- Julie Denis
Bienvenue dans la psy des entrepreneuses. Ici on ne parle pas seulement de business, on parle de ce que ça fait à l'intérieur d'entreprendre. Je suis Julie Denis, je suis psychologue et j'accompagne des entrepreneurs et des leaders qui portent beaucoup, qui pensent beaucoup et qui s'oublient souvent. Dans ce podcast, on parle bien-être, santé mentale, doutes, fatigue et ambition, et surtout, comment rester solide quand on entreprend. Dans la série Sur le divan avec, je reçois des entrepreneuses qui viennent déposer leur vécu, pas leur CV. Sur le divan comme chez la psy ou comme avec une bonne copine, on parle vrai, on va en profondeur et on se dit des choses qu'on ne se dit pas forcément ailleurs. Installe-toi confortablement et bonne écoute. Bonjour Samia.
- Samia Bouhjar
Bonjour Julie.
- Julie Denis
Je suis super contente de faire cet épisode avec toi aujourd'hui. Alors, avant de commencer et de rentrer dans le vif du sujet, j'aimerais d'abord te demander, si on enlève ton job, qui est-ce que tu es au fond ? Qu'est-ce que tu aimerais qu'on retienne de toi ?
- Samia Bouhjar
Oh my goodness !
- Julie Denis
J'ai dit qu'on rentrait dans le vif du sujet, dans le dur quoi ! Plus tard, mais...
- Samia Bouhjar
Si j'enlevais mon job, si tu enlevais mon job, qu'est-ce que je voudrais qu'on retienne de moi ?
- Julie Denis
Oui, qui tu es ? Vraiment, l'essence de qui tu es, qu'est-ce que tu aimerais que...
- Samia Bouhjar
Je suis une personne qui aime bien discuter, qui est partageuse, curieuse et touche à tout.
- Julie Denis
Ok, merci. En ce moment, à quoi tu dis oui dans ta vie et à quoi tu dis non ? Vraiment pour l'instant.
- Samia Bouhjar
Pour l'instant, je dis non à la pression inutile. Au stress ambiant, j'ai décidé déjà il y a deux ou trois ans d'arrêter de courir dans la locomotive, parce que je courais dans la locomotive. Puis tout doucement, je suis descendue de la locomotive, mais je continue à courir à côté, puis derrière. Et maintenant, je la regarde, puis de temps en temps, je retrouve... à l'une ou l'autre gare. J'essaie vraiment de faire ça parce que je trouve que le monde va trop vite parce que déjà moi, dans ma tête de base, ça va trop vite. Donc, c'est à ça que je dis non au stress et à l'anxiété aussi. Ça, c'est un peu plus précis. L'anxiété, tu me corriges si je me trompe, qui est une peur basée sur quelque chose de non fondé. d'abstrait et de non fondé parce que il y a tellement de choses qui sont anxiogènes autour de nous c'est un mot galvaudé, tout le monde l'utilise tout le temps mais tu vois il y a vraiment on a tellement d'images et de sons aussi le bruit est permanent et constant autour de nous si on n'y prête pas attention et donc voilà je dis non à ça, le stress et l'anxiété Et à quoi tu dis oui ? Je dis oui au temps long
- Julie Denis
Oui,
- Samia Bouhjar
je dis oui à la réflexion, je dis oui à la contemplation et je dis oui à la douceur et au partage. La fine quand même un peu. Mais oui, tout ça, c'est tout le contraire de ce qui se passait dans la loco. Oui.
- Julie Denis
Quel est le sujet intérieur que tu traverses là ces derniers mois ? Même si c'est discret
- Samia Bouhjar
Le sujet intérieur que je traverse il est loin d'être discret C'est un espèce d'éléphant dans un magasin de porcelaine en ce moment A l'intérieur de moi j'ai l'impression qu'il y a un éléphant dans un magasin de porcelaine. Parmi mes multiples casquettes il y en a une qui est je crois la plus importante à mes yeux Des gens qui ne savent pas forcément le cas C'est que je suis maman Je me sens responsable des êtres humains que j'ai contribué à mettre au monde. Certains passent par cette période qu'on appelle l'adolescence. Ça me fait revivre certains moments de ma propre adolescence, de la manière dont elle a été traitée par mes parents, par mes proches et par moi-même. Et alors j'essaye d'ajuster parce que je ne suis pas mes enfants, mes enfants ne sont pas moi. L'époque dans laquelle j'ai traversé cette période du développement... naturel, normal de l'humain n'est pas la même période dans laquelle eux traversent cette période-là. Donc je suis là-dedans. Et donc c'est vraiment, le premier mot qui me vient c'est inconfortable. Et l'image qui me vient c'est de, l'image drôle c'est un éléphant dans un magasin de porcelaine ou moi, une grosse madame qui essaie de marcher sur des oeufs sans les casser.
- Julie Denis
Est-ce que je comprends bien que tu essaies de faire différemment que ce qui a été fait par tes parents, ton entourage, toi-même, avec toi à l'époque ?
- Samia Bouhjar
Je ne l'exprimerais pas comme ça. Il y a quelque temps, je t'aurais dit oui. Dès lors que j'ai commencé à être maman, je t'aurais dit oui, évidemment, je vais faire autrement parce que ce n'était pas bien, parce que regarde ça et ça et ça. C'est facile de dire les erreurs des autres. Mais je dirais plutôt, je serais un peu plus nuancée, je dirais plutôt que j'observe, comme je te disais, l'observation, la contemplation, j'observe ce qui a été fait, je prends du recul un peu, pourquoi ça a été fait, comment ça a été fait, pourquoi. et puis je replace en fait tout ça dans... je le transpose dans le contexte actuel avec ce que j'ai moi comme outil. comparativement à ce que mes parents avaient ou pas comme outil, avec le type de relation. Je fais une sorte de comparaison parce que je ne pense pas que, contrairement à ce que jusqu'à il n'y a pas longtemps j'ai pu penser, tout n'était pas à jeter. Et tout ce que j'imaginais être la meilleure manière d'éduquer et d'accompagner... des enfants vers l'âge adulte et vers l'autonomie n'était pas forcément la meilleure manière. Parce qu'en réalité, s'il y avait une meilleure manière, ça se saurait. Il y aurait un guide et ce serait cool pour tout le monde. Mais non, en fait, il y a autant de manières d'être parent, d'accompagner un enfant qu'il y a d'individus, je crois.
- Julie Denis
Oui, et puis c'est une combinaison de l'enfant, de sa personnalité, de son fonctionnement avec un parent,
- Samia Bouhjar
deux parents. avec leur fonctionnement. Et c'est comment trouver un match et une manière de fonctionner ensemble. Exact. Comme tu dis, c'est vraiment ça, c'est une combinaison, c'est une suite de chiffres que tu dois essayer de caler pour que ça s'aligne. Et puis, comme tu dis très justement, ce n'est pas juste toi en tant que parent. Donc, quand il y a une dynamique parentale commune, un papa et une maman, ou deux papas ou deux mamans, Ça aussi, c'est un truc que j'ai intégré, tu vois. Ce n'est pas mon cas, mais ça aussi, ça change. Et puis, le rapport que le parent a avec l'enfant, que l'enfant a avec l'un ou l'autre parent, est-ce que c'est équilibré ou non, équitable ou non ? C'est hyper complexe.
- Julie Denis
Et cette sensation d'être une grosse madame qui marche sur des oeufs sans essayer de les casser, c'est quoi ? Tu as l'impression d'être maladroite ou d'essayer de faire attention ? cogner quand même parfois des choses.
- Samia Bouhjar
Ah ouais, totalement. Tu ne sais jamais en fait. Moi en tout cas, je ne sais jamais si ce que je fais est bon parce que c'est comme dans les rapports sociaux du quotidien. C'est-à-dire que les enfants que tu as, que ce soit tes enfants biologiques ou non, c'est des individus qui ne sont pas encore finis. Émotionnellement, cognitivement, je ne suis pas sûre. Normalement à l'adolescence, Il y a des trucs qui ne sont pas totalement consolidés. C'est qu'ils ne savent pas ce qui se passe dans leur tête. Tu ne peux qu'imaginer. Et donc, ce que tu imagines, il y a des grandes potentialités d'erreurs. Donc, je pense que je fais juste de mon mieux et puis j'observe. Moi qui suis déjà quelqu'un d'hypersensible au non-verbal. type de tout ordre, là, en l'occurrence, c'est vraiment, vraiment exacerbé, quoi. L'humeur, le ton de la voix, le regard, vraiment dans tout, quoi. Comment est-ce qu'il s'habille l'autre jour ? Est-ce qu'il mange ? Il mange pas ? Enfin, tu vois, vraiment hyper, hyper attentive, une espèce d'hyper vigilance. Mais à côté de ça, parce qu'en disant tout ça, je me dis, ben, ça semble quand même pas cool d'avoir des gamins, mais... Si, en fait, c'est vraiment super cool. C'est comme dans tout. C'est qu'il y a des bons et des mauvais côtés. Mais ce que je me dis aussi quand on doit traverser quelque chose d'un peu compliqué, et ça, je crois que c'est dans... Maintenant aussi dans tous les sujets, c'est que quoi qu'il en soit, ça va passer.
- Julie Denis
Oui.
- Samia Bouhjar
C'est que tout passe, quoi.
- Julie Denis
C'est une phase. Oui,
- Samia Bouhjar
tout passe.
- Julie Denis
De quelle manière est-ce que ça, par exemple, là c'est l'adolescence dans tes enfants, mais un enfant en adolescence ?
- Samia Bouhjar
Pour le moment, un qui est dedans et un autre qui rentre.
- Julie Denis
Oui, ok. J'entends que c'est une de tes préoccupations, enfin quelque chose qui se joue intérieurement en tout cas. Quel est l'impact de ça sur... Ton activité professionnelle en tant qu'entrepreneuse ?
- Samia Bouhjar
Ça se nourrit en fait. En fait, ça se nourrit, c'est-à-dire que ma volonté de ralentir, déjà il y a à peu près trois ans, où je l'ai vraiment entamée, concrètement dans la manière de gérer mon agenda, mes rendez-vous, d'accepter ou non des projets, c'est que... c'est que je vais aux choses qui sont essentielles et fondamentales. Je revois vraiment les choses que je fais et les gens avec lesquels j'échange, je m'interroge sur l'aspect essentiel et fondamental. Je n'ai plus envie de perdre du temps, je n'ai plus envie de faire des trucs genre... Ce n'est même pas une question de perdre du temps, c'est une question d'être... d'être alignée, tu vois. Il y a quelques jours, j'ai croisé des gens que je connais. Donc j'habite ici dans cette commune depuis... Enfin, ici, on se rencontre depuis 13 ans. Mais c'est le quartier dans lequel je suis arrivée quand je suis arrivée en Belgique. Je ne suis pas née en Belgique, moi. Donc j'ai habité il y a quelques rues d'ici quand je suis arrivée en Belgique. Et donc ça fait 13 ans que je suis dans ce quartier et je connais beaucoup de gens. Je suis un peu la concierge du coin, puisque mon atelier est sur le coin de ma rue. En été, je laisse ma porte ouverte. Parfois, j'ai un banc en bois que je dépose devant, et je me pose devant en mode tournesol, pour prendre de la lumière et du soleil. Il y a plein de gens que je connais. J'ai rencontré un couple d'amis, un couple de connaissances du quartier, il y a quelques jours. On discutait de ça, parce que c'est aussi des gens qui sont... d'origine étrangère et qui viennent de pays ensoleillés. Et donc je disais, ouais, en gros, pour faire court, le gars du couple me dit, l'essentiel c'est que tu remplisses ta vie de trucs que t'as envie de faire. Que t'essayes de faire juste ce que t'as envie de faire. Alors bien sûr, tout le monde n'a pas cette chance-là. On ne peut pas se le permettre vraiment tous les jours. Je me dis, moi j'ai ce luxe-là quand même. C'est-à-dire que mon travail, c'est déjà un travail que j'ai choisi. Je n'ai pas fait d'études pour ça, je n'ai pas suivi un cursus, ce n'est pas mes parents qui m'ont amené là. J'ai fait des études qui n'ont rien à voir avec ce que je fais aujourd'hui. Mais j'ai vraiment cette chance-là. Donc en fait, ça impacte mon travail, le fait de vouloir m'occuper pleinement, être dans ce rôle. vraiment pleinement d'éducatrices, d'accompagnatrices et de mamans, parce que la maman c'est pour l'affectif, impacte le fait que dans mon travail, je veux que ce soit l'endroit où ce ne soit pas que la productivité qui compte, que ce soit vraiment le plaisir. Tu vois, c'est... Et en fait, je te dis, les deux se répondent, tu vois. Ces deux casquettes, ces deux rôles vraiment se répondent. Pourquoi est-ce que j'ai fait des enfants ? Parce que j'avais un besoin à un moment donné. Bon, c'est biologique et chimique, on est d'accord. Voilà, j'avais de l'amour à l'aune, on est en recevoir, tout ça. Tu vois ? Et donc, on avait des enfants. Mon travail, pourquoi j'ai choisi ça ? Parce que j'avais un besoin de rencontrer les gens, d'échanger avec les gens, d'apporter des choses aux gens et de créer. avec et pour les gens. Et donc, tu vois, les deux se répondent, en fait. C'est fondamentalement, qu'est-ce qui est important ? Tu vois ? Donc, avec les enfants, c'est ça. C'est l'amour, c'est l'échange, c'est comment est-ce qu'on s'enrichit l'un l'autre. Et au travail, c'est la même chose, en fait. C'est les mêmes concepts avec des mots différents. Parce que le cadre est différent, quoi. Donc, ouais, ça a impacté mon travail. et de manière positive parce que ça me force à freiner. Mais c'est chouette, ce n'est pas facile tout le temps parce que j'ai été salariée longtemps et je crois que cette idée de productivité quand tu as commencé ta carrière professionnelle en tant que salariée, cette question de productivité, en tout cas pour moi... Elle est toujours au centre de chaque journée. Qu'est-ce que tu as produit aujourd'hui ? Oui,
- Julie Denis
et puis ça, c'est en tant que salarié, en partie, mais c'est aussi la société qui fonctionne comme ça. Dans l'inconscient collectif, il y a quand même, si tu n'as pas été productif, qu'est-ce que tu as apporté ? Qu'est-ce que tu vaux ? Je fais des très gros raccourcis,
- Samia Bouhjar
mais c'est ça, c'est un petit peu ça. Et donc, je me détache de ça. Tu vois, par rapport au travail, ça m'amène à vraiment me détacher de ça et parce qu'au départ, tu vois, je sais vraiment de revenir à l'essentiel, c'est qu'au départ, quand j'ai commencé à faire ce que je fais, ce qui est aujourd'hui mon métier, je faisais des bricolages dans mon salon le soir quand mes enfants qui étaient des enfants bas âge dormaient. Mais c'est dans cette période-là où il n'y avait pas d'enjeu, si ce n'est celui de me sentir... me sentir productive, on le met vraiment entre guillemets, le mot productive, de créer des choses, de voir des choses naître sous tes mains, de venir de ta tête et puis se matérialiser devant toi, c'est la période durant laquelle je trouve avoir été la plus créative, entre guillemets, quand je vais revoir les dessins que j'ai faits, tous les trucs que j'ai faits à ce moment-là, me semblent être les plus proches de de qui je suis, en tout cas à ce moment-là. Et donc j'essaie de revenir aussi à ça, de passer du temps à apprendre des nouvelles choses, des nouvelles techniques, des nouvelles méthodes, essayer des choses et échouer. De me dire, ok, c'est pas grave si j'ai passé 6h, demi-nuit à 6h du matin, à faire un truc, et puis à 6h, je me rends compte qu'en fait, non, ça ne va pas. C'est pas ça que je voulais. Et puis même si c'est pas ça que je voulais, non, ça ne va pas. Et de se dire, ok, c'est pas grave. C'est pas 6h de perdu en fait. Oui. ces six heures de passé avec toi-même.
- Julie Denis
Oui, et où tu as avancé, où tu as mis en pratique, parce que des personnes qui restent trop dans leur tête, j'en connais quand même beaucoup aussi, où tu as peut-être une idée, mais tu as testé, tu as expérimenté, et là, le résultat n'est pas là, mais tu as probablement quand même appris des choses et tu peux réutiliser, en tout cas en partie, sur d'autres projets, etc. Alors, tu as parlé de ton travail. Je vais peut-être brièvement faire une petite intro. pratico-pratique, ce n'est pas l'angle du podcast de parler du parcours et de ce que tu as fait mais pour ceux qui ne te connaîtraient pas, c'est quand même pratique Oui,
- Samia Bouhjar
parce que tout le monde ne me connaît pas, évidemment
- Julie Denis
Encore Alors, tu as étudié le marketing à l'ULB
- Samia Bouhjar
Pas à l'ULB, mais le marketing J'ai étudié le marketing dans une école ça s'appelait l'Institut des carrières commerciales à Bruxelles parce que je travaillais déjà J'ai un graduat et j'ai un master. Et en fait, je n'ai jamais rien fait en cours du jour. J'ai toujours tout fait en cours du soir, en accéléré, en plus du travail. Ce qui demande aussi beaucoup de courage et de persévérance,
- Julie Denis
je pense.
- Samia Bouhjar
Oui, de la persévérance certainement. Du courage, je ne pense pas que ce soit vraiment du courage. Je pense que c'est juste une manière de fonctionner. C'est-à-dire avoir été en cours du jour, à l'époque en tout cas ça n'aurait pas été jouable pour moi. Aujourd'hui, il y a plein de trucs, je pense que dans quelques années je reprendrai des études. Et là, je me réjouis d'avance quand je m'imagine travailler, être en bibliothèque, le temps long.
- Julie Denis
Tu as travaillé dans le prêt-à-porter dans un premier temps et tu travailles comme styliste, costumière, directrice artistique depuis 2017. si LinkedIn m'a donné les bonnes informations. Pour des personnes qu'on connaît, comme Cécile Djunga, les Frères Taloch, Fanny Gendrin, Sarah Depadua, Laure Fournier, j'en cite quelques-uns, il y en a probablement encore plein d'autres. Pour des émissions aussi, comme C'est Toujours Pas Sorcier, On N'est Pas Des Pigeons, Drag Race Belgique, The Voice, The Dancer Belgique. Ouais. Tu as aussi travaillé comme responsable formation. pendant 4 ans où tu donnais aussi des ateliers d'images de soi avec le vêtement comme outil de communication non-verbal. On y reviendra, ça. Et puis, entre-temps, tu as aussi un podcast « Déshabillez-vous » . Déshabillez-vous. Joli jeu de mots. J'aime bien les jeux de mots. Et tu es aussi chroniqueuse depuis septembre. Ouais. Sur le 6-8, sur Vivacité.
- Samia Bouhjar
Tu me refuseras tes notes parce que je ne vais pas voir. Ouais, c'est LinkedIn qui te dit tout ça ?
- Julie Denis
C'est LinkedIn qui m'a dit tout ça.
- Samia Bouhjar
Ah oui, je mets quand même pas mal de trucs sur cette plateforme. Moi qui pensais que c'était celle qui était la moins... la moins alimentée de mes plateformes réseaux sociaux. Tout est vrai, tout est juste, c'est ça.
- Julie Denis
Alors peut-être rapidement, qu'est-ce que ça signifie être styliste, costumière, directrice artistique ? Styliste, je t'ai entendu expliquer dernièrement, c'est styliste dans le sens anglo-saxon du terme. Mais est-ce que tu peux expliquer peut-être brièvement ce que c'est exactement ? Alors ça fait quelques... depuis la rentrée ici,
- Samia Bouhjar
depuis le mois d'août 2025, Et je réfléchis à la manière justement d'expliquer comment je travaille, d'essayer d'extraire et de mettre en mots ma méthodologie, ce qui est important pour moi dans mon travail. Et donc, je vais répondre à ta question en utilisant les termes que j'ai mis dans mon shaker pour le moment. C'est que je suis styliste pour les gens qui souhaitent, je permets aux gens qui souhaitent véhiculer une image. ou un message de le faire au travers de leurs vêtements. Donc, par exemple, toi Julie, t'es psy et t'as envie de paraître, d'avoir l'air comme l'une des questions que tu m'as posées. Qu'est-ce que t'as envie que les gens retiennent de toi ? Quand ils te rencontrent, t'as envie qu'ils retiennent quoi ? Si tu me dis, ouais, moi je veux qu'ils retiennent que je suis quelqu'un de gentil, de vraiment à l'écoute, d'empathique, alors on va travailler les formes. des vêtements que tu vas porter, on va travailler et en fonction aussi de toi qu'est-ce qui est important pour toi parce que le vêtement c'est quand même ta deuxième peau, il faut que tu sois confortable et à partir du moment où tu es confortable dans ton vêtement, il soutient ton discours donc voilà c'est ça que je fais et je le fais différemment, dépendamment de la personne, du contexte et de son audience Tout le monde fait ça parce que tout le monde s'habille. Oui, bien sûr. Mais donc, ça veut dire que tu sélectionnes des habits qui existent.
- Julie Denis
Tu en crées aussi. Je te vois parfois créer des choses. C'est les deux. Oui, je fais les deux. Mais je ne suis pas designer de mode. Oui, tu ne vas pas créer toute une collection, mais tu peux créer quelque chose ou créer des accessoires ou rajouter des choses. Sur un vêtement existant ? Voilà,
- Samia Bouhjar
ça c'est ce que je peux faire, c'est de la customisation. C'est marrant parce qu'il y a peu de mots francophones. Il faudrait que je me renseigne pour essayer vraiment de trouver les mots en français, pour désigner toutes ces choses-là. Mais voilà, je vais créer un accessoire ou modifier un accessoire. Je vais créer un vêtement, mais qui ne va pas être un vêtement où il y aura de la technique. J'ai quelque chose de très simple techniquement, parce que c'est un métier et que ce n'est pas le mien. De concevoir et de designer, puis de concevoir, de serre un vêtement, c'est vraiment un métier à part entière. Je vais assembler des choses, je vais les modifier, c'est ça que je fais, en fonction de la personne qui va porter et de ce qu'elle veut véhiculer au regard de ceux qui vont être en face d'elle. Je le fais pour des personnalités publiques, je le fais parfois pour des particuliers, mais beaucoup moins. Je l'ai fait pour des personnalités politiques. J'en parle peu parce que, comme je te le disais en off, ma position professionnelle ne justifie pas que je le partage publiquement. Je le fais pour des personnages. Quand il s'agit d'un film, d'un clip ou autre... C'est des personnages, si ce n'est pas une personne, c'est un personnage. Et là, dans quelques semaines, je vais commencer à travailler aussi sur des personnages de théâtre dans une pièce où c'est une réadaptation de 1890, une réadaptation d'une pièce autrichienne et qui est finalement hyper moderne. Le sujet est hyper moderne, c'est flou. Ça fait plus de 100 ans que le truc a été écrit. Et donc là, il y a une vraie recherche de faire coïncider le vêtement avec la personnalité du personnage.
- Julie Denis
J'aurais encore envie de te poser mille questions, mais on gardera ça pour un autre épisode. Je vais repasser sur qui tu es plus que ce que tu fais. Quand tu repenses à toi, enfant. Quelle image te revient ? Qu'est-ce que tu étais en tant qu'enfant ?
- Samia Bouhjar
C'est marrant, je me suis posé cette question-là il n'y a pas longtemps. Je pense que j'avais compris qu'il y avait un moule et que c'est dans mon intérêt de rentrer dedans. En même temps, il y avait deux, trois brèches dans ce moule où il y avait moyen de faire du bruit et faire un peu plus de lumière. Et dès que l'occasion se présentait, je faisais du bruit au travers de la brèche ou je faisais de la lumière, genre en mode clignotant comme ça. De quelle manière ? Je crois que j'avais déjà une... Non, je ne crois pas. J'avais déjà une super affinité, une appétence en tout cas pour le vêtement et pour ce que ça pouvait... racontées. J'étais très consciente et sensible à ça. Et donc, ouais, je me souviens, par exemple, quand j'étais en... Est-ce que c'était des primaires, ça, ou maternelles ? Je crois que c'était primaire, à mon avis. Peut-être première primaire, ouais. Je crois que c'était première primaire. C'était avec... Je me souviens même du nom du prof, quoi. Monsieur Framboisier.
- Julie Denis
Dédicat, s'il nous écoute.
- Samia Bouhjar
Je pense que cet instituteur était vraiment visionnaire parce que... Dans l'école, notre classe était tout en haut de l'école et c'était en fait un énorme local ouvert en mode loft. Et il avait aménagé différents endroits en mode Montessori d'aujourd'hui. Et on avait un espace qui était un espace actualité, on avait un espace informatique. C'était le tout tout tout début. Oui, c'est sûr, c'était le début. Et je crois que sa méthode d'enseignement... était vraiment particulière parce qu'un jour la télé est venue dans notre classe. Et alors, moi mon père il travaillait dans l'horeca. Et je ne sais pas pourquoi un jour, à mon avis, il a dû travailler sur un... Comment on appelle ça les événements privés dans les restos ? Un banquet, voilà. Il devait y avoir un banquet. Parce qu'un jour il s'est ramené, il avait des gants blancs. Donc ça devait être un banquet, il a dû bosser là-dedans. Et donc il y avait des gants blancs à la maison, des gants tout fins, des trucs pour... pour le service, quand t'es maître d'hôtel. Et en fait, j'avais récupéré les gants. Je trouvais cet objet, mais incroyable, des gants blancs. Donc, c'est pas des gros gants en laine ou des moufles. Et je me souviens que le jour où la télé est venue, j'ai pris mes gants blancs. Et donc, je faisais tout pour répondre aux questions, élever ma main avec mes gants blancs pour qu'on me voit. Aujourd'hui, qu'est-ce qui est encore là de cette petite fille ? cette sensibilité, cette conscience de l'apparence, de l'impact que ça a, parce que c'est un vrai impact. Même quand tu crois que ça ne dit rien, même si tu n'as pas fait d'efforts, même si tu crois que tu n'as pas choisi, tu as quand même choisi. Et ça, c'est dans le cadre... scientifique, tu vois, l'être humain est un animal comme les autres et il reconnaît ses semblables d'abord visuellement, quoi. Et donc, ouais, je pense que j'avais déjà, j'ai eu très très tôt conscience de ça. Que, dépendamment de comment t'es habillée, tu pouvais être acceptée ou rejetée d'un groupe. T'as pu l'observer,
- Julie Denis
ça, en France ? Ah,
- Samia Bouhjar
je l'ai vécu. Ouais, ouais, je l'ai vraiment vécu quand j'étais enfant, je l'ai vécu très très fort. D'être acceptée ou d'être rejetée ? Ciao ! Dans un premier temps, rejeté. Mais ça aussi, j'ai appris que c'était normal. Parce que quand on est petit, la plupart des gens essayent de gommer les différences. Tu veux te faire des copains, des copines. Donc, tu veux être comme tes copains et tes copines pour créer une espèce de cohésion. Et c'est plus tard où on switch et on vire plutôt vers l'expression de notre individualité. Moi, j'étais déjà dans l'individualité.
- Julie Denis
Oui, tu dis. Plus tard, pour certains, c'est compliqué toute la vie d'affirmer son individualité, de ne plus vouloir s'effacer et se fondre dans la masse.
- Samia Bouhjar
Je suis un peu nombriliste, j'ai l'impression que tout le monde est comme moi.
- Julie Denis
Non, je pense que peut-être dans les milieux dans lesquels tu es, ou plus artistique, dans l'entrepreneuriat, là c'est peut-être plus le cas.
- Samia Bouhjar
Mais dans la population générale, je vais le dire comme ça, oui et puis même quand tu dis ça je me dis mais ça dépend encore une fois on a toujours quand même envie de montrer qu'on est un peu différent d'une manière ou d'une autre mais sinon oui ça c'est je l'ai vécu très très fort dans le rejet en étant petite et puis à l'adolescence je me dis ah tiens Le fait d'être différente, c'est...
- Julie Denis
Ça marche. Mais là, j'étais encore en train de négocier, de dealer avec ça parce qu'il fallait. C'était la mode, je ne sais pas de quelle paire de chaussures. Tout le monde portait des jeans de je ne sais pas quelle couleur et de je ne sais pas quelle marque. Alors ouais, j'aimais bien, mais je n'avais pas forcément la possibilité, les moyens. Et puis que finalement, ce que j'avais n'était pas mal non plus et que ça me distinguait. Et je crois que c'est vraiment au début de l'adolescence que j'ai expérimenté cette... cette théorie bourdieusienne de la distinction, sans savoir qu'elle existait, et qui a clairement été un élément central dans toute ma vie, dans toutes les activités professionnelles que j'ai pu avoir, c'est qu'en fait, quand tu te présentes avant même d'avoir ouvert la bouche, ton vêtement, il a dit déjà blindé de choses à ton sujet.
- Samia Bouhjar
Quand tu... Tu parles d'être rejeté, d'être accepté en fonction, entre autres, des vêtements. On parle aussi de regard des autres sur soi. Dans ton enfance, c'était comment le regard des autres sur toi ? Alors, je ne parle pas seulement des copains et copines de classe, mais de manière générale. C'était très dur.
- Julie Denis
Oui, c'était très, très dur. Mais ça, c'est lié à l'éducation et au rapport avec les parents. En tout cas, les personnes proches, comme je t'ai dit, j'ai répondu à une de tes questions, comment est-ce qu'elle était, Samia, la petite fille que j'étais. Il fallait rentrer dans le moule, ne pas faire trop de bruit, ne pas être trop visible, mais en même temps, tu veux quand même qu'on sache que tu es là. Par la suite, ça a donné lieu, à mon avis, à une sensation de... Le fait de ne pas pouvoir être trop visible, à un moment donné, peut-être s'apparente à une forme de rejet, tu vois. Et que donc, par la suite, j'ai dû panier ça en me disant qu'il y a une forme de recherche, de validation et d'amour et de reconnaissance. Et je crois que c'est cohérent parce que de mes observations, mes humbles observations, c'est que tous les gens qui font des métiers créatifs, où on voit si ce n'est qui ils sont, ce qu'ils font et c'est ce qui est essentiel, sont en recherche de cette reconnaissance. Parce que sinon, tu fais des trucs dans ton coin. on part la personne et on s'en fout. Oui,
- Samia Bouhjar
oui. Tu as des frères et sœurs ?
- Julie Denis
Oui.
- Samia Bouhjar
Combien ? Tu te situes où dans la fratrie ?
- Julie Denis
Tu l'es née.
- Samia Bouhjar
Ok.
- Julie Denis
Et en tout, on est six.
- Samia Bouhjar
Ok. Et ça, de quelle manière est-ce que ça a influencé ton enfance, le fait de devoir rentrer dans le moule ? Souvent dire, l'aînée a quand même plus de responsabilités. C'est un peu des clichés, mais dans beaucoup de familles, c'est quand même comme ça. L'aînée a plus de... responsabilité, l'enfant le plus responsable, t'es une fille en plus est-ce que ça a joué aussi dans cette obligation ou la sensation en tout cas d'être obligée de rentrer dans le moule de faire d'une certaine manière,
- Julie Denis
souvent les derniers de la fratrie à moi cette pression là ça je sais pas parce que ça je n'ai pas conscience dans ce... que le fait d'avoir été l'aîné a conditionné une manière d'être ou de faire. Mais par contre, je sais que le fait que je suis l'aîné et certaines choses que j'ai faites et ma manière d'être a fortement impacté mes frères et sœurs.
- Samia Bouhjar
Ah oui ?
- Julie Denis
Je sais qu'il y a plein de choses que j'ai faites, des choses que j'ai dites, qui ont... Oui, qui ont affecté leur vision du monde ou des choix qu'eux-mêmes ont faits. Et ça, par contre, je ne m'en rendais pas compte. Ça, je le sais parce que c'est eux qui me l'ont dit à un moment donné, au détour d'une conversation qui n'était pas forcément basée là-dessus. Et où je me disais, oui, il y avait quand même un impact en termes d'exemplarité. C'est peut-être d'exemplarité ou de référent, autre que les parents.
- Samia Bouhjar
Oui, c'est ça. Ça te fait quoi, du coup, aujourd'hui, de savoir ça ?
- Julie Denis
Pour les bonnes choses, évidemment, je suis contente, parce que je me dis, ah, c'est cool, ça flatte l'ego. De se dire que tu as pu impacter positivement l'existence d'individus qui ne sont pas tes individus, ce ne sont pas tes enfants, ce ne sont pas les miens. Et puis pour d'autres choses, évidemment, bah... Je suis un peu moins fière, parce qu'il y a des trucs que je disais qui les ont impactés positivement. Une anecdote, par exemple, qu'un de mes frères m'a dite, c'est que quand il parlait l'arabe quand il était petit, ou quand il parlait néerlandais, je ne sais pas, mais quand il parlait une autre langue que le français, je me moquais de lui. Je me moquais de son accent. Je ne me souviens pas de ça. Et il m'a dit il n'y a pas longtemps que ça l'avait longtemps complexé. Je ne sais plus si c'était mon frère ou ma sœur.
- Samia Bouhjar
Je ne sais plus.
- Julie Denis
Ou c'est les deux, je crois. Je crois que c'était les deux. Je crois que c'était carrément les deux. Je crois que c'était les deux. Donc voilà que je riais de leur accent, parce que moi j'avais un very good accent, tu vois, dans toutes les langues que je pratique, parce qu'une oreille absolue pour les accents. Et voilà, c'est ça que ça fait. Je sais qu'il y a des trucs bien et des trucs moins bien et ça nous ramène à l'éducation des enfants, à la parentalité. Oui,
- Samia Bouhjar
et toutes les relations finalement.
- Julie Denis
Exactement. Il y a des trucs que tu as conscience de ce que tu fais et de l'impact que ça peut avoir et d'autres trucs que tu ne te rends pas compte parce que tu ne te rends pas compte.
- Samia Bouhjar
Oui, c'est ça. Oui, on ne peut pas se rendre compte de tout non plus. On n'est pas parfait, malheureusement. On dit souvent que l'entrepreneuriat, c'est le meilleur. Enfin, on dit souvent, je dis souvent. Que l'entrepreneuriat, c'est le meilleur chemin de développement personnel, ou en tout cas, c'est un chemin de développement personnel. On est quand même beaucoup confrontés à soi. On se prend des murs, on fait face à nos propres fonctionnements, nos limites, nos croyances, nos forces aussi. Quel est l'événement ou la situation, toi, qui t'a le plus transformé dans ton parcours entrepreneurial et qui a formé peut-être un moment de bascule ?
- Julie Denis
D'abord, je ne pense pas que ce soit l'entreprenariat en particulier qui fasse qu'on se développe personnellement. Je pense que c'est vraiment une question de relation de soi à soi. Tu vois, c'est un mot qu'on aura beaucoup utilisé dans cette conversation, cette conscience de sa vie intérieure et de cette voix, et qu'à un moment donné, on accepte de l'écouter, de l'entendre et d'échanger avec elle.
- Samia Bouhjar
Oui.
- Julie Denis
Et donc, je pense que quand tu es dans le salariat, on revient à cette histoire de moule. Tu rentres dans le moule, tu rentres dans les rangs, tu vois. Et donc, tu fais ce qu'on te dit quand on te le dit comme on te le dit, ce qui laisse peu de place à la réflexion.
- Samia Bouhjar
Oui,
- Julie Denis
tu vois. Donc l'entrepreneuriat, en effet, donne un peu plus de place pour ça, pour le développement personnel. Mais je ne crois pas que ce soit lui qui... essentiellement permettre le développement personnel. Je crois qu'on a au fond de soi, de base, un truc où ce que l'on pense, que l'on ressent, la manière dont on avance est importante pour nous. Et d'ailleurs, c'est ça qui fait qu'on va vers l'entrepreneuriat ou non.
- Samia Bouhjar
Oui, ça peut être dans les deux sens. Effectivement, c'est peut-être les personnes qui se posent plus de questions, qui ont plus ce truc de... Tout le monde se développe. Le développement personnel, même si on pourrait dire beaucoup sur ce terme-là aussi. Le développement personnel est très actuel. Il y a beaucoup de personnes qui veulent se développer, qui ont cette conscience de soi, même en salariat, on est d'accord. C'est peut-être les personnes qui sont d'autant plus là-dedans qui vont vers l'entreprenariat, peut-être. Je suis quand même convaincue que les situations dans lesquelles on se retrouve dans l'entreprenariat, quand on entreprend, les... Ce qu'on doit faire pour faire fonctionner un business et la variété de choses qu'on doit faire fait quand même en sorte qu'il y a des moments où ça coince. Oui, c'est une forme d'entonnoir, j'allais dire, mais tu vois, en fait,
- Julie Denis
l'entreprenariat ouvre le champ de la remise en question. Oui, c'est vraiment ça. C'est que si tu ne te remets pas en question dans un business quel qu'il soit, tu te casses la gueule et ça ne m'intéresse pas. Exactement.
- Samia Bouhjar
Tu n'es pas capable de... Alors qu'en salariat, en entreprise, ça peut très bien fonctionner sans ce développement-là et sans se regarder trop dans le miroir et sans trop travailler sur soi.
- Julie Denis
Je suis d'accord avec toi quand tu dis que c'est dans un sens et dans l'autre. Les gens qui ont plus tendance à réfléchir sur eux-mêmes, à se remettre en question, vont selon moi être plus à même d'aller vers l'entreprenariat. et puis l'entrepreneuriat. de par les circonstances et les expériences qu'on peut vivre, vont amener justement à se questionner davantage et à se remettre en question davantage. Et d'ailleurs, ça me fait penser à un jour, une chef de région, quand je travaillais encore dans le retail, je crois que c'était ma dernière expérience professionnelle, je crois, dans le retail. qui m'avait dit un jour, Samia, tu ne peux pas attendre des gens avec lesquels tu travailles, qu'ils aient tous la même ambition que toi, le même perfectionnisme que toi. Tout le monde n'est pas fait pour être un leader. Alors que moi, je n'aime pas l'idée en fait. Je déteste ça. Je déteste l'idée d'une équipe, de manager une équipe, je déteste ça. Mais là, c'était dans l'idée que... Je m'interrogeais souvent et je me mettais en colère quand je me disais « Pourquoi est-ce que les gens ne s'investissent pas plus ? C'est leur travail, c'est ce qu'ils font tous les jours, c'est ce qui remplit presque l'essentiel de leur temps. Pourquoi est-ce qu'ils ne s'investissent pas plus ? » Ça me mettait vraiment en colère. Alors elle m'avait dit « Non, tu ne peux pas attendre des gens. Il y a des gens, ils viennent, ils font leur 8 heures, ils se cassent et puis ils ne pensent plus à toi. » Alors que moi, c'était tout l'inverse. Donc, voilà.
- Samia Bouhjar
Pour toi, quel est l'événement, la situation qui t'a le plus transformée dans ce parcours entrepreneurial ?
- Julie Denis
Je crois que c'est l'élément déclencheur, en fait, parce que depuis, ça reste quand même finalement assez organique et ça me plaît bien. Mais je pense que c'est vraiment l'étincelle. C'est-à-dire que moi, j'avais tout le carburant, j'avais l'envie. Et puis j'ai rencontré quelqu'un qui a été l'étincelle, tu vois, j'ai rencontré Cécile Junga et c'est elle qui a été l'étincelle qui m'a amenée à travailler, à faire ce que je fais, mais dans le cadre de l'audiovisuel et des médias, là où je le pratique maintenant, tu vois. Si tu veux, j'étais devant la porte, tu vois, et un jour elle s'est pointée et m'a dit j'ai la clé.
- Samia Bouhjar
Et c'est quand tu as commencé à l'accompagner, j'allais dire, mais à l'accompagner elle, que tu t'es lancée comme indépendante ?
- Julie Denis
Oui, en différentes étapes, mais oui, c'est avec elle que j'ai commencé. C'est avec elle que j'ai émis, édité ma première facture avec un numéro de TVA. Et c'est marrant parce que ça va bientôt faire dix ans et j'ai vraiment toujours l'impression que c'était hier. Quand j'ai fait cette... Je raconte tout le temps cette anecdote, mais je trouve que c'est hyper marrant parce que... Donc je faisais la facture. Et donc, comme on vient de dire, moi, je viens du salariat. Donc, ça veut dire que tous les mois, tu sais quel montant t'es payé. Et je peux te dire que je ne faisais pas partie du haut du panier des salaires. Et donc, je fais cette première facture qui couvrait cinq jours de travail. Et puis, il me dit que ce n'est pas possible. On ne peut pas me payer ce montant-là pour cinq jours. Ce n'est pas possible, ça n'existe pas. Ça n'existe pas. Surtout que moi, à l'époque, c'est mon premier truc. Je ne savais même pas comment valoriser ce que je savais faire. Heureusement que le producteur au téléphone a fait, pas une bourde, mais il me dit, ah oui, donc tu as la prestation des cinq jours plus la prépa. Parce que dans mon travail, il y a la préparation, il y a le travail en amont, il y a le travail sur le plateau, sur le set le jour J. Et parfois même, il y a le travail d'après. Parce qu'il y a le démontage, il y a le machin, le truc. Mais moi, je ne savais pas ça. Moi, c'est juste le travail. Et donc, je dis, ah oui, oui, en effet. Tu vois ? Et donc, j'ai appris, au détour d'une conversation téléphonique, que je devais rajouter, en fait, de l'argent pour le travail de préparation. Et donc, l'anecdote, c'est quoi ? C'est que je fais cette facture. Je me dis, ah, mais non, c'est pas vrai. C'est impossible que je gagne, que quelqu'un va vraiment me payer pour du vrai, dans la vraie vie, ce montant-là pour cinq jours. Et je te promets que quand j'ai envoyé par mail... cette facture en format Word. Il faudrait que je la retrouve une fois que j'en garde tellement c'est marrant. J'avais vraiment le cœur qui battait du mille à l'heure. Et puis je me disais, mais ce n'est pas possible. Ils vont réceptionner le mail. Demain matin, il y a quelqu'un qui va venir chez moi qui va dire, Mame Bouchard, Mame Bouchard, il faut rendre de l'argent maintenant. C'était une blague. C'était sympa, mais j'étais sûre de ça. Et en fait, ça, c'était vraiment l'élément déclencheur. Quand cet argent est arrivé sur mon compte et que personne n'est venu frapper à ma porte pour le récupérer, je me suis dit, maintenant, il faut que je quitte ma cuisine pour travailler. Parce que je travaillais dans ma cuisine, mon salon, je poussais les meubles. Et j'ai loué l'espace dans lequel je me trouve ici depuis 8 ans. Il n'y avait que ce montant-là. Ce n'était pas 10 millions d'euros, les gars. C'était de quoi tenir le loyer pour 3 mois. Et moi, j'ai signé un contrat. Et tout le monde me disait... Il y a une personne en particulier qui m'avait dit ça, qui m'a dit « Samia, tu ne peux pas dépenser de l'argent que tu n'as pas ? » Ben, je crois que si. Moi, je sens que si. Alors c'est peut-être une forme d'attention, je ne sais pas trop, mais ça c'était l'élément déclencheur. C'est le fait d'avoir rencontré Cécile, c'est le fait d'avoir fait ce que j'aimais du mieux que je pouvais, d'avoir créé une connexion humaine, d'avoir instauré une relation de confiance aussi, que je n'étais pas là juste pour moi, mais j'étais vraiment là pour elle.
- Samia Bouhjar
Est-ce que tu peux nous partager un moment où tu as douté fort, où tu as eu peur durant ces huit dernières années ? Qu'est-ce qui s'est passé dans ta tête ? Qu'est-ce que tu t'es raconté à ce moment-là ?
- Julie Denis
Je dirais que là, peut-être maintenant, j'ai un petit peu peur parce que j'ai plus conscience de ce que ça signifie d'avoir une société, d'avoir une existence et une vie fiscale.
- Samia Bouhjar
Oui, je n'ai pas voulu te couper pendant ton anecdote, mais quand tu as dit « tout ça c'est pour moi et on ne va pas me demander de le rendre » , il y a quand même l'État qui demande de rendre une partie.
- Julie Denis
Oui, en effet. Je pense que c'est plutôt maintenant, ces quatre dernières années où justement je suis passée en société, parce que je suis quelqu'un de pragmatique. Souvent, mon compagnon me dit
- Samia Bouhjar
« je t'avais dit » .
- Julie Denis
Lui, il est très cartésien, très logique. Il voit et comprend des choses très rapidement. Et moi, je suis plutôt de passer à l'acte et après en réfléchir, ou pendant qu'on fait, en réfléchir. Vraiment deux modes de fonctionnement très différents. Et c'est souvent arrivé qu'il me prévienne de quelque chose et que je ne l'écoute pas ou que je balaye un peu ce qu'il dit du revers de la main et puis que finalement, j'y revienne parce qu'il avait raison. Mais j'ai besoin d'expérimenter les choses. Et finalement, j'apprends en me trompant. Et c'est normal. C'est comme ça qu'on apprend. C'est le start and learn. Je pense qu'il y a... Je ne sais pas, mais je crois que notre cerveau, vraiment, il intègre les choses.
- Samia Bouhjar
Que lorsque tu as dû dealer avec l'échec, avec... Ton cerveau intègre quand tu l'as expérimenté. C'est ça. Ce n'est pas que quand tu l'as imaginé rationnellement, enfin cognitivement, c'est quand tu l'as ressenti. C'est ça. Et donc, je dirais que c'est plutôt ces quatre dernières années où là, je me rends un petit peu plus compte. J'ai une vision un peu plus « adulte »
- Julie Denis
de mon activité, un peu plus business. plutôt. Tu vois, une vision plus business de ce que je fais. Après, c'est l'âge aussi, tu vois, avec la maturité, tu te dis bon, on va créer un patrimoine quand même, parce qu'après on va être vieux et tout ça, on va pouvoir courir les tournages ad vitam aeternam. Et c'est quoi qui te fait peur du coup ? C'est très terre-à-terre, c'est vraiment la gestion financière, c'est le rapport temps-argent.
- Samia Bouhjar
Oui.
- Julie Denis
Parce que finalement, ce qui est vraiment le plus précieux, ce n'est pas l'argent qu'on a, c'est le temps qu'on a.
- Samia Bouhjar
Oui, c'est ce que tu disais. Pour faire les choses,
- Julie Denis
tu vois. C'est vraiment le temps qu'on a pour faire les choses.
- Samia Bouhjar
Oui, et en même temps, il y a une réalité réelle, pragmatique qui fait que, comme tu dis, le temps, l'argent,
- Julie Denis
comment combiner tout ça et trouver le bon équilibre. Et puis, moi, je n'ai pas envie d'être obligée de travailler jusqu'à 67 ans. Je trouve que c'est une aberration sans nom. 67 ans ! Ça veut dire que j'aurai encore plus de 25 ans d'obligation professionnelle. Je ne dis pas que je vais arrêter de travailler demain, ce n'est pas ça l'idée. Mais c'est surtout que je ne veux pas être obligée. Je veux pouvoir avoir le choix d'être libre. Déjà, là, je suis libre parce que j'ai choisi mon travail. J'ai une chance inouïe de pouvoir gérer mon temps. Il y a des périodes où je travaille 15 heures par jour, tu vois, et il y a des périodes où j'en fais 5 par jour, et le reste du temps, c'est de la recherche, de la créa, enfin, tu vois. Et donc, il y a ça aussi, il y a cette réalité-là, de se dire, non, j'ai pas envie d'être obligée jusqu'à cet âge-là. Je veux plus, je veux pas que le travail soit une contrainte, tu vois. Je veux que ce soit une activité de mon quotidien. Tu vois, normal quoi, une activité de mon quotidien. Ce truc-là, justement, de développement de personne qui dit,
- Samia Bouhjar
trouve quelque chose que tu aimes faire. C'est quoi la phrase juste ? Trouve, oui, aime ce que tu aimes, ton travail, tu n'auras pas à travailler un seul jour de ta vie, ou des trucs comme ça, ou fais de ta passion ton travail, et ce ne sera pas, enfin oui.
- Julie Denis
Voilà. Bon alors, ça fait un peu, hein, mais... Mais c'est vrai, c'est ça le but finalement, c'est de dire ok, c'est ce que je sais faire le mieux, je peux m'améliorer tous les jours en le faisant et en vivre. Go ! C'est ça que j'ai envie de faire, j'ai pas envie que ce soit une contrainte. Mais il y a la réalité économique, il y a ce qui se passe dans le monde, non plus on n'est pas au pays des bisounours, loin de là. Comment est-ce que je fais pour protéger mes arrières au cas où il arriverait quelque chose ? Comme je te disais tout à l'heure, quand je travaille, j'écoute des podcasts ou des documentaires ou je regarde des documentaires. J'ai regardé dernièrement un truc sur le crash qu'il peut y avoir d'Internet. Le crash mondial qu'il pourrait y avoir qui n'est plus d'Internet. S'il n'y a plus d'Internet demain, qu'est-ce qu'on fait ? C'est le bordel.
- Samia Bouhjar
Je me suis déjà fait cette réflexion quelques fois. Les derniers temps, je trouve qu'il y a parfois des dysfonctionnements un petit peu. C'est les câbles sous la mer.
- Julie Denis
Je t'expliquerai si tu veux. J'ai appris des trucs. Ok, on fait comment ?
- Samia Bouhjar
Je dis ok,
- Julie Denis
on fait comment ? Parce que si on est ici, en Belgique, en Europe, on fait comment ? Alors si on décide de s'expatrier, d'être ailleurs, comment est-ce qu'on pourrait faire aussi ? Donc je m'interroge vraiment sur des trucs très basiques. On fait comment pour manger ? On fait comment pour se chauffer ?
- Samia Bouhjar
Juste ça. Tu as des réponses à ça ?
- Julie Denis
Elles sont peu convaincantes mes réponses. Parce que je dis, on va au supermarché ? Mais non, tu ne peux pas parce que tu vas payer. Oui, mais si il n'y a pas d'argent, on n'a plus d'argent physique. Enfin, si, on en a encore, mais qui a encore des billets et des pièces dans ses poches ? Pas beaucoup de gens, tu vois. Donc, je ne sais plus pourquoi je te dis ça.
- Samia Bouhjar
On était parti sur un moment où tu as eu peur et tu expliquais que c'est pour l'instant.
- Julie Denis
Oui, c'est ça.
- Samia Bouhjar
La sécurité financière qui est quand même importante, aussi par rapport au futur. Je sens que je suis à un moment, si tu veux... Genre,
- Julie Denis
je suis clairement à la moitié de mon existence. On vit à peu près 80 ans. Je suis à peu près à la moitié. Et donc, elle me dit, OK, c'est un bon moment pour faire des petits ajustements.
- Samia Bouhjar
Qu'est-ce qui t'empêche d'abandonner, de laisser tomber l'entrepreneuriat ? On sait que ce n'est pas toujours facile, malgré ces peurs-là.
- Julie Denis
La liberté.
- Samia Bouhjar
OK. La balance. La balance bénéfice-risque, quelque part, reste quand même encore plus du côté de je continue ce que je fais. Oui, vraiment la liberté et puis la justice.
- Julie Denis
Quand tu es en entreprise, la justice n'existe pas. Et puis de moins en moins, tu ne peux pas partir en vacances comme tu veux. Tu dois demander l'autorisation. C'est comme l'école, en fait. Je vois l'entreprise comme l'école. Enfin, c'est la même chose, c'est la continuité. L'entreprise, c'est la continuité de l'école. Quand tu vois l'origine, pourquoi est-ce qu'on a fait l'école ? Pour créer de la force vive pour l'industrie. Et on en est encore. Je ne comprends pas comment ce modèle-là ne change pas. L'école est complètement inadaptée à la vraie vie aujourd'hui. Donc non, je ne pourrais pas pour ça. Parce que la vie en entreprise est trop injuste. Il faut se battre, je trouve, encore plus. Il faut serrer les dents. Et puis, tu n'as pas de liberté. Aucune liberté.
- Samia Bouhjar
Est-ce que ça veut dire qu'avec ce que tu sais maintenant, huit ans plus tard, tu referais le même choix de te lancer comme entrepreneuse ?
- Julie Denis
Je la ferais plus tôt.
- Samia Bouhjar
Plus tôt ?
- Julie Denis
Oui. J'aurais commencé par ça. J'aurais vraiment commencé par ça.
- Samia Bouhjar
Quelle différence ça aurait fait, tu penses ?
- Julie Denis
Je me serais cassée la gueule plus tôt et donc j'aurais appris plus vite. Enfin, plus vite, plus tôt. J'aurais pu expérimenter plus de choses. C'est encore juste un rapport au temps. Mais je crois que ça a toujours été quelque chose de fait pour moi, idéal pour moi. Mais tu vois, quand tu grandis et fais l'ancienne, et que tu fais de l'introspection, tu t'aperçois, tu captes après ton propre pattern. Et en fait, mon pattern, c'est quoi ? C'est que je dois expérimenter les choses et que je suis quelqu'un de lent. toi qui me connais et les gens qui me connaissent je dirais non pas du tout, cette nana n'arrête jamais elle parle à une vitesse folle, elle a 36 000 idées à la seconde, donc non, elle est loin d'être lente, mais si en fait je suis lente dans le fait que je dois assimiler,
- Samia Bouhjar
tu vois le processus est lent,
- Julie Denis
je dois vraiment assimiler les choses quoi, tu vois, pour vraiment les comprendre parfois j'ai une discussion avec quelqu'un et c'est genre des semaines des mois après,
- Samia Bouhjar
je dis ah mais oui mais en fait ça percute plus tard quoi Oui. Mais ça percute, je pense que je vois ce que tu veux dire, ça percute, tu peux percuter, encore une fois, je reviens avec ce truc-là, mais tu peux comprendre intellectuellement ce que la personne te dit, et puis ça peut percuter plus tard, mais dans le ressenti, tu comprends vraiment la profondeur, les enjeux, enfin, c'est ça.
- Julie Denis
Je vois un autre angle, tu vois, un autre point de vue.
- Samia Bouhjar
Quand tu te sens bloqué. Quel est ton premier micro-signal que tu es bloqué, ça n'avance pas, tu as beaucoup de projets aussi artistiques, donc j'imagine que ça doit arriver, j'imagine, peut-être pas, mais d'être bloqué au niveau de l'inspiration. Mais ça peut arriver aussi, quand on est entrepreneur, on a mille et une casquettes, il y a le cœur de notre métier, mais il y a aussi la communication, vendre nos services. Moi,
- Julie Denis
c'est ça qui me bloque.
- Samia Bouhjar
Tout le temps ?
- Julie Denis
Les seuls trucs qui me bloquent, c'est ça. C'est la gestion d'une entreprise et de l'image d'une entreprise. C'est ça qui me bloque.
- Samia Bouhjar
Et tu as des moments, comment tu fais pour passer quand même à l'action à ce moment-là ? Parce qu'il n'y a rien à faire, on est quand même obligé de passer par là.
- Julie Denis
Je me ménage. J'essaie de nouveau. Je prends du recul, je m'arrête et je me dis OK, qu'est-ce qui est essentiel ? De quoi est-ce que j'ai besoin là ? Sur quoi je suis en train de bosser ? C'est quoi la priorité ? Parfois, il n'y a pas vraiment de priorité. C'est juste que je me sens bloquée parce que pour des questions, par exemple, de droit d'auteur, je dois augmenter ma communauté sur Instagram. Depuis le mois d'août, je réfléchis à un format de vidéo sur Instagram. J'ai commencé. Mais ce n'est pas le cœur de mon business. Ce n'est pas ça mon activité. J'aime bien le faire. J'en ai fait quelques-unes. C'était cool. Mais ça me saoule, quoi, tu vois. Je me suis fait un plan, une stratégie. C'est une journée de tournage pour faire quatre vidéos. Les quatre vidéos, ça fait... Donc, une journée pour faire quatre vidéos, ça remplit un mois parce que tu fais une vidéo par semaine. Mais en fait, ça m'emmerde. Parce que... Enfin, c'est pas que ça m'emmerde. Si, ça m'emmerde. Parce que c'est une... Je sais pas pourquoi. Je saurais pas te dire aujourd'hui pourquoi. Mais j'ai dix vidéos qui sont scriptées avec tout, Tu vois ? Mais, ah ouais, il faut que je m'habille de telle manière, parce que je voudrais développer telle image, parce que machin. En fait, ça me gonfle. Mais je continue à penser, à y réfléchir, à essayer de développer, trouver une méthodologie, de l'intégrer dans mon quotidien avec ma manière de concevoir mon travail. Et ça, ça me bloque. Et donc, à ce moment-là, qu'est-ce que je fais ? Je coupe, j'arrête. Et pendant un, deux, trois jours... Je fais que de la créa.
- Samia Bouhjar
Ok. Ce que tu aimes vraiment faire.
- Julie Denis
Ouais. Et je ne me dis pas, ah oui, mais c'est pour tel ou tel truc. Non, je fais que de la créa. Ou alors, je vais dans une bibliothèque, ou je vais au Pelmel, je vais feuilleter, acheter des livres. Ou alors, je vais dans les fripes, tu vois. Je vais me balader, en fait, dans les fripes. Là, cette période-ci, par exemple, ça m'est arrivé là, maintenant, parce que je te disais... réfléchis à cette manière de communiquer parce que c'est l'aspect business aujourd'hui tu dois exister sur les plateformes digitales machin et je me dis ok flemme en fait je suis fatigué là j'ai besoin de faire un truc donc j'ai recommencé à dessiner à faire des collages j'ai fait des photos J'ai fait des photos avec des dessins que j'ai fait tu vois voilà je suis dans la création il n'y a aucun but il n'y a aucun objectif si ce n'est l'action en elle-même Et ça, ça me permet après de redémarrer et de me dire, OK, maintenant, on est quel mois de l'année ? Quel jour on est ? Quels sont les projets en cours ? Quel est le plus important ? Tu vois, de replacer les trucs dans un calendrier.
- Samia Bouhjar
Et ça, ça te permet quoi ? D'être dans un autre état d'esprit, dans une autre énergie qui va te permettre de, par exemple, reprendre les vidéos pour communiquer ou tu te sentais bloqué ? Oui, c'est ça. Tu t'es nourri différemment et ce truc là que tu as moins, qui te prend plus d'énergie. Du coup, l'énergie est à fond et ça te permet de quand même passer à l'action.
- Julie Denis
Oui, c'est une sorte de vase communiquant. Je remets un peu de force, un peu d'énergie dans la création. Par exemple, j'ai appris un nouveau truc par rapport aux vêtements. Depuis un moment, j'ai envie d'apprendre comment faire pour réparer les vêtements. Vraiment réparer, tu vois. Ou les modifier quand ils sont abîmés et tout ça. Et là, comme je suis justement dans cette période où j'ai besoin de faire autre chose que de la stratégie et de réfléchir à mon développement, de penser à comment est-ce que je vais gérer, optimiser fiscalement mon activité, j'ai appris à tricoter. le point mousse de base j'ai appris à tricoter j'ai appris à réparer des trous dans les vêtements avec de la laine feutrée cabré je crois que ça s'appelle. Bref, avec de la laine, tu combles les trous d'un vêtement.
- Samia Bouhjar
Avec la même maille comme ça ?
- Julie Denis
Non, pas avec la même maille, c'est avec de la laine, pas filée. Donc tu n'as pas de fil. Et en fait, avec des aiguilles, tu combles les trous et tu peux même faire des dessins. Donc ça peut être aussi très créatif. J'avais déjà vu ça, donc j'ai appris à le faire. Qu'est-ce que j'ai appris aussi ? Non, là je suis en train d'expérimenter un truc ou des vêtements que j'aime et qui sont vieux et qui sont tachés. et que je ne peux pas récupérer. Je suis allée amener à la même meilleure teinturerie de Bruxelles et le gars m'a dit, je ne peux pas vous garantir de le récupérer, mais par contre, je suis quasiment sûre à 90% que ce n'est pas récupérable. Et donc, ce sont des pièces que j'essaie de récupérer en les dorant, avec des feuilles dorées ou argentées. Et donc, je suis en train de tester plein de manières d'appliquer justement ces dorures. Alors, ça existe. C'est des méthodes qui existent dans la haute couture. Tu vois, je n'ai rien inventé. Vêtements avec de la feuille d'or dessus, ça existe. Moi, je ne le fais pas avec de la feuille d'or. Je fais avec des feuilles. Je ne sais pas ce qu'il y a dessus. En tout cas, ça brille. Mais ça me permet de récupérer des trucs. Parce que je pense à un autre projet à un moment donné où j'ai vraiment envie d'être dans le manuel. Où j'ai envie de réparer. J'ai envie de réparer les vêtements parce que ça raconte une histoire. Je suis dans cette phase où, pour moi, le vêtement est un truc que tu gardes parce que tu l'as choisi à un moment donné. Alors, ce n'est peut-être pas valable pour toutes tes fringues, ton sweat noir que tu portes les semaines où tu n'as pas envie d'être particulièrement apprêtée.
- Samia Bouhjar
Le podcast ne sera pas diffusé avec la vidéo, mais donc, juste pour le contexte, tu es habillée aujourd'hui avec un sweat à capuche noir.
- Julie Denis
Tu as des vêtements que tu choisis parce qu'ils reflètent, ils racontent quelque chose, une période, tu vois, un truc.
- Samia Bouhjar
Ça me fait penser à, tu connais le concept de kintsugi ? Oui, c'est ça, c'est ça. Avec les objets là, mais c'est un peu...
- Julie Denis
Il y a aussi, tu vois, les méthodes japonaises aussi, tu vois, de réparation. Le mot est venu, puis il est reparti. J'ai oublié.
- Samia Bouhjar
Les réparations du tissu spécifiquement ?
- Julie Denis
Oui, comment réparer les vêtements, les jeans en particulier. Ils ont des techniques. J'ai vu des mecs, des Japonais qui font des trucs fous en réparation. Et donc comme tout ce qui est stratégie, réflexion, business et tout ça, ce n'est pas ce que je préfère. J'aime bien, mais disons que j'aimerais bien faire ça à 20% de mon temps, que 80% puisse être de la création.
- Samia Bouhjar
Et aujourd'hui, c'est quoi la répartition ?
- Julie Denis
Aujourd'hui, c'est 60 gestions, 40% de création.
- Samia Bouhjar
Ah oui ? Oui.
- Julie Denis
Tu vois le rapport de l'extérieur, mon travail, mon métier peut paraître hyper glam et super, tu vois, mais en fait, ce n'est pas du tout le cas. Je passe plus de temps à ranger, à trier, à nettoyer, à réfléchir, à organiser qu'à... qui a allé à des soirées, faire des robes magnifiques, des tenues de ouf. C'est que la partie immergée de l'iceberg.
- Samia Bouhjar
Qu'est-ce que tu mets en place pour protéger ta santé mentale, ta solidité mentale ? Que ce soit des limites, ton entourage, les routines, une hygiène mentale, une hygiène de vie. Qu'est-ce que tu mets en place ? Parce que, encore une fois, je reviens avec cette histoire-là, mais dans l'entrepreneur, cet équilibre-là est d'autant plus... Il y a deux choses que je fais.
- Julie Denis
Alors moi j'ai besoin du silence, je me suis rendu compte que j'ai besoin du silence.
- Samia Bouhjar
Avec combien d'enfants ?
- Julie Denis
Trois.
- Samia Bouhjar
Trois enfants ?
- Julie Denis
Si tu comptes le daron, on peut dire quatre. C'est que, comme je te le disais au début de notre conversation, on ne se rend pas forcément compte, mais on est entouré constamment de bruit. Il y a une pollution sonore constante, c'est là que je décide, ils sont d'accord. Il y a une pollution sonore en ville. qui est constante. Et à cette pollution se rajoute le brouhaha qu'il y a dans ma petite tête. Parce qu'ils sont assez nombreux là-dedans, et puis ils parlent tous en même temps, tout le temps, ils parlent fort. Donc j'ai besoin de silence. Alors le silence, je vais le chercher où ? Dans la solitude déjà, de ne pas être avec d'autres humains. Pas de musique. Les gens qui écoutent de la musique, moi c'est vraiment le silence. En mettant des boules qui s'essent, et en ayant des moments vraiment de silence.
- Samia Bouhjar
C'est très rare qu'on fasse ça encore aujourd'hui, que les gens fassent ça aujourd'hui.
- Julie Denis
Mais il semblerait, je ne sais plus si je l'ai entendu ou si je l'ai lu quelque part, que c'est primordial pour l'humain.
- Samia Bouhjar
Ça ne m'étonne pas.
- Julie Denis
Donc ça, c'est une chose que je fais. Et la seconde, contre toute attente, c'est passer du temps avec mes enfants, qui me demandent énormément d'énergie, qu'il faut constamment recadrer. Mais c'est passer du temps avec eux. Et pas forcément en faisant des trucs de fous. Parce que je n'aime pas faire des trucs de fous avec les enfants. Ça ne me gonfle pas. Je ne suis pas le genre de maman. Oui, on va aller faire une activité. Ils savent que les activités, c'est avec leur papa. Avec moi, on va regarder un documentaire. On va faire un truc créatif. Mais je ne vais pas aller au parc et faire du vélo et jouer au ballon. Je n'aime pas ça.
- Samia Bouhjar
C'est ça que je fais pour arrêter le bruit. Être seule et dans le silence et passer du temps avec tes enfants. Chotekili.
- Julie Denis
En tout cas, quand je le fais, je sens vraiment que ça apporte vraiment quelque chose. Et ce que j'aime bien faire avec eux, c'est par exemple cuisiner, préparer un repas. Et quand on est tous les quatre dans la même pièce. Un aide à gauche, à droite, je fais un peu le chef d'orchestre. Ça, j'aime bien. Ou alors, ça, on ne l'a pas fait beaucoup, mais c'est vrai qu'à chaque fois, ça a été vraiment chouette, et même eux ont trouvé ça cool, de se dire, OK, on met tous des bonnes chaussures et on va dans les bois. Donc, en fait, on va dans les bois, et alors, on sort des sentiers, et puis on va chipoter les champignons, on va gratter les arbres morts, tu vois, et ça, on aime bien.
- Samia Bouhjar
Quel est le truc que tu as compris sur toi ? et que tu n'aurais jamais appris autrement qu'en étant entrepreneuse ?
- Julie Denis
Je ne sais pas. Comme ça, je dirais que se tromper, ce n'est pas grave. Parce que quand j'étais salariée, j'avais l'impression que quand tu te trompes, c'est grave parce que tu portes préjudice à l'entreprise et tu risques de perdre ta place. Parce que tu as un mauvais point. Et si tu as un mauvais point, ça veut dire que... Moi, j'arrivais une minute en retard, je me disais, c'est bon, on va me virer.
- Samia Bouhjar
Je dirais ça, que se tromper, ce n'est pas grave. C'est chouette, c'est un chouette apprentissage à intégrer. On parlait de l'école et de la manière de fonctionner, le moule. On peut se tromper, on peut vivre, on peut exister. Et les erreurs, ce n'est pas partie de la vie. C'est un truc que je transmets aussi à mes enfants. D'ailleurs, j'ai dit cette phrase pas plus tard qu'hier. à mon plus jeune,
- Julie Denis
parce qu'il avait un examen de solfège. Et il me disait, oh maman, je suis stressée. Je lui dis, bah non, t'as pas de raison de stresser, tu t'es entraînée, t'as étudié, t'as répété, donc ça va aller.
- Samia Bouhjar
Il me dit, oui,
- Julie Denis
mais si je rate cet examen, alors je passerai pas en troisième ou en quatrième, je sais plus. Je dis, bah... Peut-être, mais ce n'est pas grave. Tu as le droit de te tromper, tu as le droit de rater. Par contre, tu n'as pas le droit d'abandonner. Ça, je leur dis. Je dis, vous n'avez pas le droit d'abandonner parce que vous avez déjà la chance de pouvoir tester, expérimenter, aller jusqu'au bout. Même si le bout, c'est la chute et l'échec, ce n'est pas grave.
- Samia Bouhjar
Oui, c'est chouette de pouvoir leur transmettre du coup aussi.
- Julie Denis
J'ai l'impression que ça fait très parents-bobos un peu. Oui, on est enfant. Le succès se trouve après l'échec.
- Samia Bouhjar
Je ne sais pas si c'est ça qu'on dit,
- Julie Denis
mais je viens de l'inventer.
- Samia Bouhjar
Si les personnes qui nous écoutent ne retiennent qu'une seule idée aujourd'hui, ce serait laquelle ?
- Julie Denis
Une seule idée à mon sujet ?
- Samia Bouhjar
Sur la conversation qu'on vient d'avoir. Je ne sais pas. Où est ton sujet ?
- Julie Denis
Je ne pense pas que c'est ce qu'on les dit durant notre conversation, mais moi j'aurais envie de dire qu'il ne faut pas se comparer. Il ne faut vraiment pas se comparer, ni dans la réussite, ni dans les échecs de qui que ce soit. C'est d'y aller, de faire les choses comme on peut, comme on veut et comme on peut. Et puis de s'observer avec bienveillance. Je pense que c'est ça que je pense qu'il est important que c'est de ne pas se comparer.
- Samia Bouhjar
Ne pas se comparer.
- Julie Denis
Non.
- Samia Bouhjar
On arrive à la fin de l'enregistrement. Est-ce qu'il y a quelque chose, une question que je ne t'ai pas posée, quelque chose que tu auras envie d'ajouter ?
- Julie Denis
Non, je crois que j'ai déjà bien...
- Samia Bouhjar
J'ai bien parlé, non ? Non, je pense que j'ai dit plein de trucs cools. Très cool, ça c'est sûr. Merci en tout cas pour ton temps aujourd'hui. Merci Julie. Et à bientôt. Bye bye. Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. S'il t'a parlé, touché ou fait réfléchir, tu peux m'aider à faire vivre dans ce podcast par une note, un commentaire, un partage à quelqu'un à qui ça pourrait être utile. Et abonne-toi. si tu veux continuer ces conversations ensemble. Prends bien soin de toi et à bientôt.