- Speaker #0
Bienvenue dans le Moodboard, un podcast qui explore la créativité à travers celles et ceux qui la vivent, la cultivent, la cherchent et la ressentent. Je suis Charlotte et je vous accueille dans ce podcast pour parler de ce qui inspire, de ce qui émeut, de ce qui nous pousse à créer. Prenez place dans ce Moodboard sonore et laissez-vous inspirer. Quand j'ai découvert le travail de Toto, Oui, c'est comme ça que tout le monde l'appelle. J'ai tout de suite été touchée par la simplicité et la sensibilité de ces pièces. Thomas a toujours eu besoin de créer avec ses mains, de travailler la matière, de passer par le geste. Il en garde des souvenirs très présents. Après des études et un premier métier dans le packaging, il a ressenti l'envie de retrouver du sens. La céramique s'est alors imposée comme une évidence, à un moment où il s'est autorisé à ralentir et à se demander ce qu'il voulait vraiment faire. On a parlé de déclic, d'intuition et de ce moment où l'on décide enfin de se lancer. Je vous laisse découvrir son parcours et je vous souhaite une très bonne écoute. Bonjour Thomas.
- Speaker #1
Bonjour Charlotte.
- Speaker #0
Bienvenue dans le Moodboard. Bon, on se connaît maintenant depuis quelques années, parce qu'on en parlera un petit peu plus tard, on a travaillé ensemble, un tout petit moment.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Et j'aime énormément ton travail et du coup... Tout naturellement, tu étais sur ma liste d'invités pour le mood board.
- Speaker #1
Je suis ravi d'être ici pour discuter de créativité avec toi.
- Speaker #0
Exactement, et inspiration.
- Speaker #1
Et inspiration, évidemment.
- Speaker #0
Alors, je ne vais pas te demander tout de suite ce que tu fais dans la vie, parce qu'on va y venir petit à petit, mais je voulais te demander si on devait épingler trois choses sur ton mood board du moment, ce serait quoi ?
- Speaker #1
En ce moment, ce serait plutôt...
- Speaker #0
Donc ça peut être une photo qui t'a inspiré, une couleur, une chanson, peut-être une matière ?
- Speaker #1
Je pense qu'il y a une couleur en ce moment. Je ne saurais pas trop la décrire, mais c'est un espèce de rouge, bordeaux, marron. Quelque chose d'assez chaud, un peu ancien. C'est une couleur qu'on voit souvent sur des volets ou des choses comme ça. Et en ce moment, je ne sais pas, j'aime bien cette couleur. Après, le deuxième, peut-être une lumière, peut-être. Je dirais la lumière de la saison dans laquelle on est en ce moment.
- Speaker #0
En hiver, parce qu'il s'entend un petit peu à ma voix.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Mais ce n'est pas grave,
- Speaker #0
puisque tu es, pourtant, qui va parler un peu flou.
- Speaker #1
Mais oui, l'hiver assez douce. Et du sud, oui, parce qu'il y a de la lumière, du coup. Et la troisième chose... Je pense que le côté un peu cocon de l'hiver aussi. En ce moment, je tricote. Et du coup, c'est quelque chose que j'aime bien faire.
- Speaker #0
Je partage tout à fait la même passion. Donc, je comprends ce côté cosy, matière un peu haute de la laine. Ok. Est-ce que tu te souviens à quoi tu aimais jouer quand tu étais petit ?
- Speaker #1
Quand j'étais... J'étais enfant, je jouais à pas mal de choses. Là, le truc qui me vient, c'est que je jouais au bibliothécaire. Je faisais la bibliothèque. J'avais plein de livres et je faisais les étiquettes. Il fallait rendre le livre.
- Speaker #0
J'adorais écrire à la personne.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Il y avait un truc un peu très carré comme ça que j'aimais bien. je joue avec mes soeurs j'ai deux soeurs j'ai une soeur jumelle et une grande soeur avec ma soeur jumelle on aimait faire des jeux de rôle on était des sorciers, des sorcières des choses comme ça et je dansais beaucoup dans la chambre de ma grande soeur on dansait avec la musique à fond et ton rapport à l'art à la créativité à ce moment là est-ce que tu en as des souvenirs ? oui C'est une période de ma vie, l'enfance, où elle était très présente. J'ai toujours aimé dessiner, peindre, faire vraiment plein de choses, des expériences chimiques, un peu faire mousser des choses, mélanger du vinaigre, de l'huile, des trucs comme ça, faire de la pâte à papier. J'ai toujours aimé ça. Et c'est vrai que cette période a été riche en créativité, dans le sens où j'avais l'impression qu'il fallait que j'occupe mon temps à faire des choses, avec mes mains, peu importe. Mais c'est vrai que je dessinais beaucoup. C'est quelque chose que je faisais beaucoup.
- Speaker #0
Tes parents, tu as des souvenirs, ils t'encouragent à ça ? Ou c'est toi, de toi-même, qui allais chercher ces activités-là ?
- Speaker #1
Pas du tout, pour le coup. Mes parents n'ont pas été moteurs dans cette créativité. C'était plutôt moi qui étais moteur, qui allais chercher à m'occuper, à faire des choses. Et voilà, oui, c'est vrai, j'aimais bien être seul dans un coin. Et dessiner pendant des heures.
- Speaker #0
Et c'était quoi ? Est-ce que tu as des souvenirs de tes rêves, tes passions, éventuellement des envies de métier ? Quand je serai grand, je serai...
- Speaker #1
Là, le métier qui me vient tout de suite, quand j'étais petit, c'était que je voulais être dessinateur de bande dessinée. C'était vraiment... C'est le premier métier que j'ai envisagé vraiment en tant que métier concret. Je vais dessiner des bandes dessinées. Pendant longtemps, je regardais un peu le milieu de la bande dessinée, comment ça fonctionnait. Je voyais qu'il y avait Angoulême, le festival, tout ça. Et je dessinais aussi des petites planches de bande dessinée. Et après, je ne sais pas, mais il y a eu très vite la réalité de la vie qui est apparue. J'ai vu que c'était un métier où il fallait... Enfin, il y avait d'autres parts de ça. On ne faisait pas que dessiner, il fallait vendre aussi ces bandes dessinées et tout ça. Et ça m'a un peu découragé. Et du coup, je me suis dit, bon, en fait, je ne serai pas dessinateur de bande dessinée.
- Speaker #0
Du coup, suite à ça, tes études, c'était quoi ?
- Speaker #1
Après, moi, j'ai fait un cursus assez classique, mine de rien, parce que justement, la partie de l'enfance, c'était une partie qui était assez riche en créativité, justement, où je faisais plein de trucs, je dessinais tout ça, tout ça. Et après, je ne sais pas trop cadrer, mettre une date là-dessus, mais il y a eu un moment où il n'y a eu plus trop de créativité. Parce qu'on grandit, du coup, il y avait moins de... Je ne sais pas si c'est le mot joie qui correspond, mais comme s'il y avait... On n'est pas là pour rigoler un peu, c'est la vie, donc il faut être sérieux. Et donc j'ai eu un cursus classique, mes parents m'ont encouragé aussi à faire ce cursus-là. J'ai fait un bac scientifique, j'ai eu mon bac, et après j'ai fait des études en DUT. en packaging, dans l'emballage. Ce n'était pas du tout mon premier choix parce qu'il y a eu quand même un moment donné où je voulais être architecte. Il y avait vraiment un métier où on pensait un peu les espaces, les volumes, comment vivre un espace. Et j'ai été très vite découragé parce que je n'avais pas confiance en moi et du coup, j'ai fait une demande à une école. J'ai été refusé. Je me suis dit que ce n'était pas fait pour moi et je suis allé à la facilité un petit peu.
- Speaker #0
Ok, donc ça a été plutôt le packaging.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que tu as eu des premiers boulots là-dedans ou tu as fait des premiers jobs complètement différents des études ?
- Speaker #1
Du coup, comme c'était un DUT, donc un diplôme en deux ans, j'ai très vite travaillé. Donc à l'issue de mon diplôme, j'ai eu mon premier boulot dans ce milieu-là, dans le packaging. C'était une entreprise qui faisait des emballages de transports pour des vaccins ou des produits qui doivent être à des températures contrôlées. donc souvent c'est des médicaments des vaccins et c'était plus un travail de bureau d'études où il fallait faire des tests de transport pour savoir si vraiment le vaccin restait à une certaine température donc c'était très intéressant mais c'était assez technique c'était technique,
- Speaker #0
il n'y avait pas de part à la créativité de ce qu'on va mettre sur le packaging c'était pas à déterminer Merci à vous.
- Speaker #1
Très, très peu, oui. Et après, du coup, après ce taf-là, j'ai continué pareil dans le packaging où j'ai trouvé un travail au sein d'une entreprise de sous-vêtements où il y avait un bureau de design et de packaging intégré dans l'entreprise. Et du coup, moi, j'étais technicien packaging. Donc, en gros, c'est moi qui designais les petits crochets. Sur lesquels sont suspendus les slips ou les boxers dans les magasins. Il y a souvent, je ne sais pas si tu vois, mais il y a souvent des petits trous pour pouvoir toucher la matière dans le packaging.
- Speaker #0
Oui, je vois.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça, pour toucher, tout ça. En fait, ça vient de là, ces petites idées de packaging qui sont liées aussi au marketing.
- Speaker #0
Ok. Après, ça a été quoi ? Du coup, tu as continué dans cette voie-là du packaging ? Nous, quand on s'est rencontrés, en gros, c'était il y a 5-6 ans, je ne sais plus trop. Oui, à peu près. On a travaillé tous les deux en même temps dans un concept store. Est-ce que toi, tu as eu d'autres boulots avant ou tu as atterri à peu près à ce moment-là ?
- Speaker #1
J'ai eu d'autres petits boulots après, des boulots ultra alimentaires, dans le sens où quand j'ai arrêté ce boulot-là de packaging, mon dernier boulot dans le packaging, c'était vraiment un peu un ras-le-bol où j'ai eu une prise de conscience où très clairement le produit que je produisais justement, c'était un déchet. En fait, c'était un emballage qui allait directement à la poubelle. Et mon cerveau, en fait, il a bugué. Il a fait en fait, c'est pas possible de faire quelque chose qui a si peu de sens pour toi. Donc j'ai tout stoppé. J'étais jeune à l'époque, j'avais je crois 23-24 ans. Donc j'ai décidé de tout arrêter et ça en est suivi une longue période de chômage. C'est souvent une période où on a du temps et une période qui est nécessaire pour trouver un peu notre chemin, pourquoi on est fait, qu'est-ce qu'on peut faire dans la vie. Cette période a été assez compliquée mine de rien parce que j'étais assez jeune et j'ai pas eu l'impression d'être guidé, j'étais un peu perdu. Donc il a fallu trouver un peu son chemin.
- Speaker #0
Et est-ce qu'à ce moment-là tu essaies de renouer un peu avec ce côté créatif que tu avais pu avoir quand t'étais enfant ? Est-ce que tu te remets au dessin ? Est-ce que c'est à ce moment-là que tu découvres la céramique ou c'est un peu plus tard ?
- Speaker #1
C'est un tout petit peu plus tard, mais c'est vrai que dans cette période-là de questionnement, j'ai quand même essayé d'aller chercher ce que j'aimais, en fait, tout simplement. Et du coup, ça me ramenait à ce que j'aimais faire quand j'étais enfant, dessiner, peindre, des choses plutôt manuelles, avec les mains. J'ai toujours aimé aussi beaucoup le graphisme. depuis très jeune, je bidouille sur Photoshop. J'aime bien faire des montages photos, du graphisme, juste faire des logos pour le fun. Et c'est quelque chose que j'aimais beaucoup. Donc, j'ai essayé de réinvoquer tout ça pendant cette période. Et la céramique, en fait, est venue de façon très étrange. Mais en même temps, comme c'était une période où j'ouvrais tout ça, j'étais assez ouvert à ça. J'ai fait un rêve et j'ai rêvé de céramique.
- Speaker #0
Non, c'est incroyable.
- Speaker #1
Ouais, c'était dans un rêve. Et ce qui est un peu fou, c'est que je connais... Enfin, à l'époque, je ne connaissais pas du tout ce milieu. Mes parents, ce n'est pas des artisans. Je ne connaissais pas de personnes qui faisaient ce métier.
- Speaker #0
Tu n'es pas tombé sur un reporter pour parler de ça ? Ou tu n'as pas croisé ?
- Speaker #1
C'est ça. Alors, vaguement, oui, on me disait un potier. Oui, je voyais vaguement ce que c'était. Mais c'était très lointain. Et bizarrement, dans un rêve, je me suis vu faire ça. Et c'est vrai que c'était assez fort dans le sens où le lendemain matin, je me suis réveillé et je n'avais plus que ça en tête.
- Speaker #0
C'est fou. Je ne me rappelais plus, tu avais déjà dû me le raconter. Oui,
- Speaker #1
c'est un peu arrivé comme une évidence un peu dans ma vie.
- Speaker #0
Ok. Et donc, à ce moment-là, est-ce que tu décides de prendre des cours, d'aller à la découverte de cette pratique ?
- Speaker #1
À ce moment-là, comme c'était une période où tout était possible, j'ai pris le plus gros risque de ma vie. Dans le sens où je n'ai pas pris de cours, je n'ai pas cherché à en savoir plus. Je me suis inscrit à une formation. J'ai décidé de dire, je ne sais pas, je sens que c'est fait pour moi et je vais m'inscrire à un CAP tourneur en céramique. Et c'est ce que j'ai fait, en fait. Donc, je me suis écouté, j'ai écouté la petite voix et je me suis inscrit. Et dès le premier cours, la rentrée, je me suis dit, en fait, je suis au bon endroit. C'était sur neuf mois la formation. J'ai passé neuf mois trop bien.
- Speaker #0
C'est fou. Bravo d'avoir autant écouté ta petite voix. Tu avais une forte connexion avec ton intuition.
- Speaker #1
Oui, exactement. C'est vraiment dans cette période-là de questionnement où on est presque obligé de l'écouter pour avoir les réponses à ces questions.
- Speaker #0
Ok, donc tu fais cette formation qui dure neuf mois. Donc là, tu as eu la révélation, ça s'est confirmé surtout cet amour pour la céramique ?
- Speaker #1
Oui, ça s'est confirmé pendant les neuf mois. Vraiment, comme je te disais, j'étais très heureux. Quand j'y repense, c'était vraiment une année incroyable parce que c'était riche en apprentissage. Et je m'apercevais petit à petit que je pouvais... que c'était en contradiction avec ce qu'on me disait depuis toujours, que les métiers créatifs ou même manuels, ce n'étaient pas des vrais métiers. Et en fait, là, je découvrais qu'en fait, c'est un vrai métier, c'est un métier qui existe depuis hyper longtemps, je suis en train de l'apprendre et j'ai envie de le faire en fait. Et ça m'a persuadé dans l'idée de me dire, en fait, toutes ces injonctions de dire, on ne peut pas, la créativité ou les métiers créatifs, ne sont pas forcément des vrais métiers.
- Speaker #0
C'est juste des passions. C'est juste des passions. Ou alors,
- Speaker #1
c'est pour une élite ou une petite poignée de personnes parce qu'il y a beaucoup de gens qui veulent faire ça. Et en fait, non, pas du tout. Je me suis aperçu que tout est possible. En fait, si on est à l'endroit où on doit être, ça se passe.
- Speaker #0
Et du coup, à l'issue de la formation, il se passe quoi ?
- Speaker #1
À l'issue de la formation, je suis diplômé, j'ai mon CAP, je suis trop content. Mais par contre, c'est le plus gros risque que j'ai pris dans ma vie parce que j'ai mis toutes mes économies dans cette formation. Elle m'a coûté toutes mes économies. Et du coup, je n'avais plus un rond. Donc, il a fallu que je trouve un travail pour manger. Donc, j'ai fait les vendanges, j'ai travaillé pour le festival d'Avignon. en tant que factotum. C'est un peu homme à tout faire pour le festival d'Avignon. Donc, je faisais plein de tâches. Il fallait changer les ampoules dans un théâtre, des choses comme ça. Et après, très vite, j'ai fait la rencontre de Cindy, qui est la fondatrice du concept store dont on parlait tout à l'heure, où on s'est rencontrés tous les deux. C'était QFD. Et on s'est bien entendus. On a compris que... qu'on avait quelque chose à faire ensemble, donc elle m'a embauché en tant que vendeur dans son concept store. Et ça a duré, je pense, deux ans, deux ans et demi.
- Speaker #0
Donc, tu étais en mi-temps. Donc, tu avais un petit peu de temps pour continuer la céramique.
- Speaker #1
Alors, quand j'ai commencé ce boulot de vendeur, j'étais à temps plein.
- Speaker #0
Ah, OK.
- Speaker #1
Parce que j'avais vraiment besoin d'argent. Du coup, j'étais à temps plein et j'ai fait... Un temps plein de un an à peu près, il me semble. Peut-être un peu moins, parce qu'après, il y a eu le Covid qui a tout stoppé. Et en parallèle, en fait, comme j'étais à temps plein, mon activité de céramique a été un peu ralentie. J'avais trouvé un petit atelier à Avignon que je partageais avec une nana. Mais comme je travaillais, je n'avais pas le temps. En fait, je faisais ça tous les week-ends. Et j'essayais, tant bien que mal, de faire ma... petit chemin en céramique. Mais c'était compliqué. Parce que pas le temps du tout. Et puis le Covid, tout s'est arrêté. Et c'est là où je me suis posé un peu des questions. Je me suis dit, qu'est-ce que je fais ?
- Speaker #0
Donc il y a un moment où je me souviens, parce que j'étais là à ce moment-là. Tu as eu le déclic et t'as décidé... tu as eu le courage de quitter totalement ce job alimentaire pour te lancer. Donc, à quel moment tu t'es autorisé à dire c'est ça que je veux faire et maintenant, je prends encore une fois des risques,
- Speaker #1
mais j'y vais. Voilà, c'était au bout d'une année de temps plein. Non, pas du tout. J'ai fait une année de temps plein, puis après, je suis passé à mi-temps. C'est là où on s'est rencontrés tous les deux. Et j'ai fait peut-être un an de mi-temps, quelque chose comme ça. Et il s'est imposé à moi le fait de... En fait, je me demandais qu'est-ce que je fais maintenant. Parce qu'il y avait une frustration qui venait en moi. Et je me disais, je n'ai pas assez de temps pour faire ce que j'aime. Mais du coup, j'ai aussi besoin d'argent. J'avais aussi beaucoup peur de me lancer... à temps plein dans cette activité, parce que je me dis, si ça se trouve, ça ne va pas marcher, je vais me retrouver à la rue, tout ça. Mais en fait, je pense que je me suis écouté, et le fait d'être frustré tous les jours, de ne pas faire ce que j'aime tous les jours, c'était trop dur à vivre, en fait. Donc, j'ai pris la décision de lâcher ce travail pour me lancer à temps plein. Et aussi, parce qu'il y avait beaucoup de peur, mais il y avait quand même... à beaucoup de confiance, dans le sens où je sentais que c'était le moment, que c'était fait pour moi, parce qu'il y avait deux, trois petits signes qui me montraient que j'étais au bon endroit, et que je commençais à avoir mes premières commandes, et je me disais, en fait, si tu veux développer ça, il faut y consacrer tout ton temps.
- Speaker #0
Et c'est à ce moment-là que naît du coup aussi la marque, le nom Toto Ceramique.
- Speaker #1
Oui, c'est à ce moment-là. Je l'avais créé un tout petit peu avant, dès que j'avais quitté l'école de céramique. Mais oui, j'ai créé cette marque-là de céramique. Je ne sais pas si j'aime bien le mot marque. Je crois que ça me gêne un peu ce mot. Mais plutôt, c'est mon nom d'atelier, c'est mon blase. parce que c'est beaucoup lié à moi aussi parce que c'est vraiment mon surnom tout le monde m'appelle Toto et du coup c'était un peu évident d'appeler ça Toto quelque chose de très personnel et très simple aussi très graphique même si c'est pas le premier je pense la première chose que tu voulais mais en fait ça ça nous vient rapidement de ça et puis oui le côté graphique il y a deux lettres enfin quatre lettres le jeu avec le haut voilà c'est J'aimais bien, c'était évident. Je ne me suis pas posé trop de questions.
- Speaker #0
Et justement, comment ça se passe ? Tu as une première commande pour un restaurateur qui te commande des pièces. Est-ce que c'est toi qui vas les voir, les démarcher, leur montrer ton travail ou est-ce qu'ils entendent parler de toi par quelqu'un ? Comment ça se fait, ce lien ?
- Speaker #1
Tu veux dire pour la toute première commande ? Oui,
- Speaker #0
la première fois que tu as eu une commande pour un client.
- Speaker #1
La première fois que j'ai eu une commande d'un chef de resto, c'était assez fou aussi c'était que des histoires assez folles au final c'était le chef du restaurant Pollen à Avignon et en fait avant de commencer ma formation de céramique j'étais allé manger dans son restaurant et je me disais plus tard je ferais la vaisselle de ce restaurant, ça serait vraiment trop cool c'était mon objectif Et le temps passe, je suis formé, je me lance un petit peu. Tout ça, c'est avant le Covid. Et je commence à faire un peu des prototypes, des assiettes. Je n'avais pas trop de buts pour l'instant. Et je montre ça sur Instagram, en fait. Je me suis écrit un petit compte Instagram et je postais des photos de matière, de texture, de forme, des choses.
- Speaker #0
Ton univers qui...
- Speaker #1
c'était vraiment mon mood board à l'époque je postais des inspirations des choses qui sortaient que je tournais et un jour le chef du resto me contacte je ne sais pas trop je pense qu'il a eu une vision il s'est projeté je venais de commencer les premières pièces ce n'est jamais des choses très incroyables Merci. Et je ne sais pas, après j'ai eu la chance aussi, à Avignon, il n'y avait pas trop de personnes qui faisaient ça à l'époque. Donc il m'a contacté, il m'a dit que ce serait trop cool qu'on travaille ensemble et qu'on fasse cela, j'ai un projet de vaisselle. Donc on s'est rencontrés, on a fait plusieurs réunions. Et en fait, comment ça marche, c'est que je lui fais des propositions.
- Speaker #0
C'est ce que j'allais te demander, comment naît une pièce chez toi quand tu veux créer une collection ? lui j'imagine qu'il te donne il te fait sa commande il te donne une ligne directrice, un brief mais après comment toi tu vas t'inspirer,
- Speaker #1
comment ça fonctionne tout ce travail avant de livrer les pièces en gros ça peut se faire de plusieurs manières la manière la plus je veux dire la plus fréquente c'est bah La personne vient me voir, elle a une idée, un projet dans la tête. Elle veut faire de la vaisselle pour son restaurant, par exemple. Et du coup, soit la personne a une idée très précise, parce qu'il y a vraiment des chefs qui ont une idée ultra précise de ce qu'ils veulent, au centimètre près, avec une esthétique particulière. Et dans ce cas-là, moi j'essaye de m'adapter à leurs demandes, tout en gardant ma patte. artistique.
- Speaker #0
T'as quand même un petit espace de créativité malgré ce...
- Speaker #1
De toute façon, c'est quelque chose forcément d'inévitable. Il y aura forcément ma patte quelque part parce que je mets mes mains dedans. Donc je fais une proposition et après, je lui propose des prototypes. Il y a une validation, oui, non, plus grand, plus petit, tout ça. Et après, une fois que c'est validé, je pars en production et je... produit en série ces pièces.
- Speaker #0
Et quelle place tu laisses à l'imprévu dans ton travail ? Tu disais que tu fais des prototypes, des tests, évidemment il doit y avoir des essais ratés. Qu'est-ce qui te vienne et comment tu le vis ? Le fait de rater les choses, les jeter, recommencer tout à zéro ?
- Speaker #1
Les ratés et les imprévus font partie intégrante du process, ça c'est certain. Surtout en tout cas en céramique, c'est tous les jours, tout le temps, il y a des ratés parce qu'en fait on travaille surtout sur le travail de l'émail et de la couleur. On travaille à l'aveugle donc on est obligé de faire beaucoup de tests pour voir ce que ça va donner en termes de couleur, de finition. Il n'y a pas que des belles choses. Donc ça c'est inévitable. Et c'est aussi, comme tu disais, laisser place à l'imprévu, c'est nécessaire aussi. Je pense qu'il faut laisser place aussi à l'imprévu, à des choses qu'on n'avait pas prévues d'avance, parce que peut-être que ce n'est pas ce qu'on voulait sur le moment venu, à l'instant T. Mais il m'est déjà arrivé, par exemple, de faire des tests, de faire des sessions de tests de couleurs, par exemple, de me dire que ce n'est pas du tout ce que je veux, d'être hyper frustré. Et de revenir peut-être deux, trois ans après, voire plus, parce qu'en fait, je garde ces tests, mine de rien, je ne les jette pas. Et de me dire, en fait, cette couleur, je l'adore. Oui,
- Speaker #0
ça peut donner des bonnes surprises, même si c'est à plus d'erreur, plusieurs années après.
- Speaker #1
Donc, c'est pour ça que je dis que c'est nécessaire, dans le sens où il faut laisser cet espace d'incertain, cet espace où on ne contrôle pas forcément, où on est dans cette recherche. Sans but forcément premier. Un but peut aider à cadrer la recherche, à cadrer justement cette créativité, mais c'est bien d'être dans cette recherche-là sans attente.
- Speaker #0
Ok. Et on en a parlé un tout petit peu tout à l'heure, ces dernières années, il y a de plus en plus de céramistes sur le marché du travail et aussi... C'est devenu vraiment une pratique hyper en vogue, en plus d'être un métier très en vogue. Comment tu gères cette concurrence ? Comment ça se passe ? Toi, tu disais par exemple que tu ne travailles qu'avec des restaurants. Est-ce que c'est quelque chose que tu sens, toute cette concurrence montante ? Est-ce que ça devient un frein, un problème pour toi ou pas ?
- Speaker #1
Moi, au quotidien, pas du tout. Forcément, je le vois, c'est vraiment quelque chose qui monte en plus. puissance la céramique, que ça soit sur les réseaux sociaux ou dans les pratiques de loisirs, vraiment les gens s'y intéressent beaucoup et je pense que c'est une bonne chose, il y a vraiment beaucoup de positifs là-dedans dans le sens où si les gens s'intéressent à quelque chose qui leur fait du bien ou ils se posent des questions sur la façon de fabriquer un objet du coup il y a tout ce questionnement de qu'est-ce qu'il y a derrière un objet et... une idée, un savoir-faire, tout ça. Donc je pense que c'est bien que ça soit en vogue, comme tu dis. Après, mine de rien, il y a aussi ce truc de... Il y a une montée en puissance de céramiste, dans le sens où il y a beaucoup de gens qui se forment en ce moment, parce qu'aussi, il y a ce truc de... On revient à des métiers qui ont du sens, et je pense que ce métier-là de céramiste a une image très... très simple et très pur dans le sens qu'il a de fabriquer un objet avec des matières assez simples.
- Speaker #0
D'être vraiment directement en contact avec la terre, avec la matière, pour le coup vraiment former avec ses mains les objets du quotidien.
- Speaker #1
Je pense que ça peut donner envie à des personnes qui veulent mettre les mains à la pâte et qui veulent s'essayer à quelque chose. Après... Oui, comme tout, c'est assez cyclique, je pense. Il y a un effet de mode comme ça, où ça monte. Après, il y a des gens avec qui ça va accrocher, des gens qui vont dire, c'est vraiment ça que je veux faire, tout ça. D'autres qui vont s'apercevoir qu'en fait, il y a vraiment une réalité aussi du métier, dans le sens où il y a une réalité économique qui est certaine, et une réalité physique. C'est un métier qui est très physique, mine de rien. Donc tout ça, il faut le prendre en compte. Je pense que c'est assez positif le fait qu'il y ait plein de gens qui s'intéressent à ce métier. Moi, personnellement, pour l'instant, ça ne m'impacte pas cette concurrence, comme tu dis. Mais ça me fait quand même réfléchir, dans le sens où je me dis... Parce qu'il y a tout un côté aussi de la céramique qui me...
- Speaker #0
qui me posent question dans le sens où ce côté réducteur au loisir en fait c'est quelque chose qu'on voit beaucoup de peinture sur céramique, de choses comme ça où c'est très bien en fait, je trouve que ça a des vertus presque thérapeutiques on prend un temps pour soi pour faire quelque chose mais je trouve aussi, de notre part c'est toute autre chose, mais que ça réduit un peu ce monde là à quelque chose de
- Speaker #1
En fait, il y a de moins en moins de frontières entre ce que je disais, le côté activité à côté et le fait d'en vivre, c'est pas du tout la même chose.
- Speaker #0
C'est assez confondu alors que c'est deux choses différentes. Vraiment, vivre de son artisanat, c'est une chose dans la part entière, c'est une sacrée affaire. Je dis pas ça du tout pour décourager qui que ce soit, c'est juste que c'est vraiment deux choses différentes. Et c'est au quai de... de vouloir juste faire de la céramique en loisir sans en faire son métier non plus.
- Speaker #1
Et d'ailleurs, tu donnes toujours des ateliers. Oui. Je vais t'en donner un moment. Oui. Tu aimes ce côté transmission.
- Speaker #0
C'est quelque chose que j'aime beaucoup dans le sens où dans mon travail, je travaille beaucoup autour. Donc, c'est des gestes qui sont...
- Speaker #1
Donc, autour, c'est... Le tour de potier.
- Speaker #0
Oui, c'est la machine qui tourne.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
C'est ça. Et du coup, c'est des gestes qui sont plutôt mécaniques. Et dans les cours que je propose à l'atelier, c'est des cours de modelage. Donc, c'est une approche beaucoup plus organique, beaucoup plus intuitive. Et j'aime bien transmettre ça. J'aime bien parce que comme je ne l'ai pas dans ma production forcément, enfin, ou peu, parce que mine de rien, fabriquer de la vaisselle pour un restaurant, ça demande une cadence. Il y a souvent de la quantité. Donc, il faut quand même aller vite. Donc, on ne peut pas se permettre de prendre trop le temps sur toutes les pièces. Mais voilà, ce travail de modelage dans les cours que je propose, ça me permet de découvrir d'autres approches, faire des objets qui ne sont pas forcément utiles ou utilitaires.
- Speaker #1
Ok, juste pour le plaisir de créer et d'être en rapport avec cette matière. Et en ce moment, tu as ton atelier dans la ferme urbaine qui s'appelle le Tipeee à Avignon.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
C'est quoi tes envies, tes projets pour l'avenir ?
- Speaker #0
Déjà de pérenniser un peu mon activité, toujours parce que mine de rien, d'année en année, moi c'est comme ça que je le vis, mais j'ai très peu de certitude sur ce qui va se passer l'année d'après par exemple. Donc c'est que ça continue, je souhaite que ça continue comme ça. Et après pour les années à venir... Récemment, il y a eu un petit projet qui a popé dans ma tête, qui est en lien de près et de loin avec la céramique. Du coup, j'aimerais bien y consacrer du temps et de l'énergie.
- Speaker #1
Donc, tu ne nous en dis pas plus pour aujourd'hui, c'est ça ?
- Speaker #0
Si, je peux dire que c'est une idée de lieu. Un lieu où on pourrait venir faire de la céramique, mais pas que.
- Speaker #1
Ok, affaire à suivre.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Merci beaucoup Thomas pour tout ce retour sur ton parcours qui va inspirer et intéresser plein de monde, j'en doute pas.
- Speaker #0
Avec plaisir, merci de l'inviter.
- Speaker #1
Et c'est maintenant la tradition que je mets en place, tu as le droit d'ouvrir ton Michoco pour la fin de l'épisode.
- Speaker #0
Je l'ouvre au micro.
- Speaker #1
Complètement. Merci Thomas, à bientôt. C'est la fin de cet épisode, merci beaucoup de l'avoir écouté. J'espère qu'il vous a inspiré. questionner et peut-être donner envie d'explorer votre propre chemin créatif. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le partager autour de vous. Et pour ne rien manquer, vous pouvez vous abonner au podcast sur votre plateforme d'écoute préférée et me retrouver sur Instagram, arrobase lemoodboard.podcast. Et continuez à observer, à ressentir, à créer, parce que chaque jour est une nouvelle planche d'inspiration. A très vite pour un nouvel épisode.