- Speaker #0
Finalement, le Rassemblement National, leur allié Victor Orban et ENCO ne sont que des personnes qui nous affaiblissent et qui, on peut le dire, à terme, brassent un peu du vent.
- Speaker #1
Bonjour à toutes et à tous, je suis très heureux de vous présenter le nouveau podcast du Modem qui s'intitule La Voix Démocrate. Aujourd'hui, pour m'accompagner dans ce premier épisode... J'ai le plaisir et l'honneur de recevoir Marie-Pierre Vedren. Elle est députée européenne, c'est son deuxième mandat. Elle est présidente de la délégation L'Europe Ensemble au sein du groupe parlementaire Renew Europe, celui de la majorité présidentielle et aussi membre de la commission du commerce international. Sans plus attendre, on va passer à la carte d'identité. Bonjour Marie-Pierre Vedren, comment ça va déjà ? Bien.
- Speaker #0
Malgré un contexte international qui n'inspire pas l'optimisme, et justement notre responsabilité, c'est d'aller bien en quelque sorte, mais surtout de rester calme et de prendre les bonnes décisions.
- Speaker #1
C'est vrai que ce contexte international est d'ailleurs au-delà des échanges assez préoccupants. Avant d'aborder plus en détail ce point-là, j'aimerais que ceux qui vont nous regarder vous connaissent un petit peu plus et un petit peu mieux. Ma première question, elle est assez simple, c'est que forcément, en tant que responsable politique, vous avez une valeur humaine. qui vous tient à cœur ou qui vous correspond ? Laquelle est-elle ?
- Speaker #0
Je dirais, parce que c'est quelque chose que j'ai souvent porté dans le cadre d'interventions scolaires que je fais, et je dis toujours que j'agis sur deux jambes, l'humilité et la responsabilité. Je pense que c'est ce que je ne veux jamais perdre, comme Moussol, justement, en étant devenue députée européenne. L'humilité, parce qu'effectivement, on doit rester humble, aussi quand on est responsable politique, et on doit être absolument aussi. responsable et pas être seulement dans des tactiques politiciennes en quelque sorte. Donc pour moi, c'est deux aspects extrêmement importants.
- Speaker #1
Maintenant, si je vous demande votre conviction politique.
- Speaker #0
Je dirais que ce qui a fait que je me suis engagée aussi dans le cadre politique et spécifiquement aussi dans la famille démocrate, c'est effectivement l'attachement à la démocratie et l'attachement à la liberté.
- Speaker #1
Un modèle politique, peut-être une personne, une femme, un homme qui vous a poussé très jeune ou pas d'ailleurs à vous engager.
- Speaker #0
C'est Marielle de Sarnez. qui a été aussi députée européenne, qui a été membre de la commission commerce internationale et qui pour moi justement aussi incarne effectivement notre famille politique, incarne cette liberté aussi, liberté de parole, liberté d'action, détermination.
- Speaker #1
Finalement, est-ce que l'intérêt pour le commerce international vient d'elle également ou c'est d'autres horizons qui vous ont donné cet attrait ?
- Speaker #0
Je pense que l'intérêt pour l'Europe vient effectivement notamment de Marielle de Sarnez, vient aussi d'une femme comme Simone Veil. évidemment parce que c'est aussi un nom qui résonne pour notre famille politique. Je dirais que l'intérêt pour le commerce international, il vient de plusieurs choses. Il vient aussi, parce que c'est mes études finalement, donc une maîtrise technique du sujet. Et je trouve qu'en France, on n'a pas les débats à la hauteur des enjeux et des perspectives. Et parfois, quand vous êtes un Français qui travaille sur ces sujets-là au niveau européen, vous êtes tout de suite perçu de fait comme un protectionniste. Et moi, je suis contre. Les mesures protectionnistes, je pense qu'on va y revenir. Donc il y a un enjeu pour moi en France de traiter ces sujets-là de la bonne façon. Et puis il y a un enjeu en Europe de démontrer que les Français savent traiter ces enjeux de la bonne façon.
- Speaker #1
Petit aparté, mais est-ce que du coup ça sert à quelque chose de s'y connaître dans le commerce international en France, alors que la compétence est celle de l'Union européenne ?
- Speaker #0
Oui, ça sert de s'y connaître parce que quand vous arrivez au Parlement européen, quand vous expliquez votre parcours à la fois professionnel, à la fois politique, les gens vous disent « Ah, il y a quand même une crédibilité sur la matière » . D'ailleurs, petite parenthèse, souvent, les femmes politiques, on va justement se focaliser en se disant « On va aller dans telle ou telle commission parce qu'on s'estime légitime » . Donc peut-être qu'aussi quand je suis arrivée au Parlement européen et que j'ai été spécifiquement dans cette commission commerce internationale, c'était de me dire « De par mon parcours quand même, là, on va me considérer comme légitime à être dans cette commission » . Ça, je pense que c'est quelque chose aussi sur lequel on doit travailler. Mais je pense que... Il n'y a pas non plus seulement de rapport avec la question, avoir fait des études, avoir travaillé sur le sujet. À un moment, être responsable politique, c'est avoir une colonne vertébrale, avoir une colonne de pensée. Donc, ce n'est pas que lié à mes études ou à mes engagements professionnels.
- Speaker #1
Mais je note quand même le sous-entendu pour les hommes illégitimes dans des commissions ou des travaux. Non,
- Speaker #0
c'est quoi ce que j'ai dit ? Les hommes ne sont pas plus illégitimes ou moins légitimes que les femmes. Mais je dirais que c'est plus que les femmes se posent souvent plus de questions. Il n'y a pas d'attaque contre les hommes. Pas du tout.
- Speaker #1
Non, je plaisante. Une petite anecdote, pas trop croustillante non plus, parce que je pense que vous êtes tenu par le secret professionnel, mais alors une anecdote, un fait de vie politique qui vous a marqué.
- Speaker #0
En fait, pour le coup, c'est pas très drôle, mais c'est ce qui a fait que je me suis engagée notamment pour les questions européennes et qui a un petit peu incarné tout mon parcours et mon engagement associatif et politique. J'ai grandi à Limoges, et quand on grandit à Limoges, tous les ans, en quelque sorte, quand vous êtes au collège, quand vous êtes au lycée, vous vous rendez à Auradour-sur-Glane. Donc Auradour-sur-Glane, tout le monde connaît l'histoire d'Auradour-sur-Glane. En 1998, j'ai eu l'opportunité de me rendre au Sénégal. Et quand j'ai visité le Sénégal, j'ai notamment visité l'île de Gorée, l'île aux esclaves. Et quand j'arrive dans ce lieu, qui est quand même là aussi plein de mémoires, bizarrement, comme quoi parfois la vie c'est des petits symboles, j'arrive et je tombe sur une pancarte manuscrite, où il est écrit ici, comme à Ouradour-sur-Glane, on ne pourra jamais dire « ce n'est pas arrivé » . Et en fait, tous les lieux où toutes les personnes que je rencontre au... au cours de mon engagement et au cours de ma vie, finalement me ramène toujours à la paix, à la liberté, à l'engagement. Et c'est ce qui fonde aussi, justement, cet engagement pour l'Europe, cet engagement pour la liberté, cet engagement pour la paix. C'est ces rencontres de lieux et de personnes.
- Speaker #1
Et encore plus que jamais dans les temps qui courent. Enfin, pour terminer cette carte d'identité, quelle est votre motivation personnelle, même si je pense qu'on peut déceler un petit peu ? Vos valeurs et ce qui vous pousse dans cet engagement politique ?
- Speaker #0
Le contexte international quand même nous oblige justement parce que c'est vrai qu'on a fondé l'Union européenne pour la paix, pour faire en sorte que des ennemis séculiers justement ne s'opposent plus à travers les armes. Et on voit que maintenant on parle du réarmement sans cesse de l'Union européenne parce qu'on a le retour de la guerre sur le continent européen. Donc la motivation en fait chaque matin c'est de se dire comment par le rôle d'un député européen on peut être utile pour assurer justement... notre propre sécurité, la sécurité et la souveraineté des Ukrainiens répondre aux enjeux, aux questions que se posent les citoyens. Donc je pense que ce qui est motivant c'est de se dire qu'on peut avoir une action chaque jour qui certes peut-être ne va pas changer le monde mais peut changer une vie. Pour vous dire et en lien avec les anecdotes, parfois quand je reçois des messages de jeunes sur Instagram qui me disent vous savez pas madame, vous avoir rencontré ça a changé ma vie, par exemple quand ils ont fait certaines actions ou que je peux ouvrir certaines portes. C'est quelque chose où on se dit, bon, ok, j'ai apporté ça à quelqu'un. Donc ça, c'est, je pense, la plus grande démotivation.
- Speaker #1
Je ne peux pas faire l'impasse sur ce qui se déroule actuellement sous nos yeux de cette guerre économique et commerciale. L'Europe répond, riposte. Je pense que vous aussi, vous pourrez en parler et a raison. Qu'est-ce qu'on fait lorsque le président de la première puissance mondiale agit de cette manière-là ?
- Speaker #0
Je pense que déjà, il ne faut pas être surpris. On le savait, on a vécu un premier mandat sous l'administration Trump où justement, il le dit lui-même d'ailleurs, son mot préféré c'est le mot tarif. Donc avec le retour du protectionnisme, avec cette vision « America first » , en quelque sorte dont acte, il est élu, il met en place ces politiques-là, à nous de nous adapter, à nous de nous aussi créer cet arsenal qui va nous permettre de répondre et de nous protéger. Moi, mon rôle en tant que députée européenne, c'est de défendre nos intérêts, avoir la capacité de créer justement ces instruments législatifs qui vont nous permettre de nous défendre. C'est ce qu'on a fait dans le mandat précédent. Donc là, on a répliqué. L'Union européenne et la Commission européenne ont eu raison de répliquer. Il fait de la ch'ture en chair. C'est à lui d'en assumer les conséquences. Moi, je n'ai jamais défendu les mesures protectionnistes. Je ne suis pas une protectionniste. Pour autant, parce qu'on va rentrer dans le détail, je ne suis pas... C'est une lébrée échangiste à tout va. Je pense qu'il faut créer un cadre de coopération. Chacun défend ses intérêts légitimement. Mais dans un monde où le cadre multilatéral est de plus en plus nécessaire pour répondre aux enjeux auxquels on est confronté, que ce soit le changement climatique, que ce soit effectivement le retour de la guerre, se lancer dans des escalades commerciales, dans des tensions commerciales, c'est très facile. Et la question qui se posait à nous, ce n'était pas si Donald Trump allait mettre des droits d'OAN. La question, c'était quand et comment. Face à ça, il faut savoir rester calme, il faut savoir rester uni et pouvoir répondre avec les bonnes mesures, des mesures proportionnées, des mesures qui soient ciblées. Pardon, mais je vais dire aussi des mesures qui font mal côté américain.
- Speaker #1
C'est assumer du coup ce rapport de force-là ?
- Speaker #0
Exactement, il faut savoir assumer le rapport de force. Donald Trump, il essaye aussi de refaçonner le commerce mondial dans un objectif à lui particulier, dans sa concurrence. vraiment prioritaire vis-à-vis de la Chine aussi, à nous de ne pas être non plus pris en étau entre ce conflit sino-américain. Ce qu'il va chercher à faire, c'est nous diviser. S'il cible justement les vins, les spiritueux, le champagne français, c'est pas pour rien. Comme à des moments, il voudra cibler par exemple l'industrie automobile allemande. Il va cibler la force de chacun des États membres, à nous d'être unis.
- Speaker #1
Encore un mot sur cette question. J'ai la chance de vous recevoir, donc on va en profiter. Mais est-ce que c'est viable comme stratégie commerciale et économique d'imposer, pardon l'expression, matière larigot, des droits de douane à qui lève le bras en fait ?
- Speaker #0
Non, c'est clairement pas viable. Il suffit de regarder au-delà de lui, sa stratégie, les réactions côté américain. Les réactions d'abord déjà de la bourse, les réactions aussi d'entreprises américaines qui ne soutiennent pas dans cette logique-là. Parce que la conséquence, ça va être sur le pouvoir d'achat, aussi bien bien sûr des Européens, mais que des Américains, la montée de l'inflation, etc. Donc non, c'est pas viable. C'est un choix politique. qui l'assume pour le moment, je pense qu'à des moments, il va être aussi entre guillemets rattrapé par la patrouille, rattrapé par la bourse, rattrapé par les entreprises américaines. Moi, je peux vous dire, je suis frappée à l'heure actuelle aussi d'être contactée par des entreprises américaines qui sont très prudentes, très vigilantes et qui ont envie d'échanger avec leurs homologues européens pour trouver des solutions ensemble. Nous, je le redis, européens, on ne souhaite pas faire en sorte qu'il y ait des tensions commerciales. Les Etats-Unis ? C'est notre plus grand allié. Mais l'administration Trump fait un choix. A nous de tirer toutes les conséquences de ce choix.
- Speaker #1
Donald Trump, c'était un sujet plutôt plaisant. Mais on va passer à celui qui vous amène avec moi aujourd'hui. Celui du commerce international. Et avant d'aborder un peu plus de détails, je vais rappeler quelques éléments de contexte qui me paraissent pertinents pour celles et ceux. qui nous écoutent. Alors, le commerce extérieur de l'Union européenne a doublé et représente désormais environ 30% du PIB. La nouveauté dans la vision du commerce international de l'Union européenne et ce qui en fait sa spécificité, c'est d'avoir conditionné l'octroi de préférence commerciale au respect des accords de Paris, souvenez-vous, et des principes également fondamentaux de l'Organisation internationale du travail. L'Union Européenne, ça pèse quand même très lourd au niveau du commerce international. C'est des accords avec le Canada et le CETA, le Japon et le JEFTA, jusque-là c'est à peu près les mêmes acronymes, au point que l'Union Européenne a conclu des accords de libre-échange avec plus de 70 pays. Et en 2017, la Commission Européenne a quand même estimé que 36 millions d'emplois dans l'Union Européenne résultaient des échanges commerciaux avec des pays non-européens. Finalement, Quand on va faire le CETA ou le Mercosur, tiens, est-ce que ce sont des accords moteurs d'emploi ou plutôt des choses qui vont venir menacer nos propres industries, et pas seulement en France, au niveau européen ?
- Speaker #0
Je pense que c'est là où parfois, effectivement, en France, on a toujours ce débat, oh là là, des accords de commerce, il faut être pour, il faut être contre. En fait, accord de commerce ou pas accord de commerce, il y a des flux commerciaux, il y a des échanges. Et moi quand je... Quand je vote, quand je travaille sur un accord de commerce, ce à quoi je vais réfléchir, et quand je vais pousser la Commission européenne, c'est de me dire, est-ce que le cadre qui nous est proposé dans cet accord, sur le CETA, etc., il y a des négociations qui sont en cours, va nous permettre de changer les choses positivement ? Quels sont les manques ? Quels sont les leviers ? Qu'est-ce qu'on peut faire dans le corps de l'accord ? Qu'est-ce qu'on peut faire à côté de l'accord, pour pouvoir répondre à la réalité des enjeux ? Les enjeux de concurrence déloyale ? les enjeux de compétitivité, les enjeux justement de conformité aussi, de contrôle de produits qui rentrent sur notre marché intérieur, la cohérence entre nos politiques intérieures et nos politiques extérieures. Parce que c'est quoi la politique commerciale de l'Union européenne ? C'est quoi ces accords de commerce ? En fait, ça doit être la projection sur la scène internationale de nos politiques intérieures, de ce qu'on fait sur notre marché intérieur. C'est tellement facile d'être contre un accord de commerce. C'est tellement facile, et c'est ce que font... tous les autres Français au Parlement européen de dire « Oui, alors moi, je suis pour le juste échange. » D'accord, oui, moi aussi, je suis pour le juste échange. Mais voilà, mais concrètement, par exemple, quand on a voté, nous, l'accord sur la Nouvelle-Zélande, parce qu'il intégrait justement un nouveau cadre, l'accord de Paris comme clause essentielle, pour la première fois au monde, on avait des sanctions en cas de non-respect national, les autres se disaient « Non, on ne peut pas le voter, ce n'est pas possible, ce n'est pas du juste échange. » Mais en quoi, justement, alors que ce cadre ? n'a jamais été aussi ambitieux, qui nous permet d'avancer avec un partenaire qui est en adéquation avec les mêmes objectifs que nous. Ce n'est pas du juste échange ça ? Si, justement. Donc, je pense que la question qu'on doit se poser, c'est le cadre qui nous est proposé, est-ce qu'il répond à ces enjeux-là ? Quels sont les manques ? Et quels sont aussi les leviers et les outils à côté de ces négociations commerciales qui nous permettent, par exemple, de contrôler les produits qui rentrent sur notre marché intérieur ? Travailler sur une réforme des douanes, ça c'est un levier extrêmement complémentaire de nos accords de commerce. Donc, les accords de commerce... Vous l'avez souligné dans votre introduction, ils sont extrêmement nombreux et l'Union européenne est la première puissance commerciale et c'est celle qui a le plus d'accords de commerce. Et ce que ça permet, ça permet d'augmenter ces standards. Ça fixe un cadre de coopération parce qu'il y a des temps différents aussi. Il y a le temps de la négociation qui est menée par la Commission européenne, il y a le temps de la ratification de tous les procédures, puis il y a la mise en œuvre. Concluant un accord de commerce, ça n'a jamais constitué une fin en soi. Le sujet, c'est la mise en œuvre et c'est là où on doit avancer.
- Speaker #1
Sur cette mise en œuvre, si on fait le parallèle avec l'emploi, si quelqu'un, un agriculteur par exemple par rapport au Mercosur, mais ça pourrait être d'autres professions, vous dit « Oui, mais moi en fait, j'ai mon emploi et mon job qui va être menacé parce qu'en fait, ce qui rentre, c'est beaucoup moins cher, c'est déloyal. Moi, je ne vais plus vendre, je vais perdre mon emploi in fine. » Bon, je fais du simplisme et je caricature un peu, mais vous m'avez très bien compris. Comment on répond à ce type de préoccupation et de peur en fait ?
- Speaker #0
Déjà, c'est effectivement des préoccupations légitimes. Et le cadre d'un accord de commerce doit permettre justement de créer de la convergence plutôt que justement accentuer ces éléments de divergence. Donc, vous avez raison de souligner aussi dans votre question que souvent, la concurrence, elle est plus liée en interne au sein de notre marché intérieur qu'avec des pays extérieurs. Et c'est ça qu'il faut aussi absolument renforcer. C'est notre marché intérieur d'abord. pour pouvoir être plus fort aussi sur la scène internationale. Il est légitime, il est normal et il est sain d'examiner justement vis-à-vis d'un accord de commerce est-ce que le cadre qui nous est proposé permet de justement diminuer ces éléments de concurrence déloyale. C'est vrai que, que ce soit sur le volet travail, que ce soit sur le volet charge, que ce soit sur le volet normatif, on n'a pas les mêmes règles. Mais parce qu'en même temps, on est... pas aussi dans les mêmes géographies, on n'est pas dans les mêmes cultures politiques, on n'est pas dans les mêmes réalités économiques. Donc il faut en tenir compte et voir est-ce que ce cadre qui nous est porté par un accord de commerce répond à ces objectifs-là. Moi, souvent, ce que je dis aux agriculteurs que je peux rencontrer, que ça soit sur le Mercosur, que ça soit sur d'autres sujets aussi, c'est de leur rappeler qu'ils ne sont pas une variable d'ajustement des accords de commerce. C'est un discours qu'on entend souvent en France. quand on parle. Du Mercosur, on entend tout le temps, et c'est souvent porté notamment par les extrêmes aussi, que c'est agriculture française contre automobile allemande. Moi, je m'inscris en faux. Et je regrette qu'en France, on porte ce type de discours-là. Parce que ce type de discours-là, il fait quoi ? Il nous affaiblit, nous, en tant que Français, pour changer justement la politique commerciale. Parce que, qu'est-ce que disent les partenaires européens ? Les partenaires européens, à force, ils se disent, de toute façon, la France, quoi qu'on fasse... quoi qu'on permette comme évolution, ils seront toujours contre les accords de commerce. On n'est jamais content. Ouais, un petit peu. Des fois, légitimement, on n'est pas content. Et on a raison pour ces certaines choses. Mais il y en a un enjeu de crédibilité pour justement faire bouger le contenu des accords de commerce. Donc ça, c'est des choses qu'on a progressivement mis en place. Et tous les enjeux de concurrence déloyale ne sont pas traités qu'avec les accords commerciaux. Il y a tous les instruments qu'on crée. à côté. Par exemple, quand on a travaillé sur la réciprocité sur les marchés publics, parce que nous, Européens, on est très ouverts.
- Speaker #1
Qu'est-ce que c'est, ça, la réciprocité des marchés publics ?
- Speaker #0
Alors, les marchés publics, c'est quand en France, une collectivité, par exemple, territoriale, va faire appel à une entreprise privée, elle va ouvrir un marché public et elle va examiner les différentes offres qu'elle reçoit. Et souvent, c'est vrai qu'on se focalise sur le prix. Et quand les gens postulent, ben oui... des entreprises chinoises parce qu'elles bénéficient de subventions, sont souvent moins chères, ou d'autres pays. Et donc nous, on est un marché très, très ouvert. Alors que les autres, vraiment tous les autres États tiers, sont eux, à l'inverse, beaucoup plus fermés. Donc on a créé cet instrument sur la réciprocité en disant « Très bien, vous ne voulez pas nous garantir un accès justement loyal ? Nous, on va se refermer aussi. » Non, c'est ça la réciprocité. C'est ça qu'on doit défendre.
- Speaker #1
L'autre... Volet très important dans les accords commerciaux, en tout cas du point de vue de l'Union Européenne, c'est l'environnement. Je vais commencer par une question en étant un peu taquin. L'Allemagne, il y a quelques années... s'était positionnée contre cet accord du Mercosur. Et puis on voit ces derniers temps que l'Allemagne a complètement changé de braquet et maintenant devient plutôt, je pense que j'abuse un peu en disant défenseuse, mais en tout cas est plutôt disposée à signer cet accord de commerce. Est-ce que là on n'a pas justement un affrontement État contre État au sein d'une même organisation ?
- Speaker #0
On a... Effectivement, des positions différentes entre certains États membres. La France, vis-à-vis de cet accord entre l'Union européenne et le Mercosur, est entre guillemets la plus vocale pour marquer son opposition. L'Allemagne, de manière générale, et les autres États membres, sont des États favorables aux accords de commerce. Parce qu'il faut comprendre pourquoi aussi. Ils ont un modèle économique qui est très tourné sur les exportations. Nous, c'est un petit peu différent. On est plus d'abord tourné vers le marché intérieur, puis aussi sur des exportations. Il ne faut pas oublier qu'on a des grands secteurs exportateurs en France. L'aéronautique, les vins et les spiritueux, on en a parlé, les secteurs du luxe, etc. Parce qu'on a des vrais savoir-faire en France qui sont reconnus dans le monde entier. L'Union européenne, elle renforce des accords bilatéraux parce qu'on n'a plus de cadre multilatéral. Ça, je pense que c'est des choses aussi qu'on ne perçoit pas toujours en France.
- Speaker #1
A cause de quoi, selon vous, on n'a plus de cadre ? Parce que c'est quand même fort ce que vous êtes en train de dire.
- Speaker #0
Le cadre multilatéral, finalement, c'est à la fois les Américains et à la fois les Chinois qui l'affaiblissent. Nous, l'Union européenne, on a toujours défendu le cadre multilatéral. On est très impliqués au sein de l'Organisation mondiale du commerce pour faire évoluer, pour prendre en considération les enjeux environnementaux, pour dire attention, le respect des engagements de l'accord de Paris. ils doivent être intégrés dans nos logiques commerciales, faire en sorte que les questions de droit de l'homme, les questions de travail forcé soient prises en considération, les questions de développement aussi. On est très soucieux de ces aspects-là. Les États-Unis, eux, il ne faut pas oublier, et ce n'est pas sous Donald Trump pour le coup, c'est sous l'administration de Barack Obama, ont mis à mal le système multilatéral en refusant de nommer des juges, pardon pour la technique, à l'organe de règlement des différents. C'est-à-dire que l'OMC, il y a deux choses. Il y a la définition des règles, puis il y a le respect des règles. À un moment, quand les règles ne sont pas respectées, il faut que ce soit tranché. Et donc, il y a un système de règlement des différents à l'OMC avec des juges. Et c'est les États-Unis qui ont refusé de nommer, c'était à leur tour, de nouveaux juges. Donc, ça a paralysé le système de règlement des différents. Donc, finalement, ils se sont retirés, comme ils l'ont fait dans beaucoup d'enjeux, sur beaucoup de sujets, de ce cadre multilatéral. parce qu'ils estimaient, à raison parfois, que la Chine contournait dans son propre profit le système multilatéral. La Chine, elle est très investie au sein des organisations multilatérales, mais non pas dans une projection vraiment du bienfait, entre guillemets, du système multilatéral et de la coopération, plutôt dans la défense de ses intérêts. Mais là aussi, je le comprends, chacun est là pour défendre un peu ses intérêts. Alors,
- Speaker #1
en réalité, il y a une question qui me... brûle les lèvres actuellement et je vais malheureusement me faire le porte-voix de cette pensée-là. Est-ce que l'Union européenne ne se tire pas une balle dans le pied avec ses normes environnementales ? Pour illustrer cette question, je vais prendre l'exemple du Brésil qui a déclaré dernièrement vouloir peut-être se tourner vers la Chine en lieu et place de l'Union européenne dans cet accord du Mercosur. Pourquoi ? Parce qu'il prétextait que les normes environnementales en quelque sorte les enquiquinaient un peu trop. Ce n'est pas quelque part se mettre une balle dans le pied pour l'Union européenne et passer à côté de débouchés commerciaux colossaux ?
- Speaker #0
C'est effectivement des débats qu'on a et qu'on entend de façon très récurrente. Mais il faut voir par qui ils sont portés, ces messages-là. Ils sont effectivement portés parfois, je vais me focaliser d'abord à l'extérieur de l'Union européenne, par des pays, le Brésil, mais pas que, l'Indonésie, d'autres pays, en voie de développement qui nous disent mais... Vos normes, ça suffit, c'est du protectionnisme déguisé. C'est ce qu'ils nous disent. Ils nous disent, le message c'est, à travers vos réglementations sur la déforestation importée, sur le mécanisme carbone d'ajustement aux frontières, votre pacte vert, c'est du protectionnisme déguisé. Et en interne, au sein de l'Union Européenne, ces messages-là, le fait que le Green Deal, pacte vert, donc serait responsable de tout, c'est... Le message que livrent justement ceux qui se disent patriotes, extrême droite, mais qui n'ont rien de patriotes et de défenseurs de nos intérêts français et européens. Donc, il faut entendre ce message de la part des pays tiers, de dire comment... leur démontrer que ce n'est pas du protectionnisme. Pas du protectionnisme, le pacte vert. On a un enjeu de lutter contre le dérèglement climatique. Et ils ont cet enjeu-là aussi. Donc notre sujet, c'est plutôt de leur démontrer qu'on crée un cadre commun, parce que ce challenge, on doit le relever tous ensemble. Ensuite, il faut qu'on leur démontre que nos réglementations internes, elles sont nécessaires aussi pour... pour que nous, Union européenne, nous puissions nous décarboner, atteindre ses propres objectifs de neutralité carbone. Ce qu'ils nous disent aussi, c'est « oui, mais vous, vous êtes développés, et vous nous demandez à nous, pays en voie de développement, des mêmes règles alors qu'on n'a pas les mêmes réalités » . Je pense que ce message est important d'être entendu, et de voir plutôt que leur dire « mais non, vous n'avez rien compris » , comment on travaille réellement ensemble pour atteindre les enjeux. Ça doit être ça la clé. Et moi je m'inscris en faux aussi à tous ceux qui nous disent que le pacte vert, ça serait se tirer une balle dans le pied. Pendant le mandat précédent qu'on a vécu de 2019 à 2024, c'est vrai qu'on a beaucoup travaillé sur ces législations environnementales, dans tous les secteurs, sur le secteur de la mobilité, sur le secteur de l'énergie, sur le secteur agricole, et maintenant on parle toujours de compétitivité. Et on d- On a le sentiment que parce qu'on parle de compétitivité et qu'on a cet enjeu de préservation de compétitivité, il faudrait mettre à mal nos ambitions climatiques. Non, l'un va avec l'autre. Le sujet, c'est où on met le curseur et comment réellement on accompagne tous les acteurs pour atteindre les objectifs à la fois de décarbonation et à la fois de compétitivité. Et pour moi, ça passe par de l'investissement et ça passe par de l'innovation.
- Speaker #1
Marielle de Sarnez, à l'époque, à votre place. Je parle au Parlement européen bien évidemment. C'est exprimé sur le danger commercial que représentait la Chine déjà à cette époque-là et sur les solutions européennes qui existaient pour la contrer. On va écouter cet extrait ensemble et je vais vous demander de réagir et surtout de nous dire si en fait cette intervention, elle est encore d'actualité et surtout quel chemin avons-nous parcouru depuis face à la Chine.
- Speaker #2
La Chine n'est pas une économie de marché et qu'à partir de ce moment-là, les choses sont simples. Nous ne devons pas lui donner le statut d'économie de marché. Ça n'est pas plus compliqué que cela et j'espère que vous l'entendez. Et nous devons en même temps agir dans quatre directions. 1. L'Europe doit se doter enfin d'instruments commerciaux forts, défensifs. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. 2. Elle doit se doter enfin d'une stratégie industrielle commune et d'une stratégie d'investissement commune, en particulier dans tous les domaines d'avenir. 3. L'Europe doit parler sur cette question d'une seule voix. Il y aura évidemment du chantage de la Chine sur les États membres. Je vous le dis, restons unis. Unis, nous serons forts. Divisé, c'est l'Europe qui perdra.
- Speaker #1
Deux questions à la lumière de cet extrait, Marie-Pierre. Est-ce que les quatre souhaits de Marielle de Sarnez ont été exaucés par l'Europe depuis ? Et ma deuxième question, est-ce que les États-Unis version Donald Trump sont la Chine de 2014 ? Déjà,
- Speaker #0
dire que Marielle de Sarnez... par cette intervention était visionnaire. Visionnaire de la réalité de ce que doit être notre politique commerciale, de ce que doit être l'Union européenne. Une puissance, finalement. Ce qu'elle appelle de ses voeux, c'est une véritable puissance. Je dirais qu'elle serait sûrement en partie fière de certains éléments que nous avons pu mettre en place. Et elle serait en partie... déçue parce qu'elle dirait mais pourquoi on n'a pas le coup on l'a pas fait plus vite pourquoi on va pas encore plus fort c'est Tout ce qu'on constate à l'heure actuelle. Pourquoi on n'a pas mis en place justement ces éléments de politique industrielle en amont ? Pourquoi on est encore aussi timide sur les questions d'investissement et d'innovation qu'elle évoque ? Il y a des vrais changements en ce moment du fait de la guerre en Ukraine, du fait du retour de Donald Trump. Mais ça reste parfois trop timide, trop timoré. J'appelais de mes voeux dans l'hémicycle pour dire ça suffit au consensus mou. Ce temps est révolu. Il faut, dans notre approche, être plus disruptif parce que les autres le sont. Les autres ne respectent pas les règles internationales, ils les contournent. Donc à nous aussi d'être imaginatifs, non pas de mettre à mal le système multilatéral, non pas de mettre à mal la règle de droit auxquelles nous sommes attachés, mais véritablement aller de l'avant, maintenir cette unité européenne. accéléré sur cette politique industrielle, mais je crois que en tout cas sur la Chine, entre guillemets, son appel est exaucé. Maintenant, il y a une vraie stratégie commune européenne d'avoir qualifié la Chine de véritable compétiteur, d'avoir créé, je suis heureuse d'avoir contribué à ça, un instrument sur la coercition économique, parce que c'est ce que fait la Chine. La coercition économique, c'est du chantage en fait. Un exemple concret auquel nous avons été confrontés. La Lituanie a voulu renforcer ses relations politiques, économiques, commerciales avec Taïwan, sur la question notamment des semi-conducteurs, parce qu'on sait le rôle que joue Taïwan. La Chine lui a dit, si vous faites ce choix politique-là, nous nous répliquerons en matière commerciale, nous nous fermerons l'accès à notre marché intérieur. Ça, c'est vouloir limiter la souveraineté et la liberté d'un État. C'est ça la coercition économique, c'est ça le chantage. Donc nous... Avant d'avoir créé cet instrument sur la coercition économique, l'Union européenne, on était démunis. Vous pouvez faire certes des recours au sein de l'Organisation mondiale commerciale, mais combien de temps ça prend ? Ça ne solidifie pas la solidarité, l'unité entre États membres. Et là, voilà, on a cet instrument. Et ce qui est fou, pour répondre à votre deuxième question, c'est qu'on peut se dire à l'heure actuelle que cet instrument sur la coercition économique, finalement, peut-être que ceux avec qui il est promis, on va l'utiliser. Ça peut être l'administration de Donald Trump, parce qu'effectivement, là aussi, ce qu'il fait, c'est de la coercition économique, c'est mettre à mal le modèle de droit, c'est mettre à mal nos législations spécifiquement sur le domaine du numérique. Donc oui, je vous partage ce que vous avez dit, finalement, Donald Trump devient par certains comportements celui qui attaque et affaiblit le système multilatéral.
- Speaker #1
On entend souvent de la part des discours de l'extrême droite et de l'extrême gauche incarnés au Parlement européen par Jordan Bardella et Manon Aubry respectivement que les traités de libre-échange seraient une abomination. Et finalement, le fond de commerce de ces gens-là, c'est de prôner une vision de repli sur soi et de protectionnisme économique. Qu'est-ce qu'on peut dire quand on entend des inepties pareilles ?
- Speaker #0
Vous savez, souvent avec Manon Aubry, on débat de ces questions dans l'hémicycle. Et elle me pose ce qu'on appelle des cartons bleus. C'est-à-dire, une fois que j'interviens, elle m'interpelle et elle me fait des grands discours. Puis d'ailleurs, elle fait des super montages vidéo après, un peu mensonger, etc. D'ailleurs, je lui ai répondu là-dessus sur l'hémicycle. Moi, ce que j'ai envie de dire à Manon Aubry, c'est que si réellement elle était de gauche, elle voterait en faveur de certains accords de commerce. Parce que finalement, quand on est de gauche, on est pour un certain cadre de régulation. On n'est pas pour une absence de règles, on n'est pas pour de la concurrence justement à tout va. Et ces accords de commerce, l'exemple type la Nouvelle-Zélande, il permet d'avoir le respect de l'accord de Paris comme une clause essentielle. Il permet d'avoir pour la première fois des sanctions. Donc pourquoi elle ne le vote pas si justement elle l'est pour un cadre de juste échange ? Elle devrait ! Donc effectivement, vous avez raison de souligner qu'il y a une incohérence dans leur discours. Quand le cadre est plus bénéfique que l'absence de cadre, je ne sais pas, ce n'est pas mieux. C'est tellement facile leur discours, c'est tellement populiste, c'est tellement plus exigeant d'expliquer la réalité de nous, ce qu'on essaye de faire et ce qu'on essaye de changer, justement. Donc voilà, c'est toute leur stratégie, c'est tout aussi leur volonté de dire, oui, regardez en plus. Eux, ils votent les accords de commerce, ce sont des libre-échangistes. Oh, ils prônent l'ouverture à tout va. Non ? Moi, je n'ai jamais prôné l'ouverture à tout va. Justement, je suis à la fois pour l'ouverture parce que je sais que le cadre protectionniste, tel que voulu par Donald Trump, tel que porté par certaines mesures chinoises, ne nous permet pas de défendre nos intérêts, ne nous permet pas d'être plus fort sur la scène internationale et d'engager les partenaires. Donc, oui à l'ouverture, mais pas n'importe quelle ouverture, l'ouverture qui soit régulée. Et certains accords de commerce nous le permettent. Donc oui ! à certains accords de commerce et continuons à agir avec une voix française déterminée mais crédible à changer les autres accords.
- Speaker #1
Bien, on va passer au quiz maintenant. Première question, c'est mieux de négocier avec Trump ou avec Poutine et pourquoi ?
- Speaker #0
Je vais peut-être choquer, mais je vais répondre Vladimir Poutine. Pourquoi ? Parce que je pense que quand on négocie, finalement on ne négocie pas avec un allié. Alors, vous vous posez la question, est-ce que Donald Trump en ce moment est un allié ? Mais celui qui dans les deux n'est clairement pas notre allié, c'est Poutine. Et dans tout le contexte, ça peut choquer de dire ça actuellement, parce que les gens vont dire « mais pourquoi elle répond Vladimir Poutine ? » Mais ceux qui doivent négocier justement avec Vladimir Poutine... Bien sûr, les Ukrainiens, mais c'est les Européens, ce n'est pas quelqu'un d'autre. Donc, c'est pour ça que j'ai envie de répondre Vladimir Poutine.
- Speaker #1
En fait, finalement, j'ai l'impression, et oui, je vais prendre quelques secondes, mais que depuis le début de nos échanges, ce que vous êtes en train de nous dire, c'est que ce qui se passe dans le monde, c'est comme ça, c'est factuel. En fait, c'est plutôt la vraie question, comment nous, on réagit, et pas passer son temps à montrer du doigt les autres, « Ah bah regardez, Trump, il nous fait ci, ou Xi Jinping, il nous fait ça. » mais plutôt, l'Europe, comment on va faire pour réagir dans ce monde-là ?
- Speaker #0
Je pense que la responsabilité, le devoir, spécifiquement des démocrates, d'un membre du mouvement démocrate, c'est de regarder le monde tel qu'il est, non pas tel qu'on voudrait qu'il soit. On s'engage pour faire en sorte que le monde devienne comme on a envie. Mais notre responsabilité première, c'est de regarder la réalité du monde.
- Speaker #1
Si vous deviez organiser un sommet international sur... L'éthique dans le commerce, vous le feriez où ? À New York, à Pékin ou à Rio ?
- Speaker #0
Pékin parce que justement, si je veux engager la Chine sur ces sujets-là, je vais chez elle et je la mets aussi face à ses responsabilités. Le faire à New York, je pense que c'est des enjeux qu'on peut partager. Mais le faire à Pékin, pour moi, c'est justement, là encore, regarder le monde tel qu'il est.
- Speaker #1
On parle un peu du modem ?
- Speaker #0
Bien sûr !
- Speaker #1
C'est quoi votre meilleur souvenir que vous gardez d'une campagne électorale sous l'étiquette du modem ?
- Speaker #0
Il y en a tellement ! Comme ça, je fais une dédicace au président des Jeunes Démocrates, Jules Pasquet. On était partis faire du collage lors des campagnes des Européennes à Paris. Et donc Jules m'a amenée dans un bar auquel je pense que je n'aurais jamais été. Et je me suis retrouvée, mais j'ai adoré ce moment, à échanger avec des personnes que j'aurais sûrement jamais rencontrées, notamment un prof très investi chez LFI, où on a parlé de plein plein de choses sans trop savoir qui on était au début l'un et l'autre, mais j'ai adoré cet échange. Et c'est ça que j'aime dans ces événements avec le Modem, c'est rencontrer justement des gens que spontanément on ne devrait pas se rencontrer, et des gens qui ont des cultures politiques différentes, et avoir des vrais débats.
- Speaker #1
On va rester dans le thème de la convivialité. Alors, si vous deviez organiser un dîner avec trois personnalités politiques, qui inviteriez-vous ?
- Speaker #0
Je ne vais pas choisir des personnalités politiques françaises. Sûrement le prisme commerce international, qui est peut-être en lien avec tous les échanges qu'on vient d'avoir. Donald Trump, Xi Jinping et... Très bien, Miliay.
- Speaker #1
En Europe, quelle est votre ville préférée ?
- Speaker #0
Sans hésitation, Rome. Peut-être parce que déjà, c'est l'Italie. Toute la culture italienne, l'histoire.
- Speaker #1
Le Canada dans l'Union Européenne, vous êtes pour ou contre ?
- Speaker #0
Joker.
- Speaker #1
Ce sera le seul à l'heure du quiz. Pour revenir sur le côté modem, pourquoi l'échelle locale est d'abord cruciale en politique et surtout primordiale au sein de notre mouvement ?
- Speaker #0
C'est parce que pour le MoDem, les gens sont importants. En fait, tout simplement. Parce qu'on est un parti d'humanistes. Et parce qu'on est un parti avec des militants, des élus, qui s'engagent. pour le bien commun, pour les citoyens, dans tous nos territoires, dans la diversité de nos territoires. Et toutes les décisions qu'on va prendre en tant qu'élus, et c'est souvent ce que je dis aussi en tant que députée européenne, les décisions que je prends, elles ne restent pas dans un tiroir à Bruxelles. Elles ont vocation à s'appliquer dans nos territoires. Elles ont vocation à changer la vie des gens. Et c'est finalement parce que nous sommes des humanistes que le territoire est important.
- Speaker #1
Si vous deveniez présidente de la République, ce que je vous souhaite, un jour, Quelle serait votre première mesure ? Mesure symbolique ?
- Speaker #0
Je dirais un grand plan pour la méritocratie. Dans le sens, on parle souvent de plans, de grandes ambitions, etc. Et les gens doivent se dire, oui, mais concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ? Je crois à l'égalité des chances. C'est quelque chose qui, je pense, est important aussi dans notre famille politique. Et je crois aussi effectivement à la méritocratie, à la capacité pour chacun aussi de s'engager, de changer les choses. Et pour moi, un grand plan pour la méritocratie, ça doit être l'alliance justement de la confiance entre l'individu, entre ses capacités et le soutien de la puissance publique à ceux qui à des moments ont besoin justement de ce soutien-là. On a parfois... des histoires de vie, des accrochages, des moments tragiques qui font que l'État doit être là pour aider. Et on a aussi cette nécessité de s'engager derrière notre nation. Pour moi, ce plan sur la méritocratie, avec des mesures précises, doivent permettre finalement aussi un peu de refaire nation et de refaire corps.
- Speaker #1
Et je trouve que ça a d'autant plus de sens quand c'est vous qui le dites, parce que vous l'avez rappelé en début d'émission, vous êtes née à Limoges. Une ville périphérique qui ne paye pas de mine, qui est souvent moquée d'ailleurs dans la ruralité. Alors on dit souvent que c'est la ville à la campagne. Et puis en fait vous avez monté les échelons pour devenir maintenant députée européenne. Et je pense qu'il n'y a pas meilleur exemple, ou je ne les connais pas, pour en fait dire à tous ces jeunes qui sont issus de la ruralité, des banlieues ou de territoires tout simplement plus éloignés, que rien n'est figé dans la vie. Il y a des déterminismes, c'est vrai, mais on peut les dépasser. Justement, Vous croisez souvent des jeunes dans votre quotidien, je le sais. Vous faites notamment les 48 heures d'Europe.
- Speaker #0
Les 48 heures d'Europe, c'est une action que j'ai portée pendant le premier mandat. Ça me tenait à cœur, effectivement, de mettre en place des actions spécifiquement pour les jeunes. Et faire en sorte que des jeunes qui ne doivent pas se rencontrer, puissent se rencontrer. Et donc j'ai fait le choix de sélectionner 48 jeunes pendant 48 heures. pour débattre de l'Europe ensemble et en quelque sorte enfermés pendant 48 heures, coupés de leur famille, de leur établissement scolaire, mais véritablement nourrir un dialogue entre eux, entre nous, pour pouvoir réfléchir ensemble. Et ce que je trouve passionnant et aussi très riche, c'est que finalement je suis toujours en contact avec de nombreux jeunes qui ont participé à ces événements, qui ne se connaissaient pas aussi entre eux, et des liens qui ont été établis. Entre des jeunes qui, par exemple, sont étudiants à Sciences Po, d'autres étaient en lycée professionnel dans une branche de sécurité, etc. Mais on continue à échanger tous ensemble et finalement à grandir ensemble. Donc c'est pour ça que c'est pour moi essentiel. Et là aussi, je trouve que c'est quelque chose qui correspond bien à la famille du mouvement démocrate.
- Speaker #1
Qu'est-ce que vous répondez à la jeune fille ou le jeune homme qui vous demande en fait, quelle utilité il y a maintenant ? en 2025 à s'engager dans le monde politique et dans un parti politique ?
- Speaker #0
Pour soi-même, finalement déjà, parce qu'on apprend beaucoup sur soi-même quand on s'engage. Et puis pour défendre des valeurs, des convictions auxquelles on croit. Si on ne s'engage pas, c'est les autres finalement qui déterminent les lignes à notre place. Moi, je dis souvent à ces jeunes que je rencontre Si vous pensez que la politique ne s'occupe pas de vous, c'est l'exact inverse. Et c'est à vous aussi de vous occuper de la politique. J'encourage à l'engagement. L'engagement, il peut revêtir différentes formes. Finalement, l'engagement associatif m'a menée à l'engagement politique. Parce que des fois, une rencontre change une vie. Moi, ça a été le cas. C'est notamment Jeanne-Françoise Dutain qui a changé ma vie, qui m'a fait rencontrer François Bayrou, qui m'a fait rencontrer Marielle de Sarnez, ce qui m'a fait ensuite rencontrer Emmanuel Macron, elle m'a ouvert des portes que je semblais insoupçonner pour moi justement, qui vient de Limoges, qui vient même précisément de la banlieue de Limoges. Donc oui, il faut s'engager quand on a des convictions et quand on a envie de les voir porter. Et puis, il faut s'engager aussi au sein du Modem parce que finalement, c'est ce qu'on trouve aussi, c'est une famille. Le Modem, c'est une famille. C'est des gens qui partagent des valeurs communes, des convictions communes, et qui justement, parce qu'on est des humanistes, parce qu'on est des Européens convaincus, pas des Européens béats d'ailleurs, ben voilà, on s'engage pour quelque chose en quelque sorte qui est plus grand que soi.
- Speaker #1
Si vous deviez choisir un slogan pour le Modem, ce serait quoi ?
- Speaker #0
Je dirais « Chaque voix compte, chaque action transforme » . Ça correspond finalement à l'échange qu'on vient d'avoir sur pourquoi s'engager aussi en politique. Chaque voix compte, c'est véritablement le fait que, justement, toutes les voix ont un rôle important et toutes les voix doivent être entendues, prises en considération. C'est aussi pour ça qu'on est démocrate, justement. Et chaque action transforme. C'est justement que ce soit des petites actions, des grandes actions, quelle que soit l'action, ça transforme à la fois la politique publique, la vie des gens, et ça aussi une action finalement sur nous-mêmes. Moi j'ai appris en politique beaucoup, j'ai rencontré des gens formidables. Donc voilà, j'estime que chaque voix compte, chaque action transforme. C'est une belle image pour notre famille politique qui est le mouvement démocrate.
- Speaker #1
Sur ces belles paroles, je crois qu'on peut conclure nos échanges. Merci beaucoup, Marie-Pierre, d'avoir accepté l'invitation. Et puis, pour ceux qui nous écoutent, on vous donne rendez-vous avec le Modem le mois prochain pour un nouvel épisode de votre podcast La Voix Démocrate. Sur ce, je vous dis à bientôt.