- Speaker #0
Porter progressivement le congé paternité à égalité avec le congé maternité budgétairement, ça peut être problématique. On a fait des études de coût, des études d'impact un petit peu quand même, avant de faire cette proposition, parce que c'était pour moi important.
- Speaker #1
Bonjour à tous et bienvenue pour La Voix Démocrate, le podcast du mouvement démocrate. Et aujourd'hui, je reçois Delphine Wingeman, députée du Puy-de-Dôme. Bonjour Delphine.
- Speaker #0
Bonjour Jean-Yves.
- Speaker #1
Alors, on va parler du rapport d'information sur la politique d'accompagnement à la parentalité. Et ma première question, c'est est-ce qu'il faut aider les jeunes à accéder à la parentalité ? Est-ce qu'il faut les accompagner ?
- Speaker #0
Pendant six mois, nous avons auditionné une cinquantaine de personnes. Nous avons mené une mission parlementaire en Espagne, qui est quand même un pays précurseur sur l'accompagnement à la parentalité. Et le fruit de ce travail, c'est 44 propositions pour pouvoir justement donner envie aux jeunes de devenir parents, et puis leur dire qu'en tant que politique, on est prêt à les accompagner, à faciliter cette parentalité, et puis surtout aussi à ne pas... bien partagé, en tout cas, a bien partagé cet équilibre entre l'homme et la femme au sein de la parentalité, à soutenir les familles monoparentales également, qui représentent quand même pas mal de familles aujourd'hui. Moi, à travers ce rapport, j'ai envie de donner le message aux jeunes qu'il y a des députés qui se préoccupent de les accompagner dans leur parentalité. On sait que durant cette période, c'est compliqué au sein d'un couple. que c'est compliqué quand il s'agit d'une famille monoparentale et dans ces familles monoparentales qui représentent un quart des familles et souvent c'est, enfin 82% ce sont des femmes qui sont parents principales, qui ont la charge de l'enfant et on s'aperçoit qu'il y a vraiment un décalage, un déséquilibre entre l'homme et la femme à ce moment-là qui peut aussi poser questionnement aux jeunes filles aujourd'hui. 90% quand même des inégalités. salariales proviennent justement de la parentalité, sont dues à la parentalité directement et c'est important de travailler sur la parentalité au travail de travailler avant, dès le désir d'enfant comment bien accompagner les parents, comment porter un projet parental au sein du couple comme quand on se marie, par exemple à l'église c'est pareil on porte un un projet marital, et bien... porter pour moi un projet parental est important. Et je pense que ça permet aussi de souder un couple autour de ce projet.
- Speaker #1
Alors, c'était donc un rapport d'information demandé par la Commission du droit des femmes. Les rapports d'information sont transpartisans. Comment est-ce que c'est de travailler, en l'occurrence ta co-rapporteure était LFI, comment est-ce que c'est de travailler comme ça quand on est de chaque côté du spectre politique ?
- Speaker #0
Nous, dans la famille démocrate, On apprend à créer des passerelles à l'Assemblée nationale, c'est notre ADN, de faire des compromis sans jamais compromettre, non plus faire de compromissions sur notre ADN et sur nos idées politiques. Il y a des choses sur lesquelles je n'étais pas d'accord avec la co-rapporteur, je lui ai dit, et puis on a trouvé des compromis pour pouvoir aboutir quand même à 44 propositions. recommandations et le travail va se poursuivre. Voilà, tu vois, le travail va se poursuivre, c'est-à-dire qu'on va essayer de co-porter parce qu'aujourd'hui la configuration de l'Assemblée nationale fait que nous avons besoin et pas seulement besoin, que c'est un impératif de travailler ensemble sur des sujets qui peuvent être transpartisans et je pense que la parentalité fait partie de ces sujets transpartisans. Nous allons porter des propositions de loi. On sera également soutenu par nos collègues de la délégation au droit des femmes dans ces propositions de loi. Après, moi je serai toujours très vigilante à une chose aussi, c'est oui pour mieux accompagner les parents, mais ça ne sera pas open bar sur le côté financier non plus. Donc il faut aussi mettre des frontières au niveau dépenses publiques, être raisonnable. Je pense qu'aujourd'hui en politique, on a besoin d'être responsable. raisonnable et c'est important de faire des propositions qui s'inscrivent à la fois dans la raison et dans la responsabilité pour les générations à venir.
- Speaker #1
On reviendra plus en détail sur toutes les propositions que tu as mis en avant. Mais je regardais dans la question de l'égalité des sexes, dans votre rapport, il y avait un chiffre intéressant. C'était 85% des rendez-vous d'octolib pour les mineurs étaient prises par les femmes. Donc c'est le chiffre qui montre que les femmes ont encore... toute la responsabilité de l'enfant. Au-delà de la question biologique, tu penses qu'il y a aussi une question sociale sur les femmes ? Il y a aussi une pression sociale sur les femmes ?
- Speaker #0
Alors, moi je ne parlerai pas de biologie, parce qu'on est deux quand même quand on fait un enfant. Je pense qu'aujourd'hui, nos politiques d'accompagnement à la parentalité ne sont pas équilibrées entre l'homme et la femme. C'est-à-dire que quand on est une femme, on doit répondre à une double injonction, c'est-à-dire travailler en éduquant des enfants. et puis éduquer des enfants tout en travaillant. C'est-à-dire que là, c'est difficile. Je pense que l'homme est moins soumis à cette injonction. Et aujourd'hui, les politiques publiques ne vont pas dans cet équilibre entre l'homme et la femme. Et je pense que ça peut constituer un frein pour certaines jeunes filles en se disant « si j'ai un enfant, je vais devoir arrêter mon travail » . On sait qu'aujourd'hui, il y a 20% des parents... qui sont sans solution de garde pour leur enfant et la plupart du temps ce sont les mamans qui font le choix de rester à la maison, souvent parce qu'elles ont un salaire moins élevé que les papas, et aussi par choix, par injonction sociale, sociétale comme tu dis. Et je pense que c'est important de rééquilibrer les choses au sein du couple. Que les deux parents soient des parents à part entière, que le père ne soit pas un père auxiliaire et la mère le parent principal. Et c'est important de rééquilibrer ça parce que les jeunes nous demandent ce rééquilibrage, cette équité au sein des couples, cet équilibre au sein des couples. Ils sont vraiment très à la pointe, on le voit en politique, sur la parité en politique, dans mes combats. Et je pense que c'est important de les écouter pour leur dire, oui, on vous entend et cette parentalité doit être mieux partagée et mieux accompagnée.
- Speaker #1
Parmi tes propositions, il y a... la question du congé parental. Et je voudrais qu'on fasse un petit tour d'horizon. Il y a des questions de l'Espagne où vous êtes allé, mais je sais que dans beaucoup de pays européens, c'est très différent de la France. Quelle est un petit peu la situation en France et qu'est-ce que vous proposez ?
- Speaker #0
Alors déjà, pour un meilleur équilibre au sein de la parentalité, c'est dès le plus jeune âge, il faut lutter contre les stéréotypes de genre entre les garçons et les filles. Et ce rapport... C'est le fruit quand même de 50 auditions, comme je l'ai déjà dit. Et ce rapport propose de mettre en place des activités domestiques, comme dans les pays scandinaves, ou au collège et dans les écoles élémentaires, qui ne portent pas le même nom. Les garçons et les filles travaillent sur des activités manuelles. Ça peut être de la cuisine, ça peut être aussi de la réparation, de la technologie. Je sais qu'à mon époque, ça existait déjà. Et les garçons faisaient avec nous la cuisine et les filles faisaient également, fabriquaient des objets, etc. Et je pense que c'est important de retrouver cette équité, cette égalité entre les garçons et les filles dès le plus jeune âge. Deuxième chose, c'est au niveau du travail. Évidemment, au niveau du travail, cette parentalité doit être mieux accompagnée. Ce que je propose moi dans ce rapport, c'est de, et tu l'as souligné, Les rendez-vous d'octolibre, 80% de ces rendez-vous, c'est les mamans qui les prennent. Mais je peux te dire que quasiment 100% des appels de l'école, ils ne le font pas au papa et aux mamans, ils le font aux mamans. C'est-à-dire que nous, on est toujours le numéro d'urgence à appeler quand ton enfant a de la fièvre. Donc là, il faut changer aussi tout ce fonctionnement et on voudrait donner des devoirs au papa, mais aussi des droits. parce qu'ils attendent aussi d'avoir des droits. Et on propose quatre congés, quatre jours et demi. Ça, c'est le fruit quand même de beaucoup d'auditions et beaucoup de chercheurs, de la commission parentalité qui s'est tenue avec Sarah El Haïry, notamment notre chère collègue Sarah. Et donc, il y a quatre jours et demi de congés parents d'autorisation d'absence. Excuse-moi, quatre jours et demi d'autorisation d'absence pour les parents, pour chacun des parents pour suivre leur enfant. tout au long de leur scolarité, de l'école maternelle jusqu'au lycée. Les réunions parents-profs, c'est pareil. Tu n'as pas encore d'enfants, mais quand tu vas aux réunions parents-profs, moi j'y suis allée souvent, il y a souvent beaucoup de mamans. Parce que les papas se disent, je n'ai pas le droit de sortir plus tôt de mon travail parce qu'on a des obligations et parce que la société leur donne ses injections, ses injonctions aussi.
- Speaker #1
Être parent, ce n'est pas être parent que d'enfant de nouveau-né. Il y a quelque chose pour les parents d'enfants un peu plus âgés ou des adolescents ?
- Speaker #0
Alors actuellement, et moi j'ai été beaucoup attachée à ça parce qu'on parle souvent de parents défaillants ou de parents qui sont dépassés à l'adolescence, mais souvent... ils le sont parce qu'il n'y a pas d'accompagnement réel, ou alors cet accompagnement des politiques publiques. L'adolescence, et j'en ai parlé avec Sarah et Léa, c'est vraiment l'angle de mort, ou ce qu'on peut dire la zone blanche de tout ce qui est politique de public de parentalité. Et je pense qu'il va falloir qu'on investisse ce champ, il va falloir qu'on donne des moyens, et c'est d'autant plus important avec les problèmes de santé mentale qui existent, d'isolement lié au réseau. de harcèlement. Et donc, être parent d'ado aujourd'hui, ce n'est pas facile. Et il va falloir qu'on les aide mieux. Alors, dans ce rapport, évidemment, il y a beaucoup de préconisations dans ce sens. Et je vous invite à les lire parce que c'est important et il est très détaillé.
- Speaker #1
Tu soulignes un point intéressant, c'est le travail et donc la vie au travail. Est-ce que vous avez des propositions pour que le marché du travail s'adapte mieux à... la présence ou l'introduction du papa dans la vie de famille et comment faire de manière générale pour que le marché du travail soit plus équitable. On pense au salaire évidemment, mais il y a aussi le plafond de verre des carrières. Comment on pousse les entreprises et le secteur privé à rentrer dans le jeu ?
- Speaker #0
Pour répondre à ta question, il y a beaucoup d'entreprises qui sont déjà extrêmement vertueuses. Mais c'est souvent des grands groupes, parce qu'ils ont les moyens de mettre en place une véritable politique RSE et justement la parentalité pourrait être un indicateur ou un élément supplémentaire à rajouter dans les dispositifs RSE. Je pense que c'est important. Il y a aussi peut-être une évolution du Code du travail à mener. Il y a l'article 2242-2 du Code du travail qu'on aimerait modifier en intégrant le critère de parentalité dans l'égalité salariale entre les hommes et les femmes. On travaille également sur des flexibilités au niveau des horaires, c'est-à-dire peut-être éviter les réunions après 18h ou avant 9h pour pouvoir emmener ses enfants ou les récupérer. À tour de rôle, le but c'est de donner envie aux jeunes d'avoir des enfants à travers des véritables politiques d'accompagnement à la parentalité.
- Speaker #1
Et donc, je reviens sur la question salariale. Il y a une question de salaire et il y a une question... Les femmes sont défavorisées pour être femmes au niveau de leur carrière.
- Speaker #0
Complètement, en fait, dans ce rapport, on parle de variables d'ajustement. Les femmes sont les variables d'ajustement quand elles deviennent mamans. On peut parler également de pénalités maternelles, parce que finalement, elles sont pénalisées. C'est elles qui vont devenir souvent le parent principal. Évidemment, il y a toujours des exceptions, mais statistiquement, on a auditionné beaucoup de chercheurs, et statistiquement, sociologiquement, les femmes portent plus de charges de parentalité. Donc c'est important d'encourager les jeunes parents et de les accompagner dans cette parentalité. Ce qu'on propose, c'est de porter progressivement le congé paternité à égalité avec le congé maternité. Aujourd'hui, le congé maternité, c'est 16 semaines, et ce qu'on propose, c'est de porter... ce congé paternité à 16 semaines également. Alors progressivement, c'est-à-dire que dans un premier temps, ce qu'on propose, c'est de porter ce congé paternité en deux temps, après la naissance, 4 semaines à la naissance de l'enfant, pour que le père puisse soutenir la maman. On sait qu'il y a beaucoup de dépressions postpartum, et d'ailleurs, c'est la première cause de mortalité féminine. La première année après la naissance d'un enfant, c'est un enjeu de santé publique, et puis également pour s'occuper de son enfant. Au retour, la maman a dix semaines après la naissance, et au terme de ces dix semaines de congé maternité, le papa peut prendre à nouveau quatre semaines pour rester seul avec son enfant. Et c'est là que c'est important, parce que c'est là où il va se rendre compte que quand son épouse prendra du travail et dira « J'ai fait une lourde journée, etc. » Il va dire « Moi aussi, ma journée n'était pas facile parce qu'il a été malade, parce que notre enfant a été malade, parce que j'ai fait des courses, parce que j'ai fait des lessives, etc. » Et c'est là où finalement cette parentalité pourra être mieux partagée parce qu'il y a aussi des hommes, beaucoup d'hommes, beaucoup de papas qu'on a auditionnés qui nous ont dit qu'ils avaient aussi envie de passer plus de temps avec leur nouveau-né, mais qui n'en avaient pas... l'opportunité, puisque le marché du travail et la loi, aujourd'hui, ne le permettent pas.
- Speaker #1
Ne le permettent pas. Elphine Lingeman, merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci Jean-Baptiste. A bientôt.