- Speaker #0
La Voix du Géo, soyez les bienvenus. Une série de podcasts associés aux activités et à l'actualité du Grand Orient de France. Je suis Fabrice Millon et j'ai le plaisir de vous accueillir sur ce nouveau podcast. Aujourd'hui j'ai le plaisir d'avoir deux invités de Marc avec moi. Alors un premier invité que nous connaissons déjà à la voix du GAUDF, Laurent Segalini, conservateur du musée de la franc-maçonnerie. Laurent bonjour.
- Speaker #1
Bonjour Fabrice.
- Speaker #0
Et un deuxième invité, Sylvain Solustri, qui quant à lui est grand officier délégué auprès du grand maître à la culture et à la mémoire. Alors naturellement j'ai souhaité, je pense que vous l'avez compris, installer cette émission sous le haut patronage du patrimoine, de manière générale du patrimoine et bien sûr de la culture. Laurence Egalini, quand j'ai eu l'occasion de vous recevoir il y a de cela deux ou trois mois, nous avions échangé sur le musée de la franc-maçonnerie, sur le musée lui-même. Il se trouve que le musée propose depuis une exposition temporaire, Les Lumières dans la Ville. Je vais vous laisser préciser en fait de quoi il s'agit, mais une question avant tout, qu'est-ce qui a suscité chez vous l'envie de créer cette exposition temporaire ?
- Speaker #1
Alors d'abord préciser le titre intégral. Lumière dans la ville, Paris et les francs-maçons. Alors pourquoi Paris et les francs-maçons ? Parce que c'est un thème qui travaille un petit peu tout nos rangs depuis un certain nombre d'années. L'expo a été longuement attendue. Elle est enfin là.
- Speaker #0
C'est une expo qui s'adresse à qui ? Aux francs-maçons ? Aux profanes ? A tous ?
- Speaker #1
Absolument à tous. Ça, c'est la vocation du musée. C'est de faire de la pédagogie à la fois en direction des profanes. entre guillemets, et puis des maçons eux-mêmes.
- Speaker #0
Alors qu'est-ce qu'on y trouve dans cette exposition ? Parce que les francs-maçons dans Paris, on y trouve des tabliers, des sautoirs, des cordons maçonniques, on y trouve en fait des gravures, des photos de Paris avec des instincts maçonniques, dites-nous.
- Speaker #1
On y trouve tous les témoignages de l'implication des francs-maçons dans l'histoire à la fois culturelle, sociale, politique de Paris. C'est-à-dire qu'on va trouver à peu près tout sauf des tabliers.
- Speaker #0
D'accord,
- Speaker #1
ça veut dire qu'on a des monnaies, des gravures, des statues, même une statue égyptienne, tiens donc.
- Speaker #0
D'accord, mais qu'est-ce qui fait que Paris est visiblement emblématique et de symboles maçonniques et peut-être même de représentations physiques de franc-maçonnerie ?
- Speaker #1
Alors il n'aura échappé à personne que Paris étant la capitale de la France. En réalité, c'est bien là que la maçonnerie a pris. pieds dans notre pays dans les années 1725-1726. On a les premiers témoignages à cette date-là.
- Speaker #0
D'accord, et là vous présentez des traces de 1725 à cette exposition ?
- Speaker #1
Exactement, oui, oui, tout à fait.
- Speaker #0
Par exemple ?
- Speaker #1
Alors pas 1725 soi-même, mais on a un document de 1760 où on rappelle justement les vieux maçons parisiens de la période se voient inscrits, signent, et avec la date de leur, disons de la constitution de leur loge, de leur reconnaissance officielle. D'accord. Donc on a 1726, 1729, ouais.
- Speaker #0
Laurence Eglény, quand on est conservateur du musée de la franc-maçonnerie et que l'on propose une telle exposition, quel message souhaite-t-on transmettre en réalité ? C'est une invitation à devenir franc-maçon ? C'est une invitation aux francs-maçons eux-mêmes à mieux connaître leur propre histoire ?
- Speaker #1
C'est ça, c'est-à-dire faire une histoire maçonnique de Paris, qui sorte un petit peu de la perspective qu'on a en général. Quand on dit Paris maçonnique, on imagine l'omniprésence discrète des maçons, mais qui... qui s'afficherait quand même avec des signes dispersés de ci, de là. On ouvre l'exposition précisément là-dessus, et on démonte ce mythe, on montre qu'en réalité, si vous trouvez un niveau, une équerre, un compas sur un bâtiment, en général, c'est plutôt la signature de l'architecte, des emblèmes des arts et métiers, ou un symbole d'égalité, comme le niveau, plutôt que la trace des maçons. La trace des maçons, elle est moins visible, mais elle a été fondamentale dans l'édification, notamment d'un certain nombre d'institutions culturelles. On revient, par exemple, sur l'implication des maçons dans la... formation des musées modernes dans un certain nombre de jardins de la capitale, mais également des institutions comme le Conservatoire de Musique, par exemple.
- Speaker #0
Sans déflorer ce qu'on peut voir dans cette exposition, est-ce que vous pourriez nous préciser quelles sont les pièces, ou la pièce la plus rare, la pièce la plus sublime, je dirais, de cette exposition ?
- Speaker #1
Alors, on a énormément de pièces sublimes. Je dirais qu'il y a un thème un petit peu central qui amène un certain nombre de pièces. C'est autour d'un vieux mythe parisien que les maçons réactivent au XVIIIe siècle, qui est l'origine isiaque de Paris, c'est-à-dire isiaque de la déesse Isis. Il y a une vieille légende médiévale qui raconte qu'il y aurait eu un temple à Isis. Isis, à proximité de Paris, et que Paris aurait tiré son nom de la déesse Paris-Isis, par Isis, auprès d'Isis.
- Speaker #0
Alors je vois que Sylvain Solustri, en fait, au pin du chef, je crois qu'il est lui-même en fait, alors non pas l'origine, mais je crois qu'il a participé à l'exposition. Sylvain Solustri, cette exposition, quelques mots ?
- Speaker #2
Oui, sur l'exposition, effectivement, je rebondis, c'est le mot sur ce que vient de dire Laurent, effectivement, ça fait partie également des choses que je montre dans Paris au cours de visites. de visite guidée que je fais à la recherche des francs-maçons parisiens et cette trace isiaque, on la trouve à peu près partout, notamment sur les façades du Louvre, etc.
- Speaker #0
C'est bien solisterie, justement, vous êtes, pour le dire simplement, conseiller auprès du Grand Maître sur les questions de culture et de mémoire. Je souhaitais vous avoir sur l'émission pour une raison, c'est que je crois que vous organisez chaque année, le 1er mai, un événement très important qui se tient en perlachèse.
- Speaker #2
Oui, c'est un rassemblement annuel, on y tient beaucoup parce que ça rassemble énormément de francs-maçons, même qui viennent de très loin. Parfois même, on a eu des délégations de Belgique cette année qui sont très attachées à cet événement, qui est la commémoration des martyrs de la Commune, justement, dans laquelle les francs-maçons ont été très impliqués. On dit toujours qu'il y a... Il y avait autant de francs-maçons du côté de Versailles que du côté de... C'est pas vrai. En fait, il y en avait beaucoup plus du côté de la commune, du côté des barricades que du côté de Versailles. C'est évident. Alors, cet événement... Bon, j'en suis l'organisateur, certes, mais je suis secondé dans cette organisation par nos salariés qui font un très beau travail. Par exemple, bon... C'est pas moi qui commande les fleurs par exemple, mais je mets un petit peu tout le monde au travail, tous les conseillers de l'ordre ont une petite tâche à remplir ce jour-là. Alors ça se passe à deux niveaux, effectivement il y a l'organisation technique qui n'est pas rien parce qu'il faut sonoriser les lieux, il y a toutes sortes de tâches.
- Speaker #0
Alors justement expliquez-nous, vous parlez de sonoriser les lieux, vous parlez de fleurs, alors c'est quoi, c'est une procession qui traverse le Père Dachaise ? Il s'agit à un moment d'entendre les discours ? Dites-nous.
- Speaker #2
On peut appeler ça une procession, quoique ça ait une petite connotation religieuse. Procession, je parlerais plutôt d'un rassemblement et d'un parcours à la recherche des sépultures de personnages qui se sont illustrés pendant la commune. Ou pas d'ailleurs, puisqu'il arrive selon les thèmes qui sont choisis par le grand maître d'honorer également des personnages qui n'étaient ni francs-maçons ni communards. mais qui rentrent dans le thème de l'année. Par exemple, une année, on a eu la résistance, le thème de la résistance. Bon, bien, nous avons honoré la personnalité de la résistance. Une fois, nous avons honoré également des victimes des attentats de Charlie Hebdo de 2015.
- Speaker #0
C'est donc aussi un temps où on rend hommage, en fait, à des personnalités récentes ou plus anciennes, j'ai l'impression.
- Speaker #2
Et plus anciennes. Alors, cette année, notre grand maître ayant choisi le thème de la refondation du pacte social, j'ai cherché plutôt des... des sépultures de francs-maçons, parce qu'il faut quand même qu'ils soient francs-maçons, qui n'étaient pas des vatanguers, qui étaient plutôt des gens qui ont cherché la conciliation entre les deux camps. Voilà un petit peu l'idée.
- Speaker #0
Et des artisans du progrès social, certainement.
- Speaker #2
En plus de ça, oui, des gens qui ont eu une action, une action dans la vie profane, dans la vie politique.
- Speaker #0
Quelques noms, par exemple ?
- Speaker #2
Par exemple, Arthur Ranck, par exemple, Raspail, qui était à la fois un savant et un homme politique. qui nous avions encore cette année, nous avions Raoul Urbain, Massol, qui sont des noms qui ne disent rien à personne, sauf peut-être à certains francs-maçons érudits ou certains historiens. Laurent Segalini, certainement. Bien entendu. Et nous essayons de... nous les honorons. Alors, la recherche est parfois assez difficile, parce que ça doit correspondre à plusieurs critères. L'an dernier d'ailleurs, notre... notre grand maître, c'était la commémoration de 1905, de la loi de 1905. Donc j'ai essayé de trouver des sépultures de frères maçons qui ont été à la fois francs-maçons, survivants au moment de la loi de 1905, parce que c'est un critère important, dont la sépulture soit accessible à 1000 personnes. Ça c'est aussi un critère essentiel, c'est-à-dire que j'ai dégoté certaines sépultures, comme par exemple... Édouard Lecroix, qui a été très actif, ça tombait dans un endroit où on ne peut pas manifestement placer notre défilé. Donc je suis obligé d'y renoncer, la mort dans l'âme. On n'en aura jamais probablement, à moins que je trouve un système. Peut-être que je trouve un système pour un jour honorer Édouard Lecroix au Père Lachaise.
- Speaker #0
On parle de sépulture, je parlais de procession, même si ce n'est pas tout à fait le terme le plus approprié. Mais en réalité, ce moment est une fête. J'ai cru comprendre que l'édition de 1026, au 1er mai 1026, effectivement, 1000 ou 1500 francs-maçons étaient présents. Singulier et bien plus que les années précédentes. Sylvain Solistri.
- Speaker #2
Oui, alors j'ai fait venir une troupe de comédiens, chanteurs, qui ont des spectacles, carrément des spectacles dans la rue. C'est ça, oui. Spectacles dans la rue où ils chantent, où ils racontent en même temps des histoires. Ils ont plusieurs thèmes. Ils ont évidemment la commune, bien sûr. Mais ils ont également le Paris du Moyen, le Paris médiéval, autour de Notre-Dame. Ils ont le Paris de la libération également. Et ils ont les costumes adéquats pour chaque... chacune de leurs prestations. Ils font également une soirée Halloween aussi assez marrante sur les thématiques un peu bizarres de Paris, les sorciers, etc.
- Speaker #0
Sylvain, est-ce que vous êtes en train de me dire qu'au 1er mai 2026, en fait, nous avions entre 1000 et 1500 personnes qui ont chanté dans les Pères-la-Chaises ?
- Speaker #2
Absolument. On avait les chants de la Commune. On distribue, alors ça c'est aussi une tradition, nous faisons tirer par notre service reprographie des petites brochures avec tous les chants qui seront chantés. Et ceux qui veulent, bien entendu, tout le monde ne chante pas, mais ceux qui veulent peuvent reprendre les chants.
- Speaker #0
C'est comme ça qu'on a 1500 voix qui se disent faire la chaise. Un moment à voir à tout prix. Je profite d'avoir deux historiens avec moi quand même pour vous poser une question. Une question qui revient de manière assez régulière. Pourquoi la franc-maçonnerie encore aujourd'hui suscite...
- Speaker #1
Quelques fantasmes ? Encore plus aujourd'hui, je dirais, parce qu'on connaît l'antimasonisme contemporain, vraiment un regain énorme depuis quelques décennies, depuis l'Internet, pour tout dire, qui a permis de désenclaver des thématiques qui étaient réservées à l'extrême droite avant, et donc là, qui circulent, qui s'enrichissent, qui s'hybrident. Donc non, il y a l'antimasonisme croix, et donc la fantasmatique qui l'accompagne également, bien sûr. Également parce que le secret est toujours là, mais il faudra qu'on reparle du secret.
- Speaker #2
Je pense qu'on pourrait faire une émission totale sur le secret. Oui, c'est une vaste supercherie en fait. Non, je plaisante, mais il n'y a pas de secret, dans la mesure où justement les manifestations que nous organisons sont ouvertes à tous. Elles sont publiques, bien sûr. On fait également des ciné-débats, on fait des soirées théâtrales qui sont ouvertes absolument à tout le monde. Profane ! fan-homme le temple pro devant donc ça ne lui était pas encore rentré dans le temple et puis est ouverte également aux maçons pour montrer que nous n'avons rien à cacher.
- Speaker #0
Bien sûr, Laurent Segalini ?
- Speaker #1
Alors non, juste pour rebondir sur ce que dit Sylvain, les visiteurs de l'exposition auront la surprise de découvrir une grande affiche de la fin 19ème présentant le grand assaut de boxe annuel qui se tenait au Grand Orient de France qui était ouvert absolument à tous Et on avait des combats, des entraînements, des combats de boxe française, de cannes également.
- Speaker #0
Vous voulez dire au sein du Grand Tournoi de France ?
- Speaker #1
Mais bien sûr ! C'était un lieu qui était absolument ouvert. Il s'y passait plein de choses.
- Speaker #0
Vous pouviez aller au Grand Tournoi de France pour voir de la boxe ?
- Speaker #1
Absolument !
- Speaker #0
Je crois que les temps ont changé ou c'est encore possible aujourd'hui ? Parce que vous parliez de ciné, de théâtre...
- Speaker #1
Les matchs de boxe existent encore mais c'est plutôt entre francs-maçons. C'est symbolique !
- Speaker #0
Merci à vous. Deux questions. Laurence Egalini, cette exposition s'achève quand ?
- Speaker #1
Alors, elle est destinée à durer jusqu'au 20 décembre.
- Speaker #0
Au 20 décembre 2026, Hôtel Cadet, 16 rue Cadet. Parfait. Sylvain Solustri, une question. Vous parliez de ciné-débat. Je crois que vous parliez aussi de théâtre-débat, une pièce de théâtre. Alors là, je vous pose la question, mais je me suis moi-même déplacé à Cadet pour voir cette pièce. La pièce de théâtre présentée il y a dix jours. Je vous écoute.
- Speaker #2
Alors, c'est une pièce de théâtre qui m'avait été signalée par un de nos frères, qui est jouée, interprétée, mise en scène et écrite surtout par un jeune Ukrainien qui a fui son pays. La pièce s'appelle, et tout est dans le titre, « Maintenant, je n'écris plus qu'en français » . « Maintenant » , avec Victor Kirillov, une très belle pièce. Il a juré de ne plus s'exprimer qu'en français tant que son pays serait en guerre. Et il en a fait un spectacle remarquable, avec le contenu évidemment, mais avec aussi beaucoup d'humour, comme vous avez pu le constater. Je crois que ça a été une jolie réussite que j'espère nous renouvellerons.
- Speaker #0
Et un très beau témoignage sur l'identité, sur les questions de l'identité et sur les questions aussi de la réinvention de soi, en quelque sorte, une très belle pièce. Merci Laurent Segalini, merci Sylvain Solustri. Je voudrais, chers éditeurs, chères éditrices, terminer cette émission en vous parlant de deux ouvrages. Alors en premier en lien. immédiat avec notre sujet. C'est simplement le catalogue de l'exposition Les Lumières dans la Ville, l'exposition temporaire située au musée de la Franc-Maçonnerie. Un catalogue d'ailleurs dans lequel on a quelques auteurs fameux, parce que Sylvain Solistri, je crois que vous avez vous-même participé à l'écriture de ce catalogue.
- Speaker #2
En toute modestie.
- Speaker #0
En toute modestie, dit-il. Un catalogue que l'on trouve évidemment au musée de la Franc-Maçonnerie à Paris, 16 rue Cadet, et notamment sur la boutique en ligne du musée. 130 pages, 15 euros. Un très beau cadeau aussi à faire par ailleurs, parce que l'ouvrage est magnifique. Le deuxième ouvrage auquel je vais faire allusion, alors c'est un ouvrage peut-être réservé aux initiés, Laurence et Yéline, vous me le direz, les cahiers Ogmios. Patrimoine populaire et tradition initiatique. Bon, je pense qu'on peut considérer qu'il est réservé aux initiés.
- Speaker #1
Il est réservé aux curieux. Aux curieux. Qui s'intéressent aux traditions populaires, au folklore et à l'ésotérisme, on va dire. Au sens large.
- Speaker #0
Un livre sublime, un très très beau livre. autant, si ce n'est plus, je me permets de dire, si ce n'est plus que le catalogue de l'exposition Les Lumières dans la Ville. Merci tous deux, merci d'avoir été des nôtres sur l'émission La Voix du GEDF. Chers auditeurs, chères auditrices, je vous dis donc à bientôt pour un prochain épisode.