- Speaker #0
Bienvenue dans Le Juste Rythme, le podcast qui explore le cœur, le corps et la tête. Je suis Marion Béchade, une femme, une mère, une entrepreneuse passionnée mais souvent débordée, en quête chaque jour d'un peu plus de sérénité. Un podcast pour se déculpabiliser et peut-être se donner une nouvelle impulsion. Cet épisode du podcast Le Juste Rythme est soutenu par l'Auberge Basque, un hôtel-restaurant, relais et châteaux, un lieu unique au cœur du Pays Basque qui invite... à ralentir, à se reconnecter à ses cinq sens et à prendre un temps pour soi, l'endroit parfait pour retrouver son juste rythme. Dans mon épisode avec Sophie Menud, nous avons parlé de la table comme mémoire, comme langage intime, et de ce que la cuisine et le vin racontent en cordel après tant d'années à goûter, écrire et transmettre. Sophie revient sur son enfance, sur ce qui s'est joué autour des repas, sur les femmes qui transmettent sans toujours le savoir. et sur ce que ses racines ont façonné en elle. Nous avons évoqué ses différentes vies professionnelles, la restauration, la télévision, l'écriture, la presse, les doutes, la légitimité dans un univers encore très codé, les moments difficiles, les renoncements nécessaires et la manière de trouver sa voie sans se trahir. Sophie parle aussi de la maternité, de ses quatre enfants, du rapport au temps, des déséquilibres, de l'épuisement parfois et de l'apprentissage progressif de ses propres limites. Nous avons parlé d'énergie. de plaisir, de corps, de sens, de ralentissement, et de ce qu'elle fait aujourd'hui différemment pour se préserver, de ce avec quoi elle se fout enfin la paix, et de cette recherche constante du juste rythme, un échange sensible, incarné et profondément humain. Je vous laisse découvrir le juste rythme de Sophie. Bonjour Sophie.
- Speaker #1
Bonjour Marion.
- Speaker #0
Avant que nous commencions notre échange, dans quelle énergie es-tu ?
- Speaker #1
Positive. Positive. Speed, mais positive. Je m'efforce toujours de voir le bon côté des choses dans la vie.
- Speaker #0
Super. Si tu devais décrire ton rythme actuel en trois mots, lesquels choisirais-tu ?
- Speaker #1
Alors actuel, en fait, c'est un rythme qui n'est pas que actuel.
- Speaker #0
Perpétuel.
- Speaker #1
Quasi perpétuel. Mon rythme est intense, chargé, sans pause.
- Speaker #0
Est-ce que tu aimes ce rythme ? Oui, j'aime ce rythme. Quand tu penses à Cuisine et Vin de France, qu'est-ce qui t'arrive en premier ? Une odeur, une image, une émotion ?
- Speaker #1
Alors, pas de... tant un flash. Tu veux dire Cuisine et Vins de France, le magazine ou Cuisine et Vins de France, ce mot ?
- Speaker #0
Non, ton magazine.
- Speaker #1
Mon magazine. Écoute, ce magazine, en fait, je le lisais il y a très, très longtemps et j'avais même postulé. À l'époque, j'étais naïve. Je pensais que le monde du travail, c'était un peu le monde des bisounours. Et il y a très, très longtemps, en fait, j'avais un ami qui connaissait quelqu'un qui travaillait chez Cuisine et Vins de France et moi, j'avais envoyé une lettre. Mais comme je reçois d'ailleurs parfois des lettres de candidature en disant voilà, j'adore la cuisine, je pourrais m'occuper de certaines de recettes, de vos recettes, je vais vous écrire des papiers. Mais je n'étais pas du tout dans ce monde-là à l'époque. Je n'ai jamais reçu de réponse. Mais quand je pense à Cuisine et Vins de France, c'est un magazine où c'est un vrai engagement. Et plus qu'une image, c'est faire... Après, on en parlera peut-être tout à l'heure. Faire un magazine, c'est un gros travail, mais c'est un travail. passionnant, qui réunit beaucoup de gens. Et c'est un peu comme si on était dans un gros bateau.
- Speaker #0
C'est un peu une deuxième famille ?
- Speaker #1
Carrément. Je vois plus cuisiner vin que mes enfants. Et mon mari.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un souvenir marquant, un repas, un lieu, une rencontre, ce qui résumerait ce que la cuisine et le vin, justement, représentent pour toi ?
- Speaker #1
Oui. Quand j'étais petite, Non, pas quand j'étais petite, pardon. Quand j'étais plutôt adolescente, j'ai des amis qui m'ont proposé, qui m'ont invité dans un restaurant. À l'époque, j'habitais sur la Côte d'Azur. Ils m'ont invité dans un restaurant à Montdelieu de la Napoule qui s'appelait L'Oasis. Je ne sais pas si tu en as entendu parler. C'était un restaurant un peu mythique à l'époque dans la région. Le chef s'appelait Louis Outier, je crois. Et je suis arrivée dans ce restaurant et je me suis dit, mais en fait, les restaurants, c'est complètement magique comme endroit. Il y avait... C'était au printemps ou en été, il y avait des belles femmes, des hommes élégants. Et surtout, c'était comme une pièce de théâtre. Il y avait des gens qui sortaient des cuisines, un balai qui présentait les plats. Et je me souviens à l'époque, un des plats, c'était un loup en croûte de sel. Alors maintenant, c'est presque galvaudé. Mais voir ce serveur qui cassait la croûte, qui prenait les filets délicatement. Et je me suis dit, waouh, c'est dingue, comment ça peut changer un moment, une vie, d'aller dans un restaurant. Et j'ai vécu un peu plus tard la même expérience à Beaumanière, à l'époque où j'ai un trou sur... Oui, non, le grand-père de Jean-André Charial, comment s'appelait-il ? Je connais que lui en plus, on retrouvera peut-être au fil de la conversation. Mais tu sais que l'histoire de cet homme, il était assureur, passionné de cuisine. Et il a ouvert ce restaurant qui était dans un coin complètement perdu à l'époque. Il s'est même débrouillé pour créer une station service pour que ses copains parisiens puissent faire de l'essence pour venir le voir. Et je me suis dit, en fait, c'est fou, ce petit homme qui se baladait dans la salle, qui serrait les louches de tout le monde, qui présentait ses plats. Là aussi, il y avait beaucoup de services à l'assiette. La salle était magnifique. Je me suis dit, mais c'est un moment suspendu d'être là-bas. pouvoir de la cuisine.
- Speaker #0
Très sympa d'entendre la version du client. Après toutes ces années pour toi à goûter, écrire et transmettre intimement, qu'est-ce que la table représente pour toi ?
- Speaker #1
Mon goût du partage. La table pour moi, c'est le partage. La table, ça n'a pas de frontières. Et en fait, à travers la table, on découvre le monde.
- Speaker #0
Et quel type d'enfant tu étais ?
- Speaker #1
Alors, tu vois, à tes pieds, j'ai amené ma chienne aujourd'hui. J'étais un peu comme ma chienne, c'est-à-dire très calme à l'intérieur et très pleine de vie dehors. En fait, j'étais quelqu'un de très calme parce que j'avais des loisirs à l'intérieur de chez mes parents, très calme. Je suis folle de lecture. Donc, j'ai passé quasi toute mon enfance à lire quand j'étais à l'intérieur de chez moi. C'était presque un problème d'ailleurs. Parce que, autant aujourd'hui, on râle quand nos enfants ne lisent pas. Moi, c'était l'inverse. C'était Sophie, s'il te plaît, on va chez des amis, ne prends pas de livre. On va déjeuner chez tes grands-parents, n'emmène pas ton livre. J'avais même acheté une petite lampe de poche que je glissais sous ma couette. À l'époque, ce n'était pas des couettes, c'était des couvertures. Et je lisais, voilà. Donc, j'étais très calme. Mais à l'extérieur, j'étais extrêmement pleine de vie parce que j'adore bouger. J'adore courir, sauter. J'ai un frère avec qui je m'entends très bien. On a peu d'écart. Donc, on était tout le temps ensemble. Et on adorait le sport. Mes parents sont très sportifs aussi. Et puis, on vivait sur la côte d'Azur. C'est une région où on a la chance de pouvoir être dehors.
- Speaker #0
Est-ce que la cuisine et les repas dans ton enfance occupaient une grande place ?
- Speaker #1
Oui. Parce que j'ai eu la chance d'être issue d'une famille très multiculturelle, puisque mon père est d'origine serbe et ma mère est pied-noir. Donc j'ai eu vraiment un mix incroyable. Alors le point commun entre mes grands-parents et ma famille, c'était le plaisir de recevoir, le plaisir d'accueillir, les grandes tablées, le repas, ça voulait dire je t'aime en fait. Mais évidemment, chaque univers était différent. Du côté serbe, c'était une cuisine tournée évidemment sur les recettes. À l'époque, Yougoslave d'ailleurs, on disait la Yougoslavie. Et mon grand-père était fan de Paul Bocuse. Et lui, il arrivait de Serbie, mais pour lui, c'était l'essence même de la culture française. Et donc, il essayait de reproduire des recettes. Très bien, parce que c'était un cuisinier hors pair. Et ma grand-mère, elle faisait plus des plats serbes. Et c'était un mix à table. En Serbie, les Serbes sont extrêmement accueillants. En fait, il faut toujours que la table soit couverte de mets. Donc, c'était le cas. Et du côté de mes grands-parents maternels, c'était la cuisine comme les pieds noirs, enfin les colons, puisque la famille de ma mère est arrivée en Algérie en 1850. Et c'était... Alors... Le samedi, c'était en général un rituel. On allait déjeuner chez ma grand-mère maternelle. Et c'était paella et couscous. Enfin, pas en même temps. Mais c'était beaucoup de produits, alors assez simples, mais toujours bien cuits. Et puis, tu vois, il y avait cette attention aux produits déjà. Quand ma grand-mère, elle savait que quand j'allais dormir chez elle, j'adorais la sole. C'était waouh ! C'était l'exception d'acheter une super sole et de la faire cuire comme il faut.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que cette enfance t'a transmis de plus précieux ?
- Speaker #1
La joie ! Une immense joie.
- Speaker #0
La joie autour de la table ?
- Speaker #1
La joie autour de la table, la joie en fait quand je me retourne, ce que je vois c'est toujours des tablées joyeuses, des grands-parents aimants, toujours à porter leurs petits-enfants, à être fiers d'eux. Et ce rassemblement, je crois qu'on est quand même fait pour vivre les uns avec les autres.
- Speaker #0
Et si on revient, on avance un peu plus dans le temps. Donc, tu as eu plusieurs vies professionnelles. Tu as eu un restaurant, la télévision, l'écriture, la presse. Comment s'est construite cette trajectoire et où est un petit peu le fil rouge de tout ça ?
- Speaker #1
Le fil rouge, c'est vrai que c'est difficile parfois de le trouver, ce fil parce que... J'ai fait du droit, j'ai un DEA de droit, donc rien ne me prédisposait à la cuisine. Et j'ai même aimé la cuisine assez tardivement. Ce que j'aimais, c'était les réunions, mais pas vraiment ce qu'il y avait dans les assiettes à l'époque. J'étais toujours pressée, je voulais toujours sortir, aller m'amuser ou lire. Donc pour moi, le temps passé à table, c'était un peu du temps perdu. Une fois que j'avais vu mes grands-parents ou leurs amis ou tous les amis, j'avais vraiment envie de faire autre chose. Donc, je n'ai pas tout de suite aimé la cuisine. Et puis, en fait, je me suis aperçue que c'était quand même assez incroyable de pouvoir prendre une carotte et de la transformer en faire autre chose. C'était le produit qui m'a passionnée au départ. Et donc, quand j'étais petite, j'ai demandé à ma mère de commencer à me faire des courses parce que je n'avais pas ni l'argent ni la connaissance. Et j'ai commencé à faire comme ça des petits plats. Mais en fait, je n'ai jamais imaginé... que je pourrais en faire un métier, parce que quand on est petit, on ne sait pas trop, à vrai dire, qu'une passion peut devenir aussi un engagement professionnel. Donc le temps a passé, et puis j'ai été étudiante, et quand j'étais étudiante, j'aimais tellement la cuisine, que j'avais un copain qui connaissait un restaurateur, donc je lui ai dit, est-ce que tu crois que je peux faire un stage chez lui ? Et bon, le gars voit arriver une petite minette de 18 ans, il se dit, allez... En plus, à l'époque, il n'y avait pas beaucoup de filles en cuisine, ça a dû l'amuser. Donc, je suis restée une semaine. Et puis, prenant de l'assurance, j'ai demandé un peu partout, comme ça, dans mon coin. Et j'ai appris plein de choses, en fait. Parce que chaque chef, tu le sais, a ses tips, comme on dit, ses façons de cuisiner. Et en fait, j'ai commencé à travailler dans les assurances. Donc, d'ailleurs, comme l'exemple de Beaumanière. Sauf que, voilà, je n'ai pas ouvert ensuite un gastro, mais... Et puis, au bout de quelques temps, assez vite, je ne sais pas, un an ou deux, je me suis dit que ce métier n'est pas pour moi du tout. Aller dans un bureau, passer la journée enfermée, à se crébouiller des trucs. Et puis, je me suis dit, allez, je vais changer ma vie. J'ai quitté, j'habitais à Nice. J'ai quitté Nice et je suis arrivée à Paris. Alors, je n'avais pas de valise en carton. J'avais une vieille golf d'occasion où j'avais mis toutes mes affaires. Et puis... Je me suis installée à Paris en me disant, je vais trouver un restaurant. Et c'est ce que j'ai fait, en fait. J'ai trouvé un restaurant, j'avais des économies. Mes parents m'avaient... Enfin, ma mère m'avait prêté un peu d'argent. Et j'ai acheté un restaurant. Ce qui m'a permis de rencontrer le père de mes enfants, qui était lui-même restaurateur, et qui m'a dit, t'es complètement folle, tu vas pas ouvrir un restaurant, une fille, c'est trop compliqué. C'est un milieu d'hommes, c'est physiquement fatigant. Je ne l'ai pas écouté. Au contraire,
- Speaker #0
même. Ça t'a stimulée.
- Speaker #1
Exactement. Sans doute. J'aime bien la contradiction. Et j'ai ouvert ce restaurant. Et la chance que j'ai eue aussi, c'est qu'un fameux critique gastronomique qui s'appelle Baudouin, qui était très connu à l'époque, enfin, qu'il est toujours, qui est absolument increvable d'ailleurs, écrivait dans le Figaro, Maurice Baudouin. Et il est venu dans mon restaurant. Il était très gentil, mais il est reparti. Et deux jours après, il a écrit un article dans le Figaro qui s'appelait « De Bocuse à Sophie » . Et pendant un an, mon restaurant, on fermait la porte, les gens rentraient par la fenêtre, et ça a été très galvanisant. Et puis, est-ce que je suis toujours ta question ? Oui,
- Speaker #0
le fil rouge.
- Speaker #1
Le fil rouge, voilà. Et en fait... Ensuite, j'ai eu mon premier enfant et j'ai eu des petits problèmes de santé. J'ai dû rester couché trois mois. Et quand Thomas est arrivé, mon fils, je me suis dit, je ne peux pas le laisser. Il est trop mignon, je suis trop heureuse de mon fils, je suis trop heureuse. Je ne vais pas pouvoir travailler dans la restauration comme ça. Donc, je me suis dit, il faut que je trouve autre chose à faire. Et puis après, très vite, j'ai été à nouveau enceinte, j'ai eu des complications, j'ai fait une grossesse extra-utérine. Donc ça a été difficile pour moi, ça c'est toujours les tracas des femmes. Les grossesses, c'est pas toujours simple. J'étais à nouveau enceinte de ma fille, j'ai dû rester encore couché trois mois. Tout s'est bien passé, évidemment. Et un an après sa naissance, j'étais à nouveau enceinte de mes jumeaux. Et j'ai dû rester encore couché parce que je faisais à chaque fois un décollement du placenta. Donc, à chaque fois, couché trois mois. Donc, c'est clair que le restaurant était complètement... Je l'avais d'ailleurs, quelqu'un m'avait fait une offre d'achat. Enfin, j'étais passée à autre chose. Et je t'avoue que pendant quelques années, j'étais quand même très, très occupée avec quatre enfants.
- Speaker #0
Je vais bien te croire.
- Speaker #1
Tu vois, quatre enfants en cinq ans. Alors, j'avais une super nounou d'ailleurs. Je la salue Martine, si vous m'entendez, je vous salue car vous m'avez quand même beaucoup sauvé la vie et puis surtout fait un lien incroyable avec mes enfants qui continuent à aller la voir, qui est à la retraite maintenant, qui est une femme merveilleuse. Et donc après, je me suis dit, c'est drôle parce que j'ai adoré ce moment avec mes enfants et je considère que pour une femme, c'est vraiment une grande chance de pouvoir s'arrêter et de s'occuper de ses enfants. Parce qu'on est dans une société où, en fait, les femmes qui ne travaillent pas, malgré tout, sont quand même un peu mises à l'index.
- Speaker #0
Pas valorisées.
- Speaker #1
Pas du tout. Je me souviens d'un dîner où j'étais allée avec le père de mes enfants. Et on était trentenaires et toutes les filles qui étaient autour de la table racontaient leur vie merveilleuse. Elles venaient de conclure un contrat et qu'elles travaillaient dans le marketing. Puis moi, en fait, j'étais entre, je ne sais pas lequel des enfants. Et il y en a une qui se retourne vers moi et qui me dit, et toi, qu'est-ce que tu fais ? Alors, en voulant faire de l'humour un peu idiot, j'ai dit, moi, je fais le ménage, le repassage. Ce qui était faux, d'ailleurs, parce que, merci encore une fois Martine. Mais je me suis dit, c'est fou, parce qu'en fait, j'ai plein de passions, j'ai plein de choses que je fais tout en m'occupant de mes enfants. J'ai repris les études, j'ai fait l'école du Louvre. J'ai travaillé... à droite, à gauche, pour des amis qui montaient des choses. Mais en fait, quand on n'a pas un bulletin de paye à la fin du mois, on n'est quand même pas grand-chose.
- Speaker #0
On ne rentre pas dans la case.
- Speaker #1
On ne rentre pas dans les cases et on vit dans un pays, je dirais peut-être qu'en Europe d'ailleurs...
- Speaker #0
Pas en Europe du Nord, mais en Europe...
- Speaker #1
Exactement, en Europe du Nord, on valorise beaucoup plus le fait que les femmes s'occupent des enfants. Et donc, c'était une période qui était délicieuse. J'ai fait beaucoup de gâteaux. tous les après-midi, je crois que je n'ai jamais acheté une boîte de biscuits. Mais c'est vrai qu'au fond de moi, je me disais, ma vie, ça ne peut pas être que ça. Et puis, je savais très bien que mes enfants allaient grandir et qu'ils auraient moins besoin de moi, en tout cas de façon pratique, évidemment. Donc, je me suis dit, qu'est-ce que je vais pouvoir faire ? J'ai arrêté de travailler pendant longtemps, personne ne m'attend, personne ne me connaît, je n'ai aucun réseau. Je ne suis pas amie avec les producteurs. Je ne suis pas amie avec... Et en fait, je me suis lancée. Par quelqu'un qui connaissait quelqu'un qui connaissait quelqu'un, je suis allée taper à la porte d'un magazine qui était un magazine de garçons qui s'appelait Men's Self. Et je leur ai dit, écoutez, vous faites que des... Dans le magazine, j'avais quand même acheté le magazine avant pour regarder. Vous faites que des cours de gym. Mais si on apprenait à ces garçons à bien manger. Et le gars, le rédacteur-chef, m'a dit, Banco, faisons quelque chose. Et donc, j'ai fait une rubrique. Et puis après, je me suis dit, si ça marche avec eux, je peux essayer d'autres magazines. Donc, c'est ce que j'ai fait. Par une amie qui connaissait le rédacteur en chef de Cuisine et Terroir, qui est un magazine qui n'existe plus, j'ai fait la même chose. Je me souviens parce qu'il me dit, mais vous connaissez la presse, vous connaissez la photo. Oui, oui, tout à fait. En fait, je n'avais pas... La moindre idée de comment ça marchait. Mais il se trouve que j'avais rencontré à l'école de mes enfants un garçon qui était photographe. Et je lui ai dit, tu ne veux pas venir avec moi ? On va essayer de faire des photos. Et on a été engagés. Et ce garçon est devenu d'ailleurs un grand photographe culinaire. Et donc, de fil en aiguille, j'ai commencé à travailler comme ça. Et puis, une de mes amies m'a dit, tu sais, en démol, je voudrais faire des pilotes, chercher des programmes télé. Ils ont vu ce que tu fais dans la presse. Il y avait un magazine où j'étais incarnée, où j'étais un peu le girl next door, qui faisait des plats de cuisine, etc. Donc, je tourne un pilote avec Andemol. En démol, le directeur s'en va, donc le pilote reste dans leur placard. Et dans le mien aussi, parce qu'ils avaient quand même la gentillesse de me donner un double. Et là-dessus, une de mes amies, qui connaissait la directrice à l'époque de Cuisine Plus, qui appartenait à Canal+, lui dit « En fait, il faut absolument que tu rencontres Sophie, c'est une passionnée de cuisine, elle travaille un peu dans la presse, mais je suis sûre que vous avez des choses à vous dire. » Rencontre-là, je vais au rendez-vous avec cette personne, très sympa, et j'avais quand même apporté mon pilote. Et à la fin du rendez-vous, je lui laisse mon pilote en me disant, écoutez, d'ailleurs, j'ai tourné un pilote, peut-être que ça pourra vous plaire ou en tout cas vous donner des idées. Je m'en vais, je rentre à la maison, je ne l'avais même pas poussé la porte, qu'elle me rappelle en me disant... « Mais ce pilote, il est extraordinaire, il est génial, c'est exactement ça. Les filles qui ont plein de trucs à faire et qui trouvent quand même le temps de faire la cuisine. C'est le langage qu'on veut donner. Voilà, on peut y arriver. » Et j'ai commencé à travailler pour Cuisine Plus pendant peut-être 5-6 ans. Et tous les ans, j'avais une émission récurrente. Alors, c'était toujours sur le thème de « ça pourrait être vous, en fait, ça pourrait être nous, les femmes. » Donc, c'était... Cuisine express pour femmes super actives, cuisine pour femmes pressées, les défis de Sophie. Et c'était super, c'était des moments géniaux. Et malheureusement, Cuisine Plus s'est arrêtée. Et là-dessus, en fait, je commençais à avoir une petite notoriété. Donc, j'ai été contactée par France Télévisions pour faire une émission. Enfin, j'ai été castée au départ. pour faire une émission qui s'appelait « Ça roule en cuisine » , qui était une émission que j'ai adoré faire parce que c'était vraiment tout ce que j'aime, c'est-à-dire moi qui aime tellement les voyages, qui aime tellement le mouvement, qui aime tellement l'itinérance, c'était exactement ça. Je partais en région, j'avais rencontré un chef qui lui-même me présentait ses amis, c'était un peu ça le thème, et on partait découvrir les expertises. Cette émission, elle était pour moi, franchement...
- Speaker #0
Ça Ausha toutes tes cases.
- Speaker #1
Oui, mais en plus, je dis même hors de moi, ça coche toutes les cases, je trouve, de ce que représente la cuisine. L'humain, la transmission, la bonhomie. Les émissions où il y a la guerre, où il y a le combat, ce n'est pas mon truc. Je suis pourtant très compétiteuse et très challengeuse, mais je trouve qu'on vit dans un monde tellement difficile. Pourquoi ne pas parler de cuisine en termes...
- Speaker #0
De bonhomie comme telle.
- Speaker #1
Oui, de bonhomie, de douceur, parce que c'est ça quand même la cuisine.
- Speaker #0
Du réconfort.
- Speaker #1
Il y a quand même peu de cuisiniers méchants, je crois.
- Speaker #0
Beaucoup d'écorchés vifs sûrement, mais peu de méchants. Oui, mais pour faire la cuisine,
- Speaker #1
il faut quand même aimer les autres.
- Speaker #0
Oui, vouloir donner de l'amour.
- Speaker #1
Donc voilà. Et puis parallèlement, j'ai toujours continué, parce que je suis très multi-active, et donc j'ai continué à faire de la presse. Et... Et il y a dix ans, on m'a proposé de m'occuper du magazine Cuisine et Vin de France, qui est un des plus vieux magazines français, puisque nous allons fêter l'année prochaine nos 80 ans. Vous savez, je ne l'ai fait pas.
- Speaker #0
Bien conservé.
- Speaker #1
Et je m'en occupe depuis dix ans. Et en fait, j'ai fait un truc complètement fou. C'est que j'ai racheté le titre, en fait, il y a un an.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Donc, c'est vrai que je m'ennuie un peu. Voilà, donc je suis super débordée.
- Speaker #0
Super débordée.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et une journée type dans la journée de Sophie, ça donne quoi ?
- Speaker #1
Ah, tu es assise !
- Speaker #0
Pour quelques mots.
- Speaker #1
Alors, une journée type, je ne sais pas si on... Peut-être qu'on commence par la fin, parce que je me couche très tard, en fait. Parce que je trouve qu'il y a tellement... Dans notre métier, on reçoit énormément de mails, d'appels. Donc, la journée, c'est compliqué d'être concentrée sur ce que j'écris beaucoup. pour le magazine. Ce que j'aime, encore une fois, c'est l'écriture. Je pense que comme j'aime lire, je pense que les gens qui aiment lire...
- Speaker #0
Écrivent bien.
- Speaker #1
En tout cas, aiment écrire. Je ne sais pas si j'écris bien, mais j'aime écrire. J'aime coucher des mots sur du papier, plus maintenant sur un ordinateur. Donc j'écris beaucoup. J'écris plus le soir, où je gère tout ce qui est l'administratif. Mais j'essaie de ne me lever pas trop tard quand même. Surtout que j'ai Orane, ma chienne, qui a besoin de sortir et de marcher au moins 10 000 pas par jour. Donc le matin, soit je la sors, soit je vais nager. Ma passion, j'ai fait de la natation en compétition quand j'étais petite et comme j'ai habité au bord de mer, c'est vrai qu'on nage beaucoup quand on habite sur la côte d'Azur. Et c'est ma soupape de décompression. Et puis après, il n'y a pas de journée type, mais c'est toujours des rendez-vous, des déjeuners de boulot, des emmerdes à gérer. des papiers à commander, des journalistes à briefer, des réunions éditoriales, changer le chemin de fer, faire les BAT du magazine, les envoyer à Marie, ma secrétaire de rédaction, discuter avec David, mon directeur artistique, pour voir comment on va faire la maquette de tel numéro, checker les photos qui arrivent parce qu'on produit tout. donc pendant que je te parle, par exemple, j'ai prévenu que pendant une heure, il ne fallait pas trop me demander, parce que... J'ai une équipe qui est en train de shooter un sujet pour notre prochain numéro. Donc, ils nous envoient les photos sur WhatsApp.
- Speaker #0
Au fur et à mesure, tu fais. Voilà.
- Speaker #1
Alors, parfois, on va aussi sur les shoots. Et puis, surtout, beaucoup de reportages. Énormément. Je pars beaucoup parce que notre magazine, on se déplace pas mal en France. Parce qu'on ne parle pas qu'aux Parisiens. Et puis, on aime bien faire ça, aller dans les régions. La cuisine...
- Speaker #0
Et pas qu'à Paris.
- Speaker #1
Non. Je pense en plus qu'on habite un pays dont la cuisine est très riche en régions. Chaque région est très marquée par ses spécialités.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un moment où tu as senti que tu avais trouvé ta place ?
- Speaker #1
Je ne dirais pas qu'il y a un moment qui est arrivé comme ça, qu'un matin je me suis réveillée. Mais je pense que petit à petit, oui, je me suis sentie... Je pense que je me suis toujours sentie à ma place, en fait. être dans ce que je faisais. En tout cas, heureuse de le faire. Est-ce que c'est ça, se sentir à sa place ? C'est peut-être ça, la définition, se sentir bien là où on est. Ne pas se dire... Je pense que se sentir à sa place, c'est aussi se dire qu'on va y arriver.
- Speaker #0
Trouver du sens aussi à ce que tu fais.
- Speaker #1
Trouver du sens, oui. C'est vrai que... Est-ce qu'on peut vivre une vie sans sens ? Est-ce qu'on peut vivre une vie où il y a beaucoup de gens, malheureusement, qui le font, qui n'ont peut-être pas le choix, ou qui croient qu'ils n'ont pas le choix, et qui se disent « je ne peux pas faire autre chose » . C'est totalement l'inverse de ce que je pense.
- Speaker #0
C'est intéressant quand même. Est-ce que tu as déjà douté de ta légitimité dans un univers comme la presse, qui est quand même très codifiée ?
- Speaker #1
Non. pas vraiment de ma légitimité, mais ce qui était de dire, c'est que, en fait, je pense que tous les univers professionnels sont codifiés. Quand tu regardes autour de toi n'importe quel univers, que ce soit, je ne sais pas, moi, le milieu du marketing, des architectes, des avocats, des médecins, tout est très codifié. J'ai l'impression qu'on vit tous dans une espèce de bulle, qui sont relativement hermétiques d'ailleurs. On n'est pas tellement en transverse. Alors oui, c'est vrai que Merci. Là où c'est dur, c'est... J'ai vécu une année infernale quand je suis arrivée au magazine, quand j'ai pris la rédaction en chef. À l'époque, le groupe avait... Les groupes de presse, c'est compliqué actuellement. Personne ne lit, ou plus personne.
- Speaker #0
On achète le papier, tu veux dire, ou même tout court ?
- Speaker #1
Je pense que nos jeunes enfants ou nos moins jeunes lisent moins. Enfin, on a une autre façon d'absorber les infos. avec nos tablettes, nos téléphones. Après, les titres de cuisine, je pense, sont lus parce qu'on a besoin de garder un magazine, de le lire, de le relire.
- Speaker #0
De découper la recette.
- Speaker #1
Oui, c'est un peu comme un livre. On a envie de le garder, surtout qu'il y a plein de choses dans un livre. Notre magazine, il est très dense. On en a pour son argent, quand même. Donc, c'était... Pour en revenir à ta question, quand je suis arrivée, c'était vraiment hyper dur parce que je me suis fait mes... bisuté atrocement par l'équipe qui était en place. Et étonnamment, cette équipe, elle voulait du changement. Elle voulait avoir une nouvelle rédac' chef parce qu'ils avaient une rédac' chef qui était restée très longtemps et que bon, il y a toujours l'usure. Mais quand je suis arrivée, ça a été affreux. Je ne l'ai pas pris pour moi personnellement. Je ne pense pas que c'était moi qu'ils attaquaient. Mais c'était le statut et le changement. En fait, c'était des personnes qui n'avaient pas envie du... de changer les choses, qui avaient leurs petites habitudes et qui se sont dit, oh là là, elle va tout révolutionner. Je crois que j'ai pleuré quasi tous les soirs pendant un an. Ça a été vraiment très dur et je me suis vraiment accrochée. Et heureusement que j'avais cette passion de faire ce métier et de me dire, waouh, c'est absolument fabuleux de pouvoir s'occuper d'un magazine comme celui-là, de pouvoir... échanger, même si on ne voit pas évidemment les gens qui nous lisent, mais de pouvoir échanger, partager, relater, informer. Et c'est ça qui m'a fait tenir, clairement.
- Speaker #0
sinon, je serais donnée ma démission.
- Speaker #1
Oui, mais tu as quand même un gros mental.
- Speaker #0
J'ai un très gros mental. Ça, c'est mes origines serbes,
- Speaker #1
peut-être. Tu dirais que c'est le moment le plus difficile de ton parcours ?
- Speaker #0
Oui, c'est un des moments les plus difficiles. Je pense que ce moment-là était vraiment très, très dur, parce que je me sentais entravée et je me disais, c'est fou parce qu'ils n'ont pas compris que...
- Speaker #1
Au contraire, tu as mené les solutions.
- Speaker #0
Oui, et puis que je n'étais pas là pour les embêter, en fait. J'étais là pour porter une équipe et faire évoluer les choses. Et ça, ça a été un moment très dur. Et puis aussi, ce moment où je me suis arrêtée de travailler, ça a été un moment très dur. Parce que c'est dur quand tu n'es rien. Parce que, comme on l'a dit, quand tu arrêtes de travailler, tu n'es plus rien, tu n'intéresses plus personne. Je trouve ça hyper difficile d'arriver à... à émerger, à dire oui, j'ai des capacités, je peux vous aider, je peux faire des choses. J'ai ma place aussi dans la société professionnelle. Et j'ai vraiment eu des grosses... j'ai eu des traversées...
- Speaker #1
Du désert.
- Speaker #0
Du désert, oui. Vraiment compliqué. En ressassant un peu chez moi, en me disant comment je peux ouvrir les portes quand tu ne connais pas vraiment ce monde-là.
- Speaker #1
Et après avoir eu tes enfants.
- Speaker #0
Après, oui. Après, quand j'ai décidé de reprendre... mon activité, comment pousser les portes, comment rentrer, comment dire moi je suis là, je pourrais être une petite fourmi dans toute cette grande fourmilière qu'est le monde.
- Speaker #1
Et sur quoi tu dirais, parce que tu as réussi à trouver ta place et à forcer les portes un petit peu, mais sur quoi tu t'es appuyée ? Même si tu as un gros mental comme tu as dit.
- Speaker #0
Je crois que c'était un mélange de volonté, d'insouciance aussi quelque part. de... Il faut être un peu insouciant. Absence de doute, en fait. Moi, je crois beaucoup à la volonté. Je crois énormément. Je donne toujours ce conseil à mes enfants quand on parle de l'avenir. Je dis, si vous ne croyez pas en vos rêves, qui y croira ? Et je crois beaucoup à ça. Je crois que si on est déterminé dans la vie, on ouvre quand même beaucoup de portes. Et je pense que j'étais déterminée. C'était peut-être presque... Presque un acte de survie. Il fallait que j'y arrive. Il fallait que j'y arrive pour... Oui, pour retrouver...
- Speaker #1
Montrer à tes enfants aussi que tout était possible ?
- Speaker #0
Alors à l'époque, non. Je ne pensais pas à eux comme ça. Je ne voulais pas leur montrer. Mais c'est drôle que tu me poses cette question parce que maintenant, de temps en temps, on fait des jeux de société un peu idiots avec mes enfants, ou pas idiots d'ailleurs. Et un jour, il y a deux ans, je ne sais plus ce que c'était comme jeu, un de mes fils... pose une question à ma fille en disant « Quel est ton héros de la vie quotidienne ? » Et ma fille dit « Maman » . Et je me suis dit « Waouh ! » Quand je t'en parle, je suis extrêmement émue. Et je me disais « Waouh ! » C'est tellement génial qu'elle dise ça. En fait, je pense que j'étais involontairement un modèle pour eux. Et c'est marrant parce qu'un jour, j'avais discuté avec une amie psychologue parce que j'ai divorcé du père de mes enfants. Donc, je me suis retrouvée... C'est aussi une charge évidemment importante, puisqu'en plus j'avais la garde. Mes derniers enfants avaient trois ans, donc c'est quand même compliqué d'essayer de... C'était le moment où justement il fallait que je retravaille, etc. Et en fait, j'avais discuté avec une amie qui était psy. Elle me disait surtout, montre, tu as de la joie en toi. Elle est là, elle est cachée parfois, évidemment, comme tout le monde. On n'est pas tous les jours heureux, malheureusement. Et elle me disait montre la joie, montre aussi que tu es une femme à tes filles et qu'une femme peut réussir, qu'une femme peut être aimée. Parce que c'est important puisqu'en fait les enfants reproduisent beaucoup le modèle paternel ou maternel. Et c'est vrai je me suis dit il ne faut surtout pas que je montre à mes enfants si je dois pleurer, pleurons dans mon coin. Montrer en fait cette force parce qu'on en a quand même besoin d'être forte dans le monde.
- Speaker #1
Dans le monde du travail, dans le tout court. Du coup, ma prochaine question, c'est qu'est-ce que ces passages-là t'ont appris sur toi en tant que femme ?
- Speaker #0
Eh bien, justement, la résilience. La résilience. Je crois... Alors, je ne suis pas du tout féministe, parce que je trouve qu'on est tellement différents, les hommes et les femmes. Je ne dis pas que les femmes sont meilleures que les hommes, mais je pense qu'on a une palette de qualités peut-être... plus vaste et qu'on sait faire beaucoup plus de choses. Et quand je dis que je ne suis pas féministe, je suis très pro-nana. Mais je n'aime pas cette lutte. Je ne suis pas pour la parité non plus. Il y a des travails où c'est difficile de partager à égalité. J'ai écouté il n'y a pas longtemps aux infos que les mères doivent avoir dans leur conseil une parité.
- Speaker #1
C'est super difficile.
- Speaker #0
C'est compliqué. Il y a des femmes qui... Justement, c'est des femmes qui sont trop occupées avec leurs enfants, leur travail. Donc, Du coup, engager quelqu'un qui ne sera pas valable juste parce que c'est une femme, ça ne suffit pas d'être une femme, il faut aussi avoir d'autres qualités. Donc oui, la résilience en tout cas.
- Speaker #1
Est-ce que tu dirais que le monde du vin et de la gastronomie reste encore très masculin ?
- Speaker #0
Oui, mais contrairement à ce qu'on pense, il y a beaucoup de femmes qui sont dégustatrices. Et je trouve que les femmes ont un palais incroyable. souvent plus fin. Toi, tu le sais peut-être dans la restauration. Cette sensibilité, alors elles ont peut-être moins de technicité. C'est peut-être plus... Du ressenti. Voilà, du ressenti. C'est plus de l'émotion. Mais à chaque fois que je goûte avec les femmes, moi par exemple, ma principale journaliste vin, c'est une femme et elle est incroyable. Béatrice, elle déguste, elle écrit, elle sait parler d'un vin. Elle nous donne vraiment envie de...
- Speaker #1
De picoler.
- Speaker #0
Ouais, ou en tout cas de le connaître. De le connaître. Alors oui, c'est vrai que quand je suis arrivée dans les déjeuners de presse, j'étais souvent la seule nana et la seule qui demandait un crachoir à table au déjeuner. Donc du coup, j'imagine que les hommes devaient se dire qu'est-ce que c'est que cette nana qui ne boit pas, qui ne comprend rien ? Parce qu'il fallait avoir un tour de taille assez important aussi pour...
- Speaker #1
Être crédible ?
- Speaker #0
Voilà, pour confirmer qu'on est bien journaliste gastronomique, je pense.
- Speaker #1
C'est triste. Oui. Et lequel de tes cinq sens tu utilises le plus ?
- Speaker #0
L'odorat. Dans mon métier, parce que sentir c'est important, mais même le vin a tellement un nez. Qu'est-ce qu'on fait avant toute chose ? Avant de goûter, on sent. Et puis l'odorat, ça me renvoie tellement au parfum de ma grand-mère, au parfum de ma mère, aux embruns marins. aux odeurs de pain dans la montagne. Quand j'étais petite, on allait beaucoup à la montagne. Donc, ça me ramène beaucoup de souvenirs.
- Speaker #1
Est-ce que tu as dû t'affirmer, t'adapter et parfois résister dans toute cette carrière ?
- Speaker #0
Résister.
- Speaker #1
Oui, résister beaucoup.
- Speaker #0
Résister. M'adapter, non, parce qu'en fait, je suis une fille un peu sans concession parfois, parfois trop d'ailleurs, mais résister. Je suis très résistante.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des émotions qui sont difficiles à gérer pour toi aujourd'hui ?
- Speaker #0
Ah oui, je suis extrêmement sensible en fait. Je donne toujours l'impression d'être super sûre de moi, parce que souvent, les gens comme ça, je pense, veulent justement contrecarrer la première impression. Mais alors ça, les remarques méchantes, il y a tellement de gens qui peuvent dire des choses, des phrases blessantes. Ça me désarme et ça me met à terre. Provisoirement, mais ça peut me mettre à terre. C'est vraiment un défaut que j'aimerais combattre. La grande sensibilité, parce que je trouve que les gens qui sont comme moi, on a du mal à vivre dans notre monde.
- Speaker #1
Alors que c'est une force, au final, la sensibilité.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai, c'est une force, parce qu'on se remet en question. moi tous les jours je me dis que je suis nulle que j'aurais pu faire mieux en sortant de ce podcast je vais me dire j'ai dit trop de bêtises, j'ai trop parlé je me suis emballée mais je pense que oui c'est vrai que c'est une force mais en même temps c'est authentique et c'est naturel mais on est plus touché que les autres quand même les gens qui sont moins sensibles je pense qu'ils traversent la vie peut-être plus sereinement mais faut-il être sereine ?
- Speaker #1
encore un autre questionnement une autre question De quoi est-ce que t'es la plus fière en dehors de toute réussite visible ?
- Speaker #0
Ah ben de m'être débrouillée toute seule alors là pour le coup personne ne pourra dire qu'il m'a donné si parfois un contact un téléphone, ça oui j'ai beaucoup d'amis mais toute seule, sans réseau avec d'où je venais de province sans connaître personne à Paris ah oui, ouais, vraiment ... Je suis très fière de ça, vraiment. Et c'est une leçon, en fait. Je me dis, si je l'ai fait, d'autres l'ont fait.
- Speaker #1
D'autres peuvent le faire,
- Speaker #0
oui. Je ne suis pas Wonder Woman non plus.
- Speaker #1
Un peu quand même. Tu es aussi mère de quatre enfants, donc ça aussi, ça force l'admiration. Mais comment est-ce que la maternité, tu dirais que ça t'a transformée ?
- Speaker #0
La maternité, ça change tout, quand même. Pour moi, ça a été très bénéfique. Et c'est drôle parce que quand j'étais plus jeune, je n'avais pas du tout ce désir d'enfant. Il y a des filles à l'école, dans la cour de récréation, moi j'en aurais quatre, j'en aurais deux, je vais faire ci, je vais faire ça, il va s'appeler... Et moi, pas du tout. C'était un monde où je ne comprenais rien aux enfants. Je n'étais pas du tout attirée quand je voyais un bébé. Et puis, j'ai eu envie évidemment d'avoir un enfant. Je pense que beaucoup de femmes, c'est ce désir animal qu'on a. Je crois que nous sommes des animaux.
- Speaker #1
Avec les enfants, en tout cas, c'est sûr.
- Speaker #0
J'écoute beaucoup mon animalité. Je me considère comme un animal éduqué. Et en fait, quand j'ai eu mon premier enfant, quand il est né, je me souviens même très bien, quand il est né, j'avais envie que ça recommence tout de suite. Je ne sais pas si tu as vécu ça.
- Speaker #1
Le foot d'adrénaline que tu as. On est d'accord.
- Speaker #0
Quand il est sorti de mon ventre, je me suis dit, mais si je pouvais en avoir un autre tout de suite. C'est peut-être pour ça que j'ai eu des jumeaux.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et tout d'un coup, j'ai découvert ce monde. Et je me suis dit, mais c'est fabuleux, les enfants, en fait. C'est un monde génial, ça. Ils sont tout le temps contents. Enfin, pas toujours,
- Speaker #1
mais tu le sais,
- Speaker #0
c'est joyeux. C'est bordélique. C'est plein de contraintes. Mais c'est tellement absolument incroyable. Ça nous change la vie. Et ce qui a été très bénéfique pour moi, c'est qu'ils m'ont appris... J'étais déjà extrêmement organisée, mais l'organisation. Quand on a beaucoup d'enfants, on est... obligé de rationaliser son temps. Et du coup, je suis dans l'ultra-efficacité, je pense, grâce à eux. Merci les enfants.
- Speaker #1
Et du coup, justement, comment est-ce que tu as jonglé concrètement entre ton rôle de mère, les responsabilités professionnelles, et même encore maintenant, du coup, de femme ?
- Speaker #0
Alors, c'est vrai que c'est compliqué. Cette question, elle est valable pour tout le monde, quel que soit l'engagement professionnel. Comment peut être une maman, une mère ? une amoureuse, une fille au taquet, au boulot. C'est tellement dur, ça, je trouve. Et ça, je me dis, c'est presque que la société nous ment. Ils nous font croire la belle au bois dormant, mais ça n'existe pas, en fait. Il faut quand même lutter beaucoup plus. Tu vois, je me dis toujours, les garçons, quand ils rentrent de leur boulot, en fait, ils peuvent se mettre devant la télé et ouvrir un paquet de chips. Est-ce que tu connais beaucoup de femmes qui feraient ça ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
En disant à les enfants, attendez, je suis crevée. Débrouillez-vous. Donc, c'est tous les jours compliqué, parce que mes enfants sont maintenant plus grands, ils ne sont plus à la maison. Mais en fait, c'est d'autres problèmes. C'est, ah maman, j'ai un problème, il faut que je t'en parle. Une rupture amoureuse, un problème d'études, qu'est-ce que je vais faire plus tard ? Ou même des trucs pratiques, est-ce que je peux venir laver mon linge chez toi ?
- Speaker #1
La charge mentale s'est déplacée, mais elle est toujours là.
- Speaker #0
En fait, je dirais que ce qui me sauve, c'est que je sais faire beaucoup de choses en même temps, comme souvent les femmes. Donc, j'ai l'impression quand même d'arriver à pouvoir... Je lis toujours beaucoup, je m'occupe beaucoup de mes enfants, je travaille beaucoup, je fais du sport. J'essaie de tout faire. Alors, c'est vrai que je réduis un peu mes heures de sommeil. C'est le secret. Je ne sais pas si c'est un secret, mais il n'y a pas de solution magique. Et il y a des jours où c'est quand même crevant.
- Speaker #1
Est-ce que tu as eu des périodes de déséquilibre, d'épuisement ?
- Speaker #0
Oui, physiquement, oui. Quand je tournais, ça roule en cuisine. Là, j'étais... Je me souviens d'un soir, je rentrais de tournage parce que je partais en province. Je venais de reprendre Cuisine et Vin. Donc, je m'occupais de la... On était dix à la rédac. Tenir un journal, c'est beaucoup de travail. C'est pas juste écrire des papiers et aller à déjeuner de presse. Et je me souviens de ce soir où, en fait, les tournages c'est toujours très tôt, le PAT prêt à tourner, ça commence à 6h du mat, donc la maquilleuse arrive à 5h dans ta chambre. Ce qu'on voit après à l'image, c'est une nana qui se marre, qui est bien maquillée, toujours bien habillée, qui fait que des rencontres sympas, mais c'est des répétitions. Et je me souviens, j'avais ressenti cette fatigue, mais comme ancrée en moi, comme profondément, j'avais l'impression d'avoir un... un poids sur mon corps. C'était... Je me suis dit Sophie, peut-être qu'il faudrait que tu te calmes un peu.
- Speaker #1
C'est vertigineux. Et avec le recul, du coup, qu'est-ce que tu as appris sur tes propres limites ? Ou est-ce que tu as appris à dire non ? Est-ce que tu as appris à déléguer ?
- Speaker #0
Alors là, c'est vraiment une bonne question que tu me poses. D'ailleurs, je voulais te dire, quand tu m'as proposé de faire ce podcast, et que j'en ai parlé à mon mari et mes enfants, ils se sont tous marrés. parce qu'il m'a dit maman, le juste rythme toi qui es toujours à fond de quoi tu vas parler ? en fait j'ai dit mais justement le juste rythme,
- Speaker #1
déjà il est propre à chacun on est d'accord,
- Speaker #0
mon juste rythme c'est une quête perpétuelle c'est le mouvement, c'est les voyages, c'est l'itinérance, c'est bouger tout le temps pour moi le mouvement c'est la vie et je ne vois pas vivre autrement même si parfois je râle donc Donc... Pour répondre à ta question, mon problème, qui n'en est pas un en soi, je touche du bois, c'est que je suis en très grande forme physique. J'ai une très grande énergie. Donc c'est vraiment difficile pour moi de dire non, parce qu'en fait... Alors si, j'apprends petit à petit à dire non. C'est pas toujours facile, mais j'apprends à refuser de déjeuner. Tu vois, hier j'étais contente, je me suis dit... J'ai plein de reportages. Je dois partir au Japon, je dois partir en Norvège, je dois partir sur la côte d'Azur, je dois partir à la montagne. Je me suis dit, Sophie, tu ne peux pas mettre tout ça dans ton agenda. C'est pas possible. Un mois, en plus, c'est en février, il n'y a que 28 jours en plus.
- Speaker #1
Ah oui, c'est dans un mois, tout ça.
- Speaker #0
Et j'ai fait un mail à diverses personnes en disant, écoutez, je suis désolée, mais je ne peux pas venir faire ce reportage. Je ne peux pas partir pendant quatre jours. Et en fait, c'était vraiment difficile pour moi de faire ce mail. Et la réponse, oui, bien sûr, je comprends très bien. Je me suis dit, mais en fait, Sophie...
- Speaker #1
C'était simple.
- Speaker #0
Oui, ça peut être simple de dire non. Ça peut être simple. Donc, je travaille sur le sujet. Je travaille. Je te promets que je te tiendrai au courant, Marion, si j'y arrive mieux. Parce que là, j'ai une grosse, grosse marge de progression.
- Speaker #1
Mais comme je dis, c'est le chemin d'une vie de trouver son juste rythme. Et c'est comme le vélo, il faut toujours réussir. Oui, je pense, effectivement. Est-ce qu'il y a des choses avec quoi tu te fous la paix maintenant ? avec... quoi je me fous la paix ? Avec pas grand-chose, à vrai dire, non plus. Parce que...
- Speaker #0
Si, avec mon image, enfin, je veux dire, je suis très cash. Alors, souvent, j'ai des retours de bâton, mais c'est vrai que je prends beaucoup moins de gants. Ça, c'est quand même l'avantage de l'âge. C'est que j'arrête de m'excuser pour tout, et oui, je me fous la paix avec ça. Et parfois, je me dis, en fait... Les gens prennent ou pas. C'est comme ça. Je ne suis jamais irrespectueuse en plus. Mais voilà. Il y a parfois des politesses qui ne servent à rien.
- Speaker #1
Et ça fait du bien.
- Speaker #0
Ça fait beaucoup de bien. Ah oui, vraiment.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des choses que tu fais différemment pour préserver ton énergie ? Que j'ai noté qui était très grande.
- Speaker #0
Je pense que je préserve mon énergie en faisant du sport. C'est vraiment ma soupape de sécurité. de respiration, c'est bouger et notamment nager. Parce que là, l'avantage de la natation, c'est que quand tu plonges dans l'eau, tu as tes lunettes, ton bonnet, ton maillot. Tu n'as pas de... Enfin, si, il y a des personnes qui nagent avec eux. Ça, je n'ai jamais compris comment, pourquoi. Mais j'adore ce rapport à l'eau qui rend les bruits opaques. Et puis, j'adore le mouvement du corps dans l'eau. J'adore la sensation de l'eau. Je suis amoureuse de l'eau. Ce moment-là où je pense juste à étirer mes mouvements, à faire mon virage, à essayer de nager le plus proprement possible, c'est vraiment ces moments-là. Et les balades avec Orane.
- Speaker #1
Et ça, c'est des rituels non négociables ?
- Speaker #0
C'est totalement non négociable. D'ailleurs, elle n'accepterait pas, parce que c'est une chienne husky qui a besoin de courir. Alors, ce que je fais, c'est que je me balade. C'est vrai que, comme il faut la sortir beaucoup, là, pour le coup, je mets quand même des petites oreillettes. Et je passe beaucoup de coups de fil, parce que j'ai quand même beaucoup de coups de fil à passer. Mais les week-ends, je ne passe pas de coups de fil et j'écoute des podcasts, dont le tien.
- Speaker #1
Ah, super ! Est-ce que pour toi, goûter un plat ou un vin, c'est aussi apprendre un peu à ralentir ?
- Speaker #0
Oui, parce que je pense qu'il faut respecter le travail des vignerons et des restaurateurs, des chefs plutôt. Et parfois, on boit trop vite, on mange trop vite. quand on voit la construction d'un plat, quand on sait qu'il faut un an pour faire un vin, je trouve que le minimum de respect, c'est vraiment de prendre son temps. Et en plus, même si on a évidemment nos papys, il faut du temps quand même pour comprendre un plat, même si un plat, pour moi, ça doit être l'évidence. Ça doit tout de suite être la fulgurance. Mais malgré tout, il faut le regarder, il faut le sentir, il faut tourner l'assiette, il faut tourner le verre. Donc, Oui, c'est un moment, de toute façon, en fait, les moments de dégustation, que ce soit au restaurant ou chez soi, ou dans un vignoble avec des vignerons ou des sommeliers, c'est un temps de tranquillité, de repos presque, non ?
- Speaker #1
Dans l'instant présent, en tout cas, ça c'est sûr. Oui, c'est ça. Et utiliser le plus possible tous ces sens pour, comme tu dis, après comprendre aussi un petit peu comment ça a été fabriqué. Est-ce que tu fais une différence entre savoir et ressentir ?
- Speaker #0
Ah oui, alors moi je suis plus dans le ressenti. Je suis très très instinctive. Je crois beaucoup à l'animalité. Vraiment. Et je pense que quand on est mère, en plus, on le devient peut-être plus. On dit toujours qu'on peut être louve avec nos enfants. Mais c'est vrai. Moi, je me souviens, avant même que mes enfants pleurent, j'étais à côté de leur lit juste quelques secondes avant. Et je ressens beaucoup, je trouve qu'il faut écouter son corps. Même quand j'étais plus jeune, je faisais... plus de sport, j'ai fait aussi de l'athlétisme en compétition et en fait selon les moments par exemple quand on est une femme et qu'on a ses règles, moi je mangeais beaucoup plus de viande, quand j'avais des compètes je mangeais plus de glucides et je trouve qu'il faut ressentir, on a tous été des animaux à un moment et je crois que dans nos gènes, de génération en génération,
- Speaker #1
ça sert à un truc
- Speaker #0
Et puis moi j'aime ça Je vais contre ce monde aujourd'hui Où tout est avec l'intelligence artificielle Comment ça va être dans 50 ans Je ne veux pas dire que je veux freiner le progrès Il est là
- Speaker #1
Mais rester connecté à son corps Et à ses ressources
- Speaker #0
Continuer à faire le plus possible De choses manuelles aussi La dernière fois je vais dans un hôtel Le gars me demande de m'enregistrer sur une tablette Je lui dis vous savez je sais écrire Je peux aussi vous le faire sur un morceau de papier
- Speaker #1
Moi aussi, j'ai fait ça hier soir. Ça m'a un peu fait bizarre.
- Speaker #0
C'est bizarre quand même, non ?
- Speaker #1
Bientôt, je pense qu'on n'aura plus personne aux réceptions des hôtels. Clairement, tu arriveras,
- Speaker #0
tu appuieras sur un bouton, comme on regarde maintenant pour poster un colis, tu vas dans un casier. Oui, c'est des choses pratiques, mais attention quand même.
- Speaker #1
C'est sûr. Que révèle ton rapport à toi, nourriture et vin, de ton rapport au plaisir ?
- Speaker #0
Pour moi... Boire et manger, c'est que du plaisir. De façon plus générale, évidemment, on a besoin de manger pour vivre. On n'a pas besoin forcément de boire de l'alcool, mais de boire de l'eau. En plus, c'est le seul moment où, comme je le disais tout à l'heure, on appuie quand même sur le bouton pause. Et puis, comme j'ai dit aussi au début, la table, ça relie les gens. Donc, le plaisir... vraiment
- Speaker #1
XXL. Tu n'es pas le genre de personne qui mange toute seule avec un écran devant toi ?
- Speaker #0
Jamais. Enfin, alors, si. Alors, souvent, je n'ai pas le temps de déjeuner. Alors, parfois, je pose une petite salade, je l'avoue, à côté de mon ordi. Je dois l'avouer. Mais, non, non, non. Et je m'assois. D'ailleurs, mon mari, le matin, prend son petit déjeuner debout. Et je l'engueule en lui disant, mais enfin... On a une super jolie table de petit déjeuner, prends ton temps, assis-toi. C'est quoi l'idée de manger debout, comme si tu avais un rendez-vous ? Surtout que c'est le week-end qu'il fait ça. Pourquoi tu dis ça ? Il laisse sa réponse. En fait, c'est son coin, c'est son habitude. C'est difficile de faire les habitudes. Il n'a pas une réponse très claire.
- Speaker #1
Comment est-ce que tu écoutes ton corps aujourd'hui, notamment dans la relation au vin, par exemple ?
- Speaker #0
Ah oui, alors ça, c'est une vaste question. Parce que quand on est à la tête d'un magazine qui s'appelle Cuisine & Vin, clairement, je déguste. Je déguste beaucoup. Et en ce moment, je constate qu'il y a vraiment une vraie... Tu sais, il y a vraiment une tendance à l'orthorexie. Tu sais, ce... Oui,
- Speaker #1
contrôle tout.
- Speaker #0
Voilà, ce contrôle tout. Même, je le vois, moi, j'ai un de mes fils qui est très sportif. Et quand il vient à la maison, attention, pas de sucre. des glucides et de la viande. Et je trouve qu'il y a un mouvement très fort là-dessus. Et moi, je crache. De toute façon, je n'ai jamais bu une goutte d'alcool de toute ma vie, la journée. C'est ma petite règle morale à moi. Et en plus, mon corps est très sensible à l'alcool, donc j'ai du mal à travailler après. Donc c'est quelque chose que je ne veux pas faire. Je déteste ça. Et dans tous les déjeuners de presse, je demande toujours un crachoir. Je constate d'ailleurs qu'il y en a de plus en plus. Avant, c'était vraiment bizarre. Maintenant, quand on est invité par un vigneron qui veut nous faire déguster cette cuvée, comment boire même des petits verres ? Donc, en fait, mon rapport, c'est ça. Mais je suis vraiment contre tous ces gens qui diabolisent le vin. Parce que le vin, c'est tellement important dans notre culture en France. On est vraiment le pays du vin, même si l'Italie, l'Espagne, les nouveaux pays aussi le sont. On fait du vin maintenant au Japon, en Chine. Mais je trouve que le vin, c'est bien plus qu'un verre. Le vin, ça raconte tout.
- Speaker #1
Une région.
- Speaker #0
Un terroir. La géographie. L'histoire. La météo. La culture. La richesse aussi. Ça raconte toute l'histoire d'un pays. Et il ne faut pas diaboliser le vin. Et surtout, tu sais, en ce moment, on n'arrête pas d'entendre en boucle tous ces narcotrafiquants, ces tonnes de drogues. Donc, ça veut dire qu'il y a forcément un public. Et je pense qu'autour de nous, moi, je suis sûre que j'ai certains amis qui se droguent. Mais dans les dîners, ils ne vont pas me dire « Ah bah oui, tiens, je viens de faire un rail de cocaïne. » « Mes enfants, je fise de moi parce que je ne suis pas tout à fait encore au taquet sur les nouvelles drogues. » Parce que maintenant, il y a beaucoup de drogues de synthèse. Mais en fait, on parle de ça. Et puis après, on dit, oh oui, non, mais oh là, dry January. En fait, ceux qui font dry January, je respecte complètement. Mais ça veut dire que si on arrête tout, c'est qu'il y a un excès. Si on boit normalement, enfin, moi, je bois quasiment tous les jours un verre de vin. Mais c'est tout. Je ne boirai pas deux. J'en bois, alors, pas tous les jours, mais souvent. Et de toute façon, plus je déguste... Plus je crache, et moins j'ai envie de boire de vin. Parce que quand je vais faire des reportages dans les villes et que je vais faire cinq domaines, je vais déguster partout, je vais toujours cracher. Quand je rentre dans ma chambre, donnez-moi un verre d'eau. J'ai juste envie de ça, mon palais est saturé. Donc c'est très bien finalement. Et j'en parlais hier, j'avais un déjeuner de vigneron qui disait la même chose en fait, qui dégustait beaucoup. Mais il y avait un vigneron qui disait « Moi je suis un vrai lama, je crache tout le temps. » Mais en tout cas, moi je suis contre diaboliser le vin, parce qu'en plus le vin c'est aussi un énorme pan de notre économie. Et les vignerons sont des agriculteurs en ce moment. On parle beaucoup des agriculteurs, il faut aider les agriculteurs en fait. Être vigneron, le vin vient de la terre, le vin vient de la vigne, on l'oublie.
- Speaker #1
C'est un métier très ingrat, je suis fille de vigneron en Bourgogne.
- Speaker #0
Tu le sais.
- Speaker #1
Je peux dire que quand en deux jours... Toute une récolte, tout un travail d'une année est flingué par la grêle.
- Speaker #0
Exactement, les intempéries. Et puis en plus, la baisse de la consommation qui font qu'il y a plein de petits domaines. C'est hyper dur, il y a des vignerons qui ne se payent même pas. Donc moi, je suis pour soutenir la filière 20.
- Speaker #1
On a noté. Quel est ton péché mignon ?
- Speaker #0
Mon péché mignon en matière de, tu veux dire alimentaire ?
- Speaker #1
Alimentaire, oui. Alors moi,
- Speaker #0
je suis malade des olives. J'adore les olives et j'adore les noisettes. Alors ça, c'est un truc que j'ai tout le temps chez moi. En plus, c'est facile à croquer.
- Speaker #1
C'est sain, ça va.
- Speaker #0
C'est complètement sain. Et oui, je déteste la junk food. Je ne mange jamais de junk food. Je ne fais pas attention aux calories que j'avale, mais je fais très attention à la qualité des produits. J'achète vraiment des super produits.
- Speaker #1
Le dîner de tes rêves, qui invite-tu autour de la table ?
- Speaker #0
Alors, le dîner de mes rêves, qui j'invite ? Mes enfants. Ça, c'est sûr, parce que mes enfants, c'est la joie aussi à table. Ils sont tellement marrants, ils sont tellement gais. J'ai la chance d'avoir quatre enfants qui s'entendent très bien en plus. Et puis deux garçons, deux filles, donc il y a toujours une sorte de ping-pong entre eux.
- Speaker #1
La fameuse parité quand même est respectée dans ta famille.
- Speaker #0
Complètement. J'inviterai mon mari, évidemment, qui en plus est très gourmand. Et donc, il serait ravi d'être avec nous. Mon frère. avec qui je m'entends très bien et son compagnon. Et puis, j'inviterai ma mère. Donc, c'est très familial. Mais en fait, j'inviterai aussi des gens que j'admire, alors évidemment qu'ils ne sont plus, malheureusement, de ce monde. J'ai une grande passion pour Aliénor d'Aquitaine, que je trouve être une femme incroyable. J'aurais bien aimé croiser sa route si j'avais pu remonter le temps. Je trouve que c'est une femme qui a eu... Je crois 6 ou 7 enfants, parce qu'elle a fait des fausses couches, elle a eu deux maris, elle a navigué entre la France et l'Angleterre, elle a été une reine, elle est morte je crois à 82 ans à l'époque. Elle a sillonné bien plus que la France, puisqu'elle est même allée chercher une de ses belles-filles en terre promise, celle d'ailleurs qu'elle a fait épouser à Richard, cœur de lion, qui était un de ses fils. Donc voilà, elle. Françoise Sagan, parce que j'ai très vite... très tôt lu ces romans, que je trouve que c'est une femme je pense qui devait être très drôle pleine d'esprit Simone Veil pour tout ce qu'elle a fait pour nous les femmes, et puis le parcours de cette femme incroyable, Rescapée d'Auschwitz tellement intelligente sans doute j'ai lu sa biographie j'admire cette femme et puis Jessie Norman, la cantatrice qui est américaine je sais pas si tu vois qui est Merci. qui était une amie de mon frère. Parce que mon frère est un fou d'opéra et on a fait beaucoup d'opéras ensemble d'ailleurs. Et comme moi, mon frère, c'est quelqu'un de très déterminé. Et il s'est dit, j'adore cette femme, je la rencontrerai un jour. Ils l'ont rencontrée, ils sont devenus amis. Et à chaque fois qu'elle venait à Paris, elle venait dîner chez mon frère. Donc j'ai eu la chance de la rencontrer. Et c'était une femme incroyable parce que c'était une superstar. Souviens-toi qu'elle a chanté sur les Champs-Élysées, la Marseillaise, quand François Mitterrand l'avait invitée. et je me souviens, je ne sais pas que je la voyais elle qui rencontrait le monde entier, elle me disait « Sophie, comment vont vos enfants ? » Je trouvais ça tellement mignon, en fait, qu'elle se souvienne que j'ai des enfants et qu'elles se mettent à ma place, alors que moi, j'étais juste « Oh ! Cette femme est dingue ! » Elle était tellement drôle et joyeuse. Voilà. Et puis, j'inviterais nos chiens, parce que mon frère a beaucoup de chiens et Orane serait évidemment au pied de la table avec nous. Voilà.
- Speaker #1
On arrive sur les deux questions signatures de l'écrivain. Ça veut dire quoi pour toi, réussir sa vie ?
- Speaker #0
Réussir sa vie. C'est un peu idiot. Ma réponse va peut-être être un peu idiote. C'est se sentir à sa place. C'est pas idiot. Et continuer à être heureuse, en fait. Continuer à avoir la joie, parce qu'il y en a quand même toujours partout de la joie.
- Speaker #1
C'est important, surtout en ce moment, le contexte. Oui.
- Speaker #0
C'est de plus en plus compliqué.
- Speaker #1
Oui. J'aime cette réponse. Et si ton rythme naturel n'avait pas à s'adapter à celui des autres, est-ce que tu abandonnerais quelque chose en chemin ?
- Speaker #0
J'aimerais bien quand même bosser moins. J'aimerais bien bosser moins, surtout que j'arrive à un âge où ça serait bien que je ralentisse un peu. J'ai tellement de passion en plus, je ne pense pas que je m'ennuierais. Je ne crois pas non plus. Oui, si je pouvais, je pense que j'adorerais être dans un monde idéal. freiner sans m'arrêter, mais toujours avoir des projets.
- Speaker #1
Un autre rythme.
- Speaker #0
Les projets, ça fait avancer. C'est comme quand je dis, le mouvement, c'est la vie. Pour moi, c'est ça. Et je vois autour de nous, les personnes âgées qui arrêtent, c'est la mort assurée.
- Speaker #1
La décline.
- Speaker #0
Les gens qui vivent longtemps, c'est souvent des gens qui sont encore dans l'énergie, qui sont dans le partage, qui sont dans la curiosité. Mais j'adorerais vivre moitié au bord de la mer, moitié à la montagne. Donc, c'est complètement raté puisque j'habite à Paris. Pour le moment. Mais j'ai une maison au bord de la mer. Y aller plus souvent. Et puis, j'adorerais être, par exemple, m'occuper d'un jardin. J'adore jardiner. Et cuisiner, bien sûr. Bien sûr. Cuisiner,
- Speaker #1
mais ce que tu auras dans ton jardin.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'il y a sur ta table de nuit ?
- Speaker #0
Sur la table de nuit, il y a plein de livres. Plein, plein de livres. De l'eau. Et puis, ma crème de 8 heures d'Elisabeth Arden.
- Speaker #1
Quelles sont les odeurs de ton enfance ?
- Speaker #0
Les odeurs de la mer et les odeurs des sapins de la montagne.
- Speaker #1
Est-ce que tu portes un parfum ?
- Speaker #0
Oui, Elisabe, qu'on ne trouve plus en France. Et j'en suis tout à fait ravie parce que comme ça...
- Speaker #1
Tu es unique.
- Speaker #0
Non, je ne suis pas unique, mais j'en ai fait quelques provisions. Je suis contente. Je déteste porter le même parfum que les autres. Je suis d'accord. On est d'accord.
- Speaker #1
La femme qui t'inspirait quand tu étais enfant ?
- Speaker #0
Ma grand-mère. Formidable femme. Je ne l'ai jamais vu s'énerver. Dans la douceur, une douce autorité.
- Speaker #1
Ce que la vie t'a appris ?
- Speaker #0
Ce que la vie m'a appris, c'est que la vie, alors je vais peut-être être un peu rude là, mais est quand même une belle salope. Et que je trouve ça très dur. Elle est très injuste, la vie. On a tous perdu des gens qu'on aimait, trop jeunes. Et ce qu'elle m'a appris, c'est qu'il faut résister et qu'il faut se battre, malheureusement.
- Speaker #1
Ton mantra pour t'accompagner ?
- Speaker #0
Le mouvement, c'est la vie.
- Speaker #1
Une prof de pilates qui dit ça, je ne sais pas si tu la connais.
- Speaker #0
Ah oui ? Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui le disent d'ailleurs, et c'est tant mieux.
- Speaker #1
Un objet ou un bijou qui te reconnecte à ta féminité ?
- Speaker #0
Une bague que maman m'a offerte, qui appartient à ma grand-mère. C'est une très belle topaze qui avait été faite par Bouffron, à une époque où il y avait beaucoup de bijoux sur mesure. Je ne la mets pas tout le temps, c'est une bague précieuse, mais je l'adore. Et j'adore les montres. Je suis passionnée de montres. J'ai un côté garçon manqué, mais j'aime bien quand même les trucs de filles.
- Speaker #1
Il y a un objet ou un rituel qui te reconnecte immédiatement à ton juste rythme ?
- Speaker #0
Mon téléphone, quand je le laisse. Alors ça, c'est vraiment... En fait, j'essaie le week-end. En fait, je suis tellement tout le temps sollicitée sur le téléphone. Gling, gling, gling, gling. Les mails, les messages. J'ai toujours... Je crois que mon mari regarde mon téléphone et il me dit « Mais comment tu... » Enfin, Sophie, tu as 48 messages que tu n'as pas lus, 48 appels, 2000 mails. Enfin non, les mails, j'écrème vite, mais... J'ai un rituel, ça c'est très important pour moi. En général, le samedi soir, je branche mon téléphone et je le débranche le lundi matin.
- Speaker #1
C'est chouette ça.
- Speaker #0
Je ne regarde pas mon téléphone. Alors, ce qui m'arrive quand même, c'est que souvent je me poste le week-end, donc sur mon ordinateur, rendre quelques petits messages, mais je ne regarde pas les réseaux sociaux.
- Speaker #1
C'est quand même une belle post quoi.
- Speaker #0
Oui, et si je dois poster quelque chose sur Instagram, en fait, je ne vais pas regarder. Je regarde peu Instagram, pas du tout. par égoïsme, mais parce que je trouve que ça t'absorbe. Et au bout d'un quart d'heure, tu te dis, mais qu'est-ce que tu fais, Sophie, en fait ? Tu es en train de regarder des bêtises, alors que tu pourrais aller marcher avec Orane, par exemple.
- Speaker #1
Super. Eh bien, merci beaucoup, Sophie. Merci à toi. Très chouette.
- Speaker #0
Également partagée. Plaisir vraiment partagée. Grâce à toi, Marion, je me suis assise, ce qui m'arrive quand même rarement, et j'ai marqué une vraie pause.
- Speaker #1
Très contente.
- Speaker #0
Merci mille fois.
- Speaker #1
À très vite. À très vite. Merci d'avoir partagé ce moment avec nous dans le juste rythme. J'espère que cet épisode vous a offert un souffle, un sourire ou une idée à glisser dans votre quotidien pour avancer un peu plus à votre rythme. Si cet échange vous a plu, parlez-en autour de vous et abonnez-vous à votre plateforme préférée. Laissez un commentaire, c'est ce qui permet au podcast de rayonner. Pour découvrir d'autres épisodes ou me contacter, Rendez-vous sur le juste rythme. Si une femme inspirante vous vient à l'esprit, écrivez-moi, je pourrai être ma prochaine invitée. A très bientôt, et d'ici là, prenez soin de votre cœur, de votre corps et de votre tête.