- Speaker #0
Bienvenue dans Le Juste Rythme, le podcast qui explore le cœur, le corps et la tête. Je suis Marion Béchade, une femme, une mère, une entrepreneuse passionnée mais souvent débordée, en quête chaque jour d'un peu plus de sérénité. Un podcast pour se déculpabiliser et peut-être se donner une nouvelle impulsion. Cet épisode du podcast Le Juste Rythme est soutenu par l'Auberge Basque, un hôtel-restaurant, relais et châteaux, un lieu unique au cœur du Pays Basque qui invite... à ralentir, à se reconnecter à ses cinq sens et à prendre un temps pour soi, l'endroit parfait pour retrouver son juste rythme. Dans mon épisode avec Laure Closier, je voulais découvrir le juste rythme d'une journaliste économique au cœur de l'actualité, portée par une exigence forte et assumée. On a parlé de l'impact que Laure souhaite laisser, de la blague des femmes, de légitimité et de la manière dont on se construit dans des univers où il faut être solide, crédible et constante. On a aussi parlé de rythme extrême, de cette vie réglée avec une discipline militaire, d'un réveil à 2h du matin pour être à l'antenne à 6h, et de ce que ce tempo impose au corps, à la vie personnelle et à la durée. Laure revient sur les injonctions éducatives avec lesquelles elle a grandi, sur ce qu'elles ont forgé en elle, et sur ce qu'elle choisit aujourd'hui de transmettre autrement à ses filles. Elle partage également sa vision du féminisme, son amour profond pour l'économie, et son parcours avec la dysorthographie. Dans un métier où les mots, la rigueur et la précision sont centraux. Un échange lucide, incarné et inspirant qui interroge la réussite, la transmission et le rythme que l'on choisit, ou que l'on accepte.
- Speaker #1
Je vous laisse découvrir le juste rythme de Laure.
- Speaker #0
Bonjour Laure. Bonjour. Bienvenue. Je crois qu'on pourrait presque dire que tu es sur ta fin de journée, mais du coup, dans quelle énergie es-tu avant qu'on commence ?
- Speaker #1
Ah là, je suis en descente. Je suis en descente totale. Il est 11h, donc normalement là, j'arrive bientôt chez moi. et je dors. Là, c'est la fin de journée.
- Speaker #0
C'est ta fin de journée. Si tu devais décrire ton rythme actuel en quelques mots, lequel choisirais-tu ?
- Speaker #1
Mon rythme, il est violent. Il est difficile, mais il est nécessaire. Mais il reste violent. On ne se lève pas à 2h30 du matin en se disant tiens, c'est l'heure de réveiller mon corps. C'est super, j'ai assez dormi. C'est toujours violent. On ne s'habitue pas. Ça reste quand même une difficulté.
- Speaker #0
Ça fait combien de temps, du coup ?
- Speaker #1
Ça fait quatre ans.
- Speaker #0
Quatre ans. Je change un petit peu de sujet, je reviens en arrière, mais on va revenir après à ton rythme. Mais quel enfant étais-tu ?
- Speaker #1
Moi, j'étais un enfant très sage. Je ne faisais pas trop de bruit. Je n'étais pas très turbulente. Et j'étais très mauvaise à l'école. Ça ne m'intéressait pas du tout. Et donc, j'étais... Petite fille dans son coin, on n'attendait pas grand-chose de moi, parce qu'on considérait que je n'étais pas forcément à la hauteur intellectuellement. Et donc, j'étais vraiment sans problème, sans ambition et sans problème.
- Speaker #0
Ça a bien changé. Je crois que tu as grandi avec l'idée que le travail était une valeur centrale. Comment ça se traduisait concrètement dans ton enfance ?
- Speaker #1
En fait, oui, la valeur travail est centrale. J'ai été éduquée comme ça, notamment. à travers mon père, qui était... Mon père était banquier et mon père était d'un milieu social très très simple, voire un peu défavorisé. Et il a fait une ascension sociale par la force de son travail. Il a avancé les échelons jusqu'à aller au plus haut niveau dans la banque. Et donc, il considérait vraiment que le système méritocratique, que l'école, qu'il fallait vraiment cravacher. Donc, il... Il nous a toujours dit qu'il fallait travailler. C'est-à-dire que nous, on pouvait faire tout ce qu'on voulait à peu près, ramener qui on voulait, fréquenter qui on voulait. Ça ne posait aucun problème. Mais alors, par contre, ramener à la maison quelqu'un qui ne fout rien, ça, c'est impossible. Mais impossible. Donc, il fallait travailler, peu importe ce qu'on fait. D'ailleurs, ce n'était pas vraiment le sujet. Ce qu'il fallait, c'est bosser. Et pour lui, en plus, comme il nous avait donné la chance de ne pas penser aux questions matérielles, C'était inimaginable de faire autre chose que de bosser. Parce qu'on avait tout le temps de bosser, on avait tout le temps de penser à rien. Donc c'est vrai que j'ai été éduquée comme ça.
- Speaker #0
Et cette culture de l'effort, elle a construit en toi, ou exigé de toi, certaines choses du coup ?
- Speaker #1
Ben oui, c'est-à-dire que... Je ne sais pas, moi, ne pas faire les choses à fond jusqu'à quasiment l'épuisement. Je ne sais pas m'arrêter, je ne sais pas mal faire les choses. Et le mauvais travail me rend marteau. C'est-à-dire que vraiment, les gens qui ne trahissent pas, ça me rend marteau. Je déteste ça. Dans mes équipes, je n'ai que des gens ultra performants, ultra compétents. Et du coup, je n'ai pas de... Je ne suis pas très compatissante pour ceux qui ne bossent pas. Je peux être même un peu méchante.
- Speaker #0
Est-ce que tu as toujours voulu être journaliste ?
- Speaker #1
Toujours,
- Speaker #0
toujours.
- Speaker #1
J'ai toujours voulu être journaliste, même quand j'étais nulle à l'école.
- Speaker #0
On va en parler plus tard, mais je crois qu'elle a dit sur l'orthographie dans mes sujets. À quel moment est-ce que le choix du journalisme, tu dirais qu'il y a eu quand même un déclic ?
- Speaker #1
En fait, moi, il me fallait une profession où on puisse raconter des choses, parce que je voulais raconter. Parce qu'en réalité, je suis dysorthographique, mais je sais très bien écrire. Ce qui est étrange, mais c'est comme ça. Et donc, je butais sur ce truc, mais il me fallait une matière où on peut raconter les histoires des autres. J'avais des qualités d'observation, je vois tout, j'entends tout. Il fallait que ça serve. J'avais un petit côté à l'intérieur de moi quand même un peu show-off. Et donc, il fallait que je mette ça à profit. Et le journalisme, je trouvais que c'était ça qu'il fallait. Au début, je voulais raconter des histoires en presse écrite. Et puis après, c'est venu en télé. Mais peu importe, en fait. C'était raconter des histoires qui me plaisaient. Et je voulais raconter des vraies histoires. Donc, c'était le journaliste plutôt que l'écriture.
- Speaker #0
Je crois que tu voulais avoir de l'impact aussi. Oui. Ça veut dire quoi, l'impact, pour toi ?
- Speaker #1
En fait, pour moi, l'impact, c'était parler au mieux des hommes. C'est-à-dire que... Moi, j'ai été dans un milieu assez misogyne, dans lequel on n'avait vraiment pas beaucoup de considération pour la femme, et encore moins pour la femme qui travaille. C'est-à-dire qu'à un moment, on perd des trucs. C'est un autre temps. On ne refait pas ses parents. Mais en tout cas, on n'avait pas de considération pour la femme qui réussit, etc. Et en fait, je me disais, qu'est-ce que je pourrais faire dans ma vie pour qu'il soit obligé d'écouter ce que je dis ? Alors, ce que je vais faire... C'est que je vais aller bosser dans ce qu'il regarde, dans ce qu'il écoute, éprouver et l'obliger en fait à voir que je suis crédible. Et c'est ce que j'ai fait en fait. Avec une grande erreur, c'est qu'à partir du moment où j'ai travaillé dans une chaîne économique et ABFM Business, mon père a arrêté de la regarder. Je n'ai pas eu cette reconnaissance-là. Je ne l'ai pas eue. Parce que par gêne, par peur que je dise des bêtises. J'ai pas eu ça, c'est pas passé par là. Donc du coup, ça m'a un peu frustrée, mais en tout cas, j'ai toujours voulu aller dans une matière... Je voulais faire soit l'industrie, soit l'agroalimentaire. Et en fait, j'ai fait l'économie en général, parce que je cherchais un truc hyper compliqué pour avoir l'air crédible. Et ça a très bien fonctionné. Surtout qu'en plus, il y a... Je crois que j'ai commencé il y a plus de 15 ans, on était très peu de femmes. Donc en fait, quand vous aviez besoin d'une femme pour faire un truc, ben, elle t'a peut-être piqué avec moi, quoi. Donc... Merci. Ça m'a servi, en fait.
- Speaker #0
Donc, j'allais te demander pourquoi l'économie, mais on a l'air...
- Speaker #1
Parce que l'économie, c'était aussi à l'école, quand j'ai avancé K1K, la seule matière où ça fonctionnait. C'est-à-dire que je comprenais comment ça marchait, ça m'intéressait, ça n'intéressait personne en plus. Et donc, du coup, je réussissais. Et donc, je me suis pris au jeu, la théorie économique, etc. J'ai fait des études d'éco. Et puis, c'était la matière qui fonctionnait avec moi. Je n'arrivais pas à prendre... La conjugaison, la grammaire et tout ça. Mais bon, après, quand à l'école, ils ont arrêté de faire des dictées, ça allait mieux déjà. J'avais moins 4 sur mes cours, sur mes DST, mais je m'en sortais. Le problème, c'est de passer CP, CE1, CE2. En fait, le problème, c'est d'arriver en seconde. Une fois qu'on arrive en seconde, on peut enfin, ce que moi, faire des trucs intelligents et arrêter de faire des dictées et des contrôles de grammaire. Mais vous me faites repasser le... Je ne passe toujours pas en CE1, je pense. Non mais c'est vrai, aucune chance.
- Speaker #0
Quand même. Là actuellement, tu es à la tête de Good Morning Business sur BFM TV, qui passe aussi sur BFM Business, et RMC Life, donc la matinale de l'économie.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que tu t'imaginais à cette place-là, avec ce rythme-là, dès le départ ?
- Speaker #1
Oui. À ce rythme-là, non, parce que je n'étais pas anticipée de me mettre dans ce rythme-là. À la tête de la matinale de l'économie, oui, parce que c'était mon but. Je voulais aller au prime time de l'économie dans une chaîne business où il n'y en a qu'une, donc c'est facile. Et je voulais arriver au prime time comme un but, ce qui pose aujourd'hui parfois des problèmes parce que je me dis, maintenant que j'ai fait ma petite bagarre et que je suis arrivée, qu'est-ce que je vais faire après ? J'ai besoin d'un autre combat pour me donner un autre combat à manger. Et donc, du coup, c'était mon but. J'ai construit ça, j'ai voulu, j'ai fait étape par étape et je suis arrivée. à cet objectif-là. Mais ça fait 20 ans que je veux être à la tête de la matinale de l'économie. Donc, pour moi, il n'y a pas de... Il n'y a pas de suspense. C'était juste une question d'année par année, mais c'était logique.
- Speaker #0
Et une journée type ?
- Speaker #1
Une journée type, c'est facile parce que c'est complètement militaire. Je me lève à 2h30 du matin. J'arrive à la rédaction, il est 3h10. Je ne suis pas la première. Déjà Mathilde et Léo qui sont déjà là. Là, je lis toute la presse, etc. Au maquillage, j'ai à 4h15. À 6h, je prends l'antenne. jusqu'à 9h. Après, à 10h, on a une conférence de rédaction pour les sujets du lendemain. Ça dure jusqu'à 11h moins 10. Je pars. Non, j'ai oublié de dire, je mange à 9h. C'est-à-dire qu'à la sortie de l'antenne à 9h, je déjeune.
- Speaker #0
Ton repas du midi.
- Speaker #1
Mon repas du midi, absolument. Donc, je rentre chez moi. Il est aux alentours de 11h30, midi moins le quart. Je me couche jusqu'à 15h. De 15h ?
- Speaker #0
Tu m'as réveillée ?
- Speaker #1
Je m'ai réveillée. Deux réveilles, bien sûr. Là, c'est... un peu le plus compliqué, parce que le réveil de 15h, vous ne savez pas si on est dimanche, c'est un peu compliqué. Parfois, vous êtes un peu perdus. Une fois qu'on a compris où on était, on se lève et là, il faut se lever, parce que sinon, après, il fait nuit. Là, soit je fais du sport, soit je fais une machine, mais à 17h, à nouveau, j'ai une conférence de rédaction. Je retravaille à partir de 16h30, à peu près, jusqu'à 18h. Là, c'est bien si j'ai fini de travailler, parce que si je vais chercher mes enfants et que je dois retravailler, en général, ça se passe mal.
- Speaker #0
En général,
- Speaker #1
là, ça ne va plus. Donc là, 18h, les devoirs, les douches, tutti quanti, on dîne. Et à 20h30, je suis couchée, ma porte est fermée. Et là, c'est mon mari qui gère. Donc là, il faut absolument que mon mari soit rentré à partir de 19h15. Sinon, on ne se voit pas, on ne se parle pas. Donc c'est minuté, en fait. Même lui, il regarde l'heure pour partir le travail, parce qu'il se dit, sinon, c'est mort, on ne se parle pas.
- Speaker #0
Et du coup, pour voir la lumière du jour, c'est 15h ?
- Speaker #1
Ça fait 15 et 16, oui. Ou quand je rentre.
- Speaker #0
Ou quand tu rentres, oui. Donc, il existe forcément une journée type. Et qu'est-ce qui est immuable dans ton quotidien, quoi qu'il arrive ?
- Speaker #1
Moi, je vais toujours chercher mes enfants à l'école. Toujours, Mes enfants ne s'en rendent pas compte. Mais quand même, depuis qu'ils sont nés, je vais chercher mes enfants tous les jours. Ils ne savent pas ce que c'est d'avoir une nounou. Si je ne peux pas, évidemment, c'est mon mari ou c'est ma mère qui vient. J'ai ma mère, c'est quand même très important. et donc tous les jours j'ai cherché mes enfants à l'école et ça c'est quand même la chance incroyable des horaires décalés c'est de pouvoir être là pour le débrief de la journée des copines qui n'ont pas été sympas ou qu'est-ce d'avoir de discuter, de faire les devoirs de les suivre ça reste immuable et au contraire qu'est-ce qui peut être totalement bouleversé justement avec l'actualité ? L'actualité, elle bouleverse dans le temps de préparation de la matinale. C'est-à-dire qu'on peut tout changer. C'est-à-dire que tout est mouvant en permanence. Même quand on le fait, on change les journaux pendant qu'on les fait. Donc, on peut absolument tout basculer. Mais à un moment donné, je quitte l'antenne. Donc, en fait, la boutique est ouverte de 6h à 9h. Mais à un moment donné, je quitte l'antenne et je donne le relais. Mais dans mon temps de 6h à 9h, rien n'est fixe. Tout peut changer.
- Speaker #0
Et quand tu refais une réunion le soir, c'est s'il y a eu une actu, un truc incroyable qui s'est passé l'après-midi, tout peut rechanger le soir ?
- Speaker #1
On fait une réunion à 17h, peu importe ce qui se passe, en se donnant des pistes pour le lendemain, que dans la moitié du temps, on ne suit pas, parce qu'en fait, les vérités de 17h ne sont pas les mêmes que celles de 3h du matin. Sachant qu'en plus, on a les Etats-Unis, et donc en fait, souvent, Donald Trump, il fait des annonces entre 2 et 4h. Et donc du coup, ça, ça nous bouleverse énormément la matinale en écho. Mais c'est le jeu et c'est ce qui fait aussi que vous êtes un peu excité. C'est-à-dire qu'on ne sait pas trop sur quoi on part.
- Speaker #0
C'est l'adrénaline que t'aimes.
- Speaker #1
Et ça crée en plus, on part dans des directions, on se dit bon ce matin, il faut partir sur le dollar est faible, c'est un problème pour les entreprises européennes. Est-ce que c'est le bon truc ? Est-ce que ça ne l'est pas ? En fait, vous vous en rendez compte à 17h quand vous voyez ce que les autres ont fait. Et quand vous partez là-dessus, vous avez raison, vous avez peut-être tort. Peut-être qu'en fait, ça fait pchit et que vous êtes parti trop vite. Parce qu'on s'auto-excite aussi beaucoup en matinale sur des sujets. Ah ouais, on parle là-dessus, c'est fou. Et puis en fait, non, ça dégonfle. C'est ça qui n'est pas facile comme équilibre. Mais c'est aussi pour ça qu'on fait ça.
- Speaker #0
Et est-ce que tu dirais qu'il y a quand même une part d'intuition dans tout ça, même dans l'économie ?
- Speaker #1
Ah oui, bien sûr, une part d'intuition. De toute façon, quand on fait des choix d'hierarchie sur des sujets, c'est de l'intuition. De dire ce qui va intéresser les gens ce matin, c'est les résultats de Microsoft et la réunion de la Fed. ou ça peut être... les patrons face aux politiques. Mais ça, c'est des choix qu'on fait, nous, le matin, en fonction de ce qui nous intéresse. Moi, je me dis, si ça m'intéresse, c'est que ça intéresse ceux qui nous écoutent. Je considère qu'on est à peu près sur la même ligne. Mais ça reste complètement malléable. Et ça peut se discuter. Et ça peut se discuter vraiment entre nous pendant un moment où on n'est pas d'accord. Mais c'est aussi ça qui est sympa.
- Speaker #0
Et qui tranche.
- Speaker #1
C'est moi.
- Speaker #0
Est-ce que travailler dans un univers qui était, j'imagine, peut-être moins maintenant, mais majoritairement masculin au départ, comment est-ce que tu l'as vécu ?
- Speaker #1
C'est-à-dire que bizarrement maintenant, je me dis que moi, quand je suis arrivée dans le monde du travail, j'avais déjà tout entendu sur les femmes. Donc franchement, c'était de la redite. C'est-à-dire que ça ne me surprenait pas. C'est-à-dire que d'avoir vraiment des remarques, je pense que j'ai vraiment tout entendu. Mais maintenant, je ne veux même plus le raconter parce que je me dis, je ne veux même pas que mes filles pensent que ça a existé un jour. Donc, je me dis, c'est-à-dire que je ne veux même pas qu'elles se disent, ah ouais, on a dit ça à maman, on a parlé comme ça. Ça n'existe plus, c'est fini, on a avancé. Et en plus, décontextualiser, ça n'a plus grand sens. C'est-à-dire que les remarques qu'on faisait, on les faisait, on les entendait parce qu'on était dans un certain contexte. Et aujourd'hui, ça ne s'entend plus. Donc, je trouve que ça n'a plus de sens maintenant de le raconter. Mais moi, je n'avais pas ce sentiment d'être inférieure. Et donc du coup, ça me faisait rien. Et dans ma tête, je me disais, moi je serai à cette place. Ça va arriver, t'inquiète pas, c'est qu'une question de temps. Ça va arriver.
- Speaker #0
Est-ce que tu dirais que ça t'a quand même rendu invincible ?
- Speaker #1
Ah oui, ça m'a vraiment rendu invincible. Moi j'avais vraiment tout entendu. Quand mon grand-père disait, maintenant qu'on a les machines à laver, je comprends pas à quoi ça sert de se marier, j'avais tout entendu. Donc franchement, j'avais pas... Donc après... go quoi et je me disais ils ont peur en fait c'est juste qu'ils ont peur donc en fait c'est pas très grave et on y arrivera le problème c'était plus pour moi dans la sphère professionnelle d'être crédible alors que je faisais des fautes d'orthographe alors que j'étais frisée alors que j'étais blonde et que j'étais jeune mais en fait on a beaucoup moins de problèmes de crédibilité quand on est à 40 ça j'aurais bien aimé que quelqu'un me le dise quand j'avais 20 parce que moi je pensais vraiment que j'y arriverais jamais à être crédible alors qu'en fait c'est quand même une question d'âge.
- Speaker #0
Complètement même. Là, quand tu regardes l'actualité économique et politique récente, qu'est-ce qui te frappe le plus concernant la place des femmes ?
- Speaker #1
C'est que parfois, on recule. C'est-à-dire que la vision quand même de Donald Trump sur la place des femmes, tout ça, c'est pas très bon. C'est-à-dire que ça infuse quand même dans un certain nombre de milieux. On recule. Là, je reviens de Davos. Ça se voit à la UNU qu'il y a moins de femmes. C'est-à-dire que ça se voit, il y a moins de diversité, il y a moins de femmes. Et ça quand même, c'est un peu désespérant. Parce qu'il y a des hauts, des bas. Mais moi j'espérais quand même, en étant une femme à la tête d'une matinale, réussir à faire venir plus de femmes, etc. Et que c'était aussi une question d'impulsion des médias, etc. Et en fait, j'ai trop d'obstacles. Donc en réalité, j'y arrive moyennement.
- Speaker #0
Et tu penses que c'est quoi les causes ?
- Speaker #1
C'est la peur, beaucoup. Je pense qu'il y a vraiment deux problèmes aujourd'hui. Parce que ce n'est plus un problème d'identification. Je veux dire, des femmes économistes, j'en connais plein. Je ne sais pas qui elles sont, mais à Davos, j'ai fait 30 interviews, j'ai fait trois femmes. J'ai eu un nombre de refus de femmes importants. Il y a des femmes qui m'ont dit oui et que je n'ai pas prise parce que je les ai déjà fait 20 fois. Et qu'à un moment donné, je ne peux pas faire 20 fois la même interview avec une femme parce que ce n'est pas possible. Il faut qu'on change. Tout ne peut pas être toujours sur les mêmes. Et puis, vraiment, je pense que 1, les femmes ont peur et que 2, ça ne les intéresse pas. C'est-à-dire que l'exercice médiatique n'est pas valorisé par les femmes. Mais elles considèrent que c'est un truc de mec qui se regarde le nombril. Elles ne prennent pas le temps de se dire, je vais aller parler de ce que je fais. Je vais expliquer. Elles ne considèrent pas que ça va valoriser leur boulot. Elles considèrent que c'est un exercice de com' de mecs qui s'aiment bien, qui aiment se regarder parler, qui s'étalent. Mais qu'elles, elles ont du boulot, elles ont autre chose à faire et que ce n'est pas valorisé dans leur carrière. Ça, c'est un premier point. Et ça, j'en suis sûre. C'est évident. Et le deuxième sujet, c'est la peur de se tromper. Et alors ça, ça me rend dingue parce que les hommes qui se trompent, je suis désolée, ça arrive. Mais récemment... C'était récemment, c'était il y a 15 jours. J'organise un débat sur l'euro numérique. Il faut être passionné par le sujet, mais c'est très intéressant. J'ai un expert de la Banque Centrale Européenne qui vient très, très bien. Je cherche une experte côté banque pour faire la balance. Je trouve une super meuf, vraiment. Elle est d'accord pour venir, etc. Bon, elle a un peu peur, bidule, elle n'a jamais fait de télé. On lui dit, ça va bien se passer, tac. Elle appelle la veille, la veille, et elle dit, il y a une question sur laquelle je ne pourrais pas répondre. Je voudrais venir avec mon collègue. Mais je veux dire... Je comprends, enfin je sais, elle a peur de se planter, c'est important pour elle, pour sa carrière, etc. Mais si on fait ça, c'est foutu, il faut fermer le rideau, on ferme la boutique, on n'y arrivera jamais. Donc j'ai dit non. Et je n'ai fait le débat qu'avec le type de la Banque Centrale Européenne. C'est-à-dire que si vous voulez venir avec votre collègue pour qu'il vous tienne la main, on est foutus, quoi. On est foutus. Et qu'est-ce que je peux faire contre ça ? Ça m'énerve en plus, donc je deviens désagréable. Et en même temps, bon, elle a le droit de ne pas vouloir venir. C'est son droit le plus strict. Si elle a peur, enfin, c'est vrai. Mais qu'est-ce qu'on va faire, en fait ? Si on ne saute pas dans le grand bain ? Si on recule sans arrêt ? Et si on demande à son collègue de venir nous tenir la main, vous imaginez une interview ? Alors vous savez pas, on va peut-être demander à monsieur. Non !
- Speaker #0
Niveau crédibilité, mais pour le coup, c'est encore pire.
- Speaker #1
Donc ça, c'est désespérant. C'est désespérant.
- Speaker #0
Tu reçois souvent des décideurs, on peut dire. Est-ce que tu vois réellement quand même des femmes accéder au lieu de pouvoir ?
- Speaker #1
Oui. C'est-à-dire que je pense qu'aujourd'hui, les femmes sont vraiment directrices adjointes. C'est-à-dire qu'elles sont tac ! juste le niveau en dessous. Et là, pour moi, c'est une question de temps quand même. C'est-à-dire qu'on ne peut pas foutre tout le monde dehors. Donc, à un moment donné, il faut que les gens partent à la retraite. Mais aujourd'hui, on a des femmes qui sont vraiment au top exécutive, prêtes à diriger, en capacité, dont on ne remet pas en cause les compétences, dont on ne dit pas que c'est parce qu'elles sont femmes. Elles sont vraiment là. Donc, je pense que d'ici 5, 6, 7 ans, on a vraiment un vivier qui sera arrivé au top management. Aujourd'hui, quand on dit qu'il n'y a que 4 femmes dans le CAC 40, oui. Mais vraiment, il faut regarder les strates d'en dessous. Et là, elles sont là. Donc ça, ça me rend un peu optimiste.
- Speaker #0
Ok. On va finir sur cette note positive. Est-ce que toi, tu dirais que tu as dû adapter également même ta posture, même ta voix pour t'affirmer ?
- Speaker #1
Je n'ai rien changé.
- Speaker #0
Tu n'as rien changé.
- Speaker #1
Je n'ai rien changé, mais on ne m'a jamais rien demandé. C'est-à-dire que là, pour le coup, on ne m'a jamais demandé de me lisser les cheveux. On ne m'a jamais demandé de parler moins fort. On m'a demandé, mais avec c'est une remarque intéressante que je prends, d'avoir moins les dents serrées, d'être moins dans la bagarre, etc. Mais à juste titre, parce que les gens qui vous écoutent n'ont pas besoin de ça. Mais on ne m'a jamais demandé, aujourd'hui, ça fait 15 ans que je suis à BFM, ils ne m'ont jamais rien demandé de changer. Jamais.
- Speaker #0
Et si on te l'avait demandé ?
- Speaker #1
Je suis incapable.
- Speaker #0
Je ne suis même pas capable de mentir. Je suis incapable. Et tes filles, qu'est-ce que tu veux leur transmettre avec tout ça ?
- Speaker #1
Moi, mes filles, je veux qu'elles aient toutes les possibilités. C'est-à-dire que vraiment, qu'elles puissent choisir, vraiment qu'elles soient allées au top de ce qu'elles peuvent faire, de leurs compétences, de leurs connaissances, et qu'elles puissent choisir en connaissance de cause ce qu'elles veulent faire ou pas faire. C'est qu'elles fassent leur choix avec vraiment... Mais d'aller jusqu'au bout, c'est-à-dire que moi, quand j'étais petite, jamais on m'aurait montré un avion ou un tracteur ou même un zé de ne pas des puzzles, je ne saurais pas faire. Donc, ce qui n'est pas faux. Mais elles, je veux vraiment qu'on leur ait donné toutes les chances dans leur apprentissage pour qu'après, elles puissent décider de faire ce qu'elles veulent. Je m'en fous, en fait. Mais ce que je veux, c'est que vraiment, elles aient tout appris, tout entendu, qu'elles soient allées au bout et qu'elles aient vraiment toutes les chances. Pour moi, c'est une question de chance.
- Speaker #0
Ouvrir le champ des possibles.
- Speaker #1
Ah ouais, c'est vraiment ça que je veux leur transmettre. Après, mes filles, elles regardent la boum aujourd'hui, à un moment donné dans la boum 2, il y a Claude Brasseur qui dit à Brigitte Fossé qu'elle va arrêter de bosser parce que lui, il va changer de boulot. Elles sont dans le canapé et elles disent « Quoi ? Ça va pas ? Il se prend pour qui lui ? » Moi j'étais petite, je l'ai vue, je l'ai même pas vue. C'est-à-dire qu'on est dans une autre dimension.
- Speaker #0
Oui, il y a plein de films, il y a plein de choses maintenant qui choquaient pas quand on était petite. Il y en a plein de choses qui ne passent plus, effectivement. Mais ça se transmet... Comment est-ce que tu fais pour leur permettre que le champ des possibles soit le plus grand possible ? Au quotidien, qu'est-ce que tu transmets ?
- Speaker #1
Déjà, moi, j'essaye quand même de les pousser un max sur les maths, sur l'économie, sur l'école. Parce que, bon, moi, l'école, c'était pas mon truc. Je ne comprenais pas trop ce qu'on y faisait. Mais elles, elles ont l'air... Ça fonctionne. Et donc, du coup, je m'ébahis devant la réussite de la table des trois. Je trouve que c'est formidable d'avoir réussi à apprendre ça et de savoir conjuguer un verbe. Je trouve ça merveilleux. Et ensuite, je leur raconte ce que moi, je fais, les enjeux de l'actualité. Donc, à 9 ans, la grande, elle sait la réforme des retraites, pourquoi on l'a fait, la pyramide des âges. Enfin, je... Merci. Bon, parfois, c'est un peu décalé. Mais je leur explique l'actualité, ce que j'ai fait à Davos, ce que j'ai vu, pourquoi, c'est qui Trump.
- Speaker #0
Ils te regardent parfois à la télé ?
- Speaker #1
Ouais, mais alors, vraiment, pour me faire plaisir. Non, mais c'est vraiment pour me dire que... Pour voir que j'ai bien mis le pull rose qu'on avait choisi la veille. Mais sinon, globalement, ou pour se moquer de moi, ce qui marche aussi très bien.
- Speaker #0
Et est-ce que tu leur as parlé de ta dysorthographie et ton parcours scolaire ?
- Speaker #1
Oui. C'est-à-dire qu'elle... Alors, j'essaie... C'est en discussion avec mon mari, mais je ne veux pas les dégoûter. Et je ne veux surtout pas leur dire que l'école, ça ne sert à rien. Donc j'y vais mollo. Mais elles savent que moi, j'y arrivais pas. Et que j'ai fait autrement.
- Speaker #0
Et que j'y suis arrivée.
- Speaker #1
Mais que c'est pas pour ça que c'est un chemin qu'il ne faut pas prendre. Et en même temps, aujourd'hui, j'ai un regard critique sur mon incapacité à apprendre. Parce que parfois, je me dis, pourquoi j'ai pas réussi à apprendre trois conjugaisons ? Aujourd'hui, je me dis que j'aurais pu apprendre. Pourquoi je n'ai pas réussi à apprendre ? Moi, j'étais foutue dès le départ. J'aurais quand même pu, ça ne me paraît pas fou. Aujourd'hui, j'arrive à apprendre des trucs. Il y a des trucs que je n'arrive pas à alléger. Il y a des trucs vraiment qui ne fonctionnent pas. Mais je ne comprends pas pourquoi je n'ai jamais réussi à conjuguer le verbe être et le verbe avoir. Ça ne me paraît pas fou. Mais aujourd'hui, j'ai fait un papier en rentrant de Davos pour la tribune dimanche. C'est un gros papier de 900 signes. Avant, je leur envoyais à ma mère, avant de 9000 signes, je leur envoyais à ma mère pour corriger. Là, c'est Tchadjipiti qui me l'a corrigé. Ça aurait changé ma vie. Changé ma vie. C'est-à-dire que personne ne se serait jamais aperçu que je faisais des fautes. Jamais.
- Speaker #0
C'est vrai. Il y a plus d'outils maintenant pour... Toutes les personnes disent, en toute façon.
- Speaker #1
Ah bah oui !
- Speaker #0
C'est un autre débat. Si je reviens à ton rythme vraiment pur, fameux... Donc ton réveil sonne très tôt. Comment est-ce que ton corps, il encaisse ce rythme ?
- Speaker #1
Le problème, c'est de ne pas grossir. Ça, c'est un énorme problème. Le corps... Moi, je suis une bonne dormeuse.
- Speaker #0
À 8h30, tu t'endors direct ?
- Speaker #1
Oui, à 35, je dors. Et quand je me couche pour la sieste, je dors vraiment. Donc finalement, j'arrive à dormir entre 5h et 5h30 la nuit, parce que je ne m'endors pas complètement tout de suite. Et je redors 3h. Donc au final, en fait,
- Speaker #0
je dors 8h.
- Speaker #1
au final. Mais sauf que par contre, au moindre problème, c'est-à-dire que un livreur qui a bousillé la sieste, juste au titre puisqu'on a commandé un colis, ou un truc qui ne va pas, ou je ne peux pas, ou je dois retourner au travail, etc. Là, c'est l'horreur.
- Speaker #0
Le grain de sable.
- Speaker #1
Là, c'est le grain de sable et là, c'est horrible parce que ça gâche la journée d'après, qui gâche la journée d'après, qui gâche le week-end, qui gâche la semaine. Là, c'est l'engrenage. Et ça, ça finit, ça se passe très mal et on entend, de toute façon, maman, elle est fatiguée, on ne peut pas lui parler, on n'entend pas de coucher. C'est pour ça que c'est très important d'être militaire et ça c'est parfois difficile à comprendre. Mon père il ne comprend pas la sieste. Un jour j'ai fait la sieste chez lui, il parlait derrière la porte, je lui ai dit bah non, la sieste c'est la sieste, c'est la nuit en fait.
- Speaker #0
C'est sacré.
- Speaker #1
C'est sacré. Donc il faut vraiment, il n'y a pas de place pour quelqu'un qui passe boire un verre en fait, ça n'existe pas dans ma vie à moi. Il n'y a pas de gens qui viennent boire des verres. C'est pas, tiens c'est son anniversaire, il n'y a pas d'anniversaire, point. Ça c'est un peu difficile.
- Speaker #0
Ma question suivante, c'est justement, vivre à contre-temps du reste du monde, est-ce que c'est un choix assumé, un renoncement ?
- Speaker #1
Les deux, parce que c'est un choix assumé, forcément, puisque c'est moi qui décide. Après moi, même si je ne faisais pas ces horaires-là, vous ne me croiserez pas en soirée. Ça ne change pas grand-chose. Je ne suis pas privée. Je ne suis pas privée de soirées, etc. Je suis privée de voir mes amis proches, parce que je rate des choses, etc. Et puis parfois, je suis trop... trop fatiguée pour être là, pour comprendre, etc. Donc ça, c'est un peu pénible. Le gros problème, c'est quand même le dimanche, parce qu'on n'a pas parlé du dimanche, mais je retravaille le dimanche. Et là, ça commence à être compliqué, si c'est l'anniversaire de votre mère, si c'est machin, ça, ça.
- Speaker #0
Le dimanche, du coup, tu prépares le lundi.
- Speaker #1
Oui, et donc en fait, le dimanche, je me lève pour lire la presse. À midi, j'ai une conf avec mes collègues. et à partir de 16h il me faut 2h, 2h30 pour préparer mes interviews du lendemain donc le dimanche c'est quand même pas top et le vendredi t'as pas ça par contre ? le vendredi, non à 11h t'es en week-end à 11h30 je suis en week-end, jusqu'au samedi en fait mais le problème c'est que le vendredi soir je suis trop fatiguée, je peux plus parler donc je me couche quand même assez tôt et le samedi, c'est pas la fiesta parce que le dimanche je retravaille donc c'est ultra contraignant Merci. Donc de temps en temps, c'est trop. De temps en temps, c'est trop parce que vous avez fait un sacrifice qui est trop fort, parce que vous avez raté un truc dans votre vie personnelle qui est trop fort.
- Speaker #0
Et donc, il faut faire attention. Moi, je vérifie quand même globalement tous les six mois avec mon mari qu'on est bien d'accord pour faire ça, ensemble. Tout le monde travaille à la matinale de BFM Business. Mon mari, mes enfants, ma mère.
- Speaker #1
Je me rappelle, c'est ce que tu m'avais dit au téléphone. Ben oui. Et dans tout ça, est-ce que parfois, tu as de la culpabilité ?
- Speaker #0
J'en ai et j'en ai pas. Ça dépend des moments. C'est-à-dire que... J'en ai quand les devoirs, ça se passe mal parce qu'en fait, je n'ai pas fini de travailler et que je fais les devoirs avec mon téléphone. Et là, ça ne va pas. Et en plus, tout se mélange et ça se passe mal. Et à la fois, je me dis, avoir sa mère tous les soirs quand même, maman qui n'est jamais là, mais qui est tout le temps là en fait. C'est quand même... Alors bon, peut-être qu'elles diront qu'elles rêvent d'être toutes seules à la maison, je ne sais rien. Mais je culpabilise à la géométrie variable quand même. Après, je culpabilise parfois vis-à-vis de moi. Parfois, je vais trop fort dans ce que je fais. Je vais jusqu'à l'épuisement et je me dis, putain, j'aurais jamais dû faire ça. Et après, sur ma vie de couple, c'est là où c'est peut-être le plus compliqué. C'est-à-dire qu'une fois que vous avez fait tout votre travail, que vous vous êtes occupé de vos enfants, il reste 2 minutes 30 pour parler à mon mari. Et ce n'est pas beaucoup. Surtout si vous avez... N'oublie pas le sac de piscine et machin. Bon, bref, ce n'est pas génial comme vie de couple. Donc, du coup, là, de temps en temps, on se dit, attendez le week-end, il faut qu'on parte tous les deux. Mais ça reste assez faible et pas très souvent. C'est là où c'est le plus tendu, où il faut faire quand même attention.
- Speaker #1
Et ce rapport, du coup, très discipliné, très militaire, est-ce que ça t'a appris des choses sur toi ?
- Speaker #0
En fait, ça m'a appris qu'on peut quand même aller assez loin. C'est-à-dire que sur la forme, sur l'envie. Moi, je ne suis pas très sportive dans l'âme. Je ne suis pas très dépassement de soi, ultra trail. On va courir 50 kilomètres pour voir ce qu'on peut faire avec son corps. Mais en réalité, je challenge quand même mon corps beaucoup. Et donc, ça, je ne pensais pas pouvoir le faire. Mais comme avant d'avoir des enfants, je ne pensais pas pouvoir faire autre chose que de me lever à midi. Bon, il s'avère qu'en fait, on découvre ça quand même.
- Speaker #1
Et du coup, on t'a dit que tu n'es pas très sportive, mais tu as dit tout à l'heure quand même que parfois tu faisais du sport ou une machine. Donc, tu as un rythme très exigeant. Est-ce que le sport et une hygiène de vie particulière ont de la place dans cette vie ?
- Speaker #0
J'ai horreur de ça. C'est-à-dire que j'en fais deux heures par semaine avec une coach. qui vient chez moi et à qui je propose de prendre des petits cafés sans faire de sport, en la payant quand même, et qui m'oblige à sortir mon tapis. Et je le fais uniquement pour ne pas faire un AVC. C'est-à-dire que je ne le fais que par hygiène. Je déteste ça, tout ce qu'on fait, je râle. Mais je finis par tout faire et à la fin, je lui dis merci. Mais je déteste ça. C'est-à-dire que ça ne m'intéresse pas. Je ne vois pas le... Tout est une souffrance. Enfin, c'est... J'appelle ça le sport extrême, alors que c'est du pilates et du cardio. C'est vraiment la base de l'hygiène. Je fais ça vraiment pour ne pas avoir de problèmes de santé. Mais sinon, je ne le ferais pas. Ça ne m'intéresse pas du tout.
- Speaker #1
Mais si tu ne le faisais pas, tu penses que ça serait...
- Speaker #0
Si je ne le fais pas, je pense que dans trois mois, je fais 100 kilos. Parce que c'est quand même compliqué. Et puis, je ne peux pas juste passer de ma chaise à ton lit. Il me semble qu'il faut faire du sport pour... pas mourir jeune. Ça me semble être le truc qu'il faut faire.
- Speaker #1
Et les semaines où tu as le petit grain de sable qui se met du coup dans la sieste ratée, etc., que tu es épuisée, comment tu fais pour être quand même performante et envoyer de l'énergie sur le plateau ?
- Speaker #0
Il y a un truc un peu quand on fait de la télé, parce qu'il y a être journaliste, mais il y a être saletain banque aussi. Et moi, je suis journaliste saltimbanque. C'est-à-dire qu'il y a une partie de show, de blabla, d'émotion. T'as dit que t'aimais ça au début. Voilà, ça j'aime bien. Donc, je me dis, les gens m'écoutent. Les gens écoutent BFM Business, 11 novembre, 3 janvier, à 6h du mat. Ils méritent un petit spectacle. C'est quand même... Donc, ça, ça m'anime. Je me dis, les gens font l'effort et tout. J'ai envie de leur raconter un truc. Et puis... Je me passionne pour les gens, mon domaine d'expertise, etc. L'économie, ça me passionne, donc ça me réveille. Il y a une partie de théâtre, c'est-à-dire que parfois j'ai envie de crever, mais c'est pas grave. Bonjour à tous, il est 6h. Et après, il y a quand même un truc, c'est que, autant quand j'étais petite, j'étais pas du tout soutenue, autant adulte, je suis extrêmement soutenue. Par mes enfants, par mon mari, par ma mère, par mes amis, par les gens qui travaillent avec moi. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, je...
- Speaker #1
Tu te sens portée.
- Speaker #0
Ouais, c'est-à-dire que je me sens portée. C'est bizarre, c'est un truc, j'ai pas grandi comme ça, mais je suis un adulte soutenu. Et ça, c'est quand même... Je suis là, j'en peux plus, machin, et hop, c'est reparti. C'est que même au maquillage, elles sont là, allez ! Et ça, c'est quand même ultra précieux. C'est-à-dire que parfois, ça m'arrive, même sur mon mari, d'avoir des décharges de désespoir, où je lui dis, non, mais là, demain, c'est mort, je reviens pas, je suis... C'est foutu. Ou il me remonte comme un coucou. Voilà. Et on m'arrive tous les matins, il me fait mon petit-déj avant de partir dans mon tupperware. Enfin, ça, pour moi, ça reste le soutien. Grave d'amour. Voilà. Moi, c'est deux tranches de jambon dans un muffin avec sa mimolette. Non, mais c'est vrai. Maintenant, aujourd'hui, je pense que quand je dis à mes enfants que j'en peux plus, on en discute. Mais oui, elles sont un soutien. Vraiment.
- Speaker #1
C'est vraiment très chouette. Est-ce que tu penses qu'un jour, tu voudras arrêter de faire tout parfaitement ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
C'est en toi ?
- Speaker #0
Je pense que ce n'est pas possible. J'ai fait le deuil de ça. Avant, je disais que je travaillais trop. C'est parce que plein de choses. En fait, je travaille trop parce que je ne sais pas faire autant. La semaine dernière à Davos, c'est cinq jours de 6h à 23h sans bouffer, sans dormir. Je pense qu'il y a des gens qui disent non. moi ça m'a même pas sorti de l'esprit parce que j'avais des trucs à raconter il fallait que je fasse ci, il faut que je fasse ça et il faut que j'aie bien travaillé pour rentrer chez moi parce que sinon je peux pas me reposer c'est une injonction tu penses ? c'est à dire que faire une bonne sieste c'est bien travailler c'est mérité et d'ailleurs je sais pas l'année dernière j'ai eu un problème de voix, je me suis mis à tousser je pouvais plus faire d'antenne j'ai dû m'arrêter, vraiment, j'ai dû arrêter l'antenne en plein milieu, ça a duré une semaine je pouvais plus parler évidemment quand votre boulot c'est de parler à la radio, à la télé c'est un peu compliqué, mais c'était infernal c'est-à-dire que je faisais les 100 pas chez moi je culpabilisais j'étais empêchée de travailler
- Speaker #1
Est-ce que tu dirais que c'est ton corps qui t'avait envoyé un petit message ?
- Speaker #0
Oui, si, parce que parfois mon corps il me lâche et puis quand il faut que je dorme, il faut vraiment que je dorme C'est pas possible. Il y a vraiment des moments où je peux plus. Ça, c'est sûr. Mais je pense vraiment que je saurais pas faire. C'est-à-dire que parfois, je me dis, je vais arrêter, je vais faire un autre travail, mais ça sera pareil. C'est-à-dire que ça sera... Je me lèverai peut-être pas à 2h30 du matin, mais je saurais pas faire à moitié, machin, je saurais pas faire.
- Speaker #1
Et comment est-ce que tu te vois dans 10 ans ?
- Speaker #0
Alors, dans 10 ans, j'aurai donc 52 ans. Donc, mes enfants... ils s'en foutront, ils ne vont plus partir en week-end avec nous et ils se font des repas tout seuls c'est important dans dix ans je ne sais pas parce que le problème c'est qu'aujourd'hui il me faut un autre combat j'ai réussi mon petit combat que je faisais avec mes petits points depuis dix ans, là il me faut un autre combat je ne sais pas parce que le problème c'est que moi il n'y a que l'économie qui m'intéresse et la politique du coup ?
- Speaker #1
la politique ça ne m'intéresse pas du tout et l'économie dans la politique ?
- Speaker #0
Oui, mais ça, c'est ce que je fais déjà. La politique, ça ne m'intéresse pas du tout. Et la politique a beaucoup trop de place aujourd'hui. Dans les rédactions, dans les médias, beaucoup trop.
- Speaker #1
D'ailleurs, est-ce que les gens ne confondent pas politique et économie ?
- Speaker #0
Si, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de journalistes politiques qui pensent qu'ils connaissent l'économie de fait parce qu'ils sont journalistes politiques, alors que c'est quand même pas la même chose. Et que c'est pas la même chose. Nous, on suit les grandes masses, les entreprises, les choix. L'économie, c'est des flux, en fait. La politique, c'est la petite phrase, pas la même chose. Ça ne veut pas dire que la politique n'a pas d'incidence sur l'économie, puisque les choix de politique économique sont passionnants. Ça, oui. Mais la... politique, suivre les municipales, mais là, non. Non, mais je ne pourrais pas. Moi, j'ai baissé le nombre de politiques sur mon plateau. J'en ai très peu. Parfois, c'est très intéressant, parfois, j'en ai besoin, parfois, il y a des choses à raconter sur plein de sujets. Mais je ne fais pas du tout les élections, non. Et Dieu m'en garde.
- Speaker #1
D'ailleurs, est-ce qu'un politique ou un économiste, il y a moins de langue de bois, quand même, pour un économiste ?
- Speaker #0
Il y a de la langue de bois chez les économistes et chez les entreprises. En fait, le problème, c'est qu'il y a du media training partout. Et que moi, mon travail, c'est vraiment d'avoir une conversation sincère sur n'importe quel sujet économique. Mais je dois lutter contre le media training parce que ça bousille, mais ça bousille mon antenne. C'est-à-dire que quand je vous pose une question... sur « Alors, les panneaux solaires, c'est super, mais il y a le cours de l'argent. » Et que vous me dites « Bonjour, mais avant, je voudrais vous présenter mon entreprise parce que c'est ce que j'ai appris par cœur avec mon média training. » C'est horrible. Les gens, ils éteignent. Moi, ça me pousille l'antenne. Les gens, ils vont « Ok, c'est bon, t'es PowerPoint, moi aussi je travaille. » Donc, j'ai vraiment besoin que ça ait l'air d'une conversation, qu'on discute et qu'on parle d'un sujet intéressant. Parfois, j'ai des boîtes, elles viennent pour présenter leurs résultats et on parle d'autres choses. Parce que les résultats, c'est une occasion de se voir. Mais on ne va pas se faire, le chiffre d'affaires c'est 12, et ça c'est plus 15. Non, on raconte l'histoire de l'entreprise, qu'est-ce qui est intéressant, qu'est-ce qui est important. Mais si celui qui est en face, il ne joue pas le jeu, et que peu importe la question, il a point 1, point 2, point 3 à me réciter, à se dire ce qu'il a appris, et qu'il n'est pas capable d'en sortir, il ne faut pas venir. Il ne faut pas venir parce qu'à la fin, ceux qui viennent à Good Morning Business le savent, je leur dis. Je leur dis là, c'est dommage, vous avez bousillé l'interview. C'est dommage parce que ça ne va intéresser personne.
- Speaker #1
C'est ça, en fait. On ne fait que dire que les gens ne regardent plus la télévision, mais c'est quand même aussi à cause des médias training.
- Speaker #0
C'est-à-dire qu'avoir des interviews apprises à l'avance, c'est quand même un problème. C'est-à-dire que ne pas répondre à la question... Et moi, quand je vous invite sur mon plateau, vous venez de parler de votre boîte, je vais vraiment poser des questions sur la boîte. C'est ça qui m'intéresse, en fait. C'est ce qu'on fait, pourquoi on le fait, comment vous le faites, comment c'est organisé, c'est quoi... la chaîne de valeur, et c'est quoi vos contraintes ? Je ne veux pas partir sur un truc... On est quand même sur BFM Business, c'est écrit dessus. Malgré tout, certains apprennent par cœur, et peu importe ce que je demande, la réponse est déjà prise par cœur. Et ça, c'est un énorme problème. Parce que non seulement eux, ils sont mauvais, mais moi, les gens, ils raccrochent, ils vont faire autre chose. Et à juste titre. Donc c'est un enjeu fondamental pour moi.
- Speaker #1
C'est ton plus gros enjeu, presque.
- Speaker #0
C'est mon plus gros enjeu, parce que ça me bousille l'antenne. Il faut que ce soit intéressant. Sinon, quel intérêt d'aller se mettre sur BFM Business ?
- Speaker #1
C'est vrai. Est-ce qu'il y a des choses que tu as volontairement ralenties ? À part les soirées avec les amis.
- Speaker #0
Qu'est-ce que j'ai ralentie ?
- Speaker #1
Est-ce que tu bois moins de café ?
- Speaker #0
Je bois... pas beaucoup d'alcool. Je ne bois jamais d'alcool la semaine, évidemment. Je bois un peu d'alcool le week-end, mais bon, franchement, puisque je bois moins, je suis très vite malade. Donc, non, je fais attention au café que je bois. J'en bois deux le matin et après, je n'en bois plus du tout. J'essaye de manger équilibré. Ça a l'air comme ça, mais c'est-à-dire que votre problème en matinale, c'est que vous pouvez manger toutes les heures et c'est toujours pas l'heure de manger. Donc, si vous commencez à manger à 2h30, c'est comme ceux qui fument. Si vous avez commencé à fumer des clopes à 2h30, à 6h du matin, vous avez déjà fumé beaucoup de clopes quand même. Et donc, il faut faire très attention à ce que vous mangez. Et ça, c'est un peu compliqué. Moi, je déteste cuisiner, donc j'aimerais bien que dans mon frigo, il y ait des petits tupperwares avec des jours qu'ils arrivent tout seuls dans le frigo. Et ça, il faut que je fasse très attention à ce que je mange quand même.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des choses que tu refuses de sacrifier, mis à part aller chercher tes enfants, bien sûr, à l'école, mais des choses plus globales ?
- Speaker #0
Il y a des choses auxquelles je fais très attention, mais ça c'est des trucs d'éthique que j'ai eu avec l'éducation, je fais très attention. Aux cadeaux, je fais très attention. Je ne suis pas un porte-manteau moi. C'est-à-dire que vraiment, je suis journaliste, je paye mes fringues, je paye tout mon apparat, je paye mon apparat. Je ne fais pas de collaboration, je ne fais pas de présentation extérieure, je fais juste ce que je dois faire.
- Speaker #1
C'est une discipline que tu t'imposes.
- Speaker #0
Oui, parce que quand on vous propose 10 000 euros pour animer une conférence pendant une heure, ça vous fait réfléchir quand même.
- Speaker #1
Tu penses que c'est uniquement sur les valeurs de ton éducation qu'ils font ça ou c'est sûr que tu ne veux pas bousiller ta crédibilité ? Les deux.
- Speaker #0
Les deux. C'est-à-dire que, un, c'est parce que je n'ai pas besoin de le faire financièrement. C'est-à-dire qu'à un moment donné, quand on en a besoin, je comprends très bien qu'on le fasse. Mais moi, je n'en ai pas besoin aujourd'hui. Je n'ai pas de raison de le faire. Je n'ai pas de raison d'aller chercher plus,
- Speaker #1
Et ça ne te fait pas kiffer non plus ?
- Speaker #0
Et ça ne me fait pas kiffer du tout. C'est-à-dire que non, ça peut être dans une contrainte autre et d'animer des trucs. Non, ça ne me passionne pas. Mais en plus, on peut tout à fait apprendre des choses. Mais c'est que moi, si je n'ai pas envie de le faire et que je n'ai pas besoin de le faire, il n'y a aucune raison de le faire. Et ça, ça fait partie des trucs que je ne fais pas. J'en ai fait au début de ma carrière parce que j'avais besoin de fric, mais je ne le fais pas aujourd'hui. Et puis, j'essaye de partager tout ce que je reçois. C'est-à-dire que moi, quand j'étais petite, Un jour, on est tombé en rade sur l'autoroute avec mon père en voiture. C'était sa voiture de fonction. Il ne voulait même pas appeler le garagiste avec son téléphone de fonction parce que c'était utiliser le téléphone de l'entreprise. Après, quand il a été très haut dans les banques, il avait un chauffeur. Et nous, on marchait à côté. C'est-à-dire qu'il n'y avait pas d'utilisation, mais un level.
- Speaker #1
Ça débute bien, ce monsieur.
- Speaker #0
Mais alors, un level qui était dingo. C'était dans son ADN. et donc... Et donc, elle était là, oui, mais quand même, pour aller au métro, parce que c'est le même chemin. Elle disait, non, tu marches. Et donc, du coup, ça, ça m'est resté. Un peu didué quand même,
- Speaker #1
mais quand même.
- Speaker #0
Mais parce que, et j'y pense, parce que franchement, c'est une super bonne école. C'est-à-dire que c'est un peu drastique, mais je n'ai pas de téléphone professionnel. Je n'ai que mon téléphone personnel que je paye. Enfin, d'où l'électricité, comme ça. C'est des trucs qui restent.
- Speaker #1
Mais ça va, tu te regardes dans la glace et tu te dis, je suis droit dans mes bottes.
- Speaker #0
Ouais, ça me fait plaisir, je m'auto-complimente.
- Speaker #1
Question, si ton rythme naturel n'avait pas s'adapter à celui des autres, qu'abandonnerais-tu en chemin ?
- Speaker #0
Qu'est-ce que j'abandonnerais ?
- Speaker #1
L'heure du réveil.
- Speaker #0
Ouais, l'heure du réveil, mais l'heure du réveil c'est violent, mais après, une fois que je suis dans la douche et que je suis partie, c'est déjà le matin. Aujourd'hui, franchement, je garde tout. Le problème, c'est le corps.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que ça veut dire pour toi, réussir sa vie ?
- Speaker #0
Réussir sa vie... Ce qu'il y a, c'est que moi, j'avais tellement de choses à prouver. Je voulais tellement... Je voulais tellement prouver à mes grand-mères qu'on pouvait être autre chose qu'une femme au foyer. Je voulais tellement prouver à mes grands-pères qu'ils étaient idiots. Je voulais tellement prouver à mon père, à mes frères, qu'à un moment donné, on pouvait être une femme crédible, travailler. C'est bon, c'est réglé. Pour moi, c'est déjà réussi. Maintenant, je peux faire n'importe quoi. C'est bon, je... C'est bonus. C'est bonus. Pour moi, c'est fait. J'étais beaucoup dans l'esprit de revanche, de bagarre. Je vivais dans la petite bagarre. Maintenant, c'est bon.
- Speaker #1
Tu dirais que tu avais une colère qui t'a un peu drive et qui t'a apaisée.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et quel conseil tu donnerais à une femme qui doute de sa légitimité ?
- Speaker #0
Ça, c'est compliqué parce que je pense qu'on est très inégaux. C'est-à-dire que moi, j'avais beau avoir deux dans toutes les matières, j'avais beau avoir écrit sur mes bulletins « ne sauras jamais ni lire ni compter » , je n'ai jamais douté de toi. Je ne sais pas expliquer pourquoi. J'étais persuadée. qu'à un moment donné, je ne sais pas par quel truchement j'y arriverais. Je ne me suis jamais dit, c'est dommage, tu ne vas rien faire. Je me suis dit, non, ce n'est pas grave, vous verrez un jour, je ne sais pas quand, vous verrez. Donc, je n'avais pas ce déficit de confiance et je ne sais pas à quoi c'est dû. Et je me suis beaucoup posé la question avec mes enfants parce que, comme moi, je n'ai pas du tout été poussée et que j'avais zéro déficit de confiance, je me suis dit, si je pousse trop mes enfants,
- Speaker #1
ça se trouve,
- Speaker #0
ça va faire l'inverse. Je me suis dit, mais je ne vais quand même pas leur dire qu'elles sont nulles. J'étais un peu embêtée là-dessus. Donc je me suis dit, bon allez, je me tente l'encouragement, on verra bien ce que ça donne. Mais moi, je ne sais pas trop. Et j'ai vraiment, je vois ça chez mes copines ou chez tout un tas de gens que j'interroge, il y a une peur du jugement des autres.
- Speaker #1
Le regard.
- Speaker #0
Le regard qui, moi, mais alors me...
- Speaker #1
Passe au-dessus.
- Speaker #0
Ça m'arrive parfois, tout d'un coup. C'est marrant parce que tout d'un coup, il va y avoir quelqu'un, je ne sais pas... qui va être plus fort ou plus mince ou mieux que moi. Et je vais me dire, mince, en fait, je suis nulle, je ne m'en suis pas aperçue. Mais ça passe, en fait. Je n'ai pas le... Même physiquement, c'est marrant parce que dans la télé, etc.
- Speaker #1
La comparaison.
- Speaker #0
La comparaison, même physique, le poids, les rides, votre tête qui change. Et moi, vous aurez ma tronche telle qu'elle est, mais jusqu'au bout. C'est-à-dire que... Et malgré les critiques que je peux recevoir sur les réseaux sociaux, je m'en fous, vous pouvez me traiter de balai, de dire les pires trucs au monde, mais ça ne me fait rien. Ça ne me fait rien. Je ne sais pas pourquoi, en fait. Et c'est pour ça que je me dis que c'est une chance incroyable. Parce que j'avais beau ne savoir ni lire, ni écrire, ni compter, j'avais une confiance en moi innée. C'est quand même... Et même, je vois ça aujourd'hui chez mon petit frère, je vois bien qu'il a beaucoup moins confiance en lui que moi. Je vois bien que lui, il doute, qu'il a besoin plus de reconnaissance.
- Speaker #1
Alors que vous avez reçu la même éducation, c'est un garçon et toi une fille.
- Speaker #0
Mais bon.
- Speaker #1
Intéressant à creuser.
- Speaker #0
Donc mon conseil, c'est de go. Qu'est-ce qu'on a à perdre en fait ? On a rien à perdre. Donc bon, Pierre t'es trompé. Je me plante, il y a des trucs qui ne réussissent pas. Comme j'ai trop d'idées, il y en a à peu près la moitié à foutre à la boubelle. Puis j'épuise un peu les gens qui sont avec moi, etc. Mais on avance.
- Speaker #1
Quel regard est-ce que tu as sur le féminisme en général ?
- Speaker #0
C'est marrant parce que c'est un peu comme la droite et la gauche. toujours le féministe de quelqu'un. Moi, j'ai des collègues à BFM Business qui disent que je suis l'archétype de la féministe aux dents acérées, alors que pour d'autres, je vais être absolument pas dans la ligne, pas moderne. Je ne sais pas ce que moi, j'y mets derrière, mais moi, je trouve que... déjà se considérer comme égale, c'est déjà beaucoup. C'est-à-dire que c'est ça qu'on veut en fait. C'est l'égalité des chances. Et même ça, on a des fois du mal à le faire comprendre. Même nos collègues masculins qui pensent que quand on dit que le baisement, ça se fait plus, qu'ils vous lâchent la porte dans la gueule, en disant « tu l'as voulu » . Il y a peut-être confusion parfois dans les degrés, les curseurs. Mais bon, ça s'apprend. Mais moi, c'est vraiment ça le sujet. Le sujet, c'est l'égalité des chances et des considérations. C'est vraiment... Et ça, c'est un combat, c'est presque... C'est viscéral. Oui, c'est viscéral. C'est viscéral. C'est vraiment ça. C'est-à-dire que moi, si je ressens... Et là, ça, c'est encore un défi auquel je fais face parfois. C'est-à-dire que quand je ressens parfois chez certains invités que le fait d'être invité... et interrogées par une femme plus ou moins jeune, parce que je vieillis, ça les fait chier. Et qu'ils se disent, je perds mon temps avec l'autre, et que je le ressens, parce que je ressens très fort les comportements des autres, ça me met en difficulté. C'est-à-dire que là, tout d'un coup, je perds mon truc et je perds dans ma puissance d'interview, dans mes questions, et je me dis, mince, il me juge, encore un qui me juge, et du coup, je m'énerve toute seule, alors que ça se trouve, je m'en... Et du coup, je fais des interviews qui sont moins bien. Après, je remine. Ça m'arrive de moins en moins souvent. Mais ça m'arrive encore.
- Speaker #1
Ça va peut-être te transcender après.
- Speaker #0
Ça me met parfois encore en difficulté. Parce que je me dis, lui, il faut lui prouver que... Et en fait... Voilà quoi. Mais ça, ça arrive encore. Et vraiment, pour moi, le féminisme, c'est ça. C'est pas autre chose. C'est l'égalité des chances et des considérations. C'est tout. Et on n'y est pas encore. Mais on a quand même vachement avancé.
- Speaker #1
J'espère que ça va continuer dans ce sens. On va terminer d'une façon beaucoup plus légère. Qu'est-ce qu'il y a sur ta table de nuit ?
- Speaker #0
Sur ma table de nuit, il y a... beaucoup de livres pour enfants qui s'empilent au fur et à mesure de la semaine que je range le vendredi. On lit avant de dormir. Téléphone. Et il y a une pince à cheveux.
- Speaker #1
L'odeur de ton enfance.
- Speaker #0
Et l'odeur de la rivière dans ma maison de campagne quand j'étais petite. Avec cette odeur de vase et d'herbes mouillées.
- Speaker #1
Lequel de tes cinq sens tu utilises le plus dans ton travail ?
- Speaker #0
A priori ma voix, ma bouche, le fait de parler, ça reste quand même le plus.
- Speaker #1
Un objet ou un bijou qui te reconnecte à ta féminité ?
- Speaker #0
Moi je ne suis pas du tout bijou, j'ai que des trucs.
- Speaker #1
Et un objet ?
- Speaker #0
Mon alliance à ma féminité,
- Speaker #1
mes cheveux. Un objet ou un rituel qui te reconnecte immédiatement à ton juste rythme ?
- Speaker #0
À mettre mon pyjama.
- Speaker #1
Et une musique pour te réveiller de bonne humeur après ta sieste ?
- Speaker #0
Alors moi, j'écoute Céline Dion très fort. Très, très fort.
- Speaker #1
Une chanson en particulier ?
- Speaker #0
J'irai où tu iras, ça marche très, très bien. Mais le matin, le soir, peu importe l'horaire, c'est vraiment quelque chose qui se consomme quand vous avez envie. C'est en modération. Super, merci beaucoup Laure. De rien. A bientôt.
- Speaker #1
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