Speaker #0Je m'ennuie, cette phrase, on l'a tous dite quand on était jeunes et on est quand même nombreux à l'avoir entendue en tant que parents en particulier pendant les vacances. Et en toute honnêteté, on en a un peu marre, non ? Bienvenue dans le passage, je suis Laure, médecin, maman, la créatrice du média Le Coeur Net. Ici dans le podcast, on prend le temps de creuser un sujet ensemble, et si vous voulez des outils pratico-pratiques pour le quotidien, des tips concrets à appliquer dès cet été, c'est dans la newsletter Le Coeur Net, rubrique bonus podcast, c'est dans les notes de cet épisode. Aujourd'hui, c'est un épisode solo, pas d'invité, juste moi, et un sujet qui me tient particulièrement à cœur, l'ennui. Alors, face à l'ennui, il y a deux réflexes. Certains parents vont tout programmer, centre aéré, stage de tennis... sortie vélo, activité, copains, piscine, 10 000 trucs et un emploi du temps de pré-ado ou d'ado plus chargé que celui d'un cadre. Et puis il y a tous les autres parents, ceux qui n'ont ni le temps, ni les moyens, ni l'envie de remplir chaque journée. Et ça c'est pas un problème en soi. Ce qui m'intéresse aujourd'hui c'est pas de juger comment chacun s'organise, c'est de parler de rythme. Et avant d'aller plus loin, une petite précision sur ce que j'entends par ennui. Je ne parle pas... pas d'un ado qui ne veut rien faire, qui est allongé sans aucune envie, en mode flemme générale, apathie. Je parle de ce moment précis où il n'arrive pas encore à trouver par lui-même quoi faire de son temps libre. La nuance, elle est importante parce que la suite de cet épisode repose entièrement là-dessus. Et justement, dans cet épisode, je réponds à trois questions. 1. Qu'est-ce qui rend l'ennui si dur à traverser ? 2. à l'heure où les écrans occupent chaque pause, chaque trajet ? Faut-il ? les interdire pour les forcer à s'ennuyer. Et trois, à partir de quand l'ennui arrête d'être normal et devient un signal qu'il faut prendre au sérieux. Et ensuite, je vous propose des pistes pour cet été pratico-pratique chez vous. Alors première question, qu'est-ce qui rend l'ennui si dur à traverser pour nos pré-ados et ados ? Donc déjà, soyons pragmatiques. Ils sont souvent plus fatigués qu'on le pense. Vous avez peut-être déjà vu ce jeune qui dort jusqu'à midi dès les premiers jours de vacances. Et vous vous dites, il récupère de quoi ? Il n'a pas fait grand-chose à l'école ? Alors, je vous arrête tout de suite. Le sommeil des ados prend naturellement du retard entre 10 et 20 ans chez les filles et entre 10 et 22 ans chez les garçons. Ça, c'est le temps que leur horloge biologique arrive à maturité. Ça veut dire qu'ils ont biologiquement envie de se coucher plus tard, alors que le réveil pour aller en cours, lui, il ne bouge pas d'une minute. Et ça, ça crée souvent un jet lag social. Et concrètement, ça veut dire que notre ado arrive souvent en vacances. avec une vraie dette de sommeil dans les pattes. C'est l'INSV, l'Institut National du Sommeil et de la Vigilance, qui le dit. Ajouter du stress, des examens de fin d'année, bref, ça fait beaucoup de choses. Parce que par exemple, vous l'avez peut-être vécu vous-même, ce moment où on a révisé des semaines et où le jour du contrôle, la tête se vide complètement. C'est documenté par les neurosciences, une exposition prolongée au cortisol, l'hormone du stress, atteint l'hippocampe. C'est la zone du cerveau qui stocke. et qui va chercher l'information. Donc un jeune qui arrive en juillet, il n'arrive pas neutre, il arrive avec cette dette de sommeil et aussi souvent du stress accumulé. Et faire des choses, même calmes, ça demande une énergie qu'il n'a pas forcément encore récupérée. À cet âge, l'ennui augmente. Ça c'est documenté. Vous vous souvenez de cette sensation, sans doute à 13-14 ans, de vouloir sortir tout seul, rentrer plus tard, décider vous-même de votre soirée et qu'on vous dise non, l'enfer. Une étude de 2024 de l'université de Waterloo, menée auprès de 185 jeunes de 8 à 15 ans, montre que les déclarations de l'ennui augmentent avec l'âge. Et il y a une explication à ça. À mesure qu'on grandit, on découvre des envies, des désirs d'adultes, mais on reste aussi coincé dans un cadre d'enfant. Alors pour nos pré-ados et ados, ce vide-là, il dure justement rarement plus de 3 secondes, le temps de sortir des téléphones. Il y a une étude IFOP pour la fondation de l'enfance. qui montre que 55% des enfants de 8 à 15 ans disent justement utiliser les écrans principalement par ennui. Le feed est littéralement conçu d'ailleurs pour combler chaque interstice de vide avant que l'ennui n'ait le temps de s'installer. Donc l'ennui, il n'a pas changé de nature. Ce qui a changé, c'est l'espace qu'on lui laisse pour exister. Ça nous amène à la deuxième question. Faut-il interdire les écrans pour amener les jeunes à s'ennuyer ? Vous avez peut-être déjà pensé cet été confisquer le téléphone, bloquer les écrans le matin, l'enfermer dans un tiroir pendant les vacances pour qu'il s'ennuie. Enfin un peu, ça te fera du bien. Je comprends l'intention. Mais voici ce que montre la même étude IFOP. Un enfant sur trois déclare lui-même vouloir davantage de moments sans écran à la maison. C'est dingue, non ? Ce ne sont pas les parents qui réclament ça, ce sont les enfants. Donc le combat qu'on imagine, moi contre mon ado et son téléphone, il n'est peut-être pas aussi figé qu'on le pense. J'aime bien aussi l'idée de former une équipe face aux écrans plutôt qu'un camp contre l'autre. Ce qui change tout, c'est... pas la décision de couper l'accès. C'est la manière dont elle arrive. Donc imaginez deux scènes. La première scène, notre ado scrolle depuis une heure, on craque, on lui arrache le téléphone des mains. Ça suffit maintenant, va t'ennuyer un petit peu. Résultat, conflit, la porte qui claque et pas mal de frustration. Deuxième scène, on propose à l'avance, je sais pas, un dimanche après-midi sans écran, négocier ensemble avec un programme qui a du sens pour lui. Là, c'est plus une punition, c'est un cadre. Et un cadre, ça s'intègre. Alors qu'une punition, ça se subit, puis ça se contourne surtout. Dans le journal de recherche sur la créativité, une étude montre que c'est justement cet inconfort, quand rien, alors rien du tout, ne vient l'interrompre tout de suite, qui pousse le cerveau à générer ses propres solutions. Et que ça marche mieux quand le corps n'est pas occupé à autre chose. comme ranger sa chambre, que quand il est simplement laissé tranquille. Donc si le moment sans écran se transforme en bras de fer, ce processus-là n'a pas le temps de s'enclencher. Donc troisième question, à partir de quand l'ennui arrête d'être normal et devient un signal à prendre au sérieux ? C'est une question que j'entends pas mal autour de moi, comme en cabinet médical. Alors on y va calmement avec une distinction claire. L'ennui et l'apathie, ce n'est pas la même chose. Et ça change tout. Un ado qui s'ennuie, il ressent quelque chose. Il s'agite, il soupire, il nous dit j'en peux plus. Il cherche même mal une sortie à son inconfort. Un ado apathique, lui, ne ressent plus grand-chose. Vous lui proposez sa série préférée, d'aller boire un verre ou de voir ses potes, et ça lui fait ni chaud ni froid. Vous voyez la différence ? Dans un cas, le désir est là, il attend juste de trouver sur quoi se poser. Et dans l'autre, il n'y a plus de désir à poser nulle part. Ce qui doit alerter, évidemment, c'est jamais une seule situation. C'est surtout l'accumulation, l'intensité et la durée. Donc, première situation, notre ado râle, 3 jours sur 7, il claque la porte, nous balance. De toute façon, vous ne comprenez rien. Puis, le quatrième jour, il part chez un pote, sourire aux lèvres, et il revient en nous racontant sa soirée. Ça, c'est de l'ennui ordinaire. Il n'y a rien à faire, sinon respirer, notre ado, il est normal. La deuxième situation, par contre, ça serait plutôt, ça fait trois semaines que notre ado ne sort pas. plus vraiment de sa chambre, qu'il propose plus de voir qui que ce soit, qu'il dit je suis nulle, que je ne sers à rien et que même les jours où on lui propose quelque chose qu'il aimait, rien ne s'allume et ça, ça peut être une tendance qui s'installe et qui dure. Alors là, évidemment, on consulte. Donc la question à vous poser cet été, ce n'est pas est-ce qu'il s'ennuie ? Parce que la réponse sera presque toujours oui. Mais la question c'est est-ce qu'il y a encore de la vie dans son ennui ? Tant qu'il y en a, vous pouvez respirer, tout est normal, et le laisser traverser ça. Et pour vous aider à faire la différence sur le moment, pour aller plus loin, j'ai mis des infos dans le bonus podcast qui est en description de cet épisode. Je vous en dis un peu plus à la fin. Alors maintenant, qu'est-ce qu'on fait concrètement cet été ? Je vous donne quelques pistes pratico-pratiques. Je ne vous dis pas que j'arrive à mettre tout en place perso, pas du tout. Mais bon, je note également pour moi-même. 1. Donnez-vous un délai. La prochaine fois que vous entendez « je m'ennuie » , ne sortez rien tout de suite. Tenez 5, 10 ou 15 minutes. C'est inconfortable, surtout pour les 5 premières minutes. Mais vous laissez le temps au cerveau de basculer en mode « je cherche une solution » plutôt que « j'attends qu'on me la donne » . 2. N'achetez rien pour combler le vide. Le réflexe le plus naturel, c'est d'acheter une activité, un objet, un abonnement, un stage. Je sais, je suis maman, j'ai ce réflexe aussi parfois. Mais la fois où on ne propose rien, c'est là justement que notre ado finit par construire un truc bizarre avec trois bouts de carton. Et donc ça, c'est une victoire. D'ailleurs, on peut le féliciter. 3. Sur les écrans, justement. Pensez remplacement, pas interdiction. Si vous retirez les écrans sans rien mettre à la place, La main risque de repartir vers le téléphone en moins de deux, donc anticipez. Prévenez, ayez toujours à la portée de main deux ou trois options, genre un carnet, un jeu de cartes, une guitare. L'important, c'est qu'il soit visible sans avoir à le demander. 4. Les copains. Ça, c'est un antidote. Une grande partie de l'ennui adolescent vient d'un manque de marge de décision. Donc avec les copains, cette marge revient. Voyez le temps avec les copains comme l'un des meilleurs leviers que vous avez pour que son ennui reste sain. 5. Respectez le sommeil mais fixez un compromis. Les premiers jours, laissez-le dormir sans réveil, sans culpabilisation. Il rembourse une dette accumulée depuis des mois. Donc fixez un compromis simple, négociez à l'avance. Pas de réveil imposé mais on se retrouve tous ensemble avant le déjeuner. Ça évite les tensions et l'ado qui dérive vers un rythme complètement décalé ou qui s'isole. Bref, tout ça, c'est 5 choses simples. Du temps, pas d'achat, des écrans qu'on remplace plutôt qu'on interdit, des copains qu'on laisse venir, un sommeil qu'on respecte aussi mais qui est cadré. Et si quelque chose vous inquiète et que ça dure, on consulte. Voilà pour cet épisode solo. J'espère qu'il vous aura aidé à voir l'ennui de votre pré-ado ou de votre ado un peu différemment cet été. Pas comme un problème à régler à la minute, mais comme un espace qui, la plupart du temps, fait son travail. tout seul si on lui laisse la place. Et comme promis, j'ai préparé un bonus podcast gratuit pour vous aider à appliquer tout ça sans avoir à vous souvenir de l'épisode entier. Je récapitule aussi l'ennui sain versus les signaux d'alerte. Vous trouvez ça en cliquant sur le lien en description. Bref, c'est dans ma newsletter, le carnet rubrique bonus podcast et c'est gratuit. Pour aller plus loin, il y a un dossier santé de la newsletter dédié au sommeil des ados que je vous invite à consulter pour mieux comprendre et savoir comment l'améliorer. Voilà, je vous remercie vraiment de votre écoute et aussi de votre soutien. N'hésitez pas à commenter cet épisode, à laisser 5 étoiles et à vous abonner à ma chaîne si ça vous a plu, évidemment. Et moi, je vous souhaite un bon été. Salut ! Merci d'avoir écouté cet épisode. Si vous êtes arrivé jusque-là, c'est peut-être qu'il vous a plu. Alors, n'hésitez pas à vous abonner à ce podcast, à lui laisser un avis 5 étoiles et un commentaire pour qu'il voyage davantage. 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