Speaker #0Bienvenue dans La Voix Rayée, aujourd'hui épisode 21, on va parler de la désillusion quand on est HPI. Qui suis-je et quelle est ma place ? N'est-ce pas une question que nous nous sommes tous posée à un moment de notre vie ? Les enfants doués, eux, se la posent très tôt. Contrairement à beaucoup d'autres, ils ne se contentent pas de suivre le mouvement ou de prendre les choses telles qu'elles sont. Ils observent, questionnent, cherchent à comprendre ce qui les entoure, y compris les signaux parfois contradictoires envoyés par les adultes. Ces enfants, avec leur grande capacité à réfléchir sur leur propre pensée, remarquent très vite les incohérences dans le comportement des adultes ou les règles du monde qui les entourent. On me dit qu'il faut être gentil, mais certains ne le sont pas. Et si tout le monde aspire à un monde meilleur, pourquoi y a-t-il des injustices ? Ces questions, souvent posées dès leur plus jeune âge, peuvent surprendre ou même déranger leur entourage, qui ne sait pas toujours comment y répondre. Et c'est là que le décalage peut commencer. Très souvent, ces enfants sont perçus comme trop, trop sérieux, trop idéalistes, trop sensibles. Ils entendent des phrases comme "arrête de te poser autant de questions" ou "ce n'est pas de ton âge ça ". Mais pour eux, ces réflexions ne sont pas un choix. Elles font partie de leur manière d'être et quand leur entourage ne comprend pas ce besoin d'explorer et de questionner, cela peut rapidement mener à un sentiment de solitude et souvent de désillusion. Aujourd'hui dans La Voix Réguée, nous parlons du processus de désillusion chez les HPI et comment répondre à ces enfants qui se posent des questions et qui vivent de la désillusion. Bonjour à toutes et tous, je m'appelle Franck Robert et je suis votre accompagnateur dans ce voyage dans le haut potentiel intellectuel. Si vous suivez ce podcast, vous connaissez maintenant un certain nombre des caractéristiques des HPI et notamment des caractéristiques des enfants. Évidemment, chaque enfant est unique et on ne va pas rentrer les personnalités dans des cases étiquetées, etc. Mais il y a quand même des caractéristiques qui sont communes. Les enfants HPI sont très tôt intenses, idéalistes, ils sont soucieux d'équité, ils ont une valeur de justice qui est très développée et ils posent des questions métaphysiques, existentielles, très tôt dans leur développement. Pourquoi ? Parce que très rapidement, ils développent la capacité de métacognition. La métacognition, c'est être capable de s'apercevoir qu'on apprend et de se poser des questions sur nos propres pensées. Et dans le développement neurobiologique des HPI, cette capacité apparaît assez tôt. Et ça donne des questions qui peuvent surprendre. Je sais que j'ai souvent des parents, dans les caractéristiques des enfants, qui disent il a posé la question concernant la mort, qu'est-ce qu'il y a après la mort ? très très tôt. Alors ça arrive souvent aux alentours de 11-12 ans, les enfants HPI posent des questions métaphysiques et existentielles vers 8-9 ans. Ça fait partie de leur façon de fonctionner. Donc un enfant HPI, souvenez-vous, le HPI c'est dès la naissance, ça ne s'acquiert pas. La capacité cognitive, elle est dès la naissance et donc il va être idéaliste dès la naissance et se faire une idée du monde et se forger en fait une idée. idéale, parfaite, du monde. Sauf qu'il arrive à un moment où on va être confronté à la réalité. Être confronté à la réalité pour un enfant c'est souvent entrer à l'école ou entrer à la crèche et s'apercevoir en fait que d'autres adultes, d'autres enfants, d'autres familles, d'autres environnements ne fonctionnent pas du tout comme fonctionne notre propre famille. Et là on commence à comparer et on s'aperçoit en fait que les idées qu'on a quand on est un enfant HPI parfois elles ne fonctionnent pas et que d'autres enfants ne fonctionnent pas comme eux. Ou que les adultes finalement commettent aussi ce qui nous apparaît comme des incohérences. Et donc il y a une sorte de surprise au moment du développement quand on est confronté à d'autres manières de faire. Et ils sont peut-être brillants de ce point de vue-là, mais ils ne sont pas correctement outillés au niveau émotionnel. et expérientiel pour savoir faire face à ce type de questionnement. Et surtout, il voit que les autres enfants... ne posent pas ces questions-là, alors ils ne savent pas s'ils ont le droit de les poser. Alors ils se les posent à eux-mêmes, mais ils ne les partagent pas, ils n'en parlent pas aux parents, et ils ne sont pas capables de traiter émotionnellement cette sensation, ces sentiments, ces émotions que ça leur crée, et donc ça crée de l'angoisse. Et la première anxiété chez un enfant, c'est de ne pas comprendre pourquoi il ne fonctionne pas comme les autres, et pourquoi les autres ne se posent pas les mêmes questions que lui. Les enfants doués constatent donc que le monde idéaliste n'existe pas. Et au lieu de cela, ils sont confrontés à de l'intolérance, ils entendent des histoires d'agression, parfois ils font face au vol. Si on les laisse écouter les nouvelles, ils apprennent qu'il existe le meurtre, la violence, l'agression physique et ils doivent intégrer ça dans leur logiciel mais ils n'étaient pas prêts. Ils ne savent pas comment... répondre à ça et comment surtout y trouver du sens parce que c'est profondément injuste et cette valeur de justice et bien elle est bousculée chez eux. Cette déception, elle se transforme tout doucement en désillusion et ils se sentent seuls parce qu'il n'y a personne d'autre autour qui se pose les questions donc ils ne se donnent pas le droit de se poser ces questions là et la désillusion grossit grossit puisqu'elle n'est pas du tout traitée avec les mots pour accompagner au niveau émotionnel ce sentiment, cette sensation à l'intérieur. Les enfants les plus idéalistes sont les plus fortement impactés par cette désillusion qui arrive très tôt dans l'enfance, du moins plus tôt que dans l'enfance des autres enfants autour de lui. Et les adultes ne s'en rendent peut-être pas compte ou ils n'arrivent pas à l'identifier puisque c'est un enfant qui est atypique. Et on ne comprend pas pourquoi il ne se comporte pas comme les autres enfants. Donc on a tendance à ne pas fournir aussi un environnement qui va répondre à cette angoisse-là, parce qu'on n'y pense pas, on ne se rend pas compte que l'enfant est déçu, il a des désillusions. Mais il y a des choses qu'on peut faire quand on est un adulte, quand on est un enseignant, pour pouvoir accompagner correctement l'enfant. Voici quelques conseils. En tant que parent, premier conseil, écoutez sans juger les questionnements. Lorsque votre enfant exprime des préoccupations qui sont profondes ou qui se posent des questions existentielles, évitez de minimiser ou de chercher à résoudre immédiatement le problème. Il n'y a peut-être pas de réponse ? Qu'est-ce qu'il y a après la mort ? Il n'y a pas de réponse ? Est-ce que l'univers est véritablement infini ? Il n'y a pas de réponse ? Pourquoi les gens se comportent comme ça ? Peut-être que vous ne savez pas pourquoi, vous ne pouvez pas répondre. Montrez-lui que ces pensées comptent. Même s'il n'y a pas de réponse et qu'il a le droit de se poser des questions qui sont aussi complexes. Vous pouvez répondre tout simplement en disant, c'est une question importante. Qu'est-ce que tu en penses ? Tu as une réponse ? Et qu'est-ce que ça suscite chez toi comme émotion ? Deuxième conseil, valoriser la différence. Les enfants doués ont trop souvent l'impression justement d'être trop pour leur entourage. Il faut les aider à voir ses traits comme des forces plutôt que des faiblesses ou des bizarreries. Montrez-leur que d'autres personnes aussi pensent différemment, des écrivains, des scientifiques, des artistes. Et ils ont des caractéristiques qui sont similaires et ça transforme la sensibilité, la curiosité. C'est un moteur de réussite, c'est une force. Si on la partage, peut-être on avance dans notre humanité. Troisième conseil, offrez un cadre sécurisant pour explorer ces idées-là. Il faut fournir des outils adaptés à leur niveau de maturité, des livres, des documentaires, des activités. Prenez le temps de discuter pour nourrir la curiosité. Encouragez-les à partager ces idées, peut-être en dessinant, peut-être en chantant, en faisant de la musique. La créativité, souvent, l'art, ça permet d'exprimer des émotions qui sont très complexes ou des questions qui sont très complexes. Si vous ne le faites pas vous-même, vous pouvez les aider à rejoindre des groupes ou avoir des activités. Et dernier conseil pour les parents, toujours, parlez de vos propres questionnements. Parce que vous aussi, vous avez des questions existentielles, vous aussi, vous avez des questions métaphysiques. Et comment vous avez répondu à vos propres questions ? Vous pouvez justement dire quel est le chemin que vous avez fait, vous, pour trouver vos propres réponses, ou comment vous trouvez de la sérénité dans ces questions qui sont très difficiles, qui sont complexes. Et donc, ça va montrer à votre enfant... qu'il va devenir un adulte avec ces questions-là et que ça ne fait pas de lui quelqu'un bizarre et qu'il ne va pas échouer dans son développement, puisque vous, vous êtes un adulte avec aussi ces questions-là et vos propres réponses. Et ça, ça apaise. Beaucoup. Maintenant, si vous êtes enseignant, voici deux conseils. Premier conseil, il faut reconnaître la désillusion comme étant légitime. Un enfant qui est déçu, un enfant qui a des désillusions, c'est un enfant qui va bien. C'est un enfant qui est sur un chemin de développement qui est tout à fait naturel. Si vous êtes surpris parce qu'il le fait très tôt, pensez que c'est un esprit atypique et c'est un enfant comme les autres. Donc, il faut accompagner cette désillusion. Il ne faut pas essayer de lui dire que ça va aller, que c'est pas… pourquoi il se pose des questions comme ça. Il ne faut pas essayer de fermer le débat. Encouragez des discussions ouvertes. Vous avez des moyens, vous êtes des enseignants, vous avez aussi du matériel. Encouragez à échanger avec vous, échanger avec les autres élèves à propos de ces questions-là. Il faut faire re-rentrer cet enfant qui a des désillusions dans le fait que les autres aussi se posent des questions et n'osent pas. non plus. Et puis vous avez une approche pédagogique qui peut s'adapter. Si vous avez un enfant qui a de la désillusion, qui est déçu, qui vous semble blasé, vous pouvez aussi adapter la façon dont vous allez lui parler, adapter votre cadre, éviter d'être dans le convenu. Il faut l'accompagner, il est différent, il faut lui donner l'opportunité d'analyser ce problème de façon complexe ou aider-le à travailler sur un projet à long terme qui va lui donner des méthodes pour pouvoir répondre à ce genre de questionnement. Et ce qui marche très bien aussi, vous savez, c'est les cafés philosophiques qu'on fait avec les enfants parce qu'ils ont des questions, ils se posent des questions et nous les adultes qui sommes plus expérimentés, avec plus de connaissances et de culture, on peut les encadrer. Et les enfants HPI qui ont des désillusions, ils vont adorer le café philosophique. s'ils sont dans un cadre sécurisé où on ne les juge pas, où ils ne se sentent pas différents. Et ça, c'est très important, ça va leur permettre de dépasser ce sentiment d'être bizarre. La désillusion, c'est un sentiment naturel. Nous l'avons tous eu et nous l'avons tous dans notre quotidien régulièrement. Être désillusionné, c'est remettre en cause le statu quo. C'est l'occasion d'acquérir de la sagesse, c'est l'occasion de développer un sentiment d'appartenance, d'avoir des nouveaux objectifs et de dépasser un obstacle, une limite. Donc la désillusion chez les enfants et la désillusion chez les HPI, c'est un moteur de progression. Si elle est correctement accompagnée, la désillusion peut être une leçon de vie positive qui peut conduire à un développement personnel plus profond. Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Si vous avez aimé, abonnez-vous et laissez-moi 5 étoiles et un commentaire sur votre plateforme d'écoute préférée. Et partagez le podcast avec vos connaissances qui aimeraient en savoir plus sur le HPI. La Voix Rayée, c'est tout pour aujourd'hui. On se retrouve très bientôt pour un prochain voyage. Au revoir.