- Speaker #0
La guerre au Moyen-Orient nous rappelle avec une intensité rare que la géopolitique demeure le véritable métronome des marchés financiers. Alors que nous enregistrons cet épisode aujourd'hui, mercredi 8 avril 2026, les bourses européennes réagissent avec une grande vivacité. Le CAC 40 bondit suite à l'annonce par Donald Trump d'un cessez-le-feu entre les Etats-Unis, l'Israël et l'Iran. Aux conclusions hâtives, cette rêve n'est annoncée que pour une durée de 15 jours. 15 jours de répit qui laissent une question de fonds en suspens. Que se passera-t-il ensuite ? Si le marché achète l'espoir d'une accalmie, l'enjeu majeur pour l'investisseur reste la situation du détroit d'Hormuz. Car au-delà des déclarations diplomatiques, c'est la libre circulation dans ce point de passage névralgique que dicte la réalité des prix de l'énergie et par extension la santé de notre économie. Comprendre ce qui joue derrière ce cessez-le-feu. temporaire, c'est là que se situe notre rôle d'accompagnement. Bienvenue dans la voie de la Géson de Fortune, un podcast de la Banque Transatlantique. Et pour évoquer ce sujet, je reçois tout d'abord Pierre Carpentier, directeur de la Géson chez Dubli Transatlantique. Géson, bonjour Pierre.
- Speaker #1
Bonjour Marc-Antoine.
- Speaker #0
Et également Jean-Patrick Mousset, directeur de l'advisory à la Banque Transatlantique. Bonjour.
- Speaker #2
Bonjour Marc-Antoine.
- Speaker #0
Alors Pierre, je me tourne tout d'abord vers vous pour ouvrir ce débat. Les indices célèbrent la trêve ce matin, mais de votre côté, vous restez très attentif à des signaux plus sombres, notamment sur le front de l'inflation. Est-ce que nous ne sommes pas en train de confondre finalement un répit politique de 15 jours avec une victoire économique durable ?
- Speaker #1
Alors en effet, le cessez-le-feu qui a été lancé ce matin dans l'accord entre l'Iran et les Etats-Unis fait bien un cessez-le-feu de 15 jours. Par ailleurs, pendant les cinq semaines de conflits qui viennent de se dérouler, Donald Trump nous a quand même surpris par des positions extrêmement contradictoires. Je vous cite par exemple l'appel à l'aide de l'OTAN du 14 mars, suivi d'une déclaration le 17 mars au cours de laquelle il déclare n'avoir besoin de personne et surtout pas ses alliés. Donc méfions-nous, dans les marchés nous avons le temps long. La seule certitude que nous avons aujourd'hui, c'est que les Iraniens ont clairement compris que le détroit d'Hormuz est un enjeu stratégique qu'ils peuvent utiliser dans des négociations. Jusqu'à présent, ils utilisaient plutôt le levier de l'uranium. Aujourd'hui, c'est cette voie maritime qui sert de négociation entre l'Iran et ses ennemis. Jean-Patrick.
- Speaker #2
Le détroit d'Hormuz est essentiel pour l'économie mondiale, puisque 20% des approvisionnements de gaz et 20% des approvisionnements de pétrole passent par cet endroit et que sa fermeture crée un véritable choc énergétique dans les économies mondiales, notamment en Europe et en Asie. Et il y a un enchaînement logique qu'on avait déjà vu lors de l'annoncement de la guerre en Ukraine, c'est-à-dire choc énergétique enclenche une augmentation de l'inflation. Alors, pour l'instant, de premier tour, ce que redoutent les banques centrales, c'est que ça va être une inflation de deuxième tour, c'est-à-dire que ça se traduit dans les salaires. Et donc, les banques centrales sont tentées d'augmenter les taux. Et donc, ça a eu une répercussion économique à la fois sur les marchés obligataires et aussi sur les marchés actions. Pour compléter sur l'aspect politique que vient de développer Pierre, de politique internationale, en politique domestique, Donald Trump est à la veille... d'élections de mi-terme qui se dérouleront au mois de novembre. On est à peu près sûr qu'il est bien parti pour perdre la chambre des représentants. Par contre, avant le lancement de cette guerre, il était plutôt censé toujours conserver le Sénat. Et avec cette guerre-là, étant donné que l'inflation est prise à la pompe, on est monté au-dessus de 4 dollars le galon, c'est très négatif pour son électorat et il risque de perdre également le Sénat.
- Speaker #0
Alors Pierre, même en cas de paix, en tout cas aujourd'hui, l'outil industriel... est abîmée. Oui, tout à fait.
- Speaker #1
C'est un des éléments sur lesquels nous pensons que le scénario inférieure finisse peu duré, puisque lors des cinq semaines de frappes très intensives, je rappelle que c'est un conflit qui était essentiellement aérien qui s'est déroulé, beaucoup d'actifs de production dans l'ensemble des pays du Golfe arabo-persique ont été touchés, aux Émirats arabes unis, au Koweït, mais également au Qatar, qui est le plus gros fournisseur de GNL de la planète et qui fournit d'autres gaz stratégiques. Je pense à l'hélium pour les semi-conducteurs, mais nous pourrons en reparler ultérieurement. Et donc effectivement, ces actifs ont été fortement abîmés. L'autorité publique qatari évoque quatre ans de travaux sur son infrastructure de race Lafanne, qui est une infrastructure de liquéfaction et d'extraction du gaz, qui mesure pour vous donner un ordre de grandeur la superficie de l'île de Paris. Donc c'est quelque chose de très grand et il est évident que ces infrastructures ne peuvent pas être remises en route du jour au lendemain, ce qui va effectivement entraîner une dynamique haussière sur le prix de l'énergie, même si le pétrole va fortement refluer, comme c'est déjà le cas depuis ce matin. et pourrait éviter le scénario de second tour qu'évoque Jean-Patrick. Pour autant, à court terme, l'inflation est déjà là. Les chiffres publiés au mois de mars en Allemagne et en zone euro sont supérieurs à l'objectif de 2% de la BCE. Nous sommes autour de 2,8, 2,9 sur l'échelle eurozone et sur l'échelle de l'Allemagne, contre des chiffres inférieurs à 2% le mois précédent. Ce qui montre la rapidité du phénomène à très court terme. Maintenant, il va falloir savoir si cette inflation va s'inscrire durablement dans l'économie et si elle se traduira même ou si elle se transmettra plus précisément. dans les salaires, comme l'a évoqué Jean-Patrick juste avant.
- Speaker #0
Alors, on le voit bien finalement que cette politique et que la politique aujourd'hui dictent le tempo. À chaque fois qu'il y a une annonce de Donald Trump, à chaque fois derrière les marchés réagissent. Mais derrière ces annonces, il y a aussi cette réalité industrielle. Le conflit s'invite dans les cales désormais des navires marchands. Pierre, j'évoquais justement en préparant cette émission l'impact sur des secteurs... inattendues comme la cosmétique et le luxe. Est-ce que le pricing power de nos fleurons atteint désormais une limite ?
- Speaker #1
Alors effectivement, les grands groupes de consommation, que ce soit sur la consommation dite non cyclique, donc l'alimentation, les produits d'hygiène courante, ou la consommation discrétionnaire, le luxe, les vins spiritueux, etc., sont des industries qui, au cours des dernières années, depuis le déconfinement et depuis la sortie de la pandémie, ont structuré leur croissance organique, principalement sur la dynamique des prix. C'est-à-dire que les volumes augmentaient peu et donc la croissance du chiffre d'affaires se faisait principalement par une hausse des prix. Aujourd'hui, nous sommes au bout de cet exercice. On voit bien que la consommation flanche dans l'ensemble des économies et ce phénomène de court terme, donc cette crise énergétique, vient effectivement amplifier le phénomène. Je rappelle et je rejoins d'ailleurs les propos qu'évoquait Jean-Patrick sur le sujet des mid-terms, que le cœur de la campagne tourne autour de la question de l'affordability, donc le pouvoir d'achat des ménages américains. Les Américains, comme vous le savez... Ce qu'ils regardent, c'est d'abord l'état de leur portefeuille financier, la valorisation de leur patrimoine immobilier. Et c'est ce qui va déterminer leur dynamique de consommation. Aujourd'hui, on est sur des sujets sensibles parce que le marché du travail tourne à plein régime aux États-Unis, que le flux migratoire a été tari et que donc on a des prix qui sont très élevés. Et cette crise vient ajouter une difficulté supplémentaire aux politiques dans tous les pays. On voit que les pays européens qui avaient ouvert leur carnet de chèques lors de la crise énergétique de 2022 n'ont plus les moyens de le faire. L'État français, par exemple, promet 70 millions d'euros d'aides, ce qui est très faible pour des industries très particulières, le transport routier. Quant à Mme Meloni, en Italie, certes, elle propose un bouclier pour aider les ménages, mais elle le fait au détriment des budgets de la santé et de l'éducation et donc de la qualité de vie des citoyens italiens.
- Speaker #0
Alors Jean-Patrick, on peut parler également de l'or, puisque l'or, de son côté, a baissé.
- Speaker #2
L'or a baissé lors de cette crise et c'était très étonnant parce que d'habitude l'or agit comme une valeur refuge dans toutes les crises géopolitiques précédentes. Alors comment on explique cette baisse de l'once d'or suite au lancement de la guerre en Iran ? Il y a plusieurs explications. La première c'est que l'or avait déjà très fortement augmenté l'année dernière, plus de 60% sur l'once d'or. Principalement dû selon nous à un phénomène de spéculation par l'utilisation d'ETF à la fois en Asie et en Europe. On était arrivé... Dans ce qu'on peut qualifier de bulles spéculatives, selon les termes du Bureau des règlements internationaux. Aujourd'hui, l'or semble plus se raccorder à ses fondamentaux, c'est-à-dire à l'inverse des taux réels américains. C'est ce qui semble suivre. Et on a vu qu'on a eu une augmentation des taux souverains, non seulement américains, mais aussi européens. Pierre a noté le fait que, au niveau budgétaire, cette crise allait peser sur les États. On peut également souligner le fait que cette hausse des taux longs est imputable à des perspectives de hausse des taux courts qui se sont traduites par des hausses de taux longs. Effectivement, deux classes d'actifs qui d'habitude sont censées être décorrélantes dans les portefeuilles, à savoir les obligations d'une part, notamment souveraines, et l'or d'autre part, en fait se sont avérées tout à fait corrélées aux actions. Alors, quelles ont été les valeurs refuge dans ce contexte ? Il y a eu le dollar et il y a eu le franc suisse qui, eux, ont très bien tenu et ont rempli leur rôle de valeur refuge. A noter que le dollar reflue un petit peu ce matin puisqu'on est passé de 1,15 à 1,17 et il reprend une trajectoire un petit peu baissière.
- Speaker #0
Alors ce constat sur les valeurs refuge et puis sur l'or finalement est précieux, mais il place aussi nos clients devant un dilemme. Est-ce qu'il faut sortir pour se protéger ou rester pour ne pas manquer peut-être le rebond ? Jean-Patrick, quelle est la recommandation de la maison pour ceux qui s'inquiètent de cette volatilité ?
- Speaker #2
L'inquiétude est tout à fait légitime. Maintenant, quand on se constitue un portefeuille, c'est forcément dans une optique de long terme. Et ce qu'on constate, ce qu'on voit dans de nombreuses études, c'est qu'à chaque fois qu'il y a des pics de volatilité, il est très dangereux de sortir du marché parce que, certes, on sait le prix auquel on sort. Par contre, on ne connaît pas le prix auquel on re-rentrera. Et de retrouver le point bas du marché consécutif à un point haut, on ne le trouve jamais. Et donc, c'est pour ça qu'on recommande, notamment pour des paires d'expositions qui sont plutôt longues, de rester investi sur le marché. Alors certes, il y aura une moins-value latente à un moment donné, comme on a pu avoir au mois de mars, mais le rebond qui suit, au moins, on est sûr d'être dans le marché. Ça, c'est un premier point qui est très important pour nous. Deuxième point, c'est le fait que dans ce type de marché, il y a des bonnes opportunités. C'est-à-dire qu'il y a des dislocations de marché qui font que, par l'augmentation de la volatilité et par l'augmentation des taux longs, comme on a eu au mois de mars, il y a des belles opportunités. On a vu notamment dans les produits structurés. c'était l'occasion de faire ses emplaises.
- Speaker #0
Pierre, comment nous nous positionnons chez Dubli Transatlantique Gestion justement sur ce sujet ?
- Speaker #1
Pour rebondir justement sur les propos de Jean-Patrick Ce genre de crise offre des opportunités, d'une part sur la partie obligataire, je vais commencer par le marché du crédit, pour se positionner. Puisqu'on a eu des tensions fortes, ça a été évoqué sur les taux, que ce soit sur le court, donc les taux à deux ans, ou sur le long. Et donc saisir ces opportunités pour rentrer nous permet, dans une logique de portage, de capturer un taux d'intérêt qui aujourd'hui est nettement plus intéressant que si cela avait été fait il y a six ou huit semaines. Donc rester plutôt tactique et mobile sur la partie obligation et sur le crédit. Et puis sur les actions, je pense, comme Jean-Patrick évidemment, que le temps de l'action est le temps du temps long et que donc nous n'allons pas rentrer, sortir au risque de prendre des portes de saloon, comme on dit dans notre jargon, dans pleine figure, et donc plutôt que de saisir une opportunité, de connaître une difficulté. En revanche, ce genre d'événement doit nous alerter sur des réallocations, peut-être sectorielles ou géographiques, dans nos constructions de portefeuilles. j'ai évoqué la difficulté dans laquelle se trouvait le thème de la consommation qui nous a porté pendant une bonne décennie, avec la montée en puissance des classes moyennes dans les pays émergents, avec la hausse du pouvoir d'achat aux États-Unis, etc. Aujourd'hui, ce qui est intéressant, c'est de constater que le thème de la transition énergétique, de la souveraineté énergétique, revient évidemment sur le devant de la scène, après avoir été complètement mis de côté suite à l'invasion de l'Ukraine par Vladimir Poutine. Et donc là, il y a également des questions à se poser. Donc, mon idée est plutôt effectivement de rester investi globalement sur... les poches d'épargne que les clients souhaitent allouer aux actions, mais dans ces poches, de profiter de ces crises, plutôt de mettre à profit ces instants compliqués pour se repositionner, pour se questionner sur la persinence à long terme des secteurs sur lesquels nous sommes investis, et donc de revoir éventuellement sa copie et de réaliser des arbitrages sectoriels. Mais il est évident qu'il faut éviter au maximum ce genre de mouvements très brutaux dans des situations aussi critiques. Je rappelle d'ailleurs que très récemment, Le président du Fonds souverain norvégien, qui est un des plus gros fonds de la planète, a rappelé qu'il fallait plutôt faire le dos rond dans ce genre de cas de figure et ne pas bouger, plutôt que d'agir sous le coup de la précipitation et donc probablement de prendre de mauvaises décisions à moyen terme.
- Speaker #0
Alors, désormais, sur ce qui va se passer dans les 15 prochains jours, évidemment, on va suivre avec attention ce cessez-le-feu. Qu'est-ce que nous allons également regarder pour... pour voir ce qui peut bouger sur les marchés. Jean-Patrick, peut-être ?
- Speaker #2
Un des paramètres clés, ça va être effectivement le baril de pétrole. On a vu que suite à la réouverture du détroit d'Ormuz, le baril est redescendu à 95 dollars. On avait dépassé les 120 au pic. La durée et le prix du baril vont avoir un impact sur le taux d'inflation et donc sur les décisions des banques centrales. Si jamais ça se résout rapidement, à ce moment-là, effectivement, ça aura un impact très faible sur les économies, tant en termes de croissance que d'inflation. Par contre, plus ça va durer et plus le prix du baril va être élevé, plus l'impact sur les économies, notamment européennes et asiatiques, sera important.
- Speaker #1
De mon côté, j'inviterai les auditeurs et nos observateurs à bien scruter l'évolution des taux longs aux États-Unis du 10 ans américain. En effet, vous savez que cet actif joue traditionnellement son rôle d'actif refuge. Et Jean-Patrick a explosé que justement, ça n'avait pas vraiment fonctionné lors de cette crise. Il est à noter que la trajectoire de la dette américaine est assez périlleuse en ce moment. On était à 35 000 milliards de dettes aux États-Unis fin de l'année 2025. On était à 38 000 milliards en fin février. Et il est évident que le coût stratosphérique du conflit, compte tenu des éléments militaires que déploient les États-Unis, de porte-avions, des missiles très longs portés, etc., conduit à court terme à ce que le budget... D'ailleurs, Donald Trump a demandé à ce que le budget militaire soit fortement augmenté. Et ce qui est intéressant, c'est de constater qu'aujourd'hui, il est probable que dans cette crise, beaucoup d'alliés américains, y compris dans le Golfe, je pense aux pétromonarchies notamment, se sont probablement délestés de ces fameuses treasuries. Parce que, comme il y a tout juste un an, Donald Trump avait trahi ses alliés historiques lors de Liberation Day, et bien un an, jour pour jour, plus tard, il leur tourne le dos sur le front géopolitique. Je pense que les déclarations extrêmement violentes à l'endroit de l'OTAN ou du Royaume-Uni illustrent parfaitement ce revirement assez chaotique.
- Speaker #0
Jean-Patrick, vous y rajoutez peut-être quelque chose ?
- Speaker #2
Je pense que l'inflation, effectivement, on est dans une dynamique d'inflation de long terme qui a été réanimée par cette guerre et que, à la fois, le poids de la dette, que ce soit aux États-Unis, mais aussi en Europe, fait que les États doivent émettre du papier et que les taux longs, vraisemblablement, sont là pour rester à un niveau assez élevé pour un certain temps.
- Speaker #0
Merci à tous les deux pour ces éclairages et nous retenons de nos échanges qu'il faut savoir dissocier le temps diplomatique de la réalité logistique du détroit d'Hormuz. Je rappelle que cet épisode a une vocation strictement informative. Les données, les commentaires ou les analyses figurant dans ce podcast reflètent du sentiment à ce jour de la Banque transatlantique et de Dubli Transatlantique Gestion sur les marchés. les informations faisant référence à des instruments financiers ne constituent en aucune façon une analyse financière, un conseil en investissement, ni une recommandation en vue de l'achat ou de la vente d'instruments financiers. Pour toute décision relative à votre patrimoine, nous vous invitons à vous rapprocher de votre conseiller habituel. Merci de nous avoir écoutés. Merci Pierre. Merci Jean-Patrick.
- Speaker #2
Merci Marc-Antoine.
- Speaker #0
Et à bientôt pour un nouvel épisode de La Voix de la gestion de fortune, un podcast de la Banque transatlantique.