Speaker #0Bienvenue dans La Voix Rayée, épisode 37, la blessure invisible quand le rejet façonne l'enfant HPI. Il y a une phrase qu'on entend tout le temps à propos des enfants comme des adultes à haut potentiel. Une petite phrase qui se dit vite, qui semble tout expliquer. Cette phrase c'est... C'est son caractère ! Il est sur la réserve, c'est son caractère. Elle est perfectionniste, c'est son caractère. Il est un peu méfiant, parfois cassant, souvent dans son coin, c'est son caractère. On range tout ça du côté de la personnalité comme si c'était là depuis toujours, gravé une fois pour toutes. Mais la question que je veux poser aujourd'hui est la suivante. Ici, une grande partie de ce qu'on prend pour un caractère n'était pas un trait de naissance mais une protection apprise. Et si l'enfant qui se fait tout petit en classe et l'adulte qui se tait en réunion racontaient la même histoire à 20 ans d'écart ? Je vous en parle tout de suite. Bonjour à toutes et tous, je m'appelle Franck Robert, je suis votre accompagnateur dans ce voyage dans le haut potentiel intellectuel. Et si vous aimez mon podcast, pensez à vous abonner pour ne rater aucun épisode. Quand on parle d'un HPI qui se cache, on sort souvent le même mot, le masque. Le faux self, l'idée est connue, pour être accepté, on porterait une façade, un personnage aimable, qui n'est pas vraiment nous. C'est vrai, mais c'est incomplet. Et à force de s'arrêter là, on passe à côté de l'essentiel. Parce que chez le HPI, il ne se passe pas tout à fait ça. Le faux self, tel que l'a décrit le psychanalyste Winnicott, c'est une façade rigide, qui recouvre presque entièrement le vrai soi. Or, ce que j'observe depuis des années dans mon cabinet, C'est quelque chose de plus subtil et de plus souple. Pas un masque collé sur le visage, plutôt une troisième instance qui se tient entre le vrai soi et le monde. Dans mon livre, je lui ai donné un nom, le self contraint réactif. Contraint parce qu'il est façonné sous pression, la pression de la norme et la mémoire des rejets déjà vécues. Réactif parce qu'il s'ajuste en temps réel, presque malgré soi, au moindre signal social. Imaginez moins un masque qu'un garde du corps posté à la porte de votre identité. Il ne supprime pas qui vous êtes, il le met sous protection. Il filtre, il encaisse les coups, il décide de ce qui peut sortir et de ce qui reste à l'intérieur. Et il fait en permanence deux choses contradictoires en même temps. D'un côté, il se replie, il prend ses distances pour ne pas s'exposer. Et de l'autre, il surjoue l'acceptable, il devient ce qu'on attend pour être adopté. S'effacer et plaire dans le même mouvement, c'est ça le cœur du sujet. Et c'est épuisant parce qu'on ne pose jamais les armes. Ce garde du corps, l'enfant ne naît pas avec. Il se construit très tôt, dès la petite enfance. L'enfant HPI sent qu'il décale, qu'il ne rit pas aux mêmes choses, qu'il pose des questions qui mettent mal à l'aise, qu'il s'intéresse à ce que personne autour de lui ne partage. Et ce décalage, il ne le pense pas, il le ressent, comme un risque. Le risque de ne pas avoir sa place. Des enfants de 7 ans m'ont dit avec leurs mots qu'ils se croyaient détraqués. Un jour, une maman m'a même demandé au sujet de sa fille de 5 ans, d'après vous, dans combien de temps pourra-t-elle redevenir normale ? Elle ne disait pas ça méchamment, au contraire. Mais imaginez le message que reçoit l'enfant sans même qu'on le formule. Il y aurait, en lui, quelque chose à réparer. C'est là que tout commence. La blessure de rejet porte un message le plus souvent inconscient et terrible dans sa simplicité. Je ne suis pas comme je devrais être. Ce n'est pas une petite contrariété. Ça touche le droit d'exister tel qu'on est. Et pour s'en protéger, l'enfant se met à ajuster. Il devient prudent, il anticipe ce qui pourrait déplaire. Il range, peu à peu, une partie de lui. Puis ça se consolide. À l'école, l'enfant apprend à ne pas... La ramener. Il dissimule l'étendue de son vocabulaire, il retient ses questions, il modère son enthousiasme. Il laisse même passer les erreurs des autres pour ne pas dépasser. Vu de l'extérieur, c'est un enfant qui s'intègre mieux. Vu de l'intérieur, c'est un enfant qui apprend à disparaître un peu plus chaque jour. Et c'est ici que je voudrais m'adresser une minute. aux parents qui m'écoutent, parce qu'il y a une idée qu'on ne vous dit jamais. On s'inquiète, à juste titre, pour l'enfant qui s'oppose, qui décroche, qui fait du bruit. Mais l'enfant le plus exposé n'est pas toujours celui-là, c'est parfois l'enfant modèle. Poli, brillant, mature, celui qui ne pose aucun problème. Parce qu'un camouflage réussi, ça ressemble, à s'y méprendre, à une réussite. Je le redis parce que c'est important. Qu'un enfant s'intègre bien, qu'il obéisse, qu'il ait de bonnes notes. Ça ne prouve pas qu'il va bien. Ça peut être un enfant qui assume sa personnalité, avec ses particularismes et les risques de déplaire. Mais ça peut aussi prouver qu'il sait se suradapter. Et un enfant qui se suradapte en silence, c'est un enfant dont la blessure travaille sans bruit. Le rôle d'un parent, ce n'est pas d'aider son enfant à mieux rentrer dans le moule, c'est d'être l'endroit, le seul peut-être, où il a le droit de poser le masque. Parce que cette histoire ne s'arrête pas à la fin de l'école. L'enfant qui a appris à baisser la main ne désapprend pas tout seul. Il grandit et le garde du corps, lui, il reste en poste. Pire, avec les années, il se rigidifie. Ce qui était une réponse de protection finit par ressembler à un trait de personnalité. La défense devient le caractère. C'est exactement le malentendu du début, mais 30 ans plus tard. Regardez l'adulte au travail. Une réunion. Il a eu une idée juste, il le sait. Et il la garde pour lui, parce qu'une fois, deux fois, dix fois, ses idées hors cadre ont agacé, ralenti, dérangé. On dira qu'il manque d'ambition, qu'il est en retrait. En réalité, il se protège. Ou alors, il bascule de l'autre côté, il en fait trop, il peaufine à l'excès, il accumule les heures pour prouver une valeur qu'il ne se sent jamais reconnue. Jusqu'à l'épuisement. Regardez l'adulte en amour. A force de s'être entendu dire que ses conversations étaient trop intenses, il a appris à se brider. Il simplifie, il tait ce qui le passionne, il garde ses émotions profondes pour lui. Et il se retrouve seul au cœur même de la relation. Car à l'âge adulte, le rejet devient plus feutré. On ne vous claque pas la porte au nez. On s'éloigne doucement, un silence gêné, une invitation qui ne vient plus. Et chaque micro-coupure réveille toutes les autres depuis l'enfance. Ce qu'on appelle alors chez l'adulte de l'arrogance, de la froideur, de la rigidité, du désengagement, c'est très souvent une cicatrice, pas un caractère. Un refus, un retrait, une réserve, ce ne sont pas toujours des symptômes, ce sont parfois simplement des signaux à comprendre. Et parfois justement le garde du corps craque. Tenir cette façade en continu, surveiller chacun de ses mots, anticiper chaque réaction, relire chaque échange le soir dans sa tête, Ça coûte une énergie folle. Quand le réservoir est vide, ça peut aller jusqu'au burn-out. Mais regardez-le autrement. Ce burn-out, ce n'est pas un caprice, ni une fragilité de caractère. C'est la faillite d'un mécanisme qui a trop porté, trop longtemps. Le bouclier qui devait protéger a fini par écraser celui qui le protégeait. Et aussi paradoxal que ça paraisse, c'est parfois la première fois que la personne s'arrête assez longtemps pour se poser la vraie question. Et si je n'étais pas obligé de jouer ce rôle ? Parce qu'il y a dans tout ça une vraie bonne nouvelle. Si ce n'est pas un caractère, mais une protection apprise, alors écoutez bien, ce qui s'apprend peut se désapprendre. On ne naît pas méfiant, on ne naît pas perfectionniste au point de s'en rendre malade, on ne naît pas trop, on le devient aux yeux des autres, et on peut doucement le défaire. À une condition d'abord, être lu. correctement. Parce qu'un enfant HPI, un adulte HPI, ça n'a rien de cassé. Le premier pas, ce n'est pas d'être réparé, c'est d'être lu correctement. Les HPI qui vont mieux ne sont pas devenus quelqu'un d'autre. Ils se sont enfin sentis alignés. C'est le mot qu'ils emploient. Le vrai soi qui reprend un peu le pas sur le personnage. Et croyez-moi, quand un HPI s'y met, il avance vite. La même intensité qui faisait si mal devient alors un moteur. Si ce que je raconte aujourd'hui vous parle, pour votre enfant, pour un proche ou peut-être pour vous-même, c'est précisément ce voyage que j'ai voulu raconter en entier dans mon livre « La blessure de rejet chez les personnes HPI » . De la petite enfance jusqu'à l'âge adulte, avec ce fil rouge, ce self contraint réactif, ce garde du corps qu'on apprend à comprendre plutôt qu'à combattre. Et surtout, des pistes concrètes pour desserrer son emprise et se reconnecter à ce qu'on est vraiment. Vous le trouverez sur inclusive.fr dans la rubrique Publication. Et le lien est dans la description de cet épisode. Mon idée n'est pas de vous dire quoi penser à votre place, c'est de vous aider à changer de regard, pour ne plus confondre une blessure avec un caractère et pour qu'autour de vous, un enfant, un adulte, puisse enfin être lu correctement. Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Si vous avez aimé, abonnez-vous et laissez-moi 5 étoiles et un commentaire sur votre plateforme d'écoute préférée. Et partagez le podcast avec vos connaissances qui aimeraient en savoir plus sur le HPI. La voie rayée, c'est tout pour aujourd'hui. On se retrouve très bientôt pour un prochain voyage. Au revoir.