Speaker #0Cet épisode est réalisé en partenariat avec Box2Box Conseil, service d'achat externalisé à destination des acteurs du sport. 22 avril 2021, le Fonds d'investissement américain King Street, actionnaire des Girondins de Bordeaux, annonce qu'il ne souhaite plus soutenir financièrement le club et se retire du capital. Le président, Frédéric Longuépé, n'a plus le choix. Il place les Girondins sous la protection du tribunal de commerce. Un club six fois champion de France, douze ans seulement après son dernier sacre, doit être placé sous protection judiciaire pour éviter la faillite immédiate. Et encore, nous ne sommes qu'en 2021. Bienvenue dans le troisième épisode de Mémoire du Scapulaire. Aujourd'hui, de 2009 à 2021, nous allons entrer dans le récit d'une décennie douloureuse. ou comment un club qui jouait l'Europe s'est lentement déconstruit jusqu'à devoir être sauvé dans l'urgence par la justice, une première fois. Après le sacre de 2009 et l'épopée européenne de 2010, le contre-coup est immédiat. Les cadres de l'équipe championne de France partent les uns après les autres, comme à l'époque, en 1996. Marouane Chamakh s'en va à Arsenal, Yoan Gourcuff à l'OL, et Laurent Blanc lui-même quitte la Garonne pour prendre en main l'équipe de France. Il faut de nouveau tout reconstruire. Le club change alors d'entraîneur à deux reprises en deux ans. Et c'est finalement à Francis Gillot que revient la lourde tâche de faire revenir le club dans les compétitions européennes. En effet, ces dernières sont absolument essentielles dans l'équation économique qui soutient les Girondins, car synonyme de revenus supplémentaires versés par l'UEFA en cas de bonne performance. Mais c'est là que le bât blesse. Les Girondins sont devenus dépendants de résultats sportifs bien incertains durant cette phase de reconstruction. Cependant, c'est chose faite en 2012, grâce à une cinquième place inespérée en Ligue 1. Puis, en 2013, à nouveau, grâce à leur victoire face à Evian Thonon en finale de Coupe de France, leur quatrième trophée dans cette compétition. Cette finale du 31 mai 2013 au Stade de France restera comme le dernier feu d'artifice avant l'entrée dans les années sombres. 39ème minute, Cheikh Diabaté est à la retombée d'un long centre devant la surface. Il dribble Laquait, le gardien d'Evian Thonon et pousse le ballon dans le petit filet. 1-0, Bordeaux ouvre le score juste avant la mi-temps. Puis, au retour des vestiaires, Bordeaux a l'occasion de tuer le match par le même Diabaté qui s'effondre dans la surface et provoque un pénalty. Ce dernier s'élance, mais cette fois, c'est Lacquet qui prend sa revanche sur le Malien et arrête le pénalty. Dans la minute qui suit, Evian égalise par le biais de Sagbo, un partout. Et c'est là que le match s'emballe. Trois minutes suffisent pour que Henri Saivet redonne l'avantage au bordelais à la 54ème. Puis Evian égalise à nouveau à la 70ème pour l'égalisation. Les minutes défilent et la tension monte encore d'un cran. Les prolongations ne sont plus très loins. Mais la 88e minute, au cœur d'un money time irrespirable, Diabaté, encore lui, catapulte le ballon au fond du filet. Doublé du malien, victoire finale de Bordeaux, 3-2. Il remporte leur quatrième Coupe de France et se qualifie à nouveau pour l'Europe. Ce trophée de 2013 reste à ce jour donc le dernier titre national remporté par les Girondins de Bordeaux. Personne, ce soir-là, au Stade de France, n'imagine que huit ans plus tard, le club sera au bord de la disparition pure et simple. En 2015, les Girondins quittent leur stade historique, le parc Lescure, rebaptisé Chaband-Delmas. Ils emménagent dans une nouvelle enceinte, flambante neuve de 42 000 places, construite en prévision de l'Euro 2016. Le stade Atlantique, situé en bordure de la ville, à Bordeaux-Lac. Ce dernier match à Lescure s'achève par une victoire 2-1 contre Nantes. Et dès la semaine suivante, Zinedine Zidane, légende du club, accompagné de 200 autres anciens joueurs, donne le coup d'envoi symbolique du premier match sur cette nouvelle pelouse Girondine. Mais après la fête et les célébrations, la dure réalité économique apparaît au grand jour. Car ce nouveau stade, renommé Matmut Atlantique, s'accompagne d'un loyer conséquent, 3,7 millions d'euros par an sur 27 années. Et ce, au moment même où le club peine à retrouver son niveau sportif des années 2010. Or, on l'a vu, sans les qualifications en compétition européenne. L'équation économique n'y est plus. Les investissements et les recrutements sont de plus en plus risqués et les meilleurs joueurs sont systématiquement vendus lors des mercato estivaux. Et c'est donc logiquement que le 27 juillet 2018, après 19 années à la tête du club, le groupe M6 annonce la vente des Gironas à un fonds d'investissement américain GACP Sport, dirigé par Joseph D'Agrosa. Ce dernier évoque un investissement de 80 millions d'euros. sur un horizon court, 5 à 10 ans, et il assume ouvertement un projet avant tout financier, bien plus que sportif. Une partie des supporters et de l'opposition municipale s'inquiètent ouvertement de cette opération. Mais Alain Juppé, alors maire de Bordeaux, prend position et assure que les garanties financières sont bel et bien là. Les trois saisons qui suivent sont, comme on aurait pu le prévoir, absolument chaotiques. En 2019, 2020, 2021... Les entraîneurs se succèdent à un rythme effréné. Gustavo Poyet, licencié dès août 2018 après des propos très durs envers la nouvelle direction. Ricardo, dont le manque de diplôme d'entraîneur, oblige l'adjoint Eric Bedouet à assurer la charge à sa place. Puis Paolo Sousa, qui arrive en 2019, tente de stabiliser une équipe rajeunie autour de talents émergents comme Aurélien Tchouameni ou de stars venant de l'étranger comme Laurent Koscielny. La saison 2019-2020 est interrompue prématurément par la crise sanitaire du Covid, au bout de seulement 28 journées. Le club est à la 12e place du championnat, mais l'économie mondiale est à l'arrêt. Devant cette incertitude, en juin 2020, un plan d'austérité est mis en place pour tenter de réduire le déficit du club. Il est alors estimé à une cinquantaine de millions d'euros. Les Girondins vendent des joueurs clés pour tenter de maintenir la trésorerie à flot, comme le gardien Bernardoni ou François Kamano. L'entraîneur Paulo Sousa se désolidarise alors du projet. Il s'en va également. Malgré ce revenu complémentaire, cela reste largement insuffisant et un premier plan de départ volontaire est proposé aux salariés, fin 2020. Puis, en janvier 2021, un plan de licenciement, en bonne et due forme cette fois. Et c'est dans ce contexte que le 22 avril 2021, le fonds King Street, actionnaire principal, annonce lui aussi son désengagement total. ne souhaitant plus, je cite, « soutenir le club et financer ses besoins actuels et futurs » . Le coup est rude pour la ville et Frédéric Longuépée, le président, n'a plus d'autre choix que de placer les Girondins sous la protection du tribunal de commerce de Bordeaux. S'ouvre alors une période de tensions inédites qui va impliquer tous les acteurs locaux qui ne veulent pas voir disparaître ce club historique. Et c'est même François Pinault, actionnaire du Stade Rennais, mais propriétaire du prestigieux Château-la-Tour, qui appelle publiquement les grands noms du vignoble bordelais à envisager un projet de reprise. Appel qui restera lettre morte. Le 24 mai, date limite pour déposer des lettres d'intention auprès du tribunal, six projets sont déposés, dont celui de Didier Quillot, ancien directeur général de la Ligue de football professionnel, et celui du fonds britannique Fosun, propriétaire de Wolwerhampton. Aucun de ces projets ne présente dans un premier temps de garantie financière jugée suffisante. Le 2 juillet 2021, la DNCG prononce pour la deuxième fois après 1991 la rétrogradation administrative des Girondins en Ligue 2, faute d'avoir trouvé les 28 millions d'euros nécessaires à son maintien. Le club fait alors appel et dix jours plus tard, le 12 juillet, un accord est finalement trouvé entre les actionnaires et un entrepreneur hispano-luxembourgeois, Gérard Lopez. Il s'agit du propriétaire du club de Lille avec qui il vient de remporter le championnat de France et qui apporte la fameuse garantie financière qui sauve les Girondins de la faillite. La commission d'appel infirme la décision de rétrogradation et réintègre les Girondins en Ligue 1 sous condition stricte d'encadrement de la masse salariale. Le 23 juillet 2021, Gérard Lopez devient donc officiellement le nouveau propriétaire des Girondins de Bordeaux. Le club vient d'échapper de justesse à la catastrophe. Mais cette nouvelle ère, présentée comme un sauvetage, va elle-même se révélait porteuse de nouvelles difficultés. Ce sera l'objet du quatrième et dernier épisode de cette série, comment, entre 2021 et 2026, les Girondins de Bordeaux sont passés du sauvetage à une nouvelle menace encore plus pressante de liquidation judiciaire. C'est la fin du troisième épisode de cette série sur les Girondins de Bordeaux. Si vous avez aimé ce voyage, n'hésitez pas à laisser un commentaire et une note sur votre plateforme d'écoute préférée. A bientôt pour le quatrième et dernier épisode.