- Speaker #0
Bienvenue dans le Moodboard, un podcast qui explore la créativité à travers celles et ceux qui la vivent, la cultivent, la cherchent et la ressentent. Je suis Charlotte et je vous accueille dans ce podcast pour parler de ce qui inspire, de ce qui émeut, de ce qui nous pousse à créer. Prenez place dans ce Moodboard sonore et laissez-vous inspirer. Quand j'ai découvert le travail de mon invité du jour, Je ne pensais pas qu'on pouvait être à la fois artiste et scientifique. Et pourtant. Dans cet épisode, vous allez découvrir le parcours de Fabien. Depuis plusieurs années, il explore des projets à la frontière de deux mondes qu'on oppose souvent, l'art et la science. A première vue, rien ne le destinait à devenir ingénieur, ni même à faire de longues études, et encore moins à mener cette vie d'expérimentation et de recherche créative. Mais petit à petit, il a appris à écouter cette petite voix intérieure, celle qui l'a guidée vers le chemin de l'art. Je vous laisse découvrir son parcours et je vous souhaite une très bonne écoute. Alors bonjour Fabien, bienvenue dans le Moodboard et je suis ravie de t'accueillir dans ce podcast, sachant qu'on va être transparent, tu es le premier invité. Alors, avant de te demander de te présenter, je vais commencer par une question. différentes de celles qu'on demande d'habitude. C'est-à-dire que moi, je n'aime pas trop quand on me dit « Tu fais quoi dans la vie ? » Je trouve que ça enferme un petit peu, ça met dans des cases. Et comme ce n'est pas le sujet ici, à la place, je vais te demander si on devait épingler trois choses sur ton mood board du moment, ce serait quoi ?
- Speaker #1
Déjà, bonjour Charlotte. Merci de cette invitation. Je suis très flatté d'être le premier intervenant. J'espère que ça... Je souhaite une longue vie au mood board et beaucoup, beaucoup, beaucoup de... belles découvertes derrière. En ce qui concerne le mood board, ce que j'accrocherais dessus en ce moment, alors ça va paraître particulier parce que c'est des choses qui sont en lien avec mon travail artistique, donc sorti de leur contexte, ça va être un petit peu brutal peut-être aussi, mais c'est Carcasse. Parce que je travaille en ce moment sur ça. Et avec ça, Famille. parce qu'on est au cœur de l'hiver et que je suis papa de deux enfants. Et forcément, on traverse pendant l'hiver des périodes tumultueuses de maladies, de garde d'enfants malades, etc. Donc actuellement, en tout cas, c'est à ça que je pense. Et ensuite, je réfléchis pour la troisième.
- Speaker #0
Ça peut être une couleur, ça peut être un mot, quelque chose qui t'inspire en ce moment.
- Speaker #1
Oui, j'aurais tendance à aller plutôt vers une matière, effectivement, encore une fois, certainement le travail qui revient encore au galop, de façon qui occupe une bonne partie de mon esprit, ça serait la cire d'abeille.
- Speaker #0
Ok, on a hâte d'en savoir plus. Alors, on va revenir un petit peu en arrière, est-ce que tu as des souvenirs de tes jeux d'enfance ? À quoi tu jouais ? Ce qui te plaisait le plus ? Justement, ça peut être des matières, des imitations de métiers, est-ce que tu as des souvenirs de ça ?
- Speaker #1
Alors j'ai des très très beaux souvenirs de bricolage quand j'étais petit et c'est vrai qu'un des souvenirs qui revient assez souvent finalement, je ne sais même plus qui m'avait offert ce cadeau, mais j'ai reçu un livre de petits bricolages, de petites inventions à fabriquer soi-même avec des trombones, des piles électriques, etc. Et donc, je prenais énormément de plaisir à fabriquer des petites alarmes. pour savoir quand quelqu'un rentre dans ta chambre, etc. Enfin, c'était des petites choses comme ça. Mais la particularité, c'était que ça aurait pu être très dangereux parce qu'en fait, comme je bricolais aussi un peu avec mon père, je savais me servir d'outils déjà assez tôt. Et en fait, par exemple, comme je n'avais pas de piles, je me suis dit de l'électricité, il y en a dans des prises. Donc, je débranchais les lampes, je coupais directement les prises de 120 et je remplaçais en fait tous mes montages. Donc, ça aurait pu finir. de manière assez dramatique. Mais bon, voilà, c'était des choses, j'avais des parents assez compréhensifs et qui me laissaient quand même vraiment de belles libertés. Et donc, j'ai des grands souvenirs comme ça de jeux aussi seuls et qui me permettaient, voilà, donc ça, c'était... Et puis, voilà, beaucoup de souvenirs de bricolage avec d'autres matières, avec du plâtre, par exemple. Je travaillais avec des bandes de plâtre quand j'étais petit. Je fabriquais des lampes. Enfin bon, toujours un petit peu.
- Speaker #0
Donc, il y a une petite résonance avec la suite.
- Speaker #1
Tout à fait, oui, je pense.
- Speaker #0
Et tes origines, ta culture, justement, dans quel environnement tu as grandi ? Plutôt en ville, à la campagne, dans une région particulière ?
- Speaker #1
Alors je suis originaire de Franche-Comté, du Jura en particulier. Alors bien que dans l'imaginaire collectif français, le Jura résonne avec la haute montagne, moi j'ai grandi quand même plutôt dans un milieu assez urbain, dans une ville de taille moyenne, à Lons-le-Saunier, c'est la préfecture, donc qui avait 25 000 habitants, et j'ai donc plutôt vécu une enfance... Oui, citadine, urbaine en tout cas. J'ai eu cette sensation-là. Mais c'est vrai qu'après, on a quand même beaucoup... Enfin, on marchait aussi beaucoup, on faisait beaucoup de vélo avec ma famille. Donc ça, c'était quand même un accès à la nature assez proche et assez régulier. Et c'est vrai que moi, mes parents sont des scientifiques. Donc ils n'ont pas forcément... Enfin, malgré le fait qu'ils étaient quand même... Il provenait d'un univers assez cartésien, d'un monde assez cartésien. Il nous emmenait quand même au musée. Ce n'était jamais de l'art contemporain, rarement de l'art moderne, mais par contre, c'était souvent des musées d'art classique. Donc nous, c'était complètement barbant. Pour ma sœur et moi, c'était quelque chose qui n'était pas forcément d'un grand intérêt sur le moment. Mais j'en garde quand même des souvenirs.
- Speaker #0
C'est marrant, tu as répondu à la prochaine question, ton rapport à l'art, à la création, à la créativité, pardon, à cette période-là. c'est pas... Ce n'est pas forcément quelque chose qui t'intéressait à première vue ?
- Speaker #1
Non, pas du tout. Ce qui m'intéressait, moi, c'était de bricoler. C'était vraiment le bricolage, le contact. Maintenant, je porte un regard beaucoup plus large par rapport à tout ça. Mais sur le moment, j'ai bien le souvenir que ce qui me plaisait, c'était de découper des morceaux de carton, de les coller ensemble, de fabriquer des cabanes, de fabriquer même aussi des cages pour mes Ausha. Les pauvres. quand même bien subi. Et ce genre de choses-là, c'était vraiment sans forcément de volonté de faire de l'art, mais plutôt vraiment d'être... Je crois qu'il y avait un besoin instinctif d'être au contact des choses, du faire aussi. Et alors que se côtoyait quand même dans mon enfance un autre objet très important pour moi à l'époque, c'était la télé. Je passais beaucoup de... de temps devant la télé et malgré ça, j'ai quand même toujours eu le souvenir d'aimer bricoler et être dans ma chambre ou dehors en train de fabriquer des choses.
- Speaker #0
Et à ce moment-là, est-ce que tu te souviens aussi de tes rêves, tes passions autres que le bricolage ? Est-ce que tu avais des envies déjà de peut-être métier ou en tout cas de grands rêves ?
- Speaker #1
Alors de grands rêves, non, mais par contre, j'avais des passions un peu successives. Il y en a une qui m'a quand même collé à la peau pendant pas mal de temps. temps, c'était l'aquarophilie. J'adorais créer les poissons. Les petits poissons d'eau chaude, comme les guppies, par exemple. J'étais passionné de les voir évoluer. Ils m'apaisaient beaucoup. Et l'entretien aussi de l'aquarium, de mettre un petit peu, de disposer les petits cailloux, les petites plantes dedans, de faire des petits univers. La déco dans l'aquarium, c'était vraiment mon truc quand j'étais petit. Après, des métiers, non, je crois que j'ai su vraiment extrêmement tard ce vers quoi je pouvais éventuellement aller. Et d'ailleurs, pour moi, être artiste, ce n'était pas un métier quand j'étais petit.
- Speaker #0
Et un peu plus tard, du coup, ça a été quoi tes études ? Tu es passé par quel parcours ?
- Speaker #1
Alors les études, c'est vrai que j'ai eu un parcours assez tumultueux, dirons-nous. D'abord, j'ai toujours eu un rapport à... à l'éducation et à l'enseignement assez complexe. Pour le dire autrement, je n'étais pas taillé pour l'école. Je n'étais pas fait pour le système scolaire en tout cas. Oui à l'apprentissage, mais pas au système scolaire. Donc je n'étais pas très bon élève, sauf que ça s'est un petit peu débloqué au lycée. Et c'est vrai que mes parents, comme je le disais, qui étaient scientifiques, ils ont aussi toujours poussé un peu dans ce sens-là. Donc, ils m'ont automatiquement encouragé à aller en filière générale, puis aller en bac S, de passer un bac scientifique. Et pressentant quand même qu'il y avait quelque chose du côté de la création, une des idées au sortir du baccalauréat, c'était de, pourquoi pas, de faire une fac d'histoire de l'art. Mais je n'étais pas sûr de moi. Donc, tant que je n'avais pas cette certitude inscrite dans mes projets, mes parents m'ont fort vivement conseillé, dirons-nous, de les écouter. Et puis, donc, ils ont un peu choisi pour moi, en fait. Donc, c'était une école d'ingénieurs.
- Speaker #0
Et dès le début,
- Speaker #1
j'ai su que ce n'était pas fait pour moi. Mais encore une fois, comme je n'étais pas sûr d'autre chose, ils m'ont encouragé à continuer et à finir. Et donc j'ai fini cette école d'ingénieur. sachant que j'ai été diplômé d'ingénieur en mathématiques appliquées. Et ce n'était pas du tout ce que je voulais faire, mais en parallèle. C'est-à-dire qu'à partir du lycée, les mathématiques ont commencé à être quelque chose d'assez facile pour moi. Et en école d'ingénieur, j'arrivais assez facilement sans trop de travail, disons-nous. Et ça me laissait beaucoup de temps. de temps pour aller explorer d'autres choses. Cette école, elle était en banlieue parisienne à l'époque.
- Speaker #0
À qui ?
- Speaker #1
À Sergi. Et donc ça, ça m'a laissé beaucoup de temps et beaucoup de place pour aller découvrir ce que c'était que des expos. Et là, j'ai découvert ça. Et là, j'ai commencé, j'ai mis un pied dans quelque chose qui m'était complètement étranger et inconnu et surtout auquel je ne comprenais rien. Et j'étais assez frustré quand même de tout ça. C'était vraiment quelque chose où je me sentais même rejeté, exclu de ce que pouvait être. Je ne comprenais pas ce que j'étais tout simplement en train de voir. Et en parallèle, je m'étais inscrit à une maison de quartier, qui était la maison de quartier des Touleuses, dans un stage. Enfin, c'était un cours de modelage. Et donc, je me suis retrouvé avec des personnes majoritairement de 60 et 80 ans. pour faire du modelage. Et donc là, j'ai découvert les techniques céramiques, mais surtout aussi le rapport à l'argile, qui ne m'a pas quitté depuis. À la fin de... Donc après les études d'ingénieur, j'ai donc fait... Une fois que j'avais cette appétence pour l'art et pour la céramique notamment, ayant fait pas mal de choses et pas mal de bricolage, j'ai osé me faire un portfolio pour postuler à l'école des arts décoratifs de la ville de Paris et à d'autres concours d'écoles d'art. Donc j'ai eu les arts déco à Paris, donc ça a été une vraie chance. Là j'ai repris les études depuis le début, 5 ans d'études aux arts déco, mais qui étaient 5 ans d'une richesse absolue, parce que j'ai découvert la photo, le moulage, le modelage, tout ce qui était le dessin, le dessin sur modèle vivant, toutes ces choses-là qu'on apprend en école d'art et qui m'étaient jusqu'à là étrangers. J'ai découvert le concept. artistique. Ça, c'était une vraie découverte. Et une fois mon Master 2 en poche, donc là, j'ai choisi, c'est aux Arts Déco qui est une école majoritairement d'art appliqué. J'ai fini par choisir l'option Beaux-Arts, finalement, enfin, Arts Visuels, qui s'appelle Arts et Espaces. Et après ces 5 ans, à l'obtention d'un Master, j'ai... J'ai eu quelques années de pratiques autonomes, on va dire, allant de résidence en résidence et de collaboration avec des scientifiques en collaboration avec des scientifiques. Une fois que j'ai eu le Master 2, je me suis décidé à finalement postuler un programme doctoral qui était lancé à l'époque par Paris Sciences et Lettres, qui est une réunion des grandes écoles d'art, de sciences et de lettres. et donc j'ai intégré le programme qui s'appelle SACRE, qui veut dire Science, Art, Création, Recherche. Et là, cinq nouvelles années se sont ouvertes à moi, qui se sont terminées en 2023, avec l'obtention de mon doctorat.
- Speaker #0
Du coup, tu as commencé par des études scientifiques, ensuite tu as mis un pied dans les arts via ce cours de poterie, donc ça t'a pris cinq ans, et ensuite, à l'issue de cet autre, du SACRE, C'est là où il y a eu un lien entre la recherche et l'art.
- Speaker #1
Entre les sciences et l'art.
- Speaker #0
Oui, pardon. Entre les sciences et l'art.
- Speaker #1
Entre les sciences et l'art. Alors, le lien, une fois que j'avais fait l'école d'ingénieur, moi, je reste persuadé qu'on est toujours le résultat de toutes les expériences qu'on fait et de toutes les personnes qu'on rencontre et de toutes les connaissances qu'on apprend et de toutes les expériences sensibles qu'on ressent. Et là, c'est vrai que 5 ans d'école d'ingénieur m'ont profondément marqué. Et mon lycée aussi, le lycée scientifique, m'avait aussi beaucoup marqué. Donc c'est vrai que quand j'ai commencé presque la maison de quartier des Toulouse, quand je faisais mes cours de modelage, c'était un exutoire sensible où je faisais du modelage et encore une fois où là je n'avais pas du tout encore accès non plus à ce qu'était un concept artistique. C'est vraiment en arrivant en école d'art... que la réunion entre les deux a pu commencer à se faire et où j'ai enfin trouvé un endroit où toutes les disciplines pouvaient se croiser. Et il me semble que dans ton pilote, justement, tu parles à un moment donné de multipassion.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Et j'avais pour la première fois la sensation d'être dans un endroit qui se trouvait au carrefour, à la confluence d'énormément de sensibilité, d'énormément de choses qui gravitaient autour de moi et qui... à cet endroit-là, ça me permettait de pouvoir éventuellement avoir une exploration qu'on dit un peu plus holistique, un peu plus englobante, plus ouverte sur le monde.
- Speaker #0
Ça vous permettait d'exprimer par plein de biais, justement, tout ce dont tu étais fait, toutes tes expériences et tout ce qui t'a attiré.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. De toute façon, ma pratique, je l'ai auto-déclarée comme étant une pratique libre. Je n'ai pas de... Je n'ai pas de médium, ce qu'on appelle les médiums, donc je n'ai pas de pratique spécifique, spécialisée, donc je ne suis ni photographe. Au cours du doctorat, un des exercices les plus difficiles du doctorat, surtout quand on fait une recherche en art et par l'art, c'est qu'on doit en tout premier lieu essayer de se définir et définir sa pratique. Donc j'ai été obligé de me positionner à un certain moment, et donc j'ai dû quand même me rendre à l'évidence que j'étais un sculpteur. et que je pratiquais majoritairement l'installation. Mais cette étiquette n'est absolument pas contraignante. Donc, j'ai fait des films, j'ai fait de la photo, j'ai fait de l'image. Je me laisse libre, encore une fois, de pouvoir toucher à tout. Et c'est ça qui est merveilleux.
- Speaker #0
Oui, je ne peux qu'être d'accord avec toi, parce que c'est justement pour ça que je disais au début que c'est dur de se définir dans une spécialité, surtout quand on est attiré par plein de pratiques. plein de domaines différents, ça nous enferme alors qu'on a envie de dire, ben voilà, je suis artiste et pour moi, je ne mets pas de barrière. Je peux m'autoriser à explorer un jour la vidéo, la photo, etc. Je reviens un petit peu sur ton parcours. Est-ce que tu as eu, j'imagine que tu as eu des premiers jobs qui n'ont peut-être rien à voir avec ton travail actuel, des jobs étudiants ? En tout cas, tes premiers boulots, c'était quoi ?
- Speaker #1
Alors, j'ai eu la chance de... dans le Jura d'occuper un poste plusieurs années de suite pendant l'été. Donc je travaillais un à deux mois chaque été, de mes 15 à 20 ans, dans une usine qui fabriquait des produits pour le béton. Et ça, c'est quelque chose qui... On va dire que j'ai grandi dans une famille clairement... privilégié, je dirais, parce que j'ai jamais manqué de rien, et puis j'ai bénéficié quand même de la culture de mes parents, de leur ouverture, et puis voilà, ils appartiennent quand même à une catégorie socio-professionnelle, la CSP+. Et donc ça, ça constituait vraiment une vraie découverte et un vrai apport. Il y avait à certains endroits des zones de grincement, quand même, avec les certaines personnalités que je rencontrais, mais en tout cas... l'apport a été quand même globalement positif. Donc, ça m'a donné aussi une valeur de l'argent, une valeur du travail. C'est un peu conservateur de dire les choses comme ça, mais quelque part, ça remet un peu les pieds sur terre, tout simplement. Parce que quand on a 15 ans, on flotte un petit peu sur la vie et on ne comprend pas pourquoi nos parents ne veulent pas nous acheter tel basket ou tel...
- Speaker #0
Et quand on doit payer nos vacances, etc. Exactement. Ça permet de se débrouiller un peu aussi par nous-mêmes et ça donne des bonnes valeurs. On va parler maintenant de ton fonctionnement, plutôt sur ce que tu fais actuellement. Quelles sont tes inspirations ? Qu'est-ce qui te stimule ? Qu'est-ce qui t'inspire ? Comment ça fonctionne pour toi ?
- Speaker #1
C'est une question qui est assez souvent posée étrangement en vernissage par exemple quand on présente une oeuvre ou une installation le public vient parfois et me demande mais d'où ça sort comment est-ce que quelle est l'origine et en art il est plus je sais pas pourquoi il est moins communément accepté qu'en science qu'une œuvre présentée est l'étape d'une recherche qui trouve son fil, dont le fil remonte à plusieurs années. Moi, c'est mon cas. Et j'ai tendance un petit peu à aussi remettre souvent les choses aussi dans leur contexte. C'est aussi pour ça, c'est ça qu'on découvre aussi quand on fait de la recherche entre guillemets universitaire, c'est qu'on parle de terrain. Et donc on arrive à extraire de son terrain des données, c'est quelque chose qui est plus... plus décrit, on va dire, plus découpé. Mais en termes d'inspiration en soi, c'est vraiment tout ce qui peuple mon quotidien et d'essayer de trouver dans chaque petite chose qui me touche les moyens de faire penser les autres. Et j'aime beaucoup envisager une œuvre comme étant un support de réflexion. Mais par exemple, aux Arts Décos, ce qui me plaisait énormément, c'était le monde de l'invisible. Tous ces petits micro-phénomènes qui habitent notre quotidien et sur lesquels parfois on porte notre attention quelques secondes ou même un dixième de seconde, par exemple le frétillement de l'air chaud au-dessus d'une cheminée de bus, par exemple en passant, le bus redémarre et on a juste porté notre attention là-dessus. Ces espèces de micro-phénomènes physiques, ça a été la source de beaucoup de joie, déjà. et d'inspiration pour certaines œuvres.
- Speaker #0
Et quand tu as une nouvelle expo, que tu as une œuvre à créer, est-ce que tu peux nous parler un petit peu de ton processus ? Est-ce que tu as des méthodes peut-être créatives ? Est-ce que tu as besoin de partir quelques jours ? Est-ce que tu t'enfermes dans ton atelier ? Comment ça marche au tout début du projet ?
- Speaker #1
Alors, pour... Pour ça, il faut aussi parler du statut, je pense, de ce que c'est qu'un statut officiel, en tout cas, qui permet à un artiste de travailler. Donc moi, je suis affilié à la Maison des Artistes et je suis officiellement déclaré comme artiste-auteur. Et donc ça, j'ai un numéro de sirète comme un auto-entrepreneur et ça me permet de pouvoir postuler à certaines bourses de création. Il y a plusieurs manières de travailler. Il y a par exemple les dispositifs de résidence qui sont d'une grande aide pour permettre aux artistes de travailler.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux expliquer un peu, parce que je pense que tout le monde ne connaîtra pas ce que c'est qu'une résidence d'artiste ?
- Speaker #1
Les résidences d'artistes, effectivement, ça peut paraître un peu opaque de l'extérieur, et c'est aussi parce qu'il y en existe une immense diversité. donc on a euh euh Dans les dispositifs de résidence, par exemple, il va y avoir des résidences de recherche, des résidences d'exploration, des résidences de production. Et à chaque fois, ce sont des dispositifs qui sont souvent associés à un lieu ou à une structure de diffusion de l'art contemporain. C'est un concours auquel l'artiste postule avec un dossier, avec un projet précis ou une idée en tout cas d'une thématique de recherche. Et la résidence va, si elle accepte le dossier, va par exemple accueillir l'artiste dans les murs de son institution pendant une durée déterminée, va lui permettre de pouvoir le défrayer, le nourrir, le blanchir, l'héberger complètement, et parfois lui allouer une bourse d'aide à la production ou d'aide à l'expérimentation qui lui permet d'acheter un petit peu de matériel. Et en gros, les résidences, c'est souvent, plutôt que de voir les... Les conditions matérielles d'accueil, il faut imaginer ça comme un espace, qui est que l'artiste va aller chercher pour pouvoir subsister. Mais tout ça se complique aussi quand on devient artiste, père de famille ou mère de famille, où on voit d'ailleurs qu'il y a encore le monde de l'art souffre d'inégalités criantes entre les hommes et les femmes. Et ça, c'est quelque chose qui, heureusement, il y a des associations qui luttent. pour déjà dénoncer cette situation. Mais c'est vrai qu'on a beaucoup de travail dans le monde de l'art de ce point de vue-là, dans les arts visuels. Et donc, le dispositif de résidence, il est quand même extrêmement précieux et fertile pour les artistes. Donc, ça, c'est plutôt dans le contexte. Donc, il va y avoir... Moi, je travaille sur des projets qui sont relativement sur du temps long.
- Speaker #0
OK. Plusieurs mois ?
- Speaker #1
Plusieurs années.
- Speaker #0
Plusieurs années.
- Speaker #1
Plusieurs années. Et c'est vrai que ça... Alors, quand il y a des projets qui ne marchent pas et que ça fait plusieurs années qu'on travaille dessus, c'est forcément un peu déceptif. Mais quand ça marche, c'est extrêmement valorisant et c'est très joyeux d'arriver à faire naître ce genre de projet-là. Pourquoi sur plusieurs années ? C'est parce qu'aussi, je disais que ma pratique, c'est une pratique d'art libre. Mais je dis ça aussi pour dire que quand je commence à travailler sur une thématique, donc c'est souvent là, par exemple, depuis la fin de mon doctorat, en venant m'installer sur Avignon, où nous sommes aujourd'hui, j'ai mené un petit terrain de manière assez spontanée sur la plaine agricole. qui entoure Avignon. Et je suis allé à la rencontre des agriculteurs parce que je pressentais que c'était un thème qui commençait à m'intéresser de plus en plus. Et là, ça fait maintenant plus de deux ans que je travaille sur cette thématique. Donc, je me balade avec mon petit dictaphone, mon carnet de notes, mon appareil photo. Et je vais essayer d'aller, sans but premier, je vais vraiment à la rencontre, recueillir ce qu'on appelle des données.
- Speaker #0
Ok, donc ça, ça fait partie. de ton processus, c'est d'abord aller enquêter, noter...
- Speaker #1
Maintenant, je travaille comme ça. Maintenant, je travaille comme ça. Avant... D'abord, maintenant, je travaille comme ça. Je vais prélever des données et en est un projet d'exposition ou un projet en soi. Là, par exemple, c'était un projet d'exposition en entier où j'avais besoin de faire un petit peu un état de l'art. Ce qu'on appelle un état de l'art, c'est une situation... porter un regard assez global sur l'histoire de cette... thématique donc d'aller fouiller sur les mutations agricoles au cours du siècle dernier ça c'était vraiment mon envie et l'état de l'art c'était vraiment faire un état de la situation actuelle un état des lieux une sorte d'état des lieux et cet état des lieux il a été l'objet d'une carte blanche qui m'a été confiée à la cité des sciences et de l'industrie à paris et une exposition est née une exposition qui s'appelle cornucopia et qui rassemblait une dizaine d'oeuvres certaines plus anciennes qui entraient en cohérence avec la thématique agricole, et d'autres qui ont été vraiment produites, nouvellement produites pour cette... pour cette... à cette occasion-là. Et voilà, ça, maintenant que j'ai ouvert cette porte sur la thématique agricole, je suis le chemin... C'est un chemin qui se construit devant moi au fur et à mesure, et c'est ça qui est merveilleux en art, c'est qu'aussi, on se laisse aussi porter par les rencontres, c'est les rencontres aussi, parfois, qui, souvent, qui font la suite du chemin. Ça, c'est la manière que j'ai maintenant de travailler. Mais quand on remonte que je repense à ma manière de travailler quand j'étais en atelier, parce qu'il y a aussi quelque chose, c'est que j'ai habité dans mon atelier pendant de nombreuses années. Donc ça, c'était pour des raisons avant tout financières. Et à la fois, ça créait un contexte de quelque part de non-stop. qui était assez enivrant, donc parfois j'étais capable de ne pas sortir de mon atelier pendant trois jours et c'était absolument génial, parce que là, les jours se confondent avec la nuit et en plus, quand on travaille avec la lumière, on décide de, en fait, la lumière devient son meilleur ami et à la fois son pire ennemi, parce que le moindre rayon de soleil qui rentre dans l'atelier devient une catastrophe pour révéler des choses avec la lumière, donc je travaillais aussi, je me désynchronisais comme ça, et c'est à ce moment-là, quand on est dans son atelier, De la même façon, quand on est au terrain, le plus gros challenge, c'est de rester attentif à ces petits riens dont je commençais un petit peu à parler, de rester attentif à ces événements qui sont de l'ordre de l'intuition, je pense, au départ, et de venir un petit peu les... de les accrocher, de les cultiver, de se dire, tiens, mais ça peut être une matière, une couleur, ça peut être un objet, ça peut être vraiment... énormément de choses. Et quand on est suffisamment alerte par rapport à ce genre... En fait, c'est ça peut-être d'être artiste, c'est de travailler le fait d'être alerte aux choses et d'arriver un peu à les cultiver ensuite. Donc dans l'atelier, c'était génial parce que souvent, c'est aussi des choses, c'est des échecs qui amènent aussi à des découvertes. Donc par exemple, en mélangeant de la terre avec de l'eau et puis en voulant les activer avec une... une pompe, finalement, tout explose. Il y en a partout dans l'atelier. Et oui, il y a quatre heures de ménage derrière, mais finalement, l'explosion en soi, ça provoque un souvenir qui est récurrent. Et tiens, pourquoi ça me choque, ce souvenir ? Pourquoi l'explosion ? Mais qu'est-ce que ça veut dire, une explosion ? Tiens, qu'est-ce que ça veut dire, une explosion de terre ? Et boum, on construit comme ça un petit peu des choses. Et c'est... En théorie contemporaine, on parle aussi des artistes comme étant des... des personnes qui ne travaillent plus nécessairement avec des matières, mais avec des symboles. Donc on associe les symboles, on associe par exemple un phénomène naturel à une matière, à une couleur, à une forme, et pouf, il y a vraiment quelque chose qui naît de ces associations et de ces collages.
- Speaker #0
Donc ça serait de surtout observer, écouter son ressenti, noter. Et ensuite, retransmettre, se questionner toujours et retransmettre tous ces petits ressentis qui vont devenir, on ne sait pas, leur laisser la place.
- Speaker #1
Oui, et c'est vrai que c'est fugace. En fait, l'intuition, elle est fugace. Donc, tu fais bien de dire, de noter, de capturer. Et puis même en photo, ça ne marche pas tellement. En fait, je remarque que la photo, parce qu'on en prend tous tellement des photos avec nos portables. Alors, ça dépend. Ça peut être une manière, mais ça veut dire... qu'il faut faire l'effort de retourner voir la photo qui nous a intéressé et de se dire ah oui parce que sinon elle se perd dans le flot des photos et c'est terminé alors qu'un carnet quand on l'ouvre même ne serait-ce que si on décrit avec des mots ce qui nous a touché quand on ré-ouvre le carnet on retombe sur cette page là et on voilà de griffonner, d'arriver un petit peu à sortir aussi un petit peu de son comme je le disais moi je suis à la base j'étais pas du tout je ne dessinais pas Et donc, quand je suis arrivé en école d'art et que j'ai commencé à dessiner, il a fallu vraiment... C'est un effort de dessiner, d'oser prendre le stylo pour faire autre chose que d'écrire. Mais la satisfaction est énorme. Quand on réouvre son carnet, qu'on retombe sur un dessin qui est certes, qui n'a aucune valeur esthétique, mais qui permet de traduire une idée, une sensation, c'est merveilleux.
- Speaker #0
Et on va parler d'un sujet assez actuel, ton rapport à l'IA dans ton métier. parce que c'est en train de prendre une place énorme dans plein de domaines et dans plein de métiers. Donc, ton rapport à l'IA et la place qu'elle peut avoir aujourd'hui. Est-ce que tu peux nous en parler ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Je pense qu'on est tous face à cet outil. On est tous un petit peu comme des poules devant un couteau. C'est vraiment... Vous n'avez pas l'expression. Ça vient certainement de mon jurabatale. Mais c'est extrêmement complexe. Alors, l'IA ne me sert pas pour la créativité. Puisqu'on parle de créativité ici, je pense qu'il faut le dire tout de suite. Je crois que pour parler d'IA, il faut parler encore une fois du contexte. Donc, ça rejoint cette histoire de numéros de tirettes et de statuts très officiels et de dispositifs qui sont conçus pour les artistes. pour leur permettre de continuer de travailler, les expositions, etc. Ces concours dont je parlais, il faut bien imaginer qu'en France, il y a de plus en plus de personnes qui ont une pratique artistique personnelle, ce que je trouve absolument génial. Il y a de plus en plus de personnes qui sortent d'écoles d'art, de diplômés d'écoles d'art. Donc ça veut dire qu'il y a de plus en plus de personnes aussi sur le marché de ces concours-là. Et l'IA... On assiste à ça parce que moi, je suis de temps en temps jury pour des concours. Donc, j'ai vu aussi la différence entre avant 2023 et après 2023. En gros, c'est à peu près à cette période-là. Mais depuis 2023, surtout ces dernières années, à une explosion du nombre de candidatures et avec des dossiers qui sont d'allure correctement montés, avec des phrases qui veulent dire quelque chose, mais qui, artistiquement, pratiquement parlant, sont d'une vacuité pas possible.
- Speaker #0
C'est ce que j'avais demandé. Du coup, on voit que c'est bien écrit, etc. Mais le fond n'est pas forcément... n'a pas été amélioré. Il n'y a pas la patte de l'artiste. Non,
- Speaker #1
ça brouille la lecture. Ça noie, en fait, les personnes qui aussi n'ont pas accès. Et ça force aussi les artistes qui n'avaient pas envie de postuler et de créer des dossiers avec IA. Ça force aussi les artistes. Et j'en fais partie, c'est pour ça que je dis ça. à aussi augmenter leur rendement de candidature pour espérer maintenir une possibilité de démarche. Tout ça pour dire qu'il faut faire extrêmement attention aussi d'où viennent les idées. Parce que... Alors, moi, en termes de propriété intellectuelle, je pense qu'on est en train de... tous se faire complètement aspirer. J'ai fait les démarches sur Insta et les démarches sur les différentes plateformes pour essayer que mon travail soit le plus protégé possible par rapport aux IA. Je pense que c'est un coup d'épée dans l'eau. On est en train de tous se faire aspirer et à la fois, par exemple, ma thèse, moi j'ai vraiment voulu, comme je suis assez d'accord avec la philosophie de l'open source et de la science partagée, j'ai vraiment voulu Merci. laisser ma thèse sur la plateforme, donc HAL, qui est la plateforme du ministère de la Recherche qui permet de regrouper les... les articles scientifiques et les thèses des doctorants, et on peut choisir si oui ou non on veut la rendre accessible vers le grand public ou pas public, et donc moi j'ai accepté. Donc ma thèse, elle a complètement été absorbée par toutes les IA, par exemple. C'est une chose, sachant que ma thèse parle du fond de mon travail artistique, mon travail artistique, il s'est fondu dans cette masse d'intelligence artificielle. Là où c'est dangereux, je pense qu'il y a une réelle dangerosité, c'est quand on demande à l'IA de trouver des idées. C'est vraiment une catastrophe, parce que ça fait croire, à cause de cet enrobage correctement fait et de ces phrases correctement construites, ça fait croire que les idées tiennent le coup. Surtout qu'en plus de ça, elle fait limite de la valorisation, elle fait du coaching personnel presque, l'IA, quand elle nous parle. C'est super, c'est génial ce qu'on a trouvé ensemble. Tout le monde a eu un petit peu cette sensation-là, je pense, en utilisant les IA. En revanche, si on l'utilise comme un outil, presque comme un traitement de texte plus-plus, de reformulation, ça permet de gagner un temps précieux par rapport au dossier. Et donc, en arrivant déjà avec les idées, en arrivant déjà avec une analyse et en arrivant déjà avec une première structure de dossier, là où on passait parfois une semaine, à retravailler la forme du dossier en une journée ou en une demi-journée,
- Speaker #0
c'est plus... Pour ma part, c'est plutôt pour structurer parce que c'est trop brouillon. Et j'ai constaté du coup que c'était un gain de temps dans la formulation des phrases et surtout dans la structuration de ma pensée. Mais effectivement, il faut le garder toujours en tête que c'est un outil. garder son libre arbitre et savoir qu'il n'a pas toujours raison. Et au contraire, qu'il faut bien garder son avis et ne pas prendre ce qu'il nous dit pour argent comptant.
- Speaker #1
Oui, et je crois qu'il faut ajouter aussi la problématique environnementale à tout ça, parce que moi, c'est vraiment une question qui est au centre de mon travail artistique. Donc, qu'est-ce que ça veut dire de déposer un dossier pour lequel on s'est servi aussi de l'IA pour le mettre en forme ? et un dossier qui traite justement des dérives du numérique et de les conséquences environnementales. Donc, mine de rien, là, on est sur un endroit de grincement qui n'est pas inintéressant non plus, je pense, artistiquement parlant. On vit tous avec des paradoxes, et ces paradoxes-là, moi, ça m'intéresse énormément de venir les travailler. Là, par exemple, je travaille, comme je disais, avec de la carcasse. je ne suis pas végétarien et pourtant j'aspire à un monde sans viande. Enfin, vous voyez, je ne suis pas du tout cohérent, je ne suis pas du tout complètement aligné avec le discours que j'aimerais, que j'ai envie de porter sur le monde, que j'aimerais voir naître demain. Et ça m'aide en fait de travailler sur tout ça, ça m'aide à me positionner aussi.
- Speaker #0
Ce projet de carcasse, est-ce que tu peux nous en dire plus ? J'imagine que c'est ton projet actuel, celui sur lequel tu travailles en ce moment. Qu'est-ce que c'est et comment tu le développes ? Comment ça va se concrétiser ? Est-ce que tu peux en parler un petit peu plus ?
- Speaker #1
Alors pour ce projet de carcasse, comme je le disais, c'est un projet qui... Enfin, parfois les projets viennent prendre leur essence, puiser leur genèse bien des années avant. Les techniques d'abattage animal, c'est quelque chose qui m'avait déjà intrigué en 2012 et qui finalement reviennent là, comme ça, au galop. C'est quelque chose que j'avais perdu de vue. Et en m'intéressant à l'agriculture, en m'intéressant aux technologies agricoles, en m'intéressant aussi principalement à l'agriculture dite conventionnelle, je me suis intéressé aux semences agricoles, puis aux semences ouragères. qui sont destinées à alimenter le bétail. Et je me suis intéressé à la répartition de l'énergie que l'humain met à faire pousser des choses sur la Terre et la destinée de ces choses qui sont faites pousser. Et quand on voit aussi aujourd'hui, et je ne vais pas donner de chiffres parce que je ne les ai pas, je n'aurais pas envie d'être inexact, quand on voit aujourd'hui en tout cas la grande proportion de ce qui est cultivé, la destinée de ce qui est cultivé et qui est en grande proportion destinée Merci. à l'élevage industriel, c'est quelque chose d'assez terrifiant, surtout quand on sait la manière dont on s'est cultivé et l'impact que ça a sur les écosystèmes souterrains et sur l'érosion des sols par exemple et sur l'impact climatique de manière générale, sur les dérèglements climatiques. Donc, je ne pouvais pas m'intéresser à l'agriculture sans m'intéresser quelque part de proche en proche à l'élevage. Donc c'est finalement la semence agricole qui m'a amené à l'élevage industriel et intensif. Et en m'intéressant à tout ça, donc là, encore une fois, je pense que c'est aussi les expositions qui, moi, me permettent, on parlait de processus de création, chaque exposition est comme une occasion de pouvoir poursuivre mon travail. Et là, c'est une exposition qui est dans le sud de la France. Je suis ravi. Je vais travailler avec une association qui s'appelle Art Vivant Aix et qui m'a accompagné dans la construction de ce dossier pour postuler à la Biennale d'Aix-en-Provence. C'est une exposition qui va avoir lieu en avril prochain, donc demain, autant dire demain. Et on m'a proposé d'investir un lieu désacralisé qui s'appelle la Chapelle des Andrettes. Et pensant à ce lieu désacralisé, j'ai voulu essayer de faire un parallèle, une analogie entre ces figures d'ascension et de chute qu'on retrouve dans la théologie chrétienne, et notamment au travers de la figure de Marie, mais aussi de l'archange déchu de cette chute. Et j'ai voulu faire un parallèle entre ces mouvements, donc assentant, descendant cette chute, avec de l'histoire environnementale. Donc de montrer aussi que quelque part, cette figure de la chute nous est destinée également. On est peut-être même déjà dans cette chute. Et c'est mélangé après une autre figure qui est celle de la mythologie grecque, qui est celle d'Icare. Donc il y a toujours cette idée d'archange, de chute, comme je le disais. Donc l'exposition s'appelle La Chute. Et donc, dans cette volonté de vouloir créer un archange, peut-être qu'il soit à l'image de ce qu'on est en train de vivre, je me suis tourné vers l'élevage intensif. Et j'ai eu cette envie, ce besoin d'aller vers une forme de laquelle on puisse se sentir proche, donc une forme biomorphique, mais pas forcément à laquelle on puisse s'identifier. Donc le Christ en croix, par exemple, avec ses côtes très saillantes et apparentes, il y a cette histoire de côte qui est un petit peu revenue, et donc c'est comme ça que j'en suis venu à m'intéresser à la forme de la carcasse en elle-même. Et donc en cherchant un petit peu autour, j'ai trouvé une grande entreprise d'abattage que je ne citerai pas, qui ne veut pas être citée, mais qui a été d'accord pour prendre port au projet. et qui là m'a accueilli et va encore m'accueillir pour une session et qui fait de l'abattage de bœufs. Et là, je m'intéresse à la forme de la cavité thoraxo-abdominale des animaux une fois abattus et vidés. Et je suis là parti pour aller faire le moulage de l'intérieur de cette paroi-là.
- Speaker #0
Donc en plâtre ?
- Speaker #1
Pour l'instant, c'est pour ça que je parlais de cire d'abeille aussi tout au début. Et ça a un lien avec aussi la cire, le cierge, le souhait, le vœu qu'on retrouve aussi dans ces lieux de sacres. Ça m'intéresse aussi que ça soit désacralisé. Ça permet vraiment une grande liberté dans ce qu'on est en train d'entreprendre. Je dis « on » parce que je ne travaille jamais tout seul aussi. Il y a toujours une équipe qui est derrière, qui m'aide à concevoir, enfin pas à concevoir les projets, mais qui m'aide à les réaliser, à les produire.
- Speaker #0
Donc une équipe technique ?
- Speaker #1
Les deux. C'est-à-dire que là, depuis... Alors, l'aspect très solitaire, finalement, de la démarche artistique, c'est quelque chose qui a tendance à être remis en question, heureusement, parce que c'est vrai qu'il n'est pas facile d'être seul à construire cette démarche. Il faut quand même y croire et les coups de blues sont réguliers et les remises en question aussi fréquentes. Et donc, il y a différentes... manière de pallier à cette solitude. Il y a des artistes qui ne travaillent plus seuls, qui travaillent en collectif, par exemple. Ça, c'est quelque chose que j'aurais adoré rencontrer, mais peut-être que j'ai loupé le coche de cette période-là. Je ne sais pas. Ou peut-être que je n'ai pas trouvé tout simplement les bonnes personnes. La vie ne m'a pas fait croiser suffisamment de personnes avec qui je pouvais travailler de mèche, on va dire, sous le nom d'un collectif. Mais là, il y a quelques années, j'ai rencontré un... Une personne, c'est le travail, en fait. Lors d'une exposition, j'ai rencontré Cyril Ménossi, pour ne pas le citer, et qui...
- Speaker #0
J'ai rencontré, je crois, qui a préparé une exposition à Avignon au Grenier à Sel.
- Speaker #1
Certainement, voilà. Oui, oui, tout à fait, tu l'as rencontré, c'est vrai. Et en fait, on s'est bien entendus, et j'ai partagé avec lui cette... cette volonté de travailler en équipe et de plus être seul et d'avoir envie de mener un petit peu, de conduire cette barque à deux, de se relayer, d'avoir des appuis, des avis. Et comme lui, il vient des musiques actuelles et qu'il avait aussi travaillé en tant que tarjet de production pour l'île 3000 pendant des années, il a quand même une bonne expertise de ce que c'est que de monter des projets d'art contemporain un peu fous, comme les miens. Et apparemment, ça lui a fait assez envie. Et c'est vrai que depuis quelques années, on travaille ensemble sur ça. J'espère qu'on travaille ensemble encore longtemps. Et on essaye de faire monter un petit peu cette activité-là en grade. Et donc, c'est avec lui qu'on parle des dossiers, de la manière dont postuler, de manière un peu stratégique. Et puis, comme il a une boîte de production, ça me permet aussi, moi, de pouvoir m'appuyer sur sa boîte de production, qui s'appelle ProdArt. et qui permet de pouvoir assumer des projets très conséquents. financièrement parlant c'est des gros montages ça met quand même beaucoup d'argent en jeu et beaucoup de personnes qui sont sollicitées pour m'accompagner m'assister pendant la production parce que soulever une carcasse de bœuf de 400 kilos typiquement je ne peux pas le faire tout seul donc voilà il faut des bras c'est Cyril qui va trouver les bons bras qui ont le cœur suffisamment accroché pour pouvoir venir avec moi dans ce genre d'aventure il faut s'y forcer la vie exactement Exact. et c'est vrai que je le souligne ici, c'est quelque chose que j'essaie de mettre en avant à chaque exposition pendant les cartels par exemple, j'ai toujours les cartels les plus longs des expositions parce que je tiens à continuer d'afficher sur le cartel le petit encart le petit encart qui donne le nom de l'oeuvre, la date à laquelle elle a été produite et c'est les matières et les techniques desquelles sont faites et toutes les personnes qui ont travaillé dessus Merci. Et en ça, j'essaie de me rapprocher le plus possible du cinéma, qui lui,
- Speaker #0
avec ses génériques de fin,
- Speaker #1
par exemple. Donc là, à Avignon, il y avait tellement de personnes qui avaient travaillé sur le projet depuis six ans. En fait, on a décidé de faire un générique de fin, mais de le mettre à l'entrée de l'exposition. Comme ça, ça permettait de montrer aussi que le travail n'est pas le travail d'une personne. Alors oui... l'idée, la démarche artistique, la direction artistique est de moi, mais l'œuvre ne pourrait pas exister sans tous les partenaires qui ont participé de près ou de loin à ce genre de projet-là.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux parler un peu peut-être des galères que tu as connues, des freins que tu as ou que tu peux encore avoir ?
- Speaker #1
Le modèle économique, l'économie de l'art, c'est dur. En plus de ça, c'est vrai que... Comme je le disais, quand je commence un projet, je ne choisis pas à l'avance la forme auquel va aboutir le projet. C'est vrai que c'est complexe. La plupart du temps, mes projets aboutissent à des formes qui ne correspondent pas ou rarement au caractère marchand qu'on entend dans les galeries. qui ont leur modèle économique qui est basé sur la vente tout simplement d'objets. Ces objets doivent exister, sauf que moi, mes objets, c'est de la matière en mouvement qui produisent 95% d'humidité dans un intérieur. Enfin, c'est parfois pas possible. Parfois, ça l'est. J'ai eu la bonne surprise d'aboutir à un tableau.
- Speaker #0
Donc, de pouvoir vendre ensuite. Voilà.
- Speaker #1
Les rares objets auxquels j'ai abouti ont été vendus. Donc, ça m'a donné une grande joie. Mais... Mais c'est encore que trop rare pour l'instant. On verra de quoi demain sera fait, mais pour l'instant, c'est ça. Et pour revenir sur le modèle économique, quand j'étais artiste, quand j'étais seul dans ma vie et que l'art était ma priorité, c'était quelque chose qui n'était pas forcément très important parce que je m'étais rendu compte qu'en diminuant mes besoins, j'augmentais ma disponibilité temporelle pour pouvoir me consacrer à mon travail. Donc, quand j'habitais dans mon atelier, en fin fond d'une banlieue à Saint-Denis que je m'étais arrangé pour, on va dire, enfin, c'est pas moi qui me suis arrangé, mais le hasard a fait que mon bailleur m'avait oublié, donc j'avais pas de loyer, je payais pas d'eau, je payais pas l'électricité, enfin ça, ça a duré 4 ans. Ça m'a permis, en habitant là-bas, de vivre avec 250 euros par mois et de me consacrer quasiment 24 heures sur 24 à ma pratique. Et voilà, les choses ont changé depuis. Et comme je le disais au début, je suis devenu père, papa. Et c'est une autre aventure extraordinaire qui s'ouvre à moi, mais qui demande aussi des aménagements par rapport à tout ça. Et je pense que ça fait partie de la vie. Mais j'ai beaucoup de chance parce que la femme dont j'ai la chance de partager la vie, qui est artiste aussi, mais qui, elle, a... en plus de sa pratique artistique la chance d'avoir un travail qui lui plaît aussi côté et qui nous permet d'avoir un fixe pour le foyer me permet d'avoir cette liberté-là dont on parle aussi beaucoup j'espère qu'un jour je pourrais lui apporter cette liberté-là, qu'on puisse se passer le relais, qu'on puisse avoir à voir comment on s'organise c'est du... C'est du jour le jour, presque, mais c'est passionnant aussi parce qu'on y arrive, on y arrive, on y arrive bien, on y arrive de manière assez joyeuse, je pense, et sans qu'il y ait trop de manque d'un côté ou de l'autre, et puis... Et puis, c'est vrai que ça, c'est précieux de pouvoir faire équipe. Voilà, donc ça, c'est vraiment un atout.
- Speaker #0
Tant mieux. Et est-ce que tu as des envies pour l'avenir, des projets, des choses que tu aimerais réaliser, justement ?
- Speaker #1
Alors, malgré la taille des installations que je produis, qui sont souvent de taille monumentale, comme je le disais, je produis tout à partir de mon garage, en ce moment. Donc là, le rêve un peu immédiat, ça serait de trouver un super grand atelier gratuit et qui me permettrait aussi d'avoir, parce que travailler les installations et la sculpture, une des grandes contraintes aussi, c'est le stockage. Donc c'est dur, en fait, de se résoudre à jeter des pièces qui, justement, une fois qu'elles se sont produites, pourraient éventuellement me faire vivre en continuant de les exposer. Donc c'est un équilibre à trouver. Et donc voilà, avoir un bel atelier. Et continuer de travailler avec des personnes de confiance, ça serait vraiment l'objectif.
- Speaker #0
Le top.
- Speaker #1
Le top. Et de continuer d'avoir des occasions de partager mon travail avec le public parce que sans public, le travail n'a pas de raison d'être.
- Speaker #0
On te souhaite tout ça pour l'avenir. Et on pourra te retrouver du coup à Aix-en-Provence. Je mettrai toutes les infos dès qu'elles seront disponibles parce qu'elles ne le sont peut-être pas encore pour aller voir cette expo. à Aix-en-Provence sur les carcasses qui s'appelle Chute.
- Speaker #1
La Chute. Il y a aussi, j'ai la chance d'avoir été sélectionné pour participer à la Nuit Blanche de Paris qui aura lieu en juin, qui est donc une manifestation culturelle dans l'espace public, gratuite et ouverte à tous. C'est une manifestation d'envergure qui est vraiment super. J'y serai certainement, j'y serai avec certitude.
- Speaker #0
ok super je remettrai de toute façon toutes les infos et le site aussi on peut revoir toutes les expositions que tu as faites, toutes les oeuvres en photo, en vidéo Fabien Léostic, artiste, chercheur je remettrai tout ça dans la description de l'épisode merci beaucoup d'avoir été là pour le tout premier enregistrement dans le moodboard et on te souhaite que du bonheur pour la suite merci,
- Speaker #1
bonne continuation à bientôt
- Speaker #0
C'est la fin de cet épisode, merci beaucoup de l'avoir écouté. J'espère qu'il vous a inspiré, questionné et peut-être donné envie d'explorer votre propre chemin créatif. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le partager autour de vous. Et pour ne rien manquer, vous pouvez vous abonner au podcast sur votre plateforme d'écoute préférée et me retrouver sur Instagram, arrobase lemoodboard.podcast. Et continuez à observer, à ressentir. à créer, parce que chaque jour est une nouvelle planche d'inspiration. A très vite pour un nouvel épisode.