- Speaker #0
Bienvenue dans la dernière partie de mon échange avec Jean-François Lascoux. Dans l'épisode précédent, on a parlé de vente responsable et de RSE. Aujourd'hui, on termine sur un sujet un peu plus personnel, le regard qu'on porte sur les gens à travers leur statut professionnel, ce qui a changé entre les générations face au travail et ce que veut vraiment dire être... être bienveillant en entreprise. Bonne écoute ! Bien sûr !
- Speaker #1
Si t'as pas de boulot, t'es une autre personne.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Tu vois ? Ça, c'est aussi un truc que j'ai découvert, c'est que t'es une DRH géniale, tu perds ton job, le lendemain, t'es devenue une nana lambda qui cherche un boulot, qui doit pas être très très brillante d'ailleurs, parce qu'elle sait le dire.
- Speaker #0
Ouais, les raccourcis sont vite faits.
- Speaker #1
C'est très très moche. Et ces réflexes-là, on les a tous.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
J'ai vendu pendant 9 ans des commerciaux à des entreprises qui n'avaient jamais rien vendu à personne. Quand tu vas voir un chef d'entreprise et que tu lui dis je vais te vendre un commercial 3500 balles, à l'heure actuelle il est gardien de prison. Il est mort de rire. Tu dis t'as pas une autre idée ? Parce que celle-là elle est très terrible. Et là quand tu commences à lui dire ton équipe de commerciaux, il y a qui dedans ? Là il commence à te les décrire. Il y a toujours René, Thomas, qui vit dans... qui est le mec qui était à la logistique, qui est passé au comptoir, qui est devenu commercial et qui cartonne. Ok, si je te trouve un autre Kevin, ça c'est bien. Ah, tu vois, on s'en fout d'où il vient, c'est un Kevin.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
D'accord. Moi j'en ai 12 des Kevin. Et puis, tu vois, je leur proposais de les recevoir pendant une semaine. Là le mec il me dit, mais je suis obligé de m'en foutre pendant une semaine. C'est con de tenir des clients, il ne connaît pas les clients, il ne connaît pas les produits, il va faire chier tout le monde. Donc je lui dis, quand tu as embauché quelqu'un, le onboarding tu fais quoi ? Ah bah le premier jour il le fait avec lui, le deuxième jour il le fait avec les commerçants sur le terrain, à préparer. les livreurs pour voir qu'est-ce qu'on livre aux clients. Après, ils passent un peu de temps à la logistique. Si tu pouvais faire tout ça avant d'embaucher la personne. Ah putain, du coup, ma semaine a devenu géniale. Ça, c'est qu'une manière de le présenter. Et donc, du coup, mon projet débile, il devient intéressant. Parce qu'en plus, je lui dis, si tu pouvais tendre un peu et en recevoir trois en l'espace de trois semaines. Enfin, en l'espace de six semaines. Qu'est-ce que tu en penses ? Et donc, le système, il marchait. Et encore une fois, tout à l'envers de ce qu'on fait aujourd'hui. Parce que quand tu vas voir un chef des ventes et tu lui dis, OK, vous vous recrutez comment d'habitude ? En posant la question, tu connais toutes les réponses. est-ce qu'il y a une méthode qui marche ? marchent très bien. Nine, ça va peut-être le coup d'en essayer une nouvelle. Une autre,
- Speaker #0
une nouvelle, une différente.
- Speaker #1
On prend quel risque ? Ce qui nous arrive, c'est qu'elle marche. Et ça, là, petit à petit, avant d'arriver à ce discours et à comprendre comment tu peux présenter le sujet, pour que les gens se disent, ben là, il y a peut-être une opportunité. Et quand tu te fais embaucher quelque part, t'as jamais travaillé dedans. J'ai une période d'essai. Dans la période d'essai, tu fais tout pour plaire. Comme les gens survendent leur boîte bien souvent, la personne, quand elle arrive, elle se dit, oups, c'est pas ce qu'on m'avait raconté. Et puis parfois, le premier jour.
- Speaker #0
Et c'est comme ça que t'as des démissions avant la fin de la période d'essai.
- Speaker #1
4% des cadres partent le premier jour. Ça, c'était une stat qui m'avait foutu du cul, ça. Ouais,
- Speaker #0
c'est clair.
- Speaker #1
T'arrives dans une boîte, ton premier jour, tu te dis, ok, je viens pour une raison. Quand j'arrive, rien ne fit avec ce qu'on m'a raconté. Alors, les 50 tonnerres qui ont trouvé un jeune par miracle, lui, il dit rien, probablement. Mais le mec à 35 piges qui avait deux offres, trois offres, il a choisi celle-là. Là-bas, il prenait 500 balles de moins, mais il avait la bagnole, je sais pas quoi. C'est vite réglé. Dès le premier soir, il te dit au revoir.
- Speaker #2
Ouais.
- Speaker #1
Et moi, pour avoir vécu en Amérique du Nord et avoir eu des boîtes là-bas, l'emploi, c'est pas le même. Donc au laboratoire. il arrive vendredi soir et il te dit « Bon, Jeff, je vais pas revenir lundi. » « Ça fait 18 mois que tu le formes, le mec. » « Si tu peux me faire mon chèque de la semaine, s'il te plaît. » Il va où ? Il va dans une autre boîte parce que l'autre boîte, elle lui paye les lunettes ou les dents. Ton assurance, elle ne paie pas tout ça, elle paie juste les médocs. Ou alors, c'est 1000 balles par salarié et tu ne peux pas te l'offrir. Tu vois, cette relation au travail, elle n'a rien à voir avec la nôtre. Je pense que les jeunes générations, ils n'y arrivent pas pour les mêmes raisons, mais ils n'ont pas très envie de bosser dans les mêmes conditions que nous. d'accepter accepté les conditions que nous on a accepté. Nous, on a accepté contre un salaire un paquet de contraintes et on fermait nos gammes. Aujourd'hui, ils arrivent et ils disent pourquoi je ferais ça ? Donc ça, ça marche moins et ils ont un peu moins le respect du statutaire. Tu vois, le manager, il n'est pas bien brillant, il s'en aperçoit assez vite. 75% déjà ne quittent pas leur job.
- Speaker #0
Oui, ils quittent le manager, c'est ça ? Oui. C'est dur ça quand même, franchement.
- Speaker #1
Ça se mesure partout. C'est vrai tout le temps. C'est dur pour les managers.
- Speaker #0
C'est dur pour les managers. Quand on voit ce qu'on leur demande de faire et qu'en plus 6 se retrouvent responsables de tout. C'est compliqué quand même cette fonction. C'est pas évident.
- Speaker #1
D'ailleurs, on commence à avoir des jeunes qui ne veulent plus. Parce qu'en fait, on en a fait aussi un mode d'évolution. Je ne sais pas comment on aurait pu faire autrement. Je ne sais pas, globalement, t'arrivais dans une boîte et tu finissais par manager les gens. Moi, je suis arrivé dans la boîte le même jour qu'un gars. Peut-être que s'il écoute le podcast, il saura de qui je parle. Il est resté pendant des années au même poste à faire la même chose. Pendant que moi, je suis devenu commercial, parce que les parents ont le même métier, les formateurs tous les deux. Je suis venu commercier. Je suis devenu responsable de toute une région. Je suis parti au Canada. Je suis devenu responsable d'un pays. Je suis rentré, je suis devenu responsable d'un produit mondialement diffusé. Donc j'ai pris des responsabilités chaque année, avec les salaires, les machins. Il est toujours resté dans son rôle de départ. Qui est le plus heureux, je ne sais pas. Mais en tout cas, lui, il a choisi de faire ça. Moi, j'ai choisi de faire autrement. On a un parcours qui est complètement différent.
- Speaker #0
Les trajectoires sont différentes.
- Speaker #1
À la fin du compte, il a une femme adorable. Il a des enfants qui sont aussi certainement bien que les miens. il ya une jolie de vie de petite maison, et basta, il a fait sa vie de la même manière. Donc je ne pense pas qu'il y ait des règles, il faut que tu te sentes bien à l'endroit où tu es. Et la grande entreprise, elle a un peu de mal à te reproposer ces parcours-là. L'évolution, c'est le management, où tu es le responsable commercial d'une équipe, d'une boîte de mobilier de bureau où tu as quatre commerciaux, et tous les matins, on se retrouve à 8h, on boit le café, on parle des projets. Le vendredi, on fait les revues de projet tous ensemble. C'est une autre façon de voir la chose. La boîte est grande et puis c'est la tendance à faire ça. C'est-à-dire que tu as ton manager direct qui manage ton activité. Tu as des managers transverses qui managent des produits, des BU. Et tu as besoin d'eux parce que dans tes projets, tu mélanges un peu des trucs de tout le monde. Puis tu as des styles d'entreprise compliqués comme les ESN par exemple, où tu as beaucoup de gens à l'extérieur. Donc la plupart des gens qui sont dans ton équipe ne sont même pas là. ou parfois tu as plus d'intérimaires dans ton équipe que de... de salariés. Donc il y a des moments où les gens, ils ont des trucs, c'est inextricable leur bordel salaire. Il n'y a pas de solution. Et là, on te dit, ouais, mais la dernière enquête, l'engagement n'est pas bon. Il y a des gens qui font des enquêtes où ils trouvent 78%
- Speaker #0
d'engagés.
- Speaker #1
Là, tu te dis, les gars, vous avez posé quoi en question ?
- Speaker #0
C'est ça, le vaste sujet des questionnaires de satisfaction pour mesurer l'engagement des collaborateurs. Quelle horreur.
- Speaker #1
Non, mais comme tu le dis dans le spectacle, ça m'a fait mourir de rire parce que pendant quelques années, on a fait la promo d'une appli là-dessus. sur le petit bonhomme qui sourit le bonhomme orange qui est moyennement content et le rouge là qui est fraîché et en fait t'avais des outils où tu faisais ça le matin et le soir il fallait que tu cliques t'arrivais comment, tu partais comment et derrière il y avait le soft canalisé attention René dans ton équipe il y a trois mécontents, il y a trois bonhommes rouges aujourd'hui pas bien c'était un super signal et au bout d'un moment tout le monde avait marre de cliquer sur l'équipe là t'arrives le matin,
- Speaker #0
t'es déjà pas content sur Parle-Soir. soir, t'es encore pas content, tu vois, si c'est sans fin, dans l'histoire.
- Speaker #1
Et puis le manager, lui, il n'a un peu plus les boutons. Les gars à la tête appuient sur les trucs. C'est comme quand tu es formateur et tu dis aux gens l'enquête de satisfaction, il faut la remplir à la fin. Par contre, si vous mettez moins de 8, ça ne sert à rien. Donc les mecs, ils mettent tous 9 et 10. C'est cool. Si vous mettez 8, je suis puni. C'est vrai ? Non mais Jeff, on ne va pas mettre 8.
- Speaker #0
On met
- Speaker #1
9. Tu vois comment c'est pipé,
- Speaker #0
franchement.
- Speaker #1
Non mais c'est pipé grave. Tu ne le dis pas. Il y a un mec qui met 7.
- Speaker #0
C'est fini.
- Speaker #1
Parce qu'il n'était pas plus content que ça, tu vois. Et ça serait cool qu'on en discute. Mais comme tu lui as dit, en fait, il ne sait pas ce qu'il faut qu'il mette.
- Speaker #0
Ben c'est ça.
- Speaker #1
Lui, il a de 1 à 10, il se dit 7, c'est bien déjà. Tu vois, ça fait 14 quand tu fais sur 20.
- Speaker #0
Ben oui.
- Speaker #1
C'est mieux 14.
- Speaker #0
Non, mais franchement, c'est une bonne note en plus.
- Speaker #1
C'est une bonne note, tu vois. Ben non, pour le système, c'est naze. Ben oui.
- Speaker #0
Ça n'a pas été paramétré comme ça. C'est 9 ou 10 ou rien du tout.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Sinon, c'est que tu es un loser.
- Speaker #1
Alors voilà. Sinon, le type, il est, comment on appelle ça ? C'est pas un contributeur, tu vois. Oui. Un passif.
- Speaker #0
C'est ça. Un détracteur même.
- Speaker #1
Non, détracteur, c'est 1, 2, 3.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. 1, 2, 3.
- Speaker #1
Tout le reste, c'est des passifs. Et 8, 9, c'est les gens qu'on apprécie.
- Speaker #0
Promoteur.
- Speaker #1
Promoteur, voilà. Bon bref. C'est important pour nous, quand tu fais de la formation dans les grandes boîtes et que tu formes des centaines de personnes, de au moins comprendre les résultats que ça apporte. Mais à condition que tu acceptes les mauvaises réponses, à condition que tu ne les essaies pas d'orienter et qu'on fasse avec la mauvaise réponse.
- Speaker #0
Qu'est-ce que je voulais te demander ? Est-ce qu'il y a un sujet d'actualité là récemment qui concerne le monde du travail où tu t'es dit non mais de quoi on parle on marche sur la tête ou alors où tu t'es dit tiens ça j'aime bien est-ce que t'as quelque chose qui te vient en tête ouais j'ai vu une conférence de
- Speaker #1
Julia de Funès oui grâce au DCF justement pour laquelle j'avais pas plus d'estime que ça avec Carnegie je trouvais que la bienveillance était bien et elle je trouvais qu'elle en parlait mal mais en fait je l'avais pas bien écoutée Et j'ai trouvé du sens dans ça. Se dire qu'être bienveillant, ce n'est pas non plus bise-nours. Ce n'est pas vouloir absolument être tout le temps, qu'il ne se passe rien. Être bienveillant, c'est savoir dire les choses. Et savoir les dire même quand ça ne va pas. Et trouver un moyen de faire en sorte que la personne sorte grandie de ça, plutôt que... de les grabouiller. J'ai trouvé qu'en l'écoutant mieux, j'ai trouvé que c'était pertinent ce qu'elle racontait, et je me dis, c'est ça, je crois qu'être gentil, c'est une force. Elle m'a confronté dans cette idée. Est-ce qu'il y a des gens qui vont profiter de toi ? Oui. Profiter de ta gentillesse ? Oui. Si on parle de la science, on n'avance pas avec eux. ou un peu, tant pis, tu te fais balader une fois, deux fois, la troisième, tu le laisses de côté et puis on passe à autre chose. Et je trouve que c'est plus dur d'ailleurs d'être gentil que de faire le méchant. Et moi, c'est plutôt ma façon d'être. Donc ça, pour moi, c'est pas difficile.
- Speaker #0
C'est chouette. T'entends parler de gentillesse, ça me fait penser à ce livre de Yannick Alain, Les gentils méritent aussi de réussir.
- Speaker #1
C'est un pote, Yannick.
- Speaker #0
C'est vrai ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
D'ailleurs, il est toulousain, non ?
- Speaker #1
Bah oui. Il a commencé sa carrière avec moi.
- Speaker #0
Ah bah écoute, j'adore son bouquin.
- Speaker #1
Ouais, c'est un super mec.
- Speaker #0
Voilà, je pensais à ça quand je t'entendais parler de la gentillesse. Donc, est-ce que ça veut dire que dans le monde du travail, tu y mettrais plus de gentillesse ? Il n'y en a pas assez dans les entreprises ?
- Speaker #1
Oui, plus de gentillesse, plus de gentil, plus de gens qui se disent on est tous ensemble dans le même bateau pour faire le même truc. Et à un moment donné, s'il y a un truc qui ne te convient pas, tu as le droit de partir.
- Speaker #0
Oui, on n'est pas des arbres.
- Speaker #1
Non, voilà. Tu as le droit de dire ok, moi ça ne me convient pas et d'aller ailleurs. Encore une fois, je pense que le modèle n'est pas le bon.
- Speaker #0
Eh oui, il faut penser le travail différemment.
- Speaker #1
malgré tous les efforts. qu'on a fait pour essayer de modéliser, on obtient à peu près toujours les mêmes résultats. Moi, je n'avais jamais entendu parler de burn-out jusqu'à 40 piges.
- Speaker #0
Sans transition, la musique. qui te met la patate ? J'aime bien finir le podcast avec cette question. Quand tu commences ta semaine, que tu te lèves le lundi matin, du coup tu te lèves de bonne heure ou pas ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Pas de bonne heure, ok.
- Speaker #1
Non, je me lève à 7h30.
- Speaker #0
Ok, bon, tu te lèves de bonne humeur ?
- Speaker #1
Oui, toujours.
- Speaker #0
Ok, donc quand tu te lèves le lundi matin de bonne humeur et tous les autres jours de la semaine, quelle est la musique qui te met la patate ?
- Speaker #1
Alors moi la musique qui me met la patate quoi qu'il arrive, et surtout avant de descendre de la voiture pour aller à un rendez-vous. Je fais le Hellfest assez fréquemment depuis quelques années. Et du coup... je suis un peu métalleux et j'aime bien les trucs qui mettent la pêche donc un petit ACDC A Way To Hell tu vois ok ça me réveille de la bonne manière ok et bah tu sais quoi on va se quitter en musique alors je te remercie beaucoup pour cet échange très
- Speaker #0
intéressant vraiment qui donne à réfléchir sur ce qui se joue au travail comment on le vit on est passé par plein de sujets en même temps mais en même temps c'est aussi ça la richesse de ce podcast c'est que c'était un échange merci beaucoup de ton passage sur le lundi dit de bonheur, plein de bonnes choses, continue à former et à reformer des VRP. Finalement, il en faudrait partout dans toutes les entreprises. Cette façon de penser la vente différemment avec des intentions gentilles, j'ai envie de dire comme ça, bienveillantes, pertinentes, pour que nos entreprises, elles soient durables, rentables. On veut des entreprises avec des chiffres d'affaires de fou, avec des résultats de fou, mais avec des intentions qui sont saines, éthiques. Le monde du travail, le monde de l'entreprise se porterait beaucoup mieux si on avait des idées là. en tête dès leur création. Merci beaucoup. A bientôt.
- Speaker #1
Ciao.