Speaker #0Bonjour à toutes et à tous. Aujourd'hui je vais aborder un sujet dont on ne parle presque jamais, un sujet que j'ai pourtant vu traverser des dizaines de femmes dans mon cabinet et qui, faute d'être nommé, les laisse seules avec une confusion particulièrement douloureuse. Ce sujet c'est la ménopause dans l'emprise. Ou plus précisément, comment le pervers narcissique exploite cette période de transformation pour renforcer son emprise, au moment même où la femme commence, parfois, à entrevoir une forme de clarté. Commençons par une image. Vous avez 50 ans, peut-être 48, peut-être 53. Votre corps traverse quelque chose. Les nuits sont agitées. Certains matins, une bouffée de chaleur vous réveille avant l'aube. Vous cherchez vos mots parfois, ces mots qui étaient là et qui s'absentent. Votre humeur fluctue, vous pleurez pour des raisons que vous ne savez pas nommer. Et pendant que vous traversez tout cela, il est là, il vous regarde. Et ce qu'il voit dans ce passage, ce n'est pas une femme qui se transforme, c'est une faille à exploiter, ce que la ménopause représente psychiquement. Pour comprendre pourquoi la ménopause devient un terrain d'exploitation pour le pervers narcissique, il faut d'abord comprendre ce qu'elle représente pour la femme qui la traverse, non pas médicalement, psychiquement. La ménopause est un seuil. Elle marque la fin d'un certain rapport au corps, ce corps qui a été défini pendant des décennies par sa capacité à donner la vie, à être désirable selon des critères culturels précis, à se conformer à une image de la féminité liée à la jeunesse et à la fertilité. Ce seuil traversé, quelque chose se libère. Beaucoup de femmes témoignent d'une clarté nouvelle, d'une moindre tolérance à ce qui n'est pas essentiel, d'une impatience saine avec les compromis qu'elles se sont trop longtemps imposés. C'est cette clarté naissante que le pervers narcissique perçoit, et qu'il redoute. Pourquoi le manipulateur redoute cette période ? Le pervers narcissique construit son emprise sur un équilibre précis. Il lui faut une femme suffisamment fragilisée pour dépendre de lui et suffisamment forte pour lui fournir l'approvisionnement narcissique dont il a besoin. La victime idéale est celle qui doute d'elle-même sans s'effondrer complètement. Or la ménopause menace cet équilibre par les deux bouts. D'un côté, elle fragilise, et donc elle offre de nouvelles prises à l'emprise. De l'autre, Elle peut libérer. Et c'est là le vrai danger pour le manipulateur. Une femme qui entre dans la cinquantaine avec ses enfants devenus adultes, ses repères professionnels consolidés, une relation autant transformée, cette femme-là commence à voir les choses différemment. Elle commence à se poser des questions qu'elle n'avait pas le droit de se poser avant. Ce n'est pas l'affaiblissement hormonal que le pervers narcissique cherche à exploiter. C'est la possibilité d'un réveil. qu'il cherche à étouffer. Les mécanismes d'exploitation. Premier mécanisme, le gaslighting hormonal. Il existe une phrase que les femmes sous emprise en période de ménopause entendent avec une fréquence remarquable. C'est tes hormones. Tu dramatises, c'est la ménopause. Tu n'es plus la même depuis que tu as commencé ce traitement. Tu te mets dans des états pour rien. Le médecin lui-même... a dit que c'était normal à ton âge. Le gaslighting ordinaire consiste à nier la réalité de la victime pour la faire douter de ses perceptions. Le gaslighting hormonal va plus loin. Il utilise un phénomène réel, les modifications psychiques liées à la ménopause, pour discréditer l'intégralité de ce que la femme ressent, observe et comprend. C'est l'arme parfaite, parce qu'elle contient une part de vérité. Parce que la femme elle-même n'est pas certaine de la frontière entre ce qui vient de son corps et ce qui vient de lui. Cette confusion est précisément l'espace où l'emprise se consolide. La victime se demande sincèrement, ai-je tort ? Suis-je réellement instable ? Est-ce que je perçois tout en noir à cause de mes hormones ? Ou est-ce que je vois enfin clairement ce qui se passe ? Et pendant qu'elle tourne en rond dans cette question, il avance. Deuxième mécanisme, l'exploitation des symptômes physiques. Les symptômes de la ménopause sont réels, physiquement éprouvants et souvent invisibles à l'extérieur. Les bouffées de chaleur nocturne épuisent, les troubles du sommeil s'accumulent, la fatigue profonde se superpose à tout le reste. Pour le pervers narcissique, cet affaiblissement physique est une ressource. Il ne s'en soucie pas. Mais il s'en sert. La fatigue rend la victime moins résistante aux disputes nocturnes. La volatilité émotionnelle lui offre des prétextes à la dévalorisation. Les troubles passagers de la mémoire deviennent des preuves de son incompétence. Tu oublies tout. Tu ne peux pas gérer grand-chose en ce moment. Ce qui était déjà une stratégie, envahir les nuits, maintenir en état d'alerte permanente, créer la confusion, Trouve dans la ménopause un terrain d'application encore plus efficace. La victime est déjà fragilisée. Il n'a pas à travailler aussi fort. Le corps fait une partie du travail à sa place. Troisième mécanisme, l'attaque du corps qui change. La ménopause s'accompagne de modifications corporelles que la culture associe au déclin. Pour une femme dont l'image de soi a déjà été systématiquement attaquée par des années d'abus émotionnels, cette Cette période de transformation peut devenir un terrain de dévalorisation intensifiée. Le pervers narcissique ne rate pas cette opportunité. Les remarques sur le corps se multiplient, directes ou déguisées. Un regard qui s'attarde, chargé d'une désapprobation muette, une comparaison avec une autre femme, formulée comme un compliment à autrui. Un commentaire en apparence bienveillant sur « prendre soin de soi » . La honte du corps qui se transforme se superpose à la honte déjà installée par l'emprise. Et la femme qui cherchait à trouver une paix nouvelle avec son corps se retrouve au contraire plus étrangère à lui que jamais. Quatrième mécanisme, la sexualité comme levier de culpabilisation. Les modifications de la libido en période de ménopause sont réelles, multifactorielles. Elles ne définissent pas la femme, elles n'annoncent pas la femme. pas la fin du désir. Mais dans une relation avec un pervers narcissique, elles deviennent un grief. Tu n'es plus là pour moi. On n'est plus vraiment un couple. Je ne peux pas continuer comme ça. Ces phrases sont des instruments de pression, pas des expressions de désir. Elles visent à culpabiliser la femme pour quelque chose qui n'est pas de sa responsabilité et à maintenir une dette affective et sexuelle qui la retient dans la relation. ce que cette configuration produit. L'un des effets les plus insidieux, c'est une confusion profonde et durable entre ce qui relève de la ménopause et ce qui relève des séquelles de l'emprise. Je vais vous poser les questions que ces femmes se posent dans mon cabinet. L'anxiété chronique est-elle hormonale ou est-elle la réponse normale d'un organisme soumis à une violence psychologique permanente ? Les troubles du sommeil Viennent-ils de la ménopause ou des disputes nocturnes calculées ? La fatigue profonde est-elle liée aux variations hormonales ou à des années d'épuisement sous emprise ? La réponse honnête est souvent les deux. Ces phénomènes se superposent, se renforcent, se confondent. La victime attribue à son corps ce que le manipulateur lui a fait. Elle consulte des gynécologues, des endocrinologues, modifie son traitement hormonal et ne comprend pas pourquoi cela ne change rien à son état général. C'est parce que la source du problème n'est pas seulement hormonale. Il y a aussi le double bind. La femme, sous emprise en période de ménopause, est prise dans une double contrainte particulièrement cruelle. Si elle laisse paraître sa fragilité, la fatigue, l'anxiété, les doutes, elle offre aux manipulateurs de nouvelles prises. Si elle tente de s'affirmer, de nommer ce qui ne va pas, d'exprimer une clarté nouvelle, il invoque la ménopause pour invalider ses perceptions. Dans les deux cas, il gagne. S'effondrer est dangereux. S'affirmer est dangereux. Être vulnérable est dangereux. Être forte est dangereux. La seule posture qui semble protéger est l'invisibilité totale. Et l'invisibilité totale est précisément ce que l'emprise cherche à produire. Nommer ce double bind, voir explicitement qu'il n'y a pas d'issue à l'intérieur de la logique de la relation, est souvent le premier pas vers la reconnaissance que c'est la logique elle-même qui est problématique. Ce que la ménopause révèle de l'emprise. Il y a quelque chose de cliniquement remarquable dans les témoignages de femmes qui ont traversé la ménopause sous emprise. Beaucoup décrivent un paradoxe. C'est précisément... au moment où leur corps se transformait, qu'elles ont commencé à percevoir ce que la relation leur faisait. Comme si la ménopause avait brisé une forme d'anesthésie. Pendant des années sous emprise, le corps a appris à se taire. L'hypervigilance permanente, le besoin de s'effacer, la surveillance constante de l'humeur du manipulateur, tout cela a produit une déconnexion avec les sensations corporelles propres. Le corps a été mis... au service de la relation toxique. La ménopause rompt cette mise en parenthèse. Les bouffées de chaleur ne demandent pas la permission. La fatigue profonde ne se met pas en sourdine au nom de la paix domestique. Le corps parle, souvent pour la première fois depuis longtemps, d'une voix que l'on ne peut pas faire taire. Et dans ce retour du corps, quelque chose d'autre revient avec lui. Une perception de soi, un sens, de ce qui est juste et de ce qui ne l'est pas. Une conscience, encore floue, que l'équilibre de la relation n'est pas ce qu'on avait voulu croire. C'est cela que le pervers narcissique redoute dans la ménopause. Non pas la transformation physique de sa partenaire, mais le retour de sa partenaire à elle-même. La ménopause comme catalyseur du déclic. Dans la pratique clinique, la ménopause apparaît régulièrement comme le moment autour duquel quelque chose bascule dans l'histoire d'une emprise, non pas toujours comme le moment du départ, mais comme le moment où les questions commencent à résister à l'oubli. Ce basculement n'est pas spectaculaire, ce n'est pas une révélation soudaine, c'est une accumulation, de petites perceptions qui ne se laissent plus effacer aussi facilement, de malaises qui persistent malgré les réconciliations. Une femme qui commence à se demander non plus comment améliorer la relation, mais si la relation peut être améliorée. Cette question est décisive. Elle est aussi terrifiante parce qu'elle ouvre sur un abîme. Si la réponse est non, qu'est-ce que cela signifie pour tout ce qui a été vécu ? Pour les années données, les sacrifices consentis ? Ce vertige est réel. Il est l'une des raisons pour lesquelles la question reste longtemps. sans conséquence. C'est là que l'accompagnement thérapeutique trouve sa place, non pas pour précipiter une décision, mais pour permettre à la femme de tenir la question ouverte sans en être détruite, pour lui donner un espace où sa perception est valide, où elle peut explorer ce qu'elle commence à voir. La reconstruction, le travail thérapeutique qui suit une emprise traversée pendant la ménopause, a une particularité. Il faut démêler deux fils qui se sont entortillés. Le fil de ce que le corps a traversé, les transformations réelles, les symptômes authentiques, le passage hormonal. Et le fil de ce que la relation a produit, la dévalorisation chronique, le gaslighting, l'épuisement de l'identité propre. Ces deux fils ne se démêlent pas seuls, ni avec le temps, ni avec un traitement hormonal adapté. Il demande un travail psychique qui nomme les deux réalités simultanément. La séquelle la plus durable de la ménopause sous emprise n'est pas physique. Elle est épistémique. La femme ne sait plus faire confiance à ce qu'elle perçoit. Elle a intériorisé le doute comme mode de rapport à elle-même. Le travail de reconstruction passe d'abord par là. Restituer à cette femme la légitimité de ses perceptions. lui permettre de faire l'expérience que ce qu'elle ressent est réel. Que ces réactions n'étaient pas le symptôme de son instabilité, mais la réponse normale d'une personne soumise à une violence réelle. Ce travail prend du temps, il n'est pas linéaire, mais il est possible. Et souvent, c'est une constante que j'observe en clinique, les femmes qui ont traversé la ménopause sous emprise et qui ont réussi à nommer ce qui s'est passé témoignent d'une reconstruction particulièrement solide. Comme si la clarté que la ménopause commençait à apporter et que le manipulateur avait tenté d'étouffer finissait par se déployer pleinement une fois l'emprise levée. Ce que le pervers narcissique avait redouté arrive malgré tout, juste plus tard que prévu. Si vous vous reconnaissez dans ce que je viens de décrire, je vous invite à ne pas rester seul avec cette confusion. Vous pouvez me retrouver sur pervers-narcissique.com où j'ai publié plus de 340 articles sur ces questions. Vous y trouverez également les informations pour une consultation personnalisée en visioconférence. Mes huit volumes sur la perversion narcissique sont disponibles en version papier, numérique et audio, sur la boutique du site. Merci de m'avoir écouté. A très bientôt. à la vidéo consultation. Continuez à nous suivre sur cette chaîne et sur www.pervers-narcissique.com Rendez-vous le 3 octobre pour la sortie événement de cette collection.