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curieux, rêveurs,
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sur tout ce qui s'écrit,
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qui aident à prendre la mesure des choses, à éclairer le présent et l'avenir, dans l'espace et dans le temps.
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Il faut dire tout d'abord que pour un français, la séparation de l'Église et de l'État à force de loi, il n'y en est absolument pas de même en Grèce, ou au contraire, il n'y a aucune séparation entre le domaine religieux et le domaine politique. Il n'y a pas de coupure entre religieux et politique. On ne peut pas non plus dire que l'État protège la religion, il y a vraiment interpellation. Je vais essayer de vous le montrer. des institutions humaines et des institutions divines. La religion, sous forme, nous verrons, de rites accomplis, de consultations oraculaires, imprègne à chacun des actes de la vie de la cité, la police, d'où son aspect politique, depuis la fondation de la cité jusqu'au fonctionnement de ses institutions et jusqu'à son histoire politique, enfin. Mais d'autre part, en retour, Il y a une emprise de la communauté sur ces cultes et cela explique que se pose en définitive la question de l'utilisation possible de la religion à des fins politiques par tel ou tel homme connu de la cité grecque. Alors l'établissement d'une cité d'abord. L'établissement d'une cité, c'est je dirais le premier acte politico-religieux dans la mesure où celui qui fonde... et en particulier une cité coloniale, ce sont celles dont les fondations sont les mieux connues. Celui-ci est à la fois le chef d'une expédition militaire, mais aussi d'une expédition religieuse. Il a cherché auprès de l'oracle de Delphes, s'il avait les dieux avec lui, et Apollon avec lui, pour aller fonder une nouvelle cité. Et avant de partir, Il s'est entouré de deux vins. Il a fait sacrifier aux différentes divinités pour le succès de son entreprise. Il emporte le feu sacré qui brûle dans le foyer commun du pritané de la métropole, de la mère cité. Et ceci, sous forme de cendres et de braises, ce foyer sacré va être rallumé dans la nouvelle cité. C'est à la fois le symbole de la continuité de la vie, de la colonie et en même temps cette espèce de feu éternel qui brûle va être le symbole de la pérennité de la cité dont vous voyez vraiment fondation de cité et transfert du foyer sacré ce sont deux choses qui sont extrêmement liés et de manière tout à fait capital ce foyer sacré c'est donc le cœur de la cité. et il constitue un premier exemple de l'imbrication du sacré et du profane dans la mesure où c'est à la fois le lieu de pratiques religieuses, vous connaissez le nom d'estia, la divinité du foyer, qui reçoit là des offrandes, des libations, des sacrifices, et c'est en même temps le lieu de coutumes civiques, et pas négligeable puisque c'est là qu'on recevait les ambassadeurs des cités. lorsqu'il y avait à envisager un traité à l'issue d'une guerre. Donc ce lieu est symbolique de l'imbrication du sacré et du profane. Je voudrais m'arrêter un instant sur le rôle qu'a pu avoir l'oracle de Delphes lors de ses fondations, parce que vous avez peut-être appris lorsque vous étiez enfant que l'oracle de Delphes servait de... d'agence de renseignement pour les colonisateurs. A l'heure actuelle, on a une attitude beaucoup plus nuancée et c'est sur ce rôle de l'oracle de Delve dans les colonisations que je voudrais dire quelques mots. Les textes anciens sont tardifs et toujours très postérieurs à l'événement et beaucoup d'entre eux sont des textes pittoresques, littéraires, je dirais même quelquefois saugrenus, je vais vous le montrer. Une forte proportion d'entre eux donnent des réponses ambiguës et énoncées sous forme d'énigmes, dont le récit de fondation portent ensuite une solution. Alors voici un exemple. Lorsqu'un certain Phalantos part pour Pondé-Tarente en Italie méridionale et reçoit de Delphes un oracle disant que quand il sentirait de la pluie sous un ciel clair, alors il prendrait possession d'un territoire et d'une ville. Il part sans réfléchir à ce que veut dire l'oracle, il subit échec sur échec et un soir sa femme attristée comme lui, lui prit la tête sur ses genoux et se mit à lui chercher les poux dans les cheveux. Durant cette occupation, comme elle pensait à la situation de son mari qui ne s'améliorait pas dans sa tendresse pour lui, elle fondit en larmes. Ses larmes, en tombant, mouillaient la lâche tête de Phalantos, et voilà que celui-ci comprend tout à coup la prophétie, car sa femme avait nom Aitra, c'est-à-dire ciel serein. Donc des larmes de la femme Aitra de Ciel Serein s'étaient trouvées. Vous voyez que ce type de texte, nous avons maintenant à l'heure actuelle en histoire du mal à le prendre totalement au sérieux. Ça ne veut pas dire du tout que je mette en doute la réalité de la consultation de Delphes par les oïkistes, par les fondateurs, lorsqu'ils partaient créer... une colonie. Je pense au contraire qu'il allait consulter l'oracle de Delphes, mais que ces réponses qui nous sont parvenues, ces réponses en forme d'énigmes, ce sont des exercices littéraires postérieurs à l'événement et auxquels nous ne devons pas nous arrêter trop. Les historiens de la colonisation grecque se rendent compte, au contraire, que les colonisateurs ne partaient pas à l'aventure. que très souvent ils avaient déjà prospecté dans les régions où ils comptaient s'installer, et les indices archéologiques d'une fréquentation précoloniale, de plus en plus important, et montrent qu'on ne se jetait pas comme ça aveuglément dans l'inconnu. Alors, qu'apportait Delphes ? On est mieux instruit qu'auparavant sur la manière de consulter Delphes. Et très souvent, on consultait Delphes tout simplement sous forme alternative. C'est-à-dire, les colons demandaient à Delphes, ils devaient accomplir leur projet ou non. Et l'oracle devait répondre oui ou non. Mais ainsi, ils avaient une caution très importante du point de vue politique et religieux, qui était la caution de l'oracle. Autre question possible, à quel dieu sacrifier pour que l'entreprise réussisse ? Donc l'oracle de Delphes a un rôle extrêmement important du point de vue religieux, mais du point de vue touristique, disons, moins que ce qu'on croyait. Naturellement, lors de la fondation de la ville, ensuite, sacrifice et prière résident à la fondation de la cité, et la mise en place des sanctuaires constitue, comme l'a bien montré François de Polignac, un acte essentiel de la fondation de la cité. Voici notre cité fondée. Elle s'organise. Elle s'organise. Le cas échéant, elle fait encore appel à l'appétit pour demander quel est le meilleur régime politique possible. Là aussi, elle soumet des hypothèses. Elle place souvent ses institutions sous la caution de l'appétit de Delphes. Dans le cas de Christen, qui est censé, en 507-508, être vraiment à l'origine des institutions démocratiques athéniennes, il est tout de même révélateur qu'il est donné à tirer au sort, à l'appétit de Delphes, les 100 noms parmi lesquels l'appétit devait désigner les dix noms que porteraient les tribus, les dix tribus, qui sont vraiment à la base de l'organisation de la cité d'Athènes. Et donc vous voyez là encore une caution religieuse. est considéré comme nécessaire. Le fonctionnement des institutions que nous allons voir en premier lieu est un terrain privilégié pour étudier cette interpénétration du religieux et du politique. D'une part, et comme je le disais, en contrepartie, l'emprise de la cité démocratique sur les responsables du culte. Alors, au fonctionnement des diverses instances politiques, sont attachés tout un ensemble de rites. Vous savez qu'on dit toujours que la religion grecque est ritualiste, c'est vrai, les rites sont extrêmement importants. Et Athènes fournit à ce sujet grand nombre de textes. Lorsque l'assemblée du peuple, là où sont réunis tous les citoyens qui le veulent, lorsque l'assemblée, lorsque le conseil ouvre leur séance, c'est par une cérémonie de purification. L'assemblée est immolée et le sacrificateur trace avec le sang de la victime un cercle tout autour des assistants. qui détermine une portion de terrain purifié à l'intérieur de laquelle va pouvoir se tenir l'assemblée. Le sang versé par un meurtrier est évidemment objet de souillure, mais le sang sert aussi à purifier, comme vous le savez par exemple pour Orestes, qui est purifié lui aussi par un petit porcelet. Dans le cas de l'assemblée du peuple, qui me paraît l'instance démocratique la plus représentative, Les citoyens sont installés dans la pnyx, le sacrifice s'adresse à Zeus, qui est le protecteur de l'ordre social, et ensuite un héros prononce une prière. Alors, qu'est-ce que c'est que cette prière ? C'est une prière pour appeler la bénédiction divine sur les citoyens de Bonn, et une malédiction contre tout orateur qui parlerait contre les intérêts de la cité. ou qui voudraient s'entendre avec les Perses, et vous avez là le traumatisme des guerres médiques. Les formules sont conservées par des orateurs du IVe siècle, mais elles sont déjà évoquées de manière parodique par le chœur des femmes dans les Thésmophories d'Aristophane, où les femmes, réunies en assemblée, pour célébrer cette fête qui est une fête de femmes, qui est interdite, dont l'accès est interdit aux hommes, reprennent tout de même un mode d'institution, qui est un mode masculin, et réunis pour juger le poète Euripide, qui dit du mal d'elle, et qu'elle veut à ce titre mettre en jugement, elles disent que pleinement la cité, pleinement pour le peuple, nos voeux s'accomplissent, que les meilleures choses arrivent, mérite le prix d'éloquence, donc à celles qui ont de bonnes intentions, mais celles qui par intérêt cherchent à bouleverser les décrets et la loi, qui révèlent nos secrets à l'ennemi, ou veulent faire marcher les Medes, les Perses, contre le pays, à notre détriment, celles-là sont impies et coupables envers la cité, ô puissante Zeus, puisses-tu ratifier ces voeux, fais que les dieux nous assistent, bien que nous soyons femmes, dit-elle. modestement, mais en fait elles reprennent très régulièrement le texte qui était celui des hommes dans l'assemblée du peuple auquel elles n'avaient bien sûr pas accès. Je ne m'apesantis pas sur la boulée au Lélier où l'on ferait les mêmes constatations. Autre contrainte religieuse, lorsque l'assemblée veut se réunir, il faut que ce ne soit pas un jour de fête. Or, en Grèce, il y a à peu près 140 jours de fêtes. il ne faut pas non plus effacer. Alors qu'est ce que c'est qu'un jour néfaste ? Par exemple le jour où l'aréopage qui nous décline le sang, plus une affaire de meurtre, ce jour là est en quelque sorte souillé par le meurtre et il ne peut pas servir à une réunion de l'assemblée. Autre contrainte donc d'origine religieuse. religieuses. D'autres rites religieux accompagnent La prise en charge des activités politiques, et je voudrais m'arrêter là un peu au serment, au serment qui est vraiment lié à la religion. Les bouleutes, les membres du conseil, les hélias, les jurés des tribunaux, les magistrats les plus élevés prêtaient serment lors de leur entrée en charge. A l'Assemblée, non, on ne prêtait pas serment, mais pour ces instances-là, on prêtait serment. Les archontes, par exemple, je prends les magistrats les plus élevés, subissaient, entrez en charge, déjà un examen au cours duquel ils devaient affirmer, participer à des cultes de leur fratrie. Donc religieux et politique étaient liés, mais ensuite ils prêtaient plus précisément un serment. La cérémonie se déroulait sur l'agora, sur une pierre qui a été retrouvée dans l'angle nord-ouest de l'agora, du côté de la Stoa Basileos. Sur cette pierre, on avait déposé les parts d'une victime d'un sacrifice. Et c'est sur cette pierre, et donc sur les éléments d'un sacrifice, que les archontes prêtaient leur serment avant de le repréter sur l'acropole, donc dans les deux pôles politiques et religieux de la cité. Alors, ils prêtaient serment de faire correctement leurs devoirs et comptes. Ça, c'est, disons, un serment ordinaire. Ce qui distingue ce serment des archontes ou le serment des bouleutes, c'est la caution religieuse qui y est liée. Le mot « orkos » désigne étymologiquement une barrière, c'est-à-dire quelque chose qui contraint. Et le serment consiste à invoquer les dieux pour en faire des garants de la sincérité d'un engagement. Ayant fait la déclaration solennelle de son intention, celui qui prête serment demande au Dieu à la fois de garantir ce serment, mais aussi il l'appelle à envoyer une sanction religieuse sur lui-même dans le cas où il se parjurerait. Le serment est juré en prenant à témoin les dieux ancestraux. L'arc-en-tat est un moment essentiel pour prêter serment, mais vous savez peut-être que les éphèbes, les jeunes gens, lorsqu'ils accomplissaient ce service militaire qui a pris au IVe siècle la forme de deux années, prêtaient un serment, et en particulier pour la défense de la religion et de l'État. Donc les deux choses sont liées dans le serment, c'est la même phrase du serment qui est... Ce serment est prêté par toute une série de dieux extrêmement archaïques, les dieux ancestraux qui sont évidemment les meilleurs garants vis-à-vis de la communauté civique. Donc, je pense vous avoir montré que la pénétration de la vie politique par la religion est claire. En contrepartie maintenant, l'emprise des responsables de la cité sur la religion est tout aussi manifeste. Cela se voit dans la compétence des enseignants, des magistrats. Naturellement, il ne s'agit pas ici de détailler tout cela. Mais la compétence de ces institutions concerne très largement la vie religieuse. Et on est frappé, je ferai une première constatation, on est frappé de constater le rôle des prêtres. Le rôle des prêtres est extrêmement limité. ou prêtresse bien sûr, puisque c'est une des rares occasions des femmes, qu'ont les femmes de se manifester dans la vie publique. Alors, en matière proprement religieuse, en quoi consiste la tâche des prêtres ? Elle consiste à veiller au bon déroulement des rites, à veiller, parce que ce bon déroulement c'est ce qui conditionne l'efficacité du rite, à garantir En particulier, l'observation du rituel du sacrifice, le sacrifice étant l'acte fondamental de toute fête civique dans une cité antique. C'est un rôle qui, dans la mesure où le prêtre est celui qui attribue la victime à la divinité, mais c'est aussi un rôle limité, si on peut dire. En revanche, les prêtres n'ont aucun pouvoir pour... introduire des changements dans le culte, pour créer de nouveaux cultes. En Grèce ancienne, on enrichit toujours le panthéon et on crée souvent de nouveaux cultes. Et si quelque impiété est commise, ce n'est absolument pas le prêtre qui est chargé de quoi que ce soit, c'est la cité qui poursuit le coupable. Alors prenons bien sûr le fameux exemple de Socrate, qui est accusé en... 399 par Mélétos de ne pas reconnaître les dieux de la cité, d'introduire de nouvelles divinités et de corrompre la jeunesse. Il s'agit de ce qu'on appelle une graphée assez béasse, pardon, d'une accusation en impiété. Cette accusation est introduite auprès de l'arconte roi, un de ses magistrats essentiels dont je parlais tout à l'heure, et ensuite Merci. Le procès est jugé par le tribunal populaire de l'Elié. Et on ne voit à aucun stade les prêtres apparaître dans tout ceci. Donc je lui dirais que... Pour ces prêtres et ces prêtresses, la cité ne leur délaie qu'une tâche déterminée pour un temps déterminé. Les prêtres de la cité sont généralement prêtres pour un an, exception faite, et je ne m'apesantis pas dessus, mais l'exception est importante, de quelques familles ancestrales qui ont gardé le privilège d'une prêtrise héréditaire, qui n'ont pas, comme les prêtres, à rendre. comptent annuellement de leurs charges, mais qui ont néanmoins une vie de citoyens et peuvent faire, par exemple, l'objet de procès. En ce qui concerne les prêtres, je crois que rien ne souligne mieux cette emprise de la communauté dont j'annonçais le développement sur les cultes que cette reddition de comptes à laquelle je faisais allusion à l'instant. À la fin de son année, De prêtrise, j'allais presque dire de magistrature, car c'est très proche. Le citoyen prêtre, la femme de citoyen prêtresse, était soumise à une rédition de compte devant une émanation du conseil. Donc, rôle réduit des prêtres. Rôle, en revanche, très important de l'Assemblée du peuple. Et c'est significatif. puisque l'Assemblée du Peuple, c'est celle qui est accessible à tous les citoyens. L'Assemblée du Peuple délibère sur les affaires sacrées lors des séances légales sur 4 et ces affaires sacrées constituent toujours le premier point de l'ordre du jour par priorité sur les questions purement politiques qui sont rejetées après. Alors, quelles sont ces questions sacrées ? L'Assemblée vote. à leur sujet des décrets et ses compétences sont très larges. Alors, je vais vous donner différents exemples. Il arrive souvent que la cité consulte un oracle pour les affaires de la cité. Nous l'avons vu pour la fondation, ça se reproduit tout au long de la vie de la cité. Eh bien, c'est l'Assemblée qui prend la décision des consultations d'oracle au nom de la cité. Je prends un exemple. Athènes consulte par exemple l'oracle de Delphes à propos d'une terre sacrée d'Éleusis, qui s'appelle l'orgasme sacré, peu importe, pour savoir si elle doit la mettre en culture, ce qui lui procurera, ou si elle doit laisser non cultiver cette terre sacrée. Le texte du décret de l'Assemblée est conservé et il me paraît particulièrement significatif. de la volonté de l'Assemblée d'avoir la main sur la conduite des affaires religieuses. En effet, un système tout à fait complexe est mis en place pour qu'il n'y ait aucun intermédiaire entre Delphes, l'Apéthie et l'Assemblée. A l'Apéthie, on remet le choix entre deux amphores. Ces deux amphores, il y en a une d'or, une d'argent, elles ont été placées sur l'acropole et chacune d'entre elles Merci. contient une réponse possible. Oui, on met en culture. Non, on ne met pas en culture. Naturellement, tout a été fait pour qu'on ne sache pas dans quel amphore est telle ou telle réponse. Et l'appétit est chargé uniquement de désigner le vase qui sera ouvert. On monte sur l'acropole où on avait entreposé les vases. On ouvre les vases à l'assemblée. Et c'est à l'assemblée directement qu'est donné... la réponse. Ce genre de précaution, c'est une précaution contre qui ? Peut-être contre l'appétit, je n'en suis pas sûre, peut-être contre les ambassadeurs religieux dont on ne souhaite pas qu'ils déforment la réponse. Bref, vous voyez un lien direct entre l'Assemblée et l'aura. L'Assemblée a de multiples fonctions, je le disais, c'est elle qui envoie les ambassadeurs religieux dans les grandes fêtes où elle représente la cité pour faire des sacrifices. C'est elle qui gère les sanctuaires. Les sanctuaires possèdent en effet des biens sacrés. C'est elle qui s'occupe des travaux publics. J'y reviens, les prêtres n'ont rien à voir là-dedans. Et en particulier, la construction des temples et les grandes constructions de l'acropole ont été votées par des décrets de l'Assemblée. L'organisation des fêtes est largement de l'Assemblée. Les fêtes sont généralement placées sous la responsabilité d'un magistrat. Mais l'Assemblée intervient sur tel ou tel point précis. Par exemple, les ministères des Leuzis sont à la charge de l'Arconte-Roi. Mais on possède un décret du second quart du 5e siècle qui réglemente la trêve sacrée d'Éleusis. Au moment de la célébration des mystères d'Éleusis, où tous les Grecs, tous ceux qui parlaient grec avaient le droit de participer, la cité d'Athènes veille à ce que son territoire ne soit pas à feu et à sang, de manière que les pèlerins puissent se rendre facilement sur le site de Delphes. D'où une réglementation sur cette trêve sacrée qui est proclamée. à l'occasion des grandes élusinies. Et en même temps, ce texte règle la participation financière des mystes, en effet, à l'initiation, pour n'importe quel... Naturellement, on ne paie rien, mais lorsqu'on consulte un dieu guérisseur, lorsqu'on consulte un oracle, ou lorsqu'on veut se faire initier, c'est une démarche personnelle, et à ce moment-là, elle est généralement soumise à une taxe financière. Tout ce qui est... Encore révision des lois sacrées, introduction de nouveaux cultes, tout cela relève encore de l'assemblée du peuple. Après la victoire de Marathon, on a introduit le dieu Pan qui est un dieu mi-homme mi-bouc, qui était un dieu d'Arcadie. Mais ce dieu a proposé aux Athéniens de les aider, il les a aidés et les Athéniens l'ont accueilli chez eux. L'ADS transbindis aussi a été... accueilli à Athènes, sur la caution de l'oracle de Dodone, mais ensuite, un décret de l'Assemblée est voté qui introduit la déesse Trasbindis dans le calendrier athénien. C'est donc à nouveau le pouvoir. Autre assemblée du peuple, évidemment, c'est l'Élié, les tribunaux de la cité, dont j'ai dit déjà qu'ils s'occupent des procès d'impiété. Le Conseil a également un rôle très important dans les affaires religieuses, dans la mesure où c'est lui qui gère la reddition de comptes des magistrats. Mais j'insisterai davantage sur un point particulier, qui est la manière dont les trésoriers d'Athéna, c'est-à-dire normalement ceux qui gèrent la fortune de la déesse Athéna, les trésoriers d'Athéna, prenaient leur charge en présence. des bouleutes des membres de l'Assemblée, sous la caution des membres de l'Assemblée, en quelque sorte. Et vous voyez toujours cette collusion entre le sacré et le profond, avec cette fois-ci, c'est le second point que je veux montrer, l'emprise de la cité sur le trésor de la cité. Et vous savez sans doute comment ce trésor de la cité a été amené, dans certains cas, à aider La cité pour des expéditions militaires par exemple, en prêtant de l'argent.
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à la cité. Une partie du tribut que versaient les alliés d'Athènes à Athènes revenait, un 60e revenait aussi au trésor de la cité. Vous savez qu'on a fait procès à Périclès d'avoir payé les monuments de l'Acropole avec le tribut payé par les alliés. La question est discutée car il est possible qu'il ne se soit agi que du 60e. qui était versée régulièrement au trésor de la déesse, mais je n'entre pas dans le détail. Je pourrais aussi vous montrer, mais ce serait fastidieux, que chacun des archontes a des fonctions extrêmement précises. Le lieu qui symbolise le mieux du religieux et du politique, c'est comme vous savez l'agora ou place publique. qui est à mes yeux un symbole de cette interpénétration. En effet, l'agora, qui est le centre politique par excellence, je vous ai dit tout à l'heure que l'arc-compte y prêtait son serment, c'était considéré comme un lieu sacré, et on ne pouvait pénétrer sur l'agora que les mains pures, c'est-à-dire qu'il y avait des vases aux diverses entrées de l'agora, des vases avec de l'eau, qui est le moyen le plus, à la fois symbolique évidemment, mais le plus simple, d'accomplir une purification élémentaire avant de pénétrer sur l'Agora. Sur l'Agora se mêlaient les monuments politiques et des monuments religieux. Il ne me paraît pas insignifiant de voir que les décrets de l'Assemblée étaient affichés sur ce monument des héros qui ont donné leur nom aux tribus. Tout à l'heure, les héros éponymes, monuments qui comportaient... une base avec des statues des dix héros éponymes, un trépied de Delphes en souvenir de la consultation de Delphes, et un culte était rendu à ces héros éponymes, c'est sur ce monument qu'était en quelque sorte le journal officiel, puisque c'est là qu'on affichait les décrets de la cité. Vous savez qu'on ne gravait que rarement les décrets de la cité lorsqu'ils étaient faits pour vraiment durer très longtemps. Vie religieuse et vie politique de la cité vont donc de pair en période de paix. Qu'en est-il en période de guerre ? Auparavant, je voudrais encore ajouter quelque chose, excusez-moi. Je voudrais montrer comment les fêtes civiques sont une première illustration de cette manière dont la vie politique et la vie religieuse entendent. de paix. Je ne vais naturellement pas examiner beaucoup de fêtes, mais je voudrais attirer l'attention sur deux fêtes qui sont bien connues, qui sont les Panathénées et les Grandes Dionysies à Athènes. Les Panathénées, c'est la fête de tous les Athéniens, Pan, et elle était célébrée en l'honneur d'Athéna Polyas. Mais il est quand même significatif que les alliés d'Athènes étaient appelés à participer. en envoyant des vaches pour le sacrifice et une partie des jeux était panhélénique, était ouverte à tous les Grecs donc cette fête des Panathénées, bien sûr c'était une célébration d'Athénapolias mais c'était aussi une manière pour Athènes de manifester sa propre puissance de montrer l'étendue de son empire pour le 5e siècle et ensuite pour une partie du 4e siècle et tout en célébrant Athéna de elle-même. Les grandes Dionysies apparaissent également comme une fête politique. Après la partie culturelle, civique, venaient des concours dramatiques. Ces concours dramatiques, les alliés et les étrangers y étaient conviés. Alors, ne nous trompons pas, ces concours dramatiques appartiennent à la sphère religieuse. Et juste avant le spectacle, le théâtre était purifié, on offrait un porcelet à nouveau et les stratèges ouvraient le cycle en offrant l'élibation d'usages. Mais cela n'exclut pas que plusieurs actes politiques se soient... en outre déroulé au sein des grandes dionysies et un décret toujours décret de l'assemblée un décret de l'assemblée avait décidé que le tribut des alliés serait apporté sur l'orchestre a évolué le coeur sur l'orchestre a du théâtre au moment des grandes dionysies d'athènes ce qui est tout de même montré que ses alliés sont un peu en train de devenir des sujets, et c'est une manière d'afficher, bien sûr, la puissance d'Athènes. J'ai terminé avec Athènes en temps de paix, dont vous voyez que, suivant la formule de Périclès, les Athéniens avaient à cœur de montrer le rôle de civilisatrice d'école de la Grèce que lui avait assignée Périclès. et ceci par le biais de la religion. Dans la conduite de la guerre maintenant, l'interpénétration du religieux et du politique est tout aussi manifeste et pose quelques problèmes. Je ne m'arrêterai pas à ce qu'on appelle les guerres sacrées, qui sont des guerres dans lesquelles les anciens théoriquement punissaient des actions impies, mais qui étaient souvent des prétextes pour des affrontements. La troisième guerre sacrée par exemple a abouti à l'entrée de Philippe de Macédoine dans l'amphictyonie de Delphes. Ce sont des questions très compliquées. Donc je veux surtout m'attarder au rôle de la religion dans les différentes phases de la guerre avec ce problème que nous allons examiner d'éventuelle incompatibilité entre la religion et la politique et que faisait-on dans ces cas-là. La guerre se déroule intégralement sous l'égide des dieux. Je vous cite cette phrase de Demosthène qui proclamait après Salamine en 80, « Cette victoire n'est pas la nôtre, les dieux et les héros nous l'ont donnée. » Les héros intervenaient à l'occasion et même en se montrant dans la bataille. Tous les dieux étaient susceptibles de participer activement au combat. d'actions sont variées, Arès est plus brutal qu'Athéna, Artemis provoque des nuits surnaturelles, Pan provoque la terreur panique, etc. Toujours est-il que tous ces dieux interviennent, et s'ils se manifestent assez rarement physiquement, s'il y a peu d'épiphanie, en revanche, les dieux donnent des signes d'assentiment ou de désaccord. soit spontanément par des présages, soit après la consultation d'oracle, ou tout simplement par le biais de sacrifices. Et ces sacrifices vont me retenir un moment. Les sacrifices qui précèdent le combat se placent au départ, à la sortie du territoire, et sur le champ de bataille. Et vous allez voir qu'ils donnent une image très contraignante de la religion. On cite en effet Très souvent, cet exemple à la veille de la bataille de Platée, je cite un texte du Plutarch, le roi Posanias, n'obtenant pas de présage favorable, ordonne aux lacs et démoniens de déposer leur bouclier à leurs pieds et de se tenir tranquille sans se défendre contre aucun des ennemis. Ceci parce qu'ils offraient des sacrités. dans l'intention de libérer combat à Mardonios, mais, dit le texte toujours, ils ne réussissaient pas à obtenir des présages favorables. Et en attendant, beaucoup des leurs tombaient et beaucoup plus encore étaient blessés, car les Perses, eux, n'attendaient pas les présages et donc attaquaient. Et vous voyez donc l'aspect extrêmement contraignant de ces présages obtenus par le sacrifice. Dans le cas particulier, l'armée supporte sans bouger les premières attaques jusqu'à ce qu'enfin, Bosania réussisse, grâce à Eran, à obtenir des présages favorables. Mais il est tout à fait exceptionnel, voire quasiment, ça n'existe quasiment pas, qu'un général passe outre des présages défavorables. Mardonios, lui, le Perse qui consultait à la manière grecque, s'était passé des sacrifices et il a donc été défait. Alors, est-ce qu'on peut imaginer une collusion entre devins et stratèges ? Parce que, évidemment, la question se pose. Dans l'anabase de Xénophon, avant de quitter Calpée, peu importe, Xénophon décide de sacrifier. Tout le monde veut rentrer. Or, les présages ne sont pas favorables et à ce moment-là, certains insinuent que Xénophon a persuadé Odevin de dire que les victimes s'opposaient au départ parce que lui ne souhaitait pas ce départ. Bon, je ne vais pas moi qui vais vous le dire, mais ce qu'il y a de sûr, c'est que l'idée existait quand même et l'idée courait le soupçon. de collusion a donc pesé, a donc existé. Je ne dis pas pour autant que ces cas de collusion aient pu être fréquents, je ne le crois pas. Je pense que ces cas étaient extrêmement rares, car les conduites impies entraînaient toujours des issues défavorables, entraînaient des défaites. Donc vous voyez que pour les sacrifices, le stratège a en définitive Merci. très peu de marge entre stratège et devin, c'est le devin qui l'emporte. Le stratège a très peu de marge, d'autant qu'il fait l'impact qu'ont les présages sur les troupes. La liberté du stratège est plus grande lorsqu'il s'agit de présages qui sont susceptibles de plusieurs interprétations. L'épisode de Nicias à Syracuse Merci. et de l'éclipse de lune qui est à l'origine du désastre des Athéniens en Sicile. Niphias dit plus tard qu'il était quelqu'un de superstitieux et lorsque se produisit pendant la nuit une éclipse de lune, cette éclipse inspira une grande terreur à Niphias et à tous ceux qui par ignorance ou par superstition s'effrayaient de ces sortes de phénomènes. À cette époque, que la plupart des gens comprenaient déjà plus ou moins bien que l'obscurcissement du Soleil provient de la Lune. Bref, plusieurs interprétations étaient possibles. Une interprétation tout à fait conservatrice qui considérait que l'éclipse de Lune était défavorable et puis une interprétation plus scientifique en quelque sorte qui prenant conscience du phénomène faisait valoir aussi que, en définitive, pour fuir de la Lune, L'éclipse de lune n'était pas du tout défavorable, mais au contraire était favorable. Nicias n'a pas écouté cette opinion et les Athéniens ont fini dans l'atomie de Syracuse. Les oracles, là il s'agit de présages, les oracles eux aussi prêtaient à interprétations diverses et on ne doit pas exclure de la part d'hommes politiques. comme Témistocle, comme Epaminondas, un effort, disons, pour rendre conciliables religion et politique. Je ne pense pas que ces hommes aient jamais été impies. Je vais vous le montrer tout à l'heure, mais évidemment, ils essayaient de concilier les choses. Un texte particulièrement célèbre est un texte d'Hérodote qui concerne une consultation de l'oracle de Delphes lors de la Seconde Guerre médique. Athènes envoie Adelphes des ambassadeurs et l'Athènes, qui médise un peu, qui semble hostile aux Athéniens, les décourage en leur disant de fuir au bout du monde. Les Athéniens sont accablés de désespoir, ils reviennent consulter en suppliant et cette fois-ci l'appétit leur donne le conseil de donner à Athéna. un rempart de bois alors qu'est-ce que c'est ce rempart de bois ? un rempart de bois pour se protéger et de ne pas rester en repos. Et en même temps Athéna nomme la divine Salamine comme le lieu d'un combat. Nous sommes à la veille de la bataille de Salamine. Cette réponse était plus encourageante que la première et plusieurs interprétations ont couru. A partir du moment où plusieurs interprétations courent, l'homme politique Merci. peut choisir d'en favoriser une. Certains, et le texte d'Hérodote nous dit que ce sont ceux qui considéraient qu'il s'agissait de l'acropole, parce que jadis l'acropole avait été entourée d'une palissade de bois, d'un mur de bois, et que c'est ça qui tiendrait bon. Mais les autres, étaient Mistok en tête, pensaient que, je cite, le dieu voulait parler de navire. en bois bien sûr largement, et invitait les Athéniens à tout abandonner pour s'occuper uniquement de leur flotte. Leur navire serait le rempart de bois et la formule de la Pithie, la divine Salamine, alors qu'elle aurait pu dire la funeste Salamine, était donc quelque chose de favorable. Il est clair que Témistocle a su accompagner cette interprétation et la faire dominer et faire coïncider cette interprétation avec sa propre politique maritime, d'où celle de Salamine, qui est la conséquence directe de la politique de Témistocle. Donc, l'oracle a bien été utilisé à des fins tactiques. Est-ce pour autant que Témystocle est intervenu auprès de la Pitié ? Ça me paraît très peu vraisemblable. On sait que Témystocle avait l'habitude de se comporter en homme pieux. Avant Salamine aussi, alors qu'il était en train d'exécuter un sacrifice, tout à coup quelqu'un est ernu. Et, manque de chance, le sacrificateur dit à Témystocle que c'est un mauvais présage et qu'il doit sacrifier deux... perses. Et bien Témistocle, la mort dans l'âme et en traînant les pieds, fait le sacrifice des deux perses. Parce qu'il sait qu'il n'y a pas moyen d'échapper en définitive à ce que lui demande le sacrifice. Je n'ai pas le temps de développer le cas des Paminondas, pour lequel tout autant je dirais que ça n'est certainement pas un esprit fort. Et simplement, ce sont des gens qui se servent de l'existence de présages contradictoires pour réaliser leurs projets. La guerre, à son tour, a eu des répercussions sur la religion, et c'est une chose que l'on pourrait étudier un peu longuement, mais sur laquelle je vais aller un peu vite, parce que je voudrais éventuellement vous donner la parole. La guerre a eu des répercussions sur la religion, c'est une chose bien connue. Dans le deuxième aspect, bon le premier aspect, la guerre a été à l'origine de création de cultes. Je vous ai parlé tout à l'heure de Pan qui était introduit à l'occasion des guerres médiques. Dans une période particulièrement troublée, on a introduit le culte d'Homonoïa, la Concorde au 4ème siècle, ce qui est bien. Ce qui est plus connu, c'est la manière dont la guerre a engendré des comportements particuliers, et évidemment, ça n'est pas propre à la Grèce antique. On l'a vu au moment de la guerre du Péloponnèse, où Thucydide nous fait un récit particulièrement triste, en nous montrant que l'abondance des cadavres conduisait à abandonner les pratiques funéraires traditionnelles, et il souligne l'effondrement de la religion. On n'était plus retenu ni par la crainte des dieux ni par les lois des hommes. Et il explique, voyant autour de soi la mort abattre indistinctement les uns et les autres, on ne faisait plus aucune différence entre la piété et l'impiété. Et quant aux prières qu'on faisait dans les temples, aux consultations d'oracles, etc., tout cela n'étant d'aucun secours, on cessa de le faire. Il s'agit donc d'une crise religieuse et il y en a eu en Grèce, mais elles ont tout fait de courte durée.
- Speaker #1
Ce qu'on appelle une crise, par définition, c'est quelque chose de court. Et dans la pratique,
- Speaker #0
il semble que Thucydide ait plutôt aggravé les choses. Alors, vous aurez assez vu l'interpénétration de ces deux domaines, du religieux et du politique. Est-ce que cette interpénétration est neutre ? Est-ce que la religion a pu être utilisée à des fins politiques ? J'ai parlé tout à l'heure déjà des deux grandes fêtes, qui sont évidemment des fêtes religieuses, mais qui ont évidemment aussi une connotation politique. Je pourrais rappeler un exemple comme celui de Pimistrat, qui, pour reconquérir le pouvoir, s'était fait accompagner d'une femme en arme de grande taille, montée sur un char, et prétendait... que c'était la déesse Polyade elle-même. Mise à part ce type d'anecdotes, dont on a plusieurs exemples, il y a deux cas évoqués. C'est le cas des bâtiments de l'acropole, d'une part, et éventuellement, si j'ai le temps, le cas des offrandes d'Elphique. Pourquoi ? Parce que les bâtiments de l'acropole sont tout de même des bâtiments religieux et... Dans quelles mesures n'ont-ils pas fait, pour une large part, la politique de prestige de Périclès ? On a montré récemment que les bâtiments de l'acropole ne relevaient pas forcément d'un projet unique, qui avait plusieurs phases. Ce qui va m'intéresser, ce sont les monuments érigés à l'époque de Périclès, les propylées, le Parthénon. Les propylées, c'est une entrée monumentale, ça n'a pas fonction proprement ligeuse. Arrêtons-nous au Parthénon. Il est clair que si les propylées déjà marquent un souci, non seulement d'honorer la déesse, la suprématie d'Athènes, le Parthénon le montre de manière encore plus nette. En effet... On a insisté récemment, et c'est l'ouvrage de Bernard Holtzmann sur l'Acropole d'Athènes, sur le fait que le Parthénon n'est pas à proprement parler un temple, que c'est plutôt un trésor. Pourquoi ce n'est pas un temple ? Il n'y a pas d'autel en façade. L'autel est essentiel pour tout acte du culte, donc apparemment pas de culte lié au Parthénon. D'ailleurs, aucun texte ne concerne un témoignage de culte lié au Parthénon. Vous savez que les panathénées aboutissaient au vieux temple ou à l'érectéion et au vieux xoanone en bois de la déesse et absolument pas à la statue de Phidias dans le Parthénon. Cette statue de culte primitive a toujours continué à être d'abord dans le vieux temple puis dans l'érectéion lorsqu'il a été construit. Et la statue colossale de Phidias, c'est plutôt... Une offrande particulièrement somptueuse est faite à la déesse. C'est aussi un trésor dans le sens de richesse, puisque vous savez que théoriquement, les plaques d'or de cette statue chryséléphantine en or et en ivoire étaient faites pour être détachées en cas de guerre et de nécessité de monnaie. Ça n'a jamais été le cas pour la déesse elle-même. En tout cas... Le Parthénon, dans ces conditions, est surtout conçu pour abriter cette statue colossale, qui n'est pas, à proprement parler, une statue de culte. Et je reprendrai volontiers la formule de Jean Jouroux à propos du Parthénon de temple-trésor, c'est-à-dire ça a la forme d'un temple, mais ça a la fonction d'un trésor, c'est-à-dire un bâtiment construit pour accueillir une offrande prestigieuse. Et faire d'Athéna l'expression de la grandeur d'Athènes se manifeste pleinement dans ce monument dont le décor évoquait par ailleurs le lien avec la religion, bien sûr, avec la présence de la frise des panathénées. Je voudrais terminer avec un autre exemple qui concerne le grand sanctuaire panhélénique de Delphes. Pour vous montrer comment, là aussi, les intentions religieuses, parce que je ne reviens pas sur, enfin je ne contredit pas les intentions religieuses de Périclès, les intentions religieuses pouvaient aller avec des intentions politiques. Et c'est la place qu'occupent les offrandes à Delphes qui n'est pas nécessairement toujours due au hasard et qui perpétue en quelque sorte les rivalités. entre les cités. Vous savez que le trésor d'Athéna est particulièrement bien placé dans le Poème Sacré, mais je veux regarder le début de la Voix Sacrée. Vous avez là un trésor lacédémonien, une offrande lacédémonienne, l'offrande de la base des Navarques, qui a été offerte après la victoire lacédémonienne par l'Isandre des Gospothamos. en 405. Il y a là tout un groupe d'hommes lisandres couronnés par un dieu, bref, une exaltation de la puissance spartiate en même temps qu'une offrande à la divinité. Or, c'est justement en face que les Arcadiens ont installé leur offrande, un groupe de neuf statues en bronze de héros arcadiens et c'est justement après la victoire obtenue grâce à Epaminondas contre les lacets démoniens qui sont venus les narguer en installant leur offrande juste en face. Donc, je pense qu'on ne peut pas ne pas voir la manière dont les Arcadiens ont montré comment ils s'étaient affranchis de l'hégémonie lacet démonienne en érigeant fièrement leur monument juste en face. Par cette évocation, j'aurais voulu vous avoir montré les interférences entre religion et politique en tant que quotidienne, que routinière, j'allais presque dire, pour ce qui concerne les institutions. Et elles témoignent d'une parfaite identité entre communautés religieuses et communautés civiques. Mais les répercussions, vous l'aurez vu, pouvaient être beaucoup plus graves lorsque... que la vie des citoyens était en cause, les malheureux soldats qui devaient attendre le bon sacrifice, et le fait que la volonté des stratèges ait pu être contrecarrée par ça, le fait que le sort des Athéniens à Syracuse ait pu dépendre de l'interprétation conservatrice d'une éclipse de lune, tout cela me paraît montrer vraiment l'impact de la religion sur la vie politique. Je vous remercie et je voudrais dans les quelques minutes qui restent aborder éventuellement avec vous une discussion. Je crois qu'il y a un micro qui se promène et si certains d'entre vous souhaitent prendre la parole, le faire.
- Speaker #2
Peut-on parler d'athéisme en Grèce ancienne ?
- Speaker #0
D'athéisme pour ?
- Speaker #2
En Grèce ancienne.
- Speaker #0
Ah oui, en Grèce ancienne, je ne crois pas. Je crois que l'athéisme est extrêmement rare. Il y a eu un certain Diagoras de Milo qui était vraiment impie, mais je ne pense pas qu'il y ait eu vraiment d'athéisme dans la Grèce ancienne. Et il n'y a pas d'exemple, même de système philosophique. Les picuriens, ils ne laissent jamais les dieux de côté. Et en définitive, même les philosophes ont fini par se ranger à l'idée de l'existence de tous ces dieux traditionnels qui me paraissent... Moi, je ne crois pas à l'athéisme en Grèce.
- Speaker #3
Vous avez parlé à un moment de sacrifice de persains. Je n'ai pas bien compris. Il y avait des sacrifices humains ? Je n'ai pas bien entendu. Est-ce que vous pourriez repréciser ça, s'il vous plaît ?
- Speaker #0
Je ne sais pas si j'en ai parlé, mais je peux en deux minutes repréciser la question des sacrifices humains. À la veille de la bataille de l'Eutre, il y a eu un présage tout à fait inquiétant où on demandait à Pélopidas de sacrifier une vierge rousse. Et à ce moment-là, ce qui prouve bien qu'il avait un scrupule religieux, il a fait part de ce présage et les gens ont discuté dans le camp, est-ce qu'il faut sacrifier des jeunes filles ? Ou est-ce qu'il ne faut pas sacrifier des jeunes filles ? La solution a été que le pouliche rousse s'est échappé, qu'on a sacrifié la pouliche et que la question a été réglée. Il n'y a pas eu de sacrifice humain. Mais ce qui me paraît très important, c'est que ça ait pu être discuté dans l'assemblée des soldats. Ça prouve que ce n'était pas inconcevable. Et personnellement, moi je pense qu'à titre totalement exceptionnel, Ça a pu avoir lieu et je pense que de manière régulière, dans une région particulièrement archaïque, en Arcadie, ça a eu lieu. Platon en témoigne.
- Speaker #1
Juste une question brève. Déjà aussi, je voulais vous remercier pour la richesse de cette conférence. Je crois que s'il y a des collègues d'histoire-géographie, d'histoire en classe de seconde, vraiment, ça nous complète tout à fait notre cours. Je voulais simplement vous demander, parce que là les textes ne sont pas très explicites à ce niveau-là, au panathéné, est-ce que les métèques de la cité, est-ce que certains esclaves étaient conviés ?
- Speaker #0
Les métèques, oui. Les métèques participaient à la procession des panathénées. Et on considère que les tallophores de la frise des panathénées, ceux qui portaient des rameaux sacrés, étaient des métèques. Et c'est confirmé par des inscriptions, par une inscription. Donc les métèques participent là, effectivement.
- Speaker #1
Et les esclaves, non ?
- Speaker #0
Les esclaves, non.
- Speaker #1
Voilà, ça c'est clair. Merci.
- Speaker #0
Les esclaves participent à de très rares fêtes, comme les Cronias ou les Saturnalia à Rome, où il y a inversion du rôle des patrons et de l'esclave. Mais c'est vraiment quelque chose d'exceptionnel.
- Speaker #4
Merci beaucoup. Comment peut-on interpréter l'usage politique du tirage au sort dans les institutions athéniennes ?
- Speaker #0
Alors, je crois, après avoir un peu réfléchi à ça, que les anciens croyaient vraiment que les responsables du sort. Et donc, pour eux, c'était la forme la plus pieuse, en quelque sorte, de désigner un magistrat.
- Speaker #4
Néanmoins, les magistratures... Les stratèges, par exemple, c'est un vote. Il y a donc une part...
- Speaker #0
Je pense qu'il y a un problème de compétence qui fait que le choix par le sort ne peut concerner que des magistratures pour lesquelles chacun est apte à se mettre au courant et à exercer la magistrature, mais que pour des magistratures très pointues comme la stratégie... Il faut une compétence, et une compétence est nécessaire. Et ça explique que les deux modes soient restés toujours parallèlement utilisés.