Speaker #0Bonjour à toutes et à tous. Aujourd'hui je vais aborder un sujet que l'on nomme rarement. Un sujet qui concerne pourtant de nombreuses personnes que je reçois en consultation et qui restent souvent seules avec leur confusion précisément parce que personne ne met de mots dessus. Ce sujet, c'est le pervers narcissique dans un contexte religieux. Comment il utilise la foi, les textes sacrés, la communauté, pour exercer son emprise ? Et pourquoi cette configuration est l'une des plus difficiles à identifier et à quitter ? Commençons par une image. Il parle de Dieu avec ferveur. Il cite les Écritures avec aisance. Dans la communauté, tout le monde le respecte. Il est là aux offices. généreux lors des collectes, disponibles pour les autres. Et à la maison, derrière la porte fermée, il utilise cette même foi pour vous écraser, pour vous culpabiliser, pour justifier sa domination comme une volonté divine. Ce n'est pas de la religion, c'est de la perversion narcissique habillée en sacré. Pourquoi la religion est un terrain d'emprise idéal ? Dans la plupart des contextes d'emprise, la domination repose sur la seule personnalité du pervers narcissique. Il faut qu'il séduise, qu'il impose, qu'il intimide. Dans un contexte religieux, il dispose d'un levier supplémentaire d'une puissance sans équivalent. Une autorité qui ne lui appartient pas en propre, mais qu'il s'approprie. L'autorité de Dieu, des textes sacrés, de la tradition. Ce déplacement est fondamental. Quand le pervers narcissique dit « tu dois m'obéir parce que je suis ton mari » , la victime peut, au moins en théorie, contester cette prétention. Quand il dit « tu dois m'obéir parce que c'est ce que Dieu demande à une épouse » , il n'est plus question de le contester lui, il faudrait contester Dieu. Cette inflation de l'autorité rend la résistance psychiquement infiniment plus coûteuse. Il y a aussi la communauté qui valide le masque. Le pervers narcissique maintient toujours deux visages, l'un public, irréprochable, l'autre privé, destructeur. Dans un contexte religieux, ce clivage atteint une perfection redoutable. La communauté de foi devient le public idéal pour la performance de l'homme pieux, généreux, engagé. Et cette communauté valide. Elle dit à la victime, parfois directement, « Tu as de la chance d'avoir un mari si croyant » . Il est tellement dévoué à la communauté. Ce regard collectif positif isole la victime dans sa perception de la réalité privée. Elle ne peut pas dire ce qui se passe sans sembler calomnier un homme que tous respectent. Il y a enfin la culpabilité préinstallée. Toute grande tradition religieuse contient une théologie de la faute, du péché, de la dette. Cette structure psychique, je suis faillible, je dois me soumettre, je dois réparer, est intériorisée par les croyants sincères comme une disposition spirituelle légitime. Le pervers narcissique n'a pas à construire la culpabilité de sa victime depuis zéro. Elle existe déjà. Il n'a qu'à l'activer, à l'orienter, à l'amplifier. La victime ne résiste pas parce qu'elle a appris que la résistance est un péché. Elle se soumet parce qu'elle a appris que la soumission est une vertu. Elle pardonne. parce qu'elle a appris que le pardon est une obligation spirituelle. Chacune de ces dispositions, saines dans un contexte équilibré, devient une arme dans ses mains. Les formes spécifiques de la manipulation religieuse. Premier outil, les textes sacrés. Bible, Coran, Torah, textes bouddhistes ou autres. Ces textes sont suffisamment riches et complexes pour permettre des lectures sélectives au service de n'importe quelle intention. Le pervers narcissique n'est pas un exégète. Il est un chercheur de munitions. Il cite les versets qui prescrivent la soumission de la femme à l'homme et omet ceux qui prescrivent le respect mutuel. Il utilise la lettre du texte pour étouffer son esprit. Une femme me disait en consultation, il me sortait des versets par cœur. À chaque fois que je tentais de m'affirmer, il avait une citation prête. J'ai fini par croire que c'était moi qui ne comprenais pas ma propre religion. Deuxième outil, la volonté divine comme justification de tout. Ce n'est pas lui qui décide de l'organisation du foyer, des sorties autorisées, du contrôle des finances. C'est Dieu qui l'a guidé. C'est la foi qu'il exige. C'est la vocation de leur couple selon le plan divin. Ce déplacement interdit toute négociation. On peut discuter avec un homme, on ne discute pas avec Dieu. Troisième outil, La prière et les rituels comme instrument de surveillance. Il vérifie si la victime prie correctement, si elle respecte les obligations religieuses. Il se pose en gardien de sa vie spirituelle. Cette surveillance est présentée comme de l'amour. Il se soucie de son âme. La victime peut même éprouver de la gratitude pour cette attention portée à sa vie intérieure. Elle ne voit pas que c'est une intrusion, que cette guidance est une emprise. Quatrième outil, le pardon comme obligation permanente. Après chaque épisode de violence, le pervers narcissique mobilise la théologie du pardon. Il invoque la miséricorde divine, le devoir de pardonner 70 fois cette fois. Et la victime pardonne. Non parce qu'elle l'a voulu librement, mais parce qu'elle a été convaincue que ne pas pardonner serait un péché plus grave que ce qu'elle a subi. Ce mécanisme... court-circuitent le travail psychique nécessaire après chaque violence. Il empêche la colère légitime de se former. La victime ne se souvient plus des violences comme de violences. Elle s'en souvient comme de moments traversés ensemble, pardonnés, rachetés. Les différents contextes de cette emprise. Dans les couples croyants traditionnels, le pervers narcissique s'approprie la sphère du sacré partagé. Il en devient le gardien, l'interprète, le représentant. Il juge la pratique de l'autre, trop tiède, trop fervente, mal orientée. Il commente les prières, corrige les gestes rituels, évalue la sincérité des engagements spirituels. Pour la victime croyante, cette confiscation de la vie spirituelle est souvent la plus difficile à nommer. Parce que la foi est intime. Parce qu'on ne parle pas facilement de ce que quelqu'un fait à notre vie de prière. Dans les communautés fermées, Il peut occuper une position de leadership spirituel, pasteur, ancien, responsable de groupe, maître spirituel. Sa domination s'exerce alors sur l'ensemble de la communauté. Les mécanismes sont les mêmes, mais amplifiés par le nombre de personnes soumises. Il y a aussi la configuration de la conversion soudaine. Ce phénomène n'est pas rare, et il suit souvent un moment de crise dans la relation. La victime qui commence à s'éloigner, une confrontation difficile. La conversion sert plusieurs fonctions. Elle permet au pervers narcissique de se réinventer sous une identité nouvelle et socialement valorisée. Elle crée chez la victime un espoir de changement réel. Si Dieu peut le changer, peut-être que cette fois c'est vrai. Et elle instrumentalise sa foi. Si elle croit vraiment, comment pourrait-elle refuser de croire en sa transformation ? Le retour à la violence est presque invariable, mais il prend une forme nouvelle, celle de la rechute du pécheur repentant qui souffre lui-même de ses propres manquements et a besoin du pardon de celle qu'il aime. La victime se retrouve à consoler son bourreau de ne pas être à la hauteur de ses propres idéaux spirituels, ce que cette configuration produit sur la victime. La première séquelle, c'est la confusion entre violence et violence. et épreuves spirituelles. La victime ne se demande pas « Est-ce que ce que je vis est de la violence ? » Elle se demande « Suis-je suffisamment forte spirituellement pour traverser cette épreuve ? » Ce déplacement de questions est dévastateur. Il transforme l'auteur de la violence en Dieu lui-même, qui éprouve ses fidèles, et la victime en croyante insuffisante qui doit travailler sur elle-même. La deuxième séquelle, c'est la perte de soi dans le rôle prescrit. La femme qui ne se reconnaît plus, qui a perdu le fil de ses propres pensées, de ses propres désirs, peut croire que cette dissolution est spirituelle, qu'elle s'est abandonnée à Dieu, alors qu'elle s'est abandonnée à un homme. Il y a aussi l'invalidation sanctifiée. Tes émotions te trompent, c'est pour ça que la foi doit guider ta raison. Ta colère est un péché, tu dois la dépasser. Ce que tu ressens est de l'orgueil. Apprends l'humilité. La victime n'apprend pas seulement que ses perceptions sont fausses. Elle apprend qu'elles sont mauvaises, que les ressentir est une faiblesse morale. Cette double invalidation, psychologique et spirituelle, laisse des séquelles particulièrement profondes. Et quand des enfants sont présents, le pervers narcissique utilise l'éducation religieuse pour renforcer son emprise. Il mobilise les enfants comme relais de ses injonctions. Papa dit que Dieu... veut que maman fasse comme ça. Ces enfants intériorisent une confusion durable entre amour et soumission, entre foi et obéissance inconditionnelle. Ils apprennent que la violence peut être justifiée par le sacré, ce qui rend la sortie particulièrement difficile. Quitter le conjoint, c'est souvent quitter simultanément la communauté de foi, les liens sociaux construits pendant des années, les rituels qui rythmaient la semaine. Cette perte multiple est redoutable. Elle n'est pas seulement sociale, elle est identitaire. Le pervers narcissique le sait. Il a souvent organisé la vie du couple de façon à ce que tous les liens sociaux passent par la communauté. De sorte que partir de lui, c'est se retrouver seul sur tous les plans à la fois. Il y a aussi la culpabilité théologique du départ. Dans de nombreuses traditions, le mariage est un engagement sacré pour la vie. Le quitter est une rupture non seulement affective et juridique, mais spirituelle. Ces théologies ont été intériorisées par la victime au fil des années, et elles se réactivent au moment précis où elle envisage de partir. Ce n'est pas de la faiblesse, c'est la rencontre entre une emprise psychologique construite sur des années et une tradition spirituelle millénaire. Ce qu'elle n'a pas encore pu voir, c'est que sa foi a été confisquée. et qu'elle peut la reprendre sans pour autant revenir dans la relation. La reconstruction. Le premier obstacle à la sortie est la crainte que nommer la violence revienne à trahir sa foi. Ce travail est possible. Il s'agit de distinguer ce que la foi contient réellement de ce que le pervers narcissique lui a fait dire. La plupart des grandes traditions religieuses contiennent des ressources pour nommer la violence, protéger les victimes, Condamner l'abus de pouvoir. Le problème n'est pas la foi, c'est son détournement par une personnalité perverse. Je veux aussi alerter sur un risque spécifique de l'après. Certaines victimes qui ont quitté une relation d'emprise dans un contexte religieux sont particulièrement vulnérables à une dérive sectaire. Épuisées, en quête de sens, de communauté, de cadre, elles peuvent être attirées par des groupes qui proposent des réponses claires et une appartenance forte. Ces groupes peuvent reproduire exactement la même dynamique d'emprise à une échelle collective. La vigilance s'impose, pas méfiance de toute vie spirituelle, mais attention aux structures qui demandent la soumission totale, qui isolent de l'extérieur, qui invalident le doute et la pensée critique. Ces caractéristiques ne sont pas religieuses, elles sont perverses. La séquelle la plus subtile est un rapport à soi-même envahie par un regard jugeant intériorisé. La victime ne s'entend plus penser, sans entendre simultanément si ce qu'elle pense est conforme, si ce qu'elle ressent est autorisé. Ce regard n'est plus vraiment religieux. Il a été fabriqué par le pervers narcissique et déposé dans la psyché de la victime, sous couverture du sacré. Le travail thérapeutique consiste à distinguer ce regard intrusif de ce que la vie intérieure peut être quand elle s'appartient. Ce n'est pas un travail contre la religion. C'est un travail pour rendre à la victime une intériorité qui soit à elle, sans honte et sans dette permanente. Ce que le pervers narcissique a utilisé comme cage, la foi peut aussi, si elle est retrouvée librement, devenir une ressource. Ce retournement est possible. Il n'est pas rapide, mais il est réel. Si vous vous reconnaissez dans ce que je viens de décrire, Je vous invite à ne pas rester seul ou seule avec cette confusion. Vous pouvez me retrouver sur pervers-narcissique.com où j'ai publié plus de 340 articles sur ces questions. Vous y trouverez également les informations pour une consultation personnalisée en visioconférence. Merci de m'avoir écouté. A très bientôt. Depuis plus de 30 ans, mon équipe de psychologues spécialisés et moi-même avons accompagné des milliers de victimes de pervers narcissiques partout dans le monde grâce à la vidéoconsultation. Continuez à nous suivre sur cette chaîne et sur www.pervers-narcissique.com. Rendez-vous le 3 octobre pour la sortie événement de cette collection.