- Speaker #0
Bienvenue dans les 7 capitaux, le podcast qui vous démontre que vous êtes bien plus riche que vous ne le pensez. Je m'appelle Michael Mangot, je suis économiste spécialiste d'économie comportementale et d'économie du bonheur. Dans cet épisode, nous nous intéressons au capital naturel. Précisément, nous allons étudier l'importance de la nature pour le bien-être, sous toutes ses formes.
- Speaker #1
Tu vas entrer dans les jardins du bonheur, où chaque fleur repousse dès qu'on l'accueille.
- Speaker #0
Quels bienfaits nous procurent le contact avec la nature ? Et ces bienfaits sont-ils valables pour tout le monde ? Si oui, est-ce que l'on fait ce qu'il faut pour en profiter au maximum ? Pour entrer dans le sujet, je vous demanderai d'abord de me confier si, oui ou non, vous aimez la nature.
J'aime la nature.
- Speaker #2
Enfin, je ne peux pas dire que je n'aime pas la nature.
- Speaker #3
Je ne crois pas que ce soit... Les arbres font partie du patrimoine, ce sont nos racines, notre paysage, tout le monde aime les arbres.
- Speaker #0
A priori, une très grande majorité de personnes ressent une attraction pour la nature et même une affiliation à la nature. Ce rapport positif et privilégié à la nature est généralement appelé biophilie. Le terme biophilie est une combinaison de deux mots qui descendent du grec ancien « bio » pour vie et « philia » pour amour, signifiant littéralement l'amour de la vie. Le premier à avoir parlé de biophilie est le psychanalyste Eric Fromme dans les années 1960. qu'il entendait comme l'amour passionné de la vie et de tout ce qui est vivant. Fromm voyait dans la biophilie la base d'une orientation éthique en faveur du développement et de la croissance organique, à opposer à la nécrophilie qui elle est une orientation vers la mort, la destruction et le contrôle. Le concept de biophilie a pris une tournure un peu différente dans les années 1980 lorsque le biologiste Edward Wilson publia en 1984 le livre Biophilia. Wilson fait l'hypothèse de la biophilie, c'est-à-dire d'une attention et d'un attrait des humains pour le vivant, un attrait qui serait d'origine biologique et largement inconscient. L'hypothèse de biophilie a ensuite été intégrée aux théories de la psychologie évolutionniste. D'un point de vue évolutionniste, l'attirance des êtres humains pour la vie et la nature s'expliquerait par notre histoire évolutive qui s'est écrite quasi intégralement dans un cadre naturel. La nature étant ce qui nous a procuré de ressources vitales durant notre histoire évolutive, nous aurions développé une attirance pour la nature, un trait largement favorable pour la survie et la reproduction. Aujourd'hui, ce trait serait toujours présent dans la psyché humaine, malgré le changement radical de cadre de vie. L'hypothèse de biophilie, qui paraît relever du bon sens, est aujourd'hui largement admise par les biologistes, les psychologues environnementaux et les psychologues évolutionnistes. Pour l'anecdote, sachez que Biophilia, c'est aussi le nom d'un album de Björk, la chanteuse islandaise. Ce sont des preuves qu'il nous faudrait ! Vous voulez savoir s'il y a des preuves convaincantes de l'hypothèse de biophilie d'Edward Wilson ? Ah, ce n'est pas simple comme requête. La biophilie est une explication générale, difficilement prouvable directement. En revanche, un faisceau de preuves indirectes mais convergentes tente à confirmer cette interprétation générale. Et je vais vous en dresser la liste. Premier élément de preuve, il y a une fascination pour les scènes naturelles, observables à la fois chez les adultes et chez les enfants. Qu'elles génèrent des émotions positives ou négatives, la nature laisse rarement indifférent. Deuxième élément de preuve, sur tous les continents, on a pu observer une représentation moyenne positive de la nature et même un sentiment d'affection ou d'amitié vis-à-vis de la nature, indépendamment de la culture. Troisième élément de preuve, il y a une évaluation généralement... positive et une préférence pour les vues, les sons, les odeurs et les touchés naturels. Pour le goût, c'est un peu différent. Il n'est pas évident que lors de dégustations à l'aveugle, on préfère les goûts naturels aux goûts artificiels. En revanche, il y a une préférence déclarée très nette en faveur des goûts d'origine naturelle. Vous, vous préféreriez manger des fraises naturelles ou des fraises artificielles ?
- Speaker #4
Je mangerais bien des fraises.
- Speaker #5
J'ai aussi envie de fraises.
- Speaker #0
Vous ne répondez pas vraiment à ma question. Tant pis. Cette préférence pour la nature et le naturel se retrouve dans les prix alimentaires, et aussi dans les prix de l'immobilier. Plus on se rapproche d'un espace naturel, et plus les prix de l'immobilier sont élevés. La prime augmente encore quand il y a une vue directe sur un espace naturel. Mais bon, j'imagine que je ne vous apprends rien. Quatrième élément de preuve, des recherches dans plusieurs disciplines, par exemple en psychologie et en médecine, montrent de multiples effets positifs de l'exposition à des environnements naturels. Il y a d'abord des effets positifs du contact avec la nature sur le bien-être, et même sur les différentes formes de bien-être. Sur le bien-être émotionnel, avec une amélioration de l'humeur, une hausse des émotions positives et une baisse des émotions négatives, comme le stress, l'anxiété, la tristesse, la peur ou la colère. Mais aussi sur le bien-être cognitif, avec une évaluation de la vie supérieure. Ou encore sur le bien-être psychologique, avec des effets notables sur l'optimisme, sur le sentiment de connexion et sur le sentiment de sens dans la vie, et enfin sur le bien-être physique avec un sentiment de vitalité accru. Bref, on se sent mieux quand on passe ou quand on a passé du temps au contact de la nature. Et le contact avec la nature permet de compenser les inégalités de bien-être, par exemple entre classes sociales. Les écarts de bonheur selon les revenus sont plus limités dans les zones où les personnes ont davantage accès à la nature. La nature joue le rôle de grand égaliseur. Monsieur, je vous vois acquiescer de la tête. Pourquoi cela ?
- Speaker #6
Eh bien, parce que j'en suis arrivé à la conclusion irréfutable que le seul bonheur possible c'est d'être un homme de la nature.
- Speaker #0
Votre ressenti colle donc parfaitement avec les résultats de la recherche. Il y a aussi des effets très robustes sur la santé physique, notamment sur la qualité du sommeil, sur les marqueurs de stress et sur la santé cardiovasculaire. Idem pour la santé mentale, avec une moindre anxiété et un risque diminué de dépression.
- Speaker #7
Et comment expliquez-vous qu'on vous a trouvé nu il y a un mois en pleine crise de démence en forêt de Rambouillet ?
- Speaker #0
C'était un petit moment d'égarement, rien de plus. Cela ne remet pas en cause ma santé mentale et encore moins les découvertes scientifiques sur les effets positifs de la nature sur la santé mentale. Qui plus est, de nombreuses études montrent que la résilience face aux maladies ou après des opérations chirurgicales est augmentée lorsqu'on Par exemple, une étude dans un hôpital de Pennsylvanie a montré que les patients en convalescence après une opération se remettaient plus vite si leur chambre d'hôpital avait une vue sur un espace vert plutôt que sur un espace bétonné. Donc, si vous devez vous faire opérer prochainement, insistez pour avoir une chambre avec vue sur le parc. Dans la même veine, des travaux ont montré que des interventions centrées sur le contact avec la nature sont efficaces pour soigner les troubles de stress post-traumatique. confirmant que le contact avec la nature était bien un facteur important de résilience. Il y a aussi des effets innombrables sur le fonctionnement cognitif, par exemple sur l'attention et sur la mémoire, mais aussi sur la productivité et la créativité. Il y a enfin des conséquences positives sur le fonctionnement social, avec une hausse de l'altruisme et de la coopération et une baisse de la compétition et des comportements agressifs. Bref, l'humain dans les sociétés modernes comme dans les sociétés traditionnelles fonctionne plus efficacement et plus sereinement quand il peut interagir avec la nature. Et les activités en nature, par exemple marcher ou courir, ont des effets plus bénéfiques que les mêmes activités réalisées dans un environnement façonné par l'homme, que ce soit en intérieur ou à l'extérieur dans un environnement urbain. Enfin, cinquième et dernier élément de preuve, les effets bénéfiques sont souvent très rapides. Ils surviennent après seulement quelques minutes d'exposition. Ils passent par des mécanismes largement inconscients et ne nécessitent pas des croyances ou des préférences particulières, ce qui va dans le sens d'une origine biologique et automatique du lien avec la nature. Cela fait quand même un faisceau de preuves très conséquent en faveur de l'hypothèse de Wilson. Puis-je considérer que je vous ai convaincu ?
- Speaker #8
Intéressant, passionnant, mais il faut aller plus loin.
- Speaker #0
Ok, on va aller un peu plus loin. Déjà, veuillez noter que l'hypothèse de la biophilie renverse la perspective sur notre attirance pour la nature. On a l'impression que l'on aime subjectivement la nature parce qu'elle est objectivement belle et fascinante. Mais en fait ce serait plutôt l'inverse. On trouve la nature belle parce que l'on est programmé biologiquement pour l'aimer et cela sans doute parce qu'elle nous a été indispensable sur le plan évolutionniste. Notre attirance est davantage provoquée par un déterminisme intérieur que par des attributs extérieurs objectifs de la nature comme la couleur ou les formes. Je sais, c'est vertigineux. Aussi séduisante soit-elle, l'hypothèse de la biophilie n'explicite pas par quels canaux l'attrait pour la nature s'exprime, ni comment les effets bénéfiques se matérialisent. Elle traite davantage du pourquoi, un avantage évolutionniste pour la survie et la reproduction, que du comment. Pour comprendre le comment, il faut aller piocher du côté d'autres théories, plus pratiques, notamment deux théories qui ont été largement testées et validées. La première, c'est la théorie de la restauration de l'attention qui propose que la nature fournit des stimuli environnementaux particuliers permettant de se remettre de la fatigue attentionnelle. Cette fatigue attentionnelle a tendance à survenir lors de l'exécution de tâches cognitives qui nécessitent le maintien prolongé d'une attention dirigée. Cela suppose qu'il y aurait une douce fascination pour les caractéristiques naturelles qui attirent l'attention des humains sans nécessité d'effort. Et pendant que notre attention est capturée sans effort par des scènes naturelles, notre capacité d'attention dirigée peut se reconstituer. Grâce à cette attention restaurée, nous pouvons être de nouveau efficaces pour un large éventail d'activités cognitives. Les études empiriques ont confirmé cette théorie en montrant que nous étions effectivement Plus efficace dans des tâches qui nécessitent une attention forcée après un contact avec la nature.
- Speaker #4
Je ne vais m'habituer à la beauté de ce paysage, jamais !
- Speaker #0
Cette idée que la nature peut nous aider à améliorer notre concentration, on la retrouve dans le film Léon de Luc Besson où Jean Reno joue le rôle d'un tueur à gages. Dans le film, Jean Reno, alias Léon, est accompagné de la jeune Nathalie Portman et se balade constamment avec une plante verte car cette plante lui permet de maximiser sa concentration au moment de tirer. sur ces cibles. Pour ceux d'entre vous qui ne seraient pas des tueurs à gage, sachez que la restauration de l'attention par les plantes s'observe aussi dans le monde plus banal de la vie de bureau. Des études montrent en effet que les capacités d'attention des travailleurs sont supérieures dans des bureaux agrémentés de plantes vertes, ce qui participe à augmenter leur productivité. Passons maintenant à la seconde théorie. Elle ne passe pas par l'attention mais Les humains auraient développé une prédisposition pour considérer les environnements naturels comme des lieux de restauration de leurs affects après une menace. Il y a un coup physiologique à rester en état d'alerte longtemps après qu'une menace s'est éloignée. Ceux qui ont développé une capacité à revenir vite à la normale en se ressourçant dans leur environnement naturel auraient ainsi développé un avantage évolutionniste important. Cette théorie stipule que dans les environnements naturels, les marqueurs de stress diminuent rapidement. le taux de cortisol, la pression artérielle, le rythme cardiaque. Et les affects se restaurent plus vite que dans des environnements artificiels. Toutes ces hypothèses ont là aussi été confirmées empiriquement. Aujourd'hui, la plupart des chercheurs considèrent que les théories de restauration de l'attention et de récupération du stress sont valides et opèrent en parallèle sur des systèmes différents mais interconnectés. Donc, pour résumer, tout suggère que nous sommes prédisposés biologiquement à être attirés par la nature et à tirer profit de notre contact avec elle, et cela via plusieurs mécanismes interconnectés.
- Speaker #9
Nous tentons d'oublier que nous sommes des animaux, mais la nature nous le rappelle. C'est une sorte de fatalité biologique.
- Speaker #0
Sommes-nous pleinement conscients de cette fatalité biologique ? Pour reprendre vos termes, est-ce que nous percevons avec justesse l'étendue des effets positifs de la nature ? Une étude expérimentale menée à l'université d'Ottawa suggère que l'on a tendance à sous-estimer les bénéfices émotionnels des interactions avec la nature. Dans cette expérience, des participants devaient prédire les effets sur les émotions et sur le sentiment de relaxation, de marche en indoor ou en nature le long de sentiers couverts de végétation, quand d'autres devaient rapporter leur état après avoir fait la marche. Et bien les prévisions ont eu tendance à sous-estimer les bienfaits pour les personnes qui ont réalisé la marche en extérieur et à les surestimer pour les personnes devant faire leur marche en indoor. Ce résultat s'inscrit dans la longue tradition des erreurs de prévision affective, un domaine de recherche très dynamique en psychologie, en économie comportementale et en économie du bonheur. Mais bon, il ne s'agit là que d'une seule expérience et ces résultats n'ont pas encore été reproduits par d'autres équipes de chercheurs. On attend d'autres études similaires pour conclure avec certitude qu'il y a bien une tendance à sous-estimer les effets bénéfiques de la nature. Néanmoins, il y a d'autres résultats qui vont dans le même sens. Ce sont les résultats sur le bonheur des personnes selon la proximité de leur logement par rapport à des espaces naturels. Il s'avère que même après contrôle par les différences de statut socio-économique, les personnes vivant proches de parcs ont tendance à être plus heureuses que les personnes similaires habitant plus loin des parcs, alors même que les prix de l'immobilier sont plus élevés à proximité des parcs. Comme si les prix d'immobilier ne prenaient que partiellement en compte les multiples bénéfices pour le bien-être à habiter près d'un parc. Ce qui est cohérent avec une tendance à la sous-estimation des bienfaits de la nature. Dans un marché immobilier à l'équilibre, les acheteurs et vendeurs devraient s'entendre sur des prix encore plus élevés à proximité des parcs pour tenir compte des multiples bienfaits physiques et psychologiques de la nature, ce qu'ils ne font pas. L'insuffisance des prix est particulièrement marquée pour les habitations en deuxième ligne. située à quelques centaines de mètres de l'entrée d'un parc. C'est moins le cas pour les habitations en première ligne, surtout si elles ont une vue directe sur le parc.
- Speaker #5
Tu lui as dit qu'on voulait déménager ?
- Speaker #0
Pas si vite. Avant de déménager, peut-être devriez-vous vous demander si tout le monde bénéficie de la même manière des effets positifs de l'exposition à la nature. En fait, il y a d'importantes différences entre individus. Il faut voir la biophilie comme un tempérament distribué selon une loi normale dont la moyenne n'est pas la neutralité à la nature mais une relation positive avec la nature. La biophobie qui est l'aversion à la nature est la queue de distribution négative de ce tempérament. La biophobie généralisée est très rare contrairement aux biophobies spécifiques qui touchent entre 5 et 10% de la population. Par exemple, la peur des araignées, des reptiles... ou des insectes. Parmi les biophobies extrêmement rares, il y a l'illophobie.
- Speaker #8
T'as la phobie des îles ?
- Speaker #5
Non, hylophobe, c'est quand t'as la phobie des forêts.
- Speaker #0
C'est bien ça. Les personnes qui bénéficient le plus de la présence et de l'interaction avec la nature en forêt ou ailleurs sont les personnes déjà fortement connectées à la nature qui sont attachées émotionnellement à la nature et qui se voient comme faisant partie intégrante de la nature et pas... en dehors de la nature. Ces personnes ont un bien-être plus élevé en tendance et qui, en plus, connaît des boosts plus importants lors des contacts avec la nature. Plus on est connecté à la nature et plus on a également tendance à se soucier de l'environnement, à vouloir le préserver et à adopter des comportements favorables à l'environnement, comme recycler, manger bio ou se déplacer à pied ou à vélo.
- Speaker #5
Ici c'est un quartier écolo, on crée nos ordures, on mange bio et de ses dons et on se met tout nu pour les grandes occasions.
- Speaker #0
Le sentiment de connexion à la nature a donc des effets positifs pour la personne, mais aussi pour l'environnement. C'est génial, non ? Ah ouais ! Sachez qu'il existe différentes échelles pour mesurer des traits comme la relation à la nature, la connexion à la nature ou encore le sentiment d'unicité avec la nature. Les scores pour un même individu sur ces différentes échelles sont en général fortement corrélés, mais ne sont pas parfaitement identiques, ce qui montre qu'il s'agit de concepts différents. Mais peu importe l'échelle utilisée... On connaît les antécédents de ce rapport privilégié avec la nature. Il y a d'abord la personnalité. Les personnes très connectées à la nature, en général, ont des personnalités plus consciencieuses, plus extraverties, plus agréables et plus ouvertes aux expériences que la moyenne. D'ailleurs, une étude sur les jumeaux menée en Angleterre a pu montrer que la connexion à la nature était à 45% héritable en comparant la similarité de la connexion à la nature des vrais jumeaux avec celle des faux jumeaux. A la naissance, on dispose donc d'un héritage biologique plus ou moins favorable à la connexion avec la nature. Un autre facteur qui explique les différences de connexion à la nature entre individus est l'exposition à la nature durant l'enfance. Vous-même, où et quand avez-vous ressenti en premier votre connexion à la nature ?
- Speaker #5
À la campagne, quand j'étais enfant. Moi aussi j'ai grandi à la campagne.
- Speaker #10
Tu sais que 80% des gens des villes... ont des grands-parents qui sont nés à la campagne, ils ont gardé leurs racines paysannes.
- Speaker #0
Vos chiffres sont un peu datés monsieur, mais l'idée générale est juste. Pour beaucoup, c'est durant l'enfance que s'est forgé le sentiment de connexion à la nature, notamment lorsqu'ils allaient rendre visite à leurs grands-parents, rester à la campagne en dépit de l'exode rural. Les contacts avec la nature à l'âge adulte jouent aussi un rôle, mais semblent-ils moins significatifs que durant l'enfance. Des contacts réguliers avec la nature à l'âge adulte peuvent augmenter le sentiment de connexion à la nature, mais la plasticité de ce trait, tout en étant supérieur à celle des traits de personnalité, reste somme toute modérée. Enfin, la connexion à la nature est aussi d'origine culturelle. Il y a des cultures qui valorisent plus que d'autres les interactions à la nature et qui font de la nature une partie intégrante de l'identité individuelle et collective. Pensez aux Amérindiens, aux peuples amazoniens, aux Maori ou aux Inuits du Groenland. Les Inuits, semble-t-il, sont beaucoup plus connectés à la nature que les promoteurs immobiliers new-yorkais. Le problème est que cette connexion à la nature est en train de s'étioler un peu partout à cause de plusieurs tendances de fonds. Il y a d'abord l'urbanisation qui diminue mécaniquement les contacts avec la nature, notamment chez les enfants. Aujourd'hui, 54% des personnes dans le monde vivent en ville. 73% en Europe et près de 80% en France. Ensuite, il y a une tendance à vivre de plus en plus à l'intérieur. Dans les pays occidentaux, les gens passent en moyenne entre 92 et 95% de leur temps à l'intérieur. Ce qui laisse à peine entre 1h et 2h par jour pour l'ensemble des activités en extérieur. Dans beaucoup de pays, les humains sont donc devenus des animaux d'intérieur. Et une fraction importante passe même moins de temps à l'extérieur que des prisonniers. Sachant que les règles des Nations Unies pour le traitement des détenus, appelées règles Nelson-Mandela, prévoient que tout détenu doit bénéficier d'au moins une heure d'exercice en plein air par jour. Enfin, le temps passé en extérieur entre largement en concurrence avec le temps passé devant les écrans. C'est le combat du green time contre le screen time. Et ce combat, le green time est en train de le perdre par chaos. Selon les pays, le temps d'écran moyen se situe entre 6 heures et 10 heures par jour, soit au minimum 4 fois le temps passé en extérieur. Ce triple changement des modes de vie partout dans le monde fait craindre à certains chercheurs en psychologie environnementale une extinction de l'expérience naturelle. qui pourrait avoir pour conséquence d'entraîner à la fois une réduction du sentiment de connexion à la nature et une certaine apathie face à la dégradation de la nature.
- Speaker #11
Il a sa claque de la flaque, il e voit plus la beauté du lac.
- Speaker #0
D'ailleurs, n'avons-nous pas dressé jusque là un portrait trop complaisant de la connexion à la nature ? N'y a-t-il pas également des effets négatifs à se sentir très connecté à la nature ? Surtout à une époque où l'on assiste aux premières loges, au dérèglement climatique et à la destruction rapide de la biodiversité. Et bien si, la connexion à la nature augmente effectivement le risque de ressentir de l'éco-anxiété, cette angoisse forte face à l'effondrement du vivant. Mais en même temps, la connexion à la nature aide à y faire face, en facilitant le contact avec la nature. Car comme on l'a déjà dit, le contact à la nature est un facteur de résilience. C'est pourquoi, en général, les personnes plus connectées à la nature sont également plus heureuses, malgré les informations anxiogènes sur l'état du climat et de la biodiversité. Tout compte fait, il y a beaucoup plus à gagner qu'à perdre à se connecter davantage à la nature, en augmentant son exposition à la nature. C'est sûr que cela implique de passer outre quelques petits désagréments.
- Speaker #12
Rien des jardins, on a toujours un peu de terre.
- Speaker #5
La campagne, c'est rempli de pollen.
- Speaker #0
Pour vous reconnecter à la nature, vous pouvez passer plus de temps dans votre jardin, si vous en avez un.
- Speaker #12
Profitez du bon air, allez dans le jardin !
- Speaker #0
Ou à la campagne. Ou dans une forêt. Une étude menée en Angleterre a obtenu que le maximum de bienfaits sur le bonheur et sur la santé était atteint quand on passe au moins 4 heures par semaine dans des espaces naturels, avec des effets observables à partir de 2 heures par semaine. L'idéal quand on est dans un espace naturel est d'être pleinement attentif et de mobiliser tous ses sens.
- Speaker #3
Ça n'arrête pas assez souvent pour contempler simplement la campagne.
- Speaker #0
Si vous en avez les moyens, vous pouvez aussi partir vivre à proximité d'un espace naturel pour profiter de prix d'immobilier qui ne reflètent pas totalement les bénéfices naturels. Ou encore, plus audacieux, partir vous installer à la campagne.
- Speaker #13
Qu'est-ce que t'attends pour te barrer à la campagne ?
- Speaker #14
Mais les gens ils pensent que la vie à la campagne c'est merveilleux mais il faut une force intérieure très grande pour ne pas sombrer.
- Speaker #0
Mais si c'est trop pour vous, vous pouvez toujours choisir plus modestement de rajouter quelques plantes vertes à votre intérieur ou à votre bureau. Bref, cet épisode nous suggère de mettre plus de verre dans nos vies. Les espaces naturels privés que l'on contrôle, les espaces naturels communs auxquels on a accès librement et aussi notre biophilie, tout ça fait partie de notre capitale naturelle et contribue activement à notre bien-être. Cet épisode nous invite à mieux les utiliser et à les préserver comme ils doivent l'être. Et aussi, pour les parents, à essayer d'ancrer chez leurs enfants un sentiment de connexion à la nature qui leur sera très bénéfique plus tard. Dans de futurs épisodes sur le capital naturel, on se demandera combien valent les services offerts gratuitement par la nature. Et si on peut leur trouver des alternatives humaines ? En d'autres termes, est-ce que le capital naturel est substituable ? Et in fine, Combien nous serions prêts à payer pour protéger notre capital naturel commun ? Cela ne veut pas dire que l'on va traiter tous ces thèmes dans le prochain épisode. Pour éviter tout quiproquo, ayez à l'esprit que le podcast fonctionne par cycle de 7 épisodes, un pour chaque capital, et une saison comporte plusieurs cycles, au minimum 2. On ne reparlera donc plus de capital naturel durant ce cycle. Les deux prochains épisodes, les numéros 6 et 7, traiteront des deux capitaux que nous n'avons pas abordés jusque-là. à savoir le capital institutionnel et le capital culturel. Et il faudra attendre le prochain cycle pour reprendre et approfondir notre discussion sur le capital naturel. Un peu de patience, les 7 capitaux, ce sera péché de ne pas s'y intéresser.