- Speaker #0
Salut à toutes, salut à tous et merci d'être là. On est là aujourd'hui pour le second épisode. Pour essayer de transformer l'essai du premier, car vous avez été plusieurs centaines à l'écouter. Et je tiens à vous en remercier. Donc je vous dis bonne écoute et à bientôt. Ciao ! Bonjour à toutes, bonjour à tous. Bienvenue dans le podcast Le Fauteuil Rouge, le deuxième numéro. Et aujourd'hui, on reçoit une autre catégorie de parcours. Un autre personnage, parce que c'est un personnage. On reçoit Vincent. Vincent, c'est un passionné et comme je l'ai fait dans le premier épisode, je vais le laisser se présenter. Donc Vincent, bonjour.
- Speaker #1
Salut Nico.
- Speaker #0
Salut Vincent.
- Speaker #1
Donc moi, c'est Vincent Pascal. Je suis artiste et artisan d'art. Donc je crée des vitraux d'art, des vitraux contemporains et aussi je restaure des vitraux anciens. Mais je fais aussi des fresques murales à l'aérosol. Donc j'ai un univers assez pluridisciplinaire. Et j'aime bien mélanger les différentes techniques, les codes esthétiques aussi de différentes époques pour créer des œuvres qui détonnent.
- Speaker #0
Ok. On va dire... Est-ce qu'on dit maître verrier ?
- Speaker #1
Oui, on dit maître verrier. C'est une grande famille, maître verrier. Ça englobe aussi les souffleurs. Moi, je suis maître verrier, vitrailliste.
- Speaker #0
Tu ne fais pas du tout de soufflage.
- Speaker #1
Je ne fabrique pas, je retransforme le verre, mais par contre, je peux en utiliser.
- Speaker #0
Ok. On voit, en tout cas dans l'imaginaire collectif, on voit le maître verrier, le vieux monsieur avec la barbe, et le graffeur comme un ado rebelle. Tu te considères comment là-dedans ? Tu te classes comment dans cet entre-deux ? Parce que ce n'est peut-être pas uniquement ça et uniquement ça. Il y a peut-être…
- Speaker #1
Ben oui, comme on en a déjà parlé ensemble, je n'aime pas trop les cases. Donc moi ce qui m'importe c'est de créer des ponts entre les différentes cases. Et c'est vrai que j'ai une casquette artisan d'art, une casquette artiste. Et donc moi ce qui m'intéresse c'est vraiment de créer des passerelles entre les différents univers. Donc je me situe un petit peu partout à la fois.
- Speaker #0
Ok. Donc tu considères ton métier comme une passion ?
- Speaker #1
Alors forcément il faut être... de passionné, c'est pas le premier moteur, c'est quand même la passion.
- Speaker #0
Donc t'es pas payé, si c'est une passion.
- Speaker #1
Après, il y a ce côté aussi, toujours, en gros, ce qui est un peu énervant des fois, c'est quand on dit, vous faites un métier passion, donc ça influe, pour certaines personnes, c'est pas grave, si on remplit pas conséquemment le frigo. Donc, voilà, le métier passion, forcément, il faut être... passionné pour faire ce métier parce que c'est des temps longs, des temps durs, ça pose beaucoup de réflexion, on met beaucoup d'attention dans nos pièces. Mais j'ai eu des commandes qui prenaient un petit peu plus le pas sur mon activité de façon alimentaire. J'essaie de mettre un frein pour développer mon univers artistique et continuer à rester dans cet axe de développer son univers, son identité artistique et faire des projets qui nous bottent. Et c'est vrai qu'en tant que verrier, je cherche encore la pierre philosophale, plutôt les mains dans le plomb. Et ce côté un petit peu métier passion, des fois, est souvent dit. Bon, toi, si tu n'es pas payé très élevé, de façon très rentable, ce n'est pas grave parce que tu as ta passion derrière. Et c'est vrai que dans le vitrail, l'artisanat d'art, c'est assez complexe parce qu'on a... On a des temps longs, des matières chères et ça a une image de luxe. Mais le marché n'est pas positionné là-dessus. Donc voilà, il faut réussir aussi à éduquer un petit peu le grand public pour leur expliquer toutes les étapes qu'il y a. Parce que c'est des étapes assez longues. Et après, c'est l'attention, surtout quand on met dans ses pièces, c'est l'attention qui arrive en plus et qui fait qu'un vitrail va être plutôt artistique. que par exemple dans des églises on voit beaucoup des fois il y a beaucoup de vitraux qui sont que losangés ou c'est que des motifs losanges et ça c'est quelque chose j'en ai fait de façon artisanale c'est intéressant techniquement mais moi ce que je recherche c'est vraiment la créativité et là du coup il y a une plus-value on apporte de l'attention en plus pour créer une oeuvre
- Speaker #0
Et du coup t'arrives à en vivre mais t'es forcément passé par des chantiers pour te nourrir en fait j'image Oui.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que dans cette activité, il faut être passionné pour continuer et garder le cap. Mais oui, il y a des gros ascenseurs émotionnels, comme par exemple, j'ai pu exposer mes vitraux à l'Assemblée nationale. Et la veille, pour payer mes déplacements et financer cette exposition, j'étais en train de faire un graphe PSG dans une cave dans le perche, dans le fin fond du perche. Donc, on vit des ascenseurs émotionnels. Après, il faut garder le cap. Et puis, à un moment donné, il faut remplir le frigo. Et l'idée, c'est de se dégager du temps pour créer des œuvres plus personnelles.
- Speaker #0
Ok, ça marche. Tu fais un... Je vais considérer que c'est qu'un seul métier. Autant le verre que le graphe, c'est ton métier.
- Speaker #1
Plutôt le côté artistique.
- Speaker #0
Je ne vais pas distinguer les deux. Dans tous les cas, c'est un métier ultravisuel.
- Speaker #1
Oui, alors ça, c'est un sens qui m'apporte beaucoup la vue.
- Speaker #0
Mais je vais dire, ultravisuel, je vais le mener à un paradoxe, mais parfois invisible. Je m'entends. Quand tu vas faire des graphes, du verre et les poser à 8-9 mètres de hauteur, est-ce que tu crois que le public arrive à concevoir le travail qu'il y a derrière ? Par rapport au temps que tu passes.
- Speaker #1
Pour reprendre un petit peu, c'est vrai que des fois je mets beaucoup d'attention dans des pièces qui sont très très hautes.
- Speaker #0
En gros, tu embellis des lieux que personne, enfin que personne, c'est peut-être un peu rude, mais en tout cas que peu de gens vont regarder.
- Speaker #1
Alors, pour reprendre une phrase célèbre du bon labruté truand, pour moi, le monde se divise en deux catégories. Il y a des personnes qui rentrent, par exemple, dans des endroits patrimoniaux qui vont tout de suite voir un ensemble contemplatif, une atmosphère. Et il y a d'autres personnes comme moi qui, dès tout petits, vont aller chercher les détails et vont voir dans les coins et se dire, oh tiens, telle sculpture, mais pourquoi il a représenté ça ? Malgré la hauteur, malgré la distance ? Vraiment, c'est une question de temps. tempérament, acceptabilité de perception et de... Il y a des personnes, et ça, ça ne me dérange pas parce que, justement, j'aime bien que je porte une attention dans mes œuvres pour qu'au premier aspect, il y ait un aspect contemplatif d'ensemble, que ça soit cohérent dans les couleurs, dans la composition générale. Et après, j'aime apporter une deuxième lecture, voire une troisième, enfin plusieurs couches pour les gens curieux qui ont envie d'aller plus loin et s'immerger dans l'œuvre. et se raconter sa propre histoire.
- Speaker #0
Combien de temps ça peut te prendre de restaurer un vitrail, par exemple, ou de faire une fresque, une fresque, je la refais, une fresque graphique, on va dire. Combien de temps ça peut te prendre dans une œuvre ?
- Speaker #1
C'est très aléatoire. Ça dépend. La dernière fois, par exemple, je peux faire en graphe 200 m² en six jours. Et là, dernièrement, j'ai fait un vitrail pour PlayStation. Et là, j'ai passé deux à trois semaines sur un demi-mètre carré. Donc, tout dépend de l'attention qu'on y met, la technique, le rendu qu'on veut obtenir et selon le médium qu'on utilise.
- Speaker #0
Comment on arrive à être sollicité par PlayStation pour faire, on pourrait dire, du graph, mais non, pour faire du vert ? Comment ça t'est tombé dessus ?
- Speaker #1
Alors là, PlayStation, j'ai été contacté par une entreprise qui gère un événement pour PlayStation, pour mettre en valeur, enfin, pour l'ouverture du jeu Death Stranding 2. Donc j'ai eu le teaser. C'était très intéressant de me plonger dans l'univers de Hideo Kojima, qui est un univers très formillant aussi, donc très narratif et très esthétique, très cinématographique. Et là, j'ai été contacté, j'ai été vu sur Instagram. Donc, on m'a contacté.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Pour me dire, j'aime bien parce que tu as un univers qui, justement, correspond à la culture pop, traditionnelle.
- Speaker #0
Ok. Intéressant. Et du coup, ça donne quoi, là ? Enfin, il n'y a peut-être pas... Tu n'as peut-être pas le retour suffisant ? Ou le temps ?
- Speaker #1
Pour l'instant, c'est ce week-end. Il y avait un événement sur la péniche FluctuArt, le centre d'art contemporain à Paris. Il y avait 11 artistes qui proposaient une vision de leurs œuvres. Il y avait une expo avec...
- Speaker #0
Tu as confondu ? Pas que du grave, pas que du vert ?
- Speaker #1
Il y avait beaucoup de graphistes du numérique. Après, un chocolatier.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Ok. une illustratrice, enfin un sculpteur. Donc voilà, plusieurs arts confondus qui ont apporté leur vision. Et donc ensuite, Hideo Kojima est venu avec son équipe et Woodkid, qui a fait la BO, pour faire un live Twitch. C'est vraiment un événement promotionnel, on va dire, mais qui sort un peu des codes parce qu'on apporte aussi, on mélange l'artisanat et le monde du jeu vidéo qui est un univers très foisonnant.
- Speaker #0
On y reviendra plus tard sur l'artisanat et le numérique. Merci de me lancer une petite perche. On va revenir un peu aux origines de cette passion, de ce métier. de ce parcours. Tu ne t'es pas réveillé un jour à cette pige en te disant, tiens, je vais devenir artiste. Qu'est-ce qui t'a fait... Quel accident, si on peut dire ça comme ça, t'a fait devenir ce que tu es actuellement,
- Speaker #1
professionnellement parlant ? Le côté artisan d'art et artistique, c'est vraiment deux choses qui sont... où il y a une passerelle très très fine vraiment un pont très... pour moi ça va un petit peu ensemble mais du coup en tant qu'artiste je pense que c'est une histoire de sensibilité j'ai toujours dessiné depuis tout petit dès que j'ai pu avoir des crayons dans les mains j'ai dessiné est-ce
- Speaker #0
que c'est une histoire de rencontre avec une personne à un certain âge qui t'a donné la passion d'eux ou c'est ta curiosité qui a fait que Euh...
- Speaker #1
Alors, je pense qu'il y a la sensibilité, la passion. Il y a mon grand-père aussi, qui ne m'a pas inculqué forcément cette passion, mais qui a joué un grand rôle dans mon univers artistique, parce qu'il était historien local à Chartres. Il était passionné aussi d'histoire, mathématicien. Et donc, du coup, il... Alors mathématicien, le rapport est un petit peu différent. Mais en fait, le premier souvenir en tout cas qui allie le vitrail et le côté de la narration, c'est vraiment qu'il m'avait fait visiter la cathédrale de Chartres et qu'il connaissait très bien. Et il me montrait les vitraux, mais comme une grande BD monumentale. Et il me racontait les histoires qu'il y avait dans les vitraux. Pas de façon forcément religieuse, mais de façon un petit peu fait divers. Donc il y a un côté, quand on est historien passionné, on est forcément passionnant, donc on transmet sa passion. Et c'est vrai, je m'en suis rendu compte très très assez tard, plutôt à mes 30 ans, que pourquoi j'ai cette envie et ce besoin de toujours raconter une histoire dans mes œuvres et donner du sens. Et en fait, en faisant marche arrière, je me suis rendu compte que le premier... Le premier souvenir que j'avais, c'était celui-là. Parce que souvent, dans le vitrail, on entend « je suis rentré dans une église » et là, ça a été une révélation. Et ce n'est pas forcément ça. Donc, ça n'a pas été une révélation parce que je baignais déjà dans cet univers à Chartres où on a un patrimoine assez foisonnant qui concentrait quand même sur la cathédrale. Mais c'est vraiment ce côté narratif, je pense, qui a influencé ma patte artistique. Et ensuite, c'est la situation géographique qui a fait que je me suis dirigé plus... Sur le vitrail, parce que quand je suis sorti de mes études de vitrail, je me suis passionné aussi pour l'animation, l'animation en volume, stop motion. J'ai fait...
- Speaker #0
Tiens, je me permets de te couper et tu parles de ta formation. Tu peux nous en dire deux, trois mots de cette formation-là ? Par quel biais tu es passé ?
- Speaker #1
Alors, oui, quand j'étais en cursus normal collège, par exemple sur mes carnets de classe, tout le temps on me disait, Vincent dessine et discute. sauf en dessin où il y avait marqué que discute parce que la prof n'était pas passionnante là-dessus. Et du coup, en sortant, j'ai eu un petit problème avec l'éducation nationale. Je n'avais pas trop envie de faire un cursus derrière plus long sur le lycée parce que ça ne me convenait pas.
- Speaker #0
Ce n'était pas ton truc.
- Speaker #1
J'ai fait une formation qui venait d'ouvrir à Chartres, au Greta. Et là, c'était vraiment le tout début de la formation et il y avait des artistes de tout âge. qui sont venus et là j'ai rencontré aussi des personnes qui m'ont ouvert un monde artistique que je connaissais pas forcément avec vraiment des sensibilités différentes ça m'a un peu réconcilié donc après ça je suis retourné à paris faire une école du verre le lycée Lucaneu où j'ai fait CAP, BMA pour apprendre vraiment la technique du vitrail, BMA brevet des métiers d'art le CAP ça permet de plutôt se concentrer sur la coupe de verre monter un vitrail faire toutes les étapes classique d'un vitrail et le brevet des métiers d'art, on approfondit un peu plus la peinture sur verre. Donc moi, dans le vitrail, c'est vraiment ma spécificité, c'est aussi de faire beaucoup de peinture sur verre. Et tous les verriers n'en font pas parce que c'est encore un petit peu un métier dans le métier, on va dire.
- Speaker #0
Ok, donc il peut y avoir des personnes qui font que de la découpe et d'autres qui font...
- Speaker #1
Alors il y a certains ateliers qui sont un peu hiérarchisés où chacun a son propre... Chaque classe par fonction. Selon ce qu'il préfère et puis selon son taux de rentabilité ou son... selon aussi l'activité qu'il y a dans l'atelier. Il y a beaucoup de petits ateliers qui sont plus familiaux. Et là, du coup, tout le monde fait un petit peu de tout. Mais la peinture sur verre, ça reste quand même... Il faut avoir une fibre un petit peu artistique quand même pour le faire. Et il y a des techniciens, des vitraillistes qui ne sont pas forcément attirés par cette partie du métier.
- Speaker #0
Je vais me permettre de rebondir là-dessus parce que tu parles des petits ateliers. etc. Des gens pour qui on pourrait travailler ou pour qui travaillent les gens plutôt. Toi, tu bosses pour qui ? Pour toi, pour les autres, pour les morts des églises ou les vivants des cités, entre guillemets, si on met le grave dans cette catégorie-là, même si je n'aime pas trop les mettre dans des catégories. Toi, tu bosses pour qui,
- Speaker #1
généralement ? Ça change. J'ai vraiment plusieurs styles de clients.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc, après le cursus, pour finir le cursus, après ces études, j'ai travaillé 11 ans aux ateliers Loire, où je me suis perfectionné et je me suis mis à mon compte en 2016. Et aujourd'hui, je travaille pour des collectivités, des designers, des architectes, des particuliers. Je fais aussi de la prestation de service pour quelques ateliers en peinture sur verre et autres pour donner des coups de main, par exemple. J'ai aidé l'atelier de Bitus pour poser les doubles verrières de protection pour conserver le patrimoine. Donc là, c'est vraiment une action pour conserver le patrimoine qui protège les vitraux très anciens. Et donc voilà, il y a la Maison Lorrain auquel je suis associé aussi. Donc voilà, je donne un coup de main aussi des fois pour les chantiers, la peinture sur verre, pour les ateliers Loire aussi. Et voilà, donc il y a des ateliers, des designers, architectes. des collectivités, des particuliers.
- Speaker #0
D'accord. Au niveau du travail du verre, on l'associe souvent au travail pour le patrimoine, mais est-ce que tu as des particuliers qui te sollicitent pour travailler du verre pour chez eux ?
- Speaker #1
Alors, moi, je commence à en avoir un petit peu. Donc, je suis très content. Ensuite, c'est vrai qu'il y a eu une période où on s'imagine difficilement avec un vitrail chez soi. Mais je me suis rendu compte, c'est plus une histoire de géographie. Sur Paris, le vitrail revient beaucoup dans la décoration d'intérieur. Parce qu'il y a un patrimoine déjà présent qui est très sur le haussmanien, le vitrail haussmanien, l'art déco. Donc là, en ce moment, c'est vraiment sur beaucoup l'art déco, l'art nouveau. Et donc, l'art déco, il revient beaucoup à la mode. Mais par exemple, l'art nouveau, c'est plus dans l'est de la France, selon la région. Donc ici, en Beauce, à Chartres, en tout cas, du moins. la population a du mal à se projeter quand même avec un vitrail chez eux parce qu'ils ont une image assez religieuse étant donné que l'essentiel du patrimoine verrier est quand même dans les édifices religieux et concentré sur la cathédrale de Chartres aussi.
- Speaker #0
Est-ce qu'il n'y a pas une histoire, tu parles de parisiens, est-ce qu'il n'y a pas une histoire de coups aussi ? Parce que ce n'est pas un art...
- Speaker #1
Les deux freins que j'entends, c'est vraiment... ah mais ça coûte cher et le deuxième voilà pendant pas mal d'années j'entendais je suis pas croyant ou c'est joli mais pas chez moi mais on arrive pas à se projeter alors que c'est la grande mode aussi on a eu la mode des verrières de division pour séparer des pièces et donc on peut apporter du vitrail pour pour n'importe quel espace ce qu'il faut c'est là où le maître verrier intervient et prend en considération quel est l'intérêt est-ce que c'est troubler la vue créer une ambiance plutôt cocooning ou laisser passer, rentrer beaucoup de lumière. Donc voilà, par exemple, le vitrail, quand il est sorti des églises pour arriver dans le civil, en fait, c'est arrivé dans les hôtels de ville et les maisons sénioriales. Et pour la vie du quotidien, c'est plus facile de laisser rentrer beaucoup de lumière. Donc il y a beaucoup des vitraux soit en rectangle ou losange. Et ensuite, on peut apporter des petites pièces. des petites scènes peintes qui vont apporter de la noblesse et un petit peu plus de détails. Et voilà, ça montrait aussi une certaine richesse. Plus il y avait de scènes peintes, plus ça montrait aussi la noblesse. Donc voilà, sur un vitrail, par exemple, de 5 mètres carrés en intérieur, on peut se concentrer, apporter beaucoup d'attention sur un mètre carré qui prend 5 mètres carrés et laisser une partie quand même très transparente, dégagée pour laisser passer de la luminosité. Après, c'est le travail du maître verrier et la sensibilité, le match qu'il peut y avoir entre le client et le maître verrier. C'est vraiment un choix aussi, je pense, coup de cœur et de sensibilité. qui permet de sélectionner. Comment ça a rien à voir ? C'est un petit peu un travail d'évangélisation dans l'autre sens.
- Speaker #0
Il y a tout à... Pardon, vas-y, continue.
- Speaker #1
Il y a eu le travail d'évangélisation pour dire qu'il faut aller représenter la Bible, expliquer aux gens, les instruire dans les textes sacrés en mettant des vitraux dans les églises. Là, c'est un peu le contraire d'un travail de désévangélisation pour dire qu'on n'est pas obligé de mettre du sacré. Vous pouvez en mettre chez vous pour embellir votre intérieur, apporter une singularité, vraiment une patte personnelle. Et voilà, c'est un petit peu un travail inverse.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que, parce que ça fait quand même quelques années que tu fais ça, maintenant, est-ce que tu peux nous raconter une anecdote ou deux, sans citer de nom ? qui t'ont fait rire ou qui t'ont interpellé, qui ont marqué ta carrière, on va dire, qui ont marqué ton taf, qui ont marqué tes chantiers ?
- Speaker #1
Une anecdote ? Que ce soit dans le graphe ou dans le... Justement sur le côté communication, justement sur ce côté case où je me sens à un moment donné, j'ai artisan d'art, décorateur et artiste. Sur mes premières cartes de visite, j'avais mis Vincent Pascal, plasticien. Et maître verrier. Et j'ai entendu plusieurs fois, plusieurs personnes me dire « Ah, vous faites des verres en plastique ? »
- Speaker #0
Ouais, ok.
- Speaker #1
Donc là, du coup,
- Speaker #0
je me suis dit,
- Speaker #1
il y a un gros... Il y a un gros marché, non ? Non, pas un gros marché. Il y a plutôt un gros effort de communication à faire pour essayer de transmettre mon travail et de communiquer de façon à ce que ça soit plus clair. Plutôt, essayer de clarifier mon offre. qui est un petit peu un petit peu enfin singulière qui qui rentre pas dans les cases donc voilà mais bon après plasticien c'est tout ce qui se rapproche à l'esthétique à plastique le côté plastique voilà qu'on peut toucher et voir en même temps mais c'est pas ton coeur de métier donc ça t'as posé un peu le pour moi ça me parle mais plasticien c'est comme un chirurgien plastique voilà c'est la plastique c'est l'esthétique alors que c'est pas forcément le PET quoi
- Speaker #0
Ok, ça me permet de rebondir là-dessus, parce que c'était une histoire de communication en fait cette anecdote. Pas de mauvaise communication, mais en tout cas de communication biaisée. Et du coup, à l'époque où on est, on ne peut pas se passer du numérique. Tu es un artisan du geste, de la main, mais tu as un Insta, tu as un LinkedIn, tu es sur les réseaux. Tu fais du beau dans l'ombre, mais tu dois créer du contenu. Comment tu te débrouilles avec ça ? Comment tu arrives à gérer ce grand écart, si on peut dire, entre le vert, le sacré et le fait de devoir communiquer de façon numérique ? Comment tu arrives à…
- Speaker #1
C'est un travail un petit peu de longue haleine qui se fait avec… Les premières choses qu'on entend quand on est artisan d'art ou artiste, il y a savoir-faire et faire savoir. Donc c'est un travail qui est assez long, fastidieux. Quand on est artiste, on est plutôt dans la création, on n'est pas dans le calcul tout de suite. Donc là, c'est vrai que ça demande un effort pour essayer de se dire comment je vais diffuser l'information. Et là, j'ai essayé de travailler dessus ces derniers temps pour essayer de clarifier déjà mon offre. qui n'est pas commune parce qu'elle sort des cases. Et justement, en travaillant pour des architectes du patrimoine des collectivités, ce n'est pas les mêmes clientèles, ce n'est pas les mêmes codes de communication, ce n'est pas les mêmes réseaux. Et donc, voilà, là, j'ai clarifié un petit peu mon offre. Et sur le numérique, aujourd'hui, je m'aide un petit peu quand même de l'IA. Parce que quand on est tout seul, c'est quand même un outil intéressant. Ce qu'il faut, c'est comme tout outil, même que ce soit pour les créateurs ou les autres.
- Speaker #0
On va prendre la maîtrisée.
- Speaker #1
Il faut apprendre à le maîtriser déjà, ce qui prend du temps. Mais il faut aussi que l'outil reste au service du créateur. et qu'ils n'en deviennent pas dépendants. T'entends quoi par là,
- Speaker #0
du coup ?
- Speaker #1
Alors ça, c'est vraiment... Ça, ça fait longtemps que j'ai cette philosophie. C'est aussi dans la création, par exemple, sur des maquettes. Je travaille aussi à l'iPad parce que je pense que je peux aller plus loin dans mes compositions. Il y a des choses intéressantes sur chaque outil, mais quand on s'enferme par l'outil, on perd en créativité, on perd en... On se laisse...
- Speaker #0
Tu perds en imaginaire. Porté, en imaginaire. Et tu te laisses porter par les...
- Speaker #1
Donc voilà, au bout d'un moment, si on se dit, voilà, je dessine à l'iPad, mais je ne suis plus capable de le faire au papier. Il y a des moments où je suis obligé de revenir sur papier pour retourner aux bases, avoir une dimension d'échelle qui me convienne mieux pour mes maquettes. Et par exemple, les premières maquettes que je faisais à l'iPad, quand elles sont trop dessinées à l'iPad, le client se dit, ça va être ça. Il y a un côté très... plat alors qu'avant je faisais au crayon, à l'aquarelle c'était un petit peu jeté, il avait des mal à se projeter sur le rendu final alors que maintenant le rendu final c'est pas qu'il arrive pas à se projeter c'est que sa projection est figée il se dit ça va être ça alors qu'il y a quand même la patte de l'interprète derrière des adaptations à voir et forcément Donc voilà, c'est toujours... Donc maintenant, je fais mes maquettes sur iPad, mais avec des crayons, avec des jetés aquarelles, pour que ça laisse quand même un côté vibrant et qu'on arrive, ça ouvre une porte ouverte. Donc après, que ça soit pour l'IA, pour la gestion de contenu ou autre, c'est toujours la même chose. Il faut que ça reste un outil à ton service et que ça ne soit pas toi le pantant de cet outil.
- Speaker #0
Est-ce que tu te sens dépendant des réseaux, justement ? Est-ce que ton métier, ta rentabilité, est-ce que pour toi, elle est en parallèle de ce que tu vas produire sur les réseaux ? Ou pas que ?
- Speaker #1
Je me suis beaucoup posé de questions à un certain moment. Mais par exemple, le projet avec PlayStation, on m'a contacté par rapport à Insta. Donc là, je me dis, ça va prendre. Mais c'est vrai que... Il y a plein de posts que j'ai fait sur Insta pour présenter mes œuvres, mais on n'a pas forcément les codes au début. Et par exemple, je sais ce qui marche, c'est le côté aussi storytelling, se mettre en avant, faire salut les loulous, regardez, aujourd'hui, je vais faire du vitrail. Et voilà, il faut se sentir à l'aise avec ça. Moi, je ne suis pas trop à l'aise avec ça. Donc voilà, il faut que je réfléchisse à d'autres façons pour que les posts soient plus virales. Après, il y a le rythme.
- Speaker #0
Mais dans ce que tu dis là, est-ce que ça fait pas mal à l'artiste, justement, ça ? Parce que ça uniformise un peu le... Si tout le monde doit dire salut les loulous, il n'y aura pas de... Il n'y aura plus personne qui dira salut les gars, salut les gens, salut les filles.
- Speaker #1
C'est là que c'est compliqué de continuer à garder son univers, sa bulle qui est assez intime parce qu'en fait, être artiste, c'est aussi retransmettre sa vision du monde. Après, chacun l'interprète à sa façon. Mais d'être normé, d'arriver à faire du contenu.
- Speaker #0
Tu n'as pas l'impression qu'on va, justement, dans ce que tu dis, qu'on va vers une vision du monde et pas chacun la sienne et puis t'interprète comme tu le sens ?
- Speaker #1
Après, c'est compliqué parce que je pense que dans ces créations, on peut réussir à être quand même authentique. Mais c'est sûr que pour, si on veut favoriser l'algorithme, qui pour moi, je pense que je n'ai pas encore réussi complètement à...
- Speaker #0
Avoir tous les codes.
- Speaker #1
Mais bon, voilà. Mais il faut réussir euh... à se dire, bon, on peut faire d'une autre façon, mais il y a des façons efficaces qui, à un moment donné, on ne peut pas lutter contre l'algorithme et contre le reste du monde. Donc soit on s'adapte, soit on reste dans son coin isolé. Oui,
- Speaker #0
c'est ça. Ce que tu veux dire, c'est que ça ne sert à rien d'aller contre. De toute façon, c'est un combat perdu. Il faut s'adapter à ça.
- Speaker #1
C'est sûr que l'adaptation, c'est le... de l'humanité, on ne s'adapte pas, on reste sur la touche et on dépérille. Mais il y a ce côté-là. Après, c'est vrai que dans le côté artistique, il y a des phrases qui sont ancrées, qu'on entend, que moi j'ai entendues depuis que je suis jeune. Par exemple, vous ne savez pas vous vendre. Alors que vendre, non, on ne sait pas parce que ce n'est pas notre moteur. On n'a pas envie forcément de le faire. Par contre, ça s'apprend. Et ça, je m'en suis rendu compte il y a deux ans. Alors que voilà ça fait un bout de temps Et en fait à force d'entendre pendant 20-30 ans Tu sais pas te vendre Tu dis ah oui mais vous les artistes vous savez pas te vendre Tu dis bah c'est pas à ma portée je peux pas le faire Alors qu'en fait c'est des codes Que tout le monde utilise C'est tous les mêmes Ça s'apprend Après
- Speaker #0
Ce n'est pas la partie la plus cool, la plus forte, mais j'ai fait tomber un petit peu.
- Speaker #1
Mais c'est une partie qui fait partie de... Oui,
- Speaker #0
mais il faut faire tomber ce plafond de verre. Pour les artistes, je pense que c'est quand même un plafond. Joli,
- Speaker #1
le plafond de verre pour un maître verrier. Bravo.
- Speaker #0
Bah ouais, c'était pas calculé.
- Speaker #1
Très bien. J'aime beaucoup. Ok, ça marche. J'ai entendu dire qu'un jour, tu as fait un... un chantier de graphe sur un pignon d'une mairie et que la mairie t'a demandé à retoucher ce graphe-là. Une certaine Marianne, quelque chose comme ça.
- Speaker #0
Tu veux parler de liberté d'expression ?
- Speaker #1
Ouais, je ne sais pas. Qu'est-ce que ça te procure quand il y a quelque chose de défini avec un client ? Et que finalement, il revient, une fois l'œuvre faite, il revient dessus. Est-ce que tu te dis, je m'adapte au client ? Est-ce que tu te dis, il fait chier ? Enfin, qu'est-ce que tu...
- Speaker #0
C'est là où c'est un petit peu compliqué. Quand on a une commande pour notre univers artistique, où on nous fait confiance, ça se défend. Quand on fait des commandes... qui sont assez normés avec un thème particulier. On essaie d'apporter notre touche, mais ça reste une commande. Et du coup, ça peut être assez frustrant de devoir revenir en arrière et de se conformer à des a priori, les premières choses, surtout un peu moins dans les grandes villes, mais en province, on se dit... Un mur, on graffe un mur, ça va inciter à vandaliser, à la délinquance, alors que c'est des idées préconçues. Si des murs moches n'ont pas été tagués avant, pourquoi on va aller taguer un mur qui est plutôt sympa et joli ? Mais après, ces soucis-là arrivent surtout beaucoup avec des projets de collectivité où il y a beaucoup de monde décisionnaire. Chacun veut rapporter sa patte. Et ça se perd un petit peu en réunion. Et là, du coup, il y a toujours quelqu'un qui vient et qui dit « Est-ce qu'on pourrait pas rajouter un petit peu plus de végétation ? » Et là, tu dis « Faites-le pousser votre lierre ! »
- Speaker #1
C'est ça. Mais est-ce que c'est pas un peu le côté paradoxal de l'art, en fait, où ça plaira forcément jamais à tout le monde ?
- Speaker #0
C'est ça qu'il faut dire. Et que le but,
- Speaker #1
c'est pas que... forcément que ça plaise à tout le monde, mais c'est une collectivité,
- Speaker #0
donc ça doit plaire à l'ensemble des administrés. C'est ça, souvent, on peut plaire un petit peu à tout le monde, mais c'est un petit peu des... Généralement, c'est quand même bien perçu. Après, il y a une minorité audible qui parle, mais par exemple, sur la fresque, tu me parlais de Marianne. Ouais. Premier jour, à Tiron Gardé, on a fait une fresque avec un collègue, et du coup, là, on devait représenter différents marqueurs de...
- Speaker #1
Locaux, pardon.
- Speaker #0
Donc il y avait aussi la Marianne inspirée du buste de Brigitte Bardot parce que le tirage numéro 1 est là-bas et c'est un artiste aslan qui a fait ce buste. Et donc on a représenté cette Marianne et il y a un petit monsieur qui passait en vélo tous les matins, il nous voyait faire, il disait « Oh bah c'est moche, c'est moche, c'est moche ! » Le troisième, quatrième jour, il dit « Ah bah non, c'est beau en fait ! » Et voilà, le troisième jour, je reçois un appel pour me dire « Ah oui, on a des retours sur le décolleté de la Marianne. Est-ce qu'on ne pourrait pas mettre plutôt une écharpe pour un petit peu cacher sa poitrine ? » Parce que ça donne sur une école. Donc voilà, après j'ai eu des arguments qui se tenaient. J'ai dit « Bon, l'école maternelle, les enfants, ça fait un an qu'ils ont quitté le sein. Pour eux, ils n'ont pas notre vision tordue d'adultes. » J'ai dit après si vous voulez on peut cacher, on peut modifier mais c'est un petit peu revenir 40 ans en arrière. On peut retirer le vote des femmes aussi, le permis de conduire. Et puis on m'a dit oui vous avez raison en fait.
- Speaker #1
Donc on a laissé tel que.
- Speaker #0
Ça choque personne, en fait juste les enfants ils s'amusent à tirer au ballon sur les toutous.
- Speaker #1
Ok, écoute, ils ont trouvé un nouveau jeu, c'est parfait. Ok, merci Vincent. On arrive à la fin de cet entretien. J'ai pour habitude, à partir de deux fois, on peut dire que c'est une habitude, de conclure, de finir l'interview par une question. Si ta vie, ton parcours, était un titre de film, ça serait quoi ?
- Speaker #0
Un titre de film ?
- Speaker #1
Existant ou pas existant.
- Speaker #0
Ça peut être un titre de film ou une réplique.
- Speaker #1
Une réplique, ouais, vas-y, allez.
- Speaker #0
Allez, Jean-Claude Duss.
- Speaker #1
Parce que ?
- Speaker #0
Parce que déjà, il y a JC dans Jésus-Christ. Non mais, oublie que t'as aucune chance, vas-y, fonce.
- Speaker #1
Ah ok, d'accord. Cette phrase-là, ah ouais, ok, ça marche. C'est pas mal. Hommage à lui d'ailleurs. Ok, merci. Et puis, un dernier mot ? Juste un dernier mot. En un seul mot, un mot. Il me faut un mot.
- Speaker #0
Oh, un mot. Un mot, c'est dur à choisir qu'un mot. Moi, je suis souvent indécis.
- Speaker #1
Justement, il me faut un mot.
- Speaker #0
Fun.
- Speaker #1
OK. Et moi, ce sera tractopelle. Merci. Ciao. Merci,
- Speaker #0
Vincent.