- Speaker #0
La meilleure protection contre l'excès d'alcool chez les ados, c'est le lien avec les parents.
- Speaker #1
L'amour. L'amour suffit pas. L'amour exprimé, le lien exactement comme tu dis. Y'a pas de prévention s'il y a pas une relation de qualité. La question c'est pas comment parler d'alcool, c'est comment rétablir le lien avec mon jeune.
- Speaker #0
Hello, bienvenue dans le passage Je suis l'or, médecin, maman, la créatrice du média Le Coeur Net que vous pouvez retrouver ici en podcast. et aussi en newsletter. Dans le podcast, on réfléchit ensemble aux questions qui traversent la vie des ados. Et dans la newsletter, je vous propose des outils concrets pour le quotidien. Aujourd'hui, on va parler d'un moment qui inquiète beaucoup les parents et qui fait souvent partie des discussions entre ados. La première cuite. Est-ce que c'est un passage obligé ? Est-ce qu'on doit interdire totalement l'alcool ? À quel âge faut-il commencer à en parler ? Et surtout... comment accompagner nos ados sans dramatiser, mais aussi sans banaliser non plus. Parce que derrière cette question, il y a souvent beaucoup de peur chez les parents et beaucoup de curiosité chez les jeunes. Pour préparer cet épisode, comme d'hab, je suis allée à la rencontre de jeunes pour savoir ce qu'ils pensent de l'alcool, des soirées, de cette fameuse première cuite. Et pour nous aider à comprendre ce qui se joue vraiment, je reçois Guylaine Benek, sociologue, consultante en santé publique et spécialiste de l'alcool à l'adolescence. Elle accompagne depuis de nombreuses années les professionnels dans la prévention des conduites addictives. Elle intervient dans des collèges et des lycées aussi. Elle est autrice du livre « Sa première cuite » . Avec elle, on va essayer de comprendre comment parler d'alcool avec nos ados, comment poser un cadre et comment transmettre des repères de santé sans culpabiliser les parents ni les jeunes. Vous allez voir, Guylaine nous propose un max d'outils. Je vous invite à les noter. Je vous souhaite une bonne écoute.
- Speaker #2
Hello Guylaine, merci d'être là.
- Speaker #1
Merci à toi alors.
- Speaker #2
Alors question rituelle, c'était quoi la musique de ton adolescence ?
- Speaker #1
De mon adolescence ? Alors j'ai plein de musique des années 90, c'était Supertramp, Pink Floyd, The Ayrstraight, ouais c'est les fonds sonores de mon adolescence.
- Speaker #2
Moi je vois un énorme sourire qui rappelle des bonnes choses, t'étais plutôt sage plutôt ? fêtarde ou observatrice ? T'étais comment ?
- Speaker #1
J'étais plutôt fêtarde, speed, tête brûlée, on disait. De moi. Mes parents en ont bavé.
- Speaker #2
Ah zut ! Pas simple. Aujourd'hui, notre sujet, c'est l'alcool. Est-ce que ça avait une place autour de toi ? Pas plus que ça ?
- Speaker #1
Si, il y avait beaucoup d'alcoolisation. J'ai grandi dans un village et puis le samedi soir, les balles. Les balles étaient alcoolisées, ça se terminait souvent en bagarre. Les discothèques dans mon département, c'était aussi très alcoolisé. Donc oui, il y avait quand même de l'alcool, on ne va pas se le mentir, à notre époque aussi.
- Speaker #2
Oui, certainement, moi aussi, c'était un peu pareil. Alors, tu sais, au début des interviews, des podcasts experts, j'aime aller rencontrer des jeunes, je suis allée rencontrer des lycéens, des lycéennes, et je voudrais te partager ce qu'ils en disent et j'aimerais bien que tu réagisses à chaud.
- Speaker #3
Ok. Moi je suis déjà allée en soirée et je trouve que c'est que nous et nos limites, c'est si on sait s'arrêter ou pas. Les parents ils disent rien et puis ils font confiance à leur enfant quoi. Moi j'ai déjà touché, je leur ai dit ils le savent même cet été avec ma tata et tout, ils le savent. Ils sont au courant, ils s'en fichent complètement. Vu qu'ils savent que si je vais trop loin, c'est moi-même quoi, c'est moi que ça revient. Faites confiance à votre enfant parce que sinon après, dans tous les cas ils vont le faire si vous leur faites pas confiance. Donc c'est mieux que... vous les laissez aller et puis c'est des adolescents ils font ce qu'ils veulent ils n'attendront pas votre accord pour le faire ça te dit quoi toi ?
- Speaker #1
ça me dit plein de choses de ce témoignage cette jeune fille elle a le sentiment que ses parents finalement la laissent faire un peu sa vie et consommer si elle le souhaite elle a confiance en ses propres limites et en les limites de ses copains elle a raison dans le sens où effectivement la relation de confiance entre le parent et l'ado est Merci. hyper importantes. Il n'y a pas de prévention, effectivement, s'il n'y a pas de dialogue, s'il n'y a pas de communication, s'il n'y a pas de confiance. Mais ça, quand même, ça me questionne sur la question de la limite, justement, parce qu'on en reparlera. Je crois que nos adolescents ont besoin de limites, au contraire. Et ce n'est pas absurde de poser des limites.
- Speaker #2
C'est intéressant ce que tu dis. C'est vrai que on sent qu'il y a la communication qui est présente dans cette famille, mais c'est vrai qu'elle a l'air de minimiser un petit peu... tout ce qui touche à ça. Alors, extrait suivant.
- Speaker #4
J'ai déjà goûté dans la soirée mais sincèrement, je trouvais que c'était dégueulasse du coup, j'en bois plus. Pour moi, c'est normal. Juste, boire de l'alcool ne définit pas la personne que tu es.
- Speaker #1
Super, très chouette aussi. Il a raison, en général, les adolescents n'aiment pas le goût de l'alcool. C'est pour ça d'ailleurs que les industriels rajoutent beaucoup de sucre. C'est pour cacher ce goût de l'alcool. Un enfant, il fait la grimace la première fois, donc spontanément, ce n'est pas plaisant. Et puis, oui, les représentatifs, on en parlera, je pense, d'une partie de ces jeunes qui se détournent et qui ne sont pas intéressés par l'alcool.
- Speaker #2
C'est vrai qu'il y a un goût amer, finalement. Je ne sais pas si c'est peut-être la nature qui est faite comme ça. Il y a un truc autour, une sorte de protection biologique.
- Speaker #1
Oui, oui. Vraiment, quand on fait... Les gens qui vont goûter de l'alcool aux enfants, les enfants font la grimace. Et d'ailleurs, les adolescents, quand ils parlent de leur première goutte d'alcool, souvent c'était en famille, pendant des fêtes ou autre, on leur a dit tiens, bois un peu de champagne ou autre. Ils le disent, c'est pas bon. Ils n'aiment pas ça. Mais après, le truc, c'est de rajouter du sucre. Oui, ça marche. Extrait suivant.
- Speaker #2
Moi, je ne bois pas d'alcool parce que l'alcool, c'est très néfaste pour le corps. Donc oui, je suis adolescente, mais ce n'est pas pour autant que je vais faire l'expérience de boire de l'alcool parce que ça ne m'intéresse pas. Je ne trouve pas que ça apporte grand-chose, à part peut-être être un peu dans les vapes et profiter du moment. Ça apporte un tout. Après, le lendemain, en plus, il y a des événements qui ne sont pas très agréables. Donc, je ne bois pas d'alcool et je suis adolescente. C'est mon éducation.
- Speaker #0
J'ai été éduquée à apprendre que les adolescents ne doivent pas toucher à l'alcool. J'ai des copines qui fument et tout, etc. Je ne me sens pas plus décalée que ça. Après, je ne me sens pas vraiment avec des gens qui boivent de l'alcool et qui vont en soirée. Donc oui, en fonction de comment je suis, du coup, pour éviter de me sentir un peu exclue.
- Speaker #1
Très intéressant aussi. On sent qu'il y a chez cette jeune fille une assise, une conviction. Elle est déterminée, elle y a réfléchi. Alors c'est intéressant qu'elle évoque l'éducation. Je serais curieuse de savoir comment les parents ont abordé ce sujet, qu'est-ce qu'ils en disent à la maison. Et puis surtout, je pense que ça reflète une personnalité et aussi cette tendance émergente. Il y a de plus en plus de jeunes comme ça, qui font le choix pour leur santé de s'affirmer, et puis d'envoyer balader, et puis de se dire, ça ne résume pas, je crois que le jeune homme tout à l'heure le disait aussi, ça ne résume pas qui je suis. Ce n'est pas ça qui fait la différence, boire ou pas boire.
- Speaker #0
Après tout.
- Speaker #2
Moi, je trouve ça mauvais que les moins de 18 ans boivent parce que je trouve ça mal. Et ça ne sert à rien. Parce qu'on n'a rien à oublier. On est jeune. Après, ils font ce qu'ils veulent. Ce n'est pas à moi. Mais les moins de 18 ans, c'est chaud. Moi, à 18 ans, je commencerais à boire. Mais pas avant.
- Speaker #1
C'est intéressant aussi. Il y a plusieurs choses dans ce qui a été dit. Alors, 18 ans, on a souvent l'impression que dans la nuit, de tes 17 à 19 ans, tout change parce que tu obtiens la majorité. C'est vrai qu'on peut vendre de l'alcool à un individu dès lors qu'il a 18 ans. Ça crée une association. 18 ans, l'alcool, c'est OK. On verra, je pense, on en parlera. Les recherches aujourd'hui nous montrent que ce n'est pas tout à fait ça. Ce n'est pas tout à fait ça.
- Speaker #0
Sur le développement du cerveau, tu veux dire. Sur le développement du cerveau,
- Speaker #1
oui. Cette frontière de 18 ans, elle est très artificielle. Il a dit autre chose qui était vraiment intéressante.
- Speaker #0
Ça ne sert à rien parce qu'on n'a rien à oublier.
- Speaker #1
Oui, très intéressant. Ça ne sert à rien. C'est vrai qu'il évoque bien le côté psychotrope de l'alcool. Pourquoi finalement certaines personnes boivent ? Oui, certaines personnes boivent pour oublier, pour rechercher cette altération de l'état de conscience, y compris quand on est jeune. Mais il est vrai qu'il y a des ados qui ont des choses à oublier. Et que le rapport à l'alcool, il va aussi être très différent d'une personne à l'autre. d'un jeune à l'autre en fonction de son vécu, en fonction de ce qu'il traverse à ce moment-là. Il y a presque autant de raisons de boire ou de ne pas boire qu'il y a de jeunes.
- Speaker #0
C'est intéressant parce que, peut-être qu'on y viendra, mais ça peut nous permettre aussi, nous, parents, de poser la question à notre ado. Pourquoi tu bois ? Est-ce que tu cherches quelque chose du lâcher prise, de l'oubli, comme tu dis ?
- Speaker #1
Tout à fait. C'est hyper important. Et d'ailleurs, c'est ce que font les professionnels quand ils rencontrent... Un jeune consommateur, ils vont chercher à savoir pourquoi la consommation, qu'est-ce qu'il y a derrière, alors que ce soit de l'alcool ou un autre produit, ou même n'importe quelle conduite à risque, c'est plutôt le reflet, le symptôme d'autre chose. Et on passe à côté si on se focalise juste sur l'alcool ou le comportement.
- Speaker #0
Et pour revenir sur notre sujet, les ados, est-ce qu'ils boivent plus qu'avant ou moins qu'avant ?
- Speaker #1
Je vais te dire, ma réponse est un peu à l'image des extraits que tu as choisis. Elle n'est pas binaire, ce n'est pas tout oui, tout non. C'est-à-dire que... On le voit bien avec les extraits, il n'y a pas une jeunesse, il y a des jeunesses. Et on a vraiment, pour faire simple, on a deux grandes tendances. On a d'abord effectivement un rapport aujourd'hui des adolescents, un rapport à l'alcool qui est beaucoup plus banalisé. L'alcool est un produit qui est très présent dans leur univers. Il y a une norme autour de la consommation d'alcool. Là où ma génération, à l'époque, les ados qui buvaient, ils avaient le sentiment de transgresser. Ce n'était pas le comportement normal et impératif. Alors qu'aujourd'hui, boire de l'alcool c'est la norme, l'ivresse c'est un peu la norme, c'est plutôt le fait de ne pas boire qui est différent.
- Speaker #0
C'est vrai que c'est assez sociétal, et je pense aussi lié au fait que ce soit finalement une drogue licite, que ce soit autorisé dans les supermarchés, clairement ça rend le truc un peu plus banal.
- Speaker #1
banal et puis très présent. Les ados nous le disent, les mineurs, ils ont l'impression que l'alcool est présent partout dans leur environnement. Ils voient énormément de publicités, ils savent citer plein de marques d'alcool, ils en ont souvent expérimenté à l'intérieur de la famille. C'est quand même le seul psychotrope auquel les jeunes sont initiés en famille. Il est très accessible, même si en théorie il est interdit de vendre de l'alcool à un mineur de moins de 18 ans, dans les faits 90% des points de vente vendent aux mineurs. Donc un mineur il dit... Donc, si tu veux, il y a cette normalisation avec parfois des jeunes qui boivent dans des quantités très importantes. Donc ça, c'est le premier phénomène qu'on observe. Et en même temps, on l'a vu avec les extraits de tout à l'heure, on a de plus en plus d'adolescents qui se détournent de l'alcool. Alors, ils ne sont pas encore majoritaires, mais c'est un mouvement qu'on a connu il y a déjà 10-15 ans. Dans les pays nord-américains, les pays nordiques, ça arrive en France depuis quelques années. Pas que chez les adolescents d'ailleurs, mais on a de plus en plus de jeunes qui ne s'y intéressent pas. Et qui disent, comme la jeune fille de tout à l'heure, « Non, moi ça ne m'intéresse pas, je ne veux pas l'intérêt de boire. » Et qui assument ce choix de ne pas boire. Voilà, il y a les deux phénomènes en même temps.
- Speaker #0
Et la première cuite, justement, c'est un passage obligé. Est-ce qu'on doit forcément tester un jour ?
- Speaker #1
Alors forcément non. Il y a des gens qui n'ont jamais été ivres. Mais c'est vrai que quand même, dans l'imaginaire, ça reste un moment un peu fort, un peu marquant.
- Speaker #0
Une sorte de rite de passage.
- Speaker #1
Un petit peu, mais là encore, pas pour tous, pas pour toutes. Mais ce qui est quand même important de savoir, c'est que ça se passe très tôt en France. C'est à 15 ans en moyenne. Donc c'est jeune.
- Speaker #0
Il y a des enquêtes là-dessus.
- Speaker #1
Oui, c'est l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives qui mène plein d'enquêtes. Il y a beaucoup d'informations.
- Speaker #0
C'est intéressant que tu donnes ce chiffre. Cet âge, 15 ans, on se dit « waouh, nos bébés ! » En fait, c'est des réalités. Je trouve ça important qu'on mesure aussi que ça se passe. On sait que ça arrive. On sait que si nos jeunes partent en soirée, il peut y avoir cette question de l'alcool. Est-ce que tu t'en procures ? Est-ce qu'il y en aura par les copains ? Enfin, tout ça, c'est des questions qui vont être amenées à être posées.
- Speaker #1
Oui, ne soyons pas naïfs. C'est très présent. Alors, ce n'est pas à se pas dit que ça va se passer, parce que c'est une moyenne. Il y a des jeunes qui ne vont pas s'alcooliser, d'autres qui vont le faire beaucoup plus tôt. Mais il faut avoir conscience, dès que notre jeune commence à sortir avec des copains et aller dans des anniversaires, des fêtes en appartement, Oui, il y aura probablement de l'alcool, peut-être aussi du cannabis, de la vape, peut-être du protoxyde d'azote. Ce sont des produits qui sont présents dans leur environnement.
- Speaker #0
Et justement, on les prépare, mais est-ce qu'on interdit, est-ce qu'on autorise à ce sujet du jour ? Ça,
- Speaker #1
c'est une grande question. Alors, moi, j'ai longtemps cru, avant de faire décrire sa première cuite, j'ai longtemps pensé qu'interdire ne servait à rien. Et quand j'étais une jeune tante, j'avais des neveux, des nièces, il me semblait que c'était... C'était beaucoup plus constructif d'être cool et de ne pas interdire.
- Speaker #0
C'était toi la tata de l'interview ? Oui, c'était ça,
- Speaker #1
exactement. Je me suis reconnue. Bravo. J'étais la tati cool et tout ça. Et puis, en fait, pour écrire sa première cuite, je suis allée vraiment faire des recherches plus poussées, notamment dans des études scientifiques, voir vraiment ce qu'en disent les experts. Et bien, figure-toi, c'est très intéressant et finalement, ça relève du bon sens quand j'y pense. Les études nous montrent. que les adolescents qui ont des parents qui leur interdisent de boire de l'alcool, qui expriment très clairement, qui désapprouvent la consommation à cet âge-là, eh bien ces jeunes-là, ils vont peut-être boire. Certains vont transgresser l'interdit. C'est vrai, la jeune fille avait raison, certains jeunes vont transgresser l'interdit. Mais pas tous. Et ceux qui vont transgresser, ce qu'on remarque, c'est qu'ils vont moins boire, ils seront moins souvent ivres, ils auront moins de problèmes d'alcool au volant plus tard. En fait, quand on suit comme ça des jeunes, on se rend compte que l'interdit, dès lors qu'il est posé de manière adaptée, parce que ça c'est quand même un aspect important, l'interdit protège. Parce que nos jeunes ont besoin d'adultes qui posent des limites, parce qu'ils ont du mal, pour des raisons liées notamment à leur cerveau, on en reparlera peut-être, à se poser leurs propres limites internes. Donc il faut que la limite vienne de l'extérieur, mais il faut qu'elle soit vécue comme protectrice. Donc la manière de poser cet interdit, d'en parler, c'est tout aussi... important que l'interdit lui-même. Donc tout ça pour te répondre. Oui, moi je dis aux parents, mais franchement, n'ayez pas peur, c'est pas interdit d'interdire. Vous n'allez pas être un mauvais parent, il ne faut pas confondre l'interdit et la rigidité, l'autoritarisme, il y a des manières de le faire en douceur.
- Speaker #0
Oui, et puis ça permet de donner encore une fois du cadre, et des limites, et les jeunes ont besoin de ça. Au fil des épisodes du passage, je reviens tout le temps sur cette histoire de cadre, de limites, etc. Et... Tu disais qu'il fallait être cohérent. Je pense qu'il y a aussi des règles et des cadres qu'on peut appliquer aux adultes. Par exemple, si on a des enfants qui n'ont pas forcément le même âge, ou même nous-mêmes montrer l'exemple, ou dire ce week-end, il y avait de l'alcool, j'en ai bu, et tu vois, j'en ai peut-être trop bu, j'ai mal au casque. Communiquer là-dessus, j'imagine que c'est plutôt bon.
- Speaker #1
C'est important de ne pas... Alors, ça peut être difficile pour nous, parce que ça veut dire d'abord interroger nos propres consommations et mettre des mots sur ce qu'on vit, qui n'est pas toujours facile. Après, malgré tout, il ne faut pas oublier qu'on reste des adultes et, eux, des ados. C'est-à-dire qu'on n'a pas le même âge. Il y a des choses que... On peut faire à un certain âge et qu'on ne fait pas à 14-15 ans. Bien entendu, on éduque aussi par l'exemple et par les mots qu'on met sur ce que nos enfants observent, de notre rapport à l'alcool notamment,
- Speaker #0
mais on n'est pas non plus sur un pied d'égalité vis-à-vis de ce produit. Et pourquoi l'alcool pose problème chez les ados ? Comment on leur explique ça ? Pour plusieurs raisons. Je parle beaucoup du cerveau avec les adolescents, parce que ça les passionne.
- Speaker #1
Collégiens, lycéens, ils ont plein de questions sur le cerveau. Merci. Et je trouve que c'est vraiment une des raisons les plus importantes, c'est que, tu le sais, le cerveau d'un adolescent, il est encore en maturation. Il faut 25 ans au petit être humain pour avoir un cerveau adulte, réellement mature. Et pendant toute cette période de maturation cérébrale, le cerveau est beaucoup plus vulnérable. Ce n'est vraiment pas la même chose de boire de l'alcool, voire même de prendre une cuite à 17 ans qu'à 37 ou 47. Ce n'est pas pareil. Il y a plus de dommages sur le cerveau d'un ado, Les risques immédiats et à long terme sont plus importants. Vraiment, nos enfants, nos ados ne sont pas des adultes en miniature. Ce sont des individus en maturation encore.
- Speaker #0
Et surtout ça, ce que tu viens de dire là exactement, ils peuvent le comprendre, le contrôle des impulsions, tout ça. Tu parlais des accidents de la route, de tout ce que ça peut générer, de la violence, etc. Si on leur explique par A plus B, ils comprennent. Ils aiment bien justement qu'on les a pas expliqués. Complètement.
- Speaker #1
Après, dans la prévention, il y a un aspect de la prévention qui relève de l'éducation à la santé. Et vraiment, cette éducation, expliquer à un ado comment fonctionne son cerveau, ses vulnérabilités, comment fonctionne le mécanisme de l'alcool. Moi, je leur montre ce qu'est l'éthanol. Enfin, vraiment, je leur montre physiquement. Et en fait, c'est presque de l'idéologie. Mais ça les passionne parce qu'en fait, ils se sentent concernés. Et ça leur permet de comprendre le pourquoi de l'interdit des adultes, de l'interdiction de l'entre-mineur. Et ça donne du sens. Et en plus, ils sentent qu'on s'intéresse à eux et qu'on les protège.
- Speaker #0
Parfait. Et aussi, je sais que dans les techniques de communication, je trouve que c'est quand même bien de donner aussi nos émotions. Je pense qu'il y a toujours ce truc aussi de dire, oui, je suis inquiète. Tu pars en soirée, j'ai besoin d'être rassurée, que tu saches ça. On va y venir, comment réduire les risques. Mais c'est vrai que c'est important qu'ils voient justement qu'on les aime.
- Speaker #1
Qu'on les aime, qu'on se soucie d'eux, mais là où parfois... fois, c'est un peu un défi, c'est qu'on a besoin nous-mêmes de mettre des mots sur nos émissions. On n'a pas forcément appris à le faire. Et souvent, le premier réflexe qu'on a, ça va plutôt être la colère, où on va dire « mais ça ne va pas, mais commencez à picoler, mais je t'interdis, mais attends, il y a des jeunes de ton âge qui boivent, mais qu'elles… » Enfin, tu vois, on est plutôt dans quelque chose comme ça d'agressif, voire d'humiliant, et c'est très différent en effet. Si jamais on dit à notre jeune, écoute, voilà, moi, je me soucie, j'ai entendu des choses sur l'alcool dans ta tranche d'âge, ça m'inquiète, est-ce qu'on peut en parler ? Et dès lors qu'on parle de ces émotions, on apprend aussi à nos jeunes à identifier les leurs. Et c'est une manière aussi de faire de la prévention.
- Speaker #0
Et justement, est-ce que tu peux me dire à quel âge il faut en parler ? Parce qu'on a cet âge des 15 ans où statistiquement, ça peut arriver, mais c'est encore une moyenne, donc ça peut être avant, ça peut être après. Selon toi, est-ce qu'il faut en parler précocement ?
- Speaker #1
Alors moi, je milite vraiment à tout guillemets. Pour un dialogue précoce sur l'alcool, bien avant l'adolescence. Mais comme la plupart d'ailleurs des comportements de santé ou autres. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il y a des études qui montrent que ce qu'un enfant de 8-9 ans pense à propos des boissons alcoolisées, ce serait prédictif de sa consommation à l'adolescence et même plus tard au cours de sa vie. Parce que ce qu'on appelle les stéréotypes, les représentations autour de l'alcool, les attentes qu'on se fait autour de ce produit, Ça se construit tôt dans l'enfance, à partir de ce qu'on observe autour de nous. Et en fait, on ne pense pas à parler d'alcool avec nos enfants, parce qu'on se dit que c'est trop tôt, ils ne sont pas concernés. Mais ils voient de l'alcool dans leur environnement immédiat. Ils voient les adultes en boire, ils voient des publicités, ils voient à la télévision, dans des films, même dans des films jeunesse, des films famille, il y a des scènes de consommation d'alcool. En fait, ils connaissent très tôt l'alcool. Et ils se construisent comme ça une image. Et si nous, adultes, on ne parle pas avec eux, en fait, on laisse l'extérieur s'infiltrer dans leur petit cerveau. Et finalement, leur rapport à l'alcool, il se construit sans nous.
- Speaker #0
Et puis, ils se normalisent. Si on pose la question, typiquement, peut-être après un week-end, un anniversaire, un truc en famille, ou un film où on aurait vu une scène un peu bizarre, dire, qu'as-tu pensé de ça ? Est-ce que ça te fait quelque chose ? Ou est-ce que ça t'a atteint, cette situation ?
- Speaker #1
Oui, c'est important de commencer par leur poser la question. qu'est-ce qu'ils ont vu, parce qu'en fait, on ne va pas inventer une conversation, la sortir comme ça du chapeau. On va poser la question à notre enfant, et ça peut être un petit, même un petit, je ne sais pas, de 5-6 ans, qui a vu une personne alcoolisée dans une fête de famille, ou qui a vu une scène dans la rue. En fait, dès lors qu'on ouvre nos yeux, on se rend compte que, vraiment, des messages sur l'alcool, nos enfants en reçoivent. Et donc, on commence par leur poser la question, ce qu'ils en pensent, ce qu'ils en savent, et parfois, c'est étonnant. On peut être très étonné de la réponse. Et c'est ce qui va permettre, en fonction de la réponse, d'adapter notre conversation.
- Speaker #0
Moi, ça m'a interpellée pendant les JO, le nombre de publicités liées au « tu regardes ton match » , etc. C'est très sociétal, c'est devenu presque culturel. C'est dingue. C'est une bière, pour le citer. Et ça me gêne un peu quand même tout ça.
- Speaker #1
Alors, en théorie... C'est interdit, la loi Evin, en théorie, interdit l'association entre l'alcool et le sport. En théorie, c'est interdit. Il y a un cadre, mais ça, c'est la théorie. Dans les faits, on se rend compte que malgré la loi Evin, qui a été beaucoup détricotée, les enfants en France, les mineurs sont surexposés aux publicités en faveur de l'alcool. Et ça contribue vraiment à cette banalisation. Mais si tu regardes, tu as des pubs aux abords des établissements scolaires, devant les écoles, les collèges, les lycées, et il y a des parlementaires qui essaient de faire entrer ce sujet à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale, parce qu'on pourrait y réfléchir politiquement. Est-ce qu'on veut vraiment ces publicités dans les lieux du... On pourrait au moins... Eh bien, ils n'y arrivent pas.
- Speaker #0
Parce qu'il y a vraiment un bras de fer entre la santé publique et les acteurs économiques. C'est la loi Biarrévin. du coup ça a échec non mais c'est énervant parce qu'on est là en train de batailler et tu te dis purée t'allumes tu veux regarder ton match tu sais pour nous qui travaillons en prévention on essaie de faire de la prévention,
- Speaker #1
de l'éducation pendant ce souci des jeunes et on a souvent l'impression qu'on n'avance pas à armes égales avec l'industrie de l'alcool parce qu'il y a quand même l'Organisation Mondiale de la Santé nous le dit la toute Merci. La première des mesures à prendre, ce serait d'encadrer le marketing pour qu'un enfant ne grandisse pas dans un environnement qui survalorise ce produit. Ça ne serait pas très compliqué, ça ne serait pas coûteux, mais voilà. Et on n'y arrive pas, donc on a parfois l'impression d'avoir à protéger de ce qui en fait ne devrait pas être dans l'univers de vie de nos enfants.
- Speaker #0
Et comment on fait justement pour réduire les risques ? Parce qu'on sait que ça environne les ados. C'est quoi l'approche de réduction des risques en termes d'alcool ?
- Speaker #1
C'est hyper important ce mot que tu utilises, réduction des risques, c'est un concept important en prévention. Tout à l'heure, je te disais, c'est important de poser le cas, de poser l'interdit. Donc en fait, on est un adulte qui pose des limites. Mais, je te le disais aussi, certains ados vont transgresser. Donc c'est très important de penser aussi, et c'est là où être parent, c'est ça, c'est être un peu équilibriste. C'est en même temps que je pose l'interdit. Je vise la réduction des risques, c'est-à-dire que je sais que peut-être un moment mon jeune va transgresser ou ses copains vont se retrouver dans... Donc je parle de ça aussi et je dis bon ben voilà, si jamais tu consommes de l'alcool ou si un pote autour de toi en consomme, il y a d'autres produits, ben voilà il y a des trucs qu'il faut que tu saches, des consignes de sécurité. Donc là il y en a plein des messages, je pourrais t'en donner quelques-uns mais... Donc, bien les connaître soi-même, ses consignes de sécurité, que ce soit autour du alcool au volant, coma éthylique, trou noir, etc. Il y a des choses à dire. Et donc, de bien montrer à son enfant qu'à la fois, on désapprouve, mais qu'on lui transmet les bonnes informations. Et que s'il se passe un truc, notre téléphone est allumé, il peut compter sur nous, on lui passera par le savon, que même s'il a transgressé, on viendra l'aider aussi, ou aider ses potes.
- Speaker #0
J'ai fait des vidéos sur les réseaux sociaux, mais pareil, je les mettrai Merci. dans la newsletter qui est liée au podcast, qu'on peut recevoir vraiment gratuitement. Il y aura toutes les infos. Mais c'est vrai qu'il y a des choses à savoir. Le fameux verre d'eau, boire de l'eau, manger avant sa soirée, ne pas boire à jeun. Tous ces petits trucs-là. C'est vrai que si on sent que notre ado va transgresser, il faut qu'il l'apprenne. Alors, soit on lui passe des vidéos, on lui passe des messages, ou alors on en parle tout simplement.
- Speaker #1
En parler. Alors, parfait. Parfois, pour ne pas mettre notre ado mal à l'aise, on peut lui dire, je te donne des infos générales pour les copains, c'est-à-dire pas forcément le cibler lui, de tu sais, tu sais. Il y a des trucs qu'il faut que tu saches avec tes potes. Effectivement, tout ce que tu viens de dire, ne pas boire le ventre vide, alterner avec au moins un verre d'eau entre chaque verre d'alcool, se fixer un nombre limite de verres d'alcool, avoir conscience que... plus il y a du sucre dans la boisson, plus ça dissimule éventuellement l'alcool et que certaines boissons sont à très forte teneur, un vodka orange, se méfier aussi des ambiances hyper festives parce qu'on sait que plus il y a de la musique, plus on a envie de boire. Il y a plein de messages et puis ne pas oublier aussi de leur parler des consignes de sécurité. Ça, c'est super important. Coma éthylique, tout ce qu'il faut faire. Ne pas laisser partir un copain, une copine toute seule, seule en soirée. Ne pas laisser quelqu'un prendre le volant, un scooter, une trottinette, un vélo. Il y a plein de messages de sécurité.
- Speaker #0
Avoir un alcotest aussi.
- Speaker #1
Savoir que dormir sur place, ce n'est pas forcément non plus la panacée, parce qu'il peut y avoir des agressions. Tu restes dans un appart, tu dors sur place. Il faut quand même savoir qu'il y a énormément d'agressions. peut-être plus pour les étudiants notamment, c'est qu'il y a énormément d'agressions sexuelles sur fond d'alcool. Donc souvent, les parents se disent « c'est cool, ils dorment sur place, il y aura de risques. » Sauf qu'il peut y avoir des risques aussi. Et ce que je dis, ce que j'explique aussi souvent aux parents, c'est que on n'est pas là pour les prendre entre quatre yeux, puis leur dérouler tous les risques. Ça les saoulerait. Mais un peu de prévention chaque jour. C'est-à-dire, tu vois, tu saisis une opportunité, entre guillemets, un truc que tu entends, la radio, ou une histoire qui est arrivée, tu en profites pour avoir une petite conversation. Cinq minutes, pas plus. Et toi, si un jour tu te retrouves dans cette situation ? Qu'est-ce que tu fais ? Tu vois, il vaut mieux des petits messages réguliers plutôt qu'un grand cours d'addictologie. Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Le message hors contexte. Finalement, j'ai entendu parler de ça, on saura. D'ailleurs, ça me fait penser, c'est vrai que sur les réseaux, je mets beaucoup de boîtes à questions. J'avais eu des messages de personnes qui laissaient un billet. Le but, ce n'était pas de l'utiliser, mais de dire, si jamais on est au milieu de la nuit, tu dois rentrer. je ne peux pas venir te chercher, parce qu'on a nos vies, ça nous saoule à 4h du mat' d'aller récupérer les enfants, tu prends un taxi et tu rentres. Et c'est vrai que je n'y avais pas forcément pensé, cette alternative-là. Alors évidemment, avec l'idée que ce soit exceptionnel, puisqu'on est dans l'interdit, mais j'aime bien cette idée aussi de dire on aborde cette solution, tu ne te mets pas en danger, point.
- Speaker #1
Carrément, carrément. Ça, c'est la limite. Oui, et puis c'est... Il faut les outiller en fait. Il ne suffit pas de dire je t'interdis de faire ça. On va trouver des moyens concrets pour que tu puisses avoir un taxi prépayé, un Uber, de telle ou telle manière, ou t'appelles un tel. On peut s'organiser aussi entre parents. Ça c'est hyper important. Ce qu'on sait par exemple, c'est que quand il y a un parent qui vient chercher ou qui passe dans une soirée, je parle surtout avec les mineurs, les soirées des mineurs, c'est hyper important qu'il y ait de temps en temps un coup d'œil adulte, une présence qui s'âge. Finalement,
- Speaker #0
qu'il y avait 45 personnes dans l'appart plutôt que 10.
- Speaker #1
C'est ça. Et puis voilà, que les ados, à la base, ils aient conscience que, ben non, il y a un adulte qui va passer, qui va venir voir ce qui se passe. Parce que tu sais, laisser... Déjà, il y a une question quand même, sans vouloir faire flipper les parents, mais il y a quand même une question de responsabilité. Dès lors qu'on reçoit chez nous des mineurs, surtout si on est absent, s'il se passe quoi que ce soit, Mais je peux te dire que dans une fête d'ado, mineur, à partir d'un certain âge, tu peux être à peu près certain qu'il y aura de l'alcool. Mais s'il se passe quoi que ce soit, notre responsabilité pénale peut être engagée. On a la responsabilité de tout ce qui se passe. Et donc, si des mineurs s'alcoolisent à la maison, surtout si on n'était pas là, ça peut être hyper... Il y a la responsabilité morale de ce qui va se passer. Mais c'est important parce qu'il y a de la jurisprudence aujourd'hui. et qu'il y a de moins en moins de tolérance de la part des magistrats sur ces situations-là. Parce qu'aujourd'hui, on sait que l'alcool chez les meilleurs... Oui, ça, Bondo,
- Speaker #0
elle avait bu, elle était consentante, on l'a entendu. Mais c'est vrai que c'est important de se dire aussi que finalement, on a cette responsabilité-là de donner un cadre à nos enfants, les limites, etc. Et c'est quoi les outils, ce que tu peux faire pour que ça se passe bien.
- Speaker #1
Et après, tu vois... Ce que je dis souvent aux parents, si on ne veut pas passer pour être le parent chieur qui interdit, tu sais, voilà, le cliché un peu du parent. En fait, c'est intéressant quand on est parent de négocier aussi avec son ado. C'est-à-dire, ok, moi en tant que parent, ma limite c'est l'alcool, les clopes, le cannabis. Ben non, moi je désapprouve. En revanche, on peut discuter pour « tu veux te faire une coloration verte des cheveux ? Tu veux un piercing ? Un tatouage ? » Je ne sais pas, mais on peut aussi réfléchir à être le parent plutôt cool qui va à condition que ça n'interfère pas avec les valeurs de la famille et puis qu'on ne fasse rien qui puisse… Tatouage, ce n'est peut-être pas le meilleur exemple, mais réfléchir à ce que notre ado peut avoir en contrepartie.
- Speaker #0
Oui, et puis qu'ils se sentent entendus aussi. Exactement. C'est vrai que si ça génère des frustrations, d'ailleurs ça a été dit dans l'exemple tout à l'heure, l'ado il finit par faire quand même, donc c'est vrai qu'il entend qu'on le comprend.
- Speaker #1
Déjà, qu'on le comprend, et puis que bon, ok, il n'a peut-être pas le droit de boire et de fumer, mais il peut faire des trucs hyper cool, il peut aller passer le week-end avec son pote, tu vois, il a cadeau, il peut avoir des aspirations, et si on arrive à bien les écouter et qu'on l'accompagne... En fait, on va trouver un peu une alternative avec des trucs qui seront... L'alcool à côté ne sera pas très intéressant, tu vois. Pour rendre le reste fun, en fait.
- Speaker #0
Oui, je vois bien. Et là où c'est difficile, je trouve aussi, c'est quand le parent, finalement, il boit. Quand les parents picolent les week-ends, ils consomment eux-mêmes, ce n'est pas évident. Comment on s'y prend quand on est parent et qu'il y a peut-être les apéros du vendredi soir avec certains potes, le samedi avec un autre pote, on reçoit du monde ? Qu'est-ce qu'on dit ?
- Speaker #1
BAM ! En parler, peut-être se dire que de temps en temps, on peut essayer aussi de faire autrement quand les enfants sont là. Ce qui est important quand même, c'est éviter d'être ivre devant les enfants. Ce n'est pas génial. Moi, je le dis souvent, la cuite, c'est un peu comme le striptease entre adultes. Pourquoi pas ? Mais devant les enfants, ce n'est pas génial. C'est vrai que ce n'est pas génial. C'est une pratique courante dans beaucoup de familles, dans les fêtes. Il y a souvent des adultes alcoolisés devant les enfants et les ados.
- Speaker #0
C'est vrai qu'alors que le striptease, on ne se poserait pas la question. Alors que le striptease,
- Speaker #1
on ne se pose pas la question. Mais oui, c'est pour ça que je te disais tout à l'heure, ça vient quand même nous chercher dans notre rapport à l'alcool à nous. Ce n'est pas forcément évident. Et franchement, je ne suis pas là pour culpabiliser les parents, surtout pas, parce que ce n'est pas porteur de culpabiliser. Enfin, chacun en fait bien tout et tous comme on peut. Mais donc, en parler. rappeler aussi qu'il y a une différence entre un ado et des adultes. Et puis un truc tout simple qu'on peut faire quand même, c'est faire gaffe à la manière dont on parle d'alcool pendant les apéros. Et notamment, quand il y a du monde qui arrive à la maison qui ne boit pas d'alcool. C'est super important de penser déjà à avoir des boissons sympas sans alcool. De temps en temps, pourquoi pas faire des apéros 100% sans alcool à la maison, prévenir les copains, la famille. Là, on va faire un truc un peu sympa, on va goûter d'autres produits. Et surtout, éviter ou « Mais quoi ? Tu ne bois pas d'alcool ? Mais qu'est-ce qui t'arrive ? » Tu vois, éviter ça pour bien quand même donner un message à nos enfants. Mais tu vois, en fait, nous, on aime se retrouver. C'est le bonheur d'être ensemble. Ce n'est pas le bonheur de boire de l'alcool. Et on s'en fout que quelqu'un ne boive ou pas. Nous, au contraire. Donc voilà, si on n'arrive pas à faire... que du sans alcool avec les enfants, au moins montrer que ça peut être cool, le valoriser. Et puis un conseil aussi que je donne souvent aux parents, c'est de faire le défi de janvier. Le Drake January.
- Speaker #0
Qui devient quand même de plus en plus à la mode, entre guillemets, je trouve. Et c'est plutôt bien. Je trouve que c'est vrai que ça donne aussi cette culture de je ne bois pas d'alcool pendant un mois.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et pour certains, c'est difficile. Moi, mes patients m'en parlent. C'est dur.
- Speaker #1
C'est difficile, c'est important d'en parler avec un médecin, de se faire aider, accompagner, parce qu'il y a des personnes pour qui arrêter en moins toute consommation d'alcool, c'est compliqué. Mais pour une personne qui n'aura pas de symptômes de sevrage ou autre, ça peut être vécu de manière un peu difficile, mais c'est surtout très instructif, parce que ça nous invite à réfléchir sur pourquoi on boit. En famille, ça envoie un message fort à nos enfants. Genre tu vois, oui tu nous vois l'apéro, tout ça, on a tendance à un peu boire, mais tu vois, l'alcool c'est pas un produit ordinaire, on se méfie quand même parce qu'on a tous conscience que ça peut être addictif, on peut en profiter pour tout le mois de janvier en parler avec nos enfants. Et justement, contrecarrer un peu ce qu'ils aperçoivent de nos modes de vie.
- Speaker #0
Oui, ça montre qu'on a la conscience que c'est pas anodin, on minimise pas. Et donc, on retient vraiment quand même qu'il faut qu'il y ait une modération visible de la consommation. On évite...
- Speaker #1
Après, c'est vrai que dans un monde idéal, mais que ce soit n'importe quelle conduite, c'est vrai qu'on éduque par le modèle. Maintenant, il y a beaucoup de mamans de papas pour qui c'est difficile. Il y a beaucoup de parents, beaucoup d'adultes qui, pour une raison ou pour une autre, ont besoin de ce verre et ont cherché du réconfort dans l'alcool. Et ce qui sera important à ce moment-là, c'est d'essayer là encore de comprendre ce qui se passe en nous. Éventuellement avec l'aide, je pense que tu mettras des numéros de téléphone, Alcool Info Service, des associations d'entraide ou autre, comprendre un peu, plus on aura réfléchi à notre rapport à l'alcool, plus on sera à même de mettre des mots pour en parler avec notre enfant. Parce que ce qui est important, c'est toujours de mettre des mots sur ce que notre enfant observe. Et plus on est en difficulté avec le produit, plus c'est important de le faire. Et si c'est trop douloureux, il y a forcément quelqu'un autour de nous qui peut nous aider pour parler avec notre enfant. Et ça, je pense qu'on dérive un peu du sujet, mais pas tant que ça. On a énormément d'enfants et d'adolescents qui vivent avec une maman ou un papa en difficulté avec l'alcool. Et ces enfants-là ont fait très peu pour eux en France. On n'a pas de grand programme pour les aider. C'est vraiment un peu du bricolage au quotidien. Et c'est aussi une manière de faire de la prévention, de se soucier de ces enfants-là.
- Speaker #0
Oui, tu as raison. Et puis, interroger les parents, en tant qu'adultes aussi. Est-ce que tu as besoin qu'on t'aide ? Est-ce que ça te plairait qu'on organise nos soirées un petit peu différemment ? Qu'il y ait des bocktails ? Tu citais ça, mais c'est vraiment important. Je pense déjà aux femmes enceintes, déjà de base. Mais de manière générale, il y a des personnes qui sont en difficulté avec l'alcool et qui n'osent pas en parler, comme c'est très tabou. Et le fait aussi de reconnaître qu'on a une certaine addiction, tout ça, c'est très tabou en France, c'est comme ça. Alors peut-être que si on a des vrais amis, on peut aussi leur dire « Écoute, j'ai l'impression que ça peut te poser souci, est-ce que tu voudrais qu'on en parle ? Est-ce que ça te plairait qu'on revoie finalement nos soirées ? »
- Speaker #1
Complètement. Et surtout, que ce soit un ado ou un adulte, ne pas être dans la culpabilisation. Parce que tu vois, dire à un parent « mais comment ça, tu bois de l'eau dans ton enfant, t'es un mauvais parent, c'est terrible ! » Un parent, il sait bien qu'il y a des trucs qui ne lui arrivent pas, et c'est hyper douloureux pour un parent. Donc oui, tu as tout à fait raison, proposer de l'aide au lieu de juger. Et les parents, tout adulte a besoin d'être aidé, accompagné, encouragé, et sûrement pas d'être enfoncé encore plus. plus.
- Speaker #0
Mais ça envoie le message qu'il faut quand même aussi prendre soin de nous pour pouvoir prendre soin de nos enfants. C'est ça qui n'est pas simple. Moi, je donne souvent la métaphore du masque, tu sais, qu'on se met pour aider notre jeune. Et c'est vrai que si on a un regard quand même un tant soit peu lucide, alors je sais que c'est difficile, mais sur notre consommation, on sera aussi plus aptes à aider notre jeune et à en parler un peu ouvertement. Et quelque part, l'enfant, je pense qu'il... Alors arrête-moi si je me trompe, mais c'est vrai qu'il n'a pas besoin d'entendre... dire, mon parent, il ne boit pas du tout, il ne fait pas du tout, c'est le parent modèle. Il a juste besoin que le parent connaisse un petit peu ses failles et les choses qui ne vont pas, parce qu'en fait, il n'est pas idiot. Il voit bien que tout ça, ça s'inscrit dans un contexte social, le travail, le stress, nos journées, tout ce qu'on veut, et avoir un regard lucide. Pas simplement.
- Speaker #1
Et tu sais, je travaille beaucoup avec des associations d'entraide en addictologie, et souvent, quand on entend les enfants. qui participent aux activités de l'association, ils ont une maman ou un papa qui a fait un chemin pour arrêter de boire, pour se rétablir, et bien souvent le mot qui vient dans la bouche des enfants, des ados, qui observent leurs parents arrêter de boire, ils disent « je suis fière » . En fait, ils sont fiers de tout ce que le parent fait, et c'est presque une leçon de vie, et c'est même de la prévention, parce que finalement ils se rendent compte de l'intérieur, de la difficulté qu'un adulte peut avoir avec l'alcool. Et ils ont aussi le témoignage d'une personne qui essaie de suivre ce chemin de rétablissement avec l'aide d'autres personnes. C'est très très important. Et puis comme tu le dis, ne pas oublier qu'il y a tout un environnement aussi qui peut contribuer à ça.
- Speaker #0
Et est-ce que ça soulève la flirte ? J'aime bien aussi ce terme-là. Si notre ado part à une soirée qui a vraiment cette pression sociale de l'alcool et qu'on en entend parler, je pense que c'est aussi bien de dire... Voilà, tu as su aussi t'affirmer à ce moment-là, je suis fière de toi, je sais que tu as des ressources, et en fait, d'aussi appuyer sur les choses qui vont bien. Parce qu'on est souvent là en train de nous dire, ah purée, boit sur tout, boit sur tout.
- Speaker #1
Oui, et c'est très important ce que tu dis, d'ailleurs je ne l'ai pas précisé, tout à l'heure je te disais, c'est important de dire qu'on désapprouve, etc. Mais en fait, ce n'est pas suffisant, parce qu'on est là aussi pour aider notre jeune à refuser un verre. Par exemple, avec un jeune qui a 12, 13, 14 ans, avant les premières soirées, ou peut-être on va lui proposer de l'alcool, on peut avoir des conversations. Et toi, si on te proposait un verre, qu'est-ce que tu dirais ? Comment tu répondrais ? C'est-à-dire l'aider à anticiper ce moment où il y aura la pression des autres. Parce qu'en général, c'est sous la pression du groupe de copains qu'on va fumer une clove, boire un verre d'alcool, prendre du cannabis ou autre. Et donc, plus on va les aider à se préparer, et de manière plus générale, plus on va renforcer certaines compétences psychosociales, tu sais, on parle beaucoup de ces fameuses aptitudes fondamentales à l'existence, plus on va aussi leur permettre de s'affirmer.
- Speaker #0
C'est pas juste anodin, c'est ça. J'ai d'ailleurs fait un épisode solo du podcast dédié aux compétences psychosociales. C'est un épisode tout court, il dure je crois une dizaine de minutes, mais allez l'écouter parce que franchement, c'est vrai qu'il y a ce truc de leur donner ce pouvoir, cette estime d'eux-mêmes, de dire non.
- Speaker #1
Oui, puis de l'esprit critique. Mais voilà, là, on est sur un grand projet qui dépasse la question de l'alcool, en fait. C'est vraiment ce qu'on souhaite transmettre à nos enfants. Et ça les protège de plein, plein de choses, pas que des conduites à risque, d'ailleurs.
- Speaker #0
Et si tu devais donner quelques repères simples pour les... parents dont le jeune vient de faire ses premières expériences avec l'alcool. Qu'est-ce que ça serait ?
- Speaker #1
Mon ado, il rentre à la maison, il a bu, c'est marrant parce que surtout depuis que j'ai écrit sa première cuite, j'ai tellement de parents qui me racontent ces situations-là. Ça arrive quand même assez souvent. Le premier conseil, c'est imaginons votre ado, il rentre, il est ivre. Pas de réaction excessive à chaud. Déjà, respirez, calmez-vous, détendez-vous. Donne de l'eau. On s'assure de sa sécurité, parce qu'on sait que l'alcoolémie peut monter encore une heure après le dernier verre. Donc là, ça va peut-être encore, mais d'ici une demi-heure, trois quarts d'heure, il pourrait faire un coma éthylique. Donc on le surveille. J'ai plein de parents qui me racontent ça, qu'ils ont surveillé leur ado toute la nuit. On reste à côté, on le met sur le côté, en position latérale de sécurité. On vérifie régulièrement qu'il se réveille. On observe que tout va bien, qu'il reste conscient. Au moindre doute, il faut appeler les urgences, parce qu'un coma éthylique, c'est une urgence vitale. Merci. Si jamais, voilà, c'est à ce point-là. Donc, d'abord, la sécurité. Et ensuite, on attend le lendemain, après de grandes respirations, et on essaie de débriefer quand il ou elle n'a plus mal à la tête. Et nous non plus, d'ailleurs. Et nous non plus. Moi, j'ai souvent, tu sais, avant une réunion au travail, on se prépare, tu vois, qu'est-ce que je vais dire, mon PowerPoint, machin et tout. En fait, avec une conversation importante, sur un sujet important avec nos enfants, c'est important de se préparer. Qu'est-ce que je ressens ? Qu'est-ce que ça génère ? Parce que sinon, qu'est-ce qui se passe ? On lui tombe dessus. « Putain, t'es rentrée, t'étais complètement bourrée, mais tu m'as fait honte, mais tu veux rater tes étoiles. » Tu vois, nos émotions prennent le dessus. Ou alors, parfois, c'est l'inverse, on banalise à fond. « Ah, c'est trop drôle, il a pris ce que tu vois. » Ça peut être l'un ou l'autre, c'est toujours une manière de se protéger. Donc, comprendre ce qu'on ressent et puis vraiment préparer la conversation en disant « Bon, est-ce qu'on peut reparler de ce qui s'est passé ? » Et essayer de savoir ce qui s'est passé pour qu'il ou elle en arrive là. Et vérifier si l'ouelle a aussi des bons repères, comment faire pour éviter que ça se reproduise. Et de toute manière, éviter aussi les leçons de morale. Là, c'est mort, on se coupe de notre jeune. Alors, on peut exprimer son ressenti. Écoute, waouh, ça m'a secoué de te voir dans cet état-là, je ne m'attendais pas, j'ai peur encore après coup, ça m'inquiète, j'ai peur que tu recommences. Enfin, tu vois, on peut exprimer, c'est important de dire ce qu'on ressent, mais on parle de soi. Plutôt que de dire, mais t'es vraiment nulle, Je t'ai... torchée comme... Tous les jugements de valeur qu'on peut avoir spontanément, c'est ce qui sort de notre bougie.
- Speaker #0
De manière générale, quand on communique, tout ce qui est communication de nos violences, c'est vraiment je, je, je, dans le sens, je ressens ça, j'ai eu peur quand elle est revenue, je me suis inquiétée, j'aurais besoin d'eux pour les prochaines fois. C'est dur de parler de ça, mais c'est vrai. Je voudrais être sûre que ça se passe bien, etc. Plutôt que le tu-tu-tu. Souvent,
- Speaker #1
en prévention d'addictos, on dit souvent ne pas dramatiser. Ne pas banaliser. Et je crois que là, c'est vraiment tout le secret. Mais ce n'est pas facile. Notre rôle de parents, c'est d'avoir une attitude équilibrée tout le temps et chercher à comprendre ce qui se passe. Ce n'est pas évident. Ça dépend aussi de notre vécu, de notre personnalité, de notre rapport à l'alcool. Et de la même manière, ne pas faire comme si rien ne s'était passé. Et surtout pas en rigoler. Parce que tu vois, parfois, dans certaines familles, c'est drôle. Ça y est, il a pris. Surtout pour les garçons, et encore. « Ah ça y est, il a pris sa première cuite, c'est un homme. » Tu vois, il peut y avoir ce côté un peu… « Ah c'est drôle, il est rentré, il était complètement bruit. » C'est vrai, si on n'y pense pas, on peut trouver ça drôle. La cuite fait rire d'ailleurs.
- Speaker #0
La cuite fait rire et même le petit verre d'alcool, moi j'en rigole sur les réseaux, mais à moitié, donné par le tonton le soir de Noël, tu sais, genre, comme tu disais, t'es un homme ou peu importe.
- Speaker #1
Il va apprendre à boire, etc. Ça, c'est important. C'est horrible.
- Speaker #0
Il ne faut pas, ça.
- Speaker #1
Oui, c'est important parce qu'on a des études qui nous montrent que ce n'est pas une bonne idée. Et les parents ou les grands-parents ou les oncles ou les tantes, ils ne pensent pas mal faire, évidemment. On ne va pas juger. Ils sont persuadés que c'est un geste éducatif, qu'on apprend à bien boire, qu'on va initier, etc. Parce qu'on nous l'a raconté pendant des décennies. C'est l'imaginaire qu'on a. mais les études montrent qu'en fait C'est contre-productif. Aucun enfant ne devrait goûter de l'alcool. Est-ce qu'on va activer dans son cerveau le circuit de la récompense ? Ce n'est vraiment pas une bonne idée. C'est ambigu.
- Speaker #0
C'était quand même donné dans les cantines dans les années 60.
- Speaker #1
Jusqu'en 1956, pour les moins de 14 ans, il a fallu attendre François Mitterrand en 1981 pour que l'alcool soit interdit pour les moins de 18 ans dans les cantines. 1981.
- Speaker #0
Bon allez, on démarre sur un vrai faux si t'es ok. Boire du café permet de décuver plus vite.
- Speaker #1
Non, c'est faux.
- Speaker #0
Ça diminue pas le taux d'alcool dans le sang. C'est des fausses croyances. Les filles sont plus sensibles à l'alcool que les garçons.
- Speaker #1
C'est vrai, pour plein de raisons et ça c'est un message hyper important à transmettre aux jeunes en expliquant pourquoi, il y a des raisons physiologiques, il y a plein de... Mais oui, il y a une inégalité de genre face à l'alcool.
- Speaker #0
Mélanger les alcools rend plus vite. ivre.
- Speaker #1
Non, ce qui va rendre ivre, c'est la quantité d'éthanol que tu absorbes. Et quelle que soit la boisson alcoolisée, il y a toujours de l'éthanol, que ce soit de la bière, de la vodka, du vin. En fait, c'est combien tu bois de millilitres d'éthanol.
- Speaker #0
Et puis au final, quand tu fais des mélanges, tu as tendance à boire plus. Donc c'est ce qui est plus ivre.
- Speaker #1
Après, ce qui peut être fou, par rapport aux ados, c'est vraiment la question du sucre qui masque.
- Speaker #0
Une cuite occasionnelle peut être dangereuse.
- Speaker #1
Il y a des cuites occasionnelles qui peuvent être mortelles. Je ne le dis pas pour faire paniquer, ce n'est pas l'objectif, mais il faut qu'on ait vraiment conscience qu'il n'y a pas d'ivresse sans risque, surtout à l'adolescence. Et pour côtoyer des gendarmes, des urgentistes, des magistrats, malheureusement, il y a la fête, mais pas que chez les jeunes, on le sait très bien, pas de cuite sans risque.
- Speaker #0
Ça me fait penser à ces persos, ceux dont je te parle, mais dans le village dans lequel j'ai grandi, il y a eu un fait divers. comme ça, tu sais, un nouvel an avec plein de jeunes et un cours d'eau et un jeune homme qui est mort comme ça et moi j'étais pré-ado à cette époque-là mais je sais que c'est un truc qui m'a marquée et qui m'a vraiment fait peur des conséquences du binge drinking, tout ce qu'on mesure pas aussi en fait.
- Speaker #1
Ce qu'on mesure pas et puis d'ailleurs c'est étonnant, moi je comprends pas pourquoi on n'a pas un grand observatoire dédié aux conséquences des conduites addictives chez les jeunes. Pas seulement de l'alcool, mais en fait, si on chiffrait davantage tout ce qui se passe en termes d'accidents, en termes de mortalité. Parce qu'il suffit d'ouvrir un journal pour voir des faits divers tels que celui que tu racontes. Il y en a tous les jours en France. Mais vraiment tous les jours. Et pas seulement au volant. Donc voilà, c'est vrai que pour nous qui travaillons dans le domaine, c'est un peu trop parce qu'on en entend trop parler. Il n'y a pas une journée où je n'entends pas parler d'un nouveau décès. C'est ça qui est terrible. Attention, je ne veux pas paniquer les parents, il y a de fortes chances que votre ado fera la fête et tout se passera bien, il rentrera. Mais on devrait en avoir beaucoup plus conscience que c'est quand même le produit qui tue le plus les jeunes et les moins jeunes. C'est un serial killer.
- Speaker #0
Moi j'ai rencontré un médecin, c'était le père d'une amie qui disait qu'elle n'avait pas le droit de reprendre la route entre, je crois que c'était quelque chose comme 2h et 8h du matin. Pourquoi ? Parce qu'il avait décrété que selon lui, il y avait trop de gens alcoolisés au volant et qu'elles devaient dormir sur place ou trouver une combine. Et c'est vrai que c'est délicat en tant que parent de trouver des règles strictes. Mais c'est vrai qu'en fait, ce que tu dis là, c'est juste qu'on ne se met pas des œillères. On sait que ça existe. Comment ça se passe ? Comment est le lieu dans lequel notre jeune va faire la fête ? Est-ce que ça peut être un lieu dangereux ? Est-ce qu'en fait, au contraire, il est en sécurité ou elle est en sécurité ? Je pense que c'est juste des questions qu'on doit se poser, en fait.
- Speaker #1
C'est important de se les poser, voilà, sans paniquer non plus. Je ne veux pas faire flipper tous les parents, c'est toujours encore... C'est pas,
- Speaker #0
hein ? Sur cette fin de votre casque, on finit en mode...
- Speaker #1
Non, mais c'est... Voilà, ne soyons pas parce que... Bon, voilà, nos ados, il y a de fortes chances que tout se passe bien, mais restons vigilants, soyons lucides, surtout qu'on ne parle pas d'un produit anodin. On parle d'un produit qu'on glorifie en France. Attention, il ne faut pas toucher. On l'associe à la culture, au patrimoine, etc. Puis c'est vrai qu'il y a toute une production de patrimoine. Je ne suis pas là en train de dire que je ne suis pas pour une prohibition de l'alcool. Ce n'est pas ça le sujet. Mais on parle d'un produit dont on minimise les dangers. Et on minimise notamment les dangers à l'adolescence. Et vraiment, on devrait avoir, en tant que société humaine, en tant que nation, on devrait se dire que notre objectif, c'est de retarder. La première consommation, la première cuite, retarder au maximum le contact de ce produit avec nos jeunes, parce qu'on les aime, on veut les protéger, on a envie du meilleur pour eux.
- Speaker #0
Pour eux, et justement, dernier vrai faux, la meilleure protection contre l'excès d'alcool chez les ados, c'est le lien avec les parents.
- Speaker #1
L'amour. L'amour suffit pas. L'amour exprimé, le lien exactement, comme tu dis, il n'y a pas de prévention s'il n'y a pas une relation de qualité. Et parfois, tu vois, avec des parents, quand ils me racontent des choses, je me rends bien compte, et c'est ce dont on parle ensuite, c'est que la question, ce n'est pas comment parler d'alcool, c'est comment rétablir le lien avec mon jeune, comment faire en sorte qu'on échange, qu'on passe du temps ensemble. Tu sais, en Islande, ils ont une politique de prévention hyper intéressante avec plein de mesures, et parmi toutes les mesures qu'il y a, c'est qu'on encourage les parents à passer du temps avec leur jeune. On sait que, par exemple, le fait de manger ensemble, d'avoir des repas, d'avoir des activités, etc., c'est important. Avec un petit bémol, c'est que tout ça, il y a des grandes inégalités entre nous toutes et tous. Il n'y a que des familles pour qui c'est plus compliqué. On n'a pas ce temps. C'est pour ça qu'il y a aussi vraiment une politique de soutien à la parentalité à réfléchir. Parce que là, tu vois, depuis tout à l'heure, on parle d'alcool et de tout ce que peuvent faire les parents. Mais je ne voudrais pas non plus laisser à penser que tout repose sur les épaules des parents. Les parents, ils ont surtout besoin d'être aidés. Dans l'absolu, une politique de prévention alcool, c'est aussi une politique où on repense le monde du travail, où on repense le quotidien, les inégalités sociales, parce qu'il y a certains parents pour qui c'est vraiment très difficile. Et ça peut être vécu de manière culpabilisante, quand on entend dire « il faudrait ci, il faudrait ça » , alors qu'on n'y arrive juste pas.
- Speaker #0
Oui, c'est tellement difficile. Et puis, comme tu le dis, des schémas assez classiques de parents solos, moi j'ai des patients, ils ont un travail posté, des réelles difficultés, même pour être présent pour leur enfant, c'est difficile juste des fois, parce qu'on a des contextes de vie difficiles, mais je vais vous mettre en lien, en description, toutes les ressources et où on peut aller chercher de l'aide, parce que quand même, il existe quand même pas mal de dispositifs. Et d'ailleurs, tu parles de beaucoup de choses dans ton livre qui est super, qui s'appelle « Sa première cuite » . Je te le montre ici. Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus ?
- Speaker #1
Oui, alors ça a été très long d'écrire ce livre. Il y a 8-9 ans, j'avais déjà écrit des livres pour les professionnels. Et je me suis dit, je vais écrire un bouquin, ça va me prendre quelques mois. Ça va me prendre quelques mois, je vais écrire un peu la même chose que pour les pros, mais dans un langage plus de la vie courante pour m'adresser aux parents. Et je pensais que ça allait être rapide. En fait, ça m'a pris 7 ans. Parce que je me suis rendue compte que pour parler, pour transmettre aux autres parents tout ce que nous, professionnels de prévention, tout ce qu'on sait, En fait, ça nécessitait d'aller vraiment creuser chaque aspect. Donc ça m'a pris 7 ans pour l'écrire avec des parents, avec plein de gens. J'ai été vraiment super bien accompagnée dans l'écriture de ce livre. Et voilà, j'ai réuni ce qui me semble utile à savoir quand on est parent. pour parler d'alcool à tous les âges de la vie.
- Speaker #0
Et de la prévention positive. On n'est pas là pour pointer du doigt, mais vraiment pour accompagner. Et merci beaucoup pour ton aide, Guylaine.
- Speaker #1
Merci à toi. Merci pour ton accueil. C'est chouette. Je reviens quand tu veux.
- Speaker #0
Avec plaisir. Écoute, n'hésitez pas à laisser un petit commentaire. D'ailleurs, à poser des questions, peut-être sous cet épisode, on y répondra. Et ces cinq étoiles, ça va nous aider à faire voyager à l'épisode qui, pour moi, est vraiment hyper important pour toutes les familles.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté cet épisode. Si vous êtes arrivé jusque-là, c'est peut-être qu'il vous a plu. Alors, n'hésitez pas à vous abonner à ce podcast, à lui laisser un avis 5 étoiles et un commentaire pour qu'il voyage davantage. Retrouvez-moi sur le cœur net, posez vos questions, partagez votre expérience et échangez avec une communauté franchement bienveillante. Et si vous voulez du concret, du précis, du vraiment utile au quotidien, Inscrivez-vous à ma newsletter santé dans les notes de cet épisode, au programme des tips, des docs, des recommandations médicales et psy pour vous éclairer et surtout vous aider vraiment.