- Speaker #0
Bienvenue dans Le Juste Rythme, le podcast qui explore le cœur, le corps et la tête. Je suis Marion Béchade, une femme, une mère, une entrepreneuse passionnée mais souvent débordée, en quête chaque jour d'un peu plus de sérénité. Un podcast pour se déculpabiliser et peut-être se donner une nouvelle impulsion. Cet épisode du podcast Le Juste Rythme est soutenu par l'Auberge Basque, un hôtel-restaurant, relais et châteaux, un lieu unique au cœur du Pays Basque. qui invite à ralentir, à se reconnecter à ses cinq sens et à prendre un temps pour soi. L'endroit parfait pour retrouver son juste rythme. Dans mon épisode avec Marie-Aude Vira, nous avons parlé de son enfance auprès de parents agriculteurs, de cette valeur travail qu'il a construite et qui guide encore aujourd'hui chacune de ses décisions. Nous avons également évoqué la traversée de la maladie puis la disparition de son mari Serge Vira, chef doublement étoilé. et tout ce qu'elle a dû reprendre, porter, assumer dans ses maisons comme auprès de ses deux enfants. Elle raconte aussi avec beaucoup de sincérité combien elle s'oublie encore parfois en tant que femme parce que ses priorités pour l'instant ce sont ses entreprises et ses enfants. Et puis il y a ses petites présences qui comptent énormément dans son quotidien, ses Ausha qui lui apportent douceur et réconfort. Un échange profond, sensible, ancré, qui parle de résilience, de responsabilité mais aussi d'espoir et de reconstruction. Je vous laisse découvrir le juste rythme de Marie-Aude. Bonjour Marie-Aude.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Avant qu'on commence, je voulais savoir dans quelle énergie tu es ce matin ?
- Speaker #1
Je suis en pleine forme, il fait beau, il fait froid mais c'est normal puisqu'on est au mois de décembre et on est dans le Cantal, mais il y a un beau soleil donc tout va bien.
- Speaker #0
Super. Si je crois que tu es en fermeture actuellement avec ton établissement, si tu devais me décrire ton rythme actuel, en quelques mots, lesquels choisirais-tu ?
- Speaker #1
Là aujourd'hui, vu qu'on est fermé, il faut quand même se lever le matin pour aller emmener les enfants à l'école. Moi je ne suis pas du tout du matin, mais voilà, il faut se lever le matin de bonne heure, aller emmener les enfants à l'école et puis après quand je rentre, c'est quand même un rythme un petit peu plus calme, donc un petit café tranquille, me préparer. Et après en général j'ai pas mal de personnes à appeler pour toute la partie recrutement, puisqu'on essaye de faire ça sur décembre, puisqu'une fois que c'est fait au moins on est tranquille. Et en même temps, ce matin par exemple, je travaillais sur des nouveaux bons cadeaux qu'on va mettre en place. Il y a aussi prochainement des rendez-vous à Calais avec des artistes pour de la vaisselle ou autre. Voilà, donc c'est des moments de travail. Mais en général, je sais qu'à 16h, je termine ma journée. J'essaye pour récupérer ma petite à l'école qui est à 9 ans. C'est vrai que l'hiver, j'essaye d'être plus disponible, de la récupérer. Et puis en plus aujourd'hui, c'est l'anniversaire de mamie, donc de ma maman. Donc voilà. Plein de belles choses.
- Speaker #0
Super. Si on remonte un petit peu dans le temps, qu'on revient à ce qui t'a construite, je sais que tu es fille d'agriculteur, qu'est-ce que ton enfance t'a transmis ?
- Speaker #1
Justement, comme mes parents étaient agriculteurs, c'était de travailler. C'est vrai que je le dis souvent aujourd'hui que le travail, c'est la santé, mais c'est surtout parce que je pense que j'ai toujours vu mes parents travailler. C'était 365 jours puisqu'ils étaient agriculteurs et qu'on avait des chèvres. Donc, il fallait les traire matin et soir. Donc, la question ne se posait pas si on partait en vacances pendant une semaine ou deux, puisque ça n'existait pas. Ils travaillaient tous les jours, ils se levaient de bonheur tous les jours. Mais voilà, on avait beaucoup d'amis, on faisait beaucoup de choses. Mais c'est vrai que le travail rythmait notre vie.
- Speaker #0
Et quelle valeur tu portes encore aujourd'hui grâce à cette enfance dans la campagne ?
- Speaker #1
J'aime beaucoup recevoir des agriculteurs. J'aime bien le milieu agricole, donc je suis toujours intéressée d'aller rencontrer de nouveaux agriculteurs avec qui on peut travailler, que ce soit pour des fromages, pour de la crème, pour des légumes. Et puis moi, j'ai la chance d'être dans un très bel endroit en pleine nature. Et c'est vrai que travailler la terre, jardiner, on adore ça.
- Speaker #0
Et justement, la terre, le vivant, le rythme agricole, est-ce que ça t'a… Après, des choses que tu utilises encore aujourd'hui pour te recentrer ?
- Speaker #1
Je pense que si justement on fait ce beau métier, c'est parce qu'on a tous ces agriculteurs qui sont autour de nous, qui nous proposent des super produits. Et nous, en fin de compte, on sublime ces produits, mais en fin de compte, on dépend de ce monde agricole. C'est ça qu'il ne faut pas oublier. Quand je dis le monde agricole, c'est aussi bien les agriculteurs pour les céréales. Quand je parle des céréales, je parle des boulangers. mais pour les fromages de chèvre, pour tous les fromages, mais également tout le milieu. Pour moi, les viticulteurs sont d'abord aussi des agriculteurs, même si souvent c'est un peu différent. Mais voilà, c'est des agriculteurs, ils travaillent la terre, ils récoltent le raisin. Moi, j'aime bien parler des « petits viticulteurs » parce qu'on travaille avec plein de petits viticulteurs qui sont autour de nous et qui sont accessibles où on peut discuter tout simplement du vin et on a des vins qui restent avec des tarifs raisonnables.
- Speaker #0
D'ailleurs, on dit généralement les vignerons et les viticulteurs. Comme je suis fille de vigneron du coup, je comprends complètement.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a un geste ou une phrase que tes parents t'ont transmis et qui te revient souvent quand il faut prendre des décisions ? On pouvait toujours accueillir à n'importe quel moment de la journée du monde à la maison. La maison était toujours grande ouverte et il fallait toujours... Tu sais, l'idée de rajouter un couvert, c'était très vrai à la maison. C'est-à-dire que quand il y avait quelqu'un qui n'avait pas de toit dans le village, on appelait qui ? On appelait mes parents parce qu'ils savaient qu'ils allaient trouver une solution, qu'ils allaient déjeuner ou dîner avec nous à la table. On partageait beaucoup la table et qu'on lui trouverait forcément une solution pour dormir quelque part. Donc, je crois que c'est surtout le partage avec peu de choses. Mais en fin de compte, moi, mes parents, c'était des repas toujours très simples. Mais en fin de compte, avec des œufs quand tu es à la ferme, avec du pâté de lapin et trois légumes, tu peux accueillir, en fin de compte, juste nourrir, passer un bon moment.
- Speaker #0
De belles valeurs. Si on revient à ton métier actuel, comment est-ce que tu décrirais ton rôle aujourd'hui à la tête de vos maisons ?
- Speaker #1
Alors aujourd'hui... Je suis devenue une chef d'entreprise. Je suis très fière d'avoir ces deux maisons, le relais des châteaux Serge Vira et l'établissement Soudade. Après, moi je suis un peu une touche à tout, c'est-à-dire qu'on gère aussi bien les embauches que les équipes. Moi je gère bien sûr plus les équipes de salle et de semellerie, mais je suis là à tous les services midi et soir, c'est pour moi très important. En plus, aujourd'hui, quand on vient dans la maison Serge Viera, pour moi, c'est un devoir d'être présente puisqu'ils viennent voir quelqu'un aussi de la maison Viera et je porte le nom. Mais déjà avant, c'était comme ça. En fin de compte, pour moi, souvent avec Serge, on disait, moi je disais en fin de compte, dans un bateau, il ne peut pas y avoir de... Il faut qu'il y ait toujours un capitaine. Donc si Serge devait être absent, j'étais forcément là. Il me l'a des fois reproché que quand il y avait des très beaux événements où il partait dans des magnifiques endroits, il me disait tu sais quoi, j'étais le seul chef qui n'avait pas sa femme. Mais parce que pour moi, quand les clients viennent... c'est important qu'ils voient la personne qui a créé ce lieu.
- Speaker #0
Exactement. Qu'est-ce que ton métier a façonné en toi comme femme ?
- Speaker #1
C'est difficile à exprimer, mais tu vois aujourd'hui quand j'ai créé ces événements femmes de caractère, je trouve que ça correspond exactement à ce que je voulais. C'est-à-dire que femmes de caractère dans les deux sens, oui il faut avoir du caractère parce que la vie n'est pas facile. J'avais toujours dit que la vie n'était pas un long fleuve tranquille, mais je n'avais jamais imaginé à quel point. Et d'un autre côté, femme de caractère, parce qu'on est dans cet endroit magique au milieu de la campagne et en pleine nature. Mais je crois qu'en fin de compte, la vie nous apprend qu'on peut faire beaucoup, beaucoup de choses et qu'on ne pense pas forcément être une personne forte à la base et que la vie, oui, nous forge le caractère.
- Speaker #0
Les femmes de caractère, est-ce que tu peux nous décrire un petit peu ton projet quand t'as voulu créer ces dîners et où est-ce que t'as envie que ça aille encore ce projet-là ?
- Speaker #1
Alors pour expliquer tout au départ, l'année dernière on a fêté les 15 ans de la maison. Donc pour fêter les 15 ans de la maison, j'ai invité plein d'amis chefs, Franck Putla, Patrick Bertrand, plein d'autres, Frédéric Beau etc. On a fait une super affiche qui a été mise dans le restaurant et... En fin de compte, je me suis rendue compte quand on a fait cette affiche avec tous ces portraits. Donc 28 chefs qui n'avaient quasiment que des hommes. Et je me suis dit quand même en fin de compte... Alors j'ai invité que des amis, mais du coup je me suis dit c'est que des hommes quand même qui m'entourent pratiquement. Il y avait Mercode qui était quand même dessus. Et je me suis dit non mais ce n'est pas possible. Il faut quand même... J'ai envie de créer un événement qui va être dédié entre guillemets aux femmes. Donc j'en parle à Camille Carlier qui est mon attachée de presse et je dis ouais je vais faire une soirée femme. Je vais inviter des femmes chefs. Et puis du coup, si j'invite des femmes chefs, je vais inviter des femmes vigneronnes. Et puis du coup, je vais l'ouvrir, je vais inviter des femmes producteurs. Et donc elle me dit, une super idée, mais par contre, il faut lui trouver un titre. Et moi, je ne voulais pas que ce soit une soirée femme entre guillemets MeToo. Ce n'était pas ça du tout l'idée. C'était de mettre les femmes en avant pour le savoir-faire de chacune. Et en fin de compte, elle me dit, tiens, par rapport à tout ce que tu me dis et à ton caractère, soirée femme de caractère TE2RE, ça correspond exactement Et là, j'ai dit « mais c'est exactement ça » . Tu vois, c'était vraiment une évidence que le nom correspondait à la soirée. Et après, on a créé aussi un logo pour cette soirée. En fin de compte… qui est d'ailleurs, je suis dupe de l'affiche qui est là. Et en fin de compte, c'est des fleurs sauvages parce que j'adore les fleurs sauvages et que c'est des fleurs qui sont beaucoup plus résistantes que les autres puisqu'elles poussent toutes seules dans la nature. Soirée Femmes de Caractère, voilà donc on a créé ce logo et ça a été un super grand succès. Toutes les femmes que j'ai invitées étaient ravies, tous les clients qui sont venus ont trouvé cette soirée magnifique. Et du coup à la fin de cette première soirée, qui a été un grand succès, J'ai dit ouvertement à tout le monde, ça sera la première soirée, mais l'année prochaine, il y aura la seconde. Parce que ça m'a vraiment plu et que j'ai adoré travailler avec toutes ces femmes.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un moment dans ta carrière qui t'a le plus façonné ou structuré pour ce que tu es aujourd'hui ?
- Speaker #1
Je crois que c'est tout un ensemble. En fin de compte, j'ai eu la chance... Moi, j'ai fait l'école hôtelière. Et quand en fin de compte, j'avais 14 ans et demi... J'avais dit à mes parents, je veux faire l'école hôtelière. Donc là, c'était une grande surprise pour mes parents puisque ce n'était pas du tout un monde que l'on connaissait. Donc j'ai fait l'école hôtelière et j'avais qu'une envie, c'était quand je sortais de l'école hôtelière, c'était de rentrer dans une grande maison étoilée. Et en fin de compte, j'ai eu la chance de rentrer directement chez Marc Menaud qui avait trois étoiles à l'époque. Et cette maison assez luxueuse m'a vraiment beaucoup plu. Ma force m'a forgé un peu le caractère aussi parce que c'était quand même une maison qui était un peu… un peu difficile à l'époque. Mais aujourd'hui, j'en garde que les côtés positifs. C'était difficile, on faisait beaucoup d'heures. Mais tous nos amis, en fin de compte, viennent de cette époque-là. J'y suis rentrée en 99 et en fin de compte, tous mes meilleurs amis ont s'est connus là-bas.
- Speaker #0
Et après, tu es aussi passée chez Marcon ?
- Speaker #1
Voilà, après, avec Serge, on a voulu changer de maison, puisqu'au bout de trois ans et demi chez M. Menaud, on s'est dit, voilà, Serge avait vraiment envie, mais vraiment, vraiment envie d'aller travailler chez Régis Marcon parce que c'était la maison des concours et que ça le passionnait. Donc du coup, on a postulé tous les deux chez Régis, je me rappelle, avec une lettre au pluriel parce qu'on voulait que c'était tous les deux ou personne. Régis nous a accueillis dans cette maison qui était vraiment par rapport à l'accueil et par amour au côté bien-être et culturel Et famille complètement différente. On arrive dans une petite structure, je veux dire dans un petit village où tout le monde se connaît, tout le monde s'embrasse, ce côté très familial. Nous, il nous a fallu un petit peu de temps pour nous adapter parce qu'on est arrivés d'une maison qui était quand même plus bourgeoise, qui était différente. Et après, ce qui nous a beaucoup plu, c'était cette vie à la campagne. Nous, on habitait dans une petite maison à la campagne et on était super bien.
- Speaker #0
Quand tu as rencontré Serge, c'était à la Maison Meneau ?
- Speaker #1
Ah non, c'était bien avant.
- Speaker #0
Bien avant. Alors vas-y, raconte-nous.
- Speaker #1
Moi, j'étais à l'école hôtelière et mon prof de technologie me dit « Dernière année de bac pro, tu vas faire un stage au château de Marseille qui était à Chinon, c'est-à-dire à 30 minutes de ma maison. En plus, si ça vous va, tu pars avec ta meilleure amie Aurélie. » Donc là, forcément, tu te dis que c'est top et dans une maison étoilée. Donc on arrive dans cette maison étoilée avec Aurélie et en fin de compte, il y avait un mois en cuisine et un mois en salle. Donc un mois en cuisine en juin et un mois en salle en septembre. Et ma meilleure amie, elle me dit, puisqu'on était toutes les deux pour le métier de la salle, elle me dit « Ah moi je commence pas par la cuisine » . Moi je dis « Bah moi je commence par la cuisine » . Donc en juin, j'arrive au château de Marseille et je me souviens, j'arrive en cuisine et le chef qui s'appelait Laurent Pichard me dit « Bah vous travaillerez avec Serge Vira » . Et là, moi j'étais toute fine, les cheveux bien tirés, la petite tresse et tout. plutôt un grand gaillard. Et en fin de compte, on travaillait tous les jours ensemble. C'est très, très bien entendu. D'ailleurs, le chef de la BOC voulait m'embaucher pour juillet-août, mais mes parents avaient dit « Non, t'as perdu trop de poids, tu ne vas pas aller travailler là-bas, c'est nos dernières vacances en famille. » Et après, j'y suis retournée du coup en septembre en salle et là, on s'est un petit peu rapprochées. Quand j'ai fini mon stage, on n'était pas ensemble, mais on se voyait très souvent. Et après, un jour, il est venu m'inviter à Tours au cinéma et on est sortis ensemble et on ne s'est plus jamais quittés.
- Speaker #0
Waouh ! Qu'est-ce qui t'a le plus plu chez Serge au début ?
- Speaker #1
Au début, c'était tout un ensemble. En fin de compte, il était très gentil. Physiquement, je ne sais pas pourquoi, c'était la personne qui me correspondait. On s'entendait sur plein de sujets. Il venait d'une famille très modeste, donc on s'entendait bien. C'était le premier amour de ma vie. Donc du coup, je ne sais pas, quand on dit que c'est une évidence, en fin de compte, c'était lui.
- Speaker #0
Après, vous avez décidé à quel moment d'ouvrir quelque chose tous les deux ensemble ?
- Speaker #1
Alors quand on était chez Régis Marcon, on en parlait souvent qu'on avait notre projet un jour d'ouvrir notre maison. Et en fin de compte, ce qui a fait tout accélérer, c'est que quand Serge a gagné le Bocuse d'or en 2005, Régis nous a dit lui-même Maintenant, si vous avez envie de vous installer, c'est maintenant. C'est maintenant. En fin de compte, tous les feux sont ouverts. Vous pouvez demander des crédits à des banques. Serge est devenu connu du jour au lendemain. Et en fin de compte, on s'est dit que c'est vrai, on est jeune, mais ce n'est pas parce qu'on est jeune qu'on ne peut pas créer quelque chose. Donc, on a décidé de quitter la maison Marcon, même si on est resté en super bon terme. Serge faisait beaucoup de stages pour Régis. Moi, je suis allée à l'université du vin de Suse-la-Rousse parce que je savais que ça me manquerait. Donc, je suis allée faire une formation dans le vin. Et en même temps, on a commencé à chercher petit à petit des lieux. Donc, au départ, on a cherché, on a visité des anciennes maisons de retraite, des anciennes écoles, des terrains. Et à un moment, on s'est dit, mais on ne va jamais trouver quelque chose. On est peut-être trop difficile. On ne voulait pas reprendre un restaurant parce qu'on ne voulait pas entendre. Un, avant, c'était comme ça. Et on a eu la chance que par hasard, Yves Meunier, qui était un journaliste qui nous avait suivis pendant le Bocuse d'Or, un jour nous appelle et nous dit « Tiens, on va faire un petit article, un petit reportage sur France 3 Auvergne » qui va dire « Tiens, un an après le Bocuse d'Or, Serge Vira, qu'est-ce que tu es devenu ? » Donc rendez-vous calé devant la cathédrale de Clermont-Ferrand. Je me souviens, on fait ce petit bout d'interview qui passe à la télé. Un an après le Bocuse d'Or, qu'est-ce que vous faites ? Et puis nous, on dit « Clairement, maintenant, on a envie d'ouvrir notre maison. » On veut s'installer en Auvergne, on veut s'installer pas trop loin des autoroutes, on veut créer une entreprise, créer un restaurant qui sera ouvert sur la nature. Voilà ce qu'on dit. Et il y a des personnes qui nous contactent peu de temps après, Bruno Avignon et Stéphane Sautarelle, et qui disent « ben voilà, on a vu l'interview sur France 3, on aimerait vous rencontrer, est-ce que vous pouvez venir à Aurillac ? » Et on explique exactement la même chose, qu'on veut s'installer en Auvergne, en pleine nature. Mais attention, on est tout jeunes et puis derrière, il n'y a pas d'argent. Et ils nous disent très bien, on se donne rendez-vous dans un mois. Et un mois après, ils nous donnent rendez-vous au château du Couffaut. Donc, on voit cette bâtisse qui est en train de tomber un peu à la ruine, qui est très belle. Mais par contre, on se dit mais nous, s'il faut acheter le château, qui était un tout petit château, mais on n'a pas les moyens. Ils me disent non, mais de toute manière, il n'est pas à vendre. Il n'est pas à vendre, il appartient à la mairie de Chaudzègue. Ils ne savent pas quoi en faire, mais ils ont envie de faire quelque chose d'intéressant. Et on rencontre le maire, M. Brousse, Pierre Brousse, qui était un fin gastronome et qui forcément le Bocuse d'Or connaissait. Régis Marcon y connaissait. Et là, il se dit « Oui, mais il faut s'installer ici. Un jeune, ça va être très bien pour Chaudzègue, etc. » Et donc voilà, plusieurs rendez-vous se calent. Et je me souviens, on revient un jour tous les deux en moto. Parce que Serge était motard. Et on se dit, on va revenir tous les deux quand même voir. Et là, on arrive. C'était le printemps. Il y avait les jonquilles en fleurs. Il y avait une vue magnifique. Et là, on s'est dit, on va créer notre restaurant ici.
- Speaker #0
Ça va être là. Ça sera là. Tu as récemment obtenu la médaille du mérite agricole. Oui. À Bras-le-Bou d'ailleurs. Qu'est-ce qui t'a le plus touchée dans ce prix ?
- Speaker #1
Dans ce prix ? Je crois que c'est le mérite agricole, en fin de compte. C'est ce monde agricole qui me passionne. Et en même temps, c'est une reconnaissance. J'avais l'impression... Alors, il y a un ami qui m'a dit une phrase très juste, qui s'appelle Laurent, qui m'a dit « T'as vu, c'était tes parents qui ont semé toute leur vie et c'est toi qui récoltes » . Et c'était vraiment ça. Et en fin de compte, quand j'ai eu cette médaille, le mot que j'avais envie de dire, c'était de remercier forcément mes parents. Et alors, je n'ai plus que ma maman aujourd'hui. Mais c'est vrai que mon père aurait tellement été fier de cette médaille. Je crois encore plus que moi parce que c'est vrai que c'est une jolie reconnaissance. Mais je crois que c'est ça, c'est de montrer qu'on peut, qu'on est entre guillemets des ambassadeurs. Serge aimait beaucoup dire être des porte-drapeaux. C'est à nous aujourd'hui de parler de ce monde agricole parce qu'on peut, grâce à notre métier, mettre tous ces producteurs en avant. C'est surtout ça qui m'a vraiment touchée.
- Speaker #0
Dans ton discours que j'ai écouté, je crois que tu as parlé du juste goût. Et comme là, on est dans le podcast Le Juste Rythme, je voulais savoir si c'était pour toi le juste goût.
- Speaker #1
Le juste goût, je crois que c'est de ne pas trop en faire, en fin de compte. C'est d'utiliser le produit, de le sublimer, mais pas de le transformer trop. Il y avait des fois des grands chefs qui disaient « Oui, il ne faut pas utiliser plus de trois produits en même temps » . Mais je crois que c'est ça. C'est qu'en fin de compte, nous, on ne veut pas... pas transformer un produit, on ne veut pas trop... En fin de compte, moi je veux que ça reste simple et que quand on goûte un produit, on sait ce qu'on goûte et il n'y a pas de mode d'emploi. Des fois, il y a certaines cuisines où il faut expliquer, on fait comme ça, on prend comme ça, etc. Moi, je veux que ça reste simple, que ce soit lisible. Et pour moi, c'est ça le juste goût. C'est que quand on goûte un produit, on sait ce qu'on goûte, on sait ce qu'on va manger. Bien sûr, il est sublimé, bien sûr, visuellement, il est transformé, mais le goût est là.
- Speaker #0
Super. Je reviens un petit peu aussi au moment du Michelin où tu es montée sur scène. Qu'est-ce que tu voulais dire aux chefs ce jour-là ?
- Speaker #1
Ce jour-là, pour savoir quand il y a eu le guide Michelin, je rentrais de l'île Maurice où j'étais partie avec mes enfants à Troyes et c'était la toute première fois que je prenais l'avion à Troyes et je retournais au Constance Belmar où on a fait... énormément de choses avec Serge, où ça a été très dur d'y retourner parce qu'il y a toute une histoire où on est très connus à quatre. On a toujours été avec nos enfants. Ils ont fait un gros hommage à Serge. Ça a été très dur, j'ai failli repartir quand je suis arrivée. J'avais mes enfants qui étaient ravis de revenir ici. Après, j'ai retrouvé plein d'amis comme Mercode, Patrick, Marie-France. Je suis restée et j'ai passé un super moment. C'était formidable. Mais quand je suis rentrée de ce festival où je savais que j'allais au Guin Michelin, Je ne sais pas pourquoi, c'était encore une évidence, j'avais envie de dire certaines choses. J'avais vraiment envie de dire « vous voyez ce qui nous est arrivé en fin de compte » . Bien sûr, jamais de ma vie je n'aurais pu l'imaginer. Et malgré tout, en fin de compte, il faut faire attention de prendre soin de soi, de prendre soin des autres, de ne pas oublier qu'on a une famille et que c'est tellement important aussi de prendre du temps pour sa femme, ses enfants… parce que Serge était vraiment passionné de concours, il était tout le temps pris à droite à gauche et jamais je l'aurais privé de quelque chose. En fin de compte c'est pas du tout, c'est juste une alerte en disant attention malheureusement la vie elle peut vite s'écrouler et en fin de compte on pense que quand on est jeune on a toute la vie devant nous et c'est vrai que si on savait tout ça on vivrait sûrement différemment mais je crois que c'est juste pour dire voilà il faut profiter de chaque moment quand on peut partir en famille, quand on peut partir dans... On a la chance d'avoir un métier où on voyage énormément et nous, on a toujours emmené beaucoup nos enfants. Et voilà, c'est juste ça. C'est juste faites attention, la vie peut vite s'arrêter.
- Speaker #0
Comment est-ce que tu gères concrètement maintenant la charge mentale entre la maison, les enfants et la structure comme un relais château ? Ça fait beaucoup de choses. Du coup, comment est-ce que tu arrives à gérer tout ça ?
- Speaker #1
Je ne me pose pas trop de questions. En fin de compte, je dois gérer tout. C'est une obligation. Après, aujourd'hui, j'ai la chance qu'Aurélien m'épaule énormément pour les restaurants, pour les structures, pour le recrutement. Toute la partie cuisine, c'est lui qui gère tout. Je peux l'appeler n'importe quand aussi pour m'aider pour plein de choses. Après, mes enfants, ce n'est pas du tout... Aujourd'hui, heureusement que j'ai mes enfants. Je crois que la plus belle chose... au monde ce que j'ai eu ce sont mes enfants et si je n'avais pas eu mes enfants peut-être que j'aurais été beaucoup moins forte aujourd'hui pour faire tout ça c'est vrai qu'à l'époque quand ça nous est tombé dessus, Exerge voulait absolument que je continue, c'était une évidence qu'il fallait continuer pour moi mais pour les enfants voilà qu'ils soient, on vit sur place avec les enfants, on est dans un cadre de vie qui est magnifique et en fin de compte du coup tout paraît normal de rester ici.
- Speaker #0
On va changer tout ça Et on en avait parlé au téléphone, tu m'avais dit qu'il y a des non négociables maintenant. Donc je sais que c'est partir avec tes enfants en février. Est-ce qu'il y a d'autres non négociables auxquels tu dis non à tout ? Des périodes comme les vacances de février par exemple, est-ce qu'il y en a d'autres ?
- Speaker #1
Le non négociable, je crois qu'il n'y a que ces vacances de février qui sont vraiment... Pour nous, là encore, ils ne font que de m'en parler. Est-ce qu'on va aller au soleil ? Est-ce qu'on va aller à Maurice ? On va aller autre part, mais je ne veux pas en parler. C'est un secret. Mais en fin de compte, je suis toujours très heureuse de partir avec eux sur des endroits magiques. C'est vrai que nous, on est très soleil. Donc, c'est 15 jours de soleil. Pour nous, c'est indispensable. Après, les non négociables, non, il n'y en a pas. Je pense que… En fin de compte, il ne faut jamais dire non. C'est ça, je crois. Il ne faut jamais dire non tout de suite. Moi, avant, j'étais souvent... Je me rends compte. Quand des fois, Serge avait des idées, des fois, je disais « Oh non ! » ou je râlais. Et aujourd'hui, je vais être la première à proposer plein de choses parce que j'ai envie de faire plein d'événements. Et moi, ce que j'aime, c'est quand les personnes derrière moi vont dire « Ah oui, d'accord, c'est trop bien » . Je n'aime pas les gens qui râlent et je n'aime pas, et Serge ne l'aimait pas non plus, c'est quand on nous disait « Ce n'est pas possible » . Tout est possible en fin de compte. Il faut juste se donner les moyens. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, on m'invite pour pas mal d'événements, même pour les écoles hôtelières, pour être marraine de certaines choses. Et c'est vrai que j'essaye de toujours me rendre disponible. Après, c'est vrai que quand je cale les rendez-vous pendant l'hiver, j'essaye de jamais les caler les mercredis dans la mesure du possible puisque le mercredi, Maëlle ne va pas encore à l'école, la petite. Donc, j'essaye d'avoir du temps avec elle. Et le mercredi après-midi, il y a trampoline. Donc, du coup, je me dis que ce moment-là, c'est à moi de l'emmener, de passer ce moment avec elle. Elle est toujours très contente. On met la musique à fond toutes les deux et c'est notre moment à toutes les deux. Voilà, donc j'essaye le mercredi après-midi de le garder pour mes enfants. et surtout ces vacances de février qui sont avec mes enfants.
- Speaker #0
Tu as bien raison. Comment est-ce que tu répartis ton temps entre tout ? Alors, tu as dit tout à l'heure que tu ne te posais pas la question sur la charge mentale de tout ce que ça représente, mais est-ce que tu as mis en place quand même un temps pour le travail, un temps pour toi en tant que femme, des choses comme ça ?
- Speaker #1
Alors ça, en tant que femme, je crois que j'ai un peu oublié, je n'ai pas vraiment... Je n'ai pas encore réussi à me caler du temps que pour moi. La priorité, c'est mes enfants. Après, c'est mes entreprises. Et après, quand j'ai un peu de temps, j'essaye d'en prendre pour moi. Mais des fois, c'est vrai que rien ne calait un petit moment pour faire une journée shopping avec une copine, j'ai un peu du mal. Mais je me dis que c'est comme ça. Et puis plus tard, j'aurai peut-être un peu plus de temps. Mes enfants grandissent. Après, moi, j'ai la chance d'avoir un métier que j'adore. pour moi c'est juste ma passion et en fin de compte j'ai même pas l'impression que c'est du travail donc en fin de compte quand on fait ce qu'on aime tout paraît tellement simple j'ai plein de projets franchement j'ai beaucoup de projets, on va faire plein d'événements encore cette année et c'est ça qui me porte moi j'aime pas ne rien faire j'aime pas m'ennuyer, j'aime pas rien faire et en fin de compte c'est vrai que quand le restaurant ferme j'ai toujours 2-3 jours où je me dis bon il faut que j'ai des choses à faire. Je ne peux pas rester à rien faire. Et souvent, quand je voyais des femmes qui étaient mères au foyer, je me disais c'est formidable pour elles si elles sont heureuses comme ça. Mais moi, ce n'était pas possible. Je me serais ennuyée en fin de compte. Aujourd'hui, mes enfants ont pris ce rythme d'avoir une nounou le soir. Je pense qu'on a créé notre univers comme ça. Et en fait, moi, j'ai besoin de travailler. Si je ne travaillerais pas, je pense que je ne serais pas épanouie.
- Speaker #0
Et je sais, tu fais quand même des marches dans la nature un petit peu, non ?
- Speaker #1
J'essaye de temps en temps. C'est vrai que la dernière fois qu'on s'était appelé, je ne sais pas pourquoi, c'est assez rare quand même. Mais la dernière fois, oui, j'avais besoin. J'avais besoin d'aller marcher, j'avais besoin de réfléchir. Des fois, quand j'ai le temps, je vais juste marcher une heure toute seule. Je n'ai pas besoin d'être avec quelqu'un. Comme je pourrais me poser des fois et lire un livre. Avant, je ne lisais quasiment pas du tout. Aujourd'hui, je lis beaucoup de romans le soir. J'ai besoin de lire pendant une demi-heure. Mais après, j'ai aussi des fois juste besoin de me poser avec mes Ausha qui sont devenus très importants pour nous. Des fois, boire un café, se poser, prendre un livre, ça suffit pour se ressourcer un petit peu.
- Speaker #0
Quand la maladie a été annoncée pour Serge, tu m'as parlé d'injustice. Est-ce que tu peux me dire quelles émotions tu as ressenties ?
- Speaker #1
Nous, quand Serge a été... Tout au départ, quand il a eu ce malaise, on a fait venir les pompiers et qu'après, il a été hospitalisé. Ils lui ont dit qu'ils allaient faire une autopsie. Après, on a attendu trois semaines pour les résultats. Pendant trois semaines, les médecins nous avaient juste dit qu'il avait un ulcère. Et moi, franchement, tout le monde m'avait dit que l'ulcère, c'est rien. Ce n'est pas grand-chose. Du coup, j'étais vraiment dans ces trois semaines très... sereine, voilà il était juste fatigué et en fin de compte quand l'hôpital nous a contactés pour nous... ils nous ont appelés pour nous dire la nouvelle en fin de compte qu'il nous faut rentrer dans une pièce qui nous font asseoir pour moi je suis encore à mille lieues d'imaginer tout ce qu'ils vont me dire alors que Serge après m'a dit moi je le savais au fond de moi. Et quand ils m'ont annoncé ce cancer, cancer de l'estomac moi j'en ai eu, j'avais l'impression que j'en voulais à la terre entière Parce que je me suis dit, mais pourquoi ça nous tombe dessus ? Pourquoi un cancer et pourquoi un cancer de l'estomac ? J'avais l'impression que c'était la double sanction. Pour un chef, un cancer de l'estomac. Et après, forcément, tu demandes pourquoi. Alors Serge voyait que je m'énervais. Je crois que j'étais tellement énervée. Au début, je pleurais même pas parce que j'étais énervée, j'en voulais à tout le monde. Et les médecins ont dit, en fin de compte, alors la première cause, c'est le tabac. Serge n'a jamais fumé de sa vie. La deuxième, c'est l'alcool. Il ne buvait pas, pas du tout. Et après, on vous parle le stress ou les antécédents. Mais je pense que le stress est malheureusement… Moi, j'y pense beaucoup, mais on a eu beaucoup de galères avec Soudade qui a sorti de terre, etc. C'était très compliqué. Je pense qu'il y a eu beaucoup de stress. Et puis Serge, c'était quelqu'un qui ne gardait tout pour lui.
- Speaker #0
Mais tu as vraiment voulu... Moi, j'ai toujours eu cette image en fin de compte d'un puits où tu tombes dedans et tu n'as rien pour te raccrocher. Tu tombes dans un gouffre, tu tombes, tu tombes, tu tombes et tu ne sais pas quand est-ce que ça va s'arrêter. Parce que quand l'hôpital nous a dit qu'il y avait cette maladie, tu as l'impression d'aller dans un univers que tu ne connais pas du tout. Et là, c'est vraiment... Tu es complètement paumé en fin de compte.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des personnes qui vous ont accompagnées sur le chemin ?
- Speaker #0
Alors tout au départ, je me rappelle, ils nous disent : "Vous voulez voir un psychologue ? " Alors là on voit une psy, c'était une petite jeunette qui ne savait même pas qui on était. Là j'ai dit : "C'est bon, on rentre à la maison, on laisse tomber." Non en fin de compte, tout au départ, forcément on en a parlé... Je m'en rappelle, on est arrivés, on s'est garé au château et en fin de compte Serge a été dans un coin dehors sur un banc et moi j'étais sur un rocher à côté du château et j'ai appelé ma meilleure amie en premier Aurélie Et après, j'ai appelé Dominique qui est un ami de l'île Maurice. On rentrait de l'île Maurice, donc je pense que j'avais besoin de me confier à lui pour lui dire tout ça. Et Serge, après, m'a dit qu'il avait appelé Aurélien en premier pour lui dire et puis après d'autres chefs, Eric Prat, Manu Renaud, etc. Et il y a beaucoup de chefs qui lui ont dit « Tu sais, c'est pas grave, mais t'inquiète pas, faut aller voir les grands professeurs. » Et les grands professeurs, ils sont où ? Ils sont à Paris. C'est ça qu'on nous avait dit. Donc nous, le protocole ici, c'était aller à Clermont-Ferrand. Et nous, en fin de compte, on a été quand même voir à Clermont. Mais dans sa tête, je savais, je connaissais Serge. Quand on a été à Clermont, en vérité, il ne voulait pas aller à Clermont. Il voulait aller voir. Et ce que je comprends, et j'aurais fait la même chose, c'est-à-dire qu'on a été à Paris. On a été voir les plus grands. On nous aurait dit « tu vas à New York, t'es soignée » . On serait partis peut-être un an à New York, je n'en sais rien. Donc on a été à Paris et on s'est fait suivre à Paris alors que c'était quand même très compliqué, c'était très fatigant pour Serge. Et aujourd'hui, c'est sûr que je me pose souvent la question : est-ce qu'en fin de compte on a pris la bonne décision ? C'était peut-être pas ça la bonne décision. Après, je pense que cette maladie en fin de compte, parce que quand on lui a décelé le cancer, lui c'était... alors ça porte des termes, j'ai oublié un peu tous les noms mais... C'était quelque chose qui était caché en fin de compte au niveau de l'estomac et je pense qu'il l'avait depuis très longtemps. Mais qu'on ne savait pas parce que pendant un an il était très très très fatigué et c'est pour ça que j'avais aussi voulu parler au guide Michelin, c'est qu'à un moment, il faut savoir s'écouter. Et quand à un moment, physiquement, on est épuisé, ce n'est pas notre métier qui nous épuise. Là, je pense qu'il y avait la maladie qui l'épuisait tous les jours,
- Speaker #1
Après ton cancer, j'ai parti. Tu as dit qu'il y avait des petites pierres pour se raccrocher petit à petit. Quelles ont été ces petites pierres ?
- Speaker #0
Ces petites pierres, ce n'est pas quand il est parti. C'était pendant toute la maladie, en fin de compte. J'ai eu beaucoup de chefs qui m'ont entourée, beaucoup, beaucoup. J'en ai qui m'ont appelé Serge tous les jours, Je pense à Franck Plutelac aujourd'hui quand j'en parle, j'en parle un peu comme un frère parce qu'il appelait Serge tous les jours. Et s'il n'avait pas Serge, il m'appelait en me demandant ce qu'il y avait. Et à la fin, c'est vrai que c'était très dur parce que Serge n'était même plus capable de faire un texto parce que le téléphone était trop lourd. J'ai eu des chefs aussi de Paris qui nous ont beaucoup hébergés dans des grands établissements et qui nous ont dit « mais tant que tu viens, tu nous appelles, on t'hébergera, il n'y a pas de problème » . En fin de compte, on avait beaucoup d'amis qui nous appelaient très souvent et qui venaient aussi rendre visite à Serge. Et encore après, il y en a qui ont beaucoup dit à Serge « ne t'inquiète pas, on sera toujours là » . Quand c'était tout à la fin que Serge est revenu sur Clermont-Ferrand, il y a un jour j'arrive à l'hôpital et en fin de compte personne ne m'avait rien dit. Il y avait Romuald, il y avait Johan, il y avait Pascal Schneider qui étaient là et je dis mais qu'est-ce que vous faites là les gars ? Ben on vient voir Serge. Et Romuald avait revenu de l'île Maurice avec un t-shirt parce qu'en fin de compte comme il allait pour le festival Bernard Loiseau et qu'il avait gagné, il avait dit ben oui je ramène à mon président la victoire. puisque Serge, lui, était président des Bocuse d'Or. Et en fin de compte, c'est vrai qu'ils étaient très liés. Et en fin de compte, je me rappelle ce jour-là, ils avaient parlé avec Serge alors qu'il était sur le lit d'hôpital très mal et il lui avait raconté plein de choses du Bocuse d'Or, plein de Lille-Maurice. Et je pense que c'était un peu une bouffée d'oxygène. Parler de concours, parler d'autres, ils ne parlaient pas de la maladie. Mais moi, je savais que c'était... Je pense que tout le monde savait que c'était la fin.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui t'a aidé après pour remonter cette pente, même si c'est encore un long chemin j'imagine ? Mais qu'est-ce qui t'a aidé depuis les premiers jours jusqu'à maintenant ?
- Speaker #0
Je fais mon métier que j'adore. J'accueille des clients et des amis tous les jours. Et en fin de compte, du coup, je parle de Serge tous les jours. On a fait plein d'articles aussi où forcément... Alors c'est dur et en même temps, je ne sais pas si c'est réparateur, mais tu vois, même de faire ce que je fais aujourd'hui, ça me remet dans la situation... de tout ce qui a été tellement dur. Et d'un autre côté, comme je ne veux pas oublier, quand j'ai des articles dans la presse, je fais très attention parce que ma vie, elle ne commence pas là aujourd'hui. Quand il y a des articles de presse, j'ai besoin de parler de ces 25 ans d'avant parce que tout a commencé avec Serge il y a tellement longtemps. Et c'est vrai que moi, en fin de compte, il y a quelques années de ça, je pensais que ma vie, elle était tellement simple. En fin de compte, tout tracé. On s'est connus jeunes. On a fait deux entreprises. On a eu deux enfants qui ont eu de la chance qu'ils soient en pleine forme. Oui. Et du coup, on s'est mariés. Et voilà, donc en fin de compte, j'étais un peu dans un schéma où tout va bien, c'est formidable. Jusqu'à ma retraite, tout était facile. Et quand ça, ça nous est tombé dessus, je pense que comme beaucoup d'autres, quand ça nous tombe dessus, on se dit « mais pourquoi nous ? Qu'est-ce qu'on a fait ? » Moi, c'est ça, j'ai dit « mais qu'est-ce qu'on a fait ? Qu'est-ce qu'on a fait ? Est-ce qu'on était trop heureux ? » En fin de compte, c'est ça. On avait trop bien réussi, on était trop heureux, on était… tous en bonne santé.
- Speaker #1
Donc là, malgré tout, tu continues et tu portes une belle histoire. Et comme tu as dit, c'est important de parler des 25 ans d'avant et il n'y a pas que ça. Est-ce que toi, tu veilles sur ta santé mentale ?
- Speaker #0
En fin de compte, je ne sais pas. Je ne sais même pas qu'un de ces mots, c'est quoi veiller sur sa santé mentale ?
- Speaker #1
Est-ce que tu as choisi de te faire accompagner ? Est-ce que tu as des rituels qui t'aident ? Après, tu as dit, le travail, c'est la santé. C'est ce qui t'aide. Je sais qu'on avait parlé de tes enfants, tes Ausha.
- Speaker #0
Je crois que ma plus belle thérapie, c'est mes Ausha. J'en parle beaucoup parce qu'en fin de compte, quand c'est arrivé, il y a eu l'anniversaire de Maëlle. Serge est décédé le 1er juillet et Maëlle est du mois d'août. Donc, c'était forcément le premier anniversaire sans papa. Et en fin de compte, j'avais... Moi, j'avais toujours eu plein d'animaux chez mes parents. Et en fin de compte, j'ai dit « je vais accueillir un petit chaton pour offrir aux enfants qu'il leur amènera un petit peu d'amour » . J'en parle à une copine qui est forcément… J'ai des copines infirmières que je ne connaissais pas et avec tout ça, on est devenus très copines. Quand vous avez quelqu'un qui vient tous les jours, tous les jours, tous les jours chez vous, forcément… Et un jour, elle me dit, il y en a une qui me dit, tiens, on a trouvé un petit chat. Mais en vérité, on a trouvé deux petits Ausha. Ces deux petits Ausha, c'est deux frères. Donc, tu ne peux pas les séparer. Je dis, vous avez raison, on ne sépare pas de petits frères. Donc, tu as raison, je vais prendre les deux petits Ausha. Et donc, j'ai fait croire à Maëlle que j'allais récupérer quelque chose dans le village. En vérité, je suis remontée avec une petite boîte avec ces deux petits Ausha. Et je me souviens toujours de ce moment où c'est même Mathis qui m'a pris dans ses bras quand il a vu ces deux petits Ausha et qui m'a dit, c'est le plus beau cadeau de notre vie que tu nous ai fait. C'était deux petites boules de poils qui faisaient 15 centimètres. Aujourd'hui, c'est devenu deux gros Ausha qui font plus de 6 kilos et qui dorment avec les enfants tous les jours et qui font partie de cette maison. Et quand tu pars, ils reviennent, ils te font plein de câlins. Et quand il y a un enfant qui est malade, il est là. Et quand t'as pas le moral, il est là, il se met sur ton ventre, il te regarde. Et des fois, moi j'y crois, je me dis en fin de compte peut-être que c'est la réincarnation, j'en sais rien. Ils comprennent tout, ils sont très sensibles. Et... En fin de compte, moi je ne me suis pas fait suivre parce que je ne savais pas qui allait. Je n'avais pas envie de parler, je n'avais pas envie de raconter. Les enfants un petit peu et puis en fin de compte les psychologues qui les ont vus ont dit qu'ils ne sont pas prêts. Donc je ne dis pas que je ne leur ferai pas mais voilà. Maëlle parle beaucoup à sa nounou, elle parle beaucoup à ma maman, elle parle beaucoup à ses maîtresses. Mathis c'est le même caractère que Serge donc lui garde tout pour lui. Donc des fois je suis un peu plus encore inquiète pour Mathis. Mais je crois que d'être restée ici m'aide beaucoup en fin de compte.
- Speaker #1
Là, tu as parlé de ta maman. Je sais qu'elle a déménagé pour venir s'installer avec toi. Qu'est-ce que ça représente au quotidien pour toi, cette aide ?
- Speaker #0
En fin de compte, ce qu'il faut savoir, c'est que quand on a tourné le 7 à 8 après le décès de Serge, donc il voulait forcément suivre une femme, chef d'entreprise, maman qui continue. Et donc quand j'ai visionné les images, c'est là que j'ai vu ma mère qui faisait des crêpes chez elle avec ses petits enfants et qui dit : "Moi j'ai promis à Serge le jour de son enterrement que je viendrai à côté de toi." Et en fin de compte ça je ne savais pas. Parce que forcément je crois que... Peut-être parce qu'on est du... Avec ma maman on a 40 ans d'écart, elle m'a eu à 40 ans Je pense qu'on est assez pudique avec ces enfants. Peut-être qu'avant, on n'y était plus, j'en sais rien. Moi, je vais dire énormément à mes enfants que je les aime. J'en dis tous les jours, alors que ma mère, elle ne va pas me le dire. Elle ne me le dit jamais. Je ne sais pas si c'est une question de génération.
- Speaker #1
Puis le monde rural peut-être aussi.
- Speaker #0
Peut-être aussi. Et du coup, c'est vrai que quand elle m'a dit « j'ai vendu la maison en juin » , je n'y croyais pas. Et aujourd'hui, je sais que je peux... je peux y aller n'importe quand. Si j'ai un problème, je peux l'appeler. Après, elle n'est pas toute jeune, donc je ne veux pas l'embêter. Après, elle ne sait rien du tout sur les entreprises parce que je ne vais jamais lui parler des problèmes qu'il peut avoir. Ce n'est pas son souci, donc tout va toujours très bien. Mais voilà, les enfants peuvent y dormir s'il y a besoin. Et puis, elle me rend plein de petits services. Et puis, je crois que de l'avoir à côté, si j'ai besoin, plein de bricoles, elle me fait beaucoup mon repassage, elle adore ça ! Moi, je n'aime pas du tout. Mais c'est surtout une épaule. Des fois, je dis, tiens, tu ne fais rien ce midi, je vais venir manger chez toi. Ah ben d'accord.
- Speaker #1
C'est un soutien moral quand même, même si on ne parle pas beaucoup. C'est ça. De savoir la présence, ça fait déjà une petite aide. Aurélien, il est de quelle aide au quotidien ?
- Speaker #0
Aurélien, alors il y a l'aide professionnelle puisqu'il gère toute la partie cuisine. Mais après, c'est quelqu'un qui... Je peux lui demander n'importe quoi. En fin de compte, je ne suis pas bien. Est-ce que tu peux aller emmener les enfants à l'école ? Il va les emmener. S'il y a des choses à faire dans l'entreprise, il va le faire. En fin de compte, il prend son rôle. Les enfants l'appellent tonton. Et les enfants peuvent aussi lui demander presque n'importe quoi. Des fois, il est même trop gentil. Il ne sait jamais dire non, en fin de compte.
- Speaker #1
Quelle relation il avait avec Serge ?
- Speaker #0
C'était son meilleur ami. Après, on dit souvent que c'était le meilleur ami à Serge. Et ce qui est bizarre, c'est que c'était aussi mon meilleur ami à moi. Homme. Moi, j'ai ma meilleure amie qui est ma confidente, ma sœur de cœur, qui sait tout de ma vie et qu'on s'appelle très, très souvent. Mais elle est très loin. Donc, c'est vrai que... Voilà. Et quand, suivant les sujets, c'est vrai que je pouvais appeler Aurélien. Aurélien, il est venu... Je ne sais pas combien de fois ici, quand on était en travaux, ils venaient voir comment ça se passait. Quand on a eu Matisse petit, ils venaient. Et puis des fois, on disait qu'on n'avait personne pour garder Matisse. Tu vas garder Matisse. Puis Serge s'était dit « Tiens, je veux voir des nouveaux fournisseurs. Viens avec moi. » « Tiens, il va y avoir un truc à l'étranger. » « Oh non, je n'ai pas envie de le faire. » « Tiens, tu as qu'à le faire Aurélien. » Du coup, c'est vrai que ici, il connaît toutes les entreprises. Il connaît tous les artisans avec qui on travaillait. Parce qu'il était souvent ici. Il était très souvent ici. Et du coup, quand il venait, je me rappelle, quand il venait et qu'il travaillait encore chez Menaud, qu'il venait manger au restaurant, alors là, Serge lui faisait les deux menus d'un coup. Il disait « Tu vas tout goûter, comme ça tu me diras ce que t'en penses » . Donc il mangeait le petit menu, le grand menu dans la même soirée. Je ne sais pas ce qu'il offrait aujourd'hui. Mais quand on est jeune, on mange beaucoup. Ouais, enfin c'était... Il se parlait de plein de choses, que ça soit sur des nouveaux plats... Des restaurants, quand on était jeunes, on en a énormément qu'on a fait à trois. Je me rappelle, quand on était chez Menaud, sur un coup de tête, on est parti manger chez les frères Pourcel. Comme on n'avait pas trop de sous, après, on avait dormi dans un Formule 1, lui avait dormi au-dessus. Notre père est parti en Suisse à Crissier, pareil, on n'avait pas trop de sous, donc on avait tout dépensé dans le repas et après, on avait pris un petit hôtel où il dormait en-dessus. Donc voilà, on a fait plein de choses ensemble.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des jours où tu te dis « Ah, je vais un petit peu mieux » .
- Speaker #0
Moi, je ne pense pas à ça. Je ne pense pas à ça. Des fois, il y a eu une période où je me posais beaucoup la question « Est-ce qu'un jour, est-ce que j'ai le droit d'être heureuse ? » Après, j'ai moins ce sentiment, mais quand en fin de compte, ça venait juste d'arriver et que je rigolais avec les enfants ou que je souriais, tout ça, j'étais presque mal à l'aise de me dire que je peux être heureuse malgré tout ce qui s'était passé.
- Speaker #1
Et est-ce que tu communiques d'une façon ou d'une autre encore avec Serge ? Est-ce que tu crois déjà à tout ça, aux signes ? Est-ce que Serge t'en envoie ? Est-ce qu'il est encore là, présent avec toi tous les jours ?
- Speaker #0
Mais quand je te dis que les Ausha, je pense que c'est la réincarnation. J'y pense vraiment. C'est-à-dire que quand je regarde les Ausha dans les yeux, je pense à Serge tous les jours de toute manière. Il n'y a pas un jour où je n'y pense pas. Même les clients qui viennent manger, j'ai des habitués depuis 16 ans, qui me disent « Ah mais vous savez, on a l'impression qu'il est là » . J'ai aussi le fait que j'ai perdu mon papa et Serge avait perdu son papa. Et il avait perdu un de ses frères, donc on avait toujours dit aux enfants que c'était devenu une étoile. Et donc quand tout ça est arrivé, Maëlle, je vous parlais beaucoup des étoiles et des fois quand on arrive, qu'on se gare le soir, qu'il fait nuit et qu'il y a des étoiles, les enfants me demandent si je crois que cette étoile-là, c'est papa. Donc il y a beaucoup de choses et puis on est resté dans cette maison où il y a plein d'images de Serge. Il y a plein de choses que les enfants ont fait pour Serge qui sont accrochées au mur. Et c'est vrai que j'ai mon placard à chaussures, la moitié c'est des chaussures à Serge. Même si de temps en temps j'essaye de trier un petit peu. Tout au départ, je ne sais plus quand après, j'avais commencé à trier un petit peu. Tu vois des t-shirts, des choses comme ça que j'ai donné à son frère parce que je voulais que ça reste dans la famille. J'ai le casque de moto à Serge, il est dans la chambre de Mathis. Mathis a tout récupéré, tout ce qui était casque, tout ce qui était un casque de musique à Serge, tout ça c'est Mathis qui l'a. Et même des fois sa sœur elle râlait parce qu'elle disait oui mais c'est Mathis qui récupère tout ce qui était à papa.
- Speaker #1
Il a récupéré aussi toutes les récompenses que Serge a gagnées je crois non ?
- Speaker #0
Les récompenses, il y en a déjà qui étaient déjà dans la chambre à Mathis donc qui sont restées dans la chambre à Mathis. Après Serge n'était pas quelqu'un qui exposait. ses médailles, tout ça c'est dans des boîtes c'est dans des placards mais il y a par exemple ces deux grands cadres du Bocuse d'or quand il a gagné ils sont accrochés au bureau en bas où on travaille donc Aurélien travaille dans le bureau et à côté de lui il y a les deux grands posters mais de toute manière la question ne s'est jamais posée si un jour on les retirait et Aurélien est assez intelligent pour ne pas me poser cette question
- Speaker #1
Quel serait le conseil que tu donnerais à une femme qui traverse la même épreuve que toi ?
- Speaker #0
Je crois que je donnerais pas de conseils parce qu'en fin de compte déjà on est en équipe pour pouvoir donner des conseils à quelqu'un et puis en plus chaque histoire est tellement différente moi je me souviens quand les clients des formes comparé avec la maison l'oiseau que pour moi c'était tellement incomparable et donc je me dis je ferai pas la même erreur en fin de compte si la personne a envie d'échanger avec moi Voilà, très ouverte et on pourrait parler de plein de choses. Mais les conseils, c'est tellement dur. Et puis, il faut faire attention parce que chacun a une histoire très différente en fin de compte. Parce qu'il y a tout ce qu'on sait et tout ce qu'on ne sait pas. Tout ce qu'on veut dire et tout ce qu'on ne veut pas dire. C'est ça que je vous... Donc, en fin de compte, toutes les histoires sont complètement différentes. Alors après, il y a eu des clients qui étaient très bienveillants qui, juste en fin de compte par un regard, je savais ce qu'ils pensaient, ils me prenaient dans leurs bras et voilà. Mais je pense que des fois quand on veut dire des choses, des fois on peut être maladroit en fin de compte. Donc peut-être qu'il faut pas le dire. J'ai perdu malheureusement un ami cette année, qui était de mon âge, que Serge adorait, qui était notre plombier, qui était devenu un ami parce que voilà ils ont tout fait nos projets. Quand il est décédé d'une crise cardiaque, Alors, est-ce que c'est pire ? Est-ce que c'est moins pire ? Je n'ai surtout pas envie de parler de ça. Mais j'ai été dévastée. J'en ai parlé pendant des semaines et des semaines. À chaque fois que j'avais quelqu'un au téléphone, j'avais besoin d'en parler parce que je ne comprenais pas la vie. Je trouvais que c'était tellement injuste. Il y avait notre âge. Il y avait deux enfants petits aussi. Et j'ai eu mal, mais au dos, partout. Je n'arrivais même plus à marcher tellement que ça m'a pris la tête. J'avais l'impression de revivre ce qui s'était passé. et en plus je voulais à l'enterrement et j'avais l'impression de pas avoir la force même la famille je n'osais pas les appeler et sa soeur est venue manger il y a pas longtemps avant qu'elle vienne manger quand j'ai vu qu'elle avait réservé j'avais tellement honte de ne pas l'avoir appelée que je l'ai appelée avant qu'elle vienne en lui expliquant que j'étais désolé de ne pas avoir écrit de ne pas avoir appelé mais c'était trop dur pour moi et on s'est dit qu'on allait échanger pendant une demi-heure et après le soir comme ça quand elle est venue manger on s'est embrassés et nous on s'était dit tout ce qu'on avait à dire ils ont passé une super soirée on a bu un coup ensemble et On s'est rappelé plein de moments. Mais des fois, je pense que quand on veut trop conseiller, des fois, on peut être très maladroit.
- Speaker #1
Est-ce que le mot résilience, tu l'as beaucoup entendu ?
- Speaker #0
Alors ce mot, tout au départ, quand je l'ai entendu, je le détestais. Et puis ça m'énervait. Et aujourd'hui, je l'utilise. Il y a résilience et bienveillant.
- Speaker #1
Bienveillant, c'est effectivement... Il y a eu une mode. Avec la bienveillance, mais du coup, ils ont quelle place dans ta vie ces deux mots ?
- Speaker #0
Ils font partie de cette vie. Ils font partie, c'est comme ça. Quand on écrit une nouvelle histoire, il y a des nouveaux mots qui arrivent et on apprend à vivre avec. Et aujourd'hui, je pense que bienveillant et résilience, oui. Au début, je ne comprenais même pas ce mot « résilience » . Je me rappelle, j'en avais parlé avec Camille Carlier, parce que dans le reportage de 7 à 8, il parlait de la résilience. Mais en fin de compte, il a fallu un moment pour que je comprenne vraiment ce sens de résilience. Et maintenant, oui, je suis d'accord avec, mais...
- Speaker #1
Dans le moment, effectivement, il n'était pas...
- Speaker #0
J'étais peut-être à l'entendre.
- Speaker #1
Oui, c'est un parcours, de toute façon. C'est ça. Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter, Ariadne ?
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'on peut me souhaiter ? Que les personnes qui soient autour de moi, mes enfants, moi, mes amis, soient tous en pleine forme. Il faut être... Je crois qu'on ne dit jamais assez, mais c'est ça vraiment le plus important, c'est que tout le monde soit en forme. Quand je dis j'ai la chance d'avoir des enfants qui sont bien, qui sont heureux, qui sont en pleine forme, on ne s'en rend pas compte. Mais quand on voit... tout ce qui nous entoure, les enfants handicapés, la maladie, etc. Il faut peut-être arrêter de se poser de questions de ce qu'on veut en fin de compte. Il y a certaines choses, on peut les avoir, il suffit de travailler, on gagne de l'argent et on peut le faire. Si on se dit « tu veux voyager, t'auras des sous, tu pourras le faire » . Mais il y a des choses comme la santé, je crois que c'est ce qui est le plus important, que ce soit pour ma maman qui est 86 ans, pour mes équipes qui m'entourent, Quand on a la santé, le reste, on peut quasiment le faire. Et après, se dire l'argent, etc. Moi, tu sais, je dis oui, j'aimerais... Aujourd'hui, je suis propriétaire du château. Si j'avais plus de sous, je pourrais faire ça, je pourrais faire ça. Est-ce que c'est ça le plus important ? J'ai plein de projets. J'aimerais pouvoir faire le donjon avec des chambres parce que c'est ce qu'on avait prévu avec Serge. Je pense que je vais y arriver. J'ai plein de belles soirées qui sont organisées. Ça, c'est juste du travail. Et voilà, mais je crois que c'est ça, c'est d'être en forme, d'être... Voilà, la santé. La santé pour tous.
- Speaker #1
Si tu étais un paysage du Cantal, lequel serais-tu ?
- Speaker #0
Je crois que je serais le château du Coufour.
- Speaker #1
Si tu étais une saison en Auvergne ?
- Speaker #0
Le printemps.
- Speaker #1
Si tu étais une valeur de ton enfance ?
- Speaker #0
Le travail.
- Speaker #1
Si tu étais un produit de la ferme ?
- Speaker #0
Un saintement de Touenne.
- Speaker #1
Si tu étais un son de la nature ?
- Speaker #0
Un son de la nature. J'adore les petits oiseaux.
- Speaker #1
Je sais que tu adores la musique, donc si tu étais une musique qui te redonne du peps ?
- Speaker #0
J'écoute plein de musiques. Moi j'écoute tout ce qui est dans le rythme. Je n'ai pas une musique préférée en fin de compte. J'aime tout ce qui est rythmé, j'aime aussi les musiques africaines, les musiques créoles, tout ce qui est dans l'air du temps. Des fois, quand j'écoute les musiques de ma fille aujourd'hui, il y a des trucs qu'au début, je trouve ça nul. Et puis en fin de compte, à force qu'elle l'écoute, je la chante avec elle. Mais j'adore aussi écouter tout ce qui est années 80, Femmes des années 80, etc., Cabrel, Fatou. Moi, je n'ai pas vraiment un style de musique.
- Speaker #1
Et si tu étais un mot qui te guide ?
- Speaker #0
Continuer.
- Speaker #1
Très bien. Merci beaucoup. Et plein de belles choses à toi et à ta famille.
- Speaker #0
C'est gentil, merci beaucoup et toi aussi.
- Speaker #1
Merci d'avoir partagé ce moment avec nous dans Le Juste Rythme. J'espère que cet épisode vous a offert un souffle, un sourire ou une idée à glisser dans votre quotidien pour avancer un peu plus à votre rythme. Si cet échange vous a plu, parlez-en autour de vous et abonnez-vous à votre plateforme préférée. Laissez un commentaire, c'est ce qui permet au podcast de rayonner. Pour découvrir d'autres épisodes ou me contacter, rendez-vous sur Le Juste Rythme. Si une femme inspirante vous vient à l'esprit, écrivez-moi. Vous pourrez être ma prochaine invitée. A très bientôt et d'ici là, prenez soin de votre cœur, de votre corps et de votre tête.