Speaker #0Bienvenue dans Le pervers narcissique par Pascal Coudel. Je suis psychologue clinicien et psychanalyste avec 35 ans d'expérience. Depuis 2005, j'accompagne les victimes de manipulations, d'emprises et de relations toxiques. J'ai consacré 15 années à créer une œuvre unique, 8 livres totalisant 2000 pages et 50 heures d'audio pour vous aider à comprendre, vous protéger et vous reconstruire. L'intégralité de cette collection est disponible sur pervers-narcissique.com. Ensemble, comprenons et agissons. Ensemble. Commençons par le début, par les premières manœuvres. Dès le début de la relation, le pervers narcissique teste les limites. Ces tests sont souvent présentés comme des preuves d'amour ou de confiance. Mais ils sont en réalité les premières étapes d'une stratégie de contrôle qui ne cessera de s'intensifier. La première manœuvre, c'est la demande du code. Si tu n'as rien à cacher, pourquoi tu ne me donnerais pas ton code ? Cette question apparemment anodine est un piège. La refuser, c'est être accusé de dissimuler quelque chose. L'accepter, c'est ouvrir la porte à une surveillance sans fin. Le manipulateur présente l'accès à votre téléphone comme une preuve d'amour, de transparence. de confiance mutuelle. Il omet de mentionner que cette transparence est à sens unique. Son propre téléphone reste verrouillé. Ses propres conversations restent privées. Ses propres déplacements ne sont pas géolocalisés. Cette asymétrie révèle la vraie nature de sa demande. Il ne s'agit pas de confiance mutuelle, il s'agit de surveillance unilatérale. La deuxième manœuvre, c'est la vérification innocente. Au début, il jette juste un œil quand votre téléphone est posé. Il regarde qui vous envoie des messages, il commente une notification. Ses comportements, présentés comme de la curiosité affectueuse, installent progressivement l'idée que votre téléphone n'est pas vraiment privé. Et quand vous commencez à le retourner face cachée, il le remarque immédiatement. Tu as quelque chose à cacher maintenant ? Vous n'avez rien à cacher. Vous souhaitez simplement de l'intimité. Mais dans sa logique, l'intimité est une preuve de trahison. La troisième manœuvre, la confiscation déguisée. Il prend votre téléphone pour vérifier un truc et met une heure à le rendre. Il suggère de le laisser de côté pendant les repas pour être vraiment ensemble. Il critique le temps que vous passez dessus, jusqu'à ce que vous le posiez spontanément, par vous-même. Ces micro-privations installent... l'habitude de vous séparer de votre outil de communication, sans jamais que cela soit formulé comme une interdiction. Et progressivement, le téléphone devient une source de tension permanente. Qui vous écrit ? Pourquoi vous souriez en lisant un message ? Pourquoi avez-vous mis longtemps à répondre à son SMS, mais répondu immédiatement à quelqu'un d'autre ? Chaque interaction avec votre téléphone est observée, commentée, suspectée. L'appareil censé faciliter la communication devient un terrain de conflit quotidien. Maintenant, parlons de quelque chose qui peut faire froid dans le dos. La surveillance numérique. Parce que les nouvelles technologies offrent aux pervers narcissiques des outils de contrôle dont les générations précédentes n'auraient pas osé rêver. Premier outil, les applications de géolocalisation. Sous prétexte de sécurité. Comme ça, je sais que tu es bien arrivé. » Il exige l'installation d'applications de localisation. Il sait alors en permanence où vous êtes. Combien de temps vous êtes resté à tel endroit ? Quel itinéraire vous avez emprunté ? Être resté 15 minutes de plus chez une amie déclenche un interrogatoire. Avoir fait un détour inexpliqué génère des accusations. Chaque écart par rapport à ce qui était prévu devient suspect. Deuxième outil, et celui-là est le plus grave, les logiciels espions. Dans les cas les plus sérieux, le pervers narcissique peut installer à votre insu des logiciels espions sur votre téléphone. Ces programmes permettent de lire tous vos messages, d'écouter vos appels, d'accéder à vos photos, de voir vos recherches internet. Vous ignorez que vous êtes surveillé en permanence. Pendant ce temps, Il accumule des informations qu'il utilisera contre vous. Cette surveillance invisible crée une asymétrie de pouvoirs terrifiantes. Et si vous vous êtes parfois demandé comment il savait certaines choses, comment il anticipait certaines de vos conversations, c'est peut-être la réponse. Troisième outil, l'accès à vos comptes, mails, réseaux sociaux, comptes bancaires. Le manipulateur peut exiger ou obtenir subrepticement l'accès à tout. Il lit vos échanges privés, surveille vos publications, contrôle vos dépenses. Cette intrusion totale dans votre vie numérique ne laisse aucun espace d'intimité. Même vos pensées, exprimées dans des messages à des proches, sont exposées à son regard. Et ce qu'il découvre par cette surveillance, il ne l'utilise pas pour comprendre. Il l'utilise pour accuser, culpabiliser, contrôler davantage. Un message anodin à un collègue devient la preuve d'une liaison. Une conversation où vous vous plaignez de lui. à une amie déclenche une explosion de rage. Savez-vous ce qui se passe au bout d'un moment ? Vous perdez le sens même de ce qu'est l'intimité. Avoir des conversations privées vous semble suspect. Effacer des messages, même anodins, vous paraît être une dissimulation. Garder votre téléphone près de vous génère de la culpabilité. Le manipulateur a réussi à normaliser la violation de votre vie privée. à vous faire intérioriser que vous n'avez pas droit à un espace personnel préservé de son regard. Passons maintenant au contrôle des communications, car au-delà de la surveillance, il cherche aussi à filtrer avec qui vous parlez. Chaque personne avec qui vous échangez fait l'objet de commentaires négatifs. « Cet ami ne vous veut pas du bien. » « Ce collègue s'intéresse un peu trop à vous. » « Votre sœur vous monte contre lui. » Progressivement, Communiquer avec quiconque devient source de conflit. Pour avoir la paix, vous espacez vos échanges, vous répondez moins, vous vous isolez. C'est exactement ce qu'ils recherchaient. Et vous devez rendre compte de chaque appel, chaque message, qui vous a appelé, de quoi avez-vous parlé, pourquoi si longtemps. Ces interrogatoires transforment chaque communication en épreuve. Vous commencez à anticiper les questions. à éviter certains sujets, à écourter les conversations. Dans les cas les plus extrêmes, il peut exiger de voir vos réponses avant que vous les envoyiez, voire les rédiger lui-même. Ce n'est plus de la surveillance. C'est une confiscation de votre parole. Il y a encore un aspect que je veux aborder. L'inquisition du passé. Votre téléphone contient votre histoire, des photos, des conversations archivées, des historiques de navigation. Et le pervers narcissique peut plonger dans ce passé pour y trouver des motifs d'accusation. Des photos de vacances avec un ex, des clichés d'une période plus heureuse, des images avec des amis qu'il n'aime pas. Tout peut être retourné contre vous. Tu avais l'air tellement plus heureuse avant. Ou pire, tu gardes encore ces photos, tu es toujours amoureuse de lui. Il fouille... dans vos anciennes conversations, parfois sur des années, un échange flirtide avant votre relation, une confidence à une amie, une blague mal interprétée. Tout peut ressurgir. Cette archéologie accusatoire vous condamne pour des choses dites bien avant de le connaître. Et le gaslighting numérique vient compléter ce dispositif. Tu as effacé des messages, je le sais. Cette conversation n'était pas là hier. Comme vous ne pouvez pas prouver que quelque chose n'a jamais existé, vous vous retrouvez dans l'impossibilité de vous défendre. Parlons maintenant du harcèlement téléphonique, parce que le téléphone peut aussi devenir l'instrument d'une pression directe et permanente. 10, 20, 50 messages par jour, certains sont tendres, d'autres accusateurs, d'autres encore menaçants. Cette avalanche maintient dans un état de tension permanent. Chaque vibration du téléphone déclenche une montée d'angoisse. Ne pas répondre immédiatement génère des accusations. Tu ne réponds pas parce que tu es avec quelqu'un. Répondre alimente le flux sans fin, les appels de contrôle à toute heure, pour vérifier où vous êtes, ce que vous faites, avec qui. Certaines victimes décrivent des dizaines d'appels par jour, les empêchant de se concentrer sur quoi que ce soit d'autre. Et à l'inverse, le silence peut être un peu plus dur. punitif. Ne plus répondre pendant des heures ou des jours. Vous laissez dans l'angoisse. Vous condamnez à vérifier compulsivement votre téléphone dans l'espoir d'un signe. Ce silence démontre que c'est lui qui décide quand la communication a lieu. Et les messages nocturnes ? À trois heures du matin ? Qui réveille en temps sursaut ? Cette perturbation du sommeil n'est pas un effet secondaire. C'est une technique d'affaiblissement délibéré. Une victime épuisée résiste moins. Tout cela laisse des traces. Des traces profondes. Et je veux vous les nommer parce qu'il est important de reconnaître ce qui s'est passé en vous. L'anxiété du téléphone. Le son d'une notification provoque un sursaut. Voir son nom s'afficher déclenche une panique. Cette anxiété conditionnée peut s'étendre à toutes les communications. L'autocensure permanente. Vous n'écrivez plus ce que vous pensez vraiment. Vous formulez vos messages en anticipant comment ils pourraient être interprétés s'ils les lisaient. Cette autocensure s'étend parfois bien au-delà de la fin de la relation. Vous avez intériorisé le regard surveillant. La paranoïa numérique Après avoir été espionné, vous pouvez développer une méfiance généralisée envers la technologie. Craindre que votre nouveau téléphone soit aussi surveillé. Vérifiez compulsivement vos paramètres de confidentialité. Cette hypervigilance est compréhensible et elle peut être travaillée. Et la perte de spontanéité ? Communiquer librement, écrire ce qui vous passe par la tête, partager une pensée avec une amie, ces gestes simples sont devenus impossibles. Chaque message est pesé, calculé, anticipé. Cette mutilation psychologique peut persister longtemps après la séparation. Alors, que faire concrètement ? Si vous êtes encore dans la relation, il y a une mesure pratique et urgente à envisager. Avoir un second téléphone que le manipulateur ignore, un appareil qui vous permet de communiquer librement avec des personnes de confiance, de contacter des associations d'aide, de préparer des démarches sans surveillance, un espace de liberté préservé au cœur de l'emprise. Documentez aussi le harcèlement. Conservez les captures d'écran des messages, le journal des appels. Ces éléments peuvent être importants pour d'éventuelles procédures. Après la séparation, plusieurs étapes sont nécessaires. Changez tous vos codes et mots de passe. Faire vérifier votre téléphone par un professionnel pour détecter d'éventuels logiciels espions. Désactivez les applications de localisation. Réinitialisez l'appareil si nécessaire. Et bloquez le numéro du manipulateur quand c'est possible. Cette coupure est une libération. Si le contact doit être maintenu pour des raisons de coparentalité par exemple, le limiter au strict minimum et par écrit permet de se protéger. Il y a enfin un travail de fond. Réapprivoiser le téléphone comme outil de liberté, reprendre contact avec des proches, dont on s'était éloigné. Communiquer librement, sans autocensure. Laisser son téléphone de côté, sans angoisse. Un accompagnement thérapeutique peut aider à déconditionner les réponses anxieuses, à désensibiliser progressivement, à reconstruire un rapport serein aux outils numériques. Je veux conclure cet épisode avec quelque chose de fondamental, quelque chose qui a peut-être été effacé de votre paysage mental, pendant cette relation. Dans une relation saine, chaque partenaire a droit à un espace privé, y compris numérique. Avoir des conversations que l'autre ne lit pas, ce n'est pas de la dissimulation, c'est de la normalité. Pouvoir communiquer librement avec ses proches sans rendre de compte, ce n'est pas de l'infidélité, c'est de la liberté. Votre partenaire exige l'accès à votre téléphone. Surveille vos communications. vous harcèle de messages. Ce n'est pas de l'amour, c'est du contrôle. La jalousie n'excuse pas la surveillance. L'inquiétude ne justifie pas l'espionnage. L'amour véritable fait confiance. Il ne traque pas. Reprendre possession de son téléphone, c'est reprendre possession d'une part de sa liberté. J'analyse le contrôle coercitif sous toutes ses formes, y compris dans sa dimension numérique, dans le volume 2 de mon œuvre « Le pervers narcissique » . Et si vous souhaitez évaluer votre situation, j'ai développé un test que vous pouvez faire gratuitement sur pervers-narcissique.com. Il vous permettra de mieux identifier ce que vous vivez et d'envisager les prochaines étapes. Résumons les trois points essentiels de cet épisode. Premier point. Le contrôle du téléphone n'est pas une jalousie ordinaire. C'est une forme de violence psychologique documentée. La demande des codes... La géolocalisation, les logiciels espions, la dictée des réponses, tout cela s'inscrit dans une stratégie de contrôle coercitif dont l'objectif est l'abolition de votre vie privée. Deuxième point. Les conséquences de cette surveillance sont réelles et durables. L'anxiété du téléphone, l'autocensure, la perte de spontanéité dans la communication, ce sont des séquelles qui méritent d'être reconnues et travaillées. souvent avec un accompagnement professionnel. Troisième point, reprendre possession de son espace numérique est une étape essentielle de la reconstruction. Sécuriser ses appareils, bloquer les canaux de harcèlement, réapprendre à communiquer librement. Chacun de ces gestes est un acte de reprise de liberté. Votre vie privée n'est pas négociable, elle est la condition de votre liberté. Si cet épisode vous a aidé, partagez-le avec quelqu'un qui pourrait en avoir besoin. Et si vous ne l'avez pas encore fait, abonnez-vous et laissez un avis sur Apple Podcasts ou Spotify. Cela aide beaucoup d'autres personnes à découvrir ce podcast. Je vous retrouve la semaine prochaine pour un nouvel épisode. Prenez soin de vous.