Speaker #04 septembre 2026, ce jour-là à Paris, le comité exécutif de la FFF rend une décision historique. Rien de spectaculaire dans la forme, un simple vote. Et pourtant, cette décision vient de confirmer qu'un club 6 fois champion de France, qui a un jour tenu tête à la Juventus de Turin, au Grand Milan AC des années 90, au Bayern de Munich, ne jouera pas cette saison dans une compétition nationale, mais bien en Régional 1. le sixième échelon du football français. Ce club, ce sont les Girondins de Bordeaux. Comment est-ce possible ? Comment ce club phare du championnat de France, qui a vu passer un temps des superstars comme Giresse, Zidane, Dugarry, Isarazu, Gourcuff, peut-il un jour d'été 2026 se retrouver à un doigt de la liquidation judiciaire ? Pour répondre à cette question, il ne faut pas commencer en 2026, mais bien plus d'un siècle plus tôt, dans un club de gymnastique bordelais qui à l'origine ne jouait... même pas au football. Bienvenue dans le premier des quatre épisodes de cette mini-série, La mémoire du scapulaire. Aujourd'hui, nous allons balayer les années 1920 à 1990, 70 ans pour découvrir comment un petit club de quartier bordelais est devenu l'un des plus grands de France avant de s'écrouler, une première fois. Officiellement, les Girondins de Bordeaux sont nés en 1881. C'est la date qui figure encore aujourd'hui sur les supports du club et sur le maillot. Mais qui est un peu exagérée puisque l'apparition du football en France ne se fera qu'une dizaine d'années plus tard. Mais 1881, c'est en réalité la naissance d'une autre structure. La Société de Gymnastique et de Tire Gironda. Un club omnisport, où on y fait de l'athlétisme, du tir et donc de la gymnastique. Le véritable acte de naissance du club que nous connaissons. C'est en 1920. Cette année-là, la section football des Girondins s'affilie à la Fédération Française de Football. Et la saison suivante, 1920-1921, elles disputent ces premiers matchs officiels, en deuxième série du championnat du Sud-Ouest. On est loin, très loin des sommets européens. C'est à cette époque que les Girondins fusionnent avec un autre club local, l'Argus Sport. Et de cette fusion naît une identité visuelle qui ne bougera plus. Le marine est blanc. S'en suivront de multiples fusions et ententes entre plusieurs clubs de quartier jusqu'en 1937, date de la première consécration. Les Girondins deviennent champions du Sud-Ouest, puis champions de France amateur. Et la saison suivante, le club franchit encore un cap en intégrant la deuxième division, professionnelle cette fois. En 1938, la Coupe du Monde est organisée en France. Et pour l'occasion, un nouveau stade est présenté le 12 juin. 1938. Il s'agit du stade municipal de Bordeaux, qui deviendra plus tard le Parc Lescure, puis le stade Jacques-Chaband-Delmas, où les Girondins évolueront jusqu'en 2015. En 1938, c'est également la date à laquelle les Girondins arborent pour la première fois un motif légendaire sur leur maillot, un scapulaire, c'est-à-dire une large bande en V descendant des épaules. C'est ce motif qui donnera son fameux surnom aux Girondins de Bordeaux, le club oscapulaire. 1941, la France est occupée et le pays traverse l'une des périodes les plus sombres de son histoire. Et c'est dans ce contexte que les Girondins de Bordeaux remportent leur première Coupe de France. Il faudra ensuite attendre 47 ans, les 6 finales perdues, pour rééditer cet exploit. A la libération, en 1945, Bordeaux repart de seconde division, avant de retrouver rapidement l'élite en 1950 sous la conduite d'un homme, André Gérard. Le 7 mai 1950, le club vit l'un des moments fondateurs de son histoire. Il devient champion de France lors de sa toute première saison dans l'élite. Six points d'avance sur l'île, la meilleure attaque du championnat, la meilleure défense, une performance rare, puisque jamais avant cela... Une équipe fraîchement promue était devenue championne de France dès sa première saison. Sous la conduite d'André Gérard, grand artisan de ce premier titre, Bordeaux est devenu l'imprenable forteresse, avec une équipe mythique composée de deux porteurs, Villeneuve, Garriga, Sliatec, Mérignac, M'Barek, Galice, Persil, Moulibard, Cargou, Mustapha, De Harder. Après ce titre de 1950, les Girondins connaissent une... première période de transition et rentre dans le rang, jusque dans les années 60 avec l'arrivée de l'entraîneur espagnol Salvador Artigas. Et Girondin frôle à l'Ordan, vous les sommez, à plusieurs replis. Trois fois vice-champion de France, trois finales de Coupe de France, toutes perdues. Face à Lyon en 1964, Saint-Etienne en 1968 et Marseille en 1969. Puis, c'est la rechute. Les années 70 sont grises. Le club navigue en milieu de tableau jusqu'à finir à un seul point de la relégation en 1978. Et ce, malgré l'émergence de nouveaux talents, comme le jeune Alain Gires. On est loin de l'image du club historique qu'on connaît aujourd'hui. Et c'est précisément dans ce club au résultat pulsif qu'un homme va faire une entrée qui changera tout. 1978. Claude Baize, trésorier du club depuis 4 ans, en devient le président. Ce n'est pas un ancien joueur, ni une figure populaire au départ. C'est un homme d'affaires, qui a fait fortune dans l'immobilier, et qui avance vite, porté par ses millions de francs injectés dans les caisses des Girondins. Il a une idée fixe. ramener les Girondins au sommet du football français, puis européen. Il le dit lui-même à l'époque. Il faudra environ trois ans pour construire une équipe capable de rivaliser avec les grands du championnat de France, Nantes et Saint-Etienne à l'époque. Les débuts sont compliqués. La première saison sous sa présidence est catastrophique, au point qu'il change d'entraîneur au bout de trois mois pour faire venir Raymond Gotthard, surnommé le sorcier belge d'Anderlecht. qui parvient à redresser les performances sportives. Il termine finalement en sixième, un premier signe. La saison suivante, 1980-1981, un nom entre dans l'histoire du club. Aimé Jacquet, alors jeune entraîneur venant de l'Olympique Lyonnais. Autour de lui, Besse construit une équipe qui va marquer une génération entière. René Girard, François Bracci, Jean Fernandez et un ancien de l'Olympique de Marseille, tout juste relégué en deux. Marius Trésor. Et cette année-là, Bordeaux termine 3e et obtient sa qualification pour la Coupe d'Europe de l'UFA. Ça y est, le cycle vertueux est enclenché. Et ce que Claude Bézin a construit dans les années 80, il ne l'a plus jamais revu avant. Trois titres de champion de France, 84, 85, 87, deux Coupes de France, une qualification en Coupe d'Europe chaque année, et des noms devenus mythiques. Alain Giresse, le meneur de jeu emblématique, Bernard Lacombe, Jean Tigana, Marius Trésor, Patrick Battiston et l'attaquant allemand Dieter Müller. Le sommet de cette épopée glorieuse, c'est cette fameuse soirée européenne du 24 avril 1985. Les Girondins et la Juventus de Turin, l'un des plus grands clubs du monde à cette époque, portés par Michel Platini, s'affrontent en demi-finale de Coupe d'Europe. Lors du match aller, les Italiens... se sont imposés 3-0. Et le match retour s'annonce inquiétant. Personne ne donnant cher des chances bordelais. Et pourtant, ce soir-là, 40 000 spectateurs s'entassent au Parc Lescure, qui comporte 34 000 places, record toujours d'actualité, et vont vivre l'une des soirées les plus intenses de leur histoire. 25ème minute, centre dans la surface. Dieter Müller est à la réception. L'Allemand reprend d'un tir croisé imparable. But de Müller. Le parc escure explose. 1-0 pour les Bordeaux. Bordeaux pousse. Bordeaux y croit. Quelques minutes plus tard, Patrick Baptiston récupère le ballon à tranquille. Il arme sa frappe, tire et nouveau but de Baptiston. 2-0. La rencontre est en train de basculer en faveur de Bordeaux. Malheureusement, la Juventus, elle, ne craque pas. Elle défend, referme les espaces et joue la mouche. Le score ne bougera plus, 2 à 0 pour Bordeaux ce soir, mais avec le 3 à 0 du match allé, ce sera hélas insuffisant pour accéder à la finale. Mais au Parc Lescure ce soir-là, 40 000 personnes ont vécu une soirée d'anthologie qui marquera l'histoire du club. Un an plus tard, le 30 avril 1986, après 5 finales de Coupe de France perdues au fil des décennies, les Girondins remportent enfin une seconde fois le trophée, face à Marseille 2 à. 1 grâce à un but victorieux signé à alain giresse. Trois joueurs de l'équipe, Giresse, Lacombe et wachtel, s'étaient d'ailleurs fait une promesse avant la finale. S'ils gagnaient, ils parcourraient à vélo la distance entre Bordeaux et Lourdes. 250 km tout de même. Ils s'exécuteront de bonne grâce. Enfin, en 87, le club réalise l'unique doublé championnat Coupe de France de son histoire en devançant Marseille de 4 points de classement. et en dominant les mêmes Marseillais 2 à 0 en finale de la course. Preuve supplémentaire de la réussite de cette génération dorée, c'est également le club bordelais, qui fournira l'ossature de l'équipe de France championne d'Europe en 84 et demi-finaliste des Coupes du Monde 82 et 86. Mais en 90-91, c'est la rechute. A la fin d'une saison anecdotique, terminée à la 10ème place, la DNCG, l'organisme chargé du contrôle des comptes des clubs professionnels, fait tomber une première fois le coup près. constate un déficit d'environ 45 millions d'euros qui pousse les Girondins administrativement vers la deuxième division. claude bez se retire et mourra en janvier 1990. Mais un club de football professionnel, même en crise, ne s'arrête pas de jouer. Et il faut déjà reconstruire. Dans l'ombre, à Paris, une chaîne de télévision et un entrepreneur bordelais commencent à s'intéresser à l'un des plus beaux patrimoines du football français. Ce sera l'objet du deuxième épisode de cette série. Comment ? entre 1991 et 2009, les Girondins vont renaître une première fois jusqu'à tutoyer à nouveau les sommets du football français. C'est la fin du premier épisode de cette série sur les Girondins de Vendredi. 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