- Speaker #0
Bienvenue dans Le Juste Rythme, le podcast qui explore le cœur, le corps et la tête. Je suis Marion Béchade, une femme, une mère, une entrepreneuse passionnée mais souvent débordée, en quête chaque jour d'un peu plus de sérénité. Un podcast pour se déculpabiliser et peut-être se donner une nouvelle impulsion. Cet épisode du podcast Le Juste Rythme est soutenu par l'Auberge Basque, un hôtel-restaurant, relais et châteaux, un lieu unique au cœur du Pays Basque qui invite à ralentir, à se reconnecter à ses cinq sens et à prendre un temps pour soi. L'endroit parfait pour retrouver son juste rythme. Dans mon épisode avec Magali, on plonge au cœur d'un sujet à la fois intime et universel, le burn-out. Magali Milot est médecin en pédiatrie et autrice de burn-out en blouse blanche. Elle raconte avec une grande sincérité ce qu'on ne voit jamais derrière la blouse, l'épuisement, la perte de sens, le corps qui lâche quand on a trop longtemps tenu. C'est un épisode où l'on comprend ce qui mène à la rupture, mais aussi ce qui permet de se relever. On parle de charge mentale, de vocation, de pression, mais aussi de douceur, de pause, et de cette reconstruction lente mais possible. C'est un épisode qui me touche particulièrement parce que moi aussi j'ai traversé un burn-out il y a quelques années. Je me suis retrouvée dans beaucoup de ces mots, dans cette nécessité d'écouter enfin son corps, de poser des limites et de réapprendre à vivre autrement. C'est un échange lucide, apaisant, qui ouvre des portes et du culpabilise. Je vous laisse découvrir le juste rythme de Magali. Bonjour Magali. Bonjour Marion. Bienvenue dans le juste rythme. Dans quelle énergie est-ce que tu es avant que nous commencions notre épisode ?
- Speaker #1
Là, je suis dans une bonne énergie parce que je sors d'une séance de yoga.
- Speaker #0
Yoga doux ou un yoga dynamique ?
- Speaker #1
Yoga doux quand même.
- Speaker #0
Est-ce que tu aurais trois mots pour me décrire ton rythme actuel ?
- Speaker #1
Alors, mon rythme, je dirais ralenti, adapté et joyeux.
- Speaker #0
Adapté, joyeux, ralenti. Ça nous augure un très bel épisode. Si on revient un petit peu en arrière, à tes débuts, est-ce que tu étais une élève où ton avenir était tout tracé, genre tu as fait un bac S, tu savais que tu voulais faire médecine ou est-ce que tu as eu un parcours un peu plus sinueux pour arriver à médecine ?
- Speaker #1
Non, c'est vrai que c'était assez tracé. Alors, j'ai hésité un petit peu parce que j'aimais bien la chimie, biochimie. Donc, j'ai hésité avec pharmacie parce que c'était médecine, pharmacie. C'était deux choses différentes. Mais après, non, une fois que j'ai décidé, c'était vraiment tracé et hop sur les rails.
- Speaker #0
Donc, tu avais un avenir plus ou moins tout tracé. Est-ce qu'il y a des médecins dans ta famille ?
- Speaker #1
Non, il n'y en a pas.
- Speaker #0
Tu as écrit un polar, puis là, tu as écrit Burnout en blouse blanche. Est-ce que l'écriture faisait partie de ta vie ? Avant, enfin depuis longtemps ?
- Speaker #1
Alors, ça fait longtemps que j'aime écrire, mais je ne m'étais jamais posée la question d'écrire un roman parce que je pensais que ce n'était pas possible. Et dans mon activité, j'ai rencontré l'infirmière qui avait écrit des romans un peu feel-good. Et là, je me suis dit, ça y est, en fait, c'est possible. C'était un peu un déclic, c'était assez étrange. Et c'est à partir de ce moment-là où j'ai commencé à écrire, donc un peu avant le burnout.
- Speaker #0
Donc avec quel acte ?
- Speaker #1
J'avais 39 ans, je crois. Enfin, tard.
- Speaker #0
La crise de la quarantaine, quoi. Tu t'es dit. Oui,
- Speaker #1
c'est ça.
- Speaker #0
Avant le burnout, comment tu vivais ton métier de généraliste ?
- Speaker #1
J'étais quand même très engagée. Enfin, je suis toujours, mais très, très engagée. J'aimais beaucoup le contact avec les gens. C'est ce qui me plaît, en fait, dans ce métier. Et je le vivais quand même plutôt bien jusqu'à ce que, justement, qu'il y ait une période. pénurie après médicale, etc. Mais c'était plutôt agréable.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui te portait dans ce métier de soignée ?
- Speaker #1
Alors, être utile, j'avais envie de dire. Et puis, alors c'est le soin et c'est aussi chercher les diagnostics et essayer d'aider les gens en trouvant ce qu'ils ont pour qu'ils puissent avancer. Ça, ça me plaît beaucoup.
- Speaker #0
Tu dirais que... Tu as quelle valeur justement pour pouvoir exercer ce métier ?
- Speaker #1
Une valeur d'humanité, c'est sûr. Le respect et puis une sorte de fraternité. J'aime bien être un peu unie. C'est cette sensation d'union, que tout le monde est au même niveau et d'aider les autres.
- Speaker #0
Et à quel moment est-ce que tu as senti que ton rythme commençait à déraper ? Est-ce que c'est petit à petit ou est-ce que c'est vraiment le choc qui a fait ça ?
- Speaker #1
Non, c'est assez précis puisqu'en fait, on est passé en une année de six médecins à trois médecins. Donc en fait, c'est à partir de ce moment-là où on a eu une grosse surcharge de travail. Donc la surcharge, elle s'est faite d'un coup, mais après, moi, j'ai encaissé quand même pas mal. Donc sur un an, un an et demi. Voilà, donc le travail a commencé à vraiment être un poids parce que trop d'heures, parce que trop de patients, etc.
- Speaker #0
que les patients déposaient chez toi, ou qu'ils déposent encore d'ailleurs, comment est-ce que toi, tu le gères ?
- Speaker #1
Je vais tirer la langue. Je ne gère pas très bien, c'est un peu le problème en fait. Et c'est ce qui a fait aussi, enfin, participer au burn-out, donc la surcharge de travail, mais la surcharge émotionnelle aussi. Parce qu'effectivement, j'absorbe beaucoup et c'est compliqué pour moi. Je vais dire, après, je ne sais plus comment faire de toutes ces émotions qui sont fortes. et à ce moment-là en fait je savais vraiment pas comment faire et ça me surchargeait aussi intérieurement.
- Speaker #0
Et est-ce que par rapport à ce sujet précisément, on va en parler un petit peu plus loin, mais est-ce que maintenant tu as des clés pour justement déposer toutes les... enfin ne plus être une éponge et utiliser ton empathie mais du mieux possible aussi pour toi, d'être empathique avec toi-même au final ?
- Speaker #1
Oui, ça c'est plus difficile d'être empathique avec soi-même. En fait, c'est toujours pareil. J'absorbe toujours autant, j'ai l'impression. Mais j'essaye de décharger plus les émotions, donc dans le sport, dans la danse, dans l'écriture. J'essaye de trouver des endroits où je peux décharger ces émotions. Mais pour l'instant, j'absorbe de la même manière.
- Speaker #0
Et quels ont été les premiers signaux que ton corps t'a envoyés, mais que tu n'as pas écouté ? Moi, j'ai lu le livre, je connais plus ou moins les réponses, mais je te demande.
- Speaker #1
Oui, oui. Il y en a eu beaucoup, finalement, des signaux que je n'ai pas écoutés. Je ne me rappelle plus exactement quels étaient les premiers, mais je pense que c'était quand même une fatigue déjà très importante, qui même quand je dormais, ne réparait pas cette fatigue. Après, j'ai eu beaucoup d'eczéma sur les mains, des bronchites, des gastros alors que je n'étais jamais malade. Et puis après, il y a eu quand même un gros épisode de tachycardie en voiture. Donc, j'étais sur le... Presque l'autoroute, c'était une deux-voix. Et là, quand j'ai ressenti cette grosse tachycardie, je me suis dit, là, c'est fini. Je vais mourir là, si on peut dire ça. Et j'ai quand même réussi à me mettre sur le bas-côté, je ne sais pas comment, sans toucher aucune voiture. Et après, j'ai essayé d'appeler les pompiers parce que je sentais que je partais, en fait. Oui, je n'ai pas écouté grand-chose jusqu'à ce moment-là.
- Speaker #0
Et à ton avis, pourquoi est-ce que tu ne les as pas écoutées ?
- Speaker #1
Déjà, je me disais que c'était rien. Parce que de petites choses, ça va passer. Et puis après, je me disais que je ne vais pas m'arrêter pour ça. Ça va un peu avec. Mais oui, je me disais que tu es forte, tu vas tenir. Et puis bon, ce n'est pas grave, ça va passer.
- Speaker #0
Pourquoi est-ce qu'à ton avis, c'est si difficile pour un médecin d'admettre qu'il va moins bien à un moment de sa vie, tout simplement ? Oui,
- Speaker #1
je pense qu'on n'a pas trop envie d'être du côté des patients, déjà. Je pense qu'il y a un peu cette dualité, on préfère garder notre place et pas être du côté des malades. Il y a ça, et puis après il y a beaucoup le déni parce qu'on ne veut pas voir. Moi, je ne voulais pas voir du tout ce qui se passait. Et puis après, il y a le fait qu'on ne prend pas soin de nous particulièrement, et que dans nos études, on ne nous apprend pas à prendre soin de nous.
- Speaker #0
ça c'est sûr que ça compte. Est-ce que tu dirais que c'est typique à ce métier que la barre est si haute en termes d'exigence aussi avec soi-même ou de quelque chose comme ça ?
- Speaker #1
Je pense qu'il y a quand même effectivement une part qui est liée au métier, au fait qu'on nous apprend dans notre formation à toujours être là, tout le temps, et il ne faut pas se regarder, il ne faut pas faiblir, voilà, on doit être là et au top.
- Speaker #0
Alors que par exemple, un psychologue, il doit avoir des séances où lui, il doit aller décharger tout ce qu'il entend. Chez les médecins, ça, ça n'existe pas, par exemple ? Des supervisions ?
- Speaker #1
Ça peut exister, c'est en train de commencer à exister. Là, c'est les fameuses séances que j'ai appelées APP, dans mon livre, Analyse des pratiques professionnelles. Et donc, effectivement, là, ce sont des séances où normalement, on revient sur qu'est-ce qui nous a posé problème, soit en termes de... de relation avec le patient, soit en termes de diagnostic, où on s'est senti en difficulté. Mais c'est quand même assez rare.
- Speaker #0
Rare et éleccant, oui.
- Speaker #1
C'est ça. Et il faut que ça vienne de nous aussi. Il faut s'investir dedans, parce que sinon, on n'est pas obligé. Obligatoire. Non, ce n'est pas obligatoire.
- Speaker #0
Écologue, je crois que c'est obligatoire. Maintenant, tu dirais que tu écoutes mieux les signaux de ton corps.
- Speaker #1
J'essaye. Je ne sais pas encore tout à fait à qui, mais j'essaye. Au moins, je les entends. Je sais à quoi ça correspond. Après, j'essaye de juger si je me dis, est-ce que, voilà, c'est pas très bien ce que je vais dire, mais est-ce que je peux aller un tout petit peu plus loin ou est-ce que vraiment, là, il faut que je me pose ? Mais oui, j'essaye de... En tout cas, je les vois. C'est déjà une bonne chose.
- Speaker #0
Tu les vois, tu les entends, mais tu ne les écoutes pas encore tout à fait.
- Speaker #1
Voilà, j'essaye.
- Speaker #0
Est-ce que tu dirais... Que cette chose-là que tu viens de dire, j'essaye d'aller un petit peu plus loin. Est-ce que ça, ça vient aussi de notre éducation, de la génération ou pas du tout ?
- Speaker #1
Si, je pense qu'il y a une partie aussi d'éducation à se dire que même si on est malade, il faut aller travailler. J'avais exprès de mettre il faut, parce que c'est un peu l'injonction de « sois forte » . Donc oui, il y a la part éducative. Après, il y a la part aussi un peu sociétale, où effectivement, si on ne travaille pas, on n'est pas considéré. J'en parle un petit peu, mais il y a aussi cette notion-là.
- Speaker #0
Genre, qu'est-ce que tu fais dans la vie ? Voilà,
- Speaker #1
si tu ne travailles pas, qu'est-ce que tu fais chez toi ?
- Speaker #0
Comment existes-tu dans ce monde ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a eu un moment où, quand le pompier te... te dit qu'il faut faire un arrêt maladie, que ça serait mieux pour toi. Est-ce que tu as eu un sentiment que tu allais trahir tes patients ou tes collègues ?
- Speaker #1
Oui, je vais répondre en deux fois, parce qu'en fait, l'arrêt maladie, quand j'ai eu cette tachycardie, je ne le voulais pas, parce qu'en fait, j'étais en train de remplacer une collègue qui n'était pas là, donc je me disais, en plus, moi, je ne suis pas là. Donc, je l'ai quand même accepté, parce qu'il a quand même insisté, le médecin urgentiste, pour me le poser. Mais après, j'ai quand même repris après cet épisode-là pendant un an. Oui, donc c'était assez long. Et effectivement, quand j'ai vraiment été arrêtée, la culpabilité est assez énorme. Parce qu'elle est envers les patients en se disant qu'on les laisse tomber. Et envers aussi l'équipe où pareil, on se dit un peu, déjà qu'il n'y a pas assez de monde, là c'est moi qui vais encore augmenter cette pénurie. n'étant plus au travail. Donc j'allais dire, double peine.
- Speaker #0
Cette culpabilité, tu penses qu'elle aurait pu être ressentie de la même façon si tu avais été un homme ?
- Speaker #1
Bonne question. Je pense que... Je ne sais pas, parce qu'après, je ne veux pas m'en dire, mais je pense qu'elle aurait été peut-être moindre. Parce que là, j'étais en train de dire double peine, mais il y avait quand même la famille aussi. Moi, j'avais une triple peine où je me disais, du coup, je suis une maman qui ne peut plus rien faire. Je pense que c'est peut-être un peu moindre chez les hommes, mais ça dépend peut-être aussi du caractère. Il ne faut pas généraliser.
- Speaker #0
Bien sûr, bien sûr. Et la culpabilité vis-à-vis de ta famille, c'est vrai qu'on n'y pense pas comme ça en premier abord, mais c'est aussi... Quelque chose qui était un petit peu difficile pour toi, que j'ai lu dans les pages de ton livre. Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu ?
- Speaker #1
C'est vrai que j'avais l'impression de ne plus être une bonne maman, si on peut dire ça comme ça, puisque j'étais tellement fatiguée que souvent le matin je dormais. Pour amener les enfants à l'école, c'était compliqué. Et puis même quand j'étais avec eux, je n'étais pas vraiment avec eux, parce que j'avais tellement la tête pleine, on va dire que... Je ne leur donnais pas vraiment l'attention dont j'avais envie qu'ils le reçoivent. Et c'était assez compliqué pour moi, toute cette période-là, de me dire que je n'étais plus la maman que je voulais être.
- Speaker #0
Ou que tu avais été, ou qu'on idéalise qu'on peut être.
- Speaker #1
Oui, aussi.
- Speaker #0
En tant que médecin, j'imagine que tu avais déjà diagnostiqué des burn-out chez des patients.
- Speaker #1
Alors, j'en avais diagnostiqué qu'une fois.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Parce qu'après, c'est vrai que je faisais plus de pédiatrie dans ma pratique, donc j'avais moins d'adultes. Mais oui, une fois, j'avais diagnostiqué un burn-out chez une professeure.
- Speaker #0
Oui. Et du coup, tu savais quand même que c'était un burn-out de toutes les façons, mais humainement, c'est différent que le savoir et le vivre. C'est quoi la différence quand tu te rends compte que c'est toi aussi, c'est ce que tu as ? Merci.
- Speaker #1
Oui, alors la différence, déjà, moi, ce qui m'a vraiment impressionnée ou surprise, c'est que mon cerveau ne fonctionnait plus. Et je ne pensais pas que quelqu'un, qu'une personne pouvait en arriver là. Parce qu'effectivement, quand on écoute les symptômes des personnes, elles nous disent, bah oui, j'arrive plus à me concentrer, j'arrive plus à lire, etc. Mais quand on le vit soi-même et qu'on voit vraiment cette limite. énorme, on se dit oui, je ne peux plus rien faire. Et c'est vrai qu'on ne perçoit pas forcément ça quand on écoute quelqu'un parler de son burn-out et qu'il nous dit que je ne peux plus rien faire. C'est tellement, j'allais dire, loin de ce qu'on peut imaginer quand on le vit vraiment, qu'on se rend compte que c'est vraiment l'horreur de ne plus pouvoir rien faire.
- Speaker #0
C'est vrai que ce cerveau qui fonctionne au ralenti, c'est quelque chose, quand on est quelqu'un d'hyperactif ou qui est très énergique, c'est vrai que c'est quelque chose qui est un peu difficile aussi à vivre, je pense.
- Speaker #1
Oui, parce que moi, j'avais envie de faire que des choses, effectivement, j'allais dire avec mon cerveau, si on peut dire ça comme ça, des choses réfléchies, parce que j'adore lire, j'adore écrire, j'adore apprendre, tout ça. Et ça, c'était plus accessible du tout. Donc, je me retrouvais un peu à... qu'est-ce que je vais faire, à quoi je sers en fait.
- Speaker #0
Et la patience dans tout ça, parce que ça a été le plus difficile, je crois. En plus, je ne sais pas, tu me diras si je me trompe, mais plus on attend justement pour être diagnostiqué, plus longue est la pente à remonter. Et un burn-out, on dit que c'est environ trois ans pour se remettre. Et il y a aussi des chiffres, je crois, qui disent si tu as fait un burn-out, tu as 50% de... Chance de plus d'en refaire un, etc.
- Speaker #1
C'est déjà de base, moi je suis quelqu'un qui n'est pas très patiente, parce que j'aime bien faire plein de choses, et puis même prendre le temps c'est déjà compliqué. Donc la patience c'était vraiment très difficile à gérer, et ça engendrait une frustration importante en me disant « du coup là je sens que j'ai envie de faire plein de choses, mais en fait je ne peux rien faire » . Et c'est long, c'est très long. Donc, la première année, je me disais, ça va, ça y est, ça va aller mieux, etc. Et puis, quand je voyais que ça durait, oui, c'est compliqué de gérer cette situation.
- Speaker #0
Mais tu as eu des phases de découragement ?
- Speaker #1
Oui, surtout au départ, vers la première année, je me suis dit, autant je vais rester toute ma vie comme ça, complètement décérébrée, on n'a rien à pouvoir plus faire. Et oui, ça fait un peu peur. Ça fait surtout peur, en fait. Moi, ça m'a fait surtout peur.
- Speaker #0
Je sais que tu as refusé de prendre un traitement chimique.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Il y a peut-être des psychiatres qui vont m'en vouloir après,
- Speaker #1
c'est pour ça. Mais je pense que pour certaines personnes, effectivement, c'est à discuter avec le médecin quand même de pourquoi le prendre et de ne pas le prendre. Mais je pense que le premier traitement vraiment du burn-out, c'est le repos d'abord. C'est l'arrêt de travail. parce que... En fait, se reconfronter au travail, c'est réactiver toute cette angoisse, toute cette souffrance, et du coup, on ne peut pas guérir si on ne s'arrête pas. Et il y a quand même, ce que j'expliquais aussi à la fin, un peu des différences importantes entre la dépression et le burn-out. C'est deux pathologies différentes, mais le burn-out peut se compliquer quand même d'une dépression, où il y a à ce moment-là des idées noires, une tristesse, etc. Et moi, je n'avais pas ça, en fait, cette tristesse, cette perte d'envie. Et c'est pour ça que je me suis dit, non, moi, ce n'est pas de ça dont j'ai besoin, c'est d'autres choses. Sachant qu'on m'a fait remarquer quand même qu'effectivement, les antidépresseurs ne servent pas que à traiter la dépression. Ils peuvent servir aussi à traiter des signes d'anxiété, etc. Donc, c'est vrai que ça, je n'en parle pas, mais là, je trouve ça important d'en parler ici pour que les gens sachent aussi que s'ils ont des antidépresseurs, il ne faut pas les arrêter. Il y a d'autres pathologies aussi qui se traitent avec ça. mais voilà, moi pour moi À ce moment-là, je n'avais pas besoin de ces molécules.
- Speaker #0
Quelle émotion t'a le plus surprise pendant cet état d'effondrement ? Est-ce qu'il y a un moment où tu as pu identifier des émotions particulières ?
- Speaker #1
Les émotions particulières, je pense que c'était vraiment la frustration. Moi, ce qui m'a le plus impactée dans ce moment-là, la frustration de ne plus pouvoir faire ce nom. dont j'avais envie, en fait. Et je ne pensais pas que cette émotion-là serait aussi forte et aussi longue.
- Speaker #0
Tu avais de la colère ? C'était ça, cette réponse ?
- Speaker #1
La colère, au début, oui, quand même, j'avais de la colère, quand même, au début. Surtout au début, mais après, la colère, elle s'est quand même plus estompée. Et je pense qu'effectivement, j'y réfléchis bien après, ça, mais si on laisse cette colère, je pense qu'on guérit moins vite aussi.
- Speaker #0
D'accord. Oui, très bien.
- Speaker #1
Oui, parce qu'en fait, on... J'allais dire, on ne l'accepte pas. C'est une partie. À accepter aussi cette émotion-là, que c'est normal de ressentir de la colère. Mais après, il faut laisser passer et passer à autre chose pour se reconstruire.
- Speaker #0
Oui, en plus, de toute façon, la colère, ça épuise aussi. Donc, ce n'est pas vraiment... Oui, ce n'est pas positif. Est-ce que le silence avait une place particulière dans ce moment-là de ta vie ?
- Speaker #1
Je cherchais le silence, justement. Et quelquefois c'était compliqué parce que même quand il y a le silence, il y a le cerveau qui continue à tourner, donc les pensées qui tournent, et je n'étais pas vraiment dans le silence. Et les petits moments où j'arrivais à justement écouter un peu la nature, c'est surtout dans la nature en fait, ça me permet de me reconnecter un peu, au silence.
- Speaker #0
Il y a un passage qui m'a marqué dans ton livre, qui m'a parlé sûrement. Tu as dit le mercredi, le jour que je redoutais le plus. Tu étais toute seule, il y avait les enfants à gérer l'école, les allers-retours aux multiples activités. Est-ce que tu peux nous partager ce que tu ressentais ?
- Speaker #1
Oui, le mercredi, en fait, je me réveillais et j'avais peur déjà dès le matin de ne pas avoir assez d'énergie pour faire toute la journée et tout ce que... J'avais affaire avec les enfants et ça me touchait d'autant plus que j'avais envie d'être là pour eux. Donc c'était ça qui était difficile à gérer, cette espèce de me dire je ne vais pas y arriver et en même temps j'ai envie de le faire. Donc bon, c'était compliqué à gérer ces mercredis, c'est vrai.
- Speaker #0
Vous avez mis des choses en place pour quand même que ça se passe bien ? une organisation particulière pendant ce moment-là de ta vie avec ton mari ou avec les enfants ? Est-ce que les enfants savaient que tu avais un burn-out ? Est-ce que ça a été dit ?
- Speaker #1
Avec le recul, je me suis dit que je leur ai vraiment pas bien expliqué ce que c'était. Parce que bien sûr, ils ont vu que j'étais pas bien, qu'il y a des choses que j'oubliais, qu'il y a des choses que je faisais plus lentement. Mais je leur ai vraiment pas assez expliqué, je pense, les conséquences, qu'est-ce que ça fait et pourquoi un peu je suis... dans cet état-là, j'allais dire, et pas comme avant. Donc ça, je pense que j'aurais dû mieux leur expliquer. Mais après, comme aménagement, il n'y avait pas grand-chose parce que mon mari travaillait le mercredi. Donc voilà, après, j'essayais juste de gérer et de faire comme je pouvais.
- Speaker #0
Vous avez quel âge tes enfants à ce moment-là ?
- Speaker #1
Là, au tout début, ils étaient petits, ils avaient 3 et 6 ans.
- Speaker #0
Ah oui, c'est super petit.
- Speaker #1
Donc ils n'étaient pas autonomes. Oui,
- Speaker #0
oui. Non, mais ils n'auraient même pas spécialement peut-être compris.
- Speaker #1
Alors le petit, je pense qu'il n'est pas trop compris. Et même après, quand je lui en reparle, en fait, il ne se souvenait plus que je travaillais avant le burn-out. Donc ça aussi, ça m'a fait un peu mal quand même. C'était compliqué à gérer ça. Mais la grande, oui, elle comprenait quand elle voyait. Mais c'est vrai que le petit, non.
- Speaker #0
C'est important même d'en parler après. Ce n'est pas forcément... Il faut mieux en parler après que pas en parler du tout, j'imagine.
- Speaker #1
Oui, je pense. Oui, oui.
- Speaker #0
C'est une question que je me pose.
- Speaker #1
Je pense que oui. Souvent, je me dis tiens, je vais leur faire lire aussi le livre et je vais reprendre des choses avec eux.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous parler de ce que tu avais mis en place pour te reconnecter à ton corps ? Je crois qu'il y avait la danse notamment.
- Speaker #1
Il y avait la danse que j'ai reprise effectivement après 20 ans d'arrêt de danse, alors que j'adore ça et que j'ai toujours aimé danser. Et je me suis dit, là, j'ai vraiment besoin de ça, de me reconnecter à mon corps. Et donc, tout de suite, quasiment quatre mois après l'arrêt, je me suis réinscrite à la danse, en commençant par un cours par semaine. Et après, je dansais aussi dans mon salon. Mais ça, ça fait partie du truc. Et après, au fur et à mesure, j'ai augmenté à deux cours par semaine parce que vraiment, ça me faisait du bien et j'arrivais bien à me reconnecter à moi. Puis après, il y a eu aussi l'écriture. dès que j'ai commencé à avoir... un peu plus de possibilités de me concentrer. Là, j'ai recommencé à écrire et ça me faisait aussi beaucoup de bien. Et aussi la méditation de pleine conscience que j'ai découverte finalement.
- Speaker #0
Mon esprit un peu cartésien a accepté de s'ouvrir à d'autres choses.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Mais ça m'a fait beaucoup de bien.
- Speaker #0
Est-ce que tu médites encore aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors j'ai gardé, oui, oui, j'ai gardé des audios de méditation de ces séances-là que j'avais faites. Et justement, quand je vois que je tire un peu trop sur la corde, je me remets des petites séances de méditation en audio.
- Speaker #0
Aujourd'hui, tu retravailles.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Comment ça se passe ?
- Speaker #1
Doucement. C'est pour ça que je l'ai ralenti au début, dans mes trois mots. Parce que j'ai repris, mais j'ai repris à 60%. Dans un cadre où je peux avoir des consultations qui durent 45 minutes à une heure, ce qui est très confortable, parce qu'en médecine générale, souvent c'est 20 minutes, 15. voire des fois moins. Mais là, moi, je ne peux plus travailler comme ça rapidement, en fait, parce que j'ai perdu quand même des capacités de concentration et puis de travail, je vais dire, rapide. Donc, moi, j'ai besoin de temps. Et puis, c'est beaucoup mieux pour les patients et pour tout le monde. C'est ce qu'il devrait être, je pense, 45 minutes. Voilà, 30 à 45 minutes, ce serait des... Bonne consultation.
- Speaker #0
Tu es toujours en pédiatrie, non ? Tu as changé de service maintenant ?
- Speaker #1
Non, toujours plus avec les enfants.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des gestes qui t'aident à te reconnecter à toi au quotidien ? Des rituels ?
- Speaker #1
Alors, j'ai la chance de travailler à côté de la mère. Et en même temps, c'est parce que j'ai... Je me suis donné cette chance-là aussi d'y trouver un travail qui était à côté de la mer, parce que ça m'apaise beaucoup. Et donc, je peux sortir entre midi et deux, voir la mer. Et même si j'ouvre, j'ai vraiment beaucoup de chance, j'ouvre ma fenêtre et j'entends le bruit des vagues. Et ça, ça me reconnecte bien à moi-même. Et après, un peu la respiration, mais vraiment plus ce son qui m'apaise.
- Speaker #0
C'est génial.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Dans ton livre, tu as choisi une construction très forte, c'est-à-dire qu'on vit avec toi l'avant-burnout, l'accident et après toute la reconstruction. Ce qui m'a frappée, c'est vraiment à quel point le burnout met du temps à être nommé. Et plus la remontée est longue, comme on disait tout à l'heure. Pourquoi c'était important pour toi de montrer ce décalage entre finalement presque du temps perdu qui a été mis à diagnostiquer vraiment le burnout ?
- Speaker #1
Parce que justement, je voulais montrer qu'il y avait quand même un délai important entre le début des symptômes et le fait où vraiment je m'effondre. Alors, il y a deux choses qui sont, j'allais dire, bien. C'est-à-dire que pour les gens qui sont au début, c'est-à-dire que dès qu'il y a les premiers symptômes et si l'arrêt se met, si on arrive à s'arrêter à ce moment-là et que le burn-out soit diagnostiqué à ce moment-là, forcément, ça va être plus facile. pour la reconstruction, comme tu disais, parce que plus on attend avant de s'arrêter, plus l'arrêt sera long. Donc si sur les premiers symptômes, déjà le diagnostic est posé et que la personne s'arrête, à ce moment-là, ce sera plus facile de remonter. Donc déjà ça. Et puis après, la deuxième chose, c'est que oui, c'est un peu parcours du combattant, même pour les médecins, pour s'arrêter. En plus, il y avait le déni, le fait de dire non, ça va aller mieux. Enfin voilà, il y a des choses en plus, mais éviter un peu ce parcours-là du combattant.
- Speaker #0
Je rebondis, du coup, tu viens de dire non, je vais aller mieux. Quelle est la place du mot non dans ta vie ?
- Speaker #1
Eh bien oui, effectivement, au début, je ne savais pas trop dire non. C'était compliqué. Et maintenant, j'apprends, j'apprends encore. à me préserver et à poser des limites un peu plus tôt que ce que j'ai pu faire avant, voire que je n'en posais pas. Donc effectivement, le nom maintenant prend un peu plus de place.
- Speaker #0
Là, j'ai envie de te poser une question, mais c'est à la médecin que je la pose. Comment est-ce qu'on fait la différence, là c'est pour les gens qui nous écoutent, entre une dépression postpartum Une dépression parce qu'il y a une chute d'hormones, un préménopause et un burn-out ?
- Speaker #1
Bon, alors, en se partant, déjà, il faut avoir accouché, on est d'accord. Et préménopause, on va être près de la mémorose. On est d'ici d'accord pour les deux termes. Mais vraiment, finalement, c'est quand même la différence entre dépression et burn-out, finalement, que tu me poses encore. Mais la dépression, il y a quand même ce qu'on appelle... une anhédonie, c'est-à-dire une perte des envies. On n'a plus envie de... Ça n'existe pas normalement dans le... C'est pas qu'on a...
- Speaker #0
Enfin, j'allais dire qu'on n'a plus envie d'aller au travail, mais ça c'est la cause parce que le travail nous fait souffrir. Mais on garde nos autres envies, c'est-à-dire si on a envie de lire, d'aller à la mer, d'être avec nos enfants, alors que dans la dépression, on n'a plus envie de rien faire. Il y a la tristesse aussi qui n'est pas forcément présente dans le burn-out et qui l'est dans la dépression. Et après, il y a la fatigue. Alors la fatigue, c'est vrai qu'il y a des symptômes qui se ressemblent parce que la fatigue, elle est dans les deux, dans la dépression, dans le burn-out. Mais dans le burn-out, en fait, quand on se repose, la fatigue persiste. Il faut vraiment un repos très long. Ce n'est pas parce qu'on va dormir deux jours d'affilée qu'on va récupérer notre énergie. En fait, comme les batteries se sont tellement vidées qu'il faut vraiment du temps pour que ça remonte. Après, dépression, il faut faire attention. Parce que peut-être tu voulais me poser la question entre burn-out parental et dépression postpartum.
- Speaker #1
Ma prochaine question, c'était ça. Un burn-out parental, comment tu fais ? Puisqu'un burn-out avec ton travail, tu ne vas plus au travail. Un burn-out parental, tu ne peux pas du coup ne pas retourner chez toi, j'imagine ?
- Speaker #0
Oui, ça c'est sûr. Après, le burn-out parental, c'est pareil, c'est un état d'épuisement psychologique qui arrivent parce qu'il y a beaucoup à faire avec les enfants. Mais ça, ça peut arriver souvent chez les personnes aussi qui ne dorment pas parce qu'il y a des enfants qui se réveillent beaucoup la nuit. Et en fait, il y a l'accumulation de cette fatigue et du stress que procure le Fédéral Parent qui va déclencher aussi le burn-out. Mais c'est toujours stress, fatigue ? Et surcharge de travail, mais il peut y avoir une surcharge aussi de travail et une surcharge mentale quand on est maman. De toute façon,
- Speaker #1
on peut faire un burn-out parental qui va avec un burn-out...
- Speaker #0
Oui, on peut faire les deux. Là, c'est très compliqué.
- Speaker #1
On peut faire un mix.
- Speaker #0
Oui, ça peut exister, les mix.
- Speaker #1
D'accord. Donc, c'est important quand même de bien se faire diagnostiquer par les bonnes personnes et de mettre vraiment des mots sur un diagnostic vraiment précis en tout cas pour...
- Speaker #0
Et c'est vrai que je dirais aux gens qui ont peur d'aller chez le psychiatre que c'est quand même bien d'y aller parce qu'eux arrivent à faire vraiment des diagnostics plus précis. Parce qu'en tant que médecin généraliste, même moi quand j'étais généraliste, c'est plus compliqué pour nous parce que justement, je viens de le dire, il y a des symptômes qui se ressemblent. Et faire la part des choses entre les deux, c'est mieux d'être psychiatre parce qu'ils sont plus habitués à avoir des patients forcément et à avoir un diagnostic plus fin. Donc ne pas hésiter non plus à aller prendre un avis chez le psychiatre pour affiner le diagnostic.
- Speaker #1
Et à ton avis, pourquoi est-ce que les gens ont peur d'aller chez le psychiatre ou chez le psychologue ?
- Speaker #0
Parce que longtemps, dans l'inconscient, les psychologues et les psychiatres c'était pour les fous ! Non mais c'est vrai on entend souvent cette phrase et c'est tabou parce que les gens du coup ne disent pas et par contre quand on leur dit : "ah bah moi du coup du coup, je me fais suivre par un psychologue ou une psychologue. Là, ils disent « Ah bah moi aussi, j'y suis allée » . Comme si, du coup, ils allaient s'autoriser à dire « Ah bah moi aussi, je ne vais pas bien » ou « Moi aussi, à un moment donné dans ma vie, ça n'allait pas et j'ai pu consulter quelqu'un » . Donc il faut se sortir.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que c'est encore tabou chez... Je trouve que les femmes, là, on commence un peu à en parler un peu plus, mais c'est vrai que c'est encore un petit peu tabou, c'est dommage parce que ça fait tellement de bien au même titre que d'aller voir un ostéopathe ou... Un chiropracteur ?
- Speaker #0
Oui, c'est se soigner l'esprit. On va dire ça comme ça. Se soigner ou se faire du bien, s'apporter du bien-être au niveau de l'esprit. S'occuper du corps et de l'esprit, c'est bien les deux.
- Speaker #1
Dans ton livre, tu écris « Plus vite je reprendrai le chemin des consultations, mieux je me porterai » . Donc ça, c'est assez bouleversant parce que c'est vraiment... Tu t'inquiètes de l'image que tu penses renvoyer à tes enfants ? donc celle d'une femme fragile qui n'arrive plus à tout mener. Pourquoi est-ce que c'est important de montrer dans ton livre que justement on est attaché à cette image-là de maman parfaite, de femme parfaite, d'épouse parfaite, de femme médecin qui réussit ? Pourquoi est-ce que c'est important là de dire « non, ça arrive à tout le monde, plus ou moins » ?
- Speaker #0
Oui, c'est pour essayer de déconstruire un peu cette idée qu'on se fait de « je me dois » . Il peut paraître que les injonctions, je me dois d'être parfaite en tout. Donc voilà, d'être la maman parfaite, la femme parfaite, la médecin parfaite ou la personne qui travaille de façon... Et de se dire, on a le droit de ne pas être bien et surtout essayer de prendre soin de soi. Ce n'est pas ne plus s'occuper des autres, c'est juste prendre soin de soi pour pouvoir après mieux s'occuper des autres. Et ça, c'est compliqué encore à intégrer dans la société et puis alors à se le dire pour soi-même.
- Speaker #1
Moi, je me rappelle d'une médecin, je crois que c'était la pédiatre, qui m'avait dit dans un avion, on vous dit toujours que c'est la maman qui doit mettre d'abord le masque à oxygène et ensuite vous le mettez à vos enfants. C'est vrai que cette image, je trouve qu'elle est très parlante, c'est-à-dire que si on va bien, ils iront bien. Et de toute façon, on est d'accord que la femme parfaite n'existe pas. Oui. Pour toi, qu'est-ce qui, dans le système de santé actuel, fabrique l'épuisement des médecins généralistes ?
- Speaker #0
Vaste question ! Mais je dirais qu'en premier, c'est quand même la pénurie de médecins qu'on prend un peu de plein fouet maintenant. Parce que ça met longtemps à former des médecins, ça met plus de 10 ans. Donc 9 ans pour les généralistes et après entre 10 et 14 ans pour les spécialistes. Donc il y a quand même cette pénurie qui dure. Et puis on est au papy et mamie boom, je vais dire, où il y a beaucoup de médecins qui sont à la retraite. Alors ils continuent encore ! Mais s'il s'arrêtait, ce serait vraiment encore plus compliqué. Donc déjà la pénurie. Après il y a aussi toutes les restrictions budgétaires et la gestion du service public, hôpital, etc. qui fait qu'on manque de moyens et qu'à chaque fois on grignote un peu sur nous Donc, c'est compliqué. On a la surcharge de travail qui s'accumule avec la pénurie. Enfin, donc, ça s'additionne en fait.
- Speaker #1
Oui, on rogne un petit peu sur l'humain en plus. Qu'est-ce qui doit changer selon toi pour que les médecins puissent continuer de soigner mais sans se sacrifier ? Si tu pouvais être ministre de la Santé, qu'est-ce que tu changerais là tout de suite maintenant ?
- Speaker #0
Là tout de suite maintenant ? Le problème, ce que je disais, c'est qu'il y a une pénurie. Mais comme il faut attendre avant que les prochains médecins sortent, là, c'est un petit peu compliqué. Alors, ils essayent de pallier en formant des infirmières. Ça, c'est déjà pas mal. Avoir plus de prévention pour les médecins. et les personnels soignants. Parce que du coup, si les médecins et les personnels soignants vont mieux, il y aura une prise en charge qui sera quand même meilleure. Et puis un peu, j'allais dire éduquer, mais le terme est un peu peut-être fort, les patients aussi pour quand est-ce qu'on a besoin de consulter. Parce que des fois, il y a des consultations où les gens, c'est pas de leur faute, c'est pas ça que je veux dire, mais la société, c'est tout, tout de suite, tout maintenant. Petite chose, il faut aller le traiter. Il faut consulter. Donc peut-être se dire, certains symptômes, on a mal au dos depuis deux jours, c'est peut-être pas la peine d'y aller tout de suite. Peut-être attendre un peu, sans dégrader la prise en charge. Vraiment, en ayant une éducation. C'est pour ça que je parlais d'éducation. En disant, tel symptôme correspond à telle pathologie. Mais si ça passe au bout de trois, quatre jours, il n'y a pas besoin de consulter le médecin. Donc peut-être cette... notion aussi.
- Speaker #1
Là, il y a des campagnes en ce moment où il y a déjà eu les antibiotiques, c'est pas automatique ou en ce moment là, on a beaucoup à la radio les arrêts maladie, c'est vraiment ton médecin de décider, etc. Qu'est-ce que tu en penses de cette campagne ?
- Speaker #0
Eh bien oui, c'est vraiment au médecin de décider mais justement, comment dire, c'est déjà le médecin qui décide les arrêts maladie donc si on fait des arrêts maladie, c'est parce que les patients en ont besoin. C'est toujours pareil, c'est que parce qu'il y a eu quelques abus à une certaine époque ou pour certaines personnes, que maintenant du coup les médecins généralistes et tous les médecins sont hyper contrôlés. Mais dans 99% des cas, les médecins font des arrêts parce que les gens ne vont pas bien. Notre but ce n'est pas d'arrêter les gens sans qu'ils aient de raison valable médicale.
- Speaker #1
Avec quoi est-ce que tu te fous la paix maintenant ?
- Speaker #0
Avec quoi ? Ben je me laisse dormir le matin, on va dire ça. Ce que je m'autorisais pas forcément justement parce que je me disais il faut que je sois levée pour les enfants, pour le genre et là effectivement le week-end... Je fais les grasse-mattes, comme on dit.
- Speaker #1
Si ton rythme naturel n'avait pas à s'adapter à celui des autres, que tu abandonnerais en chemin ?
- Speaker #0
C'est vrai qu'il y a un peu de ça. Moi, je suis plutôt hyper concentrée le soir, enfin le soir entre 18h et 11h, on va dire, ou peut-être 17h, 11h. Et le matin, par contre, moi, mon rythme, c'est plutôt dormir le matin et après partir sur la journée, être efficace plus entre 11h et 11h. Oui, c'est ça, mon rythme 11h-23h.
- Speaker #1
Et du coup, qu'est-ce que tu retrouves en t'autorisant ça ? En dormant le week-end, qu'est-ce que tu retrouves ?
- Speaker #0
Je retrouve de l'énergie que j'avais plus et de l'énergie pour faire ce qui me plaît. Sinon, j'ai envie de m'occuper des enfants, faire plein de choses.
- Speaker #1
Dernière question signature, ça veut dire quoi pour toi réussir sa vie ?
- Speaker #0
Je dirais maintenant que réussir sa vie, c'est surtout faire ce qu'on aime, être alignée avec ce qu'on est. Et j'allais dire s'éclater dans ce qu'on fait.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, tu dirais que c'est quoi ton juste rythme pour être alignée justement ?
- Speaker #0
Le juste rythme, c'est pour moi d'essayer d'adapter un peu le travail et toutes les activités qui me redonnent de l'énergie. Donc, d'intégrer la danse, l'écriture, un peu la méditation, le yoga, d'être avec mes enfants. Tout ce qui m'apporte du bien-être, essayer d'équilibrer toute cette partie-là et le travail.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu dirais à la Magali d'il y a, je dirais, 10 ans, si tu pouvais ?
- Speaker #0
Oui ! Écoute-toi et protège-toi !
- Speaker #1
Une femme qui sent qu'elle est au bord du burn-out, qu'est ce que tu aurais envie de lui dire aujourd'hui avec ton coeur ?
- Speaker #0
Un peu ça : écoute toi et arrête toi ! Du coup oui il faut vraiment prendre soin de soi et le plus rapidement possible pour pouvoir remonter.
- Speaker #1
Donc prendre soin de soi physiquement ça suffit pas, il faut aussi vraiment prendre soin de soi mentalement on dirait ou... Oui et s'apaiser au niveau mental aussi. C'est aussi important que le corps, au final. Comme dans le podcast, on parle de cœur-corps-tête, c'est important de le dire. Si tu étais un paysage, lequel serais-tu ?
- Speaker #0
La mer.
- Speaker #1
Si tu étais une odeur de ton enfance ?
- Speaker #0
Le chocolat, c'est aussi évident pour ceux qui me connaissent.
- Speaker #1
Si tu étais à une musique pour danser dans ton salon ?
- Speaker #0
Alors, celle de Flashdance.
- Speaker #1
Si tu étais une posture de yoga ?
- Speaker #0
J'allais dire comme une fleur de lotus près du cœur. Ça n'existe pas, mais je dirais ça.
- Speaker #1
Tu l'as inventé, c'est très bien. Si tu étais un plat réconfortant ?
- Speaker #0
Une crêpe au chocolat.
- Speaker #1
Enfer de chocolat. Désolée.
- Speaker #0
J'adore.
- Speaker #1
Et enfin, si tu étais un objet qui te reconnecte à ton juste...
- Speaker #0
Un joli stylo.
- Speaker #1
Superbe. Merci beaucoup Magali d'avoir partagé tout ça avec nous. Et qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite ?
- Speaker #0
Merci Marion. Oh ben justement, j'allais dire réussir ma vie sur la vision, je m'éclate.
- Speaker #1
Alors je te souhaite de beaucoup t'éclater.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
Merci Marion.
- Speaker #1
Merci d'avoir partagé ce moment avec nous dans le juste rythme. J'espère que cet épisode vous a offert un souffle, un sourire. ou une idée à glisser dans votre quotidien pour avancer un peu plus à votre rythme. Si cet échange vous a plu, parlez-en autour de vous et abonnez-vous à votre plateforme préférée. Laissez un commentaire, c'est ce qui permet au podcast de rayonner. Pour découvrir d'autres épisodes ou me contacter, rendez-vous sur le juste rythme. Et si une femme inspirante vous vient à l'esprit, écrivez-moi, elle pourrait être ma prochaine invitée. A très bientôt et d'ici là, prenez soin de votre cœur, de votre corps et de votre tête.