- Speaker #0
Salut, je te laisse te présenter.
- Speaker #1
Je m'appelle Claire Brissard, je suis passionnée d'animaux depuis toute petite et je travaille là actuellement au refuge de la SPDA de Serra-Zéreux. Ça fait deux ans que j'ai le poste de responsable là-bas.
- Speaker #0
D'accord, on dit responsable, on ne dit pas directrice.
- Speaker #1
Non,
- Speaker #0
responsable. Ça marche. Donc tu es salariée ?
- Speaker #1
Oui, j'ai la chance de faire ma passion et je suis payée pour faire ma passion.
- Speaker #0
Super, ok. Donc, t'es prête pour l'interview ? Ouais. C'est parti. Donc, quand on dit responsable de l'SPA, les gens imaginent quoi de ton job ? De ton job et de ce qui est... Ouais, de ton job. On va commencer par ça.
- Speaker #1
Écoute, c'est une question qu'on ne m'a jamais posée.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui envient, alors que ce soit le poste de responsable comme de soigneur, qui envient notre poste, notre métier. Je le ressens dans le sens où il y a beaucoup de bénévoles qui viennent nous aider et qui viennent pendant leur temps de repos faire notre travail, entre guillemets, promener les chiens. Notre travail ne consiste pas juste à promener les chiens, mais en tout cas à venir prendre soin des animaux. Je pense qu'on nous en vit. Et en même temps, il y en a beaucoup qui disent qu'ils ne pourraient pas faire ce métier-là parce que c'est trop dur. Effectivement, c'est difficile. Il y a beaucoup d'émotions. Nous, c'est ça. C'est un ascenseur émotionnel, notre métier.
- Speaker #0
tu parles de la vie des gens ou de vous en tant que professionnel ?
- Speaker #1
en tant que professionnel je parle au nom, et ça je peux me le permettre au nom de mes collaborateurs, les soigneurs et moi en tant que responsable c'est ça parce qu'en fait on va avoir des moments des épisodes très jouissifs une très belle adoption Et puis cette belle adoption, elle peut se transformer en retour. Donc tu redescends et il y a de belles personnes, il y a de belles rencontres. Et puis, et puis,
- Speaker #0
et puis les vraies montagnes russes. Oui, ça marche. Est-ce qu'il y a un moment ou à quel moment tu t'es déjà dit ? Est-ce que tu t'es déjà dit, pardon, que les gens ne comprennent pas votre métier ? Je veux parler de la sauce en général.
- Speaker #1
Je pense que, moi, mon ressenti, c'est que les gens aiment beaucoup les animaux. On est dans une société où, moi, par exemple, quand je vais au resto, j'entends tout le temps, parce que j'ai une oreille qui, dès que j'entends animaux, hop, ça va à côté. On parle tout le temps d'animaux. L'animal domestique a sa place en France, mais on l'aime mal. Et on est presque égoïste. Ok.
- Speaker #0
T'entends quoi par on est presque égoïste ?
- Speaker #1
On pense à nos émotions, on pense à nous, le bien que ça peut nous apporter. Mais on ne pense pas aux besoins. Et le chien et le chat, par exemple, ils vont avoir des besoins particuliers. Et ça, on ne va pas forcément le respecter. J'explique, par exemple, je vais aussi beaucoup parler des chiens. J'adore aussi les Ausha. Mais les Ausha, ils vont être moins problématiques dans la gestion dure dans un refuge. Il y a d'autres problématiques, attention, mais ça va être différent. Donc, si je parle plus des chiens, ce n'est pas parce que j'aime plus les chiens, c'est que c'est plus difficile à gérer. Mais j'aime beaucoup les Ausha et on est très investis pour les Ausha. Les chiens envoient ce qu'on appelle des signaux d'apaisement. Même les chiens. Nous, l'humain, on ne les écoute pas. Et quand on ne les écoute pas, le chien va finir par grogner ou mordre. C'est marrant, mais c'est universel. Le chien, quand il va mordre, il n'a rien dit. Il a mordu sans explication. Il y avait plein de signaux avant, mais on ne les écoute pas. Mais que tu n'as pas détecté. Parce que derrière, ça ne nous mettait pas en situation délicate. L'humain va réagir dès l'instant où il va être mis en situation délicate par rapport à l'animal. Ça, c'est mon ressenti.
- Speaker #0
Ok, ça marche. On va parler un peu du quotidien à la SPA. Alors,
- Speaker #1
SPDA...
- Speaker #0
Pardon, vas-y, t'as raison.
- Speaker #1
Oui, parce que nous, on est un refuge. Donc, la SPA de Paris, c'est une très belle association, mais c'est une grosse maison. J'y ai travaillé pendant plus de 20 ans. Donc, vraiment une très belle association. Nous, on est un refuge indépendant. C'est quoi la différence ? C'est qu'on est tout seul. Moi, quand je travaillais à la SPA de Paris, on était un réseau. Donc, si on avait trop d'animaux à rentrer, je pouvais faire appel à une aide à côté des autres refuges. Là, si on a trop d'animaux qui rentrent, on doit se débrouiller tout seul. Donc, on se sent un petit peu isolé. Et puis, financièrement, on n'a pas du tout le même financement.
- Speaker #0
Vous êtes financés comment ?
- Speaker #1
Les dons.
- Speaker #0
Ok. Uniquement ça, du coup.
- Speaker #1
Donc après, il y a des petites conventions. Ce n'est pas les 50 euros du mairie qui va faire si gentil, je ne me plains pas, mais ce n'est pas ça qui va nous faire vivre. C'est uniquement don. On demande une participation au moment des adoptions pour les chiens et Ausha, mais ça couvre une partie de ce que l'animal nous coûte. Et puis, une participation financière, ça montre l'engagement. La gratuité n'a pas que du bon.
- Speaker #0
Je suis d'accord avec toi. Tu as bien fait de préciser le petit D de SPDA du coup. Quel est le moment le plus dur pour vous dans une semaine ? S'il y a une semaine type, après tu vas me dire qu'il n'y a pas de semaine type, je suppose.
- Speaker #1
C'est ça, les jours ne sont jamais les mêmes. Moi, clairement, quand il y a un jour sans, je me dis clair, c'est un jour sans, accepte-le, mais demain, c'est pas mieux. Demain, ça ne veut pas dire que ce sera pareil. Voilà. Après, ça peut être des retours. Les retours, c'est assez frustrant. Les décès, parce que ça peut arriver. C'est rare, je trouve du bois, mais ça arrive. notamment les Ausha. Plus on va, parce que là, c'est la pleine saison, on arrive à la reprise, les chattes, ça y est, elles vont pas. Clairement, s'il y a beaucoup, beaucoup de populations de Ausha, il va y avoir une épidémie et on ne peut pas y échapper vraiment. Par exemple, le typhus, on va s'occuper de chaque qui peuvent mourir. Donc ça, c'est très difficile. Mais en fait, j'ai appris depuis plus de 25 ans de métier qu'il faut rebondir. On peut. C'est hyper important. Moi, les gens qui disent « Ah ouais, mais tu t'es... Il faut s'endurcir. » J'ai horreur de ce mot-là. Parce que si je m'endurcis, je pars. Je n'ai rien à faire dans ce métier-là. Je pleure. Je m'en fous. Alors, j'évite devant mes collègues parce que après, je suis censée te le crier. C'est la responsable. Si le pilier, il pleure, je gère. C'est pas terrible. Mais nos animaux, on les aime. Ils ne nous appartiennent pas. Mais on les aime. Il faut être présent. On est là à juste un instant donné. Parfois, pour certains animaux, ça peut être en année. Ça se compte en année, malheureusement. Mais même si c'est deux jours, on accueille un animal, il ne reste que deux jours au refuge. Ces deux jours-là, on a été le référent. Et puis après, c'est hyper important de les laisser partir, évidemment. Il faut qu'ils restent le moins longtemps possible dans un refuge. Un refuge, ça abîme. Moi, je dis qu'ils sont en prison pour des actes qu'ils n'ont pas commis. Oui, c'est une belle image. C'est une fois qu'ils restent longtemps chez nous.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui te fatigue le plus dans ton job, les animaux ou les humains ?
- Speaker #1
Les humains, carrément. Les humains, parce que, par exemple, nous, à la SPDIAT, c'est rasureux. On veut, et je me suis formée aussi un mois, j'ai fait 20 ans de protection animale en tant que responsable en partie. Et puis, j'ai monté une société pour les chiens dits difficiles, pour comprendre. Et à partir de la société, j'ai duré deux ans. Elle continue, la société, mais sans moi et sans ma sœur. Et je veux accompagner les adoptants. Je ne veux pas, parce que maintenant, on est dans une société où mon chien a un problème, je l'abandonne. En fait, vous déplacez le problème, vous n'allez pas le régler. Et nous, on a une cinquantaine de chiens à gérer. Donc, un particulier qui a juste un chien à régler le problème, nous, on en a 50. On est six, c'est plus difficile. Et donc, je me dis, ce n'est pas aux adoptants. de travailler sur la problématique des abandonnants. Donc, je veux absolument accompagner les adoptants. Et en plus, les adoptants, il y a une formule chez nous au refuge, c'est une espèce en voie de disparition. Il faut vraiment qu'on en prenne soin. Parce que si on n'en prend pas soin, nous, si on ne place plus, clairement, on ne vit plus. Moi, je me suis rendue compte que mon moral, s'il y a des adoptions, le moral, il va. Si c'est creux, mon moral, il descend.
- Speaker #0
Ça doit être pareil pour les gens qui bossent avec toi, du coup.
- Speaker #1
Ah ouais. Oui, je pense. Après, il y en a qui sont plus sensibles que d'autres, qui vont avoir plus de colère que d'autres. Donc, on discute beaucoup parce que nous, on est confrontés, mais peut-être aussi toi dans ton ancien métier, à la fatigue compassionnelle. Et ça, on a mis, ça fait deux, trois ans qu'on en parle dans la protection animale. Et donc, la fatigue compassionnelle, c'est en fait de ne plus être en capacité de voir nos animaux derrière les barreaux. Ça peut tout de suite, même des vétérinaires qui travaillent avec nous, ils peuvent être enclins à ça. Les bénévoles, ils peuvent aussi être atteints de cette fatigue compassionnelle. Et moi, je connais une collègue qui travaillait à Chamarande. Clairement, elle a fait une espèce de burn-out. Elle ne pouvait plus voir, même si propre chien. Elle était épuisée émotionnellement. Et donc, en fait, nous, il faut qu'on travaille sur nos émotions, les exprimer quand ça ne va pas. On a le droit de dire. Et moi, je dis, par exemple, quand il y a des gens qui ramènent un chien, c'est souvent les chiens, les Ausha, franchement, on a très peu de retours. Mais quand il ramène un chien... Je leur dis qu'on est frustrés parce qu'on n'a pas pu travailler en équipe avec vous. Parce que quand ils viennent adopter, je leur dis qu'on fait une équipe. Donc, on travaille ensemble. Et je leur dis que vous allez transpirer. On ne peut pas enlever une histoire comme ça. Ça ne s'efface pas. Nos animaux ont du trauma. Et puis, non seulement ils arrivent avec leur trauma, mais ils ont le syndrome de l'abandon quand même. Ça fait partie. Donc, quand ils arrivent dans un foyer, ils ont peur d'être abandonnés de nouveau, clairement. Et moi, alors là, personne ne me fera dire le contraire. ça se travaille. Mais si les gens, ils ne nous tiennent pas au courant. Là, par exemple, je vais donner un exemple concret. On a Génoa, une petite chienne guyanaise qui a été adoptée. J'appelle. Ça se passe super bien. mais nous, c'est sans nous, on ne ramène pas. Ça se passe super bien. Oui, mais sachez que s'il y a besoin, nous sommes là. Et bien, Génoa, elle est arrivée, alors pas toute seule, c'est pas elle qui a pris la voiture, mais mercredi matin à 9h, personne n'était au courant de l'équipe. Elle aboie. Ça fait deux jours qu'elle aboie. Moi, c'est pas possible. Si elle aboie, les voisins, moi j'ai connu ça, c'est pas possible. Et qu'est-ce que... J'ai même pas pu discuter avec la dame parce que j'étais pas encore arrivée. Et en fait, qu'est-ce qu'on lui a expliqué à la chienne ? Qu'est-ce qu'on a travaillé pour lui apprendre ? Rien du tout. Et nos chiens, ils sont vraiment, vraiment loin d'être cons. Ils ont des capacités cognitives. Ils sont capables de comprendre si on prend le temps de leur expliquer. Et là, je ramène. Donc, Génoa, elle est arrivée. Je ne l'ai même pas reconnue physiquement tellement elle était en stress.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Ah oui. Et donc, ça, c'est l'effet yo-yo. Ben, Génoa, quand elle va repartir dans un nouveau foyer, elle va encore manifester plus de stress.
- Speaker #0
Tu crois que le retour dans le... Dans le refuge, en fait, c'est identifié pour elle comme...
- Speaker #1
Je suis la regardée, la queue entre les pattes, elle était comme ça, remise dans le même box, mais avec un autre chien différent. C'est stressant. Ah ouais ? Et en fait, c'est là où notre métier, tu vois. Moi, j'ai pris conscience en... Si on regarde les animaux, ils nous parlent vraiment. Et plus tu les regardes, plus tu te dis, waouh, là, t'es vraiment pas bien. Donc, tu dois prendre cette information-là, mais tu dois aussi prendre un petit peu de distance pour dire, OK, tu es vraiment dans un mauvais état, je vais t'aider, mais je ne vais pas sombrer avec toi parce que sinon, on ne va pas être capables tous les deux. Donc, il faut être conscient d'eux. Sans trop... Oui, c'est dur. Là, on a eu Sky 2, une espèce de malinoise, mais dans un état abandonné parce qu'a priori, il est soi-disant que le monsieur a été expulsé. J'entends, il n'y a pas de souci. Vraiment, j'essaye de ne pas être dans le jugement. J'aime l'humain. et je travaille tous les jours pour continuer à aimer l'humain parce que si je n'aime plus l'humain je ne pourrais plus travailler dans la protection mais on défend les animaux de l'humain donc je prends la défense aussi des animaux, ça je sais faire les deux et donc Skye quand elle a été abandonnée, elle claquait elle se bloquait la mâchoire tellement elle était en stress mais c'est impressionnant j'ai pas vu j'ai rarement vu de la détresse aussi poussée sur un chien je pense qu'elle m'a fait même pleurer Merci. Le lendemain, je rappelle le monsieur, je lui dis, écoutez, vous n'avez pas tout dit. Là, la chienne, ça ne va pas du tout. Et, ah ouais, mais non, je ne la sortais pas tout le temps, machin, machin. Donc là, l'inconnu a un stress énorme d'arriver dans un environnement comme celui-là. Et en plus, elle a un creux ici. Et ce n'est pas improbable qu'elle ait été frappée, cette chienne. Et là, on l'a placée, une dame charmante. Je me suis déplacée chez elle pour travailler sur une problématique. Et puis la dame, elle a dit, j'ai eu ma ceinture, mon mousqueton. Et là, la chienne, elle a montré les dents. Elle sait que ça va très bien, Sky. Et en fait, la dame, elle a eu peur. Et je dis, elle a un trauma. En fait, cette chienne, elle a un trauma. Donc, ça va se travailler. Et puis, je ne peux pas en vouloir à la dame. Elle a dit, là, ça me fait trop. Donc, OK. Mais voilà. Donc, c'est ce qui me confirme que cette chienne-là, elle a eu du lourd dans son passé. Et elle est revenue au refuge. Je comprends la dame. Mais quel désarroi, c'est douloureux, aussi bien pour nous que pour la chaîne.
- Speaker #0
Ça marche. Tu as un peu répondu, mais je vais te poser directement cette question-là. Est-ce que tu finis, ou l'ensemble du refuge, finit par devenir méfiant ? envers les gens en fait ?
- Speaker #1
Comme j'ai continué à humer l'humain, moi, le fait d'avoir monté une société avec mes amis sur les chiens dits difficiles, j'ai été éducateur canin, j'ai vu aussi qu'il y avait des gens qui s'investissaient beaucoup parce que dans les refuges, on voit les gens qui n'ont plus d'énergie, qui ne veulent plus rien essayer, de mauvaise foi aussi, mais en fait, il y a d'autres personnes qui existent mais on ne les rencontre pas forcément en tant qu'adoptants aussi. Donc ça m'a permis de voir que euh... On le fait en fait dans un homme. Il peut faire quelque chose de mal, mais ça ne veut pas dire que c'est une mauvaise personne. Donc, il faut que je continue à faire confiance. Et moi, je travaille comme ça. Je fais confiance. Par contre, il ne faut pas me décevoir. Et je prends facilement la défense des animaux. C'est étonnant. Quand j'ai commencé, j'avais 20 ans. J'étais extrêmement timide. Mais à un point... Et je suis devenue moi en commençant dans la protection animale. C'est lourd le terme. Et ma timidité, elle est partie. Parce qu'en fait, il y avait des plus fragiles que moi à défendre. Et donc,
- Speaker #0
c'est fini.
- Speaker #1
En fait, tout ce que je fais, j'ai été sur des plateaux télé, machin. Mais je n'aime pas du tout. Je dis à chaque fois, Claire, tu le refais plus, surtout du direct. Mais en fait, il n'y a rien de mieux si on veut défendre la protection du mal, c'est d'aller en parler. Et bien ça, toutes ces craintes, toutes ces peurs, je me mets de côté.
- Speaker #0
C'est terminé.
- Speaker #1
Oui, c'est fini pour eux.
- Speaker #0
C'est plutôt bien.
- Speaker #1
Dans mon contexte, je suis maman. Je suis une tigresse, mais à l'école, on ne me voyait pas trop. J'étais discrète pour l'école de mes enfants. Je peux être discrète, mais pour les animaux, je suis là.
- Speaker #0
Ok, ça marche. Merci. Pour toi, est-ce qu'aimer profondément les animaux change le regard sur l'humanité ? Enfin, sur l'être humain plutôt que l'humanité.
- Speaker #1
Moi, je me dis que l'humain ne donne pas beaucoup de respect parfois à la vie, aux vivants. On ne se donne pas beaucoup de moyens des fois. Par exemple, des chatons de quelques jours, c'est de la vie. Il faut se battre et parfois, il n'y a pas beaucoup d'énergie qui est mise. En fait, si on était tous un peu conscients que chaque personne individuellement peut faire quelque chose, on pourrait déplacer des montagnes. Et on est vite fatigués. Ah ouais, mais bon, il faut que je prenne ma voiture pour l'emmener à tel endroit. Ça déjà, ça pose problème. Non, prends la voiture, l'emmène là. Tu peux le faire. Et puis le centre va s'en occuper. Et en fait, c'est faire équipe, tout le monde. Mais quand tu vois que même les associations de protection animale ne sont pas capables de s'entendre. Comment tu veux qu'on déplace les montagnes si on n'est pas capables de s'entendre ?
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu entends par là, du coup ?
- Speaker #1
On n'est pas... C'est chacun sa tronche, quoi. Ouais, c'est chacun sa tronche. Moi, je ne suis pas du tout comme ça. Je veux travailler avec toutes les associations de protection animale. Après, si on a une éthique différente, on discute. Parfois, j'ai travaillé avec des associations, c'était vraiment pas possible. J'ai dit, OK, on n'a plus rien à se dire, parce que moi, je n'aime pas l'extrémisme. Pour moi, l'extrémisme dans la protection animale, ça tue. Ça n'apporte rien de positif.
- Speaker #0
Et dans d'autres domaines aussi,
- Speaker #1
d'ailleurs. Je pense que dans tout. Et du coup, il ne faut pas. Et puis, il faut être tolérant. La tolérance. Et puis pas dans le jugement. Des fois, je me dis à mes collègues, parce que des fois, ils sont un petit peu durs, mais parce qu'ils ont leurs propres émotions. Enfin, c'est dur. Il faut qu'on travaille avec nos émotions, puis avec les émotions d'en face. Mais des fois, on ne sait pas, les gens, ce qu'ils ont vécu. Et parfois, ils ne sont pas capables de donner plus. Il y a des gens qui ne sont pas capables de donner de l'amour. Bien sûr. Et donc, effectivement, vos murs tirés. Moi, je préfère les gens qui disent, non, mais moi, je n'ai pas de chien parce que je n'aime pas les chiens. Ça ne me pose aucun problème. Merci. Bravo. Moi, ce qui va me poser problème, c'est que je n'aime pas les chiens, mais j'en prends un quand même. Non, en fait, ne fais pas ça. Les gens qui n'aiment pas, aucun. Aucun souci, je peux discuter longtemps avec. Ça ne me posera aucun problème. Par contre, s'ils ne prennent pas, tout va très, très bien.
- Speaker #0
Oui, moi, j'adore les chiens, mais tellement je les aime, je préfère ne pas en avoir vu le rythme de vie que j'ai. En fait, je ne préfère pas. Je sais qu'ils seraient à la baraque tout le temps. C'est un investissement. Oui, tout à fait.
- Speaker #1
Et puis, c'est un être... vivant, sensible, qui a des besoins et qu'il attend que son maître soit à la hauteur. Tout à fait. Et en même temps, pour moi, c'est hyper un investissement énorme, mais en même temps, pour moi, j'ai grandi. C'est tellement un retour. C'est naturel. C'est très bête, mais moi, ça m'a permis, mes enfants, quand ils sont arrivés au monde, j'ai pas mis bas de chat ou quoi que ce soit, mais j'ai tellement eu d'animaux à m'occuper que ça a été d'une fluidité. Mes enfants, on pensait même à la maternité que j'en avais eu avant parce que mon premier fils, mon fils, ça a été très fluide. Et ils m'ont permis aussi, les animaux, d'être confrontés à la mort assez souvent, m'ont permis d'accompagner mon père en fin de vie. Dans la douleur, j'ai fait un tréb avec ma soeur parce que j'ai une soeur jumelle qui est aussi à fond dans la protection animale. On a pu accompagner notre père dans un... Un moment magique, parce que c'est les animaux qui m'ont donné cette force-là, qui m'ont appris. Une sorte d'apaisement. Qui m'ont appris. En fait, ce que tu peux... La mort, ok, c'est dramatique, mais l'accompagnement peut se faire bien. Et nous, on est confrontés à la mort dans notre métier. Tu peux faire quelque chose de bien. Ok. Et c'est hyper important. Le après, à la limite, on s'en fout, on pleure. Et en plus, l'animal, on dit qu'il n'a pas conscience, bien que je pense que c'est plus compliqué que ça. Mais en tout cas, ça peut se faire proprement et bien.
- Speaker #0
Ok. Je crois qu'on abandonne par cruauté, lâcheté ou par détresse.
- Speaker #1
Il y a tout, tout profil. Après, on a des gens qui sont malades et je ne peux pas. Il n'y a pas de souci. Moi, les gens qui me disent que je suis vraiment nulle, je l'abandonne, ça ne me pose pas de problème. Ce qui va me poser problème, c'est que ceux qui sont de mauvaise foi, souvent, c'est l'animal qui est responsable d'eux. Ça, j'ai du mal. Dire que j'ai vraiment merdé, j'ai pris un chien qui ne me correspond pas du tout, mais j'ai fait n'importe quoi.
- Speaker #0
C'est parce que les gens n'avaient pas estimé la charge.
- Speaker #1
Et puis, je leur dis, vous savez qu'on existe puisque vous nous appelez pour l'abandon. Appelez-nous aussi avant, avant d'acheter. Parce que moi, il y a des achats, il n'y a pas que l'adoption. Moi, les gens qui vont en élevage, alors je n'ai rien contre les éleveurs, les bons éleveurs, ça ne me pose aucun problème. Mais quand ils vont acheter, là, en refuge, on donne une seconde chance ou une troisième ou une quatrième à nos animaux. Ça n'a rien à voir. Je fais quand même une grande différence. Et les éleveurs, je n'ai rien contre. Les bons éleveurs, je n'ai rien contre. Mais il y a de tout dans les élevages, mais vraiment de tout. Parfois, c'est très misérable. Et quand on va acheter dans ces élevages-là, on cautionne. C'est hyper important.
- Speaker #0
Tu sens ça, ce n'était pas forcément dans les questions, mais comme tu l'abordes, le côté business qui prend le dessus chez certains éleveurs.
- Speaker #1
Oui. Mais là, nous, à Pierre, il n'y a pas très longtemps, un mec qui fait du trafic d'American Bullies, tant qu'à faire, un petit staff, un trafiquant. Allez, pognon, Je lui ai dit, hein, Georges, on vous aura. Et puis quand il m'a revu, il dit, vous avez tenu votre promesse. Je dis, bah ouais. C'est hallucinant. Et les races, là, de chiens qui souffrent énormément actuellement, c'est les assimilés staff et les malinois. C'est les chiens qui souffrent le plus. Il n'y en a jamais eu autant, alors que les assimilés staff, il ne devrait plus y en avoir depuis 1999, parce que c'est interdit. Mais comme c'est interdit, on va en faire produire, parce que c'est intéressant. Mais clairement, c'est du trafic. Il y a énormément de ce type de chiens en refuge.
- Speaker #0
Pour toi, est-ce qu'on peut aimer sincèrement un animal et l'abandonner quand même ?
- Speaker #1
Oui. Si, par exemple, on est malade. Oui, c'est ce qu'ils disaient. Si on sent que maintenant, il y a des gens qui me disent, on a tout fait. Vous avez fait appel à un édu... Non. Vous avez fait ça ? Non. Alors, vous avez tout fait, c'est une capacité. Mais vous n'avez pas tout fait. Voilà. Après, mais encore une fois, si les gens ne sont pas capables, mais il ne fallait pas prendre... Et les conséquences, moi, je leur dis. Il y a le déchirement émotionnel. Quand la dame est abandonnée, je veux que les gens emmènent l'animal en boxe. Je veux que derrière, ils comprennent la déchirure, la cassure. Parce qu'en fait, quand j'étais à Chamarande il y a très longtemps, j'ai emmené un berger, un type berger en boxe. J'ai pleuré. Et là, je me suis dit, mais ce n'est pas à moi de l'emmener. Ce n'est pas à moi de pleurer. C'est à la dame. Donc, je suis dans le respect, mais la dame, elle va. Les personnes, maintenant, vont jusque dans le boxe. en plus il voit il y a le stress, le chien il bave il tremble, parce que c'est hyper violent ce contact, tous les autres chiens autour qui aboient, quand les chiens ne sont pas habitués, c'est hyper violent pour que derrière, c'est pas pour dire, vas-y ça va te faire du bien c'est qu'il soit sensibilisé à l'action, on ne veut pas qu'il recommence parce qu'on a de tout, on a des gens qui disent, ah ouais mais là il est trop vieux ou il est trop grand, donc après ils vont s'en procurer un autre, ben non je veux que ça puisse les faire suffisamment réfléchir pour que derrière, ils ne recommencent pas. Et j'essaye, j'essaye. Parce que ça, c'est là où tu dois beaucoup travailler, de ne pas être agressive avec les abandons. Mais j'ai quand même bien grandi là-dessus. Parce qu'avant, je m'en portais un petit peu trop. Et après, je dis, elle est conne, la fille, elle est juste petite. J'étais conne. Et en fait, je lui mets clair quel message tu passes. À part dire qu'on est débile, qu'on est méchant, qu'on est comme ci. Quel message faire à la personne ? Elle va se... dire, ok, là, les codes, mais moi, je ne vais pas me poser de questions. Non, non. Posez-vous des questions. Est-ce que ce que vous faites, c'est vraiment bien ou pas ? Je les amène en disant, ben voilà, il y a des chérures émotionnelles. Nous, on sait quand et comment il va être rentré en refuge. Ce n'est pas quand et comment il va en sortir. S'il sort un jour. Nous, un type, par exemple, un type de staff, il peut rester 4 ans. Il y en a des chiens qui ont 4-5 ans de boxe. C'est énorme. 4-5 ans, déjà, pour l'humain. Mais pour le chien qui a une longévité d'une dizaine d'années.
- Speaker #0
C'est énorme. Il y a des races particulières qui sont abandonnées, particulièrement abandonnées. Il y a aussi les malinois.
- Speaker #1
Beaucoup, beaucoup. Pourquoi ? Parce que le malinois, ça fait des choses extraordinaires. Sauf que c'est avec des maîtres extraordinaires. Moi, je dis le malinois, c'est une Ferrari. Moi, perso, je ne conduis pas de Ferrari. En tout cas, mon mari ne me laisserait pas conduire une Ferrari. Donc, ne prenez pas ça. Les réseaux sociaux nous font du mal. Les réseaux, c'est le malinois, il peut faire ça. Ok. Les malinois qu'on voit qui ont une énergie comme ça, qui sautent et qui vont choper un... Un chien comme ça qu'on retrouve dans un refuge, il est mort, il est condamné. Pourquoi ? Parce que cette énergie qu'on a conditionnée, qu'on a mise, mais il est... potentiellement très dangereux pour nous par la suite. Comment on peut gérer cette énergie qu'un imbécile d'humain a donnée ? Alors, si ces imbéciles d'humains, ils les gardent à bout jusqu'à la fin de vie de l'animal, OK, débrouille-toi avec ça. Mais quand tu l'abandonnes, ton chien, il est condamné. Les assimilés staff, c'est pareil, ça en jette. Je suis quelqu'un. Avec un assimilé staff, je suis quelqu'un. Donc, assimilé staff, c'est pitbull. Je suis quelqu'un. Mais ce quelqu'un, tu ne restes pas longtemps quelqu'un parce que tu l'abandonnes très, très vite. Et le staff, ce sont des chiens, les assimilés staff, c'est des chiens extraordinaires. Mais ils ont eu leur souci de gestion des émotions, par exemple. Il y a des choses à travailler. Mais ça reste des chiens extraordinaires. Mais là, on a Sky 1 Refuge. C'est un chien qui est typé staff, qui a été étranglé. Au point où il y a un monsieur qui nous l'a déposé. Je ne sais pas qui vraiment il était pour ce chien-là. Mais il m'a dit, de toute façon, il était étranglé pour faire du chantage avec la petite fille. Donc, il y avait du chantage émotionnel. Et il a mis un mois, il a fallu pendant un mois qu'on mixe sa nourriture parce qu'il revomissait systématiquement les compotes. Donc, on a vu qu'en mixant, il pouvait réassimiler. Et un mois comme ça, avant de pouvoir avoir une alimentation. Donc, il y avait vraiment la zone là.
- Speaker #0
Ok, merci. Quel est pour toi le plus grand paradoxe de la protection animale ? Si tu en as un en tête comme ça.
- Speaker #1
Paradoxe ? On met au monde des animaux qui ne sont pas désirés. C'est ça ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Moi, je suis pour l'extinction des chiens ou des Ausha pour qu'après, on en fasse attention. Parce que ça pullule de partout. Ceux qui nous font le plus de mal, sans compter les éleveurs qui font de l'élevage en batterie face aux reproducteurs, c'est les particuliers. Tous les particuliers qui font reproduire, ce qui est normalement... On a le droit à une portée, mais il faut que ce soit déclaré. il faut que ce soit bien sérieux mais c'est ces gens là qui nous font du mal quand on regarde la gueule de nos chiens c'est décroisé donc si déjà les particuliers arrêtaient de faire reproduire leurs chiens et leurs Ausha ça serait déjà un grand progrès je suis persuadée est-ce
- Speaker #0
que parfois sauver un animal c'est aussi accepter qu'on ne peut pas sauver tous les animaux par exemple le nombre d'abandons les abandons ce serait tous les jours on n'a pas
- Speaker #1
autant de place. Et donc, moi, il y a des fois, je dis aux gens, mais je connais pas votre chien que je l'aime déjà au téléphone. Tellement les gens sont de mauvaise foi avec... Mais on peut pas le prendre. Donc, on met sur liste d'attente, mais notre liste d'attente, elle s'agrandit. Alors, super si on fait des adoptions tous les jours. On peut prendre tous les jours. Mais comme, malheureusement, on fait pas d'adoption tous les jours, on peut pas absorber tous les jours. Et puis, nous, on sert aussi, on sort pas mal d'animaux de fourrière, parce que derrière, si les animaux, ils sont pas sortis de fourrière, qu'est-ce que... qu'est-ce qu'ils vont devenir ? Et on condamne beaucoup les fourrières. Mais moi, je voudrais dire que les fourrières, ils sont de plus en plus protecteurs. Après, c'est comme tout, il y a des belles et des belles personnes. Mais les fourrières, des fois, ils attendent des semaines, voire des mois pour qu'on ait de la place et pour nous proposer l'animal. Et alors que ce n'est pas leur fonction. Donc, c'est pour ça qu'il faut qu'on arrête. Et puis, les méchants. Est-ce que c'est vraiment les fourrières ? Il y a un moment, les gens, vous allez l'euthanasier. J'ai tendance à excuser moi. Et nous, on a fait le choix de protéger. Donc, ce n'est pas nous les méchants. Donc, à un moment, on n'inverse pas les...
- Speaker #0
Tout à fait. Et du coup, on va parler un peu plus de toi. Pourquoi ce métier ?
- Speaker #1
C'est un rêve de petite fille. Ah ouais ? Un rêve. Un rêve de petite fille. Non, mais c'était obsessionnel. Et moi, disons que j'ai une soeur jumelle, donc c'était fois deux.
- Speaker #0
Ok,
- Speaker #1
ça marche. Et on avait mes parents, ils sont extraordinaires. Ils nous avaient autorisés à avoir plein d'animaux dans notre chambre en liberté. Moi, j'aime la liberté des animaux. Et je me rappelle, j'ai vraiment à chaque fois dans ma tête, c'est à 16 ans, j'allais au lycée en vélo et je pleurais parce qu'on ne va pas réussir à sauver des animaux, à faire un métier, je voulais être véto. Les études, voilà, c'est pas... Puis finalement, avec le recul, je pense que j'en ai sauvé beaucoup plus via ce métier-là qu'en tant que vétérinaire.
- Speaker #0
C'était peut-être un peu ça, tu me diras. Mais quel a été l'élément déclencheur ?
- Speaker #1
C'est en moi. Et donc, comme des fois, je pense que mon métier, j'ai dû dire 600, 700 fois, c'est trop dur, j'arrête. Et pour arrêter...
- Speaker #0
C'était ma question d'après, justement.
- Speaker #1
Donc, c'est pour arrêter cette phrase, c'est dans mon ADN. Je pense sincèrement que c'est... Et maintenant, je le dis. Comme ça, je ne peux pas me mentir à moi-même. Je peux essayer de partir loin de la protection animale, mais je ne peux pas. Comme c'est dans mon ADN, je ne serai pas bien. Donc, je reste.
- Speaker #0
Ok, ça marche. Est-ce qu'il y a... Un animal qui l'a déjà bouleversé, véritablement.
- Speaker #1
Mais plein, mais plein. Ouais ? Plein. Là, dernièrement, Sky, celle-là malinoise, elle, elle m'a bouleversée, mais c'est mes pleins. Et c'est tous ces animaux-là qui m'ont fait grandir et qui m'ont permis d'accompagner mon père. Donc oui, je les retiens. Parce qu'après, peut-être que tu en parleras après, parce qu'il y a l'euthanasie.
- Speaker #0
Est-ce que tu avais prévu d'en parler ? Pas du tout. Mais tu peux l'avoir dit. Ça fait partie de notre métier. Et derrière, c'est hyper douloureux de devoir accompagner en fin de vie un animal. Il y a une petite Spitz, par exemple, ce qui était douloureux. Elle s'était faite attraper. Alors, c'est pareil. Moi, un animal, je l'aime parce que c'est un animal. Beaucoup de gens, c'est « Ah, c'est mon bébé ! » Non, non. Et puis, ton bébé, si, je pense que tu es bien passé. On peut abandonner son enfant, mais aimez-les pour ce qu'ils sont, pas pour ce qu'ils ne sont pas. Et donc, moi, je les aime vraiment pour des animaux. Et donc, on a une petite Spitz qui s'est faite attraper par un chien. Il y a eu des complications suite à la morsure. Et la chienne, elle est restée, elle a fait un choc. Et je les regarde et je dis ça va aller, ça va aller. Et dans ses yeux, en fait, elle s'est éteinte et elle avait mon regard. Ça, c'est dur. Mais derrière, ça fait partie. Puis après, bon là, je crois que j'ai chialé ce jour-là. J'ai dit, ben merde, les collègues. Mais il faut rebondir après. Parce que, OK, celle-là, on n'a pas pu, mais on peut en sauver d'autres. C'est cette énergie, en fait, qu'il faut remettre chaque fois.
- Speaker #1
À chaque fois. Si tu étais obligé, pour chaque futur propriétaire, au fait qu'ils entendent une seule phrase. Ce serait laquelle, du coup ? Pour ceux, les futurs adoptants.
- Speaker #0
Une seule phrase ?
- Speaker #1
Oui, tu leur dirais.
- Speaker #0
Dans l'engagement, vous allez transpirer. Que adopter ? Parce que les gens, ils idéalisent l'adoption. C'est magnifique. En fait, il faudrait que le chat ou le chien leur sautent dans les bras. Super, t'es venu. Ben non. C'est une rencontre et l'animal, il ne sait pas quelle sauce il va être mangé. Je ne sais pas comment ils font, nos chiens et Ausha, mais ils aiment encore l'humain. Ils essayent de faire encore confiance. Mais il faut y aller progressivement. Et il y a des gens, c'est parce qu'ils viennent les chercher, ça va être fluide. Mais non, mais je t'aime, donc tu vas m'aimer. Là, les gens, ils disent, de toute façon, je les aime. Je l'aime. Attendez, l'amour, c'est important, mais ce n'est pas suffisant. Parce que nous, les animaux, on les aime énormément pour faire ce métier-là. Et on n'y arrive pas.
- Speaker #1
C'est pas en venant avec ton amour le matin que...
- Speaker #0
Il faut une dévotion, il faut transpirer. Là, Sky, le chien qui a été étranglé, il a des troubles du comportement. Il me fait vachement transpirer. Mais je vais l'aider dans son trauma. Il n'y a aucun souci, on va l'accompagner. Et puis pas que moi, il y a les collègues.
- Speaker #1
Ouais, ok, ça marche. Quel est l'adoptant le plus improbable que tu as rencontré dans ta carrière ? Est-ce qu'il y a quelque chose qui te remonte à la surface ? qui remontent à la surface.
- Speaker #0
Après, des fois, il y a des gens qui vont... On le veut, Nous, on ne fait pas de réservation. J'explique notre activité. En fait, un chien de sortie, c'est un chien de sauvé. C'est deux chiens de sauvé. Celui qui sort et celui qui peut re-rentrer. Donc, on ne fait pas les réservations. Les gens ne viennent pas. On bloque. Je trouve ça débile. Et donc, les gens, on la veut, Donc, je ne fais pas de réservation, mais on arrive à trouver un arrangement parce que je suis beaucoup, beaucoup dans le dialogue et dans la discussion. Et quand je dis que je merde, je merde. Il n'y a aucun souci avec ça, moi. Et donc là, on a trouvé un arrangement. Ils ont fait tout un truc pour nous la ramener au bout de 15 jours. Et donc, ils ont idéalisé. Donc, après, il y a des gens extraordinaires qui viennent adopter. Si j'ai une adoptante qui me suit, que je confie des chiens depuis, qui ne prend que des vieux. Elle est plus... Excusez-moi le terme. Je sais que quand il y a un vieux chien qui arrive, je dis Chantal, est-ce que tu peux me rendre ? Elle est méritante. Et j'ai compris qu'elle a fonctionné. En fait, si elle voit... Si on parle du chien, elle l'aime déjà. Et en fait, elle va tout faire pour l'accueillir. Il y a des gens extraordinaires. Mais vraiment.
- Speaker #1
L'histoire la plus absurde que tu as vécue au refuge ?
- Speaker #0
Voilà les mauvaises fois des gens. Mais par exemple, comme je suis très dans le dialogue et je veux, je suis OK pour laisser une seconde chance aux humains parce qu'on a le droit de faire des erreurs. Et il y a une fois, alors ce n'était pas assez raséreux, mais il y a une fois, j'ai dit OK, on prend un... Ils abandonnent un... Non, ils adoptent, ils ramènent le chien. Ouais. OK, ah même on veut le récupérer. Bon, OK, on essaie, OK. Et puis, troisième fois, je dis, ben là, on arrête. Ce qu'ils voulaient, j'ai dit stop. Donc, il y a des fois, les gens... Moi, je pense que vraiment... Les gens, il faut s'y comprennent, qu'ils vont transpirer. Que si, là, il y a des adoptants extraordinaires qui ont adopté Vaya, une chienne avec sa sensibilité qui a été abandonnée. Donc, parce qu'elle vivait dans une maison en famille, c'était la gamine, c'était sa chienne. Et puis, je prends mon indépendance. Donc, j'abandonne la chienne. C'est ça, prendre l'indépendance. Je ne pense pas que ce soit comme ça. Ce n'est pas obligé. Ça, tu vois, pour moi, c'est difficile. J'essaye de ne pas mettre du jugement, mais c'est compliqué. Super, c'est ça, être adulte, en fait, c'est abandonner. La chienne, on a mis le jour de l'abandon une demi-heure, trois quarts d'heure à la récupérer parce qu'elle voulait nous déglinguer tellement elle était très mal éduquée. Elle a vachement évolué chez nous, les adoptants extraordinaires. Et puis là, ils sont un peu en difficulté. On travaille ensemble. Elle m'envoie des vidéos. Donc, la coach. Ça marche. Donc, j'ai fait des domiciles déjà chez eux. Et elle dit, non, mais Claire, je ne veux pas abandonner. Et bien, je dis, on va y arriver alors. Tu vas transpirer. Et elle, le terme transpirer, quand je lui ai dit au moment de l'adoption, elle l'a complètement intégré. Parce qu'elle transpire. Mais elle a su dire, là, j'ai besoin d'aide. Et moi, si on me dit, j'adore aider les gens, mais des fois, il faut que je fasse gaffe. Et j'ai une formule gentille, mais pas con. je le fais parce que j'ai envie de le faire mais je ne me fais pas embarquer, je ne veux pas qu'on me manipule ou quoi que ce soit, et là quand elle m'a dit je veux y arriver, ben j'ai dit ok, moi je vais être avec toi je vais t'aider quoi, cette famille là elle est juste extraordinaire, peut-être qu'elle va la ramener, mais en tout cas elle aura bien bien transpiré ok,
- Speaker #1
et quel est le on arrive dans les dernières questions et quel est le cliché qui t'a le plus marqué ou en tout cas que tu repères que tu as pu repéré sur vos fonctions, sur le cliché le plus ridicule que tu as entendu sur ton job.
- Speaker #0
La SPA,
- Speaker #1
la SPDA.
- Speaker #0
Avant, c'était un métier qui n'était pas honorable. Déjà, vous êtes là pour ça. C'est votre métier, vous êtes là pour ça. Non, on n'est pas là pour gérer des cons non plus. On n'est pas là pour ramasser les... Alors, ça fait partie, ramasser les excréments. Il y a plein d'informations en ramassant les excréments. Donc, on peut voir si l'animal est parasité, comment il va. Notre métier au jour d'aujourd'hui, avant, c'était des contrats aidés. Il y a 20 ans, contrats aidés. Là, il a pris une ampleur et on est vachement plus respecté depuis qu'il y a un animal adopté. où la protection animale via le biais de la SPA est rentrée dans les foyers. Ils sont venus filmer les refus.
- Speaker #1
C'est un sorti des... Carrément.
- Speaker #0
Là, on respecte notre métier et on a même des gens qui sont envieux de notre boulot. Moi, j'avais... Oui, mais là, j'adore, mais c'est impossible à faire. Mais il n'y a pas de formation. C'est pour ça qu'on met en place une formation. C'est très facile parce que ce métier-là...
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous parler un peu de cette formation-là ? Parce que j'ai vu qu'au niveau de la SPDA, vous avez mis des formations en place.
- Speaker #0
Oui, parce qu'en fait, il n'y a pas. Donc, ça commence dans les écoles à 600 vétos. Ça y est, on commence à intégrer parce qu'il faut faire la grande différence entre soigneur animalier pour les parcs zoologiques, soigneur animalier pour les refuges.
- Speaker #1
Donc, c'est une formation de soigneur ?
- Speaker #0
Soigneur, mais... pour animaux domestiques. Ça n'a rien à voir avec... Parce que j'ai fait, moi, dans mon cursus, j'ai fait formation de soigneur pour les parcs zoologiques. Je savais que je n'allais pas partir dedans parce qu'avoir des bêtes enfermées tout le temps, c'était compliqué. Là, nos chiens et Ausha, ils sont enfermés, mais normalement, on doit... Ils sont sans sept... Et donc, c'est... Donc là, nous, on était... On rentrait comme ça dans la protection animale, mais sans bagage, vraiment. Et tu apprenais sur le tas. Mais c'est un métier qui est très, très riche, polyvalent. Il faut avoir les bases assistantes véto, comportementales maintenant. C'est obligé pour moi, il faut connaître le chien. Parce que les chiens sont vraiment abîmés. La société va mal, le chien va mal. Une fois, j'avais vu un reportage sur le burn-out parental. Un gamin de 6 ans qui disait... Je voyais le malinois qui disait... Donc c'est très lié. Donc, la société va mal. Donc, les chiens, ils vont mal. Et puis, on doute de tout. On se pose des questions. Et le chien, il déteste le doute, en fait. Donc, il veut que son référent, il ne doute pas. Même si on se plante, mais qu'on est sûr de nous. Mais le chien, il dit, OK, je suis. Et donc, il faut être comportementaliste, un éducateur. Il faut être courageux. Il faut avoir de la psychologie. Parce que l'humain, il faut quand même... Voilà. Donc, c'est tout ça. Donc, notre formation, moi, en tant que responsable, quand je recrutais, j'ai dit, ben, mince, on… Les gens, ils ne sont pas formés. Quand ils rentrent après dans les refuges, ils sont formés comme ça. On n'a jamais eu le temps. Tiens, tu fais ça, tu fais ci, en binôme. Et puis, en fonction de la personne avec qui tu tombes, soit elle t'apprend le métier, soit pas du tout. Et donc, on a mis ça en place. Parce que c'est un métier. En fait, moi, je voudrais faire des petits soldats de la protection animale. Plus on va être formé et sensible et comprendre le fonctionnement, plus on va être paré pour protéger mieux. Donc, on a mis en place. C'est sur trois semaines. formation de la théorie mais on utilise il y a de la c'est toi qui dispense la formation du coup ok ça marche 3 semaines et puis après il y a 2 semaines on propose 2 semaines en stage les personnes et c'est des sessions de combien du coup il y a combien de là on en a fait la première en janvier donc on l'a fait aussi pourquoi parce que le refuge de la SPDA de Sierra Zero il a une longévité tu vois une visibilité peut-être de 2 ans ok c'est pas beaucoup hyper stressant nous on s'en sortira mais nos animaux mais je J'ai des contacts, on ne les laissera pas tomber, ça c'est sûr. Mais quand même, non seulement notre métier est difficile, mais on ne sait pas si demain on est encore en vie. Donc il y a ça. Et puis, il faut de la rentrée et de l'argent. Donc on nous a dit, il faut vous réinventer.
- Speaker #1
Et ça fait partie de ça.
- Speaker #0
On s'est réinventé. Et en plus, avant je faisais, s'il vous plaît, de l'argent, de l'argent, s'il vous plaît, s'il vous plaît, on a besoin. Et ça fait peur. mais j'étais dans un état de stress énorme et j'aime pas faire ça, sauf pour les animaux je peux le faire, mais c'est hyper désagréable pour nous de quémander et en plus les gens, tu les fais fuir et puis là on est devenu le fait de faire des formations d'un seul coup pro, vous faites ça et bien le regard a changé et du coup je préfère qu'on ait ce regard là, oui on connait notre métier on sait ce qu'on fait on forme et j'aime bien la tournure que ça prend, ça me plaît Merci.
- Speaker #1
Ok, ça marche. Merci. Comme chaque invité, j'ai un gimmick un peu final. J'ai un gimmick final. Je pose la même question à tous les gens. Je ne sais pas si tu connais cette question-là. Si ta vie, ton job, entre guillemets, pas ta vie perso, je m'en fiche un peu, là, aujourd'hui, à l'heure actuelle, était un titre de film ? Que tu peux inventer, ça serait quoi ? Par rapport à ton job. Vous avez 4 heures.
- Speaker #0
Je ne vais pas lâcher,
- Speaker #1
mais ce n'est pas un très beau titre. Ce n'est pas grave, ce n'est pas que des beaux titres, mais ça fait des beaux films.
- Speaker #0
Il faut y croire. Moi, j'y crois, vraiment. Si ça existera toujours. Parce qu'il ne faut pas être naïf, ça existera tant qu'il y aura de l'humain. Mais il ne faut pas lâcher et puis il faut aller vers le mieux. Et puis je me suis dit, si je ne vais plus... Déjà, si on peut prendre soin des animaux qui arrivent, si déjà on peut prendre soin d'eux et puis leur retrouver un foyer, c'est déjà extraordinaire.
- Speaker #1
Oui, ça sera gagné. Enfin, une partie de la mission est gagnée en tout cas. Ok, merci beaucoup Claire. Et je termine toujours par une dernière phrase. Je demande aux invités... de terminer juste par un mot, un seul mot. Ce serait quoi pour toi ?
- Speaker #0
Espoir.
- Speaker #1
Et ce sera espoir aussi pour moi. Merci beaucoup. Merci Claire.