- Speaker #0
La voix des femmes Quand les silences prennent enfin la parole Musique
- Speaker #1
Je suis Cindy Heiniger, journaliste. La Voie des Femmes, c'est un podcast fait par des femmes, pour des femmes. Pas un podcast de plus sur la femme moderne. Pas un guide en dix étapes vers le bonheur. Un espace vrai où l'on parle enfin de ce qu'on tait depuis trop longtemps.
- Speaker #2
Bienvenue dans La Voie des Femmes.
- Speaker #0
La Voie des Femmes, un podcast malyce.ch
- Speaker #1
Bonjour et sois là, bienvenue dans ce nouvel épisode de La Voie des Femmes. Dans les deux épisodes précédents, on avait parlé de violences conjugales et d'emprise psychologique, des sujets qui font mal, qui résonnent. Et je sais d'ailleurs que certains d'entre vous ont écouté ces épisodes avec quelque chose de très personnel dans le cœur. J'ai reçu plusieurs messages de votre part. Vous m'avez dit que vous avez été très touchée par le sujet, que ça vous a fait pleurer, que vous n'avez pas pu écouter l'épisode en une seule fois tellement l'émotion prenait le dessus. Donc évidemment, je suis très touchée de tous ces retours. Le but de ce podcast, c'est vraiment de mettre des mots sur des situations en espérant pouvoir t'aider, toi, qui es encore dans un moment de vie compliqué, te montrer qu'il existe des solutions, qu'il y a des femmes qui s'en sont sorties et que toi aussi, tu peux t'en sortir. Aujourd'hui, j'avais envie de te proposer un épisode un petit peu spécial. Il n'y aura pas de témoignages, mais je rebondis justement sur les deux épisodes précédents. Si tu ne les as pas encore écoutés, je t'invite vraiment à découvrir les témoignages de Stéphanie et de Gaëlle. De femmes incroyables, très fortes, qui ont réussi à se sortir de situations très compliquées. Depuis le 1er mai 2026, il y a un nouveau numéro de téléphone que vous pouvez appeler spécialement pour les situations de violence. C'est le 142. Dans cet épisode, on va donc découvrir quelles sont les prestations que le 142 offre. Alors installe-toi et écoute bien parce que ce numéro mérite qu'on s'en souvienne. Imagine, il est 2h du matin, t'as peur. Tu ne veux pas appeler la police, c'est trop officiel, trop définitif et tu ne sais pas vers qui te tourner. Et comme je te l'ai dit, depuis le 1er mai, en Suisse, il y a un numéro à composer, le 142. Une ligne dédiée aux victimes de violences domestiques. C'est anonyme, gratuit, c'est ouvert 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Un numéro qui aurait pu exister plus tôt. Le projet a quand même mis 15 ans à aboutir. Pour en parler, j'ai le plaisir d'accueillir Martine Lachat-Clerc, la directrice de Solidarité Femmes Fribourg Centre LAVI. pour nous expliquer ce que ce numéro change concrètement pour les victimes. Bonjour Martine.
- Speaker #2
Bonjour Cindy.
- Speaker #1
Ce numéro, il est en gestation depuis 15 ans, il a été reporté plusieurs fois, et depuis le 1er mai, il est enfin actif.
- Speaker #2
Oui, on est enchanté, c'était un projet qu'on attendait depuis longtemps, parce qu'on est sûr qu'il va faciliter l'accès aux aides, aux services d'aide et de soutien aux personnes concernées.
- Speaker #1
Le canton de Zurich testait déjà un dispositif similaire depuis 6 mois, et Il y a eu 1100 appels reçus, dont 10% environ qui représentaient des situations dangereuses. Qu'est-ce que vous avez appris de ce projet pilote ?
- Speaker #2
Alors que c'est une offre qui est nécessaire, utile, parce que sans faire beaucoup finalement de publicité, il y a eu de nombreux appels. Et puis, c'est des appels qui sont vraiment justes et bien orientés. Donc, c'est plutôt réjouissant de se dire que l'offre, proposé répond à un besoin.
- Speaker #1
Pour quelqu'un qui compose le numéro 142, qu'est-ce qui va se passer concrètement ? Qui est-ce qui décroche et comment est-ce qu'on va pouvoir l'aider ?
- Speaker #2
En Suisse, on a organisé de la manière suivante, de jour, de 8h à 18h, les jours ouvrables, c'est les intervenants des centres d'aide aux victimes de chaque canton qui répondent au téléphone. Et la nuit, en Suisse romande, on s'est mis ensemble, les six cantons, pour proposer une offre unifiée. Donc c'est quand même des personnes formées. dans l'aide aux victimes et qui ont aussi différentes formations complémentaires. Et ces personnes vont pouvoir d'abord recevoir l'appel, stabiliser la personne, voir quelle est sa demande et puis, au besoin, agir selon la situation. Donc, on a trois niveaux d'intervention. Le premier, ce serait de l'orientation et de l'information. Si la personne cherche simplement des conseils. Le deuxième, c'est vraiment une brève consultation, une écoute active pour pouvoir aussi montrer à la personne qu'elle a appelé au bon endroit, lui proposer différentes prestations, services et l'orienter finalement. Et la troisième, c'est d'agir directement si la personne est dans une situation de crise au moment même où elle appelle.
- Speaker #1
Et comment est-ce que vous agissez dans ces cas-là ?
- Speaker #2
Alors on est connecté avec différents partenaires dans chaque canton. Et puis par exemple, on peut imaginer une femme victime de violences domestiques qui aurait besoin d'un hébergement. Donc on va transférer son appel directement à la maison d'accueil avec laquelle on collabore pour qu'elle puisse organiser l'hébergement en urgence. Ou alors si c'est d'autres besoins, des personnes qui ne seraient peut-être pas juste au 142, qui auraient besoin de... de soutien immédiat, on va tout de suite les orienter vers la police, le 117, ou vers les urgences, le 144.
- Speaker #1
Et d'ailleurs, la ligne garantit l'anonymat et vous orientez sans forcément passer. Ce n'est pas vous qui allez passer par la police, c'est la personne qui va faire le choix ou non d'appeler. Pourquoi est-ce que c'est un point si crucial pour les victimes de savoir qu'il y a cette aide anonymat qui est respectée ?
- Speaker #2
Alors, les victimes, très souvent, ont ce besoin de demander conseil, d'être soutenues, et puis elles veulent... pas entamer des démarches tout de suite. Donc pour elles, c'est bien de savoir qu'elles ont un numéro où elles vont pouvoir recevoir de l'information et puis peut-être pouvoir réfléchir encore un petit peu à ce qui est bien pour elles pour ensuite faire des démarches. Donc ça, c'est vraiment aussi demandé par la Convention d'Istanbul d'avoir une ligne ouverte 24h sur 24, anonyme et gratuite aussi.
- Speaker #1
Ça, c'est un point très très important. Et c'est vrai qu'on en a parlé dans les épisodes précédents, justement, le fait qu'un départ d'un domicile violent se prépare, surtout quand il y a des enfants. Donc là, l'idée, c'est aussi d'accompagner les personnes dans ce départ en sachant exactement quelles sont les dispositions qu'elles doivent prendre.
- Speaker #2
Exactement. Avant, il y avait déjà les maisons d'accueil qui offraient ce service. Là, ça va être encore plus facile parce que c'est un numéro à trois chiffres qui va être aussi diffusé largement. Donc on va pouvoir donner les premiers conseils, on va pouvoir mettre peut-être la personne en contact avec une maison d'accueil, un hébergement d'urgence, et puis soit ça va être organisé immédiatement si c'est le besoin, ou alors ça pourra être préparé avec des conseils appropriés à la situation.
- Speaker #1
Malheureusement, les chiffres des violences domestiques font froid dans le dos. En 2025, il y a eu 34 décès, soit 30% de plus qu'en 2024, en une année, donc c'est énorme. Face à ces chiffres, est-ce que vous pensez qu'un numéro de téléphone pourra suffire pour en tout cas améliorer la situation ?
- Speaker #2
Alors oui, il faut un seul numéro, c'est justement le but. C'est que ce soit un numéro largement diffusé, facile à retenir. Par contre, c'est vrai que pour l'instant, on a engagé du personnel pour répondre 24 heures sur 24, mais il y a une seule personne qui répond à la fois. La nuit, dans la première tranche horaire le soir, il y aura deux personnes déjà. Donc de 18h à 22h, parce que c'est là qu'on s'attend à ce qu'il y ait un peu plus d'appels. Donc à ce moment-là, elles seront deux. Mais c'est sûr que s'il y a beaucoup plus d'appels, l'idée, ça serait de renforcer aussi le personnel pour qu'il y ait plusieurs lignes ouvertes en même temps, mais toujours au même numéro par contre.
- Speaker #1
Une victime qui est sous emprise psychologique, elle n'a pas souvent conscience non plus d'être en danger. Vos équipes, elles sont aussi formées pour identifier ce genre de violence-là ?
- Speaker #2
Oui. Justement, c'est le but de donner des conseils, des indications, de dire à ces personnes qu'elles ont bien fait d'appeler, qu'elles sont au bon numéro, de pouvoir aussi leur donner des informations sur les dispositifs d'aide dans leur canton pour qu'elles puissent aussi se rendre à un centre d'aide aux victimes ou alors dans des offres pour les victimes de violences domestiques, justement.
- Speaker #1
Par contre, on le sait, quand une personne vit dans un domicile où il y a de la violence et de l'emprise, souvent l'agresseur contrôle les moindres faits et gestes de la personne. Comment est-ce qu'on pourrait dire à une femme, appelez, vous ne risquez rien, même si votre téléphone est surveillé, il y a un moyen de se protéger ?
- Speaker #2
Il n'y aura pas de trace justement dans la facturation des appels. Alors l'appel est de toute façon gratuit, mais il n'y aura pas de trace que la personne aura appelé le 142 sur les documents qui seront... reçues à la maison par exemple en lien avec un contrat de téléphone après on va conseiller aux victimes bien sûr de d'effacer le dernier appel et puis il faudrait qu'elles appellent si elles appellent depuis leur portable qu'elles appellent en dehors de chez elles au moment où l'agresseur n'est pas à domicile mais il y a tout un système justement pour effacer les traces des appels et puis comme je vous le disais il n'y a pas de traces sur la facturation Merci.
- Speaker #1
En Suisse, il existe également le 143 depuis plusieurs dizaines d'années. Ça, c'est la main tendue. C'est une ligne d'écoute un peu plus généraliste. Mais pourquoi créer alors ce 142 ? Qu'est-ce qui va apporter de plus que le 143 ?
- Speaker #2
Alors le 142 est vraiment spécialisé pour les personnes victimes de violences. Et puis ça c'est aussi le but maintenant de ces prochains mois, de faire vraiment connaître la mission de ce 142, les objectifs, et puis d'orienter juste les personnes. Donc le 142 n'est pas une ligne d'écoute pour des aides au sens plus large. C'est vraiment une ligne qui est là pour les victimes de violences. et qui pourra les conseiller très concrètement en lien avec la situation de violence qu'elles ont vécue, que ce soit de la violence domestique ou que ce soit une autre forme de violence. On est aussi en lien avec les partenaires du réseau qui sont compétents dans ces prises en charge et puis c'est de pouvoir donner vraiment une information professionnelle de qualité sur ces questions-là. C'est possible qu'on oriente des personnes vers le 143. Si elles appellent le 142 pour d'autres sujets, si elles ont un besoin d'écoute plus long, on va aussi leur dire qu'elles seront mieux écoutées et plus longuement écoutées au 143.
- Speaker #1
Donc il y a vraiment chaque numéro à sa propre utilité ?
- Speaker #2
Chaque numéro à sa propre utilité. Le 142 est vraiment un numéro plutôt pour les situations de crise. Donc les centres, la vie, restent compétents pour avoir des conseils ou un entretien, une consultation. pour pouvoir avoir un suivi, un accompagnement. D'ailleurs, le 142 va orienter vers les centres la vie si la personne veut avoir une prestation plus longue. Le 142 est plutôt là pour répondre à une situation de crise. Si la personne n'a pas d'autres moments dans la journée pour appeler, justement parce qu'elle est contrôlée ou surveillée, le 142 ne va pas remplacer les centres d'aide aux victimes ou les autres offres qui existent déjà dans le dispositif.
- Speaker #1
Et quel est le message principal que vous aimeriez faire passer aux personnes qui nous écoutent et qui auraient encore des hésitations à téléphoner ?
- Speaker #2
Le 142 est un numéro facile d'accès, gratuit, confidentiel. Il ne faut pas hésiter si on est concerné directement ou si une personne de notre entourage est concernée par une situation de violence. Il ne faut pas hésiter à nous contacter pour demander des conseils, du soutien, pour pouvoir... trouver des premières pistes de solutions et se sortir de ces situations.
- Speaker #1
Et on le rappelle, ce n'est pas un numéro d'urgence, mais vous serez là vraiment pour aider dans les cas où les personnes ont besoin. C'est aussi important de ce que vous dites, de pouvoir appeler si on est à côté d'une personne victime de violence. Parce que souvent, si on est témoin d'une situation de violence, que ce soit dans notre voisinage ou dans notre famille, on ne sait pas toujours comment réagir, quoi faire et comment aider la personne.
- Speaker #2
Exactement, le 142 est une première porte d'entrée, des premiers conseils, des premières pistes de solutions, mais surtout une orientation vers les services compétents. Et la personne pourra toujours décider ensuite si elle veut faire le pas de contacter ces services compétents. C'est toujours la personne, la ligne 142 en fait est une non interventionniste, on ne veut pas agir à la place de la personne, on veut lui donner toutes les informations. possible pour qu'elle puisse ensuite agir selon ce qui est bien pour elle et au moment où elle trouvera que c'est opportun.
- Speaker #1
Un numéro nécessaire que je vous invite à retenir, le 142. Martine Lachacler, je le rappelle, vous êtes la directrice de Solidarité Femmes Fribourg Centre-la-Vie. Merci beaucoup pour vos éclairages aujourd'hui.
- Speaker #2
Merci beaucoup à vous et c'est très important de faire connaître ce numéro. On est enchanté d'avoir pu réaliser ce podcast avec vous.
- Speaker #1
Partagez-le à quelqu'un qui pourrait en avoir besoin parce qu'on ne sait jamais quand une information comme celle-là peut faire toute la différence. Merci encore à Martine Lacha-Clerc pour sa disponibilité, sa clarté et la douceur avec laquelle elle parle de sujets qui ne sont jamais simples. Et merci à toi d'être là chaque épisode, d'écouter, de faire partie de cette conversation qui est importante, même indispensable j'ai envie de dire. Dans le prochain épisode, on parlera de burn-out avec Pascale, qui a vécu un burn-out professionnel et personnel à la fois. Un témoignage, encore une fois, très touchant, que je t'invite à découvrir dans deux semaines. Et puis, je te rappelle également que si toi aussi, tu as envie de témoigner de ton histoire, pour pouvoir aider d'autres femmes peut-être à passer le cap que toi, tu as réussi à passer, n'hésite pas à me contacter. Parole atmalis.ch, le lien vers cette adresse mail est dans la description de cet épisode. Prends bien soin de toi et à bientôt !