- Speaker #0
Le Fil de la mer, le podcast de la Fresque Océane qui part à la rencontre des scientifiques, des personnes engagées et du grand public pour sensibiliser sur les enjeux de l'Océan.
- Speaker #1
Il y a une fresque cet après-midi à 15h, si vous voulez passer.
- Speaker #2
Enchantée, Claire Félix, je représente la Fresque Océane. Si vous voulez vous joindre à nous cet après-midi dans le théâtre, on va avoir une conférence interactive sur les enjeux globaux, liées à l'océan et à sa préservation. Et ensuite, on va aller rentrer plus dans le détail de ce qui va être repêché ce matin pour caractériser les déchets avec le grand public sur les quais.
- Speaker #0
Dans le premier épisode, nous avons suivi l'équipe de plongeurs et plongeuses de l'association Odysseus 3.1 dans leur action de dépollution du Rhône.
- Speaker #1
C'est juste en haut des escaliers, vous allez trouver la salle. Sur votre droite.
- Speaker #0
Avant de découvrir leur butin, on retrouve Claire au Théâtre L'Île Ô, accompagnée de Manon, la directrice de l'association.
- Speaker #2
Pour vous dire quelques mots sur la Fresque Océane, l'enjeu pour nous, c'est vraiment de mieux permettre de comprendre l'océan, de se reconnecter à lui et de savoir agir vraiment efficacement pour le protéger. Et à chaque fois avec des données qui sont sourcées, scientifiques et vérifiées. Et donc, je voulais commencer cet événement avec un chiffre. Ce chiffre, c'est 80. 80% des déchets qu'on retrouve en mer, proviennent en fait des terres. C'est un chiffre qui est assez vertigineux et qui montre vraiment l'ampleur de la pollution qui affecte nos rivières, nos fleuves et qui, au final, termine dans nos océans.
- Speaker #1
Donc par exemple, en France, ce sont plus de 65 000 tonnes de déchets par an qui sont abandonnées dans la nature.
- Speaker #0
Manon, directrice d'Odysseus 3.1.
- Speaker #1
Nous, par exemple, chez Odysseus... En quelques années, on a sorti 80 tonnes de déchets du Rhône de la Saône et de tous les milieux dans lesquels on est passé. C'est pas beaucoup par rapport à ce gros chiffre, mais il faut savoir que c'est énorme. C'est-à-dire que tous ces déchets-là, c'est des déchets qui auraient pu ne pas être présents. C'est juste, en fait, une mauvaise éducation, un mauvais geste qui a été produit à un moment donné et qui a perturbé l'environnement. Notre planète est composée à 97% d'eau. Dans ces 97% d'eau, il n'y a que 3% qui est représenté par les eaux douces. Et dans ces 3%, il y a moins de 1% qui est représenté par l'eau potable. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de la proportion. Donc les 65 000 tonnes qui vont se retrouver dans les eaux vont forcément se retrouver dans les moins 1% d'eau potable qu'on va consommer nous, et qui vont du coup pouvoir impacter tout le cycle de l'eau. Ce qui est important de savoir, c'est que du coup, une pollution, en fait, elle va tout le temps circuler. Donc que vous ayez une pollution, par exemple, une trottinette abandonnée dans le fleuve Rhône, toutes les microparticules qui vont s'en détacher vont se retrouver à un moment donné dans tout le cycle de l'eau. Il faut savoir qu'on a travaillé avec Odysseus à la Furca, qui est le glacier et la source du Rhône, et on a déjà trouvé des microparticules de plastique dans le glacier. C'est-à-dire qu'il y a des microparticules qui ont été transportées, pas forcément par la main de l'Homme, mais juste par le cycle naturel de l'eau. Tous ces mauvais gestes qu'on peut avoir, ce sont des impacts qu'on impose à notre environnement. Il faut savoir les comprendre, les connaître. C'est aussi pour ça qu'on est là tous aujourd'hui. C'est essayer de remettre un peu la place de notre position par rapport aux écosystèmes, qu'ils soient fluviaux, rivières ou océaniques.
- Speaker #0
Sur les berges du Rhône, des bénévoles aident les plongeurs et plongeuses à sortir les déchets de l'eau. Ils font partie de l'équipe qu'on appelle Renfort Terrestre.
- Speaker #3
Ça peut être n'importe quoi, c'est de la fonte. Un tuyau d'évacuation des eaux usées.
- Speaker #0
Et là, ça fait quoi ? Ça fait 10-15 minutes qu'on a commencé ? Ouais, t'as vu ça.
- Speaker #3
Une tronçonneuse, une descente d'eau usée au pluvial. On a un store, immen store d'ailleurs. avec différents bouts de métal, des canettes, de la bière. Ça, c'est un panneau de signalisation. Voilà, c'est vrai qu'on trouve un peu n'importe quoi.
- Speaker #0
Là, c'est une batterie qui remonte.
- Speaker #4
Alors, typiquement, ça, c'est le genre de choses qui ont un peu une récurrence dans ce qu'on remonte.
- Speaker #0
Arnaud, bénévole.
- Speaker #4
Les pneus, les batteries. Pourquoi ? Parce que les balancer dans l'eau, c'est tellement simple. Parce que dans l'eau, on ne voit pas. On ne voit pas le déchet, en fait. Quand on le laisse par terre, oui, on voit le déchet, effectivement. Mais dans l'eau, c'est tellement simple de cacher les choses. Et les batteries, c'est ce qu'on retrouve le plus. Une batterie, il y a plein d'éléments toxiques qui fait que c'est une source de pollution majeure.
- Speaker #5
On a déjà sorti parasol, une chaise, une petite table. Donc, il ne nous reste plus qu'à prendre l'apéro maintenant. En tout cas, on est content parce que ça pêche bien.
- Speaker #0
C'est un peu la surprise à chaque fois. C'est un peu une chasse au trésor.
- Speaker #5
Oui, carrément.
- Speaker #0
Et tu t'appelles comment ?
- Speaker #5
Dalila.
- Speaker #0
Dalila, comment tu es venue dans l'asso Odysseus ?
- Speaker #5
Grâce à ma sœur, elle m'a embarquée avec André, mon mari. On a démarré depuis peu, ça fait deux mois qu'on est avec Odysseus.
- Speaker #0
Tu avais conscience de cette pollution qu'il y a ?
- Speaker #5
Vraiment, à ce point-là, non. C'est inquiétant même. Je plaisante, on a de la bonne pêche, mais ça ne fait pas rire quand on voit tout ce qui sort de l'eau. C'est dramatique.
- Speaker #0
C'est dur pour les citoyens aussi de se rendre compte des fois, de tout ce qu'il y a dans le Rhône.
- Speaker #5
Alors c'est vrai qu'il a fallu réellement, pour qu'on prenne conscience de l'importance et de la gravité des choses, qu'on fasse partie d'Odysseus. Et tous à notre niveau, on est conscient de ce qui se passe, mais pas d'une telle manière et d'une telle gravité finalement. Parce qu'on est en train de détruire tous nos milieux naturels. Donc si on fait rien... Qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #0
C'est un sac d'une jeune fille avec tous ses papiers d'identité. Ça vous est déjà arrivé ?
- Speaker #1
C'est la première fois que je viens, donc je sais pas.
- Speaker #5
On a eu des pistolets, on a eu des balles, on a eu pas mal de choses.
- Speaker #4
En fait, quand on sort un panneau, un truc un peu métallique, il faut savoir qu'il y a de la vie déjà dessus qui s'est posée. Et c'est la raison pour laquelle on est contre la pêche à l'aimant. Il faut savoir que ça ratisse tout le fond. Et en fait, c'est équivalent à un chalut. Et ce n'est pas parce qu'on est en milieu urbain, c'est pas parce que c'est le Rhône ou la Saône, qu'il n'y a pas de la vie au fond, bien au contraire.
- Speaker #6
Et là, effectivement, on a les mousses.
- Speaker #4
Tu vois, typiquement, là, tu as des moules, tu as des petites moules.
- Speaker #0
On va pêcher quoi déjà ?
- Speaker #4
Alors là, on est sur un bout de pot d'échappement avec catalyseur. On vient de remettre un petit poisson à l'eau parce qu'en fait, je pense que c'était planqué dedans. Tiens, regarde, il y en a un autre qui sort. Tu vois ? Voilà. Le catalyseur du pot d'échappement, ça servait d'abri pour des petits poissons. Regarde, il y a même... Regarde. Ce n'est pas des bébés,là ?
- Speaker #6
Oui, c'est des petits trucs. Des petites crevettes ?
- Speaker #1
Je vais juste me déséquiper, j'arrive dans 3 secondes
- Speaker #0
Vous êtes resté combien de temps ?
- Speaker #6
J'en sais rien du tout, je sais pas du tout là... Ça fait un moment, je ne pourrais pas te dire... 72 minutes ! C'est physique... C'est physique ouais... Bon, on est vite aspiré vers le haut... Donc il faut qu'on soit bien lesté... et qu'on lutte un peu, puis il faut qu'on dégage les affaires lourdes qui sont envasées.
- Speaker #0
Puis il y a le courant, que du bonheur. Allez, on va voir le butin après. Ouais, c'est ça qui est intéressant.
La voile, c'était pas mal.
- Speaker #6
Il a remonté une caisse où il y a des sous.
- Speaker #0
Chacun recherche son trésor.
- Speaker #1
Ouais, moi, j'ai sorti une petite voiture télécommandée.
- Speaker #0
Globalement le butin d'aujourd'hui ?
- Speaker #1
Quand même beaucoup de batterie C'est rare qu'on trouve autant de batteries sur le même lieu, donc c'est très bien, parce que du coup, ça évite que tout le lithium sorte dans l'eau. Beaucoup de ferraille, mais ça, c'est assez commun au Rhône, parce que ça drague tellement. Quelques pneus, puis des trésors type machine à écrire, éléments des années 90, un parasol assez grand. Donc oui, il y a beaucoup de petites choses. Après, beaucoup de plastique, il y avait encore beaucoup de bouteilles en verre, mais le verre est le déchet qui impacte le moins. donc on s'est focalisé surtout sur ce qui impactait le plus en fait
- Speaker #0
Et c'est quoi dans les objets les plus improbables que toi t'avais remonté ?
- Speaker #1
Franchement, il y en a une qui est pas mal alors c'est pas très improbable mais c'est des CD de la série Sex and the City et en fait on a trouvé à chaque plongée différente en 4 ans on a trouvé toute la série mais au même pont en fait donc à chaque plongée on trouve une nouvelle saison. Vous pourriez faire un musée ? On s'est posé la question au début puis après on s'est dit que quand même c'était quand même assez prenant donc on l'a pas fait. Bah typiquement la petite cassette VHS des années 90 moi je vais le garder typiquement.
- Speaker #0
Brigitte sort de l'eau avec son appareil photo pour faire découvrir un autre butin, l'inventaire de la faune et la flore qu'elle a pu observer.
- Speaker #1
Du coup, quel trésor tu as vu ?
- Speaker #2
Alors, moi j'ai croisé des blénis, c'est des petits poissons. J'ai vu en plantes aquatiques valisnerie, j'ai vu potamo crépus, potamo pectiné, mousse de source, spirogyre, myriophylle, donc c'est des végétaux qui étaient terrestres à l'origine et qui sont retournés dans l'eau. Donc c'est des plantes à fleurs. C'est censé fleurir normalement, mais bon, ça ne fleurit pas souvent. La valisphérie, ça ressemble à la posidonie pour ceux qui connaissent un peu la Méditerranée, le poumon de la Méditerranée. Donc c'est une bonne nouvelle, elles n'étaient pas très grandes, elles faisaient une dizaine de centimètres. Ensuite, dans les espèces invasives, j'ai vu les moules quaggas. Donc ça, ce n'est pas une bonne nouvelle, mais il n'y en avait pas énormément. Autrement, j'ai vu quelques gastéropodes, donc des nérides. Ça, c'est une bonne nouvelle parce que c'est de chez nous. C'est assez sympa.
- Speaker #0
Et les espèces invasives, du coup c'est quoi ?
- Speaker #2
Les moules quaggas, c'est une espèce qui vient des pays de l'Est. Elle fait des bébés à tout va et elle n'a pas de prédateurs. Donc, ça se dépose sur tout. C'est même capable de s'installer sur les carapaces des écrevisses tellement ça se développe vite.
- Speaker #0
Et après, l'impact sur les autres ?
- Speaker #2
Alors, c'est un bon filtreur. Donc, ça nettoie l'eau. Mais derrière, ça prend la place de plein d'autres choses puisqu'elles s'agglutinent ensemble. Donc, ça empêche les végétaux, par exemple, de se fixer. Ça peut empêcher d'autres moules de s'installer, notamment les locales. Donc, c'est plus... c'est ennuyeux.
- Speaker #0
Donc là, c'est les papiers d'identité que vous avez avez récupéré ?
- Speaker #5
On a récupéré toutes les pièces d'identité de la personne, mais on n'avait pas son téléphone. J'ai appelé quelqu'un qui était sur une carte de visite, qui m'a répondu. Il passe cet après-midi chercher au moins les clés de la maison, puisque les papiers, elle les a refaites depuis le mois d'août. Donc on peut servir à quelque chose, malgré tout. Avec tout ce qu'on peut ramener des déchets, on a des choses qui peuvent se recycler.
- Speaker #0
Le fondateur de l'association, Lionel Rahr, a tout quitté à 40 ans après une carrière dans le sport puis l'immobilier. Un changement radical après une prise de conscience sur le massacre des globicéphales au Ferroé et son implication dans l'association Sea Shepherd. Quand à son tour, il fonde Odysseus 3.1, l'ADN de l'association lui apparaît comme une évidence.
- Speaker #7
Ça a tout de suite été très clair pour moi. En fait, les trois piliers qui sont l'exploration, la recherche scientifique et la transmission. En fait c'est 3 volets peut-être qui me structurent moi humainement. L'exploration, parce que je suis né dans les aventures de Jules Verne, que j'ai grandi avec 20 000 lieux sous les mers, avec l'équipe Cousteau. Et cette partie exploration, on s'imagine toujours que l'exploration c'est en terre de feu, en Amazonie. Non, l'exploration pour moi c'est un bouton sur lequel on appuie dans la tête et on est en mode exploration. Donc ça peut commencer ici à la sortie du métro, en bas de l'immeuble. C'est pour ça que nos expéditions ont pris sens au lac de la Tête d'Or. Enfin, je veux dire, au lac de la Tête d'Or, en pleine ville. Puis, on est parti dans les Alpes. Dans les Alpes, la Khmer, le lac de Sassolo, dans les Alpes suisses italiennes, source du Rhône, première mondiale. Mais sur certaines images, on s'y croit en Antarctique, ça passe. Ça, c'est pour le volet exploration. Sur la partie recherche, c'est, on va dire, la touche de crédibilité qu'on veut avoir. Ça nous paraît, pour nous, fondamental de nous rapprocher d'organismes indépendants tels que le CNRS, tels que l'INRAE. Tels que les universités qui nous côtoient, pour être quelque part un bras armé de la science, qui est la science, l'un des parents pauvres, d'un budget de l'État. Donc on essaie de faire et d'être cette aide-là. Ça, c'est pour la partie recherche. Et puis reste le volet, la transmission. Comme je le dis, l'éducation est une arme de construction massive. Donc nous intervenons dans les écoles. Nous transmettons également par le biais de festivals, d'expositions. Mais en n'oubliant pas une chose, si on ne fait que de montrer de la pollution on crée un sentiment de "et à quoi bon ?". Il ya un trou dans la coque du navire. Effectivement il ya deux solutions : on quitte le navire ou on écope. Bas il n'y a pas d'autres navires en vue donc on est là on écope, et on n'est pas là pour donner des leçons à qui que ce soit. On fait notre part. Si les gens veulent nous rejoindre c'est avec grand plaisir les portes sont ouvertes donc c'est le message que j'ai envie de donner. Donnons nous la main et puis voilà !
- Speaker #0
Un grand merci à toute l'équipe d'Odysseus 3.1 pour son accueil pendant cette journée. Le Fil de la Mer est un podcast porté par la Fresque Océane, une association qui sensibilise aux enjeux liés à l'océan à travers des ateliers ludiques et collaboratifs. N'oubliez pas de vous abonner au Fil de la Mer sur votre plateforme d'écoute préférée. Et pour nous soutenir, vous pouvez partager l'épisode autour de vous et nous suivre sur les réseaux sociaux de la Fresque Océane.