- Speaker #0
La Voix du Géo, soyez les bienvenus. Une série de podcasts associés aux activités et à l'actualité du Grand Orient de France. Je suis Fabrice Millon et j'ai le plaisir de vous accueillir sur ce nouveau podcast. J'ai le plaisir aujourd'hui d'avoir avec moi deux invités, deux invités de marque je dirais, Olivier Fournet et Stéphane Brunel. Olivier Fournet, vous êtes grand officier délégué à la citoyenneté et à l'éducation. Bonjour Olivier.
- Speaker #1
Bonjour Fabrice.
- Speaker #0
Stéphane Brunel, vous êtes président de la commission obédientielle École de la République. Bonjour Stéphane.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #0
Le Grand Alliance France, nous le savons, est depuis toujours reconnu pour son engagement en faveur de principes et de valeurs fondamentaux. On pense naturellement à la République, à la légitimité, à la dignité humaine, mais aussi et surtout aujourd'hui à l'école de la République. Pourquoi le Grand Orient de France considère-t-il que l'école publique constitue un enjeu aussi essentiel ? Olivier Fournet.
- Speaker #1
Écoutez Fabrice, l'école de la République telle que nous la connaissons naît au XIXe siècle, sous la Troisième République. Elle est l'œuvre notamment de Jules Ferry ou de Ferdinand Buisson, tous deux membres du Grand Orient de France. Nous avons donc un attachement particulier à l'école, avec un grand E. Et si l'on veut prendre deux exemples d'actions récentes de l'obédience, on peut citer le colloque « Réinstituer l'école de la République » de juin 2022, rue Cadet, dans le cadre des journées Janset. Celui-là même, qui rappelait que l'école devait rester l'asile inviolable aux querelles des hommes. Et bien évidemment, deuxième action récente, La mission donnée par le convent, notre assemblée générale annuelle de Lille, en 2025, à la commission École de la République, présidée par notre ami Stéphane, dont nous allons parler avec son président dans quelques instants. Je dirais aussi que notre méthode maçonnique consiste à élever l'individu, à lui permettre, par le travail initiatique symbolique, de se libérer de ses propres déterminants. pour accéder à une autre liberté par l'approfondissement de soi au sein d'un collectif. C'est le célèbre « connais-toi toi-même » socratique du temple d'Apollon à Delphes. Le parallèle avec la construction du citoyen éclairé, Ferdinand Buisson disait toujours « le premier devoir de la République, c'est de faire des républicains » . Donc ce parallèle avec la construction du citoyen éclairé, qui est la mission première de l'école, est tentant. Et explique aussi pourquoi le Grand Orient de France, a fait de ce sujet un objet de réflexion régulièrement dans ses loges.
- Speaker #0
Olivier Fournet, c'est très clair, merci. Vous avez, dans votre propos, mentionné cette nouvelle commission École de la République. Alors, ça tombe bien, Stéphane Brunel, vous en êtes le président. Quelle est l'utilité, quel est l'objectif, quelles sont les missions de cette commission ?
- Speaker #2
Alors, la commission, Olivier l'a rappelé tout à l'heure, est née d'un vœu de l'organe législatif du Grand Orient de France, c'est-à-dire que toutes les loges ont exprimé la volonté qu'il y ait un groupe qui se constitue et qui réfléchisse à cette École de la République. La commission École de la République a pour mission d'animer une réflexion collective sur l'avenir de l'école à partir de cinq grands chantiers proposés aux loges. La première année, on a réfléchi avec les membres de la commission, je dois leur rendre un vrai hommage fraternel, titulaire et 17 suppléants. Nous étions 34 et nous avons phosphoré pendant presque un an pour trouver cinq grands thèmes essentiels à la réflexion. Et ensuite, on a déployé ces cinq grands thèmes sur l'ensemble de l'obédience et l'ensemble des loges qui nous ont fait un retour. Alors, les premiers thèmes portent sur les fondamentaux historiques et philosophiques de l'École de la République. Comment la fidélité au principe fondateur L'idéal d'émancipation, la valeur de liberté, d'égalité, de fraternité, les savoirs nécessaires pour devenir un citoyen libre et le rôle constitutif de la laïcité sont portés aujourd'hui par l'école. Est-ce qu'ils se sont portés de façon satisfaisante ? Est-ce qu'il y a des améliorations à apporter ? Et quelles sont pour nous les craintes et les risques qui peuvent apparaître ? Ça, c'est pour le premier thème. Le deuxième thème, c'était sur la mixité sociale et scolaire. Le troisième thème, c'était... Comment l'école aujourd'hui traite ses enseignants ? Est-ce que l'école les traite bien ? Et qu'est-ce que ça veut dire aussi être un enseignant aujourd'hui, au XXIe siècle ? Le quatrième thème, c'était l'école et son écosystème. On voit bien que l'école est au centre d'un écosystème très particulier, avec de l'action culturelle, sportive, des rôles différents, des collectivités différentes, avec des territoires qui sont complètement différents, avec le numérique qui apparaît comme un enjeu majeur. que ces fameuses intelligences artificielles multiples Et puis le cinquième thème interroge véritablement quelque chose qui commence à poser d'énormes interrogations, pour le moins, c'est la gouvernance de l'école. Et comment cette gouvernance de l'école, les chefs d'établissement, les directions, sont devant de plus en plus d'injonctions paradoxales.
- Speaker #0
Merci Stéphane d'avoir cité tous ces thèmes, c'est très clair. Quels sont justement, à travers ces thèmes, les priorités identifiées par le grand élan de France pour que l'école redevienne le vecteur d'émancipation ? et d'égalité des chances qu'elle doit être ?
- Speaker #2
Alors, je reprendrai un terme qui nous est cher dans la Commission et au Grand Orient de France, c'est le terme émancipation. Étymologiquement, émancipation vient de mancipio, qui coupe la main. Ce n'est pas très joli, l'étymologie. Mais en fait, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que c'est couper la main de celui qui nous nourrit, c'est-à-dire se libérer de cette contrainte d'un maître, par exemple, qui nous donnerait en permanence ce pourquoi. et ce avec quoi on doit vivre. Je rappelle la belle phrase de Jean Massé, ancien franc-maçon et créateur de la Ligue de l'enseignement, entre autres, et qui disait « On va former des citoyens pour qu'ils n'attendent plus la béquille des puissants. » Et ça, je pense que c'est une des valeurs qui est commune au Grand Orient de France et qui a irrigué la création de l'école. Et c'est un acte politique fondamental, la création de l'école républicaine, en ce sens-là. Les grandes interrogations que l'on a, ce sont véritablement Qu'est-ce que l'on fait face aux inégalités sociales et territoriales avec une école de la République qui ne peut plus être pensée comme elle a été pensée à ses origines ?
- Speaker #0
Alors, Olivier Fournet ?
- Speaker #1
Oui, juste un complément à ce que vient de dire Stéphane. La démarche, elle n'a pas été une démarche défensive, avec l'idée de défendre une école immémoriale qui ne devrait pas bouger sur ses principes intangibles. Elle a été une démarche prospective, c'est-à-dire... comment est-ce qu'on peut adapter l'école au contexte actuel. Et elle a été portée par la réflexion des francs-maçons du Grand Orient de France. Donc une réflexion qui n'est pas conjoncturelle, mais qui s'inscrit dans le temps et qui s'inscrit dans les principes qui fondent le Grand Orient de France.
- Speaker #0
Merci, merci beaucoup de cette précision. Stéphane Brunel, vous mentionniez la création de l'école, les raisons pour lesquelles l'école républicaine existe. L'école est justement souvent présentée comme un lieu privilégié de l'apprentissage. C'est évidemment tout à fait normal, l'apprentissage de manière générale et de la laïcité. Est-ce que vous vous aujourd'hui qu'elle dispose des moyens nécessaires pour remplir cette mission ? L'apprentissage de la laïcité précisément.
- Speaker #2
Alors, est-ce que l'école dispose de moyens pour remplir sa mission ? Force est de constater ce qu'il y a entre le discours général politique et la réalité. et un vrai différentiel. Alors, c'est assez paradoxal parce qu'on a une qualité d'enseignement qui augmente chaque année. On a des enseignants qui sont très performants avec une montée en puissance intellectuelle du corps enseignant. Ça, c'est une réalité. Et il y a, paradoxalement, très souvent, un désengagement, mais pas que pour l'école. de l'État qui considère qu'il n'y a plus d'argent, donc il faut couper plein de possibilités de financement. Et tout ça fait une drôle de situation, à savoir qu'on n'a jamais eu autant d'enseignants très bien formés, paradoxalement, on n'a jamais eu autant d'enseignants si mal payés, et paradoxalement, on n'a jamais eu autant de gens qui ont de défiance par rapport à l'École de la République. Donc, il y a quelque chose qui se joue aujourd'hui. qui n'est pas si facile que ça à articuler. Et vraiment, comme le disait Olivier, la commission obédientielle a essayé non pas d'être en défense, en disant, et moi en tant que président, je n'ai pas voulu que ça soit absolument comme ça, c'est-à-dire avant c'était mieux, et la jeunesse était plus efficace, et ils étaient plus performants, ce n'était pas du tout ça le sujet, c'était d'analyser l'état des lieux, et de dire, pourquoi ça dégénère ? quels sont les grands axes qu'il faut maintenir, et ensuite, qu'est-ce qu'on peut proposer pour que perdure une qualité qui est reconnue internationalement sur la production de nos mathématiciens, de nos physiciens, peu importe nos disciplines, par exemple universitaires, on est toujours très bien classé à l'international. Et pourtant, on a des gens que l'on abandonne et en plus de grand nombre. Donc, il y a une vraie réflexion dans l'urgence aujourd'hui sur… pourquoi il y a cette séparation de populations que l'on voit grandir d'un côté et de l'autre.
- Speaker #0
Alors, je vais donner la parole à Olivier Fournier tout de suite, mais Stéphane Brunel, dans les propositions qui sont les vôtres, enfin qui sont celles de la Commission, vous pensez qu'il y a des propositions qui sont, comment dire, qu'un gouvernement pourrait mettre en œuvre aujourd'hui, ou est-ce qu'il s'agit de propositions qui n'envisagent que le long terme, que le très long terme ?
- Speaker #2
Alors, vous êtes au courant de la qualité première du Grand Orient de France, qui est une maison qui travaille lentement, qui prend le temps de la réflexion et qui ne rebondit pas sur les effets de mode. Ce que nous avons essayé de proposer, pour blaguer un petit peu, mais le Grand Orient n'est pas une institution révolutionnaire, donc on n'attend pas le grand soir. Par contre, on a essayé d'articuler dans la nuance. dans des petites touches de réflexion des changements qui pourraient être estimés et qui feraient des changements radicaux. Ça, c'est clair.
- Speaker #0
D'accord. C'est une obéissance qui travaille sur le long terme, mais qui, en même temps, s'inscrit dans le réel et dans le concret. Merci. Olivier Fournet.
- Speaker #1
Oui, Fabrice. Je voudrais revenir sur la laïcité parce que c'est une question évidemment centrale. La laïcité et sa défense sourcilleuse sont dans l'ADN du Grand Orient de France. qui y accorde une importance fondamentale à chaque ouverture de ses travaux partout dans le monde. Pour autant, dans une étude de 2024 sur la laïcité et les jeunes, la fondation Jean Jaurès évoque des aspects positifs, parfois à contre-courant d'un discours médiatique assez négatif sur la perception de la laïcité chez les jeunes, comme par exemple un sentiment de familiarité avec la notion pour 90% des 18-30 ans et une appréciation globalement positive pour les deux tiers d'entre eux. Cependant, comme dans la société en général, sa compréhension plus fine est davantage contrastée, avec un tiers des jeunes qui évoquent la laïcité comme étant l'égalité des religions entre elles. Ça n'est pas ça, mais un autre tiers évoque la liberté de conscience. Et enfin, le dernier présente la laïcité comme étant le principe de séparation des Églises et de l'État. Donc vous voyez Fabrice, c'est rassurant. Les jeunes... par contre dans cette étude sont plus enclin à accepter les signes religieux ostensibles que leurs aînés. Cela interroge bien évidemment sur la façon dont l'on construit cette notion dans nos écoles. Sans doute, une présentation sous forme d'interdiction en première intention ne peut suffire à faire adhérer une partie de la jeunesse à cette notion pourtant fondamentale au vivre ensemble. Dans mon école, il n'y a que des élèves. Il n'y a pas tel ou tel représentant de telle ou telle religion.
- Speaker #0
Merci Olivier Fournier de ces précisions, alors c'est effectivement réjouissant et ça met à mal je trouve aussi cette idée en fait de jeunes générations considérant la laïcité comme forcément un processus contraignant. Non, vous venez de chiffre à l'appui, vous venez de nous prouver effectivement le contraire. Je voudrais terminer l'émission vous posant alors une question évidemment un petit peu gênante mais est-ce que le développement de l'enseignement privé sous contrat qui est parfois financé quand même par des fonds publics est compatible avec cette ambition qu'on pourrait avoir d'une école publique forte ?
- Speaker #1
Fabrice, il convient sans doute ici de rappeler que l'enseignement privé sous contrat est financé à 100% par des fonds publics, pour ce qui relève de l'enseignement, puisque tous ces enseignants sont payés par l'État. Depuis cette année, le ministère a mis en place un plan de contrôle des établissements privés qui se déploie dans toutes les académies et c'est heureux. Néanmoins, il faut reconnaître que la concurrence du privé avec le public Alors que celui-ci n'est pas soumis aux mêmes règles d'affectation ou de participation à la question de la mixité sociale.
- Speaker #0
Absolument, merci de cette précision.
- Speaker #1
Et problématique. Et la commission y a réfléchi. Sans doute Stéphane le dira mieux que moi.
- Speaker #0
Stéphane Brunel ?
- Speaker #2
Oui, je ne sais pas si je dirais mieux qu'Olivier, mais la réalité c'est qu'il y a aujourd'hui un risque, si ce n'est pas complètement définitif d'ailleurs, on se pose la question, d'un séparatisme et d'une ségrégation territoriale. Et il faut faire très attention, parce qu'on le voit dans plein de territoires différents, les établissements privés financés par l'État, évidemment, puisque c'est la loi qui les oblige, se gardent des priorités d'affectation et de recrutement que les établissements publics n'ont pas du tout dans leurs possibilités. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, c'est-à-dire que je ne veux pas, moi, que l'école publique trie ses élèves. Et donc, du coup, comme je ne veux pas que l'école publique trie ses élèves, je ne veux pas non plus que l'école privée les trie aussi. C'est juste un principe d'égalité républicaine.
- Speaker #0
Une dernière question avant de nous laisser. Alors, une question qui peut être supposée de votre part une réponse en quelques mots à peine. Peut-on garder, en fait, le meilleur espoir pour l'école publique ?
- Speaker #1
Bien sûr, Fabrice.
- Speaker #0
Olivier Fournet, bien sûr. Bien sûr,
- Speaker #1
Fabrice. Il faut, par contre, en refaire la priorité absolue de la nation. L'école de la République, c'est l'école de la nation. C'est le creuset de la construction de notre avenir. Et à force de désarmer l'école, de lui ôter des moyens et de lui donner des priorités qui sont tellement nombreuses qu'il n'y en a plus, on la met en difficulté. Redonnons à notre école la priorité au sein de notre projet politique.
- Speaker #0
Merci Olivier Fournet. Stéphane Brunel ?
- Speaker #2
Oui, dans le même sens. Moi, en tant que président de la population obédientielle du Grand Orient de France, sur l'école de la langue publique, il est évident que le sujet ne peut pas être clos, que le sujet reviendra. Il y a une chose qui me paraît essentielle, c'est redonner le sens étymologique du mot école. qui vient de scola et qui indique le temps libre. C'est-à-dire que c'est une institution qui, au lieu de faire travailler les enfants sur les chantiers ou au champ, a prétendu qu'il fallait dégager ces enfants-là du temps du travail pour ramener de l'argent, pour libérer ce temps-là, pour apprendre quelque chose. Et c'est un temps qui est donné à l'enfant pour apprendre et se construire en tant que citoyen. Et je pense qu'on oublie trop souvent cette notion de temps libre pour soi, pour apprendre à faire et pour avoir le temps de comprendre les mondes que j'habite.
- Speaker #0
Merci à vous Stéphane Brunel d'avoir notamment donné une belle définition du temps libre. Merci Stéphane de votre participation. Merci Olivier. Stéphane Brunel, je rappelle que vous êtes président de la commission ambédientielle École de la République. Olivier Fournet, je rappelle que vous êtes grand officier délégué à la citoyenneté et à l'éducation au Grand Orient de France. Merci à tous deux d'avoir été mes invités sur la voie du GEDF.
- Speaker #1
Merci Fabrice. Merci.
- Speaker #0
Chers auditeurs, chères auditrices. Merci d'avoir été des nôtres. A bientôt pour un prochain épisode.