et arrêtons de se taper dessus. Le monde va déjà assez mal, alors si on pourrait au moins essayer de... d'être doux les uns envers les autres, déjà dans notre petite sphère, autour de nous, dans notre entourage, et que ça puisse se transmettre vraiment à plus grande échelle. Peut-être qu'un jour, le monde irait mieux, mais je trouve que tout part de nous, et c'est à nous de faire ce choix-là. Je pense qu'il y a vraiment cette notion de choix. Un jour, il faut faire un choix, il faut prendre la décision de nourrir ce qui fait du bien, de nourrir la vie, de nourrir l'amour, nourrir. l'élan de vie qui circule plutôt que l'inverse. Les deux existent, mais je pense que c'est à nous de faire ce choix-là. Moi, j'ai fait ce choix-là et je ne peux plus revenir en arrière. J'ai mes lunettes de rire, vu que je fais du yoga du rire, mais j'ai mes petites lunettes... d'amour que je ne peux plus enlever. Et du coup, si je peux les prêter au plus de monde que je croise, c'est avec grand plaisir. Voilà. Vraiment, merci. Merci pour cette opportunité. Merci.
- Speaker #1
Ce qu'on vient d'entendre avec Lorraine nous a toutes bousculées, j'imagine. Cette difficulté à trouver les mots pour parler de la mort et à trouver les bonnes personnes à qui on parlait, surtout quand on a 30 ans et qu'on vit avec la maladie depuis 10 ans. Pour poursuivre cette conversation, j'ai voulu vous faire rencontrer une femme qui, elle, côtoie la mort tous les jours depuis près de 20 ans. Sarah Jolia est directrice des pompes funèbres du Léman, un métier qu'on connaît mal, qu'on n'ose pas trop questionner et qui pourtant est traversé chaque jour par nos peurs. les plus intimes. Mais Sarah, c'est aussi une femme qui se bat. Elle est la fondatrice et présidente d'Humusation Suisse, une association qui milite pour faire reconnaître chez nous un nouveau mode de sépulture, laisser le corps se transformer naturellement en humus, plutôt que de le brûler ou de l'enterrer. Une pratique encore interdite en Suisse, mais qui avance gentiment. Il y a même aujourd'hui un projet pilote qui est mené du côté du CHUV à Lausanne. Avec elle, on va essayer de faire ce que ce podcast cherche à faire depuis le début. Mettre des mots sur ce qui nous fait peur pour que ça fasse un peu moins peur. Sarah, bonjour et merci d'être avec nous.
- Speaker #0
Bonjour.
- Speaker #1
Alors, avant de commencer à parler de tous ces sujets qui s'annoncent passionnants, est-ce que tu aurais envie de réagir à ce qu'a dit Lorraine dans son témoignage ?
- Speaker #3
Ben oui, je l'ai écouté en entier d'ailleurs. Et puis, c'est vrai que j'ai trouvé absolument magnifique tout ce qu'elle a dit. Et c'est tellement juste. Quand j'ai entendu sa voix, j'ai juste eu envie de la prendre dans mes bras. Elle a une voix qui est familière. Enfin, je ne sais pas. Ce n'est pas ça le truc. Et puis, tout ce qu'elle a dit, ça résonne énormément chez moi. Et puis, je me dis, ça me fait super plaisir d'entendre quelqu'un qui parle comme ça, en plus à 30 ans. Parce qu'en fait, elle a tout compris. J'ai pensé qu'elle avait tout compris. Et franchement, merci. Merci. Je suis honorée de pouvoir participer à ce podcast avec elle. Super.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour cette réaction. Tu es la directrice des pompes funèbres du Léman. C'est vrai que dans ce métier, on vous appelle aussi parfois croque-mort.
- Speaker #3
Alors, oui, croque-mort, ça me fait assez rire. Mais c'est vrai que ce terme-là... Il me convient de moins en moins, parce qu'en fait, l'image du croque-noir, on a cette image-là, avec le corbeau sur l'épaule, le vautour, enfin je ne sais plus qui c'est qui est sur l'épaule, c'est vrai que c'est un terme qui me convient de moins en moins, parce que je me considère plus ou pas comme ça. Moi j'ai vraiment l'impression d'accompagner. C'est pas fait grâce à des dents, certains c'est marrant. Et puis je me suis retrouvée dans le milieu des ponts de funèbres. Je ne sais pas si c'était un hasard, mais quand j'étais jeune j'avais peur de la mort. Peut-être à cause des croyances qu'on m'a inculquées. Et quand on est adolescent, c'est vrai, en tout cas, moi, je me suis posé pas mal de questions sur la vie, sur... J'ai aussi pris conscience de la mort quand j'étais adolescente. Et puis, j'ai développé quelques petites angoisses en rapport à... Le fait de me dire qu'un jour j'allais mourir et que je n'allais plus être là, ça m'a fait vraiment bizarre. Je me suis posé la question de ce qu'il y avait après. On m'a parlé de l'enfer, le paradis, qu'il fallait que j'y entie, parce que sinon on allait aller en enfer. C'est vrai que ce sont des petits trucs qui m'ont fait peur. et plus tard je me suis intéressée bien plus tard quand même j'avais une vingtaine d'années je me suis intéressée pour aller vaincre cette peur et d'aller voir un mois j'ai fait des demandes de stage et j'ai pu faire un stage dans une entreprise de pompes funèbres Et à ce moment-là, c'est vrai qu'il s'est passé un truc. Et je me suis dit, mais c'est là que je veux aller. C'est ce métier que je veux faire. Et voilà, c'est là que j'ai commencé. A savoir que je n'ai pas eu de formation. Avant ça, j'ai commencé plein de petits métiers, plein de petits boulots, des formations que je n'ai jamais été jusqu'au bout. Enfin, j'ai fait plein de trucs, trop de trucs. Mais toutes ces petites expériences, en fait, ont fait que je suis là aujourd'hui. Voilà.
- Speaker #1
Et là, ça fait 15 ans donc que tu as ces pompes funèbres ici à Vevey. Quel est ton rapport maintenant à la mort depuis ces années que tu passes avec, avec ce travail-là, qui t'a certainement appris plein de choses ?
- Speaker #3
Alors oui, donc là, ça fait 15 ans qu'on a créé l'entreprise. Avant, j'avais un associé. Et puis maintenant, depuis deux ans à peu près, je suis toute seule. Enfin, je gère l'entreprise moi-même. Ça fait 20 ans que je travaille dans le milieu. Depuis que je travaille au Pompfurem, franchement, j'ai appris à aimer la vie. En fait, ça m'a ouvert énormément de portes sur la vie, le bonheur. Je suis devenue... Ouais, depuis que je travaillais pour Fina, je suis devenue heureuse, en fait. Je trouve que j'ai la plus belle vie du monde. Et puis, c'est énormément de partage avec les gens. Je rencontre énormément de gens extraordinaires. C'est plein d'expériences complètement dingues. Autant avec les familles qu'avec les défunts. Avec plein de choses, en fait. J'ai l'impression de m'être ouverte au monde. Et puis, de m'être ouverte à la vie et d'être devenue vraiment vivante depuis que je travaille dans ce milieu.
- Speaker #1
Et ton rapport avec ta propre mort, puisque tu dis que c'était un peu traumatique à l'époque, il a aussi changé ?
- Speaker #3
Complètement. Alors oui, complètement, parce qu'à force de côtoyer des morts, de baigner un peu dans cette énergie-là, c'est vrai qu'il a commencé à se passer des choses dans ma vie, des choses un petit peu, des fois, bizarres. Au début, c'était toujours hyper space, en fait. J'étais là, c'est quoi ? et puis déjà J'ai l'impression de... Il se passe des choses, des fois, avec les défunts, des trucs beaux, quoi. J'ai plein de belles histoires avec les défunts, avec certains défunts. Il y a de la magie. J'ai vu qu'il y avait de la magie, puis au fur et à mesure des années... en fait, ça se pose. Et puis maintenant, j'arrive à sentir des choses que je ne sais pas si c'est vrai ou pas, mais c'est beau. C'est plein d'amour. Et puis c'est tellement fort, c'est tellement intense. Je n'ai pas forcément les mots pour le décrire, mais c'est tellement plein d'amour. Et puis des fois, je pleure tellement c'est beau parce que je n'ai pas les mots pour l'expliquer. Enfin, c'est plein d'émotions. Je rentre au cœur des émotions et c'est absolument dingue.
- Speaker #1
Un des sujets qui va nous intéresser aussi aujourd'hui, c'est l'humusation, une idée qui est venue à toi pendant que tu remplissais ta propre prévoyance funéraire, c'est bien juste ?
- Speaker #3
Oui.
- Speaker #1
Tu devais cocher inhumation ou crémation et puis en fait, si tu n'avais pas envie de le faire, ni pour l'un ni pour l'autre, qu'est-ce que ce moment très concret t'a appris alors à ce moment-là ?
- Speaker #3
En fait, ça fait déjà quelques années que j'ai fait ma prévoyance. Enfin, ça change tout le temps. J'ai mis les bases, et puis ça change suivant mon humeur. C'est vrai que quand j'ai dû cocher crémation ou inhumation, je me suis dit je ne peux rien mettre. Je ne savais pas. Et je ne sais toujours pas quoi mettre. Et c'est là que j'avais entendu, je me suis rappelé qu'il y avait quelqu'un qui m'avait parlé une fois du compostage humain en Belgique. Et puis quand on m'a parlé de ça, j'ai dit, mais il a craqué les gosses. Je me suis dit, mais c'est quoi ça ? Pourquoi je n'en ai jamais entendu parler ? Et je me suis intéressée à ça. Et je me suis dit que ça, si ce serait possible, c'est ça que j'aimerais pour moi. Donc j'ai rencontré l'équipe en Belgique et puis j'ai commencé à en parler en Suisse et je me suis dit franchement si je ne le fais pas, si je ne parle pas de ça en Suisse et que je... Je ne vais pas regarder, taper au port pour voir s'il y a une possibilité de légaliser ça et d'amener ça en Suisse. Mais qui c'est qui va le faire ? Ben, personne. Donc voilà, c'est comme ça que je me suis penchée sur la question. Et franchement, ça suit son cours et ça avance et c'est chouette. Et ça me nourrit aussi d'avoir des... Des idées, après je n'ai rien inventé, je fais juste en parler. J'essaie de mettre des éléments en place et ça se fait tout seul.
- Speaker #1
Tu peux nous expliquer ce que c'est que l'humusation ?
- Speaker #3
L'humusation ou biocompostage funéraire, c'est un mode de sépulture naturel. Le corps n'est pas enterré, il n'est pas brûlé, il est simplement posé sur un lit végétal. Et puis après, il est recouvert de cette même masse végétale. Et puis, en fait, c'est un processus naturel en plusieurs phases. Il y a un protocole, un processus strict à respecter pour que tout se passe correctement. Et puis, l'idée, c'est que le corps... Se transforme en humus, voilà, au gré des saisons, enfin au gré du temps quoi, au fil des mois. Après c'est un processus qui dure à peu près entre 9 et 12 mois à peu près. Après, il faut encore tester, donc là on est en plein dans les tests en Suisse sur les corps humains. Donc, il y aura le verdict dans quelques temps, je pense, pour voir si ça fonctionne bien.
- Speaker #1
Et donc, l'idée, ce serait de pouvoir légaliser cette manière de faire aujourd'hui en Suisse, parce que ce n'est pas encore permis.
- Speaker #3
Alors, ce n'est pas encore légal. Alors, l'idée, il y a l'humilisation, le biais de constat, je finirais. Il y a la méthode à l'air libre. Donc en plein air. Et puis, il y a la méthode en milieu confiné, dans des cocons. Donc c'est deux méthodes différentes. L'idée, c'est que le rendu final, c'est la même chose. C'est que le corps se transforme en humus. Après, on verra ce qui fonctionne le mieux. Après, il faut aussi regarder en fonction de... On est en Suisse, c'est pas un grand pays. Donc au niveau des terrains, au niveau des villes, ça sera peut-être plutôt... du compostage funéraire au milieu contrôlé parce que le processus est beaucoup plus rapide, c'est un, deux mois. Donc voilà, au niveau de la place, ça prend moins de place. Il y a tout encore à tester et puis voir qu'est-ce qu'il y a de mieux.
- Speaker #1
C'est vrai que finir brûlé ou enterré, ça fait peur à beaucoup de gens quand même. J'avoue que j'en fais partie, je plaide coupable. Ce n'est pas une décision facile. Et si tout à coup, on peut se dire qu'on pourrait partir de manière plus naturelle, plus écologique aussi finalement.
- Speaker #3
Mais oui, et puis moi je trouve que l'idée m'est venue, c'est complètement égoïste, je l'avoue, parce que c'était pour mon petit confort à moi, pour mes petites craintes et mes petites peurs personnelles, pour ne pas finir dans une tombe ou dans un cercueil brûlé. Parce que l'idée ne m'enchaîne pas trop. Après, je me dis, quand on est mort, on est mort. Et puis voilà, quoi. Mais voilà. De mon vivant, si je peux choisir, ben voilà, je le fais. Et l'idée, ben voilà, c'était vraiment que mon corps, que j'aime quand même, parce que c'est mon véhicule, et puis qui me supporte et tout. Donc, si je peux prendre soin de mon corps après ma mort, et puis qui se transforme surtout au gré de la nature, parce que moi, j'adore la nature, et puis je suis très connectée à la nature. S'il peut se transformer ou au rythme de la nature, franchement, il y a quoi de mieux ? C'est tellement naturel. Et puis, je me suis dit que ça aide aussi le processus de deuil, de penser que le corps se transforme. Pendant la première année, c'est beau. Moi, je trouve ça tellement beau, tellement logique, tellement doux. C'est beau. Et puis oui, il y a aussi le côté écologique, parce que moi qui ai une entreprise de confinem, je suis amenée aussi assez régulièrement à faire des exhumations au cimetière. Donc après le délai de la tempe, on ressort les ossements. Et puis ce que je vois des fois, ce n'est pas beau, ce n'est pas du tout... Même des fois après 25 ans, suivant la qualité de la terre, c'est un problème. et puis moi j'ai l'impression que Des fois on parle d'attente à la paix des morts, moi ça l'exhumation quand on ressort des ossements, puis qu'il y a encore des bouts de chair, pour moi ça c'est une attente à la paix des morts, pour moi. Mais voilà, on a tous une notion différente de l'attente, de qu'est-ce que c'est l'attente à la paix des morts. des morts. Et pour moi, l'humiliation, j'ai déjà entendu des commentaires. J'ai lu des fois sur un... Je ne sais plus, sur un 20 minutes, une dame qui a fait un commentaire. Mais c'est une atteinte à la paix des morts. Mais sérieux. Réveillez-vous. Je ne juge pas. Amour, amour, mais quand on sait pas, des fois il vaut mieux se taire que de dire des âneries quoi. Pour moi il n'y a rien de plus doux et de plus respectueux que l'humiliation.
- Speaker #1
Par contre il y a une crainte, c'est en faisant mes recherches aussi que j'ai vu passer des choses, notamment les gens ils disent qu'ils ont peur que ça sente mauvais, que si on crée des endroits comme ça, ça va sentir mauvais, alors que non.
- Speaker #3
Mais c'est parce qu'ils connaissent pas. Ils ne connaissent pas, il y a eu déjà des tests sur des ports, ils en ont fait plein en Belgique, enfin plein, ils en ont fait déjà. pas mal de tests, ben non, il n'y a pas d'odeur. Quand un compost, il est bien fait, ben ça sent rien. C'est clair que si on va mettre ses épluchures et qu'on mélange des bougions de je ne sais pas quoi dans un compost qu'on ne connaît pas et qu'on ne sait pas comment soigner son compost, ben oui, ça pue. On imagine souvent les mouches, les machins, les trucs. Mais en fait, ce que les gens oublient, c'est que c'est notre microbiote interne à nous qui se transforme. Donc on va parler Merci. se faire bouffer par des mouches ou des vers, c'est nos vers à nous. C'est nos bactéries à nous qui se transforment. Donc, franchement, c'est magnifique. On s'auto-mange. On s'auto-transforme. Après, c'est clair que si on met un corps comme ça, à l'air libre, puis qu'il y a des mouches qui arrivent, ils vont prendre des yeux, des oeufs, et puis ça va faire des petits asticots. Ben oui. Ça, c'est peut-être ça, en fait, que les gens, ils croient. Mais voilà, c'est pas comme ça.
- Speaker #1
Mais aujourd'hui... Aujourd'hui, le projet, il en est où, alors, concrètement, en Suisse ? Est-ce que ça bouge, ça avance ? Il y a quelque chose d'officiel qui se met en place ou bien c'est à l'état de discussion encore ?
- Speaker #3
Alors, aujourd'hui, le projet, il avance. Il avance bien. On a commencé les tests. Enfin, on, c'est pas moi, mais le secteur qui s'occupe de ça, donc le Shift à Lausanne, qui est rattaché au CHUV. C'est le service qui s'occupe d'étudier la décomposition des corps. qui est dirigée par le docteur Vincent Varlet. Ils ont eu les autorisations pour faire 4 ans de tests sur des corps humains. Et puis aujourd'hui, on est en attente de corps, parce que pour ces tests-là, c'est une obligation que la personne lègue son corps pour l'usation, mais pas la science. C'est très formalisé, si on veut. Et on attend des corps. C'est vrai qu'il n'y en a pas énormément. Donc, voilà.
- Speaker #1
Oui, parce que c'est un processus qui est encore assez méconnu. Donc, l'idée aussi de cette émission aujourd'hui, c'était de faire connaître à toutes les personnes qui nous écoutent cette possibilité-là, le fait qu'elle existe, en tout cas qu'elle est travaillée. S'il y a des gens qui seraient intéressés de leur vivant aussi, à se dire, ok, moi, c'est quelque chose qui me parle. Alors je ne sais pas si mon corps va pouvoir servir aux examens ou peut-être dans le futur à pouvoir faire partie de cette expérience. Il doit faire quoi en fait ? S'adresser à qui ?
- Speaker #3
Alors oui, on a déjà eu pas mal de dons de corps, mais maintenant les gens, il faut qu'ils meurent. C'est des gens qui sont au bout de sautée, ils sont pour le projet, ils soutiennent le projet. Moi d'ailleurs, j'ai fait, j'ai enfin fait, rempli mon formulaire de donneuse pour ce projet-là. Mais c'est vrai que c'est des gens qui sont vivants. On a besoin de gens qui savent, peut-être qui vont mourir ces prochaines années. Il n'y a pas de critère d'entrée, on prend tout le monde, excepté tout le monde. Et puis s'ils veulent faire don de leur corps, il y a un formulaire à remplir qui est disponible sur le site du Shift. C'est le Curl le Shift. Oui, on va glisser le lien dans la description de l'épisode. Ou alors ils peuvent m'envoyer un mail via le site humutation.ch Et puis là, moi, je leur donne les indications et puis je les dirige au shift.
- Speaker #1
Bon, on mettra tous ces liens dans la description, bien sûr. Pas de stress, vous aurez toutes les infos assez facilement comme ça. Si on revient un petit peu aux discussions qu'on a eues avec Lorraine au travers de la mort, c'est une discussion qui est toujours très difficile à avoir. Lorraine, elle parle aussi du fait qu'à son âge, c'est encore plus difficile parce que les gens, ils n'acceptent pas de parler de la mort quand on parle à des jeunes personnes comme elle. Elle l'a dit. Les gens disent que la mort, c'est un truc de vieux. Alors que dans ton métier, tu es en première ligne face à tout ça, tout le temps. Est-ce que les gens qui arrivent ici et qui sont confrontés à la mort, forcément, ils en parlent plus facilement ? Ou c'est toujours un sujet compliqué ?
- Speaker #3
Alors, la mort, c'est vrai que c'est un sujet tabou. Encore aujourd'hui, depuis que je travaille au pont funèbre, il y a une vingtaine d'années que j'ai commencé, l'évolution qu'il y a eu dans les discussions. J'ai l'impression que les gens, on parle de plus en plus. D'ailleurs, on peut voir qu'il y a de plus en plus de choses. choses qui se font autour de la mort, des associations, les cafés d'œil, les cafés mortels. Il y a maintenant beaucoup plus de choses, je trouve, qu'avant. Et je trouve que c'est très bien. Mais c'est vrai que c'est un sujet qui reste toujours tabou. Et moi, je me rappelle, quand j'ai commencé à travailler au Pompidou, j'avais 25, 24, 25 ans. Et quand... On me posait la question, parce que souvent, quand on se rend compte que les gens qu'on ne connaît pas, « Tu fais quoi dans la vie ? » Alors ça, c'est la question qui tue. Parce que chaque fois, je fais croque-mort, je travaille au bon funèbre. Puis là, c'est des questions, Et c'est vrai que moi, j'adore parler de mon métier parce que je peux parler de la mort pendant des heures. Parce que pour moi, il n'y a pas de limite. C'est des discussions. Puis d'ailleurs, j'en parle tout le temps, très souvent. Même dans mes groupes d'amis, ça finit toujours par parler de la mort. Donc, pendant qu'ils me connaissent. il n'y a plus de tabou dans mon entourage mais c'est vrai que je peux remarquer que c'est quand même un sujet délicat et quand on est jeune J'ai aussi commencé à parler de ma propre mort quand j'avais 25 ans. Les gens, des fois, me regardaient. Pourquoi tu parles de ça, mon Dieu ? Ce n'est pas possible, tu es jeune. Oui, je suis jeune, mais je peux me faire écraser par une voiture en sortant. Je peux ramasser une palette sur la tête. Je ne sais pas. On peut faire un arrêt cardiaque. Tout peut arriver. Il n'y a pas d'âge. Tout le monde est touché. Et puis, je trouve vraiment que c'est important d'en parler. depuis que j'ai commencé à travailler au pont de funèbres, donc j'ai commencé à parler de la mort et je prépare mes proches à mon départ. Parce que c'est important d'en parler avec... Moi, je mets beaucoup d'humour aussi quand je parle de la mort, parce que voilà, je veux dire, pourquoi faire une chose sérieuse alors qu'on peut mettre de la légèreté là-dedans ? Et puis l'humour, franchement, c'est tellement drôle. Moi, je me rappelle, j'ai déjà parlé de la mort avec des gens qui sont morts aujourd'hui.
- Speaker #1
avec beaucoup d'humour,
- Speaker #3
franchement, le moment venu, c'est tellement mieux, c'est tellement plus léger. Alors oui, la tristesse, elle est là. Et c'est normal, je veux dire, oui, mais de mettre de l'humour là-dedans, franchement, c'est cadeau. C'est cadeau.
- Speaker #1
Et il y a des cultures dans le monde où quand quelqu'un décède, il y a une fête qui se fait, qui est plutôt joyeuse d'ailleurs, parce qu'on accompagne la personne aussi avec d'autres croyances peut-être, d'une autre vie après, etc. Donc il y a quand même des endroits dans le monde... le monde où les gens, pas dire qu'ils se réjouissent, mais en tout cas, ils célèbrent ce moment-là.
- Speaker #3
Mais oui, et c'est tellement important. Et heureusement que ça existe. Mais franchement. Et moi, j'aimerais tellement que ça vienne ici. J'aimerais beaucoup que ces fêtes au moment du décès, que ça devienne aussi une habitude. une culture chez nous, ça ne sera pas pour demain. Mais j'ai l'impression qu'on y travaille un petit peu et puis les mentalités changent et puis il y a quelque chose qui se passe. En tout cas, j'ai l'impression que je le constate. Après, mais... Voilà, il y a... Il y a des situations qui sont tragiques. Je comprends tout à fait, dans certaines situations, qu'on n'a pas envie de faire la fête. Si on perd un enfant, si on perd quelqu'un d'un accident. Je peux comprendre complètement les gens qui... On est assourdis, on est tristes. Et puis, je ne peux pas m'imaginer que ça ne m'est pas arrivé, mais je peux comprendre qu'on n'a juste pas envie de faire la fête et de voir des gens, d'être youpi-yupi, de raconter des conneries. Je peux comprendre. Mais après, je me dis, est-ce que c'est un état d'esprit est-ce que c'est une mentalité est-ce que peut-être que ces gens n'ont jamais parlé de la mort avec humour avant je sais pas et d'ailleurs suite à tout ça, suite à ce tabou et à ces gens qui ont peur de parler avec la mort j'ai mis en place des ateliers justement pour que les gens puissent venir voir comment ça se passe au pont funèbre moi j'explique notre métier qui est encore pas assez connu à mon goût on a toujours un peu cette image images du croque-mort un peu glauque, on n'a pas envie d'aller dans les locaux, parce que c'est horrible, on va mourir. Mais en fait, non. Et ces ateliers permettent justement de se familiariser avec notre métier, de voir aussi les possibilités qu'il y a autour de la mort, pour les cérémonies. J'explique tous les soins qu'on fait au corps. On a un mannequin, d'ailleurs, c'est juste là-derrière. Il y a des gens mannequins qu'on habite. J'explique les soins au corps, tout ça. Et c'est vrai que c'est désastreux. ateliers, je prends une dizaine de personnes qui sont tout le temps pleines. Parce qu'en fait, ça suscite de l'intérêt. Et ça fait quoi ? Déjà deux, trois ans que je fais ces ateliers, ils sont tout le temps pleins. Et j'ai l'impression que vraiment, il y a un mouvement. Je ne sais pas si c'est une mode autour de la mort, mais... c'est bien même si c'est une mode moi je prends parce que c'est génial de pouvoir en parler et suite à ça j'ai aussi je me suis aussi dit qu'il fallait absolument qu'on fasse un jeu pour justement parler de la mort entre amis en famille pour lancer le sujet avec avec promener tous ces tabous et ce jeu pour moi c'était une évidence je me suis dit il faut faire un jeu on l'a on a fait aussi un coffret pour donc que frère il ya tout un accompagnement pour les gens qui ont peur Pardon. Le coffret, c'est pour les gens qui ont peur de la mort, pour apprendre à l'apprivoiser. Et puis, le jeu, c'est plus... Moi, j'imaginais ça, en fait. Je me disais, il faut l'offrir pour me mettre sous le sapin de Noël pour jouer pendant les repas de famille à Noël. Je me suis dit, ça, c'est le cadeau à offrir. Et en fait, après, on l'a appelé le jeu de la mort qui tue. Et franchement, je pense qu'il va sortir prochainement. Là, on est en train de faire les dernières relectures des cartes. C'est un jeu de cartes avec plusieurs catégories. On peut jouer à plusieurs, tout seul, avec les enfants. Là, il y a une petite catégorie. Il n'y a pas beaucoup de cartes, mais une petite catégorie enfant à partir de 6 ans. C'est plein de réflexions. Il y a de l'humour. Franchement, moi, je l'achèterais. Franchement, pour soi-même, même à jouer tout seul, des réflexions, c'est pour aussi le but de ce jeu. C'est... de poser sur du papier qu'est-ce qu'on veut pour soi, pour ses funérailles, pour que la famille sache. Parce qu'il y a beaucoup trop de gens encore aujourd'hui, des familles que je reçois ici, qui ne savent pas, en fait, qu'est-ce qu'ils doivent choisir pour leur proche qui est décédé. Ah non, il ne voulait pas parler de la mort. Ah non, c'était trop compliqué. Mais je comprends, c'est clair que c'est un sujet qui n'est pas facile, surtout quand on est malade, ou surtout quand on est face à la maladie. À parler, enfin voilà, d'être face à quelqu'un qui est malade, souvent, on peut être maladroit, on ne sait pas, on a peur de choses, choisir des mauvais mots ou de dire des bêtises et puis que ce soit mal interprété. Moi, je pense qu'il faut simplement être soi-même parce que alors après, moi, je ne suis pas malade, mais je peux imaginer que les gens qui sont malades, ils ont besoin de parler. Ils ont besoin de se confier. Ils ont besoin de parler de la mort parce que c'est important. Et puis, d'être face à quelqu'un qui n'a pas envie d'en parler, oh, mon Dieu, mais ça doit être tellement frustrant. ça doit Ça doit être frustrant. Et on doit se sentir seul, je pense. Vraiment. D'ailleurs, j'ai entendu le témoignage de Lorraine. Mais franchement, mais... Il faut qu'elle vienne me voir. Il faut qu'elle vienne me parler. Je pense qu'on va avoir plein de trucs à se dire. Mais je pense vraiment que... qu'il faut parler de la mort. C'est tellement important et puis c'est tellement passionnant, surtout, de parler de la mort et puis de sa propre mort. Moi, je sais déjà quand je veux mourir. Je sais déjà quel jour. J'ai décidé que j'allais mourir en 22 mai. C'est le printemps, c'est le cocktail des senteurs, des fleurs. Il y a tout qui se réveille, la nature, tout qui sent bon et tout. En 22 mai, ça me parle. Alors, je n'ai pas encore choisi.
- Speaker #1
l'année mais ouais 22 mai ça me paraît pas mal mais après je trouve ça hyper inspirante se dire qu'on peut parler justement de ce sujet là avec un plus un grand sourire aux lèvres mais oui qui est je me rends compte que de parler de la mort moi
- Speaker #3
en tout cas ça m'aide aussi beaucoup pour moi pour ma mort et de préparer mes proches surtout parce que oui alors moi ça a été une angoisse de de perdre ma mère, perdre mes soeurs, donc j'en ai au fond, une angoisse en plus de perdre mon fils, ou de le laisser tout seul, comme je l'ai dit, toute seule. Je me dis, le jour où je vais mourir, il sera tout seul. Et c'est vrai que depuis toutes ces années, en fait, je prépare tout le monde à mon départ, si ça devait arriver avant eux. Je leur donne des outils et franchement, je pense que ça va le faire. Je pense que ça va être génial. Je pense que ma mort à moi, j'espère que je vais pouvoir la savourer. J'espère que ça ne sera pas brutal tout d'un coup, me faire shooter par un camion. Je pense que ce serait un petit peu déçu. J'espère quand même que je vais pouvoir savourer ma mort et me rendre compte de, je sais pas Ah bah tiens, je vais mourir, c'est maintenant.
- Speaker #1
Trop cool. Et de enfin savoir qu'est-ce qui se passe pour de vrai après. Oui, on a tellement de théories, on ne sait pas, bah là, on aura des réponses.
- Speaker #3
Mais oui, mais je sais que j'ai déjà des... J'ai quelqu'un qui m'attend. Je sais que j'ai quelqu'un qui m'attend, puis qui va... Je sais que... Enfin, après, voilà, c'est les croyances. Oui, oui, oui. Mais oui. Et puis... Et puis que... Pas tout de suite, hein. Mais oui, oui. Alors moi, j'ai vraiment absolument pas peur du tout de ce qu'il y a après. Vraiment pas. Du tout, du tout. D'ailleurs, je me réjouis de mourir. D'accord. Et quand je dis ça à ma maman, c'est vrai qu'elle se fâche. Elle se fâche. Oui, mais c'est vrai que je me réjouis de mourir. Alors je me réjouis de vivre. J'adore ma vie, elle est tellement géniale. Mais c'est vrai que je me réjouis tellement de mourir. Parce que pour moi, on est vivant, on est mort. Mais en fait, c'est juste qu'on ne voit pas. Il n'y a même pas de... La seule limite, c'est ce qu'on ne voit pas. Et pour moi, c'est vraiment limite touchée. Enfin bref.
- Speaker #1
C'est rigolo parce que j'avais vu une analogie un jour qui me reste bien en tête, parce que je trouve ça vraiment intéressant. C'était des jumeaux qui sont en fait dans le ventre de leur mère. On comprend qu'ils sont dans l'utérus. et qui se parlent, en fait, ils ont peur de sortir parce qu'ils ne savent pas ce qu'il y a de l'autre côté. Et finalement, de l'autre côté, on arrive dans les bras d'une maman aimante qui nous accompagne. J'ai adoré, moi, cette histoire parce que je me dis, finalement, on peut aussi voir la mort de cette manière-là. En fait, se dire, on ne sait pas ce qu'il y a de l'autre côté, ça peut être stressant, oui, mais finalement, ça peut être tout à fait magnifique aussi, ce qui nous attend.
- Speaker #3
Moi, j'en suis persuadée. Je trouve que la nature, elle est tellement parfaite. Tout l'isa, le cycle. tout est bien mis à sa place tout est bien orchestré et nous on fait partie de cette nature là on est la nature aussi et je me dis pourquoi nous ça irait pas je veux dire on meurt depuis la nuit des temps c'est comme les accouchements on accouche depuis la nuit des temps moi qui ai eu un enfant j'avais peur d'accoucher aussi ben voilà je l'ai fait quand même c'était pas l'accouchement que je rêvais mais voilà c'était un accouchement qui était un peu pénible Merci. comme des fois il y a des morts qui sont un peu pénibles. Oui, il y a des agonies. Oui, il y a des gens qui souffrent. Oui, il y a de la souffrance. Dans les accouchements, la même chose. Je pense que le corps, il a les ressources nécessaires pour vivre chaque étape de la vie. C'est mon opinion. Oui, je ne suis pas dans la souffrance. Oui, je ne suis pas malade. Blablabla. Mais oui, je pense vraiment qu'on a les ressources nécessaires. Et je pense qu'on a le don, tout le monde, de pouvoir changer les situations négatives en situations positives. Et c'est comme elle disait là, reine. Elle a tout compris. Et certains aussi. Et c'est vrai. Je pense qu'il y a du positif dans tout. Et puis même les situations tragiques, il y a du beau. J'ai pu vivre malheureusement un décès tragique, très tragique, où j'ai dû accompagner une famille. C'était vraiment très très tragique d'un jeune. Et dans cet accompagnement-là... Eh ben, j'étais... C'était il n'y a pas très longtemps. Et quand j'ai dû aller voir la famille, je ne savais pas qu'est-ce que j'allais leur dire. Franchement, quand ils m'ont appelée, je n'avais pas envie. Et quand je suis arrivée chez eux, ben en fait, j'ai tout le monde dans mes bras. j'ai rien dit, j'ai pris tout le monde dans mes bras parce que franchement il n'y avait rien à dire et j'étais dans mes petits souliers je ne savais pas quoi dire et puis j'ai juste été très j'avais l'impression d'être tellement formelle je n'ai pas aimé j'étais là, je ne savais pas quoi dire et c'est vrai que j'étais obligé de les de les deux ben voilà il ya des choses qu'on a organisé pour la suite et j'étais obligé de rentrer dans ce truc formel mais c'était pas moi quoi et il n'avait pas besoin de ça et je voyais qu'ils étaient complètement à côté de la plaque mais j'étais obligé de cadrer avec des formalités j'étais direct à l'essentiel et puis je n'ai pas embêté plus que ça n'était pas le moment mais dans cette situation après je suis Je suis repartie et j'ai été chercher. le corps et quand j'ai été chercher le corps en fait le lendemain j'ai été chercher le corps le lendemain du rendez vous et quand le matin je me suis réveillée pour aller chercher j'ai senti un truc tel ou beau et c'était comme s'il était content il savait que j'allais chercher puis et puis qu'en fait j'ai senti un soulagement enfin il ya quelqu'un qui est long cherché quoi et ça, ça m'a porté pour le reste, ça m'a porté pendant, je pense, deux semaines. J'ai surfé sur cette vague. Et franchement, ça m'a portée. Et j'ai senti tellement d'amour. Et d'amour, en fait. Tout simplement. Et je me dis que... Les parents, ils n'ont pas vécu la même chose, je pense. Ils sont encore en deuil maintenant. Mais c'est vrai que moi, personnellement, j'ai pu vivre ça. C'était vraiment magnifique pour moi. J'ai été touchée et très honorée de pouvoir compter avec vous. C'est cette personne, ce jeune-là, et ça m'a appris énormément.
- Speaker #1
Ce sont de belles histoires qui réconcilient un petit peu avec toutes ces discussions qui sont parfois douloureuses, se dire qu'il peut se passer de belles choses. Et là aussi, cette aventure de l'humisation qui fait aussi son bout de chemin avec cette nature qu'on retrouve, c'est aussi une belle boucle que tu nous as offerte aujourd'hui en tout cas.
- Speaker #3
Mais oui, et puis je pense que l'humisation, ça rassure beaucoup de monde. En tout cas, je l'entends souvent. Ah, mais là, avec l'humilisation, moi, j'aurais moins peur de mourir. Et ça, c'est vrai que je l'entends souvent.
- Speaker #1
Bon, ben alors, on vous rappelle que c'est une solution. Humilisation.ch, vous avez donc le lien de ce site dans la description de l'épisode, pour avoir plus d'infos, bien sûr. Aujourd'hui, Sarah, si tu devais laisser juste un message à une auditrice qui nous écoute et qui a peur de la mort, peur de mourir, peur d'en parler, qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Speaker #3
d'acheter le coffret ou alors d'acheter le jeu mais avant tout je pense que je lui dirais qu'elle peut me contacter parce que voilà j'ai toujours des belles histoires à raconter et c'est des histoires vraies enfin je veux dire ça j'ai vécu c'est pas que je fabule mais moi j'en parle vraiment très volontiers et vraiment mais s'il y a quelque chose si je peux passer un message mais ça sert à rien à rien d'avoir peur. Parce qu'en fait, avoir peur de la mort, de toute façon, on va mourir. Donc pourquoi en avoir peur ? Il faut juste lâcher prise. Et puis, c'est facile à dire, mais oui, il y a tout un travail. qu'on peut faire autour de la mort et si je peux apporter quelque chose ou des outils à quelqu'un qui a peur de la mort mais ça va être un immense plaisir parce que c'est avoir peur de la mort j'ai l'impression que c'est se gâcher la vie parce que c'est comme si on avait l'épée toujours planté dans le dos on sait qu'on va mourir ben oui on va mourir c'est clair comme une évidence mais oui Oui, il vaut mieux apprendre à prévoter la mort et puis de... plus en avoir peur que de vivre dans la peur et puis de se pourrir la vie quoi. Alors je dis pas que... Moi, je suis au clair avec la mort, mais oui, il y a toujours... J'aurais toujours une petite part de questions, de craintes. Oui, évidemment, je pense, quoi. Je pense que peut-être que tout le monde, je ne sais pas. Mais voilà, c'est vraiment... J'ai plus peur, en fait, que les autres soient tristes. C'est ça, mon problème. Ouais, c'est ça. Si j'étais toute seule, puis que je n'aurais pas d'enfants, pas de famille, puis qu'ils sont tous morts avant, on va en bonne nuit, quoi. C'est vrai, c'est la séparation qui peut faire peur. Et ça, je pense que c'est chez beaucoup de monde. On confond souvent. La peur de la mort, c'est quoi ? C'est souvent lié, la séparation.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour tout ça, Sarah. Et puis, au plaisir de te retrouver bientôt.
- Speaker #3
Mais avec grand plaisir.
- Speaker #1
Un immense merci à Lorraine pour la confiance et la sincérité avec lesquelles elle nous a livré son histoire. Merci aussi à Sarah Jolia pour avoir éclairé nos zones d'ombre avec autant de douceur, d'humanité et d'humour, c'est si important. Et si vous ne retenez qu'une chose de cet épisode, j'espère que c'est celui-ci, que parler de la mort, ça ne la rend pas plus proche, ça la rend juste un peu moins effrayante. Et puis vous avez le droit d'en parler, quel que soit votre âge, quel que soit votre histoire, quelles que soient vos croyances. Si ce sujet vous touche personnellement, parce que vous ou une personne que vous aimez traverser une maladie grave, un deuil ou simplement une... peur diffuse de la mort, sachez qu'il existe des ressources, notamment le jeu créé par Sarah, les ateliers aussi qu'elle propose, cette fameuse association Humusation Suisse. Je vous mets tous les liens dans la description de cet épisode, histoire que vous retrouviez toutes ces ressources, bien sûr. Et si cet épisode a réveillé quelque chose en vous, n'hésitez pas à en parler à un proche ou à consulter un professionnel. Ce sont des sujets qu'on ne devrait jamais porter seul. Et comme toujours, bien sûr, si vous avez envie de partager votre propre témoignage, ou votre expertise professionnelle sur un sujet qui vous tient à cœur, il vous suffit de m'écrire un mail à l'adresse parole@malyce.ch, mail que vous retrouvez aussi dans la description. Bien sûr, c'est grâce à votre parole que ce podcast existe. Merci de nous avoir écoutés, merci d'avoir été là. Prenez soin de vous et on se retrouve très vite. pour un nouvel épisode de La Voie des Femmes.
- Speaker #0
La Voie des Femmes. La Voie des Femmes. Un podcast à écouter quand vous en avez besoin.