- Speaker #0
Le Fil de la mer, le podcast de la Fresque Océane qui part à la rencontre des scientifiques, des personnes engagées et du grand public pour sensibiliser sur les enjeux de l'Océan.
- Speaker #1
Excusez-moi pour le retard, c'était l'enfer, Lyon !
- Speaker #0
Pour ce premier épisode, nous parlons de pollution. Quand on parle de pollution des océans, on pense aux plages recouvertes de déchets, aux filets de pêche qui dérivent, aux bouteilles en plastique qui flottent au large. Pourtant, cette pollution commence bien en amont, dans nos fleuves et nos rivières, comme ici au bord du Rhône. C'est là que nous retrouvons Claire, animatrice à Lyon pour la Fresque Océane, qui a imaginé une journée consacrée à cette thématique.
- Speaker #2
Moi c'est Claire Félix, je représente la Fresque Océane, je suis animatrice de cet atelier et de l'association. Aujourd'hui on se retrouve à L'Île Ô, c'est le théâtre flottant à Lyon, au bord des quais du Rhône. On est avec Odysseus 3.1, qui est spécialiste de la partie pollution des cours d'eau et comment cela impacte finalement l'océan.
- Speaker #3
Alors bonjour à toutes et à tous et merci d'être ici présents pour cette opération un petit peu spéciale de dépollution subaquatique. Je rappelle que Homo sapiens balance chaque jour entre 35 à 42 000 tonnes de déchets dans nos mers et dans nos océans. Je répète, entre 35 à 42 000 tonnes de déchets.
- Speaker #0
Lionel Rahr fonde l'association Odysseus 3.1 en 2018. Depuis sa création, L'association a remonté 80 tonnes de déchets.
- Speaker #3
Faut-il s'en réjouir ? On peut se targuer d'être efficace, mais on sait très bien que si nous n'avions rien à remonter, nous nous porterions certainement mieux. Allez, on se remonte le moral en se disant que nous ne sommes pas les seuls à œuvrer ainsi, qu'il y a tout un tas de petits copains et de petites copines réunies dans d'autres collectifs citoyens, comme la Fresque Océane, comme tout un tas d'actions qui sont menées chaque jour, partout en France et dans le monde. Je laisse le micro à madame la directrice d'Odysseus 3.1, la célèbre Manon Gomez y Gimenez.
- Speaker #1
Donc on va avoir ce matin 5 plongeurs, ceux qui vont faire de la dépollution, on va monter et descendre. Donc dès qu'on va remonter c'est qu'on a un déchet à vous donner, donc comme d'habitude on lance le bout, on le récupère. Pour la partie sécurité, on a des parachutes. Si vous voyez deux parachutes qui sortent côte à côte, ça veut dire qu'il y a un plongeur qui est en danger, donc il faut venir le voir. Les affaires de secours sont juste ici. C'est juste le petit brief avant l'installation, il y a des petits croissants, des petits pains au chocolat, si vous voulez, et du jus de pomme.
- Speaker #0
Manon est née à Lyon, mais elle a passé toutes ses vacances auprès de la mer. A 17 ans, elle commence à passer ses diplômes de plongée ici, bien loin de l'océan. Sa volonté d'améliorer les conditions de vie des espèces marines la pousse vers un diplôme d'ingénierie écologique. De retour à Lyon, une amie lui donne rendez-vous un samedi matin pour sa première plongée dans le Rhône avec Odysseus 3.1.
- Speaker #1
Alors j'avais plongé dans les Caraïbes, j'avais plongé en Méditerranée, de partout, et pourtant c'est cette plongée qui m'a le plus marquée en fait. Parce que moi qui pensais trouver quelque chose d'hyper hostile, hyper stérile, j'ai trouvé des habitats de vie que j'avais jamais vus. Des herbiers avec des alevins, une espèce de vague argentée de poissons qui se baladaient dans du vert turquoise. Je me disais, c'est pas possible qu'on ait ça sous l'eau. Et quelques mètres après, je trouve une trottinette, puis deux, puis un vélo, puis un pneu. Je me suis dit, ouais, le constat, il est vraiment effrayant, quoi. Comment on peut avoir une biodiversité aussi belle, avec autant d'impact, et des personnes qui ne sont pas du tout au courant ? Parce que même moi, quelques minutes avant, je n'étais pas au courant, quoi. Je le savais de par mes études, mais je ne le savais pas, je ne l'avais jamais vu, quoi.
- Speaker #0
Ce qui marque, évidemment, c'est cette plongée que tu racontes. Moi, je me dis, mais si toi, lyonnaise, amoureuse de l'eau, qui as fait des études là-dedans, tu n'es pas au courant de ce qu'il y a, qui peut l'être ? et là tu te dis Je me suis dit, mais où ça pêche ?
- Speaker #1
Exactement. Et en fait, c'est là où j'ai eu un petit électrochoc. Je me suis dit, mais j'ai toujours voulu protéger les océans, les baleines, les requins. Et je me suis dit, mais en fait, je ne suis même pas au courant de ce qu'il y a en bas de chez moi. Et en fait, là où ça pêche, c'est que je pense qu'il y a très peu de connaissances sur le milieu. En fait, le Rhône, il est considéré chez nous pour un transport. C'est un transport de bateaux et c'est tout. En fait, il y a cette lacune de connaissances, mais c'est normal en fait. Il y a beaucoup de choses autour des océans, des mers, etc. Et c'est super ! On parle beaucoup des glaciers parce que c'est l'année du glacier, mais on parle très peu de l'entre-deux en fait. Mais la population lyonnaise devrait savoir qu'elle est dans une ville d'eau et qu'en fait elle a plus d'eau que de route. Du coup c'est aussi le cœur d'Odysseus, c'est de redonner la connaissance en fait aux citoyens, tout simplement.
- Speaker #4
J'ai 4 kilos, je dois tasser l'eau. Oui, mais... C'est mon lestage de mer donc.
- Speaker #2
Ah oui, moi aussi j'ai le lestage de mer.
- Speaker #0
Dans l'équipe de plongeurs ce matin, il n'y a pas que des dépollueurs, il y a aussi Brigitte. Cette enseignante à la retraite est présidente de la commission biologie de la Fédération française d'études et de sports sous-marins du département.
- Speaker #3
A ce titre, elle est aussi là pour être sollicitée. N'hésitez pas à lui demander qu'est-ce qu'il y a dessous, qu'est-ce qu'on peut voir. Elle a ses tablettes avec elle, immergeables. Et elle sera très heureuse de pouvoir vous dire, là il y a du myriophile, j'ai croisé une perche soleil ou pas, j'ai vu, j'ai vu, j'ai vu, n'hésitez pas. Parce que dans les messages qu'on veut faire passer, c'est également qu'au milieu de ces déchets, il y a de la vie à préserver et Brigitte est là pour en témoigner. Donc n'hésitez pas à lui poser toutes les questions que vous auriez jamais posées en physique chimique quand vous étiez petit.
- Speaker #1
Moi je vais me mettre à l'eau ici.
- Speaker #2
Ok.
- Speaker #1
On peut faire une voiture balai si vous voulez.
- Speaker #2
Je vais remonter le courant pour voir les espèces. Il faudrait que je descende le courant sinon je ne vois rien.
- Speaker #1
De toute façon pour toi ce sera mieux avant la barge parce qu'à l'intérieur de la barge, je ne suis pas sûre qu'il y aura beaucoup d'espèces.
- Speaker #2
Il y a des blocs rocheux donc je peux toujours retourner.
- Speaker #1
Et donc vous c'est Brigitte ?
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Et vous, vous n'êtes pas là pour... Non,
- Speaker #2
moi je ne suis pas là pour nettoyer, moi je suis là pour répertorier les espèces. Pour montrer qu'il y a des choses quand même sous l'eau. J'espère que je vais en trouver Je fais de la photo aussi.
- Speaker #0
Et il y a quoi dans le Rhone de la Saône ?
- Speaker #2
Potentiellement, on peut trouver des écrevisses américaines, des poissons, mais souvent avec les bulles, les poissons, on leur fait un peu peur. Quelques végétaux, on devrait pouvoir trouver quand même.
- Speaker #0
Ça fait longtemps que vous faites ça ?
- Speaker #2
Oui, ça fait quelques années.
- Speaker #0
Et vous voyez une évolution ?
- Speaker #2
Une évolution, comment dire ? Oui, il y a quand même une évolution un petit peu dans le positif au niveau des rivières. Ils font quand même attention pour tout ce qui est nettoyage, pour ne pas trop mettre de polluants. Il n'y a plus les stations d'épuration qui se déversent dans l'eau.
- Speaker #0
Bon, on fera un petit bilan après la pause. Oui,
- Speaker #2
voilà, tout à fait.
- Speaker #5
Je vais voir comment on fait des photos sous l'eau.
- Speaker #2
Comment on fait ? Eh bien, écoute, on regarde le résultat une fois qu'on est sorti.
- Speaker #5
C'est ça. Et sur les 800 photos qu'on a prises, il y en a deux bonnes.
- Speaker #2
Déjà, j'en fais trois 800.
- Speaker #5
Ça va que c'est du numérique, c'est pas de l'argentique.
- Speaker #2
Ouais mais ça t'a rien, ça fait...
- Speaker #0
Brigitte fait équipe avec Lionel, arrivé ici par le bouche à oreille de son club de plongée. Je lui demande s'il avait conscience de toute cette pollution avant d'arriver à Odysseus 3.1.
- Speaker #6
Non, non, c'est pareil, c'est un peu une pollution invisible. Et puis bon, tout le monde n'est pas plongeur, forcément. La première plongée,
- Speaker #7
comment ça s'est passé ?
- Speaker #6
C'est une plongée de nettoyage, c'était sympa, c'était à la Darce de Perrache. Donc là on sait qu'on récupère du caddie, de la trottinette, des canettes, des cannes à pêche, des choses comme ça. Mais oui, c'est ce qu'on appelle la plongée utile, c'est-à-dire qu'il y a la plongée plaisir que font tous les plongeurs. On va plonger en mer, on va se faire plaisir. Il y a la plongée pro, ici on a quand même dans l'Odysseus des plongeurs pro pour la qualification. et entre les deux il y a la plongée utile, c'est à dire la plongée de nettoyage. Vous êtes surpris de tout ce qui allait sous le pas ? Surpris, oui. Je ne pensais pas que... Surtout dans des zones comme les fleuves, où il y a quand même du courant, on se dit, ça doit bien se caler à un barrage quelconque. En fin de compte, non. Il y a quand même un peu de pollution. Et avec le temps, il y en a de moins en moins. Ça fait quand même plusieurs années qu'il y a des opérations à la Darce de Perrache. D'une année à l'autre, il y a de moins en moins de tonnages sortis, ce sont pas longtemps quand même. L'année dernière, on a sorti, je crois, 500 kilos de cochonneries, alors que la première OP, ça devait être plus d'une tonne 5 ou quelque chose comme ça. Donc il y a quand même une sensibilisation qui fait que les gens voient qu'il y a des plongeurs qui rapportent des choses, il y a toujours du monde autour, il y a de la communication, qui disent « Ah bah oui, il y a quand même du nettoyage bénévole, peut-être arrêter de jeter dans le bois » . On apporte notre pierre à l'édifice, comme on dit.
- Speaker #0
Comment se représenter la pollution du Rhône et de la Saône ici à Lyon ?
- Speaker #1
En termes de pollution, je dirais que nous de ce qu'on voit c'est plus du macro-déchets, mais parce que c'est ce qu'on étudie. Je pense que si on se mettait à étudier plutôt les micros et nanoparticules, ce qu'on va faire bientôt sur les perfluorés j'espère, c'est des molécules qu'on appelle les PFAS qui sont éternelles. Certaines en tout cas sont éternelles, pas toutes. C'est des molécules qui sont déversées, qui sont utilisées dans l'industrie pour fabriquer des vêtements, du maquillage, des poils téflon. Ça permet d'avoir un revêtement particulier qui est très utilisé dans l'industrie, très consommé aussi parce qu'on consomme depuis des années. Sauf que c'est déversé depuis des années dans les fleuves. Et en France, on a cette espèce de juridiction qu'on n'a pas forcément dans d'autres pays. L'industrie peut s'autocontrôler, c'est-à-dire qu'une industrie qui va produire du perfluoré a le droit d'autocontrôle, c'est-à-dire qu'elle va faire ses propres contrôles de ses rejets dans le Rhône. Donc si elle a des mauvais résultats, on ne sait pas si elle les change ou pas. Et c'est ce qui s'est passé avec Arkema, c'est que les contrôles qui étaient faits étaient souvent faits sur des jours où il n'y avait pas beaucoup de production pour changer les chiffres, sauf qu'ils l'ont fait pendant des années et que du coup beaucoup de populations se sont fait impacter. Toute la communauté de Givor, par exemple, ne pouvait plus consommer d'oeufs ni de végétaux du potager, c'était assez gros. Par exemple, on en a parlé avec un chercheur de l'INRAE, il a ouvert un tiroir un peu poussiéreux avec un dossier, et il m'a montré, ça c'était mon étude sur les perles fleurées, quand j'avais déjà averti la métropole de Lyon, c'était il y a 20 ans. C'est du temps perdu en fait, et c'est du temps qu'il va falloir racheter plus tard, parce que ça coûte cher de dépolluer, ça coûte très cher. Donc il faut aussi se poser la question de, est-ce qu'on investit pour un futur plus propre maintenant ? C'est-à-dire qu'on écoute les communautés scientifiques, on met plus de moyens à la science, à la santé, au social. Ou est-ce qu'on ne les met pas maintenant, mais on les mettra trois fois plus tard ? On est tout bon, je vais me changer, on va partir à l'eau.
- Speaker #0
Manon plonge et rejoint Brigitte qui prend des photos. De son côté, Lionel sort les premiers déchets. Rendez-vous au prochain épisode pour découvrir leur butin.
- Speaker #8
Alors, c'est un cadre... De quoi ? Une moto. Une moto ?
- Speaker #2
Alors, qu'est-ce qui nous arrive là ? Et bien, qu'est-ce que c'est que ça ? Voilà, encore un truc bien dégueu. C'est un sac d'une jeune fille. Avec tous ces papiers d'identité. Ouais, j'aime pas.
- Speaker #0
Le fil de la mer est un podcast porté par la Fresque Océane, une association qui sensibilise aux enjeux liés à l'océan à travers des ateliers ludiques et collaboratifs. Ce podcast est réalisé par Solène Desbois, également animatrice de la Fresque Océane, et est financé par le ministère de l'Enseignement et de la Recherche. N'oubliez pas de vous abonner au Fil de la Mer sur votre plateforme d'écoute préférée. Et pour nous soutenir, vous pouvez partager l'épisode autour de vous et nous suivre sur les réseaux sociaux de la Fresque Océane.