Speaker #025 avril 2009, sur la pelouse du stade Malherbe de Caen, le coup de sifflet final retentit. Les Girondins de Bordeaux sont champions de France, pour la sixième fois de leur histoire. Dans le premier épisode de cette série, nous avons laissé le club exsangue. Rétrogradé administrativement en 91, son président emblématique Claude Baize poussé à la démission. Un déficit de 300 millions de francs à éponger. Personne, à cette époque, personne n'aurait parié sur un nouveau sacre national. Et pourtant, entre cette chute et ce nouveau titre, il y a eu un entrepreneur bordelais, un trio de joueurs légendaires, une chaîne de télévision et un jeune entraîneur prometteur. Bienvenue dans le deuxième épisode des Mémoires du Scapulaire. Aujourd'hui, 91 à 2009, où comment les Girondins sont redevenus, une seconde fois, l'un des plus grands clubs de France. À la sortie de la crise baise, il faut reconstruire vite. Dès 91-92, Bordeaux remonte immédiatement en première division en tant que champion de Ligue 2. Le club retrouve un rythme de croisière, porté par un soutien de poids, Alain Afflelou. L'entrepreneur bordelais, fondateur de la célèbre enseigne d'Optique, il devient l'un des partenaires clés de cette reconstruction. Fort de son expérience, il jette notamment son dévolu sur un entraîneur marseillais dont les causeries d'avant-match résonnent encore dans les vestiaires girondins, Roland Courbis. Ce dernier, à la recherche de jeunes pépites, sonde le club de Cannes pour un jeune meneur de jeu qui lui a tapé dans l'œil. Alain Afflelou se dépêche de débourser 5 millions de francs pour embaucher celui qui deviendra la recrue la plus célèbre des Girondins, Zinedine Zidane. Il restera sur les bords de la Garonne pendant 4 années, pendant lesquelles il explosera aux yeux du monde entier, régalant le championnat de France de sa maestria inimitable. Paré de cet atout de poids, les Girondins retrouvent une régularité appréciable en finissant 4e du championnat en 1993. puis en se qualifiant pour les compétitions européennes en 1994. La saison suivante va offrir au club une nouvelle page extraordinaire de son histoire continentale. Sous l'entraîneur allemand Gernot Rohr, une génération de très jeunes joueurs bordelais explose aux yeux de toute l'Europe. Zinedine Zidane d'abord, mais aussi Bichan Telizarazu et Christophe Dugarry. Trois noms qui, deux années plus tard, soulèveront la Coupe du Monde 98 sur les Champs-Élysées. Bordeaux franchit donc toutes les étapes de la Coupe d'Europe jusqu'à arriver en quart de finale contre le grand Milan AC, vainqueur du titre en 1993. Battus 2 à 0 à San Siro à l'aller, les Bordelais attendent les Italiens de pied ferme à l'escur comme leurs glorieux aînés dix années plus tôt contre la Juventus. Le match démarre, et à la 15ème minute, centre en retrait de Lizarazu, qui décale superbement Didier Thaubeau. Il frappe, et il ouvre le score, 1-0. Le Parc Lescure y croit. Les minutes passent, et la pression bordelaise ne retombe pas. Et, finalement, à la 64ème minute, coufrant de Zinedine Zidane, une frappe enroulée dans la surface, Christophe Dugarry, présent à la retombée, 2-0. Ça y est. Bordeaux est revenu à hauteur sur l'ensemble des deux matchs. Mais cette fois, contrairement à 85, les Italiens vacillent et Milan tremble. 70e minute, encore Zidane, encore un ballon parfaitement dosé, repris en pleine lucarne par Christophe Dugarry. Et ça fait 3. 3 à 0 pour Bordeaux. Les Girondins éliminent le grand Milan AC. Une remontada dont seules les soirées européennes ont le secret. Bordeaux ira ensuite jusqu'en finale. de cette coupe de l'UFA 95-96. Et le club s'inclinera face au Bayern Munich. Mais cette épopée, portée par Zidane, Lizarazu et Dugarry, restera dans la mémoire collective comme l'un des plus beaux souvenirs européens du club. À l'intersaison, c'est la chute. Le club perd la plupart de ses stars. Lizarazu, Zidane, Dugarry, Huard, Dorgon, Frischhansson, Wittschke, Lucas, Dutuel, Bankarel. Ils vont tous quitter le club. Il ne restera alors que trois joueurs ayant vécu la finale de 96. Tolo, Grenet et Kroos. Après deux saisons dédiées à la reconstruction de l'équipe, en s'appuyant notamment sur son centre de formation, c'est Elie Baup qui prend le poste d'entraîneur en chef en 97. Il les mène à la cinquième place pour ses débuts, les prémices d'un renouveau. 99 est une année clé. Sur le plan sportif tout d'abord, Bordeaux lutte toute la saison pour le titre face à l'OM. A la toute dernière journée, un seul point les sépare. Avantage Bordeaux ! Ils affrontent alors Paris dans un match extrêmement tendu. Le score est de 2 partout à la 89e minute. Marseille commence alors à célébrer le titre, grâce à sa victoire acquise un peu plus tôt sur le terrain de Nantes, qui lui donne deux points d'avance au championnat. Mais c'était sans compter sur Elie Baup. Ce dernier fait alors entrer un jeune attaquant guinéen sur la pelouse pour les dernières minutes. Et ça marche. Pascal Feindouno délivre le club au scapulaire en marquant un troisième but inespéré qui offre la victoire et le cinquième titre de champion de France à Bordeaux. En cette même année 99, la jeune chaîne de télévision M6 souhaite se faire une place dans le football français, portée par l'effervescence autour du succès de la Coupe du Monde 98. Jean-Louis Trio, devenu président de Bordeaux en 97 suite au retrait d'Alain Fleloup, se rend alors à Paris. pour rendre visite à son ami Nicolas de Tavernoste, DG du groupe M6. Il revient peu de temps après à Bordeaux, en ramenant dans ses valises la cession de 99% des actions du club à la chaîne de télévision. Ces derniers vont accompagner les Girondins de Bordeaux pendant les 20 prochaines années. Malgré cela, les années 2000 sont assez irrégulières. Mikou et Viltord, les deux stars de l'équipe, s'en vont. et un jeune joueur portugais arrive en remplacement. Pedro, Miguel, Pauleta, l'aigle des Açores. Il fera un début de carrière remarqué avant de filer au PSG. Mais d'un point de vue comptable, le bilan est maigre. Deux Coupes de la Ligue remportées en 2002 et 2007, et il faut attendre 2006 pour que le club retrouve la deuxième place de Ligue 1, qui ramène le club en Ligue des Champions. Ce résultat est crucial pour maintenir les finances du club à l'équilibre. Ce sont les années des Darchevilles, et de Henrique. Devant ces résultats peu satisfaisants pour l'exigeant actionnaire, Jean-Louis Trio décide alors de tenter un coup de poker et de se replacer sous les heureux auspices de 98. Il confie les rênes de l'équipe à un entraîneur qui n'a jamais dirigé le moindre club professionnel, mais qui s'appelle Laurent Blanc. ancien défenseur de l'équipe de France, héros de la Coupe du Monde 98 et de l'Euro 2000. Le Paris s'avère gagnant au-delà de toute espérance. Blanc conclut sa première saison avec un record de points pour le club, à la seconde place. Et la saison suivante, 2008-2009, restera comme la meilleure saison moderne des Girondins grâce à un triplé historique, trophée des champions remporté face à Lyon, Coupe de la Ligue face à Vannes et Championnat de France de football pour la sixième fois. sur la pelouse du stade Malherbe de Caen. En point d'orgue, une série incroyable de 11 victoires consécutives, nouveau record national à l'époque. Une action extraordinaire, gravée dans les mémoires collectives, illustre parfaitement ce retour au sommet. Un soir glacial de janvier 2009, au stade Chabon-Delmas, Gourcuff fait littéralement brûler la défense du PSG avec une action d'anthologie. Rat aux roulettes, double contact, frappe extérieure du pied droit, but. Excusez du peu, l'incendie n'a jamais été éteint depuis. Puis la saison suivante, 2009-2010, sera celle de la consécration européenne. 7 victoires consécutives en Ligue des champions, encore un record pour un club français à l'époque, avec des victoires héroïques face à la Juventus et au Bayern de Munich. Bordeaux sera malheureusement stoppé en quart de finale, éliminé par l'Olympique lyonnais de Benzema. Mais l'épopée de Ramé... Planus, Diawara, Chalmé, Tremoulinas, Wendel, Fernando, Gourcuff, Kavinaghi, Aloudiara et Chamac ressemblent bien à un dernier chant du signe pour le club, qui dès l'année suivante perd à nouveau ses meilleurs joueurs. Gourcuff, qui retourne au Milan à ses puits à l'OL, Chamac s'envole vers Arsenal, et surtout Laurent Blanc, qui part diriger l'équipe de France. Depuis les ruines de 91, il aura fallu 18 ans pour retrouver le sommet. Et en 2009, Bordeaux est sur le toit de la France. Il se place comme un candidat sérieux pour l'Europe. Personne, à cet instant précis, ne voit venir les dix longues années qui vont suivre. Le contre-coup sportif, la vente du club et une spirale de crise qui vont, une seconde fois, menacer l'existence même des Girondins. Ce sera l'objet du troisième épisode de cette série, comment, entre 2009 et 2021, le club va s'enfoncer, lentement mais sûrement, jusqu'à devoir être sauvé une première fois par une décision de justice. C'est la fin du second épisode de cette série sur les Girondins de Bordeaux. Si vous avez aimé ce voyage, n'hésitez pas à laisser un commentaire et une note sur votre plateforme d'écoute préférée. A bientôt pour le troisième épisode.