Speaker #0Il y a des douleurs qu'on apprend à terre tellement bien qu'elles finissent par parler à notre place. Ton corps a trouvé un langage, brutal parfois, incompréhensible souvent, mais jamais sans raison. Les compulsions alimentaires, la boulimie, l'hyperphagie ne sont pas des erreurs de fabrication, des ennemis à abattre. Ce sont les gardiens d'un ordre vital. Les réponses intelligentes à quelque chose de trop lourd à exprimer autrement. Il n'y a rien à déchiffrer. Ton système ne cherchait pas à te dire quelque chose. Il cherche juste à te maintenir en équilibre. coûte que coûte. Je m'appelle Titri et chez Boulimiracle, on ne combat pas les troubles alimentaires, on restaure l'équilibre pour qu'il n'ait plus besoin d'exister. Bienvenue dans ce deuxième épisode du podcast Boulimiracle dans lequel je vais te partager aujourd'hui les mécanismes, qu'ils soient conscients ou inconscients, qui t'ont conduit à vivre avec des compulsions alimentaires. Par abus de langage, je parle beaucoup de boulimie, mais derrière le mot boulimie, moi ce que j'entends, c'est l'impossibilité. de pouvoir réfléchir avant d'agir. Ce que j'entends derrière Boulimi, c'est vraiment le comportement compulsif, le fait de ne pas avoir le choix, de ne pas avoir de pouvoir sur son comportement en lien avec l'alimentation. Et du coup, dans cet épisode, j'ai vraiment envie de te transmettre une vision extrêmement globale de ce symptôme et de tout l'écosystème qui entoure ce symptôme. Ce symptôme, il n'est pas là pour rien, il n'est pas là par hasard. Il est là aussi parce qu'il y a différents dynamiques, différents systèmes qui l'auto-entretiennent. Et ça, je pense que c'est essentiel de comprendre que ce symptôme s'imbrique dans tout un écosystème. Ce symptôme, ça serait un petit peu comme la pomme d'un arbre. Donc l'arbre a plein de pommes, un pommier ne fait jamais qu'une pomme. Il y a tout un tas de pommes qui sont pleines de symptômes différents, qui coexistent et qui cohabitent et qui sont en lien avec l'écosystème de l'arbre. Donc si on parlait d'un pommier, ça serait peut-être la qualité de la terre, la qualité de l'environnement, l'exposition au soleil, l'âge de l'arbre, etc. Pour les troubles alimentaires, c'est la même chose. Ce qui conditionne l'écosystème du trouble, c'est tout un tas de facteurs qui coexistent avec la personne qui porte ces symptômes. Et c'est vraiment un point qui est important, parce que si on ne comprend pas que le trouble alimentaire s'imbrique dans tout un écosystème, On va chercher à éradiquer le symptôme sans prendre en compte l'ensemble de l'écosystème. Donc ça reviendrait simplement à vouloir enlever la pomme trouble alimentaire de l'arbre, mais laisser toutes les autres pommes de l'arbre qui peut-être elles aussi sont en souffrance et auraient besoin d'être restaurées peut-être par un changement d'exposition, par de l'engrais dans la terre, etc. Un point, le point numéro 1, quand on parle de compulsion alimentaire, et encore une fois, même si je parle beaucoup de boulimie, si vous êtes hyper phage, ça vous concerne au même degré, c'est simplement que par abus de langage, je mets le mot boulimie. Le sujet, c'est je n'ai pas la possibilité de pouvoir réfléchir avant d'agir. Et ça, cette incapacité, cette impossibilité de pouvoir réfléchir avant d'agir, chez l'immense majorité, ça va subvenir dans des moments où vous vous retrouvez face à rien, face au vide. face à vous-même, face à l'ennui. C'est pour ça que beaucoup de personnes se disent « Moi, mon problème avec l'alimentation, c'est parce que je m'ennuie. » Mais en fait, s'ennuyer, si on est lucide, c'est neutre. On peut être profondément nourri d'être en sa propre présence. L'ennui, ce n'est pas quelque chose d'inconfortable. L'ennui va devenir inconfortable si je rencontre un état d'être à ce moment-là qui est douloureux. Et cet état d'être, il est dans mon corps, il est en moi. Il n'a rien à voir avec l'ennui. L'ennui, encore une fois, quand on se raconte que le problème c'est parce qu'on s'ennuie, c'est reporter la faute à l'extérieur, parce que s'ennuyer ça peut être profondément nourrissant. C'est absolument pas quelque chose d'universel, c'est absolument pas universel de considérer que l'ennui est inconfortable. D'ailleurs l'ennui ça peut être un espace de créativité, ça peut être extraordinaire d'être avec soi-même face à rien, face au vide. Ce qui ne l'est pas, c'est l'état d'être que l'on va ressentir dans ces moments-là. Donc peut-être que tu m'écoutes et tu te dis « oui mais moi, c'est pas que quand je m'ennuie, je fais des compulsions toute la journée » et c'était mon cas. Donc évidemment, pour certaines personnes, ce que je dis là est un peu réducteur. Maintenant, pour l'immense majorité, il est probable que ça arrive encore plus dans les moments où tu ralentis, dans les moments où tu te retrouves confronté à toi-même. Et ce qui est intéressant de se demander avant qu'on poursuive, c'est peut-être « quand a été la dernière fois que je me suis retrouvée sans rien faire ? » Quand je dis « rien faire » , c'est sans mon téléphone. Sans ranger ma maison, sans travailler, sans être en interaction avec quelqu'un ? Quand est la dernière fois que je me suis retrouvée face à un espace vide ? Et je vais t'inviter à prendre quelques secondes pour te poser cette question. Pour la majorité des personnes qui nous écoutent, vous allez prendre conscience que, en fait, ça fait longtemps. Ça fait longtemps et c'est quelque chose que vous évitez au quotidien. Et vous évitez au quotidien cette confrontation avec vous-même, cet espace d'accueil entre vous et vous, par une multitude de stratégies. L'alimentation, c'est peut-être celle qui est la plus handicapante, c'est peut-être celle qui est la plus présente aujourd'hui, et celle qui vous enquiquine le plus. Mais en fait, si vous regardez bien, il y a d'autres stratégies que vous mettez en place. Ces autres stratégies, ça peut être scroller sur les réseaux sociaux, être sur son téléphone. Ça peut être faire des listes de choses à faire, d'objectifs à atteindre. Si tu n'as pas regardé le premier épisode du podcast, je t'invite à l'écouter. Je parle beaucoup de cette dynamique que j'avais moi, de vouloir atteindre les objectifs dans l'espoir que ces atteintes me rendent heureuse. Ça peut également être le rangement. Il y a des personnes qui, pour ne pas se confronter à elles-mêmes, vont tout, sans cesse... être en mouvement pour ranger, organiser, trier. Ça peut être les relations humaines. Certaines personnes vont pouvoir avoir tendance à fuir dans le lien, dans la relation, dans le contact aux autres. Ça va pouvoir être, par exemple, à travers le mouvement, le sport. Dès que tu as un temps de libre, tu vas vite aller faire du sport pour te distraire, pour ne pas ressentir. Ça peut être aussi tous les rôles que tu vas adopter dans ta vie pour être aimé. Donc, plaire aux autres, dire oui à tout. rendre service, se demander comment est-ce qu'on peut être utile à l'autre, se demander qu'est-ce que je peux mettre en place pour que l'autre m'aime un peu plus, et agir en ce sens. Et toutes ces autres stratégies de fuite, elles sont les pommes d'un même arbre que le trouble alimentaire. Et le fond du sujet finalement, c'est pas tellement comment est-ce que je fuis, même si le trouble alimentaire est celui qui a le plus d'impact dans ma vie et que je veux éradiquer en premier, et qu'en effet téléphoner à des amis ou être dans la fuite relationnelle c'est peut-être moins douloureux. que celui de s'anesthésier et de se gaver de nourriture, mais le fond du sujet est le même, c'est-à-dire que, quelle que soit la stratégie de fuite que j'adopte, c'est que je ne suis pas en mesure d'être en ma propre présence, face à rien, face au vide. Et donc là, la question qui mérite d'être mise en lumière, c'est qu'est-ce qui fait que je ne peux pas être en ma propre présence, face à rien, face au vide, sans avoir besoin de me distraire ? Qu'est-ce qui fait que j'ai besoin sans cesse de... m'éloigner de moi-même ? La réponse à ça, elle est théorique pour l'instant, mais je vais essayer de vous l'expliquer de manière concrète. Elle est liée à l'état de mon système nerveux. Je vais te demander de poursuivre l'écoute de l'épisode parce que je sais qu'il y a une grande mode autour du système nerveux aujourd'hui et qu'on cherche à te dire beaucoup qu'en trois exercices, tu vas pouvoir te restaurer et que tout ira mieux. Et mon message est beaucoup plus complexe que ça et beaucoup plus global. simplement c'est important d'avoir conscience qu'en effet, c'est l'état d'être de notre système nerveux qui va conditionner ma faculté à pouvoir être en ma propre présence. Ce système nerveux, je ne vais peut-être pas rentrer dans les détails en profondeur, mais il peut être dans plusieurs états. Il peut être dans un état sécure et dans un état insécure. Quand il est dans un état sécure, je me sens en lien avec les autres, je me sens reliée aux autres. Je me sens en sécurité, je me sens à ma place et j'ai la possibilité de pouvoir réfléchir avant d'agir. Quand mon système nerveux est dans un état insécure, et il existe différentes configurations du système nerveux qui peuvent traduire cet état d'insécurité, quand je suis dans un état insécure, c'est ma partie plus archaïque du cerveau qui est aux commandes, le cerveau reptilien, l'amidale, qui va chercher à me protéger. Et donc là, je perds ma faculté de réflexion. je suis en mode réaction. Et ce système nerveux, lorsqu'il est en mode insécure, il va déclencher toute une cascade de réactions, notamment au niveau émotionnel, au niveau des ressentis, mais aussi au niveau de mes comportements. Donc lorsque je suis en mode insécure, je vais ressentir un état d'être inconfortable, une émotion. Je vais penser dans ma tête des choses en lien avec la perception de danger, et je vais chercher à me distraire du danger par un comportement. Et dans ce mode insécure, je vais ressentir quelque chose de très inconfortable, qui est mon état émotionnel par défaut, qui va être extrêmement bas, extrêmement inconfortable à vivre. Et c'est cet état d'être par défaut qui représente, quelque part, l'état d'être de mon système nerveux de base, par défaut, qui est profondément inconfortable à ressentir. et dont je vais chercher à me distraire. OK ? Et parmi toutes les distractions, il y a l'alimentation, il y a le comportement compulsif avec mon assiette. Donc le fond du sujet, c'est pas tellement comment est ce que je fuis, c'est qu'est ce que je fuis ? L'état d'être par défaut. Et cet état d'être par défaut, d'où il vient ? Il vient d'un système nerveux qui est en profonde insécurité, qui reçoit une information de danger. Et donc là, ce qui est intéressant de se demander, c'est par quel levier par quel biais mon système nerveux reçoit l'information. Qu'est-ce qui va dire à mon système nerveux que je suis sécure ou que je suis insécure ? Sachant que ce système nerveux, c'est vraiment la clé de voûte entre l'esprit et la matière, c'est vraiment lui qui va conditionner mon expérience, à la fois d'un point de vue biologique, puisqu'il va régir tous mes marqueurs biologiques, mais aussi d'un point de vue émotionnel, d'un point de vue comportemental, d'un point de vue relationnel. Puisqu'il va conditionner l'état d'être dans lequel je vais me trouver lorsque je suis en lien avec les autres. Qu'est-ce qui fait du coup que ce système nerveux peut recevoir chez moi, si je suis addict, un signal de danger et d'insécurité permanent ? D'où ça vient ? Qu'est-ce qui lui envoie le message ? Et là, ce qui est intéressant d'avoir en tête, c'est que ce système nerveux, il va recevoir des informations par l'intermédiaire de deux biais, de deux vecteurs. Le premier, c'est... Et c'est le plus important en termes de fibres nerveuses, il va recevoir des informations de la part de la biologie de mon corps, de la part de ma posture physique, de la part de tout ce qui se joue dans mon corps. Et ce système nerveux, il réajuste sans cesse, de manière autonome, de manière automatique, tout un tas de paramètres et de variables afin de me maintenir en vie. Et c'est comme s'il scannait sans cesse mon environnement interne pour savoir si je suis en danger. Par exemple, lorsque j'attrape un virus, mon système nerveux va détecter qu'il y a un pathogène dans mon corps et donc que je suis en danger. Et il va mettre en place des mécanismes de défense pour me maintenir en vie. Et ce qui est intéressant de comprendre là, c'est que quand je souffre de troubles du comportement alimentaire, mes comportements de distraction que sont la compulsion, que ce soit une crise avec ou sans vomissement, que ce soit une crise avec ou sans compensation, Tous les mécanismes biologiques qui sont à l'œuvre au moment de la crise vont envoyer l'information à mon système nerveux que je suis en danger. Et c'est assez simple de le comprendre parce que lorsque je fais une compulsion, je vais ingurgiter une grande quantité de sucre, de gras, de calories d'un coup. Pour répondre à ça, la biologie de mon corps va sécréter de l'insuline et très souvent, à la suite de ma crise, je vais avoir une hypoglycémie réactionnelle. Et cette hypoglycémie réactionnelle envoie l'information à mon système nerveux que je suis en danger. Quand je vais courir pour compenser ? Je cours, donc tous mes petits capteurs à la surface de ma peau, de mes muscles, puis tout le système hormonal qui se met en place au moment où je fais du sport va envoyer l'information à mon système nerveux que je suis en danger, puisque je suis en train de fuir. Lorsque je vomis ou lorsque je prends des laxatifs, j'envoie l'information à mon système nerveux que je suis en danger, puisque dans la nature, quand on vomit et quand on a la diarrhée, c'est pour éliminer un pathogène. Et donc, si je suis en train de vomir, si je suis en train de me vider, c'est probablement qu'il y a un danger pour mon corps, et donc le système nerveux reçoit cette information-là. Et là, ce qui est le premier point, du coup... Et ce qui est très intéressant, c'est de comprendre déjà que mon comportement addictif entretient mon état d'alerte. Et ça, parfois, c'est nouveau parce qu'on se raconte que la compulsion me fait du bien, m'apaise, etc. Non, en réalité, la compulsion, à très court terme, elle va me distraire, on le verra plus tard. Mais à moyen terme et très rapidement, elle renvoie un signal de danger à mon système nerveux, qui du coup est sans cesse activé et a toujours la perception que je suis en danger. Ça c'est le premier et renvoie l'information que je suis en sécurité, voire même que je gagne à me rapprocher de cette chose agréable. Et ce qui va se passer, c'est que du coup, quand je fais un travail thérapeutique sur tout l'aspect entre guillemets traumatique et environnemental, j'occulte complètement le fait que mon système nerveux reçoit aussi des informations de la biologie. Et inversement, lorsque je fais un travail thérapeutique autour de la biologie du corps, j'occulte complètement que mon système nerveux reçoit aussi des informations en lien avec mes traumatismes, en lien avec ma boîte de mémoire, en lien avec son environnement. Et donc là, le premier point déjà qui est important, c'est qu'on a besoin des deux pour avancer, puisque notre système nerveux, ce qui va faire qu'il est dans cet état d'alerte chronique, et ce qui va faire que il est dans cet état d'insécurité qui me fait ressentir cet état émotionnel extrêmement bas dont j'ai besoin de me distraire au quotidien, ça provient des deux espaces, à la fois de mon corps, à la fois de ma posture, mais aussi de l'environnement. Et ça c'est vraiment important de l'avoir en tête. Donc ce système nerveux, il est dans un état d'alerte. quasi permanent quand on souffre de troubles alimentaires, puisque mes comportements entretiennent l'état d'alerte. En soi, il n'y a pas de problème à avoir un système nerveux qui parfois s'active et parce que c'est ce qui nous permet d'être en vie et c'est ce qui a permis aussi à l'espèce humaine de perdurer dans le temps. Donc il n'y a aucun problème avec ça. La difficulté lorsqu'on est addict, c'est que ce système nerveux, c'est comme s'il ne retrouvait jamais d'espace de sécurité. Il ne retrouvait jamais, à la suite d'un stress, à la suite d'un événement codé comme douloureux, à la suite d'un paramètre biologique douloureux, il ne retrouve pas son état de sécurité. Et donc c'est comme si on était dans cet état émotionnel bas de manière chronique, et donc on est toujours en train de s'en distraire. Donc si je récapitule ce que je viens de transmettre, mon système nerveux est dans un état d'alerte chronique, je ressens un état émotionnel bas, très inconfortable pour moi à vivre, et je suis sans cesse en train de m'en distraire, entre autres avec l'alimentation. Mais le fond du sujet, c'est pas le comportement compulsif avec l'alimentation, le fond du sujet c'est que je ressens un profond mal-être avec lequel j'ai du mal à cohabiter, avec lequel j'ai du mal à vivre et dont je vais chercher à me distraire, entre autres à travers les troubles alimentaires mais pas que. Et du coup le plus important c'est peut-être davantage au lieu de cristalliser sur le symptôme alimentaire, de focaliser son attention sur cet état d'alerte. Et qu'est-ce qui fait que mon corps reçoit ces informations-là ? Et comment est-ce que je peux répondre à cet état d'alerte pour que petit à petit, mon système nerveux puisse se sécuriser, puisque la clé est là. Une personne qui n'a pas besoin de compulser, c'est une personne qui se sent sécure, qui se sent en lien, qui se sent complète, qui se sent en sécurité, qui se sent nourrie. Et ce qui se passe du coup, c'est que mon système nerveux, dès lors qu'il va recevoir un danger, il va déclencher une cascade, notamment il va déclencher une émotion. Une émotion, c'est quoi ? C'est un ressenti corporel qu'on appelle l'affect. Donc c'est un ressenti dans le corps associé à un processus cognitif qui traduit la perception. Et cette émotion, ça vient de « exmovere » en latin, ça va induire un mouvement, ça va induire un comportement en lien avec cette émotion. Par exemple, si je ressens une émotion désagréable, comportement va être une éviction pour fuir l'objet codé comme dangereux. Si l'émotion est agréable, le comportement ça va être une impulsion. Je vais chercher à me rapprocher de l'objet qui a été codé comme agréable. Sauf que à chaque fois que je suis en mouvement à la suite d'une émotion qui est liée à l'information qu'envoie mon système nerveux, je vais avoir la possibilité de me reprogrammer ou de me déprogrammer, d'exacerber le traumatisme ou au contraire de le consolider. Pourquoi ? Parce que si mon système nerveux m'envoie un signal de danger, qu'au moment où je ressens dans mon corps cet inconfort, je suis en train de fuir, et je mets en place une stratégie de fuite, je renvoie l'information à mon système nerveux que je suis en danger, puisque je suis en train de fuir. Et comme on l'a vu, le système nerveux lit les informations à la fois du monde extérieur, mais aussi du monde intérieur et de mes comportements. S'il me perçoit en train de fuir face à quelque chose qui était codé dangereux, lui. ça vient confirmer le fait que c'était bien dangereux, puisque je suis toujours en train de fuir aujourd'hui. Et donc ça, c'est ce qui se passe avec la compulsion. À chaque fois que je fais une compulsion, je renvoie l'information à mon système nerveux que je suis toujours en danger face à la situation, d'être seule face à moi-même, ou d'être en train de parler en public, ou peu importe le déclencheur de la compulsion, puisque je suis en train de fuir. Et je ne peux pas vivre dans mon corps, je ne peux pas rester là avec l'inconfort, et que j'ai besoin de m'en distraire. C'est bien que c'est encore dangereux. Et donc je vais me retrouver, à être de plus en plus polarisé, à être de plus en plus traumatisé, puisque mes comportements addictifs renvoient à chaque fois à l'information que je suis en danger puisque je suis en train de fuir. Le ressenti corporel qui va avoir lieu à la suite de l'état dans lequel est mon système nerveux, il est associé à un processus cognitif, il est associé à une pensée. Et cette pensée, elle traduit ce qui a été codé. C'est-à-dire qu'on va toujours penser de la même manière, puisqu'on va penser spontanément comme notre bagage traumatique a été codé. Et donc l'histoire qu'on va se raconter, la perception que l'on va avoir des événements, en fonction de l'histoire qu'on va se raconter, on peut aussi se rendre de plus en plus malade, parce que se raconter l'histoire qui correspond au traumatisme, qui correspond à la perception du monde que l'on a, en lien avec nos traumas, en lien avec nos charges et notre bagage traumatique. Et donc... on va pouvoir se retrouver dans une spirale qui est de plus en plus importante, puisque mon système nerveux est dans un état d'alerte chronique. Je ressens un état émotionnel extrêmement bas, extrêmement inconfortable. Je cherche à m'en distraire par plein de stratégies, dont l'alimentation. À chaque fois que je me distrais, je renvoie l'information que je suis en danger puisque je suis en train de fuir. À chaque fois que je me distrais par l'alimentation, je modifie la biologie de mon corps et je renvoie l'information que je suis en danger parce qu'il y a des mécanismes de compensation, parce qu'il y a des pics de glycémie et que dans le corps, quand il y a une mobilisation de ressources... C'est généralement pour fuir, donc je renvoie l'information que je suis en danger. Et puis à chaque fois que je me raconte l'histoire qui me rend malade et qui correspond à mon trauma, je confirme le traumatisme. Et donc je me retrouve comme ça, dans une spirale qui est un petit peu interminable et qui auto-entretient les dynamiques. Et c'est important de comprendre tout l'écosystème parce que ça permet aussi d'expliquer pourquoi certaines personnes vont vivre avec les symptômes alimentaires toute leur vie. Et vous avez peut-être déjà entendu de la part de certains professionnels, ce qui a été mon cas, j'ai beaucoup entendu cette phrase, de « il faudra faire avec, il y aura toujours un terrain sensible, vous allez vivre avec ces symptômes toute votre vie » . Oui, parce que c'est possible, puisqu'on se retrouve dans une spirale qui s'auto-entretient. Plus je suis inconfortable, plus inconsciemment je fuis, plus je fuis, plus j'exacerbe l'inconfort, puisque je confirme le danger. Plus je me raconte l'histoire qui correspond à mes traumas, et je vois le monde de cette manière-là, et plus je renforce la charge traumatique qui est à l'œuvre, et en plus, dans le cas des troubles alimentaires, mon comportement avec l'addiction, qui est la nourriture, va modifier la biologie de mon corps, et donc mon corps renvoie les informations au système nerveux sur le fait que je suis en danger, donc je me sens de plus en plus insécure, et j'ai de plus en plus besoin de fuir, et je me retrouve comme ça dans une spirale. Donc si tu m'écoutes et que tu vis avec un... troubles du comportement alimentaire et ou d'autres addictions. Déjà est en tête le fait que très souvent, je sais qu'on se blâme parce qu'on n'a pas de volonté, on n'a pas de marge de manœuvre, on a l'impression qu'on ne fait pas suffisamment d'efforts, mais ça ne te viendrait pas à l'esprit de blâmer quelqu'un qui a eu un AVC de ne plus pouvoir marcher. Ça ne te viendrait pas à l'esprit quand tu es chez ton médecin de t'en vouloir parce qu'au moment où il te prend l'attention, tu n'arrives pas à la faire baisser. Parce que c'est des marqueurs, c'est des aspects sur lesquels tu sais que tu n'as pas de marge de manœuvre. Et dans le cas des addictions, dans le cas des compulsions, c'est la même chose. Tu n'as pas de marge de manœuvre. Tu n'as pas de marge de manœuvre, notamment parce que ton système nerveux autonome, lorsqu'il est dans un état d'alerte, enclenche toutes les cascades que je t'ai précédemment nommées. Et c'est comme si la partie de ton cerveau qui avait la possibilité, la faculté de pouvoir réfléchir, de pouvoir se contrôler, était débranchée. parce que quand on est dans un état d'alerte, l'objectif... Pour notre survie, c'est de fuir. L'objectif pour notre survie, c'est pas d'analyser la beauté du paysage ou de réfléchir, c'est de courir le plus vite possible. Sauf que courir le plus vite possible, chez l'humain moderne aujourd'hui, ça peut être s'anesthésier, ça peut être scroller, ça peut être plein d'autres stratégies de distraction pour ne pas ressentir l'inconfort. Mais la partie de ton cerveau qui est à l'œuvre dans ces moments-là est liée à la configuration de ton système nerveux qui est dans un état d'alerte, et tu n'as pas cette faculté de pouvoir réfléchir. C'est comme si ton néocortex, la partie plus évoluée de ton cerveau, était débranchée. Et tu ne peux pas t'en vouloir pour ça. Et là, ce qui est important que je te transmette dans cet épisode, en lien avec cette cascade, c'est que du coup, ça n'a pas trop de sens de vouloir éradiquer les compulsions. Par contre, il y a beaucoup de sens à vouloir sécuriser son système nerveux à travers différents leviers, et c'est ce qu'on verra dans le troisième épisode, de vouloir sécuriser tous les leviers qui sont à l'œuvre. pour que le corps n'ait plus besoin de compulser et pour que tu puisses retrouver ta faculté de réfléchir, ta faculté de pouvoir réfléchir avant d'agir. Mais ça, c'est dépendant d'un état de sécurité. Et si tu n'es pas dans cet état de sécurité, ton corps n'aura pas cette faculté-là. Donc te fouetter et te blâmer en te disant « j'ai pas de volonté, j'y arriverai jamais » , ça n'a pas de sens. C'est comme fouetter une personne qui ne pourrait pas marcher à la suite d'un accident, ça n'a aucun sens. Si tu n'as pas la possibilité de t'arrêter de manger, c'est pas parce que t'as pas de volonté, c'est parce que ton système nerveux est dans une configuration qui t'empêche de pouvoir reprendre les rênes. Et donc ça, c'est un point crucial pour moi à transmettre sur tout cet écosystème. Le système nerveux reçoit des informations de la part du corps, de la part des comportements, de la part des pensées, et a la faculté de pouvoir se programmer ou se déprogrammer en fonction de la posture que l'on va adopter dans le quotidien. Et si je reprends une dernière fois la cascade, donc je me sens en insécurité, je ressens un état émotionnel extrêmement bas parce que je suis dans un état de danger, je cherche à m'en distraire par différentes façons, notamment l'alimentation, mais pas que, tous les jeux de rôle conscients et inconscients. à chaque fois que je me distrais, je me coupe aussi de mon corps, je me distrais de mes ressentis physiques et je renvoie l'information que je suis toujours en danger puisque je suis en train de me distraire. A chaque fois que je me distrais à travers l'alimentation, je modifie la biologie de mon corps. Je réponds aussi à un instinct, une impulsion extrêmement archaïque de si je change la forme de mon corps, alors je serai plus aimé. Si je change la forme de mon corps comme c'est à travers lui que je souffre, alors je souffrirai moins. Si je change la forme de mon corps et si je le contrôle, j'ai une illusion de contrôle sur la vie. et je crois que je suis en sécurité. Mais toutes ces intentions, tous ces mécanismes ne font que renforcer nos traumatismes et renvoyer l'information qu'on ne peut pas être sécure dans une vie, dans une vie entre guillemets, où on lâche prise, où on accueille les expériences et donc viennent renforcer l'état d'alerte. Et chacun de ces mécanismes conduit à nous maintenir entre guillemets dans une spirale traumatique. Et si je reprends mon histoire, finalement, ce qui s'est passé pour moi, c'est que malgré moi, à travers l'expérience en Mongolie, j'ai pu œuvrer sur les différents piliers, sur les différents paramètres sur lesquels la spirale de l'addiction s'auto-entretient. Ces paramètres, ils sont lesquels ? Ils sont à la régulation du système nerveux. Ça, je l'ai fait, entre guillemets, malgré moi, en Mongolie, à travers différentes choses. Le fait de se coucher et de se lever au rythme du soleil, le fait de ne plus avoir de substances excitantes, de ne plus avoir d'alcool. J'étais tellement mal que naturellement, je me suis mis à respirer, à respirer avec le ventre, alors que je respirais de manière uniquement thoracique. J'ai adopté des mécanismes de régulation que j'ignorais, puisque je n'avais pas travaillé ce sujet à cette époque-là. Mais sans même en avoir conscience, je me suis mis à travailler sur mon système nerveux de manière assez spontanée. Et j'avais quand même lu beaucoup de choses sur la théorie polyvagale, etc. J'ai mis en place des choses, mais sans le faire dans le but de guérir, simplement parce que j'étais en PLS et que j'avais besoin de me soulager. Deuxième pilier, c'est la restauration de la biologie du corps. La restauration de la biologie du corps, c'est quoi ? C'est tout ce qu'on peut mettre en place pour sécuriser biologiquement le corps qui souffre des comportements alimentaires. Et moi, quand j'étais en Mongolie, ça s'est mis en place de manière assez naturelle, puisque... Je n'avais plus la possibilité de m'anesthésier, je n'avais plus la possibilité ni de me faire vomir, ni de prendre de l'accessif. Enfin voilà, tous ces mécanismes-là se sont mis en place d'eux-mêmes et ont restauré mon corps biologiquement, physiologiquement. Troisième pilier, c'est la faculté à pouvoir être présent dans son corps. Et ça, c'est un pilier qui est extrêmement important, parce que du coup, vous comprenez bien que tant que vous n'êtes pas en mesure de traverser l'inconfort qui vous traverse, qui vous habite à un instant T, il est illusoire de croire que vous allez pouvoir arrêter de vous distraire avec l'alimentation. Donc il est complètement illusoire de se dire, je vais pouvoir suivre un unième régime, je vais pouvoir suivre un unième plan alimentaire, c'est impossible. Impossible parce que tant qu'on ne peut pas être en sa propre présence, tant qu'on ne peut pas incarner son corps, ressentir ce qui se joue en lui, c'est vain, on sera toujours en train de se distraire. Donc on peut troquer les compulsions alimentaires par une autre stratégie de fuite. Mais en réalité, on est condamné à fuir, tant qu'on n'est pas en mesure d'incarner son corps. Et moi, en Mongolie, ce qui s'est passé, c'est que toutes mes stratégies de fuite, elles ont été mises à mal. Donc je n'avais plus la possibilité de fuir. Et je me suis d'ailleurs retrouvée confrontée, et c'est ce que décrivent certaines personnes qui font vipassana, etc. à un inconfort physique extrême, que je n'ai pas pu fuir, mais paradoxalement, ça m'a reprogrammée, puisque j'ai renvoyé l'information à mon système nerveux à ce moment-là, que je pouvais traverser cet inconfort, cette douleur, et que je restais vivante. Et que finalement, ce que je pensais être dangereux pour moi à travers mes stratégies de fuite ne l'était pas, puisque je pouvais le vivre. Quatrième pilier, c'est vraiment ce travail sur tout ce qui m'éloigne de la présence à ce corps, tout ce qui m'empêche de ressentir et vivre dans mon corps ce qui s'exprime. Et donc là, qu'est-ce que c'est ? Ça va être toutes les stratégies de fuite. Dans le cas des troubles alimentaires, elles sont bien évidemment alimentaires et compensatoires pour ceux qui cherchent à maintenir la forme de leur corps en se restreignant, en faisant du sport, en compensant, etc. Mais elles sont aussi comportementales dans ma relation aux autres, dans la relation à moi-même. À chaque fois que je cherche à plaire aux autres, à chaque fois que je cherche à être aimée, à chaque fois que je cherche à rendre service, à chaque fois que je cherche à rendre service. pour les mauvaises raisons, entre guillemets, pour un intérêt personnel. À chaque fois que je veux être perfectionniste et tout bien réussir, à chaque fois que je veux faire les choses vite, pour être efficace et efficient, voilà, tous ces jeux de rôle que vous connaissez probablement, à chaque fois que je cherche un sens aux choses de manière un peu compulsive, etc., tous ces comportements-là sont généralement des stratégies pour me distraire de l'instant présent. Et j'aime bien dire que guérir, c'est avant tout cesser. de faire ce qui me rend malade avant de mettre en place des choses. Et donc, pour pouvoir être présent dans mon corps et me reprogrammer à chaque instant et renvoyer l'information à mon système nerveux que je suis dans un état de sécurité, je vais avoir besoin bien sûr d'apprendre à être dans mon corps et à ressentir, mais je vais avoir surtout besoin de cesser de jouer tous ces rôles. Donc ça, c'est le quatrième pilier. J'apprends à cesser de me distraire par tous ces comportements inconscients que je mets en place malgré moi pour ne pas ressentir. pour ne pas être confronté à la douleur, pour ne pas être confronté à ce qui me semble dangereux de vivre dans mes cellules. Et le dernier pilier, ça va être un pilier en lien avec mes traumatismes. Je vais avoir besoin de vrai sur tout ce que j'ai codé comme positif ou négatif dans mon histoire. Puisque à chaque fois que j'ai codé quelque chose comme positif, comme agréable, je vais chercher à m'en rapprocher. À chaque fois que j'ai codé quelque chose comme négatif, je vais chercher à m'en distraire. Et c'est ces charges, ces codes inconscients que je porte dans mon bagage traumatique qui me poussent à fuir de telle ou telle manière, qui me poussent à me distraire, qui me poussent à poursuivre des objectifs avec une attente illusoire que l'objectif me donne satisfaction, et maintiennent en fait la spirale qui me rend malade. Et donc je vais avoir aussi besoin de vrai sur ce pilier-là pour me défaire définitivement de mes compulsions. Je te retrouve dans le troisième épisode du podcast dans lequel je vais justement aborder cette notion de traumatisme, cette notion de charge et en quoi finalement est-ce que ces charges vont avoir un impact sur la direction que je donne à ma vie, sur l'épanouissement personnel que je vais avoir dans mon quotidien face aux expériences que je traverse.