- Speaker #0
Photosien, Photosienne, bonjour et merci d'être là. Merci pour votre écoute, pour votre fidélité, pour tous les messages que vous avez envoyés depuis le début de cette aventure et tous les retours que j'ai pu avoir. Avant de commencer cet épisode, j'ai envie de vous présenter mon invité, sans trop en dire. C'est l'histoire d'une femme qui pensait avoir une vie plutôt bien rangée, un rythme, des projets, des habitudes, comme beaucoup d'entre nous. Et puis un jour, quelque chose vient tout bousculer. Un mot, un diagnostic, une réalité qui oblige à regarder la vie autrement. Dans cet épisode, elle raconte cette traversée. Les moments de force, mais aussi les doutes, les regards des autres et ce que l'on découvre de soi en tout voici. Un témoignage sincère, sans aucun filtre, mais profondément humain. Si ce podcast vous plaît, pensez à vous abonner à la chaîne YouTube du 7m2 et à suivre le fauteuil rouge sur toutes les plateformes audio. Et maintenant... Installez-vous bien, convenablement, là où vous êtes, peu importe, prenez place et comme je dis toujours, rien de tel que Déborah pour présenter Déborah. Déborah, c'est à toi. Déborah, je te laisse la parole.
- Speaker #1
Déborah, 42 ans, deux enfants, elle est soignante en EHPAD et deuxième vie, changement. littéralement de vie, de parcours aussi. Et puis voilà.
- Speaker #0
Et puis voilà, ok, ça marche. Donc on va rentrer dans le dur tout de suite, si ça te dit. Oui. Ok. Donc, qui étais-tu avant qu'on prononce le mot cancer ?
- Speaker #1
Alors, j'étais une jeune femme blonde. Mignonne, féminine, pas spécialement de but dans la vie, juste une maman aimante, des enfants, faire plaisir à son conjoint. Et puis voilà, être une bonne fille à ses parents. Et voilà.
- Speaker #0
Ok, ça marche, merci. Quand on t'a annoncé ton cancer, est-ce que tu as eu peur ?
- Speaker #1
Oui. Parce que moi, mon cancer, c'est un cancer génétique. Triple négatif. Donc en fait, stade 3. Stade 3 sur 4. Quand on te dit ça, tu penses tout de suite forcément à la mort. Donc tu ne sais pas un petit peu où tu vas atterrir. Tu vas vivre ou mourir. Forcément, tu penses au testament. J'avais deux jeunes enfants. Tu ne sais pas où ta vie va s'arrêter.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que l'annonce a été humaine ou plutôt clinique par rapport aux médecins ? Est-ce que tu as senti quelque chose de médical ou il y a vraiment quelque chose d'humain derrière que tu as ressenti ?
- Speaker #1
Franchement... Parce qu'alors moi, mon cancer, du coup, on me l'a annoncé à 28 ans. Et j'ai envie de vous dire que j'étais au RSA, donc RSA 800 euros par mois. Et quand on m'a annoncé tout ça, ils ont été bienveillants parce que pas beaucoup de... d'argent par rapport aux examens à faire. Et il fallait payer, Et du coup, deux jeunes enfants. Et franchement, les médecins ont été super gentils avec moi. Et ils ont vu que j'étais jeune, que je n'avais pas beaucoup d'argent et que j'avais des jeunes enfants. Donc franchement, le côté humain était là.
- Speaker #0
Est-ce que tu te reconnais encore dans cette femme ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Tu peux nous expliquer pourquoi ?
- Speaker #1
Le avant-après ?
- Speaker #0
Ouais. Le après, surtout.
- Speaker #1
Le après ? Quand tu te vois maintenant dans le miroir avec des cheveux, des seins, tu te dis, je suis bien.
- Speaker #0
OK. Et quand on t'a annoncé cette nouvelle qui n'est pas forcément une bonne nouvelle, y a-t-il une part de toi qui s'est arrêtée ce jour-là, en fait ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Oui. Tu peux nous l'expliquer ?
- Speaker #1
Eh bien, on va dire Déborah, 28 ans, très mince, cheveux longs, blondes. Et la maladie, eh bien, Déborah, un cent en moins, plus de cheveux. Et puis, savoir si elle allait vivre ou pas.
- Speaker #0
Ok. On te l'a annoncé comment ?
- Speaker #1
On me l'a annoncé comment ? Petite boule juste en dessous de la baleine du soutien-gorge. Petite boule, vraiment. Je vais voir mon médecin qui me dit oui. Qui m'envoie voir mon gynécologue.
- Speaker #0
Tu vas être sa généraliste ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Même pas, parce que je crois que j'ai été voir directement mon gynécologue au jacu. ce qui m'a accouché et qui m'a dit c'est rien, on va mettre des crèmes j'ai écouté mon gynécologue on a mis des crèmes et en fait ça a grossi très vite limite la taille d'un oeuf du coup je suis retournée voir mon médecin généraliste qui m'a envoyé voir son ancien
- Speaker #0
chef de clinique c'est toi qui t'en as aperçu de cet oeuf ?
- Speaker #1
Non, c'est une petite boule en dessous du soutien-gorge qui a grossi assez rapidement. C'est moi, mes démarches, médecin, qui m'ai envoyé voir un chirurgien.
- Speaker #0
Quand on t'a annoncé cette maladie, est-ce qu'il y a une phrase qui t'est restée, en bien ou en mal, de la part des médecins, de la part du corps médical ? Est-ce que tu te souviens ou pas ? Pas forcément ton souvenir. Alors,
- Speaker #1
il y a une phrase, je m'en rappelle.
- Speaker #0
Ça,
- Speaker #1
ce n'était pas le bon verdict. Mais ils m'ont dit... Alors, il faut savoir que j'étais au RSA. Oui. J'ai 800 euros par mois. Et ils m'ont dit... En fait, ils m'avaient envoyé voir plusieurs... J'ai fait plusieurs examens. Donc, IRM, scanner, biopsie. Forcément, ça a un coût. Et donc, j'étais voir le chirurgien et le chirurgien m'a rappelé. Il m'a dit, il faut que vous veniez. Je dis, ouais, mais écoutez, je ne peux plus parce que forcément, ça a un coût.
- Speaker #0
Financièrement, tu ne pouvais plus ?
- Speaker #1
Ouais. Et il m'a dit, non, mais écoutez, venez, on s'en moque de l'argent. Donc franchement,
- Speaker #0
ça m'a soulagé un petit peu. Ouais,
- Speaker #1
carrément, ouais. Et ils m'ont dit, par contre, venez accompagner.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Donc, j'ai été.
- Speaker #0
Est-ce que tu as senti la mauvaise nouvelle quand on t'a dit ?
- Speaker #1
Sur le coup, non.
- Speaker #0
Non ? Non,
- Speaker #1
parce que j'ai été avec mon conjoint et mes enfants qui étaient jeunes. Et en fait, le secrétaire, ça me rappelle, très gentil. Et par la suite, quand j'ai été la revoir, je lui avais acheté une plante. Et je m'en rappelle là maintenant. Et du coup, ils nous ont pris en entretien avec mon ex-conjoint, tous les deux dans le bureau. Et là, ils m'ont dit, par contre, c'est un cancer. Triple X négatif et 3 sur 4. Triple X,
- Speaker #0
du coup, ça signifie quoi ?
- Speaker #1
Alors, c'est le BCRA1. Donc, c'est un cancer génétique.
- Speaker #0
Donc, c'est le mauvais signe ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Donc, triple négatif et agressif.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Alors, sur le stade, il y a 4 stades.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
3 sur 4.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Comment tu te sens, toi, quand on t'annonce ça ? Pas bien.
- Speaker #1
Pas bien ? Surtout à 28 ans.
- Speaker #0
Ok. Est-ce qu'on t'a très vite placée dans la case femme courage ? Non. Non.
- Speaker #1
Non. Non, non, non. Au début, j'avais mes cheveux, j'avais des cheveux longs. Donc forcément les premiers mois ça se voit pas Mais première chimio Du coup On anticipe Rendez-vous chez la coiffeuse Rendez-vous chez la Je sais pas comment on appelle ça Pour les perruques Et voilà Et puis du coup Quelle cheveux tu as porté ? Alors j'ai porté une ou deux fois Alors Petite apartheid.
- Speaker #0
Vas-y.
- Speaker #1
150 euros, remboursé de la sécu. Donc, une perruque... En fait, tu vas chez le magasin de fête.
- Speaker #0
Ouais, ah oui, ok, ouais.
- Speaker #1
C'est des perruques où tu vois que c'est de la fausse perruque. Mais une vraie perruque, tu la payes très, très cher. Donc, par rapport à mon ex-conjoint, je me rappelle que son grand-père m'avait payé ma vraie perruque.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
600 euros. Et la sécu te rembourse 150 euros.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Donc, les gens qui n'ont pas de sous... Tu as une perruque de chez...
- Speaker #0
Tu choisis de ne pas avoir de cheveux quelque part.
- Speaker #1
Tu choisis, mais tu peux avoir... Sans choisir. Oui, voilà. C'est une perruque pas chère avec du synthétique. Là, j'avais une perruque vraiment avec une bonne qualité, un carré blanc.
- Speaker #0
Ok. Comme tu es actuellement.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ok. Et est-ce que tu penses, par rapport aux gens, si tu ne te bats pas, est-ce que tu as l'impression qu'on te juge en fait ? Le fait que tu sois malade et qu'on te dise que tu es malade, de décider de ne pas te battre, de ne pas te... Est-ce que tu as eu à un moment donné l'impression qu'on t'a jugé par rapport à ça ou pas ? Famille ou amie ?
- Speaker #1
J'ai envie de dire que heureusement que la famille, malgré qu'elle soit petite, heureusement qu'elle soit là. Mais sinon, le reste, non. Parce que les gens, c'est plus du voyeurisme.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Ils te regardent. Ah bah t'as changé, t'as maigri, tes cheveux. Qu'est-ce qui se passe ? Et puis ça fait peur. Parce que cancer du sein, c'est un cancer du sein. Ça ne s'attrape pas.
- Speaker #0
Et puis 28 piges quoi.
- Speaker #1
Mais le sida, je me suis mis à la place des gens qui avaient le sida. Parce qu'un truc con, c'est con. Mais Lady Diana, tu sais, moi, j'ai des souvenirs avec ma mère où on regardait des reportages. Elle touchait les gens qui avaient le sida. Et on disait, waouh, il la touche, tu sais. Et en fait, cancer du sein, tu as des gens qui ont exactement la même réaction. Ils se retrouvent à table avec toi, ils ne savent pas quoi dire.
- Speaker #0
Parce qu'ils ont peur de te rappeler. Oui,
- Speaker #1
ils n'osent pas te regarder, ils n'osent pas te toucher, ils n'osent pas te parler. Et c'est un cancer du sein.
- Speaker #0
Tu vois ? Oui. Ok, ça marche. Du coup, suite à ça, la maladie, elle a forcément pris de la place dans ta vie.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Elle a ralenti beaucoup de choses. Oui. Est-ce que tu as senti à un moment que la maladie dérangeait ? Oui.
- Speaker #1
Ah oui, carrément. Oui. Ah oui, oui.
- Speaker #0
Dans quel entourage ? Dans quel…
- Speaker #1
Alors, pas dans la famille parce que je n'ai pas une grande famille.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Moi, ma famille était là. Mais tout ce qui est pseudo-amitié, ça a été... Alors, je ne dis pas que j'étais un top modèle. Non, mais j'étais blonde, les yeux bleus, cheveux longs, très féminine.
- Speaker #0
Correct.
- Speaker #1
Ouais, ouais. Non, mais ouais. Et en fait, mon fils jouait au foot. Donc, du coup, j'avais beaucoup de relations autour de moi. Et on avait plusieurs mamans, en fait. Voilà, on se côtoyait. On allait boire des verres ensemble, cabrioler. Et quand j'aurais dit que j'étais malade.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et ça, c'est une phrase.
- Speaker #0
Leur regard a changé.
- Speaker #1
Alors, c'est une phrase que ça, tu vois. Ça va me faire... C'est bizarre, mais ça va me... Cette phrase va avoir beaucoup d'importance. Cette fille, je m'en rappellerai toujours. Elle m'a dit... il faut que je vienne te voir avant que tu perdes tes cheveux. J'ai dit OK. Et en fait, cette fille, je ne l'ai jamais revue. À part sur un stade de foot. Elle a été à droite, moi j'étais à gauche. Et en fait, elle n'a jamais osé venir me voir. Et du coup, ces filles, on était 4-5. Je n'ai jamais revu ces filles. Et ça, ça a été compliqué. Ça a été le début de l'amitié, en fait, pour moi.
- Speaker #0
Le début et la fin ?
- Speaker #1
Oui, le début et la fin, carrément.
- Speaker #0
Je vais me permettre de rebondir là-dessus, justement, parce que la question suivante, c'est est-ce que tu t'es déjà censurée pour ne pas être celle qui ramène toujours tout à son cancer, en fait ? Donc, c'est un peu... Du coup, quand tu t'es aperçue de ça, est-ce que tu t'étais dit... Il ne faut pas que je sois perçue comme la nana qui a un cancer, en fait.
- Speaker #1
Alors, pour moi, au début, ça a été compliqué parce que j'étais un peu effacée. Parce que forcément, 28 ans...
- Speaker #0
Tu n'as jamais senti envahissante par rapport à ta maladie ? Pas la prôner, mais...
- Speaker #1
Alors, au début, non, parce que j'étais un petit peu... Comment on pourrait dire ? Un petit peu... 28 ans... Moi, je ne connais pas tout ce qui se passe dans la vie. Je ne sais pas comment la mortir. Le vivre, en fait, tu sais, j'étais un petit peu... Je l'ai né par rapport aux gens parce que c'est pareil. On a eu un couple d'amis dans mes souvenirs. Ils sont venus à la table avec moi et mon ex-conjoint. Et en fait, ils sont restés cons parce qu'ils ne savaient pas quoi dire, en fait. Et je me suis dit, bah merde, c'est pas contagieux, en fait. Je suis toujours la même. Et en fait, les gens, ils ne savaient pas quoi dire avec moi, tu vois.
- Speaker #0
Ouais. Une sorte de gêne ou...
- Speaker #1
Ah ouais, carrément. Alors, les gens... Les gens de l'extérieur étaient super gênés avec moi. Je ne savais pas comment réagir. Et c'est pour ça que je parle souvent des gens qui ont eu le sida. Parce que tu te dis, alors le sida, il attrape.
- Speaker #0
Les gens que tu connaissais, ils se sont comportés différemment ? Oui,
- Speaker #1
mais carrément, oui. 100%. Pas ma famille. Moi, je n'ai pas une grande famille, mais pas ma famille proche. Pas du tout. On va dire les pseudo amis, oui. Carrément.
- Speaker #0
Pourquoi tu dis pseudo ? Parce qu'ils ne sont plus maintenant ?
- Speaker #1
Non. Parce qu'en fait, quand tu es jeune, tu es con, insouciant. Et moi, je suis très naïve. Et il y a beaucoup de personnes qui me l'ont dit. En tout cas,
- Speaker #0
tu l'as été ?
- Speaker #1
Oui. Beaucoup de gens m'ont dit, tu es très naïve. Parce que moi, tu me dis blanc, je te crois, tu me dis blanc. Et en fait, par rapport à la maladie des gens, tu vois, mais... Un changement, mais phénoménal, en fait.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Mais qui n'est pas rien.
- Speaker #0
Oui, forcément.
- Speaker #1
Et ça, c'est le pire. Donc forcément, il y a un changement après.
- Speaker #0
OK, merci, Déborah. Est-ce qu'on va parler du corps médical un peu ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que tu t'es sentie accompagnée ou gérée ?
- Speaker #1
Alors moi, franchement, j'ai eu de la chance. Mais vraiment. Top. Du départ, mais de A à Z. Franchement, j'ai une équipe géniale. Mais vraiment. Franchement, tout le monde.
- Speaker #0
Il n'y a pas de moment où tu t'es sentie réduite à un protocole, en fait ?
- Speaker #1
Non. Je pense que par rapport à mon âge. Parce qu'il faut le rappeler, j'avais 28 ans. Et franchement, alors après, moi, j'ai un état d'esprit où je parle avec tout le monde. Voilà. Et non, franchement, top. Mais vraiment.
- Speaker #0
Et du coup, qu'est-ce qui change tout dans ton suivi ? C'est la compétence des médecins ou l'humanité des médecins, en fait ?
- Speaker #1
Ou les deux ? Non, je pense les deux.
- Speaker #0
L'ensemble, disons.
- Speaker #1
Parce que moi, je pense que quand ils m'ont vu arriver, alors... Je venais souvent avec mes enfants. Je pense que ça ne devait pas être trop bien. Mais quand ils m'ont vu arriver avec mes enfants à 28 ans, ils ont dû un peu halluciner parce qu'ils se sont dit « mince, une petite jeune avec les cheveux longs, une blonde avec ses enfants » . Et après, franchement, ils ont été top. Mais tous. Franchement, dans mes souvenirs, ça fait 14 ans, dans mes souvenirs, il n'y en a pas un. un qui a été...
- Speaker #0
Mais c'est bien, il faut savoir le souligner. Ah non, mais je le dis,
- Speaker #1
franchement, Lille, Oscar Lambret, franchement, j'applaudis. Bravo. Tu fais de la pub ?
- Speaker #0
Ah ouais, non, mais je fais de la pub.
- Speaker #1
Et même, j'ai fait ma chimio au bois blanc. Et franchement, génial.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Mais vraiment, tous, vraiment, je pense que, alors, je pense qu'ils ont déjà dû avoir beaucoup de jeunes. Mais franchement, avec moi, ils ont été super, mais vraiment super bien.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Est-ce que tu t'es sentie regarder différemment ?
- Speaker #1
Oui, mais oui.
- Speaker #0
Ouais ?
- Speaker #1
Ah oui, oui. Mais 100% oui. C'est encore une fois, alors attention. Parce que quand on se regarde dans le miroir, on se dit toujours, ah ouais, mes sourcils, mes yeux, mon nez, ma bouche.
- Speaker #0
Justement, je vais... Arrêtez cette question-là, mais tu vas me répondre à la suivante parce que c'est un peu ce que tu amènes là.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que la féminité est touchée au-delà du médical ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Mais alors 100%. Ok. Je développe.
- Speaker #0
Si tu le souhaites.
- Speaker #1
Je mets 100 balles, mais j'avais les cheveux longs, très féminine. Et du coup, j'ai... Je me suis rasé la tête. Quand il y a un décembre, j'ai demandé à mon conjoint... Volontément.
- Speaker #0
Tu t'es rasé la tête ?
- Speaker #1
J'ai fait ma première chimie au mois d'octobre. J'avais raccourci mes cheveux parce que j'avais les cheveux longs. Donc on a fait un carré.
- Speaker #0
Tu ne parlais pas de tes cheveux encore ?
- Speaker #1
Pas encore, mais... Alors un truc bête, mais on ne penserait pas.
- Speaker #0
Mais tu as tout télérasé avant de perdre tout en fait ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Non, même pas ?
- Speaker #1
C'est même pas ça. C'est que, question con, tu as mal aux cheveux.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Non, mais c'est bizarre. Tu as mal aux cheveux. Tu commences à sentir que tes cheveux...
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
on a raccourci. Et puis, ça arrive que le 31 décembre, on devait faire un nouvel an déguisé. Et en fait, je perdais mes cheveux. J'ai demandé à mon ancien conjoint. Ancien conjoint, je réacte. Et qui m'a dit, non, je ne peux pas. J'ai pris la tondeuse, j'ai essayé de terminer de raser mes cheveux.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Voilà. Donc, 31 décembre, tu te retrouves chauve.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et puis, voilà.
- Speaker #0
Quelle était la vision des gens, en fait ?
- Speaker #1
Et puis, ben, alors...
- Speaker #0
Ce n'est pas même trop bien décembre.
- Speaker #1
J'habitais dans une rue.
- Speaker #0
Ce qu'on dit, très beau déguisement.
- Speaker #1
Ouais. Oui, oui, oui. Alors oui, ça devait être un nouvel an déguisé. Et on m'a dit, ce n'est pas grave, déguise-toi en Fabien Barthez. Je précise, le gardien de but de l'équipe de France en 98. Bon, ça a été moi en 2011. Mais bon, pour la ref. On s'est cotisé dans la famille pour que j'aie une belle perruque.
- Speaker #0
Ok. Voilà.
- Speaker #1
Parce que, entre parenthèses, 150 euros de la sécu. Sauf que si tu veux une bonne perruque, c'est au moins 600 balles.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Donc bref, j'ai une perruque à 600 balles. Mais sauf que quand je l'ai mise, j'avais peur qu'il y avait toujours un con qui me tire sur les cheveux. Et qui me dit, ouais, non mais le carnaval ou... Donc j'ai mis un foulard. sur ma tête machallah t'es converti à l'islam t'as mis un foulard donc je disais non et les gens me disaient bah pourquoi et je leur disais bah non voilà je voulais pas raconter ma vie et on me disait bah le coiffeur t'as loupé tes cheveux on t'a coupé trop court ou on t'a trop raté la couleur et je disais non Et en fait, une fois, deux fois, trois fois, quatre fois. Et après, je disais, ben non, cancer.
- Speaker #0
C'était trop lourd.
- Speaker #1
Ouais. Et là, du coup, les gens se connent.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Ouais ? Ah ouais, ouais.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Surtout par rapport à mon âge.
- Speaker #0
À ne pas savoir quoi répondre.
- Speaker #1
Ouais. Et puis surtout par rapport à mon âge. Parce que moi, j'avais deux jeunes enfants. Et ils me regardaient, j'étais jeune. Et voilà.
- Speaker #0
Et du coup, au niveau du couple à l'époque, parce que tu es dans un... Tu es dans une autre... notre vision de ton couple en tout cas.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Est-ce que la maladie a révélé la solidité ou les failles du couple ?
- Speaker #1
Les failles.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
100% les failles.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Je développe.
- Speaker #0
Tu peux ou pas, comme tu le souhaites.
- Speaker #1
Du coup, ça a commencé, comme je l'ai dit, par rapport à... pour raser ma tête. J'ai demandé à mon ex-conjoint de m'aider à raser ma tête. Il m'a dit non, je ne peux pas.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
J'ai dit ok. Et puis après, ça a été surtout, en fait, ça a été après l'opération. J'ai demandé de voir les cicatrices. Il m'a dit non. Au reconstruction, il m'a dit, ah ben, je vais bien voir. Et moi, j'ai dit non. Parce que du coup, nous, en tant que femmes, ben tout, c'est joli, un corps de femme, tu vois.
- Speaker #0
C'est toute ta féminité qui s'est cassée la gueule, en fait.
- Speaker #1
Tout à fait. J'aime bien ta phrase. Ouais, non, mais c'est beau. Ouais,
- Speaker #0
je sais.
- Speaker #1
Non, mais c'est beau.
- Speaker #0
Et voilà.
- Speaker #1
Après, on dit des femmes, mais tu sais, des hommes, voilà. Et ouais, ta face est très belle, Nico.
- Speaker #0
Est-ce qu'on parle assez de désir après un cancer du sein, en fait ?
- Speaker #1
Il n'y en a pas.
- Speaker #0
C'est vrai ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Non, il n'y en a pas parce qu'en fait, on est une... Je ne sais pas, on est quelque chose de mutilé. Donc, en fait, ça ne donne pas envie, tu sais. Et alors, je ne sais pas si c'est bien... placé de le dire là, maintenant, mais j'ai une phrase que j'ai dit à mon conjoint et je m'en rappelle. De l'époque ? Ouais. Et je m'en rappelle là, maintenant, tout de suite. Je lui ai dit, je suis une vieille de Doche cabossée. Je ne sais pas si vous vous rappelez de la de Doche cabossée. Et je lui ai dit, laisse-moi me retaper et ne t'inquiète pas, la de Doche, elle va être bien.
- Speaker #0
Elle va redémarrer.
- Speaker #1
Ouais, ouais, ouais. J'ai pas dit le terme là, mais en voulant dire que la de Doche, tu vois, elle a air au top du top. Tu vois,
- Speaker #0
ouais. Et du coup... On va arrêter un peu le pathos, même si on n'était pas trop dans le pathos. On va parler de l'après.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Quand les traitements s'arrêtent, est-ce que tu t'es sentie soulagée ou abandonnée ?
- Speaker #1
Abandonnée.
- Speaker #0
C'est vrai ?
- Speaker #1
Ah oui, carrément. Alors ça, c'est…
- Speaker #0
Qu'est-ce qui t'a fait te sentir abandonnée, du coup ?
- Speaker #1
Parce qu'en fait, du jour au lendemain, parce que tu vois en fait les médecins, l'hôpital, les opérations. Et puis, on te dit, on te laisse un laps de temps où tu es en rémission. Là, tu te dis, bon, rémission, ça veut dire quoi ? Et là, tu restes comme ça, en fait, sans nouvelles, sans rien, sans question. Et en fait, tu es toute seule. Et là, ça a été compliqué. Honnêtement, vraiment, ça a été compliqué.
- Speaker #0
OK. Et du coup, là, j'allais dire que tu es en phase terminale, mais non.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Tu as terminé le cursus, on va dire.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce qu'on guérit vraiment ou est-ce qu'on apprend à vivre avec une ombre, en fait ?
- Speaker #1
On apprend à vivre avec une ombre. Parce qu'en fait, ta vie, elle change carrément. Parce que la Déborah de 28 ans et la Déborah de 42 ans, on n'a rien à voir. C'est un grand écart.
- Speaker #0
Ok. Tu as toujours ce doute ? Ou cette...
- Speaker #1
Tu te doutes, oui ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Bah oui, ce doute, il est là. Parce qu'en fait, pendant... Je l'ai eu à 28 ans, mon cancer. Et puis là, j'ai 42 ans. Et en fait, avec tous les examens que j'ai, dès qu'il y a un truc... Alors, t'es suivi régulièrement. Et en fait, t'as toujours...
- Speaker #0
À hauteur de combien, du coup, là, t'es suivi ?
- Speaker #1
Ah, tous les 6 mois.
- Speaker #0
Ok. Ouais. Ça consiste en quoi ? En 2-3 mois, les examens ?
- Speaker #1
Alors... Alors, moi, mon cancer, c'était un cancer génétique. tiques. Donc, on a fait une ablation du sein droit. Le sein gauche, on n'a pas fait l'ablation, mais on a enlevé pour reconstruire avec une prothèse. Donc, du coup, j'ai deux prothèses et on m'a enlevé les trompes. Donc, du coup, gynécologiquement, je suis suivie tous les six mois et échographie, c'est pareil.
- Speaker #0
Ok, ça marche. Et du coup, est-ce que tu préfères qu'on te voit comme une survivante ou simplement comme une femme ? Suite à ce parcours-là, en fait.
- Speaker #1
Non, survivante. Parce qu'on mange. On mange, on subit.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Ouais. Pour une femme, je pense que les gens ne peuvent pas s'imaginer... Alors moi, je vais parler un peu cru, mais je n'ai jamais autant montré mes seins ou mon cul. Alors mon cul, entre guillemets, parce que... On m'a enlevé les trompes par rapport à mon cancer génétique. Et on a beaucoup d'hommes. Donc, j'ai des rendez-vous tout le temps, en fait. Tout le temps, le haut, le bas. Si t'es pudique, c'est mort. Parce qu'en fait, t'es toujours en train de montrer le haut, le bas.
- Speaker #0
T'es toujours en train de monter ton cul ou tes nichons, en fait.
- Speaker #1
Ah ouais, carrément, ouais. Et du coup, je suis plus gênée, en fait, de montrer. C'est pareil, moi.
- Speaker #0
Et puis, ça peut être quelque chose de... C'est positif et préventif pour les femmes.
- Speaker #1
Carrément, parce que moi, mon chirurgien, il me prend en photo à chaque fois que je me peux opérer par rapport à mes seins. Et c'est pareil. Alors, un truc, je précise. On m'a demandé l'autorisation de mon dossier, si j'acceptais ou pas que ça soit transmis à l'université de Lille. Et j'ai dit oui.
- Speaker #0
Pour étudier.
- Speaker #1
Et par rapport à la Belgique ou au Canada, à certains pays, en fait, moi, j'aurais dit que je fumais de la marijuana.
- Speaker #0
Ils te l'ont déconseillé, le corps médical ?
- Speaker #1
Pas du tout. En majuscule. Pas du tout.
- Speaker #0
C'est vrai. OK.
- Speaker #1
Je te jure que c'est vrai. Il m'a dit, c'est bien de me le dire. Et ils m'ont dit, on va le mettre dans votre dossier. Et ils m'ont fait signer des papiers pour savoir si moi, j'étais d'accord.
- Speaker #0
qu'à l'université de Lille, on pouvait étudier mon cas. Tu sais, en fait, tu laisses la chance aux jeunes d'étudier. Et moi, il y avait de la marijuana, donc j'ai dit oui. Et donc, ils l'ont mis dans mon dossier. Parce qu'en fait, ils se battent. Et il faut se battre encore plus. Parce que les gens ne peuvent pas s'imaginer les effets de la chimio. Et moi, quand j'ai commencé la chimio, ils m'ont dit, vous fumez. je leur ai dit prenez pas ça, quand vous arrivez en phase de chimio fumez je fumais, je prenais pas l'or caché et donc ils l'ont écrit dans mon dossier et j'ai signé pour que ce soit étudié dans les amphis ça marche
- Speaker #1
Donc, on arrive à la fin de l'interview et du coup, on en fait des campagnes de prévention en octobre. Derrière chaque ruban rose, il y a une femme qui n'a rien demandé. Qu'est-ce que tu penses de ce mois de prévention ? Est-ce que c'est quelque chose pour toi de purement publicitaire ou c'est vraiment quelque chose pour... et un impact au niveau de la prévention ?
- Speaker #0
Alors, c'est bien. Mais je pense que, moi, dans mon expérience, je me rappelle, je me suis arrêtée pour aller voir justement les gens. Ils font un stand. En fait, tu as la grande banderole, 50 ans de prévention. Et j'aurais dit, il faut peut-être arrêter de mettre un chiffre 50 ans. Parce que moi, dans mon expérience, 28 ans. Après, moi, c'était un cancer génétique. Mais j'aurais dit, il ne faut pas mettre de chiffre.
- Speaker #1
Dans le sens où le cancer du sein, la moyenne d'âge est beaucoup plus tardive que celle qu'on t'a annoncée. Mais il ne faut pas zapper les cancers des nanos. Ouais, super. Ça marche.
- Speaker #0
Carrément.
- Speaker #1
Ça marche. Merci, Déborah, en tout cas. Et j'ai un gimmick, un petit truc répétitif. Je ne sais pas si tu as vu les autres épisodes, mais je pose toujours la même question à mes invités et je leur demande toujours si ta vie actuellement, si tu pouvais résumer ta vie. Un titre de film, ça serait quoi ?
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Tu peux l'inventer ? Non, non, non.
- Speaker #0
Je ne sais pas si c'est le bon. C'est Ma Meilleure Amie, avec Dourbar et mort, et sa copine, pareil, concert du 5.
- Speaker #1
Ah, c'est avec Julia Roberts ? Non, pas du tout. Non,
- Speaker #0
ce n'est pas celui-là.
- Speaker #1
Ah oui. C'est Ma Meilleure Ennemie avec Julia Roberts.
- Speaker #0
et là c'est ma meilleure amie et c'est ce film me fait pleurer parce que je me vois 100% c'est ma meilleure amie avec Droubar est mort et une blonde et franchement ce film c'est moi mais carrément j'adore One Life carrément carrément Profitez de la vie et arrêtez de vous poser des « putain j'ai grossi, j'ai des rides, j'ai des cheveux blancs » . Non, il faut profiter de la vie et la bouffer.