Speaker #0Bienvenue dans La Voix rayée, épisode 38, l'entrée au collège d'un enfant HPI. Aujourd'hui, je voudrais vous parler d'un moment qui peut sembler assez banal dans une scolarité puisqu'il concerne finalement tous les enfants, l'entrée au collège. On achète les fournitures, on regarde l'emploi du temps, on explique qu'il va falloir changer de salle, avoir plusieurs professeurs... faire un peu plus attention à son agenda et devenir progressivement plus autonome. Tout ça est vrai. Mais pour un enfant HPI, je crois qu'il y a autre chose à préparer. Parce que ce qui change à l'entrée en 6e, ce n'est pas seulement la taille de l'établissement, ou le nombre de professeurs. C'est la quantité de situations que l'enfant va devoir comprendre en même temps. Des adultes différents, des fonctions différentes, des règles différentes, des attentes qui ne sont pas toujours formulées, beaucoup plus d'enfants, des groupes qui se forment, des rapports de pouvoir qui apparaissent. Et au milieu de tout ça, on va lui dire une chose. Maintenant, tu es grand, il va falloir être autonome. Alors la question que je voudrais poser aujourd'hui, c'est celle-ci. Est-ce qu'on ne demande pas parfois à un enfant de 11 ans d'être autotesté ? précisément au moment où son environnement devient beaucoup plus difficile à décoder. Et si notre rôle de parents à l'entrée au collège n'était pas de nous retirer pour le laisser se débrouiller, mais de changer notre façon d'être présent. Je vous en parle tout de suite. Bonjour à toutes et tous, je m'appelle Franck Robert, je suis votre accompagnateur dans ce voyage dans le haut potentiel intellectuel. Et si vous aimez mon podcast, pensez à vous abonner pour ne rater aucun épisode. Alors évidemment, je ne veux pas vous présenter l'entrée au collège comme une épreuve. Pour beaucoup d'enfants HPI, ça peut même être une très bonne nouvelle. Il y a davantage de matière, davantage de professeurs, parfois enfin des contenus qui deviennent plus intéressants, et surtout, il y a beaucoup plus d'enfants, donc potentiellement davantage de chances de rencontrer quelqu'un avec qui on se sent bien. Mais il y a quand même un changement assez profond. Quand votre enfant était en CM2, son environnement était finalement assez simple à cartographier. Il y avait une classe, un professeur des écoles qui le connaissait bien, quelques autres adultes, des règles qu'il connaissait déjà depuis plusieurs années. Et puis, quelques semaines plus tard, il arrive en 6e. Il y a le professeur principal, qui n'est d'ailleurs pas son professeur principal au sens où pouvait l'être son enseignant de primaire. Il y a le CPE, les AED, l'infirmière, le documentaliste, la direction, et puis tous ses professeurs. Et chacun de ces adultes a son rôle, sa personnalité, ses attentes, ses habitudes. Le problème, c'est que personne ne lui fournit vraiment le mode d'emploi. Et là, il peut se passer quelque chose d'intéressant avec un enfant HPI, parce que très souvent, cet enfant cherche à comprendre le système. Pourquoi ici on peut faire ça, et là non ? Pourquoi ce professeur accepte quelque chose que l'autre refuse ? Pourquoi on me demande ça ? À quoi ça sert finalement ? Et nous, adultes, on peut entendre ces questions comme une contestation, alors que parfois, ils cherchent simplement la règle qui permettrait de rendre l'ensemble cohérent. Sauf que le collège n'est pas toujours cohérent. Et je crois que c'est peut-être le premier repère que nous pouvons donner à notre enfant. Lui dire, tu ne vas pas forcément tout comprendre tout de suite. Et surtout, tu n'es pas obligé de tout comprendre tout de suite. Si quelque chose te paraît bizarre, contradictoire, injuste ou simplement incompréhensible, on pourra en parler. Ça paraît très simple, mais je crois que ça change déjà beaucoup de choses. Parce qu'on ne lui dit pas « adapte-toi » . On ne lui dit pas non plus « tu as raison, le système est absurde » . On lui dit « raconte-moi » et on va essayer de comprendre ensemble. Cette fonction-là du parent devient, à mon avis, assez importante au collège. Parce qu'il y a un deuxième changement. les attentes pédagogiques deviennent beaucoup plus implicites. Prenez une phrase toute simple. Apprends ta leçon. Nous, adultes, on croit savoir ce que ça veut dire. Mais concrètement, apprendre sa leçon, ça veut dire quoi ? La lire ? La comprendre ? La mémoriser ? Connaître les définitions par cœur ? Être capable de refaire les exercices ? Pouvoir l'expliquer avec ses propres mots ? Tout cela dépend de la matière, du professeur, du type d'évaluation. Et un enfant HPI peut tomber assez facilement dans ce piège. Il lit son cours, il comprend, donc pour lui, c'est bon. Et d'ailleurs, pendant un certain temps, ça peut effectivement être bon. Il relit son cours 10 minutes la veille, il obtient 17 et tout le monde est content. Le professeur est content, les parents sont contents, il en faut aussi. Sauf qu'il y a une question que personne ne pose. Comment a-t-il fait pour obtenir 17 ? Parce que l'entrée au collège, pour moi, c'est vraiment une question de la vie. C'est vraiment le moment où les parents doivent commencer à regarder autre chose que les résultats. Ils doivent commencer à regarder les méthodes. Et je vais même aller un peu plus loin. Un très bon bulletin peut parfois nous empêcher de voir une difficulté qui est en train de se construire. Votre enfant comprend vite. Il mémorise vite. S'il veut, il compense. Il n'a peut-être jamais réellement appris à apprendre. Il n'a jamais eu besoin d'anticiper un contrôle. Il ne sait pas forcément comment vérifier qu'il connaît quelque chose. Il n'a peut-être jamais eu besoin de reprendre une erreur puisqu'il en faisait très peu. Et pendant plusieurs années, ça peut fonctionner. Jusqu'au jour où ça ne fonctionne plus. Ça peut être en 5e, en 4e, au lycée, parfois même, j'en vois, c'est après le bac. Et là, l'enfant se retrouve devant une situation qu'il connaît très mal. Travailler ne suffit plus à dire « j'ai compris » . C'est pour ça que je crois que la question intéressante quand votre enfant ramène une bonne note, c'est peut-être combien tu as eu, mais c'est aussi comment tu as fait, comment tu as appris, comment tu savais que tu étais prêt, qu'est-ce qui t'a permis de réussir. Et attention, je ne suis surtout pas en train de vous dire qu'il faut faire travailler davantage un enfant qui réussit très bien en travaillant peu. Je trouve même assez absurde... de demander à un enfant de travailler 45 minutes lorsqu'il peut apprendre quelque chose correctement en 15. Le but, ce n'est pas de remplir du temps. Le but, c'est qu'il construise progressivement des outils avant d'en avoir absolument besoin. Et puis, il y a quelque chose d'autre qui disparaît à l'entrée au collège et dont on parle assez peu. C'est le lien privilégié avec l'adulte. Au primaire, un enseignant pouvait connaître votre enfant vraiment bien. Il le voyait le matin, il le voyait travailler, il le voyait dans ses moments d'enthousiasme, de fatigue, d'agacement. Il savait parfois qu'une réaction inhabituelle signifiait qu'il se passait quelque chose. Au collège, ce regard est fragmenté. Un professeur voit votre enfant quelques heures par semaine, parfois une seule heure. Le professeur principal peut jouer un rôle important, bien sûr, mais il ne remplace pas le professeur des écoles. Et ça peut compter beaucoup pour un enfant HPI, parce que certains de ces enfants investissent très fortement la relation avec l'adulte. Ils peuvent avoir besoin d'estimer profondément un professeur pour rentrer pleinement dans ce qu'il propose. Parfois même de l'admirer, j'en ai déjà parlé. Et quand ils rencontrent cet enseignant, on peut voir des choses assez extraordinaires. Un enfant qui n'aimait pas une matière se met soudain à la dévorer parce qu'il a rencontré quelqu'un qui lui a donné envie d'aller plus loin. Mais l'inverse existe aussi. Une rupture de confiance avec un professeur peut totalement contaminé son rapport à la matière. Donc, dans les premières semaines, je crois qu'il est peut-être intéressant de poser cette question à son enfant, parmi les adultes du collège, avec qui tu te sens bien ? Pas qui est le plus gentil, pas nécessairement qui est ton professeur préféré, mais avec qui est-ce que tu sens que tu pourrais parler si tu avais besoin de quelque chose ? Parce qu'un enfant peut être entouré de dizaines d'adultes et ne savoir vers lequel se tourner. Et puis évidemment, il y a les autres enfants. Et là aussi, le collège change beaucoup de choses. Il y a beaucoup plus d'élèves, donc beaucoup plus de relations possibles. Et je crois qu'il faut voir ça aussi comme une opportunité, parce que pour certains enfants HPI, le primaire a parfois été un espace social assez étroit. Une classe de 25 ou 30 enfants, c'est 25 ou 30 possibilités de rencontre. Le collège en offre beaucoup plus. Et la possibilité de rencontrer un autre enfant HPI peut être particulièrement importante. Je sais qu'on entend parfois, il n'a pas besoin de rencontrer d'autres HPI, il faut simplement qu'il trouve des enfants avec lesquels il est compatible. Je trouve que c'est un peu rapide, parce que la dyssynchronie existe. Un enfant de 11 ans peut avoir envie de jouer comme un enfant de 11 ans, et 10 minutes plus tard, avoir envie d'une conversation que ses camarades n'ont absolument pas envie d'avoir. Il peut avoir un humour qui tombe à plat, des préoccupations qui paraissent étranges, une intensité qui dérange le groupe. Et rencontrer un autre enfant qui partage une partie de ce décalage peut produire quelque chose de très précieux. Évidemment, deux enfants HPI ne vont pas automatiquement devenir amis. Ça serait absurde de le penser chacun à une façon unique d'utiliser sa pensée. Mais parfois, pour la première fois, l'enfant rencontre quelqu'un avec qui il n'a pas besoin de traduire en permanence ce qu'il est. Donc, peut-être qu'au lieu de demander tous les soirs « Alors, tu t'es fait des copains ? » on peut demander autre chose. « Avec qui tu te sens vraiment bien ? » Est-ce qu'il y a quelqu'un avec qui tu peux parler des choses que tu aimes ? Et peut-être même, est-ce qu'il y a quelqu'un avec qui tu peux être toi, sans trop réfléchir à la manière dont tu dois être ? Parce qu'un seul lien de qualité peut parfois changer énormément la manière dont un enfant vit son collège. Pour finir, il reste probablement le point qui me paraît le plus important pour nous, parents. Notre enfant va rentrer avec des histoires. Le prof m'en veut. Ils se sont moqués de moi. C'est injuste. Je déteste ce prof. Personne ne me connaît. ne me comprends. Et notre premier réflexe peut être de relativiser. « Tu exagères un petit peu, non ? Le professeur ne t'en veut sûrement pas. C'était peut-être juste pour rire ce qu'ils ont dit. » Ou au contraire, on peut partir immédiatement au combat. Et je ne suis pas certain que l'une ou l'autre de ces réponses soit toujours très utile. Parce qu'à ce moment-là, notre enfant ne nous donne pas forcément une analyse fiable de la situation. Il nous donne son expérience de la situation. Ce n'est pas la même chose. Un enfant HPI peut être extrêmement pertinent lorsqu'il analyse quelque chose qui ne le concerne pas et perdre une grande partie de cette capacité lorsqu'il est lui-même émotionnellement impliqué. Ce n'est pas contradictoire, c'est un enfant. Et c'est peut-être précisément là que notre rôle parental change à l'entrée au collège. Nous allons devenir un peu moins ceux qui savent ce qui s'est passé à l'école et un peu plus ceux qui vont aider à le comprendre. Alors quand votre enfant vous dit Ils se moquent tous de moi. La première question peut simplement être « Raconte-moi. » Qui était là ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Et qu'est-ce qu'ils ont dit ? Et ensuite, est-ce que c'était déjà arrivé ? Et c'est nous, adultes, qui allons progressivement l'aider à donner du sens à ce qu'il a vécu. Peut-être que c'était une maladresse, peut-être c'est un conflit, peut-être un phénomène de groupe, peut-être quelque chose qui mérite réellement notre intervention. Mais ce travail de décodage, je ne crois pas qu'on puisse simplement le transférer à un enfant de 11 ans sous prétexte qu'il est très vif intellectuellement. Donc finalement, si je devais résumer ce que je voudrais dire aux parents qui préparent en ce moment l'année au collège de leur enfant HPI, ce serait peut-être ça. Ne cherchez pas à tout anticiper, vous ne pourrez pas. Et surtout, vous risqueriez de présenter le collège comme un endroit inquiétant avant même qu'il le comprenne. Ne cherchez pas non plus à lui fournir un manuel complet de survie. Donnez-lui plutôt quelques repères simples. Tu vas rencontrer beaucoup de gens et tu ne comprendras pas immédiatement comment tout fonctionne. Tu as le droit de demander des explications. Tes professeurs n'attendront pas tous exactement la même chose de toi. On t'aidera à comprendre leurs attentes quand elles ne sont pas claires. Tes notes, elles sont importantes, mais nous regarderons aussi comment tu apprends. Essaye de repérer un adulte avec qui tu te sens en confiance. Essaye de trouver une ou deux personnes avec lesquelles tu peux vraiment être toi. Et si quelque chose te paraît bizarre, injuste, difficile ou incompréhensible, viens nous la raconter. On essaiera de comprendre ensemble. Parce qu'au fond, peut-être que notre objectif comme parents à l'entrée au collège n'est pas de rendre notre enfant autonome le plus vite possible. C'est de lui permettre de construire progressivement cette autonomie sans confondre autonomie et solitude. Et je trouve que cette nuance est particulièrement importante pour un enfant HPI parce que sa capacité à raisonner peut nous faire oublier très facilement son âge. Il peut comprendre énormément de choses. Ça ne veut pas dire qu'il peut déjà toutes les porter seul. Et si vous avez un enfant qui entre en 6e cette année, peut-être que la conversation la plus utile à avoir avec lui autour de sa rentrée ne durera finalement que 20 minutes. Vous pouvez lui demander, qu'est-ce qui te donne envie dans le collège ? Qu'est-ce qui va le plus changer d'après toi cette année ? Qu'est-ce qui t'inquiète ou que tu ne comprends pas encore ? Si quelque chose devient compliqué, vers qui pourras-tu te tourner ? Puis, simplement, lui rappeler ceci, tu n'as pas besoin de tout comprendre tout seul. Je crois que c'est déjà un très bon point de départ. Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Si vous avez aimé, abonnez-vous et laissez-moi 5 étoiles et un commentaire sur votre plateforme d'écoute préférée. Et partagez le podcast avec vos connaissances qui aimeraient en savoir plus sur le HPI. La Voix rayée, c'est tout pour aujourd'hui. On se retrouve très bientôt pour un prochain voyage. Au revoir.