- Speaker #0
Bonjour les amis, on se retrouve aujourd'hui avec Fong Mayenguyen qui est la réalisatrice d'un film d'animation qui va sortir très bientôt qui s'appelle In Waves et qui est l'adaptation d'une oeuvre romangraphique qui est sortie en 2019 et on va lui poser plein de petites questions pour comprendre quel est l'envers du décor et comprendre comment tout ça, ça se fait. La toute première question que je voulais te poser c'est est-ce que c'est toi qui est allé vers l'auteur de la BD originale ? Ou bien c'est lui qui est venu te chercher pour ce film ? Comment ça s'est fait ?
- Speaker #1
Ni l'un ni l'autre.
- Speaker #0
Ok, trop cool.
- Speaker #1
Non, en fait, moi j'ai découvert la BD suite au Festival d'Angoulême, où on a fait un peu parler de lui. Et par la suite, c'est Priscilla Bertin, la productrice de Silex Film, avec qui j'ai travaillé sur une autre adaptation, Culotté de Pénélope Bageux, que j'ai co-réalisé dessus avec Charlotte Cambon. C'était plutôt un format de série avec les épisodes de 3 minutes.
- Speaker #0
Très court, oui.
- Speaker #1
Elle est venue vers moi et me dit « Là, je travaille sur Inways, j'ai eu les droits et j'ai pensé à toi pour l'adaptation, pour faire la réelle parce que je voulais faire un film d'animation avec ce livre-là. »
- Speaker #0
Donc, on a pensé à toi pour cette œuvre. D'ailleurs, ça me fait penser, est-ce que le changement du passage d'une série d'animation à un film
- Speaker #1
il y a une grosse différence pour créer l'oeuvre en définitif oui oui c'est sûr que c'est assez différent déjà le format n'est pas du tout le même sur un long métrage d'animation on a plus de temps pour raconter des choses on peut aller plus en profondeur des émotions alors que le format série c'était peut-être plus une petite pastille qui donne un peu une curiosité qui va raconter des choses peut-être un peu de façon plus... plus éducatif, plus didactique.
- Speaker #0
Est-ce que vous êtes vraiment beaucoup plus nombreux sur un film d'animation que sur une série d'animation comme celle sur laquelle tu as travaillé ?
- Speaker #1
Je pense que sur le long métrage, là, on était environ 300 personnes à travailler sur le film pendant 5 ans, de façon étalée, pas 300 personnes en même temps. Et sur Culotté, je pense qu'on était un petit peu moins, peut-être un peu plus de la moitié. D'accord.
- Speaker #0
Oui, donc c'est plus conséquent au niveau du film. L'oeuvre In Waves, à la base, c'est une oeuvre qui est un peu monochrome, on va dire qu'il n'y a qu'une couleur durant toute l'oeuvre. Comment ça s'est fait au niveau du choix des couleurs ? Est-ce que c'est vous qui les avez proposées et imaginées ou bien c'est l'auteur de l'oeuvre qui a souhaité telle couleur pour tel moment, tel personnage ?
- Speaker #1
En fait, l'auteur ne s'est pas trop impliqué en tout cas sur l'adaptation elle-même. C'était plus moi qui suis avec un peu mon style et un peu mes envies. d'aller vers de la couleur. Surtout, on parle aussi de lumière californienne. Et du coup, moi, j'étais un peu frustrée par le côté monochrome de la BD.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et donc, je me suis un peu permise de m'éloigner du style graphique de la BD pour aller vers des nuances de couleurs plus éclatantes, plus lumineuses.
- Speaker #0
Donc, là, sur cette œuvre, vous aviez carte blanche, plus ou moins, sur comment l'adapter. Est-ce qu'il y a des idées que vous avez eues qui ont été refusées ou qui ont été modifiées ? Ou globalement, tout ce que vous souhaitiez a été gardé ?
- Speaker #1
tel quel ? Non, il n'y a pas eu de refus de la part de l'auteur si ce n'est qu'à un moment, je dessinais le personnage de Kristen et je m'étais un petit peu éloignée de la vraie Kristen et là, l'auteur m'a...
- Speaker #0
Dans le style de dessin qu'elle avait ?
- Speaker #1
Dans son visage, dans les traits comment je la représentais et là, l'auteur m'a dit j'aimerais que Kristen ait les mêmes traits que la vraie Kristen Mais je trouve ça hyper joli et hyper juste, en fait, parce que quelque part, c'était aussi ce film. C'est aussi la prolongation de sa promesse à Kristen de continuer à la faire vivre à travers le dessin et à travers le dessin animé.
- Speaker #0
Parce qu'on ne va pas spoiler, mais le film, il est un peu déchirant. Enfin, c'est dur ce qui se passe quand même dans le scénario. Est-ce que tout de suite, parce qu'il y a un changement de style entre culotté et ce film-là sur le ton et les thématiques abordées, est-ce que tout de suite, ça vous a... parlé pour pouvoir l'adapter ou vous a fallu un temps d'adaptation ?
- Speaker #1
Je pense que que ce soit piloté ou sur Inways, il y a toujours eu un moment de réflexion et je pense qu'on comprend aussi en le faisant. J'ai eu l'idée et puis je l'ai fait. C'est plutôt en faisant que j'ai commencé à comprendre ce que je suis en train de faire et ce que je suis en train de raconter et vers quoi je veux aller. En fait, c'est vraiment un travail de cheminement assez intuitif.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que le matériel de base, du coup, l'oeuvre, la BD, Ce suffit pour pouvoir créer le film ? Ou vous avez vraiment besoin d'un retour de l'auteur en permanence sur l'oeuvre que vous êtes en train de créer ?
- Speaker #1
Alors du coup, moi je me suis même presque... Enfin j'ai posé un peu le livre de côté et je me suis plus intéressée en fait à l'auteur lui-même. Parce que comme c'est son histoire vraie. Du coup, ça parle aussi des vrais lieux, des vraies personnes qui existent encore, qui vivent encore aujourd'hui aux Etats-Unis. Et donc, je suis allée à Los Angeles pour rencontrer l'auteur, rencontrer toute la famille, tout son entourage et visiter également tous les lieux où se sont déroulés les événements. Je prends beaucoup de photos de matière pour pouvoir après communiquer également avec mon équipe de travail. Et donc, tous les décors que vous avez vu dessinés dans le film sont des vrais lieux. ce qui est vraiment les personnes aussi trop bien,
- Speaker #0
donc ça veut dire que techniquement le film est plus riche à des éléments en plus de l'oeuvre de base en dehors des dialogues qui forcément sont plus riches dans un film mais il se passe des choses et il y a des choses supplémentaires par rapport à l'oeuvre donc celui qui a déjà lu s'y retrouvera dans le film et trouvera de la nouveauté oui c'est ça et j'avais aussi envie que par exemple quelqu'un qui a vécu aux Etats-Unis,
- Speaker #1
en Californie, dans ces endroits là puisse réellement reconnaître aussi déjà cette communauté et puis aussi les lieux. Que ce ne soit pas juste quelque chose comme ça, un peu imaginaire, sans appui. Et en fait, vraiment, le fait d'y être sur place, ça n'avait rien à voir. Je m'étais construite aussi une réflexion autour de mes personnages et ça a beaucoup alimenté et nourri le film, tout ce qui se passe dans le film par la suite.
- Speaker #0
Est-ce que comme c'était votre premier long-métrage, vous avez mis plus de temps que vous imaginiez ? à le réaliser ou ça a pris les délais que ça devait prendre comme planifié avant ?
- Speaker #1
Je pense que généralement, oui, pour un film d'animation, ça reste un peu dans ces créneaux-là. Au global, ça veut dire, en fait, on a eu peut-être un an et demi d'écriture. On a eu aussi deux ans de fabrication concrète et beaucoup de temps de préparation, de recherche et de développement technique.
- Speaker #0
D'accord. Oui, donc oui, quand on dit cinq ans, ce n'est pas à dessiner, c'est à tout concevoir. Par rapport aux œuvres que vous avez déjà réalisées, là, ça fait une continuité, parce que ça fait deux fois que vous adaptez, peut-être plus, moi je ne connais peut-être pas très bien, mais une œuvre directement en animé, avec culotté. Est-ce que vous souhaitez continuer dans cette direction-là avec des adaptations dans le futur ? Ou est-ce qu'au contraire, vous aimeriez créer une œuvre originale ?
- Speaker #1
Oui, je pense que là, comme ça fait deux projets de suite où je suis sur les adaptations, je pense que j'ai peut-être... peut-être plus envie d'aller sur une oeuvre originale. Je suis en train de réfléchir à quelque chose, mais bon, là, c'est encore trop...
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Et que vous souhaiteriez développer vous-même le scénario ou pas forcément ?
- Speaker #1
Pas forcément, mais là, en l'occurrence, ça, c'est un projet plus personnel que je suis en train d'écrire. Mais après, ça ne veut pas dire que je me ferme la porte à toutes les adaptations.
- Speaker #0
Oui, c'est un exercice qui vous plaît.
- Speaker #1
J'aime beaucoup. Après, ça dépend aussi avec peut-être la relation que j'aurai avec l'auteur ou l'autrice. Parce que là, dans les deux cas, ça s'est vraiment très bien passé où je me sentais assez libre dans l'adaptation. Il faut voir comment les auteurs qui sont adaptés nous laissent notre part de liberté artistique dans le process. L'avenir me dira.
- Speaker #0
Est-ce que vous êtes inspirée d'autres œuvres ? créer ce film-là ? Et est-ce que vous avez eu des soutiens ou des conseils d'autres réalisateurs qui ont déjà fait des adaptations pour réaliser ce film ?
- Speaker #1
Oui, du coup, effectivement. Entre moi, dans mon cas, pour le film, j'ai commencé par chercher des références quand je commence un projet. Et pour les œuvres, en tout cas graphiquement parlant, j'avais travaillé avec les images de David Hockney en moodboard quand on a commencé.
- Speaker #0
Et c'est quoi ces films ?
- Speaker #1
Non, c'est plutôt des peintures. Ah ok,
- Speaker #0
c'est pour ça.
- Speaker #1
Il a peint beaucoup de paysages, de tableaux qui se passent en Californie, avec des lumières californiennes et tout ça. Et du coup, je me suis vraiment inspirée parce qu'il y a quelque chose de très lumineux dans ces tableaux. Et en même temps, il y a quelque chose dans ces sujets, une partie de mélancolie, quelque chose d'assez mélancolique dans ces sujets. Et je trouvais que ça parlait bien avec Inways, avec ce côté, c'est la jeunesse californienne. qui font du surf, du skate, et en même temps, il y a cette histoire de drame qui vont venir un peu les percuter sans prévenir. Du coup, d'abord, il y avait ce peintre-là qui m'a beaucoup inspirée. Et ensuite, j'ai demandé beaucoup de conseils à Jérémy Clapin de J'ai perdu mon corps. qui, je ne sais pas si vous connaissez ou pas ce film d'animation. Oui, je ne l'ai jamais vu,
- Speaker #0
mais je vois de quel film vous parlez.
- Speaker #1
Et en fait, c'est aussi parce que c'était peut-être la première fois où on a un film d'animation adulte assez réaliste, en fait, avec un logiciel, avec un mélange un peu de 2D, 3D. Et du coup, j'avais énormément de questions. C'est ça,
- Speaker #0
c'est ça, Inways. C'est un mélange un peu des deux.
- Speaker #1
C'est ça, oui.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai, c'est l'impression que ça me donnait. Je savais que c'était de la 3D, mais en même temps, avec un côté un peu dessiné.
- Speaker #1
C'est ça, oui.
- Speaker #0
OK, c'est de la 2D, 3D, oui. Donc, il vous a donné quelques conseils par rapport à tout ça.
- Speaker #1
C'est ça, oui. En fait, comme il a déjà expérimenté un peu ce procédé de travail, du coup, je lui ai posé des questions techniques également. Et comme il a l'expérience de films en 3D, et moi, c'est un peu mon premier long-métrage en 3D, du coup, j'avais besoin un peu de me préparer aussi à ça.
- Speaker #0
Pour vous, à qui s'adresse ce film, en particulier In Waves ? Souvent, les films d'animation sont pensés pour les enfants. imaginé par les... Pour les enfants, sauf que non, il y a des films de ce style qui sortent. Vous pensez à qui ça va parler le plus ?
- Speaker #1
Alors, en le faisant, je ne m'étais pas dit du tout que c'était un film pour enfants.
- Speaker #0
Évidemment.
- Speaker #1
Non, mais je pensais plutôt à la tranche d'âge à partir de 15 ans jusqu'à ma d'âge.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Jusqu'à plus tard.
- Speaker #0
Ça parlera même jusqu'à...
- Speaker #1
Oui, c'est ça, ouais. Je voulais aussi que ça soit accessible pour les jeunes spectateurs et spectatrices, qu'il y ait un peu ce côté-là très dynamique. Que ce ne soit pas non plus juste un essai sur la mélancolie ou sur la tristesse, que ce soit trop dur à prendre d'un coup, mais que ce soit un peu un mélange des deux pour qu'on puisse rentrer dans le film avec beaucoup de douceur également. Et je trouve ça important également, parlant de public, de montrer également des exemples ou des personnages qui sont très doux, qui sont très bienveillants les uns vers les autres. En tout cas, ça parle de ça, ça parle de ce groupe d'amis très soudés. et qui vont essayer de surmonter une épreuve de la vie. Mais en fait, il n'y a pas vraiment de malveillance entre eux. Et je trouve ça important de véhiculer aussi ce genre d'histoire, de personnages vis-à-vis des jeunes.
- Speaker #0
Surtout que pour le coup, c'est un peu une femme forte quand même qui est au centre de l'intrigue, même si elle est contrainte par la maladie à être mise de côté, mettre ses passions de côté et tout. mais je trouve que ça s'entre bien dans l'air du temps parce que le personnage il est fort et en plus elle supporte pas le fait d'être un poids pour ses amis pour son copain en particulier et je trouve que c'est assez bien, ça c'est le petit aparté que je dis pour vous alors là c'est une question plus personnelle, quel dessin animé vous aimiez le plus vous quand vous étiez petite ?
- Speaker #1
Quand j'étais petite...
- Speaker #0
Est-ce que vous aimiez les dessins animés ?
- Speaker #1
Ah oui, je regardais que ça. D'où le métier. Qu'est-ce que vous pouvez me dire des œuvres que vous aimez ? J'en ai pas mal. J'aimais beaucoup le petit dinosaure.
- Speaker #0
Ah, dans les films d'animation.
- Speaker #1
Et la vallée des merveilles. Oui,
- Speaker #0
la vallée des merveilles.
- Speaker #1
La vallée des merveilles, c'est ça. J'aimais bien aussi Bambi. Oui, c'est ça, c'est Potipier, non ? En québécois.
- Speaker #0
C'est le petit dinosaure, mais Petit Pied, c'est son prénom. Je crois que c'est dans le titre Petit Pied.
- Speaker #1
Je crois que c'était le titre québécois, un truc comme ça.
- Speaker #0
En plus, il va revenir là. C'est un fan-made, mais assez pro, fait autour de Petit Pied. Mais c'est vrai qu'on devait en entendre parler l'année dernière et on n'en a plus de retour.
- Speaker #1
C'est marrant parce que ça commence quand même par une histoire de deuil Petit Pied. Terrible d'ailleurs.
- Speaker #0
et Bambi aussi le drame le drame
- Speaker #1
Mathieu grave et voilà je répète le schéma et en dessin et en série d'animation je ne regarde pas beaucoup de séries d'animation je lisais surtout en fait Doraemon ah ouais ? c'était trop bien, ça nourrit toute mon enfance ce chat là qui est magique ah c'est fou,
- Speaker #0
vous avez grandi en France ?
- Speaker #1
non j'ai grandi au Vietnam
- Speaker #0
Ok, c'est pour ça. Parce qu'en France, c'est pas très populaire. Alors que c'est un phénomène de fou au Japon et ailleurs.
- Speaker #1
Je trouve ça trop bizarre parce qu'en France, il y a tous les mangas, sauf... Enfin, en tout cas, Doraemon n'est pas super connu.
- Speaker #0
C'est vrai. En plus, il sort un film prochainement.
- Speaker #1
Oui, ils ont déjà... Enfin, j'en ai déjà vu des épisodes de séries. J'aime moins. Je préfère la version manga.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Fong-Mei Enguyen, pour nous avoir accordé cette petite interview. J'espère que ça vous aura aidé à voir un peu plus comment ça se passe l'envers du décor. Merci beaucoup pour tout ça. Je vous libère.
- Speaker #1
Merci beaucoup.