- Speaker #0
Aujourd'hui, moi je déplore qu'on ait encore des jeunes ados qu'on place dans des établissements psychiatriques d'adultes parce qu'il n'y a pas de place enfant. On a besoin de construire un vrai service public de prise en charge de la psychiatrie des enfants.
- Speaker #1
Alors bonjour à tous et bonjour à toutes et bienvenue pour ce nouvel épisode de La Voix Démocrate. Et aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir la députée de la Nièvre, Perrine Goulet.
- Speaker #0
Bonjour, merci de m'accueillir.
- Speaker #1
Bonjour Perrine. Alors vous êtes donc députée de la Nièvre, élue depuis 2017 et aussi depuis 2022, présidente de la délégation aux droits de l'enfant à l'Assemblée nationale. Alors, je voudrais savoir, quand on est député, on a un choix assez large de thèmes sur lesquels on se consacre. Qu'est-ce qui vous a amené à vous intéresser à la question des droits de l'enfant et à la protection de l'enfance ?
- Speaker #0
Alors, quand j'ai été élue en 2017, les rencontres que j'ai pu effectuer sur le terrain, notamment dans mon département, la Nièvre, m'ont conduit à me réinterroger sur une politique que j'avais bien connue, puisque j'avais été bénéficiaire il y a quelques années, la protection de l'enfance, et qui m'a fait surtout constater qu'en 30 ans, plutôt que... Les choses se sont améliorées, elles se sont plutôt dégradées. Et donc j'ai choisi de mener ce combat pour essayer d'améliorer en tout cas la prise en charge des enfants en protection de l'enfance dans notre pays.
- Speaker #1
Et donc en 2022, vous devenez présidente de la délégation aux droits de l'enfance. Quelles sont ces missions et à quoi ça sert ? C'est une sorte de commission ?
- Speaker #0
Alors la délégation aux droits des enfants a été créée en 2022. J'avais porté une proposition de loi demandant cette création parce qu'à l'Assemblée nationale, nous avons effectivement diverses commissions. Nous avions une délégation aux droits des femmes et nous n'avions pas de délégation aux droits des enfants. Or, je pense que les enfants méritent qu'on ait un endroit où on ne parle que de leur sujet. Souvent, dans notre pays, on voit les enfants comme étant des entités qui appartiennent à leurs parents, comme des non-citoyens. donc moi j'ai choisi et j'ai porté et Et dans ça, j'ai eu la chance d'être relayée par la nouvelle présidente de l'Assemblée nationale, Yael Brond-Pivet, qui a fait créer cette délégation aux droits des enfants. Donc cette délégation, effectivement, c'est un peu comme une commission. Nous sommes 36 députés de tous bords, représentativement, j'allais dire, en proportionnel à ce qui est dans l'hémicycle. Et nous travaillons exclusivement sur les droits des enfants. Donc tous les droits des enfants qui sont portés par la Convention internationale des droits des enfants, qui s'appliquent donc juste de 0 à 18 ans. Et notre travail a pour visée d'éclairer, bien entendu, le travail législatif de nos collègues, notamment sur les droits des enfants.
- Speaker #1
Je comprends. En trois ans, il y a donc eu combien de rapports ? Quels ont été les grands sujets sur lesquels vous vous êtes attelés ?
- Speaker #0
Tout d'abord sur la protection d'enfance. Ça a été une des premières missions de notre délégation. Tout d'abord, le premier rapport a été sur la protection d'enfance en Outre-mer parce qu'il y a des spécificités. en Outre-mer, donc le premier rapport était sur l'Outre-mer, puis nous avons mené de longs cycles d'auditions sur la protection des enfants et tout ce qui est l'ASE, le placement des enfants, etc. Et au gré aussi de l'actualité, nous avons pu discuter sur le numérique, puisqu'il y avait des textes sur le numérique qui passaient à l'Assemblée nationale. Nous avons mené des missions à ce niveau-là. Et la santé mentale, la pauvreté des enfants, vous voyez, le spectre... est large et c'est ce qui est intéressant dans cette délégation c'est qu'on balaye assez large les droits des enfants et donc tous les sujets qui peuvent les concerner dernièrement nous étions sur un cycle prostitution des mineurs qui est un fléau qui est en augmentation dans notre pays mais c'est également regarder ce que sont nos enfants qui sont dans les camps en Syrie parce que vous savez on a une centaine d'enfants qui restent dans les camps en Syrie français, comment ils sont traités, comment sont respectés leurs droits Et là, nous venons de lancer une mission sur l'imprescriptibilité des crimes sur mineurs. C'est un sujet qui balaye la société à l'heure actuelle, au gré des faits divers qu'on a pu avoir ces derniers mois, qui sont un vrai sujet. Au moment où la parole des femmes ou des hommes, une fois adultes, se libère, la prescription doit-elle bouger ou pas ? C'est un vrai sujet et nous sommes dans les travaux à l'heure actuelle. Vous voyez, c'est vraiment assez large cette délégation dans les enfants.
- Speaker #1
effectivement Et en regardant vos travaux, j'ai vu qu'il y avait des organismes de protection de l'enfant qui étaient à but lucratif, donc privés. Et j'ai vu que vous vous étiez intéressé à ce sujet. Est-ce que c'est quelque chose qui est commun ? Et pourquoi ? Qu'est-ce qu'on cherche à faire en traitant de ce sujet-là ou en essayant de légitimer la situation ?
- Speaker #0
C'est une brique de la partie protection de l'enfance. Aujourd'hui, les enfants qui sont mis sous protection sont soit... protégés dans des foyers de l'enfance, soit protégés par exemple en étant mis dans leur famille. On voit arriver dans la partie foyer de l'enfance, on voit arriver des lieux de vie privés lucratifs. Jusqu'ici, ces établissements étaient soit gérés par les collectivités, notamment les départements, soit par des associations. Ce qui m'interpelle, parce que pour moi la protection en France, c'est un sujet de protection, et on ne peut pas délivrer ça aux privés lucratifs. J'ai malheureusement des exemples dans mon territoire de lieux de vie. prix ou lucratifs. Et je vois, un, les prix de journée qui sont bien plus élevés que l'associatif, donc c'est une perte de coût pour les départements. Et deux, surtout, on voit que dans ces établissements, il n'y a pas toujours des personnes diplômées qui encadrent ces enfants. Et les retours que j'ai, en tout cas, des lieux de vie privés lucratifs, ne sont pas toujours bons. Bien entendu, ce n'est pas une généralité. J'en ai rencontré aussi qui font très bon travail, mais ça m'interroge. Aujourd'hui, on met des enfants. dans des lieux de vie privés lucratifs, mais ils n'ont pas le choix. Autant je me pose moins la question pour les personnes âgées et les crèches, parce que les crèches, il y a des parents, les personnes âgées, ils ont le droit de décider. S'ils décident d'aller dans le privé, c'est leur choix. S'ils décident d'aller dans le public, c'est leur choix. Les enfants de l'ASE, la protection de l'enfance, n'ont pas le choix et ça doit être la puissance publique qui doit s'en occuper. On ne doit pas déléguer ces choses-là au privé lucratif.
- Speaker #1
La force ou la puissance publique, elle se préoccupe aussi de plus en plus... de la santé mentale des enfants et du temps d'exposition qu'ils ont aux écrans. Aujourd'hui, ça fait vraiment partie de leur quotidien, à raison de plusieurs heures par jour. J'ai vu que vous aviez fait un rapport d'information sur cette exposition. Comment est-ce qu'on arrive à participer et à réguler sans tuer un marché ou sans tuer des entreprises ? Comment est-ce qu'on arrive surtout à mettre l'enfant au premier plan ? quand on traite de ces sujets-là ?
- Speaker #0
Je vais commencer par la fin de votre question. Pour moi, dans toutes ces politiques, il ne faut pas regarder si on va impacter tel ou tel emploi ou telle entreprise. L'important pour moi, c'est les droits fondamentaux et la protection des enfants. Effectivement, ça fait 2-3 ans qu'on se pose la question sur le numérique. Il y a eu une mission d'information au sein de la délégation qui... portait à une époque sur des textes qui allaient passer en débat à l'Assemblée nationale, notamment un texte qui était sur la majorité à 15 ans, mais aussi un texte sur l'exposition des écrans. On a vu pendant des années, et même encore des collectivités le font aujourd'hui, ils achètent des tablettes pour mettre dans des écoles chez des tout-petits. Et on se rend compte, avec quelques années de recul, que ce n'est pas forcément une bonne chose. On a aussi la littérature scientifique qui progresse sur ces sujets-là, et on se rend compte que, eh bien... les écrans avant 3 ans, c'est vraiment pas une solution. Il faut combattre ces écrans avant 3 ans. Et en maternelle et primaire, il faut le faire à l'âge maternel et primaire, donc jusqu'à entre 3 ans et 12 ans. Il faut que ce soit bien régulé, bien réglementé, parce que c'est un impact d'enfermement. Les enfants ne jouent plus avec les autres enfants. Ils rentrent, ils sont sur leurs écrans. Donc c'est une difficulté. On voit bien qu'on a un sujet qui est à venir devant nous sur la régulation des écrans dans un premier temps. Parce que les écrans, ce n'est pas tout mauvais. Il y a des très belles émissions. Mon fils a regardé longtemps les C'est pas sorcier. Ça apprend beaucoup de choses. Ça, c'est intéressant. Mais ça veut dire que ce sont des écrans qu'il faut encadrer avec les parents. Il faut regarder ce que font vos enfants. Il faut vous assurer qu'ils ne sont pas sur des sites illicites. parce que malheureusement, on a encore beaucoup de sites illicites auxquels les enfants... Et puis récemment, il y a eu une commission d'enquête sur les effets de la plateforme TikTok. Donc là, plutôt à viser des adolescents, parce qu'on se rend compte que cette plateforme agit néfastement sur nos enfants. Tout d'abord, on voit que ça leur prend un temps infini, parce que cette mécanique de scroller les prend dans le jeu. Et en fait, ils ne sortent pas de cet écran avec... toutes les pubs qui vont avec et tout le reste. Mais surtout aussi, on voit que l'algorithme de cette plateforme oriente les pensées des enfants. Un enfant qui a une pensée un petit peu suicidaire ou en difficulté à un moment, il va taper par exemple quelque chose sur TikTok pour regarder certaines informations, et bien après il va être envahi de personnes qui pensent comme lui. Et donc à un moment, quand vous avez des idées suicidaires et que toutes les personnes que vous voyez sur un écran ont les mêmes idées que vous, à un moment vous avez un passage à l'acte. Donc on voit bien que ces plateformes, on a un problème d'algorithme qui n'est pas connu, et ça c'est vraiment une difficulté. On a un problème aussi de modération, on a des contenus pornographiques. des contenus de prostitution qui sont aussi sur ces plateformes, qui sont néfastes pour nos enfants. Donc on a devant nous le chantier de la régulation des plateformes et l'accès pour nos jeunes, pas pour réguler pour réguler, mais parce qu'on voit bien que c'est néfaste pour la santé mentale de nos enfants.
- Speaker #1
Oui. D'autres formes de plateformes qui ont un impact sur... Les comportements sociaux, c'est la pornographie et les sites pornographiques. Donc c'est l'accès à un très jeune âge, je crois que c'est 12 ans, et c'est une moitié des enfants de 12 ans qui ont déjà vu des contenus pornographiques. En France, à l'initiative Si mes souvenirs sont bons de Jean-Noël Barraud, on a commencé à essayer de contrôler l'identité. Est-ce que c'est une démarche que vous saluez ? Est-ce que ça va dans le bon sens pour vous ?
- Speaker #0
Alors la problématique, c'est qu'on a deux typologies de sites pornographiques en France. On a les sites, j'allais dire payants, qui eux font déjà un contrôle pour les adultes. Et ceux-ci, je trouve qu'ils ont un modèle, les gens veulent payer, ils y vont, c'est leur problématique. Mais on a aussi tous ces sites, que je ne citerai pas pour leur faire de la pub bien entendu, qui sont en accès complètement libre, où il y a juste à cocher, j'ai plus de 18 ans, vous cochez oui et vous rentrez. Et qui exposent en plus à des contenus. qui sont souvent bien plus violents et j'allais dire aussi bien plus décadents pour les filles. Et on ne veut pas punir la pornographie pour la pornographie. La pornographie c'est parce que ça a un impact dans la vie sexuelle de nos ados qui peut à la fin se transformer entre des violences faites en tas d'os au moment de leur première sexualité. Donc c'est très important. Alors effectivement il y a eu un texte porté par Jean-Noël Barraud puis Marina Ferrari qui a permis d'aboutir à un certain nombre d'avancées. Mais auparavant, il y avait déjà des textes qui demandaient à ce que l'âge de 18 ans soit bien vérifié. Malheureusement, c'est des plateformes qui ont des moyens financiers et qui attaquent en justice au fur et à mesure qu'il y a un acte législatif qui est posé. mais là je pense qu'on arrive maintenant à un moment où il se rend compte qu'il va falloir mettre en place cette authentification et je pense que là On l'a vu, il y en a, ils ont fermé leur site parce qu'ils n'étaient pas contents, mais très bien qu'ils les ferment. Moi, ça ne me pose pas de problème qu'ils les ferment. Mais il va falloir qu'on ait ce sujet d'identification.
- Speaker #1
On est d'accord. Donc, la pornographie, les écrans, cette délégation, elle s'occupe beaucoup de la santé mentale des jeunes. C'est un sujet central aujourd'hui dans toutes les législations. Vous arrivez à diffuser dans le reste des commissions cette préoccupation dès qu'il s'agit de légiférer, dès qu'il s'agit de... de mettre quelque chose en avant ?
- Speaker #0
Ce qui est très compliqué, on voit tous que les résultats sur la santé mentale de nos enfants, des derniers événements ou du numérique, de la vie à l'heure actuelle, est importante. Nos enfants et nos jeunes sont très en difficulté mentalement, les tentatives de suicide augmentent fortement. Donc c'est un enjeu de société. C'est un enjeu de société qu'il faut traiter et qui doit effectivement affuser toutes nos politiques publiques. La seule problématique, c'est qu'aujourd'hui, La psychiatrie dans notre pays est quand même un parent pauvre de notre système de soins et qu'il faut qu'on redonne envie à des médecins de se former dans cette psychiatrie, à des professionnels, infirmières, psychologues, d'aller accompagner tous ces jeunes. Donc il y a la partie préventive, comme on a vu tout à l'heure, pour essayer déjà de calmer au niveau du numérique et essayer de faire en sorte qu'ils ne soient pas complètement pris dans cet engrenage. Mais une fois qu'ils sont pris, comment on les aide ? Et là, c'est un peu plus compliqué. Aujourd'hui, moi je déplore qu'on ait encore des jeunes ados qu'on place dans des établissements psychiatriques d'adultes parce qu'il n'y a pas de place enfant. On a besoin de construire un vrai service public de prise en charge de la psychiatrie des enfants. Au global, ça c'est sûr, tous les enfants, mais encore plus pour les enfants protégés, en protection de l'enfance. Parce que ces enfants-là en plus ont été, j'allais dire, s'ils sont placés, c'est qu'ils ont été victimes de violences. Donc ça veut dire que dans leur psychisme. Ils ont intégré un certain nombre de facteurs sur lesquels il faut qu'on travaille pour qu'ils puissent se construire pour être les adultes bien dans leur peau de demain. Mais on a un vrai enjeu sur la santé mentale de notre pays, sur nos jeunes, et on le voit bien, ça a des coûts importants. Quand on sait que la moitié des lits de pédiatrie sont occupés par des jeunes en souffrance mentale, normalement ce n'est pas le rôle de la pédiatrie d'accueillir ces enfants-là.
- Speaker #1
Bien sûr. Et donc ça nous fait rentrer dans la question de la famille et donc de... des violences et dès qu'on entend des questions de violences au sein de la famille, des violences intrafamiliales, on est tout de suite pris d'une forte émotion et donc je voulais savoir, est-ce que... C'est parce qu'il manque justement des ressources en psychiatrie, en pédopsychiatrie ? Est-ce que c'est parce qu'il manque d'un accompagnement avant la natalité, un accompagnement à la parentalité ? C'est une grande question, mais qu'est-ce qui provoque ces violences intrafamiliales et comment est-ce qu'on pourrait les prévenir, voire les empêcher ?
- Speaker #0
Ce qui provoque, malheureusement, je ne sais pas, mais c'est quand on voit que la loi qui interdit les violences éducatives ordinaires, donc les claques, les fessées. les tirages d'oreilles, mais aussi les rabaissements par la parole, a été portée par une de nos collègues modem Maud Petit en 2019. Donc c'est très récent. Ça fait six ans qu'en France, on dit qu'on n'a pas le droit de frapper un enfant. Donc on a quand même une société qu'il faut bouger. Et ça, c'est important. Donc on a effectivement toute une partie de ces parents, qui ont des jeunes enfants aujourd'hui, qui ont été élevés dans ces conditions de violence. Donc il faut démonter un certain nombre de... J'allais dire d'habitude qu'ont été pris par ces parents-là et qu'ils ont vu, qu'ils ont subi pour qu'eux ne reproduisent pas auprès de leurs enfants. Et donc c'est là où il est important effectivement de travailler sur le prénatal. Nous on souhaite que les sages-femmes soient beaucoup plus impliquées sur la perception et la détection des violences qu'auraient pu subir les mères pour pouvoir après travailler avec elles sur les enfants. Ça c'est important. Une fois que le bébé est né, on a besoin de solutions pour accompagner les jeunes parents. Des enfants, ça peut être compliqué, il faut savoir se le dire. Ça ne se passe pas toujours avec un bébé qui dort bien, qui mange bien. Ça peut être compliqué. On peut avoir aussi des familles monoparentales où Madame est toute seule. Et H24, un bébé qui pleure, ça peut mettre en difficulté. Donc on a besoin de solutions de répit pour moi sur la première année de l'enfant. C'est à dire à un moment Quand le parent n'en peut plus et qu'il n'a pas de grands-parents, etc., de pouvoir dire, j'emmène mon bébé quelque part, prenez-le une heure, prenez-le deux heures, j'ai besoin de me reposer, j'ai besoin d'échanger, donc on a besoin de développer les maisons des mille jours. Dans chaque département, il nous faut une maison des mille jours, ça c'est une nécessité. Les maisons des mille jours, normalement, les mille jours c'est jusqu'à trois ans, donc à partir de la grossesse jusqu'à trois ans, c'est une politique qui a été déployée, parce qu'on sait que beaucoup de choses se jouent à ce niveau-là et c'est pour accompagner la parentalité. Donc on a besoin de déployer ces maisons mille jours partout. On a également pour moi besoin de revoir le rôle des PMI, les protections maternelles et infantiles, qui étaient très déployées il y a une vingtaine d'années, qui le sont toujours, mais plus sur les mêmes missions. Aujourd'hui, les familles ont un peu peur d'appeler la PMI, d'aller les voir parce qu'il y a souvent la peur du placement. Donc il faut qu'on revoie aussi cette PMI, et puis bien que tous les professionnels qui sont en lien avec les enfants puissent. détecter les violences et accompagner les parents quand ils sont en difficulté avec leur enfant.
- Speaker #1
J'aimerais revenir brièvement sur un sujet que vous aviez évoqué et qui a à voir avec ses conséquences des violences intrafamiliales, c'est la prostitution des mineurs. Est-ce que c'est directement lié ? Est-ce qu'il y a d'autres facteurs extérieurs ? Et quels ont été vos travaux sur la question ?
- Speaker #0
Alors, la prostitution des mineurs, on a tendance à penser que ça n'arrive qu'aux autres. C'est faux. On se rend compte que beaucoup de jeunes filles, mais il y a aussi des garçons, mais majoritairement c'est des filles, beaucoup de jeunes filles qui regardent un certain nombre de contenus sur les réseaux sociaux ou même à la télévision, banalisent l'acte sexuel. Et donc, pour faire plaisir aux petits copains, pour un McDo, pour ce genre de choses, se livrent à un acte prostitutionnel. Donc il y a ce type de prostitution-là. Et puis, bien entendu, il y a un autre public très fragile, c'est les enfants de protection d'enfance. Parce que les enfants de protection d'enfance, souvent, s'ils sont protégés, c'est qu'ils ont eu des violences, souvent des violences sexuelles. Donc ils ont une vision de leur corps qui n'est pas bonne. Et puis de toute façon, souillé pour souillé, autant en profiter et autant avoir de l'argent et que ça me rapporte. Donc on a deux types. Un, des jeunes qui se font embarquer, j'allais dire, par... par des garçons aussi. On a aussi tous les nouveaux contenus qui banalisent la sexualité. Et puis tous ces jeunes fragiles qui tombent sous les mains des proxénètes parce qu'ils trouvent que c'est une facilité. Et c'est surtout malheureusement moins bien réprimandé qu'un certain nombre de crimes. Mais attention, la prostitution peut arriver à n'importe quel enfant. Moi, c'est vraiment ce que j'en retire. Ce n'est pas une question de classe sociale, ce n'est pas une question de quartier. Par contre, on a une prédominance des enfants de protection d'enfants.
- Speaker #1
Et donc vous avez fait des recommandations là-dessus, vous disiez que c'est très peu réprimandé, est-ce qu'il faut aller plus loin ?
- Speaker #0
On est au stade de la continuité de notre cycle audition, parce qu'on fonctionne par cycle audition, donc on n'a pas encore toutes les recommandations. Mais on a un travail aussi à faire avec les hébergements, les hôtels, les plateformes de location, parce qu'on sait que maintenant, la prostitution, ce n'est plus dans la rue. On les retrouve, j'allais dire, cachés. Il y a aussi les sites, parce qu'on en a fermé certains, mais les petites annonces se faisaient sur des sites classiques de petites annonces. Donc il y a toute cette chose-là. Et puis, on doit aussi... Quand des jeunes ont été victimes de violences sexuelles, on doit mettre en place des mesures de soins pour qu'ils retrouvent l'estime d'eux-mêmes et qu'il n'ait pas l'impression que donner son corps, c'est une marchandise comme une autre. Je pense que c'est... Je n'ai pas encore, et on verra avec les collègues de la délégation, ce qu'on portera comme préconisation, mais c'est des axes qui déjà se dessinent.
- Speaker #1
D'accord. Et on conclura sur cette question. Je sais que vous êtes récemment allé à Mayotte, en Guyane, à La Réunion. Est-ce que les questions sont très différentes de la métropole ? Est-ce qu'il y a un besoin plus ou moins d'accompagnement ? Quelle est la réalité dans les Outre-mer ?
- Speaker #0
Certaines questions sont les mêmes, d'autres pas. Sur la question de la prise en charge des enfants, protection de l'enfance, on a les mêmes problématiques. Et puis on a quand même certains territoires qui sont très pauvres, donc on a un autre sujet dont on n'a pas forcément parlé, c'est la pauvreté des enfants. Et on a des sujets importants, notamment sur comment on donne à manger à ces enfants dans certains territoires d'outre-mer, comme la Guyane ou Mayotte. Donc on voit bien que c'est compliqué de faire une généralité entre l'Hexagone et les Outre-mer, mais même à l'intérieur des Outre-mer, on ne peut pas faire une généralité. Moi vraiment, pour moi, ce qu'il faut qu'on arrive à faire aujourd'hui, c'est que quand on voit les enfants et les politiques des enfants, chacun est dans son couloir de nage. Vous êtes à l'école, vous êtes sous responsabilité éducation nationale. Vous êtes dans un fait d'enfance, vous êtes sous la responsabilité du département. Vous êtes à l'hôpital, vous êtes sous responsabilité de la santé. On a besoin que tous ces ordonnateurs de politique se mettent ensemble pour regarder l'enfant dans sa globalité. Un enfant, ce n'est pas juste un écolier, juste un malade ou juste un enfant protégé. C'est les trois, par exemple, sur ce cas-là. Et donc, on a besoin d'interfacer plus et mettre en relation, coordonner les politiques. C'est pour ça que moi je plaide en protection de l'enfance pour que l'État reprenne sa place auprès des départements. Parce que cette politique de protection de l'enfance a été laissée aux départements au moment des lois de décentralisation des années 80. On les a laissées toutes seules, tous seuls les départements. Et aujourd'hui on a besoin que l'État revienne parce que l'État c'est la justice, c'est la santé, c'est l'école. Donc on voit bien qu'on a tout un nombre de politiques publiques dont ces enfants ont besoin et qu'il faut qu'on revienne aux côtés des départements. donc l'enfant doit être pour moi, je vais dire, le point central de notre société, puisque c'est l'avenir, et on doit coordonner toutes les politiques autour de l'enfant, pour faire en sorte qu'ils grandissent bien, et qu'ils deviennent l'adulte équilibré, et le citoyen de demain. On dit bien qu'il faut tout un village pour élever un enfant, mais il faut tout un pays pour élever les enfants de notre pays.
- Speaker #1
Périne Goulet, merci infiniment de nous avoir éclairé sur ces questions.
- Speaker #0
Merci, et n'hésitez pas, j'ai encore plein de sujets sur les enfants. Je suis intarissable et notre délégation est là pour s'occuper de tous les droits des enfants. On n'en a parlé qu'un tout petit peu. Est-ce que les droits des enfants, c'est large ?
- Speaker #1
J'imagine bien. Mais n'hésitez pas en tout cas à aller sur le site de l'Assemblée nationale, sur le profil de Perrine Goulet pour suivre tous ses travaux. Et moi, je vous dis à très bientôt pour une nouvelle Voix démocrate. Et merci de nous avoir suivis.