- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast sur l'adaptation climatique de Terre Digradale. Aujourd'hui, comment choisir son prestataire et éviter le mauvais diagnostic climat ?
- Speaker #1
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue. Alors aujourd'hui, on va s'attaquer à un sujet qui est un peu passé des pages environnement aux pages finance des journaux. C'est l'adaptation au changement climatique. Mettons-nous un instant dans la peau d'un directeur financier. On reçoit un rapport... une grande carte de France et notre usine principale est en pleine dans une zone, là, rouge vif. Le rapport dit risque élevé d'inondation. Et puis, c'est tout.
- Speaker #0
Et là on se dit...
- Speaker #1
La question qui tue c'est ok, et maintenant je fais quoi ?
- Speaker #0
C'est précisément le nœud du problème. L'information brute, même si elle est anxiogène, elle ne sert à rien si elle ne débouche pas sur une décision.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et ce qui ressort de nos lectures c'est qu'il existe un fossé immense entre savoir qu'on est exposé à un risque et Et avoir les moyens d'y répondre de façon vraiment rationnelle. Les documents qu'on a analysés sont très clairs là-dessus. Un mauvais diagnostic ou un diagnostic incomplet, ce n'est pas juste inutile. C'est, et je cite, « de la valeur détruite » .
- Speaker #1
De la valeur détruite. La formule est choc. Ça veut dire qu'on se retrouve à engager des investissements très lourds, ce que les financiers appellent les capex, au mauvais endroit ou sur la base de mauvaises hypothèses.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Et c'est là que le choix du partenaire qui réalise ce diagnostic devient absolument stratégique. Notre mission aujourd'hui, c'est un peu de décortiquer à partir de nos sources le parcours en trois étapes. Celui qui permet de passer de cette carte rouge angoissante à un plan d'investissement qui soit clair, rentable et surtout défendable.
- Speaker #0
Un parcours qui commence par une question de langage en fait. Comment on fait parler le climat la langue de la finance ?
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Ensuite, on verra comment s'assurer que ce qu'on nous dit est vrai. L'exigence de transparence absolue. Pour ne pas tomber dans le piège des fameuses boîtes noires.
- Speaker #1
Bien sûr !
- Speaker #0
Et enfin, on plongera dans le concret, le terrain, pour comprendre pourquoi la bataille de la résilience, elle se gagne, au centimètre près.
- Speaker #1
Parfait ! Alors allons-y pour cette première étape, la traduction. Savoir qu'un site risque une inondation une fois tous les 100 ans, bon, ça c'est une information de météorologue. Pour un conseil d'administration, ça reste une abstraction totale.
- Speaker #0
C'est ça !
- Speaker #1
Comment on passe de cette probabilité à un chiffre en euros ?
- Speaker #0
C'est tout l'enjeu. Le rôle d'un partenaire d'adaptation, ce n'est pas de faire peur avec des cartes. C'est d'aider l'entreprise à, je cite encore, « arbitrer un investissement » . Et pour ça, il faut des métriques qui ont un sens financier.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
L'une des plus importantes, c'est ce que les experts nomment la perte annuelle attendue, ou EAL en anglais.
- Speaker #1
La perte annuelle attendue ? Ouais, ça sonne un peu technique, non ?
- Speaker #0
Ça peut paraître technique, mais en fait, c'est très intuitif. Pensez-y comme la prime d'assurance que la nature vous facture, en quelque sorte.
- Speaker #1
Ah, d'accord !
- Speaker #0
Vous ne payez pas forcément une inondation chaque année, mais si on lisse le coût potentiel de tous les sinistres possibles sur le long terme, c'est ce que le risque vous coûte. En moyenne.
- Speaker #1
Je vois.
- Speaker #0
Savoir que le risque d'inondation de votre usine représente une perte annuelle attendue de 500 000 euros, ça, c'est une information sur laquelle on peut commencer à travailler.
- Speaker #1
Ah oui, là, ça change tout. Ce n'est plus un risqueur abstrait, c'est une ligne de coût potentiel dans mon bilan. Et j'imagine qu'on peut aller plus loin.
- Speaker #0
Bien sûr. On peut traduire le risque en jours d'indisponibilité potentielle d'une chaîne de prods. Ça, ça parle immédiatement à un directeur des opérations.
- Speaker #1
Oui, évidemment.
- Speaker #0
Mais le plus puissant, c'est quand on retourne le problème. Si je construis une digue qui coûte, disons, 2 millions d'euros, de combien est-ce que je réduis ma perte annuelle attendue ? Si je la fais passer de 500 000 euros à 50 000 euros, mon projet me fait éviter 450 000 euros de perte par an.
- Speaker #1
Et là, on peut calculer ce qui intéresse tout le monde, le retour sur investissement, le fameux ROE.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Ma digue à 2 millions qui me fait économiser 450 000 euros par an, elle est rentabilisée en moins de 5 ans. Attendez, si je comprends bien, on transforme une dépense de protection subie en un projet d'investissement avec un rendement quantifiable ?
- Speaker #0
Vous mettez le doigt sur le changement de paradigme. L'adaptation climatique quitte le département RSE pour devenir un vrai sujet pour le directeur financier.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et l'objectif ultime, que nos sources mentionnent explicitement, c'est de pouvoir s'asseoir avec son banquier ou son assureur, chiffre à l'appui, pour renégocier les conditions de financement et d'assurance.
- Speaker #1
En prouvant que ses actifs sont plus résilients.
- Speaker #0
C'est ça, la valeur elle est là.
- Speaker #1
D'accord, c'est puissant. Mais ça soulève immédiatement une question critique. Comment est-ce qu'on peut faire confiance à ces chiffres ? Si un prestateur m'annonce un héroïde 20%, je dois être absolument certaine que son calcul ne sort pas d'un chapeau.
- Speaker #0
Et ça nous amène ?
- Speaker #1
Ce qui nous amène directement au problème que nos sources appellent la boîte noire.
- Speaker #0
C'est le point de vigilance numéro 1. Une boîte noire... C'est un partenaire qui vous donne un score, un chiffre, une conclusion sans jamais vous montrer le détail du moteur.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
L'analyse que nous avons sous les yeux insiste sur un point essentiel, la transparence est non négociable. Il faut pouvoir tout tracer de la donnée d'origine au résultat final.
- Speaker #1
Mais attendez une seconde, si une entreprise a développé une méthode de modélisation vraiment révolutionnaire, on peut comprendre qu'elle veuille protéger sa propriété intellectuelle, non ? Est-ce qu'on doit vraiment s'attendre à ce qu'elle dévoile tous ses secrets ?
- Speaker #0
C'est une excellente question qui touche aux au cœur du sujet. Il ne s'agit pas de voler des secrets industriels, mais d'exiger la capacité de vérifier la démarche. Les documents listent des questions très précises à poser. Par exemple, quelles sont vos données sources pour la pluviométrie ou la topographie ? Sont-elles publiques, comme celles de Météo France ou de l'IGN ? Sont-elles auditables ? Ou encore, vous utilisez les scénarios du GIEC ? Très bien, mais lesquels ? Le scénario optimiste, le médian, le pessimiste ? Et pourquoi ce choix pour mon secteur d'activité ?
- Speaker #1
Oui, c'est logique.
- Speaker #0
Et la question la plus importante reste, pouvez-vous me détailler la chaîne de calcul qui transforme une hauteur d'eau en un montant de dommages sur mon bâtiment ?
- Speaker #1
Donc, si je comprends bien, on ne demande pas la recette secrète du Coca-Cola mais plutôt la liste des ingrédients et les grandes étapes de fabrication pour être sûr que ce n'est pas du poison.
- Speaker #0
C'est une bonne analogie. La rigueur scientifique, c'est la clé. Les méthodes doivent être validées, robustes et reproductibles. Si un autre expert refait le calcul avec les mêmes données, la même méthode, il doit trouver le même ordre de grandeur.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et un signe de ces triggers, c'est la façon dont le partenaire gère l'incertitude.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #0
Ben… un partenaire qui vous donne un chiffre unique et définitif sur ce qui se passera en 2050 est soit un génie, soit un charlatan.
- Speaker #1
Probablement la deuxième option.
- Speaker #0
Le climat est un système complexe : les modèles ont leurs limites. Une approche honnête et robuste, c'est de fourmir des fourchettes de résultats. Pour un scénario donné, la perte attendue sera probablement comprise entre un minimum et un maximum, avec une valeur médiane.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Travailler avec six fourchettes, c'est la seule façon de dimensionner correctement les investissements. On ne construit pas la même protection si on se couvre contre le scénario médian ou le scénario du pire.
- Speaker #1
En somme, un bon partenaire admet ce qu'il ne sait pas avec autant de clarté qu'il affirme ce qu'il sait.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et cette transparence, c'est la seule chose qui permet ensuite à un dirigeant de défendre ses décisions d'investissement en comité et face aux auditeurs, comme le souligne l'un des rapports. C'est une question de crédibilité en fait.
- Speaker #0
Et de responsabilité. Sans cette rigueur, l'analyse de risque reste un exercice de communication. Avec elle, elle devient un outil de pilotage stratégique.
- Speaker #1
D'accord, donc on a des métriques financières fiables et transparentes, mais elles doivent bien reposer sur quelque chose de concret, de physique.
- Speaker #0
Oui !
- Speaker #1
Une excellente formule mathématique basée sur une carte floue donnera toujours un résultat inutile. Ce qui nous amène à notre troisième point que j'ai trouvé le plus fascinant : L'importance de la granularité.
- Speaker #0
Oui, là on touche à la réalité du terrain. Les documents qu'on a étudiés utilisent une phrase très parlante. Des cartes en couleur établies sans méthode traçable ne servent à rien. On a tous en tête ces cartes régionales ou départementales. Mais ce qu'on apprend, c'est que le risque climatique, il ne se joue pas à l'échelle d'une commune mais…
- Speaker #1
À quelques mètres près.
- Speaker #0
À quelques mètres près.
- Speaker #1
C'est-à-dire que deux bâtiments voisins pourraient avoir des niveaux de risque complètement différents.
- Speaker #0
Exactement. C'est ce que nos sources appellent la granularité utile. L'analyse doit descendre au niveau des coordonnées GPS de chaque actif critique. Pas juste l'adresse de l'usine, mais l'emplacement précis du transformateur électrique qui l'alimente, du serveur informatique, de la machine la plus coûteuse.
- Speaker #1
Ah oui ?
- Speaker #0
Pour comprendre le risque, il faut intégrer des facteurs ultra locaux. La nature du sol, la pente exacte du terrain, est-ce que le bâtiment est dans un creux de 50 cm ? La capacité d'absorption des parkings, le diamètre des canalisations d'évacuation.
- Speaker #1
Ça paraît fou ! Comment est-ce qu'on peut modéliser un truc aussi complexe ?
- Speaker #0
C'est là que la technologie change la donne. Pour intégrer tous ces paramètres, les approches les plus pointues utilisent ce qu'on appelle des jumeaux numériques.
- Speaker #1
Des jumeaux numériques ?
- Speaker #0
Imaginez qu'on crée sur ordinateur une réplique 3D parfaite de votre site industriel. Pas juste les bâtiments, mais tout. La topographie au centimètre près, la pente du parking, le diamètre de chaque bouche d'égout, la composition du sol.
- Speaker #1
C'est une sorte de jeu vidéo ultra réaliste de mon usine en fait ?
- Speaker #0
C'est exactement ça. Et sur ce jumeau numérique, on peut déchaîner des événements climatiques virtuels. On simule une pluie centennale et on regarde en direct ce qui se passe.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
On voit l'eau s'écouler, où elle s'accumule, à quelle hauteur elle monte. On peut voir précisément si le quai de chargement devient inaccessible, si l'armoire électrique qui contrôle toute la production est submergée ou si la route d'accès est coupée.
- Speaker #1
Incroyable !
- Speaker #0
On passe d'une probabilité statistique à une simulation physique.
- Speaker #1
C'est un saut qualitatif énorme. On ne parle plus de savoir si une ville est à risque, mais de savoir si le transformateur au fond du parking, à 50 cm plus bas que le reste, va griller et paralyser toute l'activité.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
C'est un niveau de décision complètement différent.
- Speaker #0
Et cette précision amène à un dernier point crucial, l'exhaustivité des périls. Un diagnostic qui se base uniquement sur les catastrophes passées est jugé, je cite, « inutilisable » .
- Speaker #1
Ah oui !
- Speaker #0
Le climat change, les risques de demain ne sont pas ceux d'hier. Il faut aussi modéliser les menaces qu'on n'a peut-être encore jamais vues sur le site.
- Speaker #1
Nos lectures donnaient un exemple frappant sur ce point, les inondations par ruissellement.
- Speaker #0
Oui, c'est l'emblemort classique ! On pense toujours au fleuve qui sort de son lit. Mais ce que les chercheurs soulignent, c'est que le ruissellement, quand des pluies torrentielles saturent les sols et que l'eau dévale les pentes, est aujourd'hui en France la première cause des arrêtés de catastrophes naturelles.
- Speaker #1
La première cause ?
- Speaker #0
C'est un risque diffus qui peut toucher n'importe qui, même loin d'un cours d'eau. Un bon diagnostic doit absolument le couvrir, au même titre que la sécheresse ou les chaleurs extrêmes.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
C'est d'ailleurs devenu une exigence de conformité pour des normes comme la CSRD ou IFRS. Omettre un péril, c'est prendre le risque de devoir justifier des pertes qui auraient pu être anticipées.
- Speaker #1
C'est limpide. Les trois piliers s'emboîtent parfaitement. La précision extrême du jumeau numérique alimente des calculs scientifiques transparents qui eux-mêmes produisent des indicateurs financiers qui permettent de prendre des décisions d'investissement rationnels.
- Speaker #0
On pèse d'un cercle vicieux de l'incertitude à un cercle vertueux de la décision.
- Speaker #1
Si on devait synthétiser tout ça en une seule idée forte, ce serait la règle d'or mentionnée à la fin d'un des documents. Il faut exiger un partenaire décisionnel et pas un simple fournisseur de score. Le mot est important. On ne cherche pas quelqu'un pour nous dire « vous êtes en danger » , on cherche quelqu'un pour nous aider à construire la meilleure défense au meilleur coût.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Les livrables doivent être utiles, actionnables et robustes scientifiquement.
- Speaker #0
Et si l'on connecte cela à une vision plus large ? on comprend que le choix de ce partenaire est en fait une décision stratégique qui conditionne la capacité de l'entreprise à naviguer dans un futur incertain.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Le bon choix permet de passer d'une gestion de crise subie à une stratégie proactive de résilience. Et dans un monde de plus en plus volatile, cette résilience devient un véritable avantage compétitif.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Les trois piliers sont les fondations, le focus financier pour parler le langage de l'investissement, la transparence pour garantir la crédibilité et la précision de l'actif pour être adapté ancrée dans la réalité.
- Speaker #1
Un diagnostic qui ne permet pas d'agir est un diagnostic inutile. C'est peut-être la leçon la plus simple et la plus importante au fond. Le vrai changement, alors, c'est de ne plus voir l'adaptation comme un centre de coût, mais comme une machine à optimiser le capital. La question à se poser n'est peut-être plus combien coûte la résilience, mais plutôt combien nous rapporte-t-elle ? C'est une réflexion à méditer. Merci de nous avoir suivis sur le podcast de Tardigradaï. A très bientôt pour un prochain épisode.
- Speaker #0
Merci pour votre écoute. Retrouvez-nous sur le site www.tardigrade-ai.com A bientôt pour un prochain épisode.