- Speaker #0
Dans votre analyse, vous expliquez également que cette crise peut accélérer certains investissements industriels européens. Est-ce que l'énergie devient désormais un sujet de souveraineté économique autant qu'un sujet climatique ? De nombreuses semaines, le point le plus surveillé de l'économie mondiale, car derrière les affrontements au Moyen-Orient, une autre question inquiète, celle de l'énergie. Hausse potentielle du pétrole, pression sur le gaz naturel, tension sur les routes maritimes. inflation importée, réaction des banques centrales, les conséquences sont nombreuses. Et cette crise intervient au même moment où les marchés espéraient retrouver davantage de visibilité sur les taux d'intérêt et sur la croissance mondiale. Alors assistons-nous à une simple séquence de volatilité ou à un changement plus profond. Pour en parler, je reçois aujourd'hui Cyril Gautron de la Banque Transatlantique et Baptiste Langde de Dubli Transatlantique Gestion. Bienvenue dans la Voix de la Gestion de Fortune, un podcast de la Banque Transatlantique. Et bonjour messieurs.
- Speaker #1
Bonjour Marc-Antoine. Bonjour Marc-Antoine.
- Speaker #0
Alors avant de commencer un message important, les informations partagées dans ce podcast sont fournies à titre strictement informatif. Elles ne constituent en aucun cas une recommandation d'investissement, une incitation à acheter ou vendre un instrument financier ni un conseil personnalisé. Chaque investisseur doit se référer à sa situation propre, à ses objectifs et à sa tolérance aux risques. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Alors entrons directement dans le vif du sujet. On va parler beaucoup d'énergie, messieurs. Finalement, pourquoi l'énergie, c'est si important quand on regarde les marchés, Cyril, peut-être ?
- Speaker #1
Alors effectivement, c'est un sujet qui est extrêmement important puisque derrière l'énergie, on a toutes les conséquences aussi indirectes qui vont se répercuter du fait de l'augmentation des prix du pétrole ou du gaz. Je pense notamment aux politiques des banques centrales. Donc ça va influencer la trajectoire des taux directeurs. Donc si on est sur un choc, ce sera plutôt une trajectoire haussière. Et bien évidemment, tous ces chocs d'offres sur le marché de l'énergie notamment, cela vient créer des mouvements de volatilité et donc sur les taux aussi, créer une prime de terme qui vient s'accentuer et donc augmenter les taux d'intérêt demandés par les investisseurs.
- Speaker #0
Et cela Baptiste, évidemment, c'est important. pour nos clients investisseurs.
- Speaker #1
Tout à fait, parce que cette volatilité, elle est omniprésente également sur les marchés d'action.
- Speaker #2
Elle va aller impacter toute la partie du transport, du fret, et donc impacter par la même plusieurs grands secteurs sur lesquels nous investissons et sur lesquels les marchés privilégient certaines valeurs de croissance et de qualité.
- Speaker #0
Et alors Baptiste, lorsque l'on regarde une carte, le détroit d'Hormuz, qui est vraiment, on va dire, le point central justement autour de cette question de l'énergie, paraît finalement presque minuscule. Pourtant, les marchés réagissent immédiatement dès qu'il est menacé. Est-ce que le risque est parfois surestimé ou est-ce qu'il reste fondamentalement stratégique ?
- Speaker #2
C'est un risque qui reste très concret. En effet, une part majeure du pétrole mondial transite par le détroit d'Hormuz. On parle de 17 à 20 millions de paris par jour, c'est-à-dire 20% du trafic pétrolier mondial. Il faut garder en tête que l'Europe reste fortement dépendante des importations énergétiques. Et donc dès lors, si Hormuz est perturbé, le pétrole monte, mais également le gaz et notamment le gaz naturel.
- Speaker #0
Alors justement, le gaz. Beaucoup pensaient que l'Europe avait réduit sa dépendance énergétique après la crise russe. Est-ce que cette dépendance a simplement été déplacée vers les routes maritimes ?
- Speaker #2
Tout à fait. C'est-à-dire qu'avant la guerre avec l'Ukraine, nous avions quand même une dépendance assez forte sur le reste du gaz. Aujourd'hui, le gaz importé, c'est plus de 85% pour l'Europe et le Qatar sur ce mix représente quand même 12 à 15%. Donc, nous avons accru notre dépendance à la sécurité maritime et donc notre sensibilité à de fortes tensions géopolitiques, notamment sur la partie du Golfe.
- Speaker #0
Alors finalement, cette crise rappelle surtout que la mondialisation énergétique reste finalement extrêmement fragile.
- Speaker #2
Tout à fait. Les chaînes énergétiques demeurent avant tout mondiales et les infrastructures et les flux restent vulnérables malgré tout.
- Speaker #0
Alors derrière les flux énergétiques, c'est évidemment toute la question de l'inflation et des taux qui revient immédiatement dans le débat économique. Alors justement, je me tourne vers vous Cyril Gautron. Les marchés anticipaient depuis plusieurs mois un mouvement de baisse des taux attendus aux Etats-Unis. Est-ce qu'un choc énergétique durable peut rabattre les cartes ?
- Speaker #1
Alors effectivement, après conflit, les marchés anticipaient deux baisses de taux aux Etats-Unis pour l'année 2026. Bien évidemment, le conflit a amené les investisseurs à réviser cette trajectoire de taux, ce qui a abouti aujourd'hui à une révision à zéro baisse de taux pour l'année 2026 et potentiellement le mouvement de baisse de taux pourra reprendre en 2027. C'est bien évidemment lié aux pressions inflationnistes sur l'énergie qui se mesurent via différents indices avec les enquêtes PMI qui se reflètent sur les prix des entrants des entreprises. Tout l'enjeu pour les banques centrales, c'est bien évidemment d'éviter tous des ancrages, des anticipations d'inflation. Et donc, typiquement pour ce faire, la banque centrale européenne, alors qu'il y a des taux directeurs en absolu moindres par rapport aux Etats-Unis, 2%, devrait probablement augmenter ses taux d'intérêt directeur lors de sa réunion de juin pour venir assurer sa crédibilité dans la lutte contre l'inflation. Mais bien évidemment, on a une certaine prudence à avoir. Les semaines passant, le choc inflationniste s'accentue. Et bien évidemment, dans le cadre d'un scénario beaucoup plus pessimiste, les banques centrales devront réagir plus amplement dans la lutte contre l'inflation.
- Speaker #0
Mais alors Cyril, si les banques centrales retardent leur baisse de taux à cause du pétrole, est-ce que ça ne risque pas de fragilité davantage finalement l'économie et les entreprises ?
- Speaker #1
Non, pas réellement aux États-Unis, puisque même si les baisses de taux qui étaient initialement prévues n'adviennent pas, nous restons sur des taux d'intérêt directeur aux États-Unis qui restent proches de la neutralité. On a quand même eu déjà une détente des taux depuis le point haut que l'on a pu connaître il y a quelques temps. La question se pose davantage si nous avons un mouvement haussier effectivement assez important, comme on a pu le connaître suite à la guerre en Ukraine en 2022. Mais à ce stade, ce n'est pas notre scénario, puisque nous ne sommes pas dans un scénario similaire à celui de 2022. Donc finalement, on aurait un impact assez limité des taux sur la croissance des économies développées, et pas de récession, en tout cas anticipée à ce niveau, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis.
- Speaker #0
Certains économistes expliquent aujourd'hui que les banques centrales doivent presque... se hâter de ne rien faire. Est-ce que cette prudence, finalement, est la meilleure option ?
- Speaker #1
Alors, effectivement, les banques centrales n'ont pas d'intérêt à agir dans la précipitation. Elles doivent évaluer avec le plus de certitude possible l'impact possible sur l'économie, sur l'économie réelle avant de prendre toute décision. Bien évidemment, derrière, les discours des banquiers centraux sont scrutés de près. par les investisseurs pour essayer d'évaluer les signaux de trajectoire qui peuvent être pris. Et bien évidemment aussi derrière on a des impacts qui se matérialisent de façon différente en fonction des zones géographiques. Un peu plus franchement dans les économies asiatiques qui sont fortement dépendantes des exportations des pays du Golfe et en revanche beaucoup moins notamment aux Etats-Unis ou encore en Amérique latine qui est exportateur net d'énergie. qui, au contraire, bénéficient dans sa balance commerciale de la hausse du prix des matières premières énergétiques.
- Speaker #0
Baptiste Langle, Cyril décrit finalement un scénario où les banques centrales temporisent. Mais est-ce que les marchés ne sous-estiment pas, malgré tout, les conséquences durables d'un pétrole élevé ?
- Speaker #2
Alors, il faut savoir que les marchés, parfois, regardent un petit peu trop court terme. Et notamment, en ce moment, on manque cruellement de visibilité. Certaines tensions énergétiques mènent plusieurs années à se résorber. Aujourd'hui en zone euro, quand on parle d'inflation notamment, elle était retombée à 2,2% en janvier, remontée à partir de mars au-delà des 3%. Aujourd'hui on parle de 3,4 à 3,6% pour la fin du deuxième trimestre. Les prix des carburants en face ont progressé de 15 à 20%, ce qui impacte également... toute la partie logistique, qui, elle, a augmenté de 8 à 12 %. Donc, oui, tout à fait. Aujourd'hui, on parle d'à peu près un trimestre. Si demain, la guerre en Iran, le conflit iranien, pardon, venait à se résorber, il s'apprendrait un trimestre pour se résorber complètement et revenir sur ne serait-ce qu'un semblant de production normale. Donc, en effet, les choses prennent du temps à se reconstruire. Cependant, par ailleurs, les marchés anticipent énormément. Aujourd'hui, on price d'ores et déjà. cette sortie de crise.
- Speaker #0
Et puis cette crise révèle aussi autre chose. Derrière l'énergie, c'est aussi une bataille industrielle qui réapparaît.
- Speaker #2
L'Europe va avoir besoin de réindustrialisation. Les besoins d'investissement, si on en suit le rapport Draghi, sont de 5% du PIB européen. Et au-delà de la sécurisation de ces infrastructures, nous allons avoir un besoin massif en termes d'électrification, à savoir une augmentation du besoin en électricité d'à peu près 30 à 50% d'ici 2050, et toujours ce d'après ce même rapport. Donc dès lors... on estime que c'est à peu près 650 à 800 milliards d'euros par an qui seront nécessaires pour développer l'électricité en Europe en supplément.
- Speaker #0
Dans votre analyse, vous expliquez également que cette crise peut accélérer certains investissements industriels européens. Est-ce que l'énergie devient désormais un sujet de souveraineté économique autant qu'un sujet climatique ?
- Speaker #2
Demain, l'énergie sera un axe clé dans la souveraineté européenne globale. Pourquoi ? On a une importance notamment des réseaux électriques, et c'est dans ce cadre-là que nous avons des leaders européens, que ce soit dans la production d'énergie, production d'électricité principalement, mais également dans son transport ou encore dans son automatisation. Et le développement du transport à haute tension va améliorer encore toute cette capacité à produire de l'énergie. mais qui nécessite des investissements massifs pour le futur.
- Speaker #0
Alors finalement, le sujet des prochaines années, ce n'est peut-être plus seulement produire de l'énergie, mais réussir à transporter l'électricité efficacement.
- Speaker #2
Tout à fait. Et l'intérêt de cela, c'est que dans le cadre de cette souveraineté européenne, et notamment de cette souveraineté énergétique européenne, nous avons plusieurs leaders en Europe, que ce soit dans la production d'énergie. On le voit notamment dans le mix énergétique de sociétés comme Total Energy, par exemple, ou encore Iberdrola, comme dans le transport et l'automatisation de cette électricité. Je pense notamment à Schneider Electric. Demain, un data center n'aura même plus besoin de lumière, étant donné que tout sera automatisé. Donc, dès lors, nous, dans le cadre de la gestion et dans le cadre des marchés financiers, c'est bien sûr... des secteurs que l'on regarde sur le long terme comme une tendance de fond.
- Speaker #0
Alors Cyril, lorsque Baptiste parle de souveraineté énergétique et industrielle, est-ce que les marchés ont encore cette capacité à regarder aussi loin ?
- Speaker #1
Alors effectivement Marc-Antoine, globalement les marchés sont très tournés sur le court terme. En revanche, les sujets de transition énergétique, d'industrialisation, ne sont plus des sujets des demains, mais sont bel et bien des sujets d'aujourd'hui, et dont l'Europe souffre de sa dépendance. On ne parle plus d'une tendance qui commencerait à se matérialiser dans plusieurs années, mais d'un train qui est déjà en marche. On regarde par exemple au Royaume-Uni, dans le mix énergétique, les énergies fossiles, donc pétrole, charbon, sont passées de 56% en 2016 à seulement 32% en 2024, quand l'éolien, lui, a progressé de 6% à 28% sur cette même période. Donc on voit que l'on a déjà une tendance qui se matérialise. matérialise et qui s'accentue.
- Speaker #0
Alors dans ce type d'environnement très complexe, très difficile, quelle est la principale erreur finalement à éviter pour un investisseur ?
- Speaker #1
Alors la principale erreur serait de réagir sur le coût de l'émotion bien évidemment. On se focalise sur le marché des actions. Lorsqu'on investit en actions, on investit sur le long terme et est prêt à accepter ces mouvements de volatilité à court terme. Plus l'horizon de temps est important, plus la probabilité d'avoir une performance positive est élevée également. Donc on a bien évidemment une importance à venir diversifier les placements, les stratégies d'investissement pour venir...
- Speaker #0
J'imagine Baptiste que ce sont beaucoup de questions de vos clients justement sur comment réagir.
- Speaker #2
Tout à fait et dans le cadre justement d'une gestion en action comme le disait si bien Cyril. L'important, c'est avant tout de reprendre les fondamentaux de ces sociétés et de vérifier à l'intérieur des comptes de trésorerie si les excédents nets de trésorerie restent malgré tout en croissance pour désigner des sociétés de qualité et donc des lords qui ont des cash flows qui peuvent être intéressants sur le long terme pour pouvoir réinvestir.
- Speaker #0
Cette crise, en tout cas, rappelle que l'énergie reste vraiment au cœur des équilibres économiques mondiaux. Et puis, avant de terminer, message important. Les informations partagées, évidemment, dans ce podcast sont fournies à titre strictement informatif. Elles ne constituent en aucun cas une recommandation d'investissement. Merci, Cyril Gautron. Merci, Baptiste Langle.
- Speaker #1
Merci, Marc-Antoine. Merci, bonne journée.
- Speaker #0
Et merci à tous pour... Et merci à tous pour votre écoute. On se retrouve très bientôt pour La Voix de la Gestion de Fortune, un podcast de la Banque Transatlantique.