- Speaker #0
L'idée que les entreprises doivent s'adapter au changement climatique, aujourd'hui, c'est une évidence. C'est un consensus.
- Speaker #1
Oui, tout le monde est d'accord là-dessus.
- Speaker #0
Des diagnostics sont lancés, des fonds sont alloués, tout le monde semble sur le pont. Mais que se passerait-il si les cartes de navigation, les outils au cœur de cette adaptation, étaient fondamentalement défaillants ?
- Speaker #1
C'est une excellente image ça. On pourrait même la filer. C'est un peu comme acheter une voiture neuve. Dernier cri, vous savez, bardée d'électronique.
- Speaker #0
Oui. Et puis,
- Speaker #1
mais découvrir en lisant la notice que le moteur et le système de freinage ont été conçus il y a 20 ans, pour le trafic d'un autre siècle.
- Speaker #0
On a l'impression d'être en sécurité, la carrosserie brille...
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Mais les organes vitaux sont dangereusement obsolètes. Alors décortiquons ça, parce que c'est exactement le paradoxe que soulèvent les sources qu'on a sous les yeux. Notre mission aujourd'hui, comprendre pourquoi les scénarios climatiques utilisés par des milliers d'organisations en France sont non seulement dépassés, Mais créer une illusion de sécurité qui pourrait coûter très, très cher.
- Speaker #1
Exactement. Et pour bien comprendre, on va s'attaquer à trois points essentiels. D'abord, le cœur du problème, pourquoi les scénarios RCP, qui sont la base de tout, sont des outils inadaptés.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Ensuite, on verra comment tout un système, une chaîne de confiance, encourage leur utilisation. Et enfin, on parlerait des conséquences très concrètes.
- Speaker #0
Parce que ce n'est pas théorique ?
- Speaker #1
Non, pas du tout. Des investissements mal fléchés, des risques majeurs ignorés...
- Speaker #0
Parfait. Commençons par le commencement, le jargon. On entend partout ces acronymes : RCP, SSP… C'est un peu une soupe de lettres pour qui n'est pas climatologue. Les sources sont claires : la quasi-totalité des diagnostics actuelles repose sur ces fameux RCP. De quoi parle-t-on, au juste ?
- Speaker #1
Ce qui est fascinant c'est de revenir à l'origine de l'outil. Les RCP, Representative Concentration Pathways, ont été développés par le GIEC au début des années 2010.
- Speaker #0
Donc ça a déjà plus de 10 ans.
- Speaker #1
Oui, et leur objectif était très précis, très académique, modéliser différentes trajectoires de concentration de gaz à effet de serre pour faire tourner des modèles climatiques globaux. C'est un outil de recherche quoi.
- Speaker #0
C'est-à-dire un outil pour qu'une scientifique publie un article sur le climat mondial en 2080, pas pour qu'un chef d'entreprise décide s'il peut construire son entrepôt en bord de Garonne.
- Speaker #1
Précisément, c'est un détournement du usage total. Les points faibles de ces RCP, quand on les applique au monde réel, sont... criant. Ils ne décrivent ni l'évolution de nos sociétés, ni les choix politiques, ni l'économie, ni surtout la vulnérabilité d'un territoire.
- Speaker #0
Ce sont juste des chiffres sur du CO2 ?
- Speaker #1
C'est ça, de pure construction théorique. Ils n'ont jamais été pensés pour décider d'un investissement sur un site de 5 hectares.
- Speaker #0
Et attendez, il y a un détail dans les sources qui est absolument heurissant, le décalage temporel. Il est écrit que les données historiques sur lesquelles ces modèles sont calibrés s'arrêtent souvent en 2005.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Pardon, 2005 avec S. On parle de données qui ont presque 20 ans. C'est une éternité en matière de climat.
- Speaker #1
C'est le point le plus critique. C'est comme utiliser un plan de Paris des années 90 pour naviguer aujourd'hui. Ça ne tient pas la route ?
- Speaker #0
C'est aberrant.
- Speaker #1
Entre 2005 et aujourd'hui, on a vécu une accélération phénoménale des extrêmes climatiques. Les vagues de chaleur, les inondations éclairs, tout ça est largement sous-représenté, voire absent.
- Speaker #0
On essaye de prévoir l'avenir en regardant dans un rétroviseur qui s'est arrêté de fonctionner il y a 20 ans.
- Speaker #1
C'est exactement ça.
- Speaker #0
D'autant plus frustrant, et les documents le soulignent, qu'une alternative plus moderne existe. Les SSP ?
- Speaker #1
Oui, les SSP, Shared Socio-Economic Pathways, c'est la génération suivante. Ils sont beaucoup plus récents, plus pertinents, et surtout, ils intègrent des scénarios socio-économiques complets. C'est-à-dire ? l'évolution technologique, la démographie.
- Speaker #0
Donnez-nous un exemple concret. Si je suis une entreprise, c'est quoi la différence entre un diagnostic RCP et un SSP ?
- Speaker #1
Ah mais c'est le jour et la nuit. Avec un diagnostic RCP, on va vous dire selon le scénario RCP 4.5, la température moyenne augmentera de 2,1°C d'ici 2050.
- Speaker #0
Et c'est tout ?
- Speaker #1
Voilà, point. Avec un diagnostic SSP, on vous dira, selon le scénario SSP 3, rivalité régionale vous ferez face à une hausse de température, mais aussi à une instabilité politique qui rendra l'accès à l'eau difficile, à des tensions sur vos approvisionnements.
- Speaker #0
On passe d'une prévision météo à un rapport de renseignement stratégique en quelque sorte.
- Speaker #1
C'est une toute autre dimension, oui.
- Speaker #0
Ce qui amène la question qui fâche, si ces outils SSP sont tellement supérieurs, comment se fait-il que tout le monde, ou presque, continue d'utiliser les vieux RCP ? Ça défie la logique.
- Speaker #1
C'est la question à un million. Et la réponse se trouve dans ce que les sources appellent la chaîne de confiance. Une PME, même une grande entreprise, n'est pas un laboratoire de climatologie. Elle se fie logiquement à son écosystème.
- Speaker #0
Aux institutions, aux fédérations professionnelles.
- Speaker #1
Exactement. Et le mécanisme est simple. Des solutions de diagnostic sont proposées par des acteurs très reconnus, comme l'ADEME ou BPI France. Elles sont estampillées bleu-blanc-rouge, souvent financées par des fonds publics.
- Speaker #0
Ce qui les rend quasi incontournables.
- Speaker #1
Et puis elles sont massivement diffusées par les associations professionnelles qui les relaient à leurs membres en disant Voici l'outil officiel.
- Speaker #0
Et le problème, c'est que sous le capot de toutes ces belles plateformes, on retrouve le même vieux moteur.
- Speaker #1
C'est ça. La quasi-totalité de ces outils s'appuient sur la même brique de données, DRIAS, un service public de Météo France.
- Speaker #0
Ah oui !
- Speaker #1
C'est une initiative remarquable, mais qui, pour des raisons d'inertie, utilise encore très majoritairement les anciens scénarios RCP. Donc toute la chaîne fonctionne sur un postulat technique qui est obsolète.
- Speaker #0
Le mot « inertie » est intéressant. Mais les sources suggèrent aussi quelque chose d'un peu plus cynique. Elles parlent d'une illusion de protection, d'une stratégie collective pour se couvrir. Ce n'est pas juste une façon pour chacun de cocher une case.
- Speaker #1
C'est une lecture possible ? Je ne pense pas qu'il y ait une intention malveillante, mais plutôt un effet de système, vous voyez. Pour un consultant, c'est plus simple. Pour une entreprise, c'est rassurant d'avoir un rapport officiel. Pour un financeur, c'est facile à valider. Tout le monde coche sa case.
- Speaker #0
Le diagnostic est fait, le rapport est produit.
- Speaker #1
Et la responsabilité semble partagée. Sauf que le risque, lui, il n'est pas dilué du tout. Il reste entier, bien réel.
- Speaker #0
On a donc une machine administrative qui tourne à plein régime. pour produire des rapports qui sont au mieux incomplets et au pire trompeurs.
- Speaker #1
J'ai discuté récemment avec un dirigeant de PME. Il a dépensé presque 20 000 euros dans un de ses diagnostics. Il était très fier. Je lui ai posé une question simple. Votre process dépend de l'eau. Est-ce que le rapport évalue le risque de sécheresse et la compétition pour l'eau avec l'agriculture locale d'ici 10 ans ? Grand silence, le rapport n'en parlait tout simplement pas. Il parlait de degrés Celsius en 2050. Il avait acheté une illusion de sécurité.
- Speaker #0
C'est un exemple parfait. Et ça nous amène à notre troisième point, les conséquences. Parce que la réalité, elle, n'attend pas. Les sources le rappellent. La trajectoire des émissions depuis 10 ans colle au scénario le plus pessimiste.
- Speaker #1
Le SSP 5.5, oui. Et en France, on a déjà dépassé les plus de degrés Celsius de réchauffement par endroit.
- Speaker #0
Donc, les conséquences d'un mauvais diagnostic, elles sont directes ?
- Speaker #1
et financière. On oriente des centaines de millions d'euros vers les mauvais sites, on construit des protections sous-dimensionnées, on assiste à une dépréciation d'actifs non anticipés et surtout on s'expose à des pertes d'exploitation massive.
- Speaker #0
Les sources mettent en avant un exemple frappant, un risque sous-estimé, l'inondation par ruissellement.
- Speaker #1
Oui, on pense inondation, on imagine une rivière qui déborde mais le ruissellement c'est différent.
- Speaker #0
C'est la pluie intense sur des sols qui n'absorbent plus.
- Speaker #1
Voilà, surtout en zone urbaine, l'eau dévale les Ça crée des pentes, ça crée des torrents. C'est responsable de la majorité des catastrophes naturelles en Ile-de-France. Et un chiffre choc du document, 1 Français sur 5 y est exposé, souvent sans le savoir.
- Speaker #0
Et ça, c'est typiquement le genre de risque que les modèles RCP, centrés sur des moyennes, ont énormément de mal à capter.
- Speaker #1
Exactement. Ces modèles globaux sont très mauvais pour simuler des pluies extrêmes très localisées. Du coup, une entreprise peut faire son diagnostic officiel Et ne même pas voir venir un risque qui peut noyer son stock et paralyser son activité.
- Speaker #0
Et ce n'est qu'un exemple, on pourrait parler des vagues de chaleur. Le diagnostic va dire plus 2 degrés en moyenne en été.
- Speaker #1
Mais il va passer sous silence le vrai risque, la succession de 15 jours à plus de 40 degrés.
- Speaker #0
Qui rend le travail impossible ? Qui fait fondre l'asphalte ?
- Speaker #1
Qui met hors service les transformateurs électriques ? Le diable est dans les détails des extrêmes, pas dans la douceur des moyennes.
- Speaker #0
Tout est dit !
- Speaker #1
Quand le sinistre survient, on entend toujours le même mot. C'était imprévisible. Or non, ce n'était pas imprévisible, c'était simplement non anticipé parce que les outils utilisés étaient avogles à ces risques.
- Speaker #0
Alors que doit-on retenir de tout ça ? Si on synthétise, on a un problème technique avec des outils dépassés, un problème systémique avec des acteurs qui se rassurent collectivement et des conséquences bien réelles. Le message, c'est que le choix d'un scénario climatique, ce n'est pas un détail d'expert.
- Speaker #1
Non, c'est une décision stratégique. C'est pourquoi la recommandation qui en découle est très pragmatique. Avant de lancer un diagnostic, il faut poser quelques questions de bon sens.
- Speaker #0
Lesquelles ?
- Speaker #1
Première question, quelle est la source exacte des données ? RCP ou SSP ? Deuxième question, quelle est leur fraîcheur ? La date de mise à jour ? Et troisièmement, c'est crucial, quels périls sont exclus de l'analyse ? Le ruissellement, les canicules extrêmes, est-ce que c'est bien pris en compte ?
- Speaker #0
Et j'ajouterais une quatrième question... Est-ce que l'analyse prend en compte la vulnérabilité de mes fournisseurs critiques en Espagne ou en Asie ? Une usine protégée, mais sans composants.
- Speaker #1
Ça ne sert à rien. Si les réponses sont floues, ou si on vous dit « On utilise la méthode standard RCP non actualisée » , l'exercice est au mieux une perte de temps.
- Speaker #0
C'est un appel à l'esprit critique, en fait.
- Speaker #1
Il faut oser challenger le prestateur, l'institution et exiger une analyse à la hauteur des enjeux réels.
- Speaker #0
Et pour conclure, la réflexion finale proposée dans les sources est particulièrement percutante. Elle nous projette dans l'après. après la catastrophe.
- Speaker #1
Le jour d'après ?
- Speaker #0
Exactement ! Le jour d'après, le vrai problème ne sera pas de commenter la météo. La question qui va tuer, celle qui sera posée par les assureurs, les avocats, les actionnaires...
- Speaker #1
Les salariés ?
- Speaker #0
Les salariés, bien sûr ! Elle sera brutale. Comment a-t-on pu collectivement engager autant de temps, autant d'argent public dans un exercice d'anticipation ? qui reposait sur des hypothèses vieilles de 20 ans.
- Speaker #1
Et qui, au final, n'a servi qu'à nous donner une fausse et dangereuse impression de sécurité.
- Speaker #0
Cette question est terrible parce qu'elle déplace la responsabilité.
- Speaker #1
Oui, on ne parle plus de fatalité climatique, on parle d'un possible défaut de prévoyance, d'une négligence. Et là, les conséquences deviennent juridiques, réputationnelles. C'est une question à laquelle beaucoup de dirigeants pourraient avoir à répondre plus tôt qu'ils ne le pensent.
- Speaker #0
Merci de nous avoir suivis sur le podcast de Tardigrade AI. A très bientôt pour un prochain épisode. A bientôt, au revoir.