Speaker #0Il y a des douleurs qu'on apprend à terre tellement bien qu'elles finissent par parler à notre place. Ton corps a trouvé un langage, brutal parfois, incompréhensible souvent, mais jamais sans raison. Les compulsions alimentaires, la boulimie, l'hyperphagie ne sont pas des erreurs de fabrication, des ennemis à abattre. Ce sont les gardiens d'un ordre vital, des réponses intelligentes à quelque chose de trop lourd à exprimer autrement. Il n'y a rien à déchiffrer, ton système ne cherchait pas à te dire quelque chose. Il cherche juste à te maintenir en équilibre coûte que coûte. Je m'appelle Kitri et chez Bully Miracle, on ne combat pas les troubles alimentaires, on restaure l'équilibre pour qu'il n'ait plus besoin de l'exister. Bienvenue dans le quatrième épisode du podcast Bully Miracle. Dans cet épisode, nous allons voir ensemble sur quel levier, concrètement, est-ce que tu as une marge de manœuvre pour guérir définitivement des troubles alimentaires, et peut-être aussi un éclairage sur pourquoi est-ce que tu as peut-être tout essayé pour t'en sortir, et pourquoi est-ce que tu te retrouves toujours dans cette spirale. Je t'invite à écouter les épisodes précédents, dans lesquels j'ai partagé... Les mécanismes conscients et inconscients qu'ont conduit les troubles alimentaires, ça t'aidera à mettre en lumière cet épisode. Mais je vais surtout insister sur quel levier. Est-ce que tu as une marge de manœuvre et pourquoi peut-être que, comme moi, tout ce que tu as expérimenté d'un point de vue thérapeutique n'a pas fonctionné ? Et souvent, on a tendance à se dire « j'ai essayé l'hypno, ça ne marche pas, j'ai essayé l'EFT, ça ne marche pas, j'ai essayé l'EMDR, ça ne marche pas, ces outils ne marchent pas, etc. » Tout simplement parce qu'on ne comprend pas en quoi est-ce que l'outil s'imbrique dans une spirale beaucoup plus globale. Et donc dans cet épisode, j'ai vraiment à cœur de te transmettre concrètement sur quoi est-ce que tu as une marge de manœuvre avec des éléments concrets pour guérir. Et pour guérir de manière durable et définitive. On l'a vu, le trouble alimentaire, c'est une spirale qui s'auto-entretient. À plus large titre, les addictions sont une spirale qui s'auto-entretient. Et donc oui, il est possible de vivre toute sa vie dans cette spirale. mais si on œuvre sur l'ensemble des piliers, sur l'ensemble des leviers qui... auto-entretiennent cette spirale, on a aussi la possibilité de s'en défaire et cela de manière définitive. Quand la spirale est renversée, elle ne s'entretient plus et donc il n'y a plus besoin des symptômes. Ça n'est pas un voyage de lutte contre le symptôme. Tant que le symptôme est là, c'est qu'il a une raison d'être, c'est qu'il a une fonction, c'est qu'il permet un retour à l'équilibre. Et donc là, ce qui va être intéressant, c'est simplement de se concentrer sur les piliers qui entretiennent la spirale pour œuvrer sur ces piliers. et qu'à un moment donné, la spirale n'entretienne plus le symptôme jusqu'à ce que le symptôme s'effrite de lui-même. On l'a vu, la première chose qui conduit au trouble alimentaire, c'est un système nerveux dans un état d'alerte. C'est un système nerveux qui reçoit de manière constante un signal de danger. Et quand le système nerveux reçoit de manière constante un signal de danger, Eh bien, il va... chercher à nous distraire de l'inconfort ressenti. Et pour cela, il a débranché la partie supérieure du cerveau qui a la faculté de réfléchir, pour agir de manière automatique et nous maintenir en vie. Il n'y a pas de problème avec ce fonctionnement, le problème survient lorsqu'il ne retrouve jamais d'état de sécurité et qu'on est sans cesse en train de se distraire, c'est ce qui se passe dans le cas des addictions. Alors comment peut-on oeuvrer sur le système nerveux ? Il y a une grande mode en ce moment qui est la théorie polyvagale. qui est accessoirement des connaissances qui datent des années 90, donc ça n'a rien de nouveau. Maintenant, il y a des choses qui sont très intéressantes dans cette théorie, dans cette théorie polyvagale, et donc on va pouvoir s'en inspirer pour restaurer le système nerveux. Je vais vous donner quelques petites astuces, mais on va voir aussi que ce n'est pas qu'avec des exercices, ce n'est pas qu'avec les éléments de la théorie polyvagale qu'on restaure son système nerveux, c'est avant tout à travers un changement de... posture dans le quotidien et c'est pour ça que la guérison doit se passer à chaque instant de la journée et non pas pendant des séances thérapeutiques provisoirement chez des thérapeutes. Ça peut aider mais ce qui fait qu'on guérit c'est un changement d'état d'être, un changement de posture dans sa vie quotidienne. Donc le système nerveux si on reprend la théorie polyvagale ce qui est intéressant de savoir c'est que ce système il existe selon sa théorie trois états. Un état de sécurité, un état dans lequel on peut se sentir en lien avec les autres Un état dans lequel on se sent à sa place, un état dans lequel on se sent en sécurité, on se sent complet, on n'a pas besoin de compulser et surtout on a cette faculté à pouvoir réfléchir avant d'agir parce qu'on est sécure. Ça c'est le premier état, c'est un état de sécurité. Le deuxième état, c'est un état de danger et il existe deux sous-états. Il existe le système nerveux sympathique qui va être chargé de la mobilisation, donc de la fuite ou du combat. Ça, c'est à chaque fois que mon système nerveux va percevoir un danger sur lequel j'ai une marge de manœuvre. Donc quand j'ai une marge de manœuvre sur un danger, mon système nerveux s'active ou bien j'ai la faculté de combattre ou bien j'ai la faculté de fuir. Le troisième état, c'est un autre état de danger, c'est un autre état d'alerte. Simplement, dans cet état-là, mon système nerveux ne... ne reçoit plus l'information, qu'il a une marge de manœuvre. Donc, c'est dans un état où il y a une perception de danger, où je perçois ne pas avoir la main sur le danger. Dans ce cas-là, je vais me dissocier, je vais être dans un état de freeze, et je suis absente, je suis dissociée, je suis distrait. Donc, ce système nerveux, il coexiste dans trois états, et nous, ce qu'on veut pour guérir, c'est pouvoir retrouver un état de sécurité, c'est pouvoir retrouver un état de complétude. Et pour... retrouver cet état de complétude, je vais avoir besoin à la fois que mon système nerveux ne reçoive plus d'informations de danger, mais qu'il ait en plus une belle robustesse qui puisse revenir à cet état de sécurité. Donc je vais pouvoir user de différents exercices, de différentes choses, pour travailler entre guillemets ma résilience, ma robustesse pour redevenir sécure, parallèlement travailler sur tout ce qui maintient l'état d'alerte. La première chose, c'est tout ce qui va être hygiène de vie, c'est-à-dire que euh... On l'a vu, les compulsions alimentaires entretiennent le trouble alimentaire, entretiennent l'état d'alerte, mais il y a aussi d'autres facteurs. Par exemple, le sommeil, le fait de se coucher à heure fixe, le fait de se coucher avant minuit, le fait de ne pas être trop sur les écrans avant de dormir. Il y a plein de choses que l'on peut mettre en place d'un point de vue écosystème et hygiène de vie pour apaiser mon système nerveux. Le café tous les excitants. A chaque fois que je prends un café, je rajoute une dose de stress à un corps qui est déjà dans un état de stress chronique et qui n'arrive pas à retrouver sa sécurité. L'idée ici, c'est vraiment d'éteindre le feu. C'est d'éteindre le feu, c'est de en tout cas d'arrêter d'alimenter, d'arrêter de mettre des bûches dans la cheminée. Et parmi les bûches, il y a en effet tous les excitants. Il y a tout cet écosystème d'IgM de vie. Il y a aussi la glycémie. Comment est-ce que je peux restaurer ma glycémie, etc. Tous les exercices de respiration, puisqu'on a vu, le système nerveux reçoit des informations en provenance de mon corps et donc de ma respiration. Si je respire sans cesse de manière thoracique en rentrant le ventre, ce qui est beaucoup le cas dans le cas des TCA, je rentre mon ventre pour surtout être zelte, et donc du coup, je vais respirer de manière thoracique, je vais respirer avec ma poitrine. Et ça, dans la nature, quand on respire avec sa poitrine, souvent, c'est qu'on est en train de mobiliser ses ressources pour fuir. C'est qu'on est en train de courir, par exemple. Quand on court, on respire rarement de manière ample. Et donc, c'est pour le corps un signe de danger. Donc, en étant à l'écoute de ma respiration, en étant à l'écoute des amplitudes respiratoires, en étant à l'écoute de ma posture corporelle, quand j'ai les épaules rentrées comme ça, je suis en posture défensive. Lorsque je suis détendue dans mon corps, j'envoie l'information à mon système nerveux que je suis en sécurité. Il y a tout un tas d'exercices, notamment que met en lumière la théorie polyvagale, qui aident à restaurer son système nerveux, notamment des exercices qui font appel aux muscles du visage, aux nerfs faciaux, aux muscles des yeux, et qui vont venir aider à travailler cette robustesse du nerf vague, qui va nous permettre de travailler cette sécurité. Ça, c'est le premier pilier sur lequel on a une marge de manœuvre qui va se faire à travers une compréhension du fonctionnement de l'humain, mais aussi à travers des exercices qui peuvent être adaptés à l'état dans lequel on est. En fonction de mon état dominant, je ne vais pas adopter les mêmes exercices. Et c'est pour ça que c'est important d'avoir des connaissances sur ce sujet-là, parce qu'on voit passer de tout sur les réseaux sociaux. Et par exemple, non prendre des bains glacés si tu es addict et dans un état de stress chronique. c'est peut-être pas la meilleure idée parce que ça va rajouter une dose de stress à un corps qui ne sait pas retrouver son état d'équilibre. Alors même que les bains glacés placés dans un autre contexte vont pouvoir booster ta robustesse, booster ta résilience, booster ta faculté à retrouver l'équilibre. Donc tout est une question aussi de contexte et donc c'est très important d'apprendre à reconnaître dans quel état est-ce que toi tu te trouves. Les crises de boulimie, elles surviennent dans un état d'alerte pour certaines personnes. Elles vont permettre d'éteindre le feu. quand je suis en sympathique. Elles vont permettre de retrouver cet état de sécurité. D'ailleurs, à très court terme, on a vu à moyen terme que c'était catastrophique pour l'état d'alerte. Mais à très court terme, c'est intéressant de voir que quand je me gave, quand j'ingurgite une immense quantité de nourriture en peu de temps, je vais venir appuyer sur la branche ventrale de mon air vague qui va me permettre de trouver un état de sécurité. Et donc le fait de se blinder le ventre avec des aliments, ça permet de retrouver cet état de sécurité. Aussi, quand je vais vomir, le réflexe vomitif va venir tirer sur la branche ventrale du nerf vague et me permet de retrouver cet état de sécurité. Donc le mécanisme même de la compulsion a un sens. C'est quelque chose qu'on a trouvé de manière peut-être un peu instinctive, mais ça a un sens. Et c'est d'ailleurs pour ça que les personnes qui font de la boulimie vomitive vont dire « j'ai l'impression que ça me permet de faire un reset, que ça me permet de retrouver une forme d'interaction sociale ensuite » . Ça me permet de poursuivre ce que j'étais en train de faire en étant focus, en étant concentré. Parce qu'à très court terme, ça permet, en appuyant justement avec ce réflexe vomitif ou en gonflant son ventre avec la crise, ça permet de retrouver cet état de sécurité. Et donc ça, c'est aussi intéressant de voir que dans le comportement addictif de la compulsion, il y a un sens, il y a un profond sens au système nerveux et sécurité. Même si, à terme, et très rapidement l'état d'alerte va être encore plus grand et va nous pousser à fuir. Donc le premier pilier ça va vraiment être de travailler sur le système nerveux, d'apprendre à connaître les différents états, d'apprendre à répondre aux différents états et donc la crise de boulimie peut me permettre de retrouver de la sécurité lorsque je suis en sympathique et donc lorsque je suis dans le combat ou dans la fuite mais la crise de boulimie peut aussi me permettre de renouer. avec l'environnement, avec le concret, lorsque je suis dissociée, lorsque je suis dans un état qu'on appelle parasympathique dorsal. Quand je suis dissociée, quand je suis coupée du monde, tant le danger perçu est grand, le fait de manger me permet de retrouver un contact aussi avec la réalité, me permet de retrouver un contact avec les ressentis. Aussi douloureux puisse-t-il être à la suite d'une crise, ça va me permettre de retrouver une appréhension de l'environnement. La crise de boulimie, elle peut subvenir vraiment... Dans les deux états, dans les deux états d'alerte. Le deuxième pilier sur lequel on va avoir une marge de manœuvre, ça va être, on l'a vu, tout ce qui est posture physique, mais aussi biologie corporelle. Quand on souffre de troubles alimentaires, que ce soit de la boulimie ou de l'hyperphagie, il y a tout un tas de modifications biologiques qui ont lieu. Dans la boulimie par exemple, on va avoir très souvent une hypochloridie, donc un estomac qui ne sécrète plus suffisamment d'acide gastrique. C'est d'ailleurs pour ça qu'il y a beaucoup de reflux, il y a beaucoup de remontées acides. Et en réalité le paradoxe c'est que c'est parce que l'estomac s'épuise, a épuisé ses ressources, et ne sécrète plus suffisamment d'acide gastrique. Le système digestif est grandement abîmé parce qu'il reçoit des informations très contradictoires. Je mange, on me reprend, je sécrète de l'insuline, il n'y a rien qui rentre dans mes cellules. C'est très compliqué pour le corps. Et donc il peut y avoir aussi des dysbioses, il peut y avoir des SIBO, il peut y avoir des modifications de la thyroïde. Il y a tout un tas de conséquences d'un point de vue biologique du trouble alimentaire liées au comportement qui vont exacerber l'état d'alerte puisque dérégler le corps. Et donc notre corps va placer beaucoup de ressources à se maintenir en vie, à se maintenir dans un état d'équilibre. Et en restaurant tout cet écosystème biologique, que ce soit de la boulimie, que ce soit de l'hyperphagie, on va pouvoir aider à sécuriser le système nerveux. L'idée, ce n'est pas d'être au régime, pas du tout, mais il y a des choses qu'on peut implémenter d'un point de vue alimentaire, il y a des choses qu'on peut aussi implémenter parfois d'un point de vue médicamenteux. et c'est pour ça que c'est aussi important d'avoir des bilans complets lorsqu'on souffre de ces troubles alimentaires et je sais que c'est difficile d'en parler autour de soi, c'est difficile d'en parler même aux professionnels de santé mais c'est extrêmement important de le faire parce que Il y a des conséquences qui sont immenses à tout niveau de l'organisme, le comportement alimentaire a des conséquences à tout niveau, et ces conséquences à tout niveau exacerbent l'état d'alerte qui exacerbe les symptômes. Donc c'est vraiment très important d'oeuvrer sur ce pilier de la biologie du corps, puisque en plus en termes de fibres, le système nerveux reçoit beaucoup plus d'informations en provenance du corps qu'en provenance de l'environnement. Donc c'est vraiment un pilier à ne pas occulter, celui-ci. Le troisième pilier sur lequel il y a un apprentissage à avoir, et c'est un apprentissage qui va se faire par des exercices, mais surtout dans le quotidien, c'est réapprendre à incarner son corps, réapprendre à ressentir ce qui se passe dans son corps. Pourquoi ? Parce que quand on s'anesthésie, quand on compulse, on se distrait du ressenti corporel. Sauf qu'à force de se distraire, on est dissocié, on n'est plus présent. Mais ce corps, Il nous envoie des informations inconfortables, c'est celles-ci qu'on cherche à fuir à travers les addictions, mais il nous envoie aussi plein d'informations qui sont liées à notre intuition, qui sont liées à notre raison d'être, qui sont liées à nos valeurs intrinsèques essentielles, qui sont liées à ce qui nous inspire. Et donc ce corps, il a... On a besoin de l'habiter pour ressentir et retrouver la voie qui nous inspire. Et trouver la voie qui nous inspire et vivre en adéquation avec cette voie-là. Et en fait, à mesure qu'on s'est coupé à travers les symptômes addictifs, on s'est aussi coupé de notre intuition. On s'est aussi coupé de tous les merveilleux messages qui nous servent de guide au quotidien. Donc il va y avoir vraiment un apprentissage à avoir de « je reviens habiter mon corps et j'ai besoin » d'habiter mon corps pour vivre. Et tant que je ne serai pas en mesure d'être là, présente, avec les inconforts qui me traversent, je serai sans cesse en train de fuir et de me distraire. Et donc c'est un prérequis à tout changement. L'apprentissage de revenir. Et cet apprentissage de revenir dans son corps, il est progressif. C'est-à-dire qu'une personne qui a 10, 20, 30, 40 ans de boulimie ou d'hyperphagie derrière elle, elle va avoir besoin d'un peu de temps avant de se réapproprier ce qui se passe dans ce corps. À terme, c'est d'ailleurs indispensable d'être présent dans son corps pour ressentir la faim, la satiété, les signaux en lien avec l'alimentation. Mais c'est peut-être les derniers à revenir ceux-là, on n'en est pas là. Déjà, pouvoir renouer avec ce qu'on appelle l'interoception, avec tous les signaux que le corps renvoie au quotidien petit à petit, c'est primordial. C'est comme en sport. Au début, on va tenir peut-être quelques secondes seulement pour être présent dans ce corps. Et puis à terme, on va pouvoir tenir plusieurs minutes, voire plusieurs heures. Et le but, c'est quand même de finir par vivre dans son corps et de capter l'inverse, de capter quand on se déconnecte de lui. Et ça, c'est vraiment un pilier qui est indispensable parce qu'on a besoin d'être présent dans son corps pour se reprogrammer dans le quotidien. Tant qu'on ne peut pas vivre les inconforts du quotidien, on s'en distrait et on renvoie l'information au système nerveux qu'on est en danger. Donc on exacerbe ces traumatismes. Si par contre, à chaque fois que c'est inconfortable, on peut être présent avec l'inconfort dans son corps, on guérit, puisqu'on renvoie l'information qu'on est en sécurité, même si c'est inconfortable, et qu'on n'a plus besoin de fuir. Et donc le système nerveux, la fois d'après, va envoyer un signal qui sera moins important, puisqu'il aura pu le vivre une première fois. Ça c'est quelque chose qu'on a tous vécu, simplement par le fait de vivre sur Terre, et c'est quand même extraordinaire de se dire qu'on peut guérir juste en vivant dans son corps. Par exemple, si quand vous étiez petit, réciter une poésie à l'école et parler en public, c'était très inconfortable, peut-être qu'à force, au fil des années, à mesure que vous avez été confronté à ces expériences, c'est de plus en plus facile pour vous de vous exprimer face aux autres. C'est tout simplement ce processus qui a eu lieu. Comme vous avez pu être présent dans votre corps à mesure que vous avez vécu des expériences qui étaient codées comme dangereuses, votre système nerveux a dépolarisé la charge et a enregistré que ce qui avait été perçu comme dangereux par le passé ne l'est pas tant que ça, puisque aujourd'hui je suis en mesure de traverser l'inconfort lié à cette épreuve, à tel point que l'inconfort ne se manifeste peut-être même plus. Donc ça c'est le troisième pilier. Le quatrième pilier, ça va être un apprentissage à s'observer. C'est un petit peu comme si on était un acteur, on est un acteur qui joue plein de rôles. Et ces rôles ne sont pas tous joués depuis la même intention. On joue plein de rôles, par exemple, moi je joue la thérapeute, je joue la maman, je joue l'ami, je joue l'épouse, enfin on a tous plein de rôles. Et ce qui compte, c'est de se demander, tous les rôles que je joue, depuis quel espace intérieur est-ce que je les joue ? Est-ce que je joue ces rôles par peur, par quête d'idéal, ou est-ce que je joue ces rôles parce qu'ils sont inspirants pour moi ? parce que je me sens à ma place, parce que je me sens nourrie dans ce que je fais. Et à chaque fois que je joue un rôle par peur ou par quête d'idéal, je me rends malade. Je me rends malade parce que je renvoie l'information que j'ai besoin de fuir, je reçois l'information que j'ai besoin de poursuivre le plaisir, je me distrais de ce que je ressens dans mon corps, parce que souvent quand on joue ces rôles, c'est par un instinct ou une impulsion, et donc ce n'est pas par intuition, c'est parce qu'on se distrait de quelque chose d'inconfortable ou qu'on poursuit le plaisir. illusoire du coup, le plaisir idéalisé. Et tous ces rôles que je vais jouer dans mon quotidien vont avoir un impact sur ma guérison. C'est-à-dire que si je joue par peur toute la journée, je me rends de plus en plus malade. Si je joue par quête d'idéal toute la journée, je me rends de plus en plus malade. Et je renvoie l'information à chaque fois à mon système nerveux que je suis polarisée, qu'il y a vraiment des choses dangereuses, que je gagne à adopter une direction et pas une autre. Et je me rends de plus en plus malade. Et donc, il y a un vrai travail à faire sur toutes les stratégies de fuite pour gagner en sécurité. Pas que sur l'alimentation. Et du coup, c'est très réducteur de croire qu'on peut guérir d'un trouble alimentaire juste en se focalisant sur la partie alimentaire. Oui, mais en fait, la stratégie d'éviction, elle va juste changer de forme. Il y a plein de programmes, il y a plein d'accompagnements qui vont se baser sur la restriction physique, la restriction cognitive pour éradiquer les crises. Et bien sûr que ça va fonctionner, parce que pour qu'il y ait une crise, la recette magique, c'est système nerveux en alerte plus charge autour de l'alimentation. Donc si on enlève la partie charge autour de l'alimentation, il n'y aura plus besoin de la crise. Maintenant, la limite de ça, c'est que la personne va quand même continuer à se distraire, va quand même continuer à fuir par d'autres stratégies. Et le but quand même, c'est peut-être de retrouver une forme de sécurité, de ressources pour traverser l'inconfort. Je ne crois pas qu'il y ait un jour dans la vie où on ne soit plus activé par rien, où on soit des bouddhas en puissance. Je pense que ça n'arrivera pas. Par contre, il y a un moment dans la vie où on a les ressources, la sécurité nécessaire pour traverser l'inconfort. et ces ressources et cette sécurité nécessaires pour traverser l'inconfort, le prérequis, ça va être de cesser de jouer tous ces rôles. De cesser de jouer tous ces rôles par peur. On continuera à jouer des rôles, mais le moins possible par peur. Le moins possible par quête. Ou en tout cas, déjà, avoir conscience que l'on joue par peur. Avoir conscience que l'on joue par quête. Ça change tout. Ça n'a plus du tout la même saveur. C'est vraiment moi ce que j'ai vécu à mon retour de Mongolie. Je continuais à jouer, mais j'avais conscience que je jouais. Et du coup, ce n'est plus du tout le même espace. Ça n'a plus du tout la même intensité. Donc, quatrième pilier, ça va être un travail de chaque instinct pour justement identifier depuis quel espace est-ce que je joue, quel espace en moi impulse mes choix, impulse ma direction. Le dernier pilier, ça va être un travail sur la racine, le traumatisme, la charge. La charge elle-même qui conditionne tous ces comportements. Et je vais pouvoir me servir de ma conscience, l'observation que je vais avoir de moi-même dans les rôles que je joue par peur, pour identifier la charge. Qu'est-ce que j'ai codé comme étant plus positif que négatif ? Qu'est-ce que j'ai codé comme étant plus négatif que positif ? Et comment est-ce que je peux dissoudre ce trauma ? Une fois que je l'ai identifié, je vais pouvoir le dissoudre. Dissoudre un traumatisme, ce n'est pas comprendre le sens. C'est pas... identifier la racine dans son histoire. C'est pas analyser. On sait qu'un traumatisme est réintégré lorsque pour rien au monde, on voudrait que notre histoire soit différente. On sait qu'un traumatisme est intégré lorsque on a perçu qu'il y avait un apprentissage aussi important que la douleur reçue. Jusqu'à ne plus vouloir que l'expérience n'ait pas eu lieu. Parce que tant qu'on reste averse à certaines expériences, on n'est pas libre au quotidien. Et c'est très dur quand il y a eu des expériences très polarisantes, c'est extrêmement dur. Mais la réintégration d'un traumatisme, c'est quand le corps cesse de réagir, pas la tête. Et ça, c'est vraiment extrêmement important d'intégrer ça. On ne guérit pas en comprenant intellectuellement, on guérit par le corps. Et ce qui va nous faire dire qu'on a guéri, c'est la réaction de nos cellules face à une expérience. C'est pas l'intellect. Et on peut très bien se convaincre, et ça je le vois beaucoup, j'ai beaucoup travaillé sur mon histoire, je suis complètement à l'aise avec cette partie, j'ai pardonné, etc. Mais en réalité, le corps reste en réaction tant que le traumatisme n'est pas réintégré. Et donc on a vraiment besoin de faire un travail de réintégration des traumatismes pour guérir. Et ce travail de réintégration, on l'a vu, il peut se faire de manière thérapeutique en œuvrant sur ce pilier-là. Il peut aussi se faire simplement en étant présent. à ce qui se passe dans son corps, et c'est ça qui est extraordinaire, c'est qu'on peut guérir en étant présent, simplement en cessant de faire ce qui nous rend malade. Donc vous allez me dire, c'est bien beau tout ça, mais moi, j'ai déjà fait 10 ans de psychothérapie, j'ai fait de l'EMDR, j'ai fait de l'EFT, j'ai fait de l'hypnose, j'ai fait de la nutrition, j'ai fait de l'alimentation intuitive, j'ai fait... Et j'en suis toujours au même point, et j'ai l'impression quand même que dans les piliers que tu me donnes, il y a des choses que j'ai déjà travaillées et que ça n'est pas suffisant. Et ça c'est... un point important et donc je vais essayer d'être le plus clair possible. Je ne blâme aucune approche, je suis formée à la plupart des approches que je vais citer, je veux juste vous montrer les limites d'une approche prise de manière séparée du reste. Parce que je crois que le fond du problème, c'est absolument pas les approches thérapeutiques qui ont toutes une richesse immense, qui viennent toutes apporter un maillon extraordinaire à la compréhension de l'humain. Je crois simplement que la difficulté, c'est, un, quand on donne son pouvoir aux approches et qu'on se raconte que la guérison viendra de l'approche. Et deuxième difficulté, c'est que je crois que lorsqu'on prend une approche en la séparant des autres leviers de l'écosystème, forcément la spirale se reconstitue naturellement. Toutes les personnes qui ont fait beaucoup de psychothérapie, c'est très bien la psychothérapie, ça permet de venir déposer tout un tas de choses. Mais parfois, si vous souffrez de troubles alimentaires, peut-être que vous êtes des personnes qui sont très cognitives, vous avez une faculté d'analyse extrêmement développée au détriment des ressentis corporels. Et donc on peut aussi, ça a été mon cas, se raconter les histoires qui nous rendent malades. Quand je dis se raconter des histoires qui nous rendent malades, c'est se raconter des histoires qui nous soulagent en essayant de chercher une cause extérieure à notre malheur. Moi, c'est ce que j'ai fait. Et ça ne vient pas de la psychothérapie, ça vient de l'espace intérieur depuis lequel on fait ces démarches. Donc on va chercher à analyser, à trouver, à identifier une racine, sauf qu'on est dans notre tête, on n'est pas dans notre corps. Et ce n'est pas parce qu'on comprend qu'on va venir réintégrer le trauma. Et ça, c'est important aussi. Parce que parfois, on se raconte, j'ai compris, j'ai identifié, je sais pourquoi, mais ça ne change rien. Oui, parce que ça ne passe pas par l'analyse mentale. Et d'ailleurs, dans le cadre des addictions, on voit bien que le cerveau est débranché. La partie cognitive, la partie intellectuelle, on sait que faire une crise, ça ne va pas forcément résoudre le problème. Pourtant, on le fait quand même. Donc, ce n'est pas à travers la partie intellectuelle qu'on va pouvoir guérir. Et ça, ça peut être, je pense, un immense frein. Donc si vous faites une psychothérapie, le problème ce n'est pas la psychothérapie, mais demandez-vous depuis quel espace est-ce que vous le faites ? Est-ce que vous le faites pour identifier un coupable ? Est-ce que vous le faites pour trouver une cause ? Et est-ce que vous le faites en étant dans votre corps ? Et ça c'est important. Le modérateur que je vois souvent aussi c'est « je ne comprends pas, j'ai fait un gros travail sur mes traumas, à travers le MDR, à travers d'autres approches sur les traumas, mais mon corps continue à réagir. » Et donc ça, l'interprétation que je peux en faire, parce que j'ai été dans ce cas-là. D'ailleurs, je me suis formée à beaucoup d'approches sur les traumas. Mais en fait, je me formais, je partais faire ces thérapies-là. Mais en parallèle dans ma vie, je continuais à me distraire de mes ressentis corporels. Je continuais à jouer des rôles par peur. Et je n'étais absolument pas présente et consciente à ce qui se passait dans mon quotidien. Et du coup, j'avais beau travailler un trauma en séance, puisque tout le reste de ma vie continuait à entretenir la boucle traumatique. D'un côté, je dépolarisais en séance, mais je repolarisais dans mon comportement. Et ça, c'est vraiment comme si c'était le tir à la corde. On va faire des choses en séance pour dépolariser un événement, mais dans son quotidien, on n'a pas conscience de l'impact de notre pouvoir sur notre reprogrammation. Et donc, on va continuer à céder à nos instincts, à céder à nos impulsions, à fuir la présence au corps. Et donc, il y en a un qui tire à gauche pendant que l'autre tire à droite. Et donc, on fait du surplace. Ce que je vois beaucoup aussi, c'est en ce moment, pas mal, enfin depuis quelques années, c'est j'ai compris que la guérison devait passer par le corps. Donc, je fais beaucoup de yoga, je fais beaucoup de méditation pour revenir dans le corps. Et c'est très bien. Et c'est des outils qui sont absolument formidables. Mais n'oublions pas quand même que... La présence à son corps, elle doit être dans le quotidien, dans sa vie. Et ce n'est pas parce qu'on a la caution au cours de yoga que tout le reste de sa journée, on va pouvoir être présent dans son corps. Et ça demande vraiment un effort. Au début, on aura toujours mieux à faire que de se distraire. Mais de pouvoir revenir dans son corps, revenir dans ses ressentis, c'est quelque chose qui se fait à chaque instant de la journée, pas que pendant les séances. J'ai vu des nutritionnistes spécialisés dans les troubles alimentaires et je n'arrive pas à suivre ce qu'on me dit. Oui, parce que parfois, restaurer la biologie par l'alimentation, ce n'est pas le premier pilier sur lequel on va pouvoir oeuvrer. Parce que parfois, il y a trop de charges traumatiques pour pouvoir s'autoriser à remanger. Parfois, il y a trop de charges traumatiques sur le fait de réintégrer certains aliments, de sortir de la restriction cognitive, de sortir de la restriction physique. Il y a parfois des étapes avant. Et les cinq piliers dont je vous parle, ce sont des piliers qui fonctionnent comme un escargot, comme une spirale. Ce n'est pas des piliers. où c'est étape 1, étape 2, étape 3, étape 4, étape 5, c'est vraiment à chaque fois que j'oeuvre sur un pilier, j'oeuvre sur le reste. Et donc parfois peut-être que vous avez suivi une approche nutritionnelle qui n'était pas adaptée à là où vous en étiez à ce moment-là parce qu'il y avait d'autres choses à creuser en amont pour pouvoir implémenter l'approche alimentaire. Pour autant, ce n'est pas pour ça qu'elle ne sert à rien puisqu'on l'a vu, il y a vraiment une grande composante qui est biologique dans les troubles alimentaires. Et donc ce qui est important c'est de pouvoir oeuvrer sur tout en même temps et ne pas laisser de côté un élément. Garder du coup à l'esprit que ce qui fait que les choses fonctionnent ou pas c'est vraiment la... Si on prenait l'exemple d'un légume qu'on fait pousser, ce qui fait qu'un légume va pousser, ce n'est pas que le fait de l'avoir bien planté. Et si ça ne marche pas, ce n'est pas la graine qui est mauvaise. Ce n'est pas que la graine qui est mauvaise. Ça ne vient pas forcément de la graine qui est mauvaise. Et donc, ce qui fait qu'un légume ne va pas pousser, si vous essayez de faire pousser des tomates en hiver, elles ne vont pas pousser. Le problème, ce n'est pas les graines. Le problème, c'est tout l'écosystème. Et c'est exactement pareil avec les outils thérapeutiques. Et souvent... il y a comme une envie d'être sauvée par un outil ou par une thérapie en nous. Et donc on se tourne vers les outils comme si c'était ça qui allait être révolutionnaire, en se disant je vais essayer l'acupression, je vais essayer les soins énergétiques, mais on le voit comme quelque chose qui va nous sauver. Or, ce qui fait que la spirale se renverse, c'est toute une synergie entre la personne et ce qu'elle met en place. Le problème, ce n'est jamais l'outil. C'est peut-être que justement, la posture n'était pas juste. C'était peut-être pas le moment. Il y avait peut-être des étapes avant, etc. Et surtout, si on se lance dans une voie sans prendre en compte l'ensemble, la spirale se reconstitue. C'est-à-dire qu'on peut travailler sur ces traumas, on peut travailler sur le lien, on peut travailler sur la sécurité intérieure. Je pense à toutes les personnes qui font des thérapies de groupe. Tout ce qui est approche de groupe, approche autour du lien, approche humaniste, etc. C'est formidable, on va travailler sur le lien. Pour travailler sur le lien, si on restaure en parallèle la biologie, ça va être encore plus puissant parce que ça va être encore plus facile d'être en lien et d'être vrai et de ne pas se couper. Et il n'y a pas des approches qui sont bonnes, des approches qui sont mauvaises. Il y a simplement un besoin de cohérence dans le parcours et un besoin de prendre en compte l'ensemble des leviers en même temps, de manière simultanée, pour que la spirale puisse être vertueuse. Parce que je peux travailler sur le lien, je peux travailler sur mon authenticité, je peux travailler sur mon histoire, je peux travailler sur mes traumas, je peux travailler sur la biologie de mon corps, je peux travailler sur la présence à moi-même. Je peux faire plein de choses, mais si je les fais de manière à déconnecter les unes des autres, le reste continue à se recréer. Et donc, encore une fois, je ne voudrais pas que mon message soit interprété de cette manière-là. Toutes les approches sont formidables, mais par contre... elle s'imbrique dans un écosystème global et complet autour de la personne. Et ça, c'est important. J'espère que cet épisode te permettra de mettre en lumière peut-être ce qui se joue pour toi si ça fait des années que tu œuvres. Peut-être que ça te permettra de questionner depuis quel espace est-ce que tu cherches une solution ? Quel pouvoir est-ce que tu as remis dans les thérapeutes, dans les programmes de coaching, dans les outils thérapeutiques pour voir qu'en fait... peut-être que tu as déjà beaucoup de ressources et tu peux peut-être implémenter de manière simultanée tout ça pour guérir durablement et définitivement. Et je t'assure que c'est possible. Il y a des centaines d'exemples de personnes qui n'ont plus besoin de leurs symptômes, non pas parce qu'elles ont lutté contre le symptôme, non pas parce qu'elles ont cherché à l'éradiquer, mais parce qu'elles ont restauré l'écosystème dans lequel elles habitent et les symptômes se sont effrités d'eux-mêmes.