- Alexis Maes
Bonjour et bienvenue dans le SAV des CSE, un podcast à destination des élus du CSE curieux. Aujourd'hui, nous avons la chance d'avoir Esther avec nous. Esther, bonjour.
- Esther Portugais
Bonjour Alexis.
- Alexis Maes
Je suis très content qu'on puisse prendre un moment ensemble pour échanger, discuter, pour parler de tout ce qu'on aime en lien avec le Dialogue social, la Prévention des risques. J'imagine que ceux qui nous écoutent se posent la question, mais pourquoi Alexis a-t-il invité Esther aujourd'hui ? Est-ce que tu peux te présenter un petit peu, nous expliquer ce que tu fais ? notamment en lien avec les CSE ?
- Esther Portugais
Alors, je m'appelle Esther, mon petit prénom. Je suis IPRP, intervenante dans la Prévention des risques professionnels. Et je présente aussi beaucoup de formations, essentiellement le CSE, le CSSCT, d'autres formations qui peuvent être en lien avec d'autres risques. Mais mon credo, c'est essentiellement CSE, CSSCT.
- Alexis Maes
Excellent. Du coup, tu as l'habitude de travailler avec des élus du CSE ?
- Esther Portugais
Essentiellement des élus du CSE, aussi bien les titulaires que les suppléants. Donc j'ai quand même une grande base de personnes que j'ai pu rencontrer, car j'ai fait énormément de formations depuis maintenant plus de deux ans. Et j'ai rencontré, oui, je dirais une bonne centaine d'élus et de leur présenter leurs devoirs et leurs droits surtout.
- Alexis Maes
C'est intéressant. Est-ce que tu as remarqué des problématiques communes chez beaucoup d'élus, des sujets qui se retrouvent un peu quelle que soit l'entreprise ?
- Esther Portugais
Oui, je me suis rendu compte que souvent les titulaires ou les suppléants, ils avaient une grande difficulté. c'est qu'avant la formation, il n'y avait pas suffisamment d'infos pour justement faire valoir leurs besoins en termes de réunion. Et c'est lorsque je faisais les formations CSE que là, ils avaient vraiment tous les outils nécessaires qui leur permettaient de pouvoir se retrouver en réunion et de pouvoir, auprès de la direction, d'être opérationnels en fait.
- Alexis Maes
C'est intéressant parce que... Là, ce qu'on est en train de faire ensemble, c'est un podcast à destination des élus du CSE. C'est quelque chose qui est gratuit, disponible en ligne. Donc le but, c'est justement de donner ces petits tips aux personnes qui vont prendre le temps de nous écouter. Quand tu vas commencer ton mandat du CSE, quels conseils tu donnes, toi, aux élus, pour leur dire qu'est-ce que tu peux faire pour bien mettre en place ton CSE ?
- Esther Portugais
Alors déjà, pour mettre en place déjà le CSE, d'abord connaître les droits. un minimum, connaître un petit peu quand même le code du travail, parce qu'il faut dire que les membres du CSE, je dirais que 80% des gens qui sont élus ne connaissent absolument pas. Ils sont là soit parce que c'est par choix, soit parce que personne ne se présente. Donc ils arrivent, je dirais, complètement neufs dans cette situation et souvent ils me demandent leur droit. combien d'heures de délégation, quelles sont les réunions auxquelles ils doivent être présents, est-ce qu'au niveau de la réglementation, que doit leur présenter la direction, quels sont les droits et les représentations par rapport aux salariés, parce qu'ils représentent les salariés, donc aussi c'est une écoute qu'ils doivent pouvoir avoir et parfaire avec le temps, et ça ce sont des choses... qu'ils apprennent au fur et à mesure de leur mandat.
- Alexis Maes
C'est presque une inquiétude administrative, les sujets que tu évoques. On a peur de mal faire, on a besoin de tel document, on a besoin de ça. C'est un peu ce sentiment-là ?
- Esther Portugais
Souvent, je suis aussi obligée de leur donner. Je leur montre et je leur donne certains documents qui peuvent avoir besoin, des réglementations qui leur sont nécessaires, parce que sinon... Ils ne peuvent pas faire leur mandat de manière tranquille et investie, parce que c'est aussi le but. Et n'oublie jamais que c'est surtout parce qu'ils représentent le personnel et qu'ils ont des devoirs et qu'ils doivent assurer leur rôle aussi bien que possible.
- Alexis Maes
Est-ce que tu aurais une situation, alors on va anonymiser le nom de l'entreprise, mais voilà, un exemple concret d'un besoin. que les élus avaient et comment est-ce que tu as pu débloquer ce besoin avec les outils que tu évoquais justement ?
- Esther Portugais
Ça m'est arrivé lorsque je me suis retrouvée avec une douzaine d'élus, donc c'était une entreprise quand même assez importante et ils se sont ils avaient aucune connaissance, c'est-à-dire que j'avais 12 personnes face à moi qui n'avaient aucune connaissance et ils voulaient mettre en place au niveau du CSE le CSSCT et ils étaient un petit peu embêtés parce qu'ils ne connaissaient pas du tout le CSSCT, donc la Commission de Santé et Sécurité des Conditions de Travail, et qu'est-ce qu'ils devaient faire dans cette commission. Et ça, ça a été un vrai challenge. parce que j'ai dû faire, en fait, alors que c'était la formation CSE, j'ai fait une formation, entre guillemets, un tout petit peu accélérée de CSSCT pour leur donner les bases, pour qu'ensuite, je revienne de manière plus posée pour leur donner plus d'éléments et de leur dire, en fait, ce qu'ils devaient demander, parce qu'ils se retrouvaient avec des situations d'accidents de travail et ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient. fallait faire que ce soit un arbre des causes que ce soit une enquête il n'a il ne savait pas du tout donc on a travaillé ensemble j'aurais montré et ils sont sortis beaucoup plus apaisé d'avoir ces éléments qui n'avaient pas et qui ne connaissait pas donc là même c'est
- Alexis Maes
là on voit que c'est important qu'on fait l'analyse des besoins quand vous allez même demandé vos formations il ya forcément des priorités par rapport à votre actualité si vous avez des accidents de travail la formation sur la Prévention des risques elle est et plus importants, en plus souvent on n'est pas des sauvages et on vous donne aussi quelques clés sur le fonctionnement donc moi j'ai tendance toujours à pousser sur cette formation là est-ce que je t'ai déjà expliqué ma position,
- Esther Portugais
ma hot take sur la CSSCT tu m'as déjà montré ?
- Alexis Maes
je ne sais pas, est-ce que je t'avais déjà parlé, c'est la question que je te pose non,
- Esther Portugais
non, il ne me semble pas alors
- Alexis Maes
En gros, je trouve que la CSSCT, ça ne sert à rien.
- Esther Portugais
Ah !
- Alexis Maes
Attention, c'est choquant comme phrase, mais il y a un contexte. Pourquoi je pense que ça ne sert à rien ? Très souvent, on a des CSSCT où on a juste fait parce que c'était obligatoire, on n'a pas donné de moyens supplémentaires. Et donc, généralement, des entreprises de plus de 300 salariés où ils sont vaguement sur du tertiaire parce qu'on a énormément de tertiaires en France, puis on a mis une CSSCT parce que c'était une obligation. Et puis dès qu'il y a un problème en lien avec la sécurité, sur la quinzaine, vingtaine d'élus qui sont dans l'établissement, ils vont dire « Ah, c'est les élus de la CSSCT qui s'en occupent » . Et je trouve que c'est dommage, parce que ça veut dire qu'on a potentiellement entre 10 et 15 personnes qui vont se désintéresser de ces sujets de CSSCT. Alors que la formation CSSCT, donc santé, sécurité, conditions de travail, elle est obligatoire pour tous les élus du CSE, titulaires et suppléants. Ce qui veut dire que tous les élus du CSE devraient s'intéresser à ce sujet. Mais comme la CSSCT, c'est beaucoup moins sexy que les chèques cadeaux, d'organiser les événements de Noël, l'acheter des parfums, tout ça, très rapidement, on file ça un peu toujours au même, et puis derrière, on ne s'en occupe pas. Et tu te retrouves avec des entités, avec les nouvelles instances, mais presque encore restructurées comme les anciennes instances, avec... que les membres de la CSSCT qui vont s'intéresser à ces sujets-là. Et c'est dans ce sens-là où je trouve que la CSSCT, je ne suis pas forcément favorable d'en mettre systématiquement, surtout quand ce n'est pas obligatoire, parce que je trouve que ça a tendance à diluer les efforts plutôt que de les renforcer.
- Esther Portugais
Oui, c'est vrai. Je peux être d'accord avec toi pour du tertiaire, mais j'ai fait aussi beaucoup d'entreprises, des usines de fabrication de gâteaux, Ils n'avaient pas de CSSCT, et je me suis rendu compte qu'ils couraient des risques énormes. Et j'ai été obligée malheureusement de leur expliquer les risques auxquels ils pouvaient être confrontés par rapport aux situations, je vais dire des mots un peu barbares, mais comme les zones CSE, où ils avaient vraiment un risque d'explosion, ils n'avaient personne, mille personnes. pour les diriger. Alors bien sûr, si on parle de bureau, faire du CSSCT dans du bureau, je suis tout à fait d'accord. Regarder parce qu'il y a une prise qui ne doit pas être conforme et vérifier que le tapis ne va pas dépasser. Je suis parfaitement d'accord. Mais en France, il y a aussi beaucoup d'entreprises qui ne sont pas du tertiaire.
- Alexis Maes
Je précise, quand je dis que la CSSCT, je trouve que ça ne sert à rien, ce ne sont pas les actions que mettent en place CSSCT. C'est de créer une entité CSSCT qui dédouane de responsabilités.
- Esther Portugais
Mais en fait, ça c'est la nouvelle loi. Quand la loi, en décembre 2021, est sortie et que et ils ont décidé d'exploser tout le système. Donc on a explosé le système, on a viré le CSE, on a viré le CSSCT anciennement, et on a décidé de restructurer différemment. Les choix qui ont été faits n'ont pas été perçus comme quelque chose de très positif auprès des représentants du personnel. Eux, ils étaient vent debout des nouvelles réglementations qui étaient mises en place. Eux, ils préféraient en fait que les entités soient réellement séparées. que les gens qui s'est spécialisés dans la sécurité restent par rapport à la structure de l'entreprise et que les gens qui étaient membres du CE, ils étaient spécialisés dans leur domaine. Et le fait effectivement, je te rejoins parce que le fait d'avoir fait l'un dans l'autre, ça dilue effectivement en plus les compétences de chacun. Ça dilue. Et là où je vais te rejoindre, c'est que quand je fais des formations CSSCT, Les gens du CSE ne viennent pas parce qu'ils ne se sentent pas concernés. Alors que s'il y a un accident ou s'il y a un problème, le salarié, lui, il va avoir une adresse mail, mais l'adresse mail, elle sera commune pour tout le monde, ça sera l'adresse mail du CSE. Il va se retrouver face à quelqu'un qui n'aura pas forcément les compétences pour pouvoir lui répondre correctement ou le diriger face à une situation.
- Alexis Maes
D'ailleurs, je ne sais pas si tu as remarqué, mais à chaque fois que je parle de ces formations, je ne parle pas de Formation SSCT, mais je parle de Formation SSCT.
- Esther Portugais
Oui,
- Alexis Maes
pourquoi ? Parce que quand on parle de CSSCT, on retombe justement dans ce dossier où il y en a qui vont se dire, ça ne me concerne pas, je ne suis pas la CSSCT.
- Esther Portugais
Exactement.
- Alexis Maes
Alors que le contenu de la formation, il y a des formations spécifiques pour les plus grosses structures que pour des membres de la CSSCT. Le contenu de la formation elle-même, quand on dépose l'agrément, c'est santé, sécurité, conditions de travail. Et le programme est le même, que ce soit plus de 50, moins de 50.
- Esther Portugais
Oui, je suis d'accord.
- Alexis Maes
Ça reste identique.
- Esther Portugais
Après, c'est vrai qu'au niveau du CSE, c'est effectivement beaucoup la réglementation. Ça va être aussi beaucoup au niveau des droits. des droits des salariés. Après, bien évidemment, tout dépend du nombre de salariés dans l'entreprise, qu'elles se soient plus ou moins de 50 salariés ou plus ou moins de 300 salariés. Mais ça serait tellement plus facile si tout le monde était à la même enseigne et que tout le monde avait la même formation dès le départ. Ça permettrait au moins à chacun des représentants du personnel d'avoir suffisamment de compétences pour pouvoir euh... faire leur job correctement.
- Alexis Maes
Pour le coup, c'est un petit peu le projet de la loi, puisque la santé, sécurité, conditions de travail est obligatoire pour tous les élus suppléants inclus, contrairement à la formation économique, qui n'est pas obligatoire, et pas obligatoirement renouvelée non plus, pour tout le monde. Donc tu peux avoir plein de gens qui, au final, sont dans une instance, et ils ne savent plus vraiment ce qu'ils doivent faire, parce que... Je parle juste sur la partie fonctionnement. Peut-être qu'ils ont juste fait la formation initiale et ils ne vont jamais refaire de renouvellement parce que ce n'est pas obligatoire. Je trouve que c'est toujours un petit peu dommage.
- Esther Portugais
Je suis d'accord avec toi, surtout que la plupart se retrouvent aussi avec quels sont les acteurs. Par exemple, pour le CSE, moi, quand je leur demande simplement « Donnez-moi un acteur du CSE , des fois, ils me disent… Ça va être nous, je dis, le premier acteur du CSE, quoi. Le premier acteur du CSE, c'est celui qui déclare l'entreprise, ou son représentant, c'est l'employeur. Et parfois, ils ont quand même aussi un peu de mal à connaître, ne serait-ce que la base, je veux dire, la base qui devrait être accessible, je dirais, à tout le monde.
- Alexis Maes
C'est vrai, et je rebondis sur cette notion du président, du CSE. Il y a une construction historique en France, on est dans l'opposition, et on a une vision que le CSE est là pour s'opposer à la direction, alors que pas du tout. Alors, on peut avoir des distinctions et penser différemment, bien évidemment, sur certains sujets. Mais si on est très générique sur les objectifs du CSE, on va prendre un objectif financier et un objectif de Prévention. Sur la partie Prévention des risques, c'est quoi l'objectif du CSE ? C'est que les gens ne se blessent pas. Je pense que l'employeur, même le pire des patrons, son objectif, c'est quand même que ses salariés ne se blessent pas.
- Esther Portugais
Parce que sinon, ça lui coûte.
- Alexis Maes
Parce que sinon, ça lui coûte. que ce soit par rapport aux assurances, même en productivité.
- Esther Portugais
Mais au niveau du taux de fréquence,
- Alexis Maes
ça a des impacts sur son entreprise. Donc, rien que sur cette notion de Prévention des risques, l'objectif de l'employeur ou des syndicats ou des élus ou de tout le monde, en fait, l'objectif est commun, c'est d'éviter que les gens se blessent. Maintenant, sur la partie économique, là aussi, on a un objectif commun, c'est que l'entreprise gagne des sous parce qu'une entreprise qui gagne des sous, c'est une entreprise qui continue à payer ses salariés. et donc qui continue à préserver les emplois dans lesquels on est. Donc qu'on soit côté direction ou côté CSE, on partage encore cet objectif d'analyser les comptes de l'entreprise et de comprendre qu'est-ce qu'on a mis en place qui nous permet de gagner des sous et qu'est-ce qu'on va pouvoir continuer à mettre en place pour continuer d'en gagner. Parce que notre but, c'est de vivre avec ça et de continuer à avancer. Un exemple que je prends souvent, c'est cool d'avoir des chèques vacances, mais c'est mieux de rester en bonne santé et de garder son emploi. Oui, on peut demander des choses, mais attention, réfléchissez à l'objectif. Est-ce que votre objectif, c'est redistribuer des richesses intelligemment dans l'entreprise, et là, il n'y a aucun souci, ou est-ce que votre objectif, c'est de vous réapproprier des choses plus que ce qui est nécessaire, ou en tout cas, qui pourraient mettre en péril l'entreprise, et là, ce n'est pas du tout la même chose. Mais l'employeur, comme tu l'as dit, en fait, c'est un membre du CSE, parce que déjà, c'est l'interlocuteur principal pour eux. pour nos questions du CSE, mais il partage de toute façon les sujets, alors peut-être pas dans la finalité avec 100% des mêmes raisons derrière, mais les gros sujets qu'on a évoqués, son objectif, c'est qu'il n'y a personne qui soit blessé, son objectif, c'est que l'entreprise elle gagne de l'argent. Et je pense que tous les élus sont d'accord avec ces objectifs-là.
- Esther Portugais
Bien sûr, bien sûr. Après, effectivement, c'est de sensibiliser les délégués du personnel dans cette direction. Merci. Donc malheureusement, moi j'ai été confronté à des situations où il y avait quand même parfois des oppositions, parce que même si les objectifs étaient les mêmes, les priorités n'étaient pas forcément les mêmes. Et c'est là où il y a souvent des litiges. On veut tous la même chose, mais qu'est-ce qu'on va prioriser ? Donc là, ça coince. Souvent il y a des distorsions parce qu'il peut y avoir des Prévention de part et d'autre. Et le but, c'est de pouvoir remettre ça à plat et de leur faire comprendre que si je reprends tes exemples par rapport à la Prévention d'accidents, personne ne veut se blesser. Personne n'a envie d'avoir un handicap à vie, personne n'a envie de tomber d'une échelle de plus de 3 mètres. On a tous envie de rester et d'arriver à notre retraite jusqu'à, je ne sais pas quel âge, mais en tout cas en très bonne santé. Mais effectivement, l'employeur, c'est son but aussi. Parce que l'employeur, s'il ne respecte pas, parce que l'employeur, lui, il est responsable de ses salariés, Et lui, il n'a pas envie que les gens soient malades parce qu'il y a eu un accident, parce que ça va lui coûter de l'argent. Donc effectivement, l'argent que ça va lui coûter, c'est de l'argent qu'il ne va pas refinancer dans son entreprise. C'est de l'argent qui ne va pas permettre de prospérer. Donc c'est des choses aussi qu'il faut que moi j'essaye de sensibiliser par rapport à ça. Et comme je leur dis souvent aux représentants du personnel, n'oubliez jamais qu'il n'y a pas que l'employeur qui assure la sécurité. C'est toute l'entreprise qui assure la sécurité de chacun. Et cette sensibilité-là, il faut la faire partager.
- Alexis Maes
J'aime bien cette idée de « on a tous une part de responsabilité » , c'est un module que j'aborde en formation. On n'a pas les mêmes responsabilités qu'en employeur, encadrant ou salarié, mais on a tous un rôle à jouer sur la Prévention.
- Esther Portugais
Bien sûr.
- Alexis Maes
Généralement, on dit que c'est l'employeur qui définit la politique de Prévention des risques. Et lui, son boulot, c'est de réfléchir à comment tout peut se passer. Il a le droit de le déléguer, bien sûr, mais sa responsabilité, elle est là, en tout cas. Comment est-ce que j'ai organisé le travail pour que les chances ne baissent pas ? Et ensuite, les Management, ils vont être là pour vérifier comment est-ce que je vais appliquer. Ma politique de Prévention des risques a été mise en place par mon employeur. Et les salariés, comment est-ce que j'adapte et j'obéis à ces ordres pour que par mes actions ou mes inactions, je ne blesse pas les personnes qui vont être concernées par tout ça. Et au final, s'il y a un accident de travail, bien évidemment c'est l'employeur qui va prendre le plus cher, mais dans des situations graves, c'est peut-être pas le seul qui va être inquiété.
- Esther Portugais
Ça ne va pas être le seul parce que finalement, quand il y a un accident de travail, Ce n'est pas l'employeur qui va se blesser, ça va être le salarié directement qui va être impacté. Après, tout dépend effectivement de l'accident de travail qu'il peut y avoir. Moi, quand je fais des sensibilisations par rapport aux représentants du personnel, souvent je leur dis qu'est-ce que vous ou qu'est-ce que moi j'ai à gagner si je n'obéis pas ? Parce qu'en fait, obéir... parce qu'on est des subalternes et qu'on a un Management qui nous dit de faire ça ou de mettre nos équipements de protection, c'est parce qu'il a le devoir de nous protéger. Il a le devoir que lorsqu'on rentre le soir, on rentre en bonne santé. Et là où la sensibilité est la plus importante, c'est que moi, je donne toujours comme exemple aux représentants du personnel, je leur dis, est-ce que vous, vous aimeriez que votre... les gens que vous aimez, vos enfants qui viendraient travailler ici et qu'on ne leur donnerait pas de protection pour se protéger, est-ce que vous aimeriez qu'ils aient un accident ? Et en fait, je pense que pour sensibiliser les gens, il faut les ramener à eux. Il faut les ramener dans leur propre sensibilité pour pouvoir aboutir à quelque chose. Et j'avoue quand même que des fois, ça fonctionne.
- Alexis Maes
Je pense que tu as raison. Tout à l'heure, tu parlais des taux de fréquence, trop de gravité. C'est des indicateurs qu'on utilise pour comparer les entreprises au niveau national. Mais moi, je trouve que c'est des indicateurs qui ont parfois tendance à déshumaniser le problème et ça ne veut plus forcément rien dire. Alors, je m'amuse des fois avec les élus en formation à créer des autres indicateurs qui n'ont pas de nom, puisque c'est des trucs que j'ai inventés. Mais en gros, je calcule par rapport au nombre d'accidents de travail et au nombre de salariés, dans combien de temps, il leur faudra pour eux être blessés dans cette entreprise. Et très souvent, on arrive au résultat que si tu continues à travailler dans cette entreprise jusque ta retraite, tu vas avoir un accident de travail. Pas forcément un accident de travail grave ou mortel, mais tu vas avoir un accident de travail.
- Esther Portugais
Mais là, tu te bases par rapport à la pyramide de Bird ?
- Alexis Maes
Non, je prends juste le nombre d'accidents de travail qu'ils ont dans leur entreprise.
- Esther Portugais
La probabilité de toute manière d'un accident, si je suis ton raisonnement, une personne qui va présenter une mission particulière et qui ne mettra pas ses équipements et qui sera toujours à la limite, finira. dans un an, dans deux ans, dans dix ans, dans vingt ans, finira par avoir un accident. Ça, ça a été prouvé dès l'instant où les gens sont toujours limite. Mais là où je pense que tu peux me rejoindre, c'est les gens qui sont là depuis très longtemps, qui ont toujours su manier le travail de manière un peu légère, et du jour au lendemain, on leur dit... C'est pas bon ce que tu fais, il va falloir que tu prennes des précautions et que tu te protèges. Et c'est là où c'est le plus compliqué. Moi où j'ai le plus de difficultés, c'est des gens qui ont 20, 30 ans d'expérience et demain on leur dit, voilà, toi il va falloir que tu mettes des chaussures ou une blouse ou des lunettes ou des gants parce que là il y a un risque. C'est vraiment le plus sensible et le plus compliqué. Parce que quelqu'un qui débute, quelqu'un qui arrive dans l'entreprise, on peut le formater. Il arrive dans l'entreprise, il y a des règles à respecter, il y a un règlement intérieur, il le respectera. Mais quelqu'un qui est là depuis longtemps, le changement, quel que soit le changement qu'on fait, est extrêmement compliqué. Plus on est là depuis longtemps, plus le changement est compliqué vis-à-vis de chaque salarié.
- Alexis Maes
C'est intéressant ce que tu dis. Il y a des choses, je suis assez d'accord. Et puis, je trouve forcément aussi des cas particuliers. Donc, c'est assez riche. En fait, la question à se poser déjà, pour moi, c'est quel est le changement qui justifie que jusqu'à avant, on tolérait ça. Et maintenant, les règles ont changé. Est-ce que c'est une nouvelle machine qui va être plus puissante, qui va chauffer plus ? Qu'est-ce qui fait que d'un seul coup on a besoin de mettre en place ces équipements de protection ? Parce que les équipements de protection c'est bien. Mais si tu regardes les principes généraux de Prévention, les neufs, exactement, on arrive au 8B sur des protections individuelles, comme on évoquait casque, gants, donc c'est favoriser du collectif avant de mettre de l'individuel. Qu'est-ce qu'on a fait avant pour mettre des équipements de protection ? Et est-ce qu'on ne peut pas, la solution magique, supprimer le risque quand c'est possible ? Et bien souvent, peut-être qu'en réfléchissant à cet aspect d'organisation, en fait, notre ancien, Il avait déjà trouvé une méthode où, il n'est pas fou, lui non plus, il n'avait pas envie de se blesser, mais dans sa façon de travailler, il avait déjà mis en place des stratégies pour éviter le risque, dans le sens où il était suffisamment loin pour ne pas risquer de se blesser, ou qu'il trouvait des moyens détournés de le faire. Ça peut être un truc tout bête, mais c'est un truc qui est très chaud. Maintenant, il faut le changer parce que, je ne sais pas, on a besoin de changer le moule, parce qu'on enchaîne les lignes et puis on doit les changer alors qu'ils sont chauds. Et là, maintenant, on impose de mettre des gants. Et puis lui, ça fait 10 ans qu'il est là. Et en fait, il changeait ça à la main parce qu'en fait, il attendait que ça refroidisse 10 minutes, 1 heure, 15 minutes avant de le changer. Mais maintenant, il n'y a plus cette possibilité. Enfin, tu vois, des fois, c'est juste des questions de réflexion. Et pour reler sur le deuxième sujet,
- Esther Portugais
bien sûr,
- Alexis Maes
s'il y a des salariés, ils sont juste des têtes de mule. Ils n'ont pas envie de mettre des équipements de protection. Il faut les virer. C'est terrible, mais la solution est là aussi.
- Esther Portugais
De toute manière, par rapport à ça, je vais rebondir sur ce que tu disais, sur ta réflexion. Pourquoi du jour au lendemain, en fait, on a décidé qu'il fallait mettre des équipements de protection individuels, donc ce qu'on appelle des EPI, on va aller plus vite. Mais pourquoi de telles décisions sont prises ? Moi, souvent, on me pose la question. On me dit, mais pourquoi il faudrait que hier, j'en avais pas et aujourd'hui, il faut que j'en mette ? Parce qu'hier, il n'y avait pas de morts et qu'aujourd'hui, il y a des morts. Pourquoi la réglementation, le Code du Travail est un des seuls codes, dans tous les codes qui existent, que ce soit le code civil, que ce soit le code de l'économie, tous les codes, le Code du Travail est celui qui bouge le plus. Et qui malheureusement, il bouge le plus parce qu'on se rend compte qu'il y a énormément d'accidents. Je ne sais pas si tu es au courant, mais je pense quand même qu'on est les champions d'Europe. des accidents mortels en France en 2026.
- Alexis Maes
Alors, accidents mortels en France en 2026, je n'avais pas remarqué l'info. Je sais qu'on a une accidentologie qui est supérieure.
- Esther Portugais
Numéro de rose, parce que je suis de très près, je suis vraiment de très près, tout ça. Et j'ai été peiné, parce que je me suis dit, la France, quand même, est un pays, économiquement, on est quand même un peu à la pointe, on arrive à faire des choses extraordinaires. Et comment on peut être numéro un d'Europe, sachant que ça veut dire que la Pologne a moins d'accidents, que les Suédois ont moins d'accidents, que tous ces pays de l'Est, et je n'ai rien contre eux, ont moins d'accidents que la France, qui est quand même un pays assez sévère au niveau de la réglementation.
- Alexis Maes
Alors du coup, la question... que je voudrais te poser, comme je ne vois pas le chiffre. Je suis en direct. Moi,
- Esther Portugais
je l'ai.
- Alexis Maes
Le chiffre que tu as, c'est le total de morts ?
- Esther Portugais
Le total de morts est de 870 à peu près par an.
- Alexis Maes
Oui, c'est à peu près stable depuis plusieurs années. On est à peu près à ça. Mais du coup, ma question que j'avais, c'est, est-ce que c'est un ratio par habitant, par travailleur, ou est-ce que c'est juste le total brut ? Parce qu'en fait, un chiffre, on peut le... Le nombre de travailleurs.
- Esther Portugais
Alors... On prend par le nombre de travailleurs. On est combien de travailleurs en France ? Bien évidemment, on n'est pas mille. On est des dizaines de millions à travailler. Bien évidemment, le ratio n'est pas énorme.
- Alexis Maes
Ce n'est pas dans ce sens-là. C'est comparer notre ratio aux autres pays. Premier argument, est-ce qu'il y a autant de travailleurs en Pologne et en Slovaquie ? Je crois que c'est ça. Oui. Et déjà, ça peut permettre de pondérer un petit peu ce résultat. C'est une analyse qu'on fait en direct. Si vous êtes en train de nous écouter, amusez-vous aussi avec les chiffres parce que c'est passionnant. Deuxième sujet, qu'est-ce qui fait qu'un accident du travail est considéré comme un accident de travail ou un accident du travail mortel est considéré comme un accident de travail ? Parce qu'en fait, mortel, en France, comme tu l'as dit, on est très sévère, mais on a aussi tendance à déclarer plein de choses que parfois dans d'autres pays, on ne déclare pas. Ce qui ne veut pas dire qu'on fait tout bien, mais ça me permet aussi parfois de pondérer certaines choses où on a un système qui est excellent, notre système de sécurité sociale et tout ce qui concerne les accidents du travail, et c'est quelque chose de précieux, il faut le conserver. Mais par contre, peut-être qu'on peut aussi relativiser où le même accident dans un autre pays sera-t-il déclaré comme un accident de travail.
- Esther Portugais
Bien sûr que non.
- Alexis Maes
Donc, tu vois, c'est pour ça qu'il faut remettre un peu les choses dans le contexte.
- Esther Portugais
Bien sûr que non.
- Alexis Maes
On peut faire mieux, mais il ne faut pas tomber dans le drama et dire qu'on est les plus forts du monde.
- Esther Portugais
Moi, j'ai tendance à, pas à dramatiser ou à alarmer, je me dis, il vaut mieux prévoir, il vaut mieux anticiper afin d'assurer sa sécurité.
- Alexis Maes
Il y a un adage qui dit « Gouverner, c'est prévoir. Ne rien prévoir, c'est courir à sa perte. » Et souvent, j'essaye de sensibiliser les gens. Bien évidemment qu'on ne peut pas forcément comparer avec certains pays de l'Est qui ne vont pas forcément déclarer quand quelqu'un va se couper avec une feuille de papier, déclarer ça comme un accident. Après,
- Esther Portugais
il n'y a pas d'accident mortel avec une feuille de papier. Pour le coup, ça va être compliqué.
- Alexis Maes
Ça va être compliqué.
- Esther Portugais
C'est plus rare.
- Alexis Maes
Ça va être compliqué. Mais c'est vrai qu'en termes d'accidents mortels, malheureusement, on voit encore aujourd'hui des accidents qui pourraient être évités. Je peux me permettre de te donner un exemple simple.
- Esther Portugais
Tu veux juste ne pas donner les noms des entreprises que tu es en train de contrôler. Non, non,
- Alexis Maes
un exemple simple. Dans la rue, moi, j'ai des gens qui travaillent dans le bâtiment à côté de chez moi. Et des gens qui travaillent sur des poutres, qui vont mettre en place des poutres, les gars, ils sont à 4, 5, 6 mètres de hauteur, mais ils n'ont pas de harnais. Par exemple. Mais alors moi, je leur dis. Parce que moi, je fais de la Prévention. Mais moi, je ne fais pas que de la Prévention dans les formations ou je ne fais pas que de la Prévention dans n'importe où. Parce que c'est mon métier. Je fais de la Prévention en permanence. Que ce soit chez moi. que ce soit à l'extérieur, dès l'instant où je peux considérer quelqu'un seulement en danger, je me dois de lui dire et qu'il prenne en compte le danger auquel il est exposé.
- Esther Portugais
C'est notre responsabilité citoyenne à tous d'agir de cette façon.
- Alexis Maes
Alors comme j'avais peur, parce que si je l'appelais, j'avais peur qu'il tombe, donc j'ai attendu qu'il descende, quand il est descendu, je lui ai dit... Mais vous vous rendez compte du risque auquel, quand vous êtes sur une poutre en équilibre sans harnais, bien évidemment qu'il a souri. Il s'est dit, ben oui, je n'ai pas de harnais. Mais moi je lui ai dit, mais vous voulez rentrer comment ce soir chez vous ? Rentrez entier. Ça ne vous coûte rien de mettre un harnais qui va vous prendre cinq minutes. Et ça, c'est une sensibilité. Moi, je me dis que sensibiliser, on va revenir au CSE, sensibiliser. Les représentants du personnel, leur transmettre notre savoir, leur transmettre nos compétences, nos connaissances, avec, je dirais, avec passion, ils le sentent. Et leur but, eux, c'est de transmettre aux salariés. Eux, c'est de transmettre ce qu'ils ont appris, de transmettre pour que les gens soient, entre guillemets, sécures. Et quel que soit, je dirais, le sujet auquel on peut aborder avec le CSE ou le CSE.
- Esther Portugais
En fait, il ne faut pas se prendre la tête, on peut parler de tout de façon très simple.
- Alexis Maes
Bien sûr.
- Esther Portugais
Et c'est même une bonne façon de voir si on Harcèlement un expert en face de nous ou quelqu'un qui essaie de nous enfumer. Mais si tu sais expliquer des choses simplement et mettre des actions concrètes pour résoudre le problème, c'est le mieux. Qu'est-ce qu'on s'en fout d'avoir du vocabulaire technique précis que personne ne va comprendre ? C'est pas ça le but de notre métier. Et la question qu'on va se poser, c'est voilà, qu'est-ce qu'on va faire pour éviter que tu te blesses ? Comment est-ce qu'on va faire pour améliorer ton travail ? Et là, on a parlé beaucoup des risques physiques graves, mais ça s'applique aussi pour tout ce qui va être les risques psychosociaux qui explosent en statistique en ce moment. En ce moment, on va dire post-Covid, c'est vraiment des choses qui ont explosé. Parce qu'il y a peut-être une situation économique qui est plus difficile, donc on est peut-être plus exigeant avec les salariés, mais la charge de travail augmente, mais on n'a pas forcément adapté les équipes. Et puis on se retrouve avec des gens qui sont en train de se faire un out, parce qu'on leur demande de faire des choses, mais qu'ils ne sont pas capables de gérer ou de vivre. Je ne sais pas si c'est des situations que tu rencontres aussi dans les entreprises que tu accompagnes.
- Alexis Maes
Alors, dans les entreprises que j'accompagne, je fais des formations des risques psychosociaux. Donc, j'en ai fait une hier. Donc, sur les risques psychosociaux, le Harcèlement aussi, je fais les deux Harcèlement sexuels et moraux. Donc, bien évidemment, je suis confrontée énormément. C'est-à-dire que j'ai pu faire, moi, un petit topo. Et j'ai été à mon grand désarroi, à chaque fois que je fais une formation CSE, CSSCT, systématiquement, j'ai à peu près entre 10 et 30% de gens qui étaient en Burn-out, qui sont élus, qui sont élus et qui se sont retrouvés dans des situations de souffrance. Pour moi, c'est un vrai problème. Pour moi, c'est un vrai problème parce que je me retrouve avec des gens qui ont souffert et qui n'ont pas forcément les clés. Alors, ils se disent « j'ai souffert, je vais pouvoir aider les autres » . Alors moi, je leur dis « vous allez pouvoir surtout les accompagner, mais les aider, on n'est pas Jésus, on ne sauve pas les gens » . On les accompagne, on les conseille. On leur apporte de la documentation, on les dirige vers le médecin du travail, on les dirige vers les ressources humaines, qui est aussi, les gens oublient beaucoup, mais qui est aussi une direction très importante, parce que la direction des ressources humaines, ils ont leur rôle à jouer dans le Harcèlement. Donc il faut aussi en tenir compte, et j'ai insisté énormément hier pour leur dire, Vous n'avez pas que l'inspecteur du travail, vous avez aussi les DRH et le médecin du travail qui peuvent apporter votre aide.
- Esther Portugais
C'est un travail d'équipe et c'est important de le faire. C'est rigolo que tu apportes ce sujet de la difficulté peut-être de diagnostiquer même les élus sur ces thématiques-là. Oui. Parce qu'on est en train de produire un autodiagnostic à destination des élus du CSE sur les risques psychosociaux et bien évidemment la charge de travail qui est un des facteurs. je pense le plus impactant chez les élus du CSE. Et donc bientôt sur le site d'ICE Academy, il y aura un petit questionnaire en ligne que les élus pourront faire. Et en fait, en répondant à une série, je crois qu'il y a 30 questions qu'on a mis, on va avoir un peu le cercle sur les six grosses familles de risques psychosociaux adaptées aux élus du CSE. Et ensuite, avec possibilité de recevoir par e-mail un PDF avec un mini plan d'action adapté à ça. Si ça t'intéresse, je te l'enverrai.
- Alexis Maes
Bien sûr !
- Esther Portugais
Je ne peux pas encore l'envoyer parce que j'attends que tout fonctionne. Mais normalement, ça devrait arriver. Sûrement que quand ce podcast sortira en live, ça devrait être le cas. Là, on a fait des tests la semaine dernière. Ça fonctionne déjà bien. Il reste encore quelques petits réglages techniques pour envoyer les bons PDF par mail, faire des trucs un peu jolis. Mais c'est un vrai besoin qu'ont les élus du CSE sur ça. Déjà, savoir où est-ce qu'ils en sont. Et une fois qu'on sait mettre le doigt sur le problème, on peut mettre en place un plan d'action pour le résoudre.
- Alexis Maes
Bien sûr, bien sûr. Je suis d'accord, je suis d'accord. Il faut surtout que... Moi, je pense que tous les membres du CSE doivent être sensibilisés par rapport à ce type de souffrance sur les risques psychosociaux. Et encore beaucoup, aujourd'hui, va découvrir. Alors que là où je te rejoins à 200% depuis le Covid, ça a révélé de manière exponentielle ces violences qu'on retrouve au sein du travail. Malheureusement qu'on retrouve, et les chiffres sont alarmants aujourd'hui. C'est à nous de porter une note positive pour qu'ils ne se laissent pas déborder.
- Esther Portugais
Oui, et je pense que c'est assez fou parce que... Alors moi, la partie Management, ce n'est pas ma spécialité dans les formations, mais je travaille avec Stéphanie, peut-être que tu en as déjà entendu parler à la fin des podcasts avec moi, qui est aussi une bonne amie et j'apprécie beaucoup son travail, on échange beaucoup sur ça. Et en fait, les méthodes de Management modernes n'ont rien à voir avec les méthodes de Management des années 90-82 000, on va dire, mais parfois, on a des Management qui n'ont pas évolué. C'est-à-dire qu'ils continuent à gérer leur quotidien comme ils le géraient il y a 30-40 ans.
- Alexis Maes
Oui, tout à fait.
- Esther Portugais
Et ça crée énormément de souffrance au travail. Et ce qui est rigolo, et moi ça me fait beaucoup rigoler, c'est tout, je ne sais pas si tu le suis, on voit parfois des petites vidéos sur la génération Z au travail.
- Alexis Maes
Oui, mais je fais des formations quand même, excuse-moi de t'interrompre, je fais des formations sur des... le beaucoup plus Énormément d'informations sur des gens qui ont une moyenne d'âge de 30-35 ans, qui sont membres élus du CSE, CSSCT. Et j'ai vu la différence. J'ai vu la différence flagrante entre des gens qui en avaient 50, 55, qui étaient là depuis des années et des années, leur fonctionnement, et les jeunes, parce que pour moi, ils sont jeunes, une trentaine d'années, ils sont à leur sort de l'âge professionnel. Eh bien, la différence, elle est flagrante. Elle est flagrante. Ils ne veulent plus les mêmes choses. ils ne veulent plus les mêmes choses. Ils aspirent, en fait, au bonheur au travail. Moi, je les vois travailler. Ils ne sont pas rigides, assis sur leur bureau, derrière. Non, ils peuvent être sur un canapé et être aussi performants que quelqu'un qui va être derrière un bureau.
- Esther Portugais
Et en fait, c'est ça qui est assez rigolo. C'est qu'aujourd'hui, le contrat de travail, par exemple, le fameux 9h-17h, la génération On va dire jeune à laquelle je l'appartiens, on estime que si mon contrat est à 19h-17h, à 17h je pars. Et je lisais un article sur internet ce matin, où en fait c'était une jeune qui racontait, elle a été convoquée par sa chef, parce que ça fait trois soirs qu'elle part à 17h. Alors du coup ils font la réunion, puis il avait préparé son dossier, et puis il avait dit, bah voilà, regardez bien, vous avez vu là, l'offre d'emploi, c'est écrit quoi les horaires ? 9h17h. Vous avez vu mon contrat de travail ? C'est écrit quoi les horaires ? 9h17h. Vous avez vu ma fiche de paye ? Je suis payé pour quels horaires ? 9h17h. Alors en fait je ne comprends pas, c'est quoi le problème ? Et c'est un choc générationnel, parce que... Il est plus expérimenté, t'as vu comment j'utilise des jolies phrases pour... ne pas vexer personne, en fait, toute leur vie, ils se sont fait abuser par la direction, par les directions, par les Management, en donnant... C'est bête, mais si tu donnes un quart d'heure tous les jours de ton temps, ça fait... Tous les mois, ça fait cinq heures. Sur une année, ça fait trois, quatre jours que tu as offert à ton travail. Alors, ce n'est pas gênant de donner du temps à ton travail. C'est gênant si tu le donnes gratuitement. Sinon, tu fais du bénévolat, tu n'es plus un professionnel.
- Alexis Maes
C'est exactement ça. Juste pour te dire, j'ai fait une reconversion. Ça fait une dizaine d'années que je suis dans la Prévention des risques. Quand j'ai repris mes études pendant trois ans, je me suis retrouvée où ? Avec qui ? Avec des jeunes, des jeunes de 20 ans, qui faisaient aussi, eux aussi faisaient de la Prévention. Mais moi, j'ai adoré faire cette formation avec eux. Moi, j'ai adoré parce que d'abord, c'est toujours sympa d'avoir des générations différentes. On n'a pas la même vision. Et moi, j'avais l'impression de me rajeunir avec eux. Et je me suis dit, mais en fait, c'est eux qui ont raison. Parce que quand je discutais avec eux, ils me disaient, mais nous, on ne fera pas comme toi. Nous, on ne va pas bosser jusqu'à 20 heures pour histoire d'avoir une prime de 100 balles. Nous, on fera nos horaires, et s'ils ne sont pas contents, on part. Et puis si on n'a pas de boulot, on en retrouvera ailleurs. Et aujourd'hui, dans le monde du travail, ce que je vois le plus souvent, c'est des gens qui en fait contrôlent. Et même si les Management peuvent mettre le point sur « t'as été parti à 17h alors que tu aurais dû rester un peu plus » , ça se fait de moins en moins. Aujourd'hui, par exemple, prends le télétravail. Les gens demandent, les jeunes demandent. S'il n'y a pas de télétravail dans mon contrat, ils ne viennent pas. Et donc, ils ont raison de s'exprimer. Ils ont raison de ne pas faire ce que les anciens, entre guillemets, on pourrait dire ainsi, ont fait.
- Esther Portugais
C'est ça. Alors, dans la limite, ou en tout cas, c'est dans le cadre de leur contrat. Bien évidemment, s'ils ont un contrat qui leur dit de finir plus tard, ils doivent finir plus tard.
- Alexis Maes
Mais bien évidemment.
- Esther Portugais
Mais faire du bonus gratuit, ce n'est pas normal.
- Alexis Maes
Mais je suis complètement d'accord. Et ça ne veut pas dire pour autant qu'ils ne sont pas performants.
- Esther Portugais
Oui. Alors, on dit ça, mais tous les deux, on est indépendants. Et tu as conscience que je ne termine pas à 17h tous les jours. Et d'ailleurs, à l'heure où on enregistre notre podcast, tu sais très bien que je ne m'arrête pas à 17h. Mais c'est parce que c'est un autre cadre que le cadre salarié.
- Alexis Maes
Et c'est un choix de vie.
- Esther Portugais
Oui. Et puis, au milieu de la journée, si j'ai envie d'aller faire un tour, de me promener, je peux le faire. Par contre, j'ai des impératifs et puis il faut que je respecte mes impératifs avec mes clients, avec mes partenaires, avec mes invités comme toi. On s'est fixé un rendez-vous aujourd'hui. On travaille à ce moment-là, mais c'est moi qui décide comment ça fonctionne. Et si tu es salarié, tu respectes un peu le cadre qui a été planté. Et si le cadre ne te convient pas, il ne faut pas hésiter à partir. Il y a quand même beaucoup de demandes. Ce n'est pas que des entreprises que je conseillerais, parce que souvent, si une entreprise a du mal à trouver, trouver sur un poste, c'est aussi qu'il y a une raison. Mais j'ose imaginer qu'à terme, ils vont devoir adapter un peu leur politique de recrutement, leurs conditions de travail, et c'est là où tous nos métiers qu'on évoque depuis tout à l'heure sont importants. Et le rôle du CSE est hyper important aussi sur tous ces sujets-là.
- Alexis Maes
Mais je pense que les modes de Management changent. Moi, je vois, je constate en tout cas que depuis, je vais dire depuis 5 ans, 6 ans, les Management, les employeurs changent. Je fais beaucoup de formation CSE dans, je dirais, tous les métiers qui peuvent exister, que ce soit des traders, des routiers, des usines, des informaticiens, quels qu'ils soient, avec des âges complètement différents. Et je me rends compte que... Les jeunes qui arrivent, c'est eux qui indiquent leur façon de faire, c'est eux qui vont mener la danse. Et je ne dis pas ça par pied de nez par rapport au RH, c'est qu'ils veulent avoir des conditions de vie qui respectent leur vie professionnelle et simplement leur vie privée. Ils ne veulent plus que ça déborde, donc ils bossent, mais ils bossent intelligemment. Ils ne veulent pas que, effectivement, j'ai à côté une affaire personnelle. Moi, j'ai travaillé plus de 20 ans chez L'Oréal. Si tu partais avant 19h, tu étais mal vu. Ça ne veut pas dire que ton travail était fait ou pas, on s'en foutait. Mais si tu partais avant 19h, ça veut dire que tu n'étais pas compétent dans ton travail.
- Esther Portugais
Paradoxalement, au nord de l'Europe, si tu pars à 19h, c'est que tu es une guiche et que tu ne sais pas gérer ton travail.
- Alexis Maes
Ah bah, complètement ! Mais complètement, complètement. Et on en revient à ça. Parce que moi, je pense que le plus important, et c'est la première question que je pose souvent aux gens quand je fais des risques psychosociaux, est-ce que vous êtes bien dans votre boulot ? Est-ce que vous êtes, je ne vais pas dire heureux parce que ça serait un peu exagéré, mais est-ce que vous êtes bien, est-ce que vous êtes content ou contente de venir le matin sans que vous ayez la tête qui soit envahie par des choses négatives ?
- Esther Portugais
Mais tu sais, ce n'est pas choquant parce que, alors attention réflexion philosophique en approche, être en bonne santé c'est quoi ? La définition de l'OMS, c'est un état de bien-être physique et mental.
- Alexis Maes
Bien sûr.
- Esther Portugais
et donc L'employeur a la responsabilité de la santé, autrement dit, le travail devrait être un endroit où on s'épanouit. Alors, ça ne veut pas dire que le travail ne doit pas être difficile. Et moi, ce que j'aime beaucoup, c'est les gars de chantier qui parfois ont des boulots qui sont extrêmement durs, extrêmement physiques, mais ils arrivent à le faire dans des conditions où, entre leur équipe, ils sont soudés, ils bossent bien ensemble, ils sont contents de voir le chantier avancer, et en fait, ils ont un épanouissement de ce qu'ils ont fait. On peut faire des travaux très durs, mais pour autant s'épanouir dans ce qu'on fait. Et je pense que c'est vers ça qu'on doit tendre dans nos organisations, dans nos politiques d'emploi.
- Alexis Maes
Oui, la cohésion d'équipe, c'est important. La bonne entente entre les collaborateurs, c'est très important. Et c'est pour ça que souvent, il peut apparaître des problèmes, des risques psychosociaux. Quand il y a des clans qui se créent, quand il y a des gens qui sont en mésentente, qui ne s'entendent pas forcément entre eux, ça va créer une ambiance négative. Et c'est important, c'est ça le rôle du Management aussi. Le rôle du Management, c'est de pouvoir mettre les affinités, les gens qui peuvent être capables de travailler ensemble dans une bonne entente et dans une bonne construction. Et c'est pour ça que je pense que l'employeur, il a son rôle à jouer. Il veut que son entreprise fonctionne. Pour que son entreprise fonctionne, il faut que les gens soient bien. Et c'est à lui de trouver des solutions pour que les gens soient bien. Et ça, c'est important, je pense.
- Esther Portugais
Excellent. Merci beaucoup, Esther. Le temps passe et on approche doucement de la fin de notre heure de podcast. J'ai une question que je pose systématiquement. Je t'en ai parlé un petit peu tout à l'heure. Là, on est sur des années de début de cycle électoral pour le CSE. ça marchait aussi dans d'autres contextes et ça n'avait aucun lien avec notre conversation mais il y a des nouveaux élus du coup des nouvelles personnes qui vont être élus au CSE qui découvrent un peu le mandat est-ce que tu aurais des petits conseils pratiques des petites choses à mettre en place tout de suite pour
- Alexis Maes
les aider à bien rentrer dans leur nouvelle botte d'élus du CSE alors pour les petits jeunes qui débarquent et qui arrivent en tant que nouvel élu du CSE, moi, ce que je leur conseille d'abord, c'est d'avoir un Dialogue social constructif. C'est très important. De connaître aussi la réglementation. Comme tu disais, c'est bien beau d'avoir des billets de cinéma, mais ça ne fait pas tout. De connaître toute la documentation qu'ils ont besoin d'avoir. et de demander à la direction pour construire ensemble des réunions qui permettraient d'être des réunions apaisées. Et surtout, je pense, surtout, c'est une bonne communication. Je pense que la base pour construire quelque chose, la communication est indispensable. Et s'il y a des formations de communication qui permettent à chacun de pouvoir échanger avec l'autre, Sans être dans l'agressivité, sans être dans la défiance, c'est très important. Parce que ce n'est pas dans l'agressivité ou dans la défiance qu'on arrive à s'entendre et à obtenir des réponses. Voilà ce que je conseillerais aux nouveaux élus.
- Esther Portugais
Excellent. J'ai dû écrire vite parce que tu me donnais plein d'infos, mais j'ai réussi à tout noter. Merci beaucoup Esther. Si tu veux, pour terminer, je te propose de faire un peu ta pub. Où est-ce qu'on peut te retrouver ? Comment on peut travailler avec toi ? Voilà, c'est une petite tribune qui t'est offerte. Saisis-la. Écoute,
- Alexis Maes
c'est gentil. Voilà, donc Esther Portugais. Vous pouvez me contacter soit par le biais d'Alexis, soit me contacter sur mon adresse e-mail portugais.ester.esther Merci. Je suis IPRP, je suis aussi au ministère du Travail en tant que formatrice spécialisée, et je suis spécialisée de formation CSE, CSSCT, et sur les différents risques auxquels on peut être exposé, RPS, ergonomie au poste de travail, risque incendie, et j'en passe. Donc voilà, et vous pouvez toujours passer par le biais d'Alexis, qui se fera un plaisir de me contacter si besoin.
- Esther Portugais
absolument et si j'arrive à bien faire les choses peut-être qu'il y aura même le lien alors sur LinkedIn forcément il y aura le lien mais j'essaie de mettre dans la description le lien vers ta page LinkedIn donc vous pourrez même cliquer pour parler directement à Esther et lui envoyer un petit message en privé mais des fois ça marche des fois ça marche pas donc je ne fais pas de promesses mais j'essaie et sentez-vous libre de me l'écrire si jamais ça ne marche pas et j'essaie de trouver des solutions il n'y a pas de soucis merci beaucoup Esther c'était vraiment chouette c'est moi qui te remercie
- Alexis Maes
A très bientôt.
- Esther Portugais
A très bientôt. Pour terminer, je vais rappeler aussi nos réseaux Dice Academy. Où est-ce que vous pouvez nous suivre ? Ma page perso sur LinkedIn, Alexis Maes. Dice Academy, la page pro sur LinkedIn. Dice Academy FR sur YouTube. Vous retrouvez d'ailleurs ce podcast au format vidéo uniquement sur YouTube. Dice Academy sur Facebook. Et le SAV des CSE sur toutes les plateformes de podcast, Instagram, Reddit, TikTok. Et n'hésitez pas à nous rejoindre également sur le serveur Discord qui est dédié aux élus du CSE. Ça peut vous permettre également de... poser des questions. Et pour ceux qui ont fait des formations avec nous, vous avez un accès spécifique pour les élus. Donc, connectez-vous et puis vous pourrez rentrer en contact avec moi et je vous mettrai les accès qui vont bien. On vous souhaite à tous une excellente fin de journée. On vous dit à très bientôt et ciao, ciao !