- Speaker #0
Mon président de parti m'a appelée à minuit pour aller prêter serment le lendemain à 9h du matin. Je doute tout le temps, non, je me remets en question tout le temps. Mais à 9h, ça a été un grand chamboulement parce que du jour au lendemain, vous perdez un repère. Mais j'ai fait de ce chamboulement aujourd'hui ma plus grande force.
- Speaker #1
Je suis Julie Denis et tu écoutes la psy des entrepreneuses. La solidité mentale, c'est l'un des leviers les plus sous-estimés quand on entreprend. Ici, on parle moins de ce qu'on fait et plus de qui on est. Les doutes, l'incertitude, la pression, la fatigue, les moments de bascule, c'est de ça qu'on parle. Et surtout, qui on décide de devenir pour les traverser. Bonne écoute. J'ai rencontré Eleonore Simonnet lors d'une conférence co-organisée par Partena Professional où elle est intervenue. Et lors de cette conférence, ce qui m'a marquée, c'est évidemment le focus qu'elle met sur les femmes entrepreneuses et sur la santé mentale des entrepreneurs. Et puis, c'est aussi sa présence et sa prestance tant sur la scène qu'en dehors. Et c'est exactement ce dont on va parler aujourd'hui. Sa vision de l'entrepreneuriat en tant que ministre et aussi Merci. Qui est la femme derrière la fonction ? Cet épisode est justement proposé en collaboration avec Feeling Great by Parthena Professional. Feeling Great, c'est LA plateforme incontournable sur la santé mentale et le bien-être mental des indépendants. On y retrouve articles de blog, baromètres bien-être, webinaires et ateliers, tout ça proposé gratuitement par Feeling Great pour vous aider et vous soutenir au niveau de votre bien-être mental. Parce qu'on le sait, entreprendre, c'est cardio. Je ne peux que vous conseiller la plateforme, puisque ça fait deux ans que je collabore avec Partena Professional pour mettre en place ce projet. Le lien vers la plateforme est dans les notes de l'épisode ou rendez-vous directement sur feelinggreat.be. Je vous laisse maintenant avec notre ministre. Alors bonjour Eleonore Simonnet, merci d'avoir accepté mon invitation sur le podcast aujourd'hui.
- Speaker #0
Merci beaucoup,
- Speaker #1
bonjour Julie. Alors, j'en doute, mais ne sait-on jamais. Pour ceux ou celles qui ne te connaîtraient pas, je te présente brièvement. Tu es ministre fédéral des classes moyennes, des indépendants et des PME depuis une bonne année maintenant, depuis février l'année dernière. Plus localement, tu es aussi conseillère communale à Olué-Saint-Lambert. Ça, c'est en très très bref ce que tu fais. Mais si on enlève justement ce que tu fais, qui tu es, toi ? Qui est la personne ? derrière la ministre ?
- Speaker #0
Difficile, parce que c'est vrai que j'ai plus l'habitude de parler de mes actions, de ce que je fais maintenant dans mon portefeuille ministériel depuis un peu plus d'un an pour nos indépendants et nos PME. Mais je résumerais, je suis une jeune bruxelloise, j'ai 28 ans, j'ai toujours vécu à Bruxelles. Pour ceux qui connaissent un peu Bruxelles, moi j'ai vraiment fait les deux côtés du canal, comme je les appelle, Anderlecht et maintenant à Walluée-Saint-Lambert, tu l'as rappelé. Et voilà, je suis... une amoureuse de la vie, une épicurienne. J'aime profiter du bon temps quand j'ai le temps. Prenez avec des amis, allez boire un verre. Je connais bien l'horeca bruxellois et tant mieux. Et voilà, je suis à la base avocate de formation. J'ai étudié le droit à l'Université Saint-Louis et puis à l'UCL à Louvain-la-Neuve. Et je me suis lancée en tant qu'avocate au Barreau de Bruxelles en droit des sociétés. Ce que j'étais en fait. toujours jusqu'à ma nomination il y a 13 mois, puisque quand j'étais à l'époque députée bruxelloise, j'ai été élue en juin 2024, eh bien j'arrivais à allier les deux. Je disais que mon mandat, c'était députée et à côté, j'avais un mi-temps, je travaillais comme avocate et j'arrivais à allier les deux. Donc voilà, une jeune avocate bruxelloise dont la vie a un petit peu changé il y a 13 mois.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. La possibilité d'allier les deux. Alors,
- Speaker #0
je suis toujours inscrite au barreau de Bruxelles, indépendante toujours, parce que c'est mon métier. mais effectivement, prendre des dossiers, ce serait pour l'instant impossible. Donc, avant, je m'occupais, je le dis toujours, je m'occupais des intérêts privés. J'avais des clients. Maintenant, je m'occupe des intérêts un peu plus, d'un plus grand nombre de clients. Ce ne sont pas des clients, c'est 1,3 million d'indépendants et 1,2 million de PME. Donc, j'ai déjà de quoi faire.
- Speaker #1
Oui, effectivement. Alors, ce que je te propose pour aujourd'hui, c'est d'avoir deux grandes parties dans le podcast. La première, c'est plutôt sur ta vision, tes actions, justement, les décisions potentiellement que tu as prises ou que tu vas prendre en tant que ministre. Et puis, une deuxième partie, plutôt pour apprendre à connaître, justement, la femme derrière la ministre, tu le disais, à 28 ans. T'es devenue ministre, c'est un record en Belgique, la plus jeune ministre fédérale à 27 ans. Et donc voilà, parler un petit peu de tout ça et de comment toi tu vis ça en deuxième partie.
- Speaker #0
Parfait. Je vais d'abord parler d'espoir, parce que pour les côtoyer, nos indépendants et indépendantes, depuis maintenant 13 mois au quotidien, le cabinet est toujours ouvert, comme tu le vois aujourd'hui. Moi j'accueille qui veut ici et je suis aussi beaucoup à leur rencontre, parce que je trouve que pour pouvoir appliquer des politiques, corrects, qui apportent des réponses concrètes, il faut d'abord les écouter. C'est très bien de travailler avec son cabinet, c'est très bien de travailler avec l'administration, mais il faut surtout écouter ce qui se passe sur le terrain. Et l'espoir, c'est que je vois qu'on a vraiment des talents en Belgique. On a des gens super motivés qui partent, voilà, ça passe du boulanger de la boulangère au coin de Taru, qui fait vivre son quartier, ça passe du start-upper qui commence avec une idée dans son lit ou dans son garage et qui en fait un projet extraordinaire et qui se retrouve peut-être à une... à être une de nos prochaines licornes ici en Belgique. Et donc l'espoir, c'est de voir qu'ils ont toutes les clés en main. Mais moi, mon rôle en tant que politique, c'est de créer vraiment les conditions les plus optimales en entrepreneuriat. Parce que pour les rencontrer, je ne suis pas non plus complètement naïve, je constate des choses. Il y a des obstacles, il y a des défis auxquels ils sont pour l'instant confrontés. La hausse des coûts de l'énergie, la pénurie de main-d'œuvre fiables et qualités, les charges patronales, embaucher c'est très cher à l'heure actuelle, la paperasse, l'accès au financement, c'est tous des constats que je fais. Mais en tant que politique, c'est bien beau de constater, mais à un moment, il faut passer à l'action. Donc j'ai récolté ces défis, j'ai proposé au gouvernement, et c'était approuvé par le gouvernement, un premier plan PME. 89 mesures très concrètes qui répondent à ces défis-là de paperasse, de financement, de renforcer l'équilibre entre vie privée, vie professionnelle, renforcer le statut social de nos indépendants, leur donner plus d'accès au marché public pour nos plus petits acteurs économiques. Bref, des réponses concrètes à leurs problématiques. C'est un plan que j'ai voulu vraiment transversal. Ça touche le ministre de l'Économie, ça touche le ministre des Finances, ça touche aussi parfois des ministres régionaux. c'est une matière qui est quand même aussi très régionalisée et voilà Un premier plan qui essaye de balayer différents challenges. Je ne sais pas, on aura peut-être l'occasion d'en parler après de manière plus détaillée. Mais voilà, les écouter et proposer des mesures concrètes.
- Speaker #1
Alors moi, l'angle du podcast et avec mon métier, c'est la santé mentale avec un focus plus spécifique sur les femmes entrepreneuses. Donc je vais te poser quelques questions plus spécifiques par rapport à ça. Par rapport à la santé mentale, ton prédécesseur, David Clarinval, a lancé il y a deux ans des actions autour de la santé mentale des indépendants, notamment via les caisses d'assurance sociale, qui ont des nouvelles missions de prévention, de détection, d'orientation vers un réseau de soutien. En même temps... Évidemment les chiffres des maladies longue durée, notamment les burn-out et les dépressions ne font qu'augmenter. Alors les derniers chiffres que je voyais qui sont disponibles ce sont ceux de 2023, il les compare chaque fois avec 5 ans plus tôt. Donc entre 2018 et 2023 on voit uniquement pour les burn-out et les dépressions plus 40%. de maladies longue durée, donc plus d'un an, dans la population générale. Chez les indépendants, c'est plus 70 %. Si on regarde uniquement les indépendantes, les femmes entrepreneuses, c'est plus 78 %. Moi, ça m'interpelle évidemment, encore une fois, vu mon métier, mais c'est énorme. Quelle est ta vision aujourd'hui sur trois choses plus spécifiques ? La santé mentale des indépendants de manière générale, les besoins en prévention mais aussi en accompagnement puisque les personnes qui y sont déjà ne font qu'augmenter et peut-être du rôle des responsabilités individuelles versus sociétales et politiques par rapport à ce constat-là.
- Speaker #0
Mais j'ai les mêmes chiffres que toi. effectivement en 2018 et 2023 70% je crois que c'est 69,59 mais on va pas faire les fiers de dire qu'il y a 0,41 de battement et ce sont des chiffres qui me préoccupent parce qu'un entrepreneur sa vie c'est souvent beaucoup son business son business c'est sa vie une entreprise qui va mal c'est un entrepreneur qui va mal et un entrepreneur qui est pas au top et qui ne se soigne pas c'est au final son activité professionnelle qui en pâtit. Tout à fait. Et c'est le serpent qui se mord la queue. Et ces chiffres, à la fois, me préoccupent, m'inquiètent, mais aussi me rassurent, d'une part, dans le sens qu'on en parle. Maintenant, on en parle de la santé mentale. On ose dire, je vais voir un psychologue, je me soigne, je vais voir un médecin, je n'en peux plus, là, il faut que je fasse un pas de côté. Parce que, et je ne veux pas faire de l'agisme, mais quand je rencontre des entrepreneurs, j'ai l'impression que ce sont nos entrepreneurs. un peu plus âgés, qui me répondent souvent quand je parle d'équilibre vie professionnelle, vie privée. J'ai parfois des réponses et je ne veux pas du tout leur mettre le doigt dessus, mais qui me disent « moi je me reposerai quand je serai mort » ou « j'ai pas le temps de m'arrêter » et je les comprends parce que... L'aventure entrepreneuriale, c'est du 100%. On est à la fois juriste, comptable, employeur. C'est un micmac de tout. C'est parfois difficile de faire la différence. Il y a un peu un flou entre sa vie privée et sa vie pro. Donc je suis rassurée à la fois qu'on en parle et je suis rassurée aussi, et c'est quelque chose que je plaide, que le gouvernement en fasse vraiment une priorité. Cette prévention, ce bien-être mental et la prévention, parce qu'au niveau fédéral, on peut agir sur la prévention. Et tu l'as rappelé aussi des mesures qui ont déjà été prises dès janvier 2024, avec un financement, je crois que c'est 4 millions d'euros par an, qui a été donné aux caisses d'assurance sociale, pour qu'ils puissent vraiment agir dans la prévention du bien-être mental chez nos indépendants. Je voulais aussi, juste, je fais une digression, parce que tu parles de santé mentale, il y a vraiment deux grands groupes de maladies qu'on retrouve le plus chez nos indépendants. Un tiers qui sont en invalidité, c'est-à-dire en incapacité de travail depuis plus d'un an. Vous avez un tiers pour trop... psychologique, si j'ose dire, je ne sais pas si j'utilise de bons termes, et un tiers pour troubles musculosquelettiques. C'est vraiment deux grands soucis qu'on croise à l'heure actuelle. Et qu'est-ce qu'on a mis en place ? C'est, comme tu l'as dit, l'aspect financier avec les caisses d'assurance sociale qui maintenant ont une mission légale supplémentaire, mais je pense qu'il faut aller aussi plus loin. On a déjà mis sur place en 2021, il y avait eu un plan d'action fédéral bien net mental au travail qui avait été mis en place pour renforcer la détection précoce du stress, du burn-out, pour mettre en œuvre des mesures de prévention de risques psychosociaux au travail pour l'ensemble des travailleurs. Et il y a un réseau qui s'appelle le réseau fédéral Mental Health at Work qu'on va continuer à intensifier avec notamment aussi un financement plus accru pour la sécurité sociale. Moi-même, dans mes compétences, je vois plusieurs choses qu'il faudrait mettre en place. Alors, je les teste avec toi, c'est à l'étude aussi avec les partenaires sociaux. C'est pourquoi pas aussi instaurer une possibilité de se mettre en invalidité partielle. Parce qu'on sait que ça pourrait peut-être éviter d'arriver trop loin, d'arriver vraiment au burn-out total, j'ai envie de dire, et devoir se mettre à l'arrêt total de ses activités. mais qu'un indépendant puisse à un moment faire un pas de côté, déléguer certaines tâches, et de se dire, pour les troubles musculosquelettiques aussi, je pense par exemple à quelqu'un qui travaille sur les toits. Moi j'ai très très mal au dos, je peux encore mesurer les dalles, les fenêtres, etc. Ça je peux encore faire ce travail plus intellectuel, mais je ne peux plus commencer à aller monter sur les toits, c'est un travail trop physique pour moi. Mais je trouve qu'on pourrait instaurer une possibilité de se mettre en invalidité partielle. Pourquoi on a une petite sonnette d'alarme et se dire, là il faut que j'arrête, il faut que je souffle un petit peu. On va continuer, je te l'ai dit, d'étendre la politique de prévention via un soutien financier au niveau du régime de la sécurité sociale. On va également permettre à nos indépendants de se consacrer à leur rétablissement, à leur pleine santé. C'est limiter toute cette paperasse inutile quand on se met en arrêt de devoir donner les certificats AX, de devoir réclamer pendant X temps les indemnités de maladie, etc. Je veux limiter le recours au non-take-up. que ça se fasse de manière beaucoup plus fluide pour que l'indépendant puisse se concentrer vraiment sur son rétablissement. Ça, c'est une chose qui m'importe. Je suis notamment très contente maintenant que les certificats médicaux vont être électroniques parce que ça va permettre, et ça permet depuis le 1er janvier 2026, je veux vraiment qu'il y ait un flux beaucoup plus fluide entre le médecin, la mutualité, et puis la mutualité et l'inastie pour qu'on puisse vraiment se concentrer sur son bien-être. Alors moi, toutes les mesures Sont bien l'entendu ouverte et je suis à ton écoute parce que c'est ton métier, tu es psychologue, des entrepreneurs, etc. Mais je pense qu'on doit vraiment faire de la prévention, de l'écoute, une des priorités de ce gouvernement.
- Speaker #1
Oui, alors je pense qu'effectivement la prévention, par définition, prévient le fait qu'il y en ait plus. Et je pense que c'est une stratégie à moyen. Voir long terme une bonne stratégie, c'est d'ailleurs avec la convention, alors là, ce n'est pas tant pour les entrepreneurs de manière spécifique ou pour les indépendants de manière spécifique, mais il y a cette convention de soins psychologiques de première ligne qui existe. Soins de première ligne avec une moyenne de 8 sessions par an, par personne. C'est déjà dans cette idée-là que les personnes puissent très facilement, très vite aller chez un psychologue. pour des petites choses, sans attendre. En moyenne, c'est 6 à 10 ans. Les études montrent 6 à 10 ans entre les premiers symptômes et le moment où quelqu'un va voir un psychologue. Ils attendent en moyenne 6 à 10 ans.
- Speaker #0
Et d'arriver parfois jusqu'au point de non-retour.
- Speaker #1
Tout à fait. Et donc, on voit, et je pense que c'est une bonne chose, en attendant, je suis aussi... Le psychologue conventionné, en attendant sur le terrain, ce qu'on voit, c'est qu'il y a énormément de personnes qui arrivent et qui toquent à nos portes, moi et mes collègues psychologues, qui en fait arrivent avec des problèmes plus profonds que juste légers à modérer, plus que première ligne, mais qu'aujourd'hui, comme il n'y a pas, il y a 6 à 10 ans, il n'y avait pas encore ces mesures-là, eh bien on est dans un entre-deux. où il y a des besoins aussi au niveau plus curatif pour les personnes qui sont déjà arrivées beaucoup plus loin. Et on le voit avec les chiffres. Effectivement, je pense qu'en partie, c'est peut-être les personnes qui en parlent plus et s'autorisent plus à s'arrêter. Ça en fait partie. Entre 2018 et 2023, soyons totalement honnêtes, il y a quand même aussi le Covid.
- Speaker #0
Le Covid qui ne nous a pas fait du bien.
- Speaker #1
Qui ne nous a pas fait du bien, effectivement. Et... Et spécifiquement au niveau de la santé mentale, qui a permis de normaliser, je pense, en partie, le fait que tout le monde peut ne pas aller bien. Moi, c'est ma vision de ça. Mais tout le monde, pour une raison ou pour une autre, ne s'est pas senti bien pendant le Covid. Et ce n'est pas parce qu'on était fous. C'est juste parce que le contexte a fait que, on était fous, c'est un des préjugés qu'on peut avoir. On va chez le psy parce qu'on est fous. Non, tout le monde peut ne pas aller bien parce que... Raison X, Y. Et c'est tout à fait normal. Et donc, de normaliser un petit peu ça, ça influence probablement les chiffres aussi.
- Speaker #0
Je crois, et je fais peut-être un parallèle, et tu me dis ce que tu en penses, mais j'ai l'impression que le Covid, ce qui a révélé aussi certains couacs de santé, si j'ose dire, et un mal-être chez beaucoup d'entre nous, c'était le sentiment d'isolement. d'être fort seule et en discutant avec certains de nos indépendants qui ont l'occasion de s'ouvrir à moi si j'ose dire, il y a parfois aussi ce sentiment d'être seule dans la prise de décision, de devoir tout assumer tout seul, de devoir aussi au sein du boulot de devoir tout assumer seul mais aussi vis-à-vis de sa vie privée de devoir dire, voilà, je suis chef ou cheffe d'entreprise et je dois assumer. Je n'ai pas le droit de flancher. Et donc, on se retrouve isolé. Et donc, je ne connaissais pas les chiffres. On attend 6 à 10 ans avant de tirer la sonnette d'alarme. Je pense que c'est quelque chose que beaucoup d'indépendants gardent leur problème pour eux, n'osent pas en parler et attendent parfois le... Le timing trop loin, et je ne peux que rappeler, mais là c'est vraiment quand on arrive loin dans le mal-être, si j'ose dire, moi je ne peux que soutenir et je les rencontre au quotidien, tout ce qu'on a comme service, l'ASBL, un passe dans la passe, je dois le rappeler, j'imagine que tu le rappelles parfois, que les gens ne sont pas seuls, qu'il y a des services d'aide, tu parlais de l'aide de première ligne psychologique, et il y a aussi toutes ces ASBL qui tendent la main, à nos entrepreneurs qui parfois... ne savent plus trop quoi faire. Et l'ASB, l'impasse dans la peste, pourquoi j'en parle ? Parce que de tête aussi, ce sont parfois souvent des entrepreneurs qui ont eux-mêmes connu un burn-out, qui sont au final au bout du téléphone. Donc, il ne faut pas hésiter. Je pense qu'on est dans une ère où on doit savoir tendre la main.
- Speaker #1
Oui. Alors, je rebondis et en même temps, je passe à une autre question que je voulais te poser. Comment est-ce que la sécurité sociale pourrait évoluer pour offrir un meilleur statut aux indépendants. Je pense, par exemple, aux indépendants en difficulté financière, puisqu'il y en a quand même pas mal aussi, où la première chose qui va sauter, ou une des premières choses, c'est le fait de payer ses cotisations sociales, et du coup, ne pas se retrouver en ordre de mutuel, donc ne plus être couvert par la sécurité sociale. Ou encore le montant relativement bas des indemnités lorsqu'un indépendant se retrouve en incapacité de travail, puisque ce sont des montants forfaitaires. Et selon la situation d'un indépendant à l'autre, parfois ça sert uniquement à couvrir les charges de loyer ou autres qui continuent à courir dans la partie de l'activité. Quelle est ta vision là-dessus et qu'est-ce qu'on pourrait faire à ça ?
- Speaker #0
Ma première vision, c'est que mon but, c'est de renforcer encore et toujours plus le statut social des indépendants et des indépendantes. On a un accord de gouvernement qui est clair, qui parle d'une harmonisation le plus possible des statuts entre salariés indépendants et fonctionnaires. J'ai envie de dire, quand on parle d'harmonisation pour les indépendants, forcément, alors on va vers le haut, parce qu'on n'a pas le filet de sécurité le plus large. Il ne faut pas se le cacher. J'ai ce que je fais, ce que je suis en train de faire, de renforcer ce statut, mais en gardant... un garde-fou en tête, c'est que je ne veux pas augmenter les cotisations sociales des indépendants. Parce que quand j'en écoute certains, pas des indépendants, plutôt, on ne va pas faire de politique ici, mais plutôt des gens de l'opposition, qui voient parfois les entrepreneurs ou les indépendants comme des vilains patrons, Bref, j'arrête les détails, mais on n'a pas toujours les mêmes visions. Ils sont parfois déconnectés en disant que la sécurité sociale des indépendants devrait être plus solidaire, les indépendants devraient payer plus de cotisations sociales, etc. Ça, c'est juste pas possible. On est déjà à 20,5%, plus vous avez les frais de gestion, et ce qui sent bien normal, mais les frais de gestion de votre caisse d'assurance sociale, je veux renforcer sans augmenter les cotisations sociales. Tu parlais des indépendants, souvent alors quand il y a des revenus un peu plus faibles, qu'est-ce qu'on fait ? On fait l'impasse sur le paiement des cotisations sociales. Et le problème c'est que si on ne paye plus ses cotisations sociales, tu l'as dit, alors on perd sa couverture. Et notamment ce n'est plus compté pour vos années de pension par exemple. S'il n'y a plus de paiement de cotisations sociales, il n'y a plus de droits sociaux qui sont acquis et qui sont créés. Moi ce que je veux dire à nos indépendants, c'est que quand ils rencontrent un souci financier, un couac, leur premier interlocuteur, ils peuvent toujours m'écrire et on répond à tout, mais leur premier interlocuteur c'est leur caisse d'assurance sociale, il y a possibilité de demander des dispenses de cotisations sociales. La caisse va pouvoir analyser avec l'inastie vraiment quelle est votre situation financière actuelle. Demandez une dispense, demandez un report. Il y a aussi le droit passerelle qui est là et j'insiste. Quand on a, voilà, indépendamment de notre volonté, ça va moins bien, on doit stopper son activité pour telle ou telle raison, on peut bénéficier du droit passerelle. Donc, il faut vraiment, quand on a un souci, contacter sa caisse et ne pas se dire j'arrête simplement tout bonnement de payer mes cotisations sociales, non toujours avertir sa caisse, ça je voudrais le dire lié à ça tu parlais d'un autre point sur lequel je veux remondir et j'ai oublié.
- Speaker #1
J'ai parlé des...
- Speaker #0
Deuxième bout de question.
- Speaker #1
Les indemnités mutuelles. Mutuelles. Et tu parlais des indemnités, c'est forfaitaires.
- Speaker #0
Eh bien, et c'est en discussion avec les partenaires sociaux, et ma proposition doit encore être adaptée. Mais j'aimerais bien qu'on passe à des indemnités proportionnelles. avec un plafond, un minima et un maxima, mais qu'on puisse beaucoup plus se baser sur les revenus réels de l'indépendant qui se mettrait en incapacité pour qu'il puisse couvrir tous ses frais qu'il a habituellement. Donc ça, c'est à l'étude. Renforcer le statut social des indépendants, qu'est-ce que je fais par exemple ? Et c'est plus loin que tout, que la santé mentale ou autre, mais j'essaie d'offrir une couverture maximale pour nos indépendants. On parlera peut-être quand on parlera des femmes. Mais par exemple, je suis très heureuse que le gouvernement ait accepté sur ma proposition d'allonger le congé de maternité pour nos indépendantes. On passe de 12 à 15 semaines, parce que j'aime bien dire, on souhaite l'harmonisation, faisons-la. Une maman gagne une maman, un bébé gagne un bébé. Je ne vois pas pourquoi il ne pâtirait du statut social de sa mère. Et j'étais pleine de clichés. Au début, je vais être tout à fait honnête avec toi, je m'étais dit... Je veux allonger ce congé de maternité, mais dans les faits, il n'y a pas beaucoup d'indépendantes qui prendront les 15 semaines si on leur offre la possibilité de les prendre. Je me trompais totalement, parce qu'à l'heure actuelle, les indépendantes qui prennent déjà leurs 12 semaines, qui est le montant max que ce qu'elles peuvent à l'heure actuelle, c'est 87% des mamans qui viennent d'accoucher. Donc je pense qu'on est dans une période en 2026 où les mères indépendantes voient cette envie d'équilibre, vie privée, vie professionnelle, et vouloir s'occuper et accompagner dans ces premiers... enfin, ils ne marchent pas encore à 15 semaines, mais dans ces premiers mois, leur bébé. J'augmente, je renforce le statut social, notamment en permettant un congé parental d'ici 2028. Il y a quatre mois de congé parental pour les salariés, hommes et femmes, zéro pour les indépendants. Je trouve que ça doit changer. Voilà, c'est toutes des idées avec un budget limité. On ne va pas se le cacher, on est dans un contexte budgétaire compliqué. Je ne veux pas non plus augmenter les cotisations sociales de nos indépendants. Mais voilà, je veux encore et toujours plus renforcer leur statut social.
- Speaker #1
Chouette, plein de chouettes actions. J'ai hâte de voir ce qui va être adopté.
- Speaker #0
Ça va être adopté. C'était approuvé par le gouvernement, maintenant ça doit être mis dans des textes de loi et ils n'ont pas le choix, ils doivent signer.
- Speaker #1
Alors, on parlait justement d'entrepreneuriat féminin qui progresse en même temps. Il reste confronté à des obstacles spécifiques. Dans le dernier baromètre du réseau Diane, sur l'entrepreneuriat féminin, qui a étudié l'entrepreneuriat féminin à Bruxelles et en Wallonie, on voit que près de 60% des femmes entrepreneuses gagnent moins de 2 000 euros net par mois. Et que la moitié ont un chiffre d'affaires inférieur à 50 000 euros par an. Alors là, ces chiffres d'affaires, évidemment, il y a les dépenses, les coûts à enlever, Et puis les... cotisations sociales, impôts, etc. Alors quand tu vois ces chiffres, qu'est-ce qu'ils te disent sur la réalité de l'entrepreneuriat féminin aujourd'hui ?
- Speaker #0
Ce qu'il me dit, c'est qu'on voit que les femmes se concentrent encore sur de l'entrepreneuriat, plus dans les services, plus dans le commerce, et sont beaucoup plus sujettes aussi au contexte socio-économique. Elles sont plus sujettes aux changements d'habitude de consommation, etc. C'est souvent des services un peu plus précaires, des choix de carrière un peu plus précaires qui sont choisis par nos femmes. Et ça me fait surtout dire aussi, un autre chiffre qui me questionne, c'est qu'on a 47% de femmes dans la population active, mais seulement 36% d'indépendantes. Avec moi un objectif qui est assez clair, mais c'est elles qui ont les clés en main, ce sont elles nos entrepreneuses et nos chefs. C'est que j'aimerais bien qu'on arrive à 40% d'ici la fin de la législature. Parce qu'on voit, et c'est même des études, c'est pas moi qui le dis, c'est qu'un bon ratio dans tous les domaines hommes-femmes, ça crée plus de créativité, ça crée plus de symbiose. C'est les femmes qui y gagnent, mais c'est aussi toute notre économie et notre société dans sa globalité. Et les constats que je fais, c'est qu'il y a différents obstacles encore en 2026 à l'entrepreneuriat féminin, ou l'entrepreneuriat porté par des femmes. Je sais qu'il y a beaucoup de femmes qui n'aiment pas qu'on parle d'entrepreneuriat féminin parce qu'elles trouvent que c'est réduisant et que c'est forcément... on serait femme entrepreneur et on s'occupe, je vais être très cliché, mais de cosmétiques et des choses comme ça. Eh bien, l'entreprenariat porté par des femmes, il y a des obstacles. Il y a une charge familiale qui pèse encore trop sur les femmes à l'heure actuelle. Il y a un accès au financement qui est plus compliqué. On voit, et ce que j'entends, il y a de trop grandes difficultés à avoir accès à, par exemple, des crédits bancaires. Et il y a aussi un accès qui est plus limité que les hommes au réseau, au networking. Et donc, comme toujours, moi, je trouve que pendant les... Au début, il faut faire des constats, il faut écouter, mais il faut aussi agir. Quand je parlais, le premier obstacle, c'est la recherche familiale, l'équilibre vie pro et vie privée, je suis très contente de pouvoir introduire un congé parental dans le statut social des indépendants. Je suis très heureuse de pouvoir permettre à nos femmes indépendantes de prendre un congé de maternité bientôt égal à celui d'une salariée, de pouvoir s'occuper de leur bébé. Je suis très heureuse aussi que depuis janvier 2026, les indépendantes qui ont accouché sont dispensées du paiement de cotisations sociales pendant six mois. Ce qui peut quand même représenter des sommes immenses et sans impacter leurs pensions. Et puis aussi, le deuxième axe, je vais peut-être un peu trop vite, tu me dis si on ne me suit plus, je te parlais de l'accès au financement. Je ne veux incriminer personne auprès des banques, mais je vois beaucoup les banques et notamment Fébelfine. C'est le retour de terrain que j'ai. C'est que les femmes ont plus de difficultés à avoir accès à un crédit. Alors, je ne remets pas toute la faute sur les banques. Il y a aussi peut-être un problème où on parle du syndrome de l'imposteur. Moi, j'ai souvent des femmes qui me disent « il me faudrait 500 000 pour mon projet, bon, je vais demander 250 000. » Alors que parfois, je suis peut-être encore cliché, mais j'ai l'impression qu'un homme va dire « il me faudrait 500 000, mais je vais demander 750 000. » Ouais, comme ça, une... Une bascule. Et nous-mêmes, on doit faire un travail sur nous qui, notamment, doit être aidé par les réseaux de femmes que je soutiens, le networking, d'apprendre à construire un business plan, d'apprendre à... Voilà, on a un projet, on a le talent. Eh bien, je me lance. Je crois en mon projet. Je vais le pitcher, je vais le défendre. Et je ne vois pas pourquoi j'aurais un crédit bancaire moindre que celui d'un homme. Zut ! Donc, il y a ça qu'on doit stimuler, la confiance des femmes en leur projet. Il y a aussi ce que je vais mettre en place et sur lequel on est en train de travailler, c'est je m'inspire du code V néerlandais. Qu'est-ce que c'est le code V ? C'est de pouvoir, moi je dis comme en néerlandais, « metteni sueten » . On va cartographier quels sont les crédits bancaires octroyés à nos femmes, pour quelles garanties, pour quels montants, afin de voir réellement s'il y a un problème. Je ne dis pas, ce n'est pas parce que je lance ce code V que je dis qu'il y a un problème, mais au moins, on va pouvoir mener des politiques publiques beaucoup plus concrètes si on a les chiffres. de voir vraiment s'il y a une différence. entre les crédits octroyés aux hommes et aux femmes.
- Speaker #1
Ça va mesurer les crédits octroyés ou aussi les crédits non octroyés ?
- Speaker #0
Ah oui, le but, c'est vraiment de voir aussi ce qui est bypassé. Sinon, on est en train de mettre ça en place. Je ne vais pas révéler les choses parce qu'il faut cartographier. Est-ce qu'on va se baser sur les données de la BCE ? Parce qu'aussi, qu'est-ce que c'est une entreprise de femmes ? Est-ce que c'est parce que la dirigeante ou l'administrateur est femme ? Est-ce que c'est parce que la plupart des employés sont femmes ? Tu vois, il faut vraiment qu'on définisse ce que c'est aussi une entreprise de femmes. Donc, Maiten is Sweden, j'ai envie de voir, parce qu'on me rapporte des problèmes. Les banques me disent qu'il n'y en a pas. Eh bien, on va cartographier et on verra. Il y a aussi, et ça a été approuvé par tout le gouvernement, Nous allons demander aux banques de faire des formations internes aux éventuels billets de genre inconscients lors de l'octroi de crédit. Donc voilà, c'est tout l'accès au financement que je veux renforcer. Et à côté de ça, d'autres mesures, promotion du crowdfunding, réforme du tax shelter, parce que... Désolée, mais l'argent, c'est le carburant des idées de nos entrepreneuses et entrepreneurs. C'est le nerf de la guerre, donc il faut bien. Et puis, les réseaux de femmes que je continuerai à soutenir, et notamment les femmes issues de la diversité, parce qu'on voit qu'elles ont plus de mal, encore plus de mal, que les femmes d'origine belge, si j'ose dire, que les femmes issues de la diversité, avec un parcours migratoire, ont plus de mal à créer du lien et des réseaux.
- Speaker #1
Très bien, merci pour toutes ces explications et tous ces éclairages. J'aimerais passer, il nous reste un tout petit peu de temps, j'aimerais passer à la femme derrière la ministre. Alors, on le disait tout à l'heure, tu es devenue la plus jeune ministre fédérale de l'histoire du pays. Est-ce que tu t'y attendais ? Est-ce que tu l'espérais ? Et quand tu as compris que c'était réel, qu'est-ce que ça t'a fait intérieurement ?
- Speaker #0
Je ne m'y attendais absolument pas. Et ce n'est pas de la fausse modestie, alors que dans les faits, j'avais un petit carnet dans lequel j'avais mis ma tenue. Vraiment, ça a été une surprise, une très belle surprise. Donc moi, j'étais avocate, j'étais députée depuis 6-7 mois. Déjà, moi, j'avais été très surprise d'être élue députée, puisque pour la petite histoire, il y avait 72 candidats sur la liste, puisqu'il y a 72 places au Parlement bruxellois dans la section francophone qui sont à pourvoir. J'étais avant-dernière sur la liste. Je veux dire que je devais aller faire mes voix toutes seules. Il n'était pas question de bénéficier du pot ou quoi que ce soit. Enfin bref, je ne sais pas si tu vois, mais bref, le pot. Il fallait faire ses voix toutes seules. Donc déjà, là, ça a été un immense honneur parce que c'était la reconnaissance et la confiance des Bruxelloises et des Bruxellois de me permettre de siéger au Parlement. J'avais fait toute une campagne pour plus de sécurité à Bruxelles. l'attractivité économique. Il y a 3 000 entreprises qui partent chaque année de Bruxelles. Je pose ça là. Et bref, je vivais ma vie avec mon mandat de députée, mon métier d'avocate. Et en un soir, tout ça a changé. Je ne m'attendais absolument pas à être ministre. Mon président de parti m'a appelée à minuit pour aller prêter serment le lendemain à 9h du matin. Donc crois-moi que je n'ai pas dormi de la nuit. et me confier cette responsabilité c'est le moteur de notre pays les PME et les indépendants donc voilà c'est une responsabilité que j'ai acceptée avec la plus grande humilité je me suis directement mise au travail, ça y a pas de doute mais je t'avoue pendant quelques jours je marchais un peu sur l'eau dans le sang j'étais comme groggy je prends souvent l'exemple, désolée mais j'avais l'impression un peu d'être saoule En permanence, alors que je ne buvais pas. C'était un tel changement dans ma vie qu'il a fallu prendre ses marques, composer le cabinet, m'entourer de gens de confiance. C'est très important d'être bien entouré. Je ne vois pas du tout la solitude de la prise de décision que je citais avant pour les indépendants. Ils me disent qu'ils se sentent seuls. Moi, je ne me sens pas du tout isolée. Je concerne beaucoup les gens, les partenaires sociaux, les entrepreneurs eux-mêmes. mon cabinet, les administrations. C'est un travail à 10 000 mains qu'on est en train de mener. Bref, je m'éparpille sur ta question, mais ça a été un changement de vie total et une certaine émotion. Quand on dit qu'on veut que la classe politique change un peu, rajeunir les cadres, d'apporter des idées nouvelles, ça doit aussi s'accompagner de faire confiance aux jeunes et aux plus jeunes, aux gens qui n'ont pas une expérience en politique de 20 ans. Moi, je suis contente de faire partie d'un parti qui donne sa chance aux jeunes, et notamment aux jeunes femmes. Donc voilà, une mission qu'on m'a confiée, à un jeune âge, mais que je prends avec la plus grande responsabilité.
- Speaker #1
Est-ce que tu as hésité ? Donc tu me dis, minuit, on t'appelle, tu dois prêter serment le lendemain matin à 9h. Est-ce que tu as hésité à accepter ?
- Speaker #0
Je n'ai pas hésité, une seule seconde. Pas une seule seconde. Parce que voilà, c'est une mission qu'on... Quand on est... Je ne pensais pas être ministre, je ne l'ai jamais souhaité. Moi, je souhaitais, mon rêve, c'était d'être avocate. Donc moi, mon rêve, je l'ai accompli, si j'ose dire. et j'ai beaucoup De base, moi, je ne pensais pas du tout faire de politique. Donc, c'est quelque chose qu'on ne refuse pas, parce que quand on est 100% motivé et qu'on croit au projet, on y va à fond. Moi, j'ai toujours dit, pourquoi est-ce que je me suis... Je me suis lancée en politique, pourquoi est-ce que je me suis mise sur la liste des élections régionales ? C'est parce que j'en avais marre de pester dans mon canapé en disant « il n'y a rien qui va » . Quand on change de paradigme et qu'on nous donne la possibilité de prendre ses responsabilités et de changer les choses qui ne vont pas, on le fait, on fonce.
- Speaker #1
Dans ces premiers mois, qu'est-ce qui a été le plus difficile ?
- Speaker #0
Ce qui a été le plus difficile ? Si je dois vraiment parler de moi et moi, d'aspects, compétences, les dossiers qui ont été les plus difficiles à porter ou les plus gros obstacles, personnellement, c'est que ma vie privée en a pris un petit coup. On ne va pas se le cacher, il m'a fallu du temps pour trouver un rythme de croisière. Pendant plusieurs semaines, moi... J'ai même mis de côté le fait d'aller manger avec ma maman pour lui parler de cette expérience folle et de souffler un peu après avoir été nommée. J'ai mis des mois aussi à repasser un vrai moment de partage avec mes amis. Je mettais ça un peu de côté et en fait, il ne faut pas le faire. C'est ce que je dis aussi à nos indépendants et indépendantes. Il faut prendre le temps pour soi. que je... Il y a un célèbre politique français, dont je ne citerai pas le nom, qui a toujours dit « Travailler plus pour gagner plus » . Moi, je dis qu'il faut travailler mieux pour gagner plus, dans le sens pour pouvoir booster son activité professionnelle en tant qu'indépendante. Il faut travailler mieux et dans le sens de pouvoir s'octroyer des temps pour soi. Il ne faut pas user la corde.
- Speaker #1
Oui, il y a beaucoup de parallèles à faire entre la vie de... la vie politique, où les politiciens et les entrepreneurs et la vie entrepreneuriale, je pense. Comment tu fais, justement, pour rester solide dans la pression, préserver cet équilibre personnel ? Comment tu fais aujourd'hui ?
- Speaker #0
Je pense que depuis toujours, j'ai été un peu une teigne. J'espère être sympathique, mais non. J'ai toujours Voilà, un peu pris sur moi, on va dire. Je ne veux pas faire causette, mais voilà, on en parle, on est en discussion. Moi, j'ai perdu mon papa très jeune, à 9 ans. On s'est retrouvés avec ma maman, dans un déménagement, avec un nouveau beau-père. Comme ça, vous avez tous les détails. Avec mon frère, on s'est beaucoup soutenus. Et je pense que j'ai grandi un peu plus vite que les autres. Et ce qui m'aide, je pense aujourd'hui à... à savoir mener cette fonction qui demande quand même de la pression et beaucoup de responsabilités. Voilà, moi je porte des dossiers, alors c'est un travail avec les administrations, avec tout le monde, avec les entrepreneurs eux-mêmes, mais c'est moi quand même qui dois mettre le saut final si j'ose dire et j'assume toutes les responsabilités. Bête exemple, tout courrier qui est envoyé ici au cabinet, je les relis tous, je réponds à tout le monde. Tout repasse par moi parce que c'est moi. Si je donne une mauvaise information à un indépendant ou une indépendante, j'en assume la pleine responsabilité. Et donc, voilà, je crois que j'ai grandi vite et ça m'a forgé une certaine carapace, ce qui ne veut pas non plus dire que je suis insensible, mais voilà, l'important d'avoir le plus possible confiance en soi, d'être sûre de ses idées, de les défendre, de se battre pour, mais aussi d'être bien entourée. Ça, c'est très important. les amis, la famille et les collègues.
- Speaker #1
Oui. Merci de souligner ça parce que je pense que quand on parle de santé mentale, de bien-être mental, de solidité, etc., on parle beaucoup de... Ou même, quand on parle d'entrepreneuriat féminin, j'entends beaucoup comment augmenter sa confiance en soi, comment être plus... Oui, s'affirmer plus, etc. Et c'est important. Ça, c'est ce que nous, on peut faire individuellement et en même temps, l'entourage, le soutien. On parle de charge familiale, par exemple. Les femmes, on peut leur dire, oui, il faut un meilleur équilibre vie privée, vie professionnelle. Mais enfin, si l'entourage soutient plus aussi, parce que ce n'est pas que quelque chose d'individuel, c'est aussi quelque chose qui est porté par les personnes avec qui on s'entoure.
- Speaker #0
Tout à fait. Et c'est l'entourage qui doit être là. Et c'est aussi le regard de la société qui doit être là et qui doit être changé. Tu parlais de charge familiale. J'étais encore très choquée la dernière fois, c'était une entrepreneuse qui me disait, moi écoute, je ne vais plus spécialement le soir participer à des panels ou à des networking, parce que je me retrouve parfois avec certaines personnes, hommes ou femmes, qui me font une réflexion en disant, tu viens parler à 20h, mais tu n'as pas des enfants, tu n'es pas à la maison. Enfin, 2026, c'est des propos qu'on ne peut plus entendre. Donc c'est le regard aussi de la société qui doit changer. sur la charge familiale aussi. On ne réglera pas le problème, malheureusement, en une discussion aujourd'hui, mais je pense qu'on fait partie de cette génération de femmes et hommes qui voyons l'entrepreneuriat d'une manière différente, une répartition des charges d'une manière différente, avec un ménage qui se construit à deux ou en solo, enfin bref. Tu disais tout à l'heure que tu prends... Tout repasse par toi,
- Speaker #1
que tu assumes les décisions. Ici aussi, tu es bien entouré. Il y a des décisions à prendre. Cette décision finale, par contre, c'est toi qui la prends et que tu assumes ces décisions-là. Quand on te voit, alors on se rencontre aujourd'hui, on s'était déjà rencontrés avant. Forcément, je t'ai déjà vu parler aussi sur les réseaux ou dans d'autres vidéos. Tu as une prestance, tu as une assurance, ou en tout cas c'est ce que tu... dégage.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des moments aussi où tu doutes, où tu ne t'es peut-être pas sentie légitime ? Je doute tout le temps. Je doute tout le temps, non. Je me remets en question tout le temps. Est-ce que c'est vraiment la bonne décision ? Est-ce qu'il faut faire comme ça, pas comme ça ? Je... Voilà. Je pense que le doute est sain aussi, de pouvoir chaque fois, tous les jours se remettre en question et d'être sûre d'aller dans la bonne voie, que ce soit au niveau privé que professionnel. Est-ce que c'est la bonne décision que je fais pour ma vie perso ? Ce n'est pas parce que j'assume mes convictions, que je les défends, que je les bats parfois ardemment. On me dit parfois que j'ai la voix qui porte un peu trop fort, c'est parce que j'y crois tellement et j'essaie tellement cette fougue de vouloir faire avancer les choses, que parfois je parle très très vite, de façon très intensive, mais la remise en question, elle est tous les jours. Je l'impose à moi, la remise en question, et j'aime aussi qu'on me confronte à mes idées, qu'on me mette en difficulté, mais qu'on me challenge. Je crois que c'est sain. Je n'ai pas besoin de te rassurer, mais je te le dis, c'est un savant mélange entre mise en question et confiance.
- Speaker #1
Oui, et comment tu fais pour... Du coup, malgré les doutes qui peuvent être là, quand même passer à l'action, quand même y aller, quand même avancer, prendre ses décisions et les défendre.
- Speaker #0
Parce que, alors on dit toujours il y a les imbéciles et il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. Il faut pouvoir changer d'avis quand on sait qu'on a fait un faux pas. Mais quand j'arrive à prendre la décision, que je l'ai mûrement réfléchie, À partir du moment où je décide de quelque chose, je le défends à fond. Et je suis convaincue de mon truc. Donc je ne sais pas si je réponds vraiment à ta question.
- Speaker #1
Mais si je comprends bien, il y a un espèce de processus où tu doutes, tu remets en question, tu écoutes peut-être aussi... Je comprends,
- Speaker #0
j'écoute tout le monde.
- Speaker #1
Et puis à un moment, il y a une prise de décision.
- Speaker #0
Voilà, je brainstorm, j'écoutais tout le monde. Du plus à droite, je ne parle même pas politique, mais je faisais de l'idée la plus à droite jusqu'à l'idée la plus à gauche. Je fais ma petite tambouille. J'ai ma décision en tête, je la prends et maintenant je vais la défendre. Une fois que cette décision-là est prise, là c'est avec assurance et le doute est parti. Puisque tout a été pesé, le doute est parti, je prends la décision et j'en assume les conséquences. Si la décision était mauvaise.
- Speaker #1
Oui. Alors tu parlais tout à l'heure du fait que tu as perdu ton papa à 9 ans. C'est une épreuve. Perdre un parent, dans tous les cas, perdre un parent enfant encore plus. Qui était la petite Eleonore de 9 ans ?
- Speaker #0
J'étais une petite fille très très heureuse, une petite fille qui adorait l'école, une petite fille qui adorait, j'avais la chance d'avoir des grands-parents, parce que bruxelloise... que... Avec un petit jardin, j'avais la chance d'avoir un petit jardin à Anderlecht, mais qui faisait quand même la taille d'un timbre-poste. Et j'avais la chance d'avoir des grands-parents qui vivaient dans les Ardennes. Et j'ai maman et papa qui travaillaient beaucoup. Donc nous, tous nos vacances, nos week-ends, nos congés scolaires, on était fourgués chez mes grands-parents. Et donc j'ai une petite fille qui adorait, qui m'inventait des histoires, me baladait toute la journée dans les bois, construisait des cabanes. J'étais très, je pense, créative. Pas très artistique, mais créative, je fourmillais d'idées. Et je vivais dans une bulle, il ne faut pas se le cacher, parce que jusqu'à mes 9 ans, j'avais ma petite routine. Voilà, les week-ends chez mes grands-parents, le mercredi, mon cours de danse, ma petite école primaire à Anderlecht où on se connaissait tous, qui était une école très familiale. Et je vivais, j'ai eu la chance vraiment d'avoir une très belle enfance, de vivre dans une bulle à Anderlecht. Mais Bull qui a complètement explosé à 9 ans. Alors, même si ma maman... qui a toujours beaucoup travaillé, en travaillant à Liège. Elle était claire de notaire à Liège dans une étude notariale. C'était compliqué avec deux jeunes enfants, plus les trajets, les navettes. Et puis, il faut s'occuper quand on rentre des devoirs, des courses. Enfin bref, c'est ce que vivent beaucoup, beaucoup de nos concitoyens. Je ne me plains pas, c'est la réalité de maman solo, de papa solo. Mais à 9 ans, ça a été un grand chamboulement parce que du jour au lendemain... Vous perdez un repère. Mon père était... Je ne me le cache pas, je suis très fière de lui. Mon père faisait de la politique. Il était bourgmese d'Anderlecht. Donc du jour au lendemain, toutes les habitudes changent, le regard des autres change. Ça a été un chamboulement. Mais j'ai fait de ce chamboulement, aujourd'hui, ma plus grande force. Voilà. Mais j'ai l'impression de faire causette. J'ai eu beaucoup de chance aussi dans ma vie. J'ai une maman qui a toujours été soutenante. J'ai un frère qui a six ans de plus que moi. Je suis très proche de lui. On est très très proches, même s'il vit maintenant à l'étranger. Mais voilà. C'est une situation que vivent beaucoup d'enfants. En plus, il y a... Je veux dire, je pense que quand on perd un parent, même à 40, ça reste toujours un drame. Donc voilà, je ne veux pas faire causette, mais vu qu'on parle à cœur ouvert, ça a été jusqu'à présent la plus grande épreuve de ma vie.
- Speaker #1
Oui. Que dirais-tu aujourd'hui à la petite Eleonore de 9 ans ?
- Speaker #0
Je lui dirais de continuer à écouter les autres, comme elle le fait maintenant, mais à prendre ses décisions par elle-même, comme elle le fait maintenant aussi. Puisque si j'avais dû écouter par exemple ma maman, je n'aurais ni fait de politique ni fait l'avocature. Et c'est ma vie pourtant à l'heure actuelle. Donc je dirais de continuer de rêver, de continuer à travailler dur, de continuer à profiter des bons moments. Et voilà, un peu tout ce qu'on a dit avant. De continuer à se remettre en question, de continuer à vraiment savoir ce qu'elle veut au fin fond d'elle, continuer à te questionner de ce que tu veux vraiment dans la vie. Et une fois que tu as pris la décision, bateau pour le devenir.
- Speaker #1
Oui. Dernière question, parce que je vois que notre temps est écoulé. Pour clôturer aujourd'hui, si une jeune femme qui hésite à entreprendre ou à prendre sa place, pas seulement dans l'entrepreneuriat, mais à prendre sa place, nous écoute aujourd'hui, qu'est-ce que tu aimerais lui dire ?
- Speaker #0
J'aimerais lui dire que si elle a cette fibre entrepreneuriale et cette motivation, parce que très clairement, quand on se lance dans cette aventure entrepreneuriale, il faut être une passionnée, il faut pouvoir être prête à se donner corps et âme pour le projet, parce qu'il y aura des difficultés, il y aura des difficultés techniques, on doit à la fois devenir comptable. Je ne sais pas, quoi d'autre ? Qu'est-ce qu'on fait ? C'est la vente,
- Speaker #1
c'est la communication, c'est la comptabilité, c'est tout ça en plus du cœur.
- Speaker #0
Il faut des réseaux sociaux maintenant, il faut être community manager pour pouvoir parfois lancer son business. Bref, je lui dirais qu'elle doit avoir une grande motivation, mais qu'elle doit aussi ne pas être isolée, bien s'entourer, de pouvoir accepter qu'on lui tende la main et aussi demander. qu'on l'aide à construire son projet. C'est toutes des matières plus régionales, mais à l'heure actuelle, vous avez plein de possibilités qui s'offrent à vous, avec Hub, avec Bruxelles Économie et Formation, pour ne parler que de la région bruxelloise. Vous avez, j'ai encore une amie maintenant qui se lance, elle était salariée dans un magasin de bijoux, et bien maintenant elle devient indépendante, ou elle va créer ses propres bijoux, et bien elle va bénéficier pendant un an du statut tremplin. qui lui permet de toucher encore des allocations de chômage, tout en lançant un projet entrepreneurial. Il y a plein d'aides qui sont à votre disposition. Renseignez-vous, allez pousser les portes, et si vous êtes motivé, vous y arriverez et lancez-vous.
- Speaker #1
Quelles sont les compétences ou les ressources internes dont elles auraient besoin, ces indépendantes, ces femmes qui veulent se lancer ou veulent prendre leur place dans un univers qu'elles ne connaissent peut-être pas encore ?
- Speaker #0
Passion, résilience et détermination.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Tu dirais quoi ?
- Speaker #1
Résilience, c'est sûr. Persévérance. Oui, je pense que... Résilience, persévérance. Et peut-être joie, optimisme. Chercher un petit peu, parce que ce n'est pas toujours simple. Et donc, continuer à voir aussi et célébrer les petites joies, les petites victoires du quotidien.
- Speaker #0
C'est vrai, step by step.
- Speaker #1
Oui, exactement. Merci beaucoup, Eleonore, pour ton temps aujourd'hui. Merci beaucoup à toi, Julie. Et à bientôt. Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. S'il t'a parlé, touché ou fait réfléchir, tu peux m'aider à faire vivre ce podcast par une note, un commentaire, un partage à quelqu'un à qui ça pourrait être utile. Et abonne-toi si tu veux continuer ces conversations ensemble. Prends bien soin de toi et à bientôt. Toi aussi, tu utiliserais bien un petit coup de pouce pour ton bien-être mental ? Je te conseille la plateforme Feeling Great by Partena Professional avec qui je collabore pour cet épisode. Tu y trouveras gratuitement toute une série de ressources, des articles de blog, un baromètre bien-être, des webinaires et des ateliers. Ça fait deux ans que je travaille avec eux et je peux vraiment te les recommander. Toutes les infos et le lien vers la plateforme sont dans les notes de l'épisode. ou rendez-vous directement sur feelinggreat.be.