- Speaker #0
Bienvenue dans les 7 capitaux, le podcast qui vous démontre que vous êtes bien plus riche que vous ne le pensez. Je m'appelle Mickael Mangot, je suis économiste, spécialiste d'économie comportementale et d'économie du bonheur. Dans cet épisode, nous allons décortiquer comment les valeurs et croyances personnelles influencent le bonheur, en partant de l'observation que les gens de droite sont en moyenne significativement plus heureux que les gens de gauche. Pour commencer, sachez que cette différence de bonheur entre gens de droite et gens de Ausha été documentée à de multiples reprises par les chercheurs en sciences politiques et en sciences du bonheur, depuis au moins une vingtaine d'années. C'est donc un fait bien établi.
- Speaker #1
Pour moi, ces notions de gauche et de droite sont totalement dépassées.
- Speaker #0
Au contraire, monsieur, je pense vraiment qu'elles restent d'actualité. On vit dans des sociétés qui sont de plus en plus polarisées politiquement. Mais je reviens à notre sujet. Aux États-Unis, comme en Europe ou dans d'autres zones, les conservateurs se disent plus satisfaits de leur vie que les progressistes. Du moins, en moyenne. Et la différence est significative. De l'ordre de 0,3 à 0,4 points de plus sur une échelle qui va de 0 à 10. Ce qui est beaucoup. Cela représente entre un quart et un tiers de la différence de satisfaction de la vie qu'il y a entre les chômeurs et les personnes en emploi. Les conservateurs sont également au-dessus sur d'autres indicateurs de bien-être. Par exemple, ils ressentent moins d'émotions négatives que les progressistes et considèrent plus fréquemment que leur vie a un sens. Ces différentes observations reposent sur des photos instantanées du bien-être et de l'orientation politique. En cela, elle démontre une corrélation, mais ne renseigne pas sur une éventuelle relation. De causalité. Laquelle pourrait d'ailleurs aller dans les deux sens. Le fait d'être de droite pourrait rendre plus heureux. Ou inversement, le fait d'être heureux pourrait conduire à voter plus à droite. Ou ni l'un ni l'autre. Peut-être le bonheur et l'orientation politique sont-ils en fait influencés en parallèle par une ou plusieurs autres variables. Qu'en pensez-vous ? Comment expliqueriez-vous cette différence de bonheur entre gens de droite et gens de gauche ? Alors ça, j'en sais rien du tout.
- Speaker #2
Je n'en sais rien Jean-Pierre !
- Speaker #0
Déjà, il paraît important de se demander si on compare des choses comparables. Dans les sciences du bonheur, on cherche à isoler l'influence des différents facteurs en contrôlant les facteurs qui pourraient apporter de la confusion. Les variables de contrôle classiques lorsque l'on étudie le bonheur sont par exemple l'âge, la situation matrimoniale ou le niveau de revenu. Toutes sont connues pour influencer le bonheur et donc potentiellement biaiser les résultats. Est-ce que les gens de droite... et de gauche sont identiques dans ces différentes dimensions. Et si ce n'est pas le cas, est-ce que la différence de bonheur entre personnes de droite et de gauche s'observe encore après contrôle de ces variables ? On tient là une première bonne piste. Les gens de droite, en moyenne, sont plus fréquemment mariés et aussi plus riches en revenus et en patrimoine que les gens de gauche. Deux situations très favorables pour le bonheur. Pour autant, la différence de bonheur demeure significative même après contrôle de ces deux variables. même si, phorologiquement, la différence observée est un peu diminuée. D'ailleurs, une étude a aussi remarqué qu'il y avait une autre différence objective importante entre personnes de gauche et de droite, susceptible de fausser, là aussi, la conclusion. Les personnes de droite sont en général également jugées plus belles et plus attractives que les personnes de gauche, ce qui favorise aussi leur bonheur. Ah, je vous sens offusqué ! Surtout si vous êtes de gauche, et surtout si vous êtes de gauche et que vous pensiez avoir un physique agréable.
- Speaker #3
Ces soudards n'entendent rien à la beauté.
- Speaker #2
Vous êtes tellement aigris que vous n'êtes plus capable de voir la beauté et l'élégance.
- Speaker #0
Mais calmez-vous, c'est un point somme toute assez mineur qui n'est pas de nature à faire disparaître totalement la différence de bonheur observée. Il y aurait donc quelque chose d'autre à l'œuvre, au-delà des différences objectives de situation. Quelque chose qui pourrait être en lien avec l'idéologie politique.
- Speaker #4
D'un point de vue politique, vous diriez que vous êtes à droite, à gauche ?
- Speaker #0
Je garde ça pour moi. Parmi les premiers chercheurs qui se sont intéressés au sujet, Jaime Napier et John Jost de l'Université de New York ont émis l'hypothèse que ce qui aidait les gens de droite à être heureux était une tendance à considérer la société comme juste et ainsi à justifier le système en place. A l'inverse des gens de gauche qui, eux, sont indignés par les imperfections du système comme les inégalités sociales ou la destruction de l'environnement, qu'ils considèrent comme injustes et qui donc aspirent à un changement de système. Cette explication fonctionne bien, car des recherches ont effectivement observé que les gens de droite avaient tendance à davantage considérer le système économique ou politique comme juste. Alors que d'autres travaux ont pu noter que le fait de considérer la société comme juste était en moyenne corrélé à un bonheur supérieur, et cela peu importe la couleur politique. Par exemple, les gens de droite ont davantage tendance à justifier les inégalités sociales en les associant à des différences de mérite ou de talent par rapport aux gens de gauche qui, eux, les relient davantage à des injustices à la naissance qui nécessiteraient d'être corrigées par une action volontaire de l'État. Les deux chercheurs de l'Université de New York qui ont avancé cette explication voient dans cette justification du système un processus cognitif défensif. Selon eux, les gens de droite justifient le système actuel et souhaite sa continuation à l'identique pour éviter de souffrir de ses conséquences négatives, par exemple les inégalités. Il s'agirait donc d'un processus palliatif pour lutter contre les émotions négatives comme l'anxiété ou le mécontentement associés à un système qui génère des externalités négatives importantes. En considérant que le système est juste, on a tendance à davantage considérer que le futur sera bon pour soi, du moins si l'on fait ce qu'il faut. Cette vue du monde est, en cela, particulièrement apaisantes. Certains chercheurs sont même allés un cran plus loin en considérant que les gens de droite ont tendance à justifier le système actuel car, avec leur situation sociale avantageuse, ils en sont les premiers bénéficiaires. Justifier le système et les inégalités qu'il génère, c'est fournir un cadre qui légitime une position sociale privilégiée en l'expliquant par des vertus personnelles plutôt que par des avantages indus. Il s'agirait donc d'un processus cognitif défensif adossé à une petite malhonnêteté intellectuelle. Pour le dire simplement, selon cette ligne d'analyse, ce qui aiderait les gens de droite à être heureux, c'est de se mentir à eux-mêmes, de croire à une fable sur la société qui les arrange bien. Le processus sous-jacent ne serait donc pas très flatteur.
- Speaker #5
C'est un sale bourgeois égoïste de droite qui pense qu'à sa baraque t à sa famille de minables.
- Speaker #0
D'autres équipes de recherche ont considéré cette explication comme étant incomplète et aussi paradoxale. C'est en effet rare dans les sciences du bonheur d'associer un avantage de bonheur à un mensonge ou une duplicité. D'ordinaire, les chercheurs associent un avantage de bonheur à une action ou une disposition positive. Par exemple, un contact régulier avec la nature ou des relations sociales riches ou la pratique de la méditation ou de la gratitude. Des chercheurs ont donc réévalué la situation avec une tonalité bien plus positives. Ils ont considéré l'hypothèse que l'avantage de bonheur des conservateurs serait en fait dû à des processus d'ajustement positif à la réalité. Les conservateurs auraient des dispositions psychologiques et un regard sur la vie, sur la société et sur eux-mêmes plus fonctionnels que celui des progressistes. Et c'est cela qui les rendrait plus heureux. Cette ligne d'analyse est confirmée par un certain nombre d'observations. Premièrement, les gens de droite se démarquent des gens de gauche par une perspective plus positive sur la vie et sur eux-mêmes. Ils sont en moyenne plus optimistes et ont une meilleure estime d'eux-mêmes. Deuxièmement, ils ont plus que les gens de gauche le sentiment d'être acteurs de leur vie. Ils ressentent davantage avoir le contrôle et la responsabilité sur leur vie. A l'inverse, les gens de gauche adhèrent davantage à l'idée que leur vie sont soumises à des déterminismes culturels et institutionnels au-delà de leur contrôle. Troisièmement, les gens de droite se démarquent par une place plus importante accordée à la religion dans leur vie.
- Speaker #2
Les libertins auront beau dire la religion est une bonne chose.
- Speaker #3
La religion ajoute à l'amour, mais l'amour ajoute aussi à la religion.
- Speaker #1
Et puis la religion, c'est une assurance contre la mort.
- Speaker #6
Je déteste la religion, le repli sur soi, les ghettos intellectuels.
- Speaker #0
Ah, je vois que ce thème de la religion vous inspire. Dans le même registre, il apparaît aussi que les gens de droite affichent une clarté morale supérieure. Leur vie est davantage marquée par l'adhésion à des principes moraux clairs qui participent fortement à leur identité.
- Speaker #7
Depuis qu'il souffle sur la ville un tourbillon de haine et de délation, toutes les valeurs morales sont plus ou moins corrompues.
- Speaker #0
Et enfin, quatrièmement, les gens de droite sont en général plus patriotes, ce qui nourrit un sentiment de fierté et d'appartenance collective qui leur est bénéfique. Toutes ces dispositions psychologiques sont bien connues des chercheurs comme étant des facteurs facilitant le bonheur, au-delà de l'étiquette politique. Bref, ce qui aide aussi les conservateurs à être plus heureux, au-delà de la croyance dans une société juste et méritocratique, c'est le recours à des valeurs et des vues sur le monde qui sont positives, apaisantes ou émancipatrices.
- Speaker #4
Je ne sais pas quelles sont vos valeurs, mais ce ne sont pas les miennes.
- Speaker #0
Mais d'où viennent au juste ces valeurs et ces vues du monde positif, qui distinguent les gens de droite des gens de gauche ? Si les expériences vécues peuvent contribuer à façonner les valeurs personnelles, deux types de déterminants ressortent systématiquement quand on s'intéresse à l'origine des valeurs et des vues du monde. C'est d'une part l'environnement familial et d'autre part les gènes et leurs effets sur la personnalité. Commençons par l'environnement familial. Il a été montré que la foi religieuse, le patriotisme, l'optimisme, la croyance dans le contrôle personnel sur sa vie et dans une société juste Passez tous par l'éducation familiale. Ce genre de croyances se transmet de génération en génération au sein des familles. Et il en est de même pour l'orientation politique. Les positions politiques sont assez semblables de génération en génération à l'intérieur des familles, avec une corrélation modérée autour de 0,4.
- Speaker #8
Ici habite une famille d'intellectuels de gauche abonnés à Télérama, même s'ils n'ont pas la télé !
- Speaker #0
Chers auditeurs, si vous êtes parents, Cela devrait en toute logique vous inviter à questionner les valeurs et les vues du monde que vous êtes en train de transmettre à vos enfants. L'autre facteur clé qui détermine les valeurs et les vues du monde, c'est la personnalité et son origine génétique.
- Speaker #9
Est-ce que tu pourrais me donner trois points forts de ta personnalité ?
- Speaker #0
Les gens de droite et de gauche se distinguent par des traits de personnalité différents. Les gens de droite sont en général plus hauts en conscienciosité. C'est-à-dire le trait de personnalité qui englobe le degré d'organisation, de discipline et de persévérance de l'individu. Alors que les gens de gauche sont eux plus hauts pour l'ouverture au changement. Il y a aussi, mais c'est beaucoup moins notable, une moindre instabilité émotionnelle chez les gens de droite. Le trait de personnalité qui caractérise le mieux les gens de droite, à savoir la conscienciosité, est un trait particulièrement favorable pour le bonheur. via ses effets sur les valeurs et les croyances. Il est ainsi positivement connecté à un lieu de contrôle interne, c'est-à-dire la croyance que la vie est davantage déterminée par nos actions personnelles que par des éléments extérieurs. Il est aussi connecté à une croyance dans une société juste, au patriotisme et à la religiosité, soit plusieurs des dispositions positives dont on a précédemment parlé. Derrière les dispositions psychologiques positive des gens de droite se cacherait donc un certain type de personnalité.
- Speaker #10
Je ne participerai pas à votre culte de la personnalité.
- Speaker #0
Au passage, sachez que les études sur les vrais et les faux jumeaux montrent que la personnalité est héritable à hauteur d'environ 40-60%. Ce qui veut dire que statistiquement, de 40% à 60% des différences de personnalité entre individus seraient dues à une origine biologique. L'avantage de bonheur des gens de droite mesurée sur des populations larges, relèverait donc, en partie et indirectement via les valeurs et les vues du monde, d'un héritage biologique plus favorable. Les gènes influent sur la personnalité, qui va influencer les valeurs et croyances des individus, façonnant à la fois leur idéologie politique et leur aptitude au bonheur. Par ricochet, on observe aussi, et fort logiquement, une héritabilité à la fois de l'idéologie politique Et des niveaux de bonheur à des niveaux un peu inférieurs à ceux de la personnalité, entre 30% et 50%. Plus généralement, au-delà des différences entre gens de droite et de gauche, quelles sont les valeurs connues pour être bénéfiques pour le bonheur ? La recherche a identifié ces valeurs saines, positives pour le bonheur. Les travaux qui font référence sur ce sujet sont les travaux conjoints de Florencia Sortex de l'université d'Helsinki et Shalom Schwartz de l'université hébraïque de Jérusalem. Ce sont les valeurs qui favorisent 1. l'autonomie, 2. la poursuite d'objectifs intrinsèques, c'est-à-dire des objectifs intéressants en soi, 3. la stimulation et le développement personnel, 4. une relation positive aux autres, et 5. la transcendance de soi, c'est-à-dire l'oubli. de ses intérêts personnels pour des intérêts plus grands. L'autonomie, la curiosité, l'hédonisme, l'ouverture au changement et à la nouveauté, la bienveillance et la religiosité font de fait partie de ces valeurs positives.
- Speaker #11
Nos valeurs ici, c'est la liberté à la tête, c'est ça. Nous ici, c'est tout ce qu'on veut et la zumba c'est ça nos valeurs.
- Speaker #0
A l'inverse, les valeurs défavorables au bonheur invitent à 1. obéir aux normes sociales, 2 poursuivre des objectifs extrinsèques, c'est-à-dire des objectifs qui ne sont intéressants que pour les récompenses extérieures qu'ils génèrent. 3. Rechercher la défense et la préservation de soi plutôt que le développement de soi. 4. Contrôler ou dominer les autres. Et 5. Focaliser sur ses intérêts personnels plutôt que sur des intérêts plus larges. Le conformisme, le matérialisme, la recherche de sécurité ou de statut et l'attrait pour le pouvoir sont des cas typiques de valeurs défavorables pour le bonheur. On remarquera d'ailleurs que les valeurs positives pour le bonheur ne sont pas particulièrement de droite. Au contraire, certaines sont même clairement de gauche, comme l'ouverture au changement ou à la nouveauté. L'avantage des gens de droite n'est donc pas a priori à rechercher du côté du contenu des valeurs. Mais la recherche n'a pas uniquement documenté la liste de ses valeurs positives. Elle a aussi montré l'influence de l'environnement sur l'expression des valeurs. Si les valeurs peuvent être intrinsèquement bonnes ou mauvaises pour le bonheur, elles opèrent toujours dans un certain environnement. De ce fait, un autre facteur clé est leur congruence avec l'environnement. Cette congruence peut prendre plusieurs formes. Une congruence avec les valeurs des personnes qui nous entourent, avec les besoins particuliers générés par l'environnement, Et enfin, une congruence avec nos actions au quotidien. On vit mieux lorsque nos valeurs sont partagées par nos proches, ce qui évite des frictions. Au-delà du cercle des proches, la culture et les institutions influencent aussi l'effet des valeurs sur le bonheur. Par exemple, des recherches ont pu montrer que les valeurs poussant à l'autonomie et à l'ambition individuelle sont plus bénéfiques dans des environnements peu égalitaires ou peu protecteurs, où les institutions ne fournissent pas un filet de sécurité robuste Pour les individus, ces valeurs poussant à l'action personnelle viennent alors compenser les insuffisances des institutions. Enfin, pour être bénéfique, les valeurs doivent être actionnables. La transcendance de soi, c'est-à-dire le fait de se soucier du bien-être des autres au-delà de soi, est plus nettement favorable au bonheur quand elle peut se matérialiser par des actions concrètes et efficaces. C'est d'ailleurs ce qui distingue l'universalisme de la bienveillance. L'universalisme implique un souci du bien-être de tous, qu'il nous soit proche ou non, voire un souci des autres espèces. Cette considération globale est plus difficilement implémentable au quotidien, par rapport à la bienveillance qui invite à se soucier très concrètement du bien-être des personnes qui nous entourent et avec qui l'on interagit directement. Un universalisme qui ne serait pas accompagné d'actions concrètes et signifiantes peut déboucher sur de l'anxiété. Un bon exemple est l'éco-anxiété ressentie par les personnes soucieuses de la protection de l'environnement et qui ne parviennent pas à enclencher des actions importantes pour l'objectif visé. Pour favoriser le bonheur, les valeurs personnelles doivent donc bien se marier avec les valeurs des proches, avec les besoins générés par la culture et les institutions en place, et pouvoir se transposer en actions concrètes. Notez que la congruence influence aussi l'effet de l'orientation politique sur le bonheur. On est encore plus heureux quand on est de droite, si nos proches sont aussi de droite, si la population du pays est majoritairement à droite, ou si le gouvernement en place est de droite. On n'identifie vraiment pas aux nouvelles valeurs de la douane, ni à celles du gouvernement en place. Ah, c'est problématique. Faisons le même exercice avec les croyances. Quelles sont les croyances qui sont positives pour le bonheur ? Là aussi, la recherche a bien défriché le terrain. Il s'agit d'abord de vues positives sur la vie et sur le monde. Par exemple, croire que la vie a fondamentalement un sens, ou au moins, si elle n'en a pas, que l'on peut lui en donner un. Croire qu'un Dieu bienveillant existe. Croire que le monde est un endroit sûr. Ou croire que les choses se dérouleront pour le mieux dans le futur. Il s'agit aussi de croyances positives sur le fonctionnement de la société. Croire que la société est juste. Ou croire qu'elle récompense le talent, l'effort et la vertu. Il s'agit ensuite de croyances positives sur la nature humaine. Croire que les humains sont par nature plutôt bons, ou croire que la majorité des gens sont dignes de confiance, ou croire encore que les personnes en situation de pouvoir sont honnêtes. Il y a également des croyances positives sur les capacités et les limites de l'action humaine. Croire que chaque individu a le contrôle sur sa vie, ou croire que chaque individu peut s'améliorer ou améliorer sa situation personnelle s'il s'en donne les moyens. Et enfin, il y a des croyances positives sur soi-même. Croire qu'on a soi-même de la valeur, et qu'on est... personnellement capable d'affronter les défis que la vie nous réserve. Beaucoup plus que pour les valeurs, on distingue ici un avantage très net pour les personnes de droite. La croyance dans la justice sociale, dans la responsabilité individuelle, la foi religieuse, l'optimisme et l'estime de soi sont autant d'atouts massifs pour le bonheur des gens de droite. Inversement, certaines vues du monde que l'on retrouve souvent à gauche s'avèrent très préjudiciables pour le bonheur. Considérer que Dieu n'existe pas, que la société est injuste, que les places des uns et des autres sont davantage dictées par des déterminismes sociétaux que par les actions individuelles, ou se percevoir comme faisant partie d'un groupe social injustement défavorisé ou au contraire injustement favorisé par rapport à d'autres groupes sociaux entra fortement la capacité à être heureux. Comme pour les valeurs, les vues du monde s'avèrent plus ou moins bénéfiques en fonction de l'environnement. Il a ainsi été repéré que les dispositions positives des gens de droite leur sont plus profitables lorsque l'environnement pose des menaces pour l'individu, que ce soit des menaces au niveau micro, par exemple un épisode de chômage, ou des menaces au niveau macro, une guerre ou une crise économique majeure. C'est dans ces périodes que leur mécanisme d'adaptation tourne à plein. Et donc que le différentiel de bonheur entre gens de droite et gens de gauche est à son maximum. Dans ces conditions, peut-on alors décider de changer ses valeurs et ses croyances afin d'être plus heureux ? Si les valeurs et les vues du monde personnel sont relativement stables tout au long de la vie, elles peuvent néanmoins changer, notamment sous l'effet des expériences de vie. De nombreuses études ont par exemple montré que les expériences de vie traumatiques comme les agressions, les accidents, les attentats ou la mort de proches, avaient tendance à transformer la vision du monde, de la société et des individus en diminuant le sentiment que le monde est un endroit bienveillant, que la société est juste et que les humains sont dignes de confiance. Sur une note plus positive, il a aussi été repéré que le fait de partir, vivre ou étudier à l'étranger avait tendance à modifier les valeurs personnelles en augmentant l'ouverture au changement. La personne qui remarquerait que son bonheur est entravé par des valeurs ou des vues du monde dysfonctionnelles a donc des leviers à sa disposition. En combinant réflexion personnelle, nouvelles expériences de vie et exposition à de nouveaux cercles sociaux, elle peut, avec patience, parvenir à infléchir ses valeurs personnelles et ses croyances sur le monde. Il est d'ailleurs à noter que les vues du monde sont sans doute un peu plus malléables que les valeurs, car elles participent moins à l'identité de la personne et sont aussi moins directement reliés à sa personnalité. Et puis il n'y a aucune obligation à adopter les valeurs et les vues du monde les plus favorables pour le bonheur. La quête de bonheur peut se heurter à d'autres poursuites, d'autres priorités. Par exemple la poursuite de la vérité. Il est difficile d'adopter des vues du monde qui rentrent directement en conflit avec les faits observés. La foi dans un Dieu bienveillant, l'optimisme, l'estime de soi. la croyance dans des hommes naturellement bons ou dans une société qui serait juste peuvent ne pas résister à l'épreuve des faits. S'il est relativement banal de se cramponner à ces croyances face à de nouvelles informations contradictoires afin d'éviter la dissonance cognitive, il est bien plus difficile d'adopter de nouvelles croyances qui s'opposeraient frontalement à notre vécu passé.
- Speaker #2
Si la vérité te fait chier, c'est ton problème.
- Speaker #0
Au-delà de la recherche de vérité et de cohérence, Il y a également d'autres objectifs de vie qui peuvent venir percuter l'adoption de valeurs et de croyances propices au bonheur. Il peut ainsi y avoir un arbitrage nécessaire entre poursuite du bonheur et poursuite du succès. Certaines valeurs sont clairement néfastes pour le bonheur, mais plutôt positives pour le succès social et professionnel. C'est le cas du matérialisme et de l'attrait pour le statut ou pour le pouvoir. Inversement, le souci de l'autre qui se retrouve dans des valeurs comme la bienveillance ou l'universalisme peut rentrer en conflit avec la quête d'argent et de statut en orientant la personne vers des carrières sociales ou associatives qui sont mal rémunérées. Dans la même veine, des recherches ont montré que l'agréabilité était un trait de personnalité généralement associé au bonheur mais aussi à des salaires moindres dans le monde professionnel. C'est triste à dire mais les chiffres montrent clairement que les gens sympas sont pénalisés dans le monde de l'entreprise. Bref, avoir un logiciel parfaitement adapté pour le bonheur n'est pas à portée de main de tout le monde et n'est peut-être pas totalement souhaitable. Pour ceux qui n'ont pas ce logiciel et qui souhaiteraient l'obtenir, il leur faudrait à la fois accepter de se renier, au moins un peu, ou de se mettre des œillères. Il faudrait aussi tolérer certains coûts collatéraux et en plus mettre en place un processus long de transformation personnelle. Un processus dont le résultat reste incertain.
Si tu crois que tu seras plus heureux, tu te gourres.
Ne partez pas totalement perdants quand même ! D'autant que l'heure est venue de conclure. Il apparaît clairement que si les gens de droite sont plus heureux que ceux de gauche, en tout cas en moyenne, ce n'est pas dû à leur idéologie politique stricto sensu, mais à des variables tierces qui affectent à la fois leur idéologie politique et leur propension au bonheur. Ces variables sont, en premier lieu, leur bonne situation personnelle et leur vue du monde. Ces vues du monde peuvent soit être interprétées négativement, comme des auto-illusions un peu naïves, ou plus positivement, comme des processus adaptatifs efficaces. On aurait donc tort de croire qu'il suffirait de changer son bulletin dans l'urne pour instantanément devenir plus heureux. Non, le changement pour être efficace requiert l'adoption d'un cadre général de pensée bien particulier. Mais le message de cet épisode est plus général. Cette observation d'un différentiel de bonheur entre gens de droite et de gauche n'aura été qu'un prétexte pour discuter des effets de notre capital culturel sur notre bonheur. L'épisode nous invite, en filigrane, à cartographier et à faire un audit de nos valeurs et de nos croyances. Sont-elles fonctionnelles ou dysfonctionnelles ? Facilite-t-elle ou entrave-t-elle notre bonheur ? Et au-delà du bonheur, quels effets ont-elles sur nos autres objectifs de vie ? Je vous laisse y réfléchir.
- Speaker #8
C'était mal parti et puis la conclusion donne un tout autre éclairage à l'ensemble.
- Speaker #0
Ce septième épisode vient conclure le premier cycle de la saison 1 du podcast. Je reviendrai avec un nouveau cycle de 7 épisodes d'ici l'été. Car ce cycle inaugural n'aura donné qu'un tout petit avant-goût des 7 capitaux. Et il reste encore beaucoup à dire. Croyez-moi. Les sept capitaux, ce serait pécher de ne pas s'y intéresser.