Speaker #0Hommes qui ont écrit sur le vêtement, tout ce qui passe entre le vêtement et le corps à travers ces différentes tensions que j'ai essayé de commencer à vous mettre en place. Montesquieu disait ça à sa façon dans les lettres persanes, lettres 30, Uzbek. J'en connais d'autres qui se sont bien trouvés d'introduire dans les conversations les choses inanimées et d'y faire parler. Le rabbi brodé Leurs perruques blondes, leurs tabatières, leurs cannes et jusqu'à leurs gants. Donc c'est cet ensemble, vous voyez, noté dès le départ d'un des grands moments de transformation des pratiques vestimentaires, qui souligne la mise en scène sociale des pratiques, qui va nous occuper dans un monde social qui a ses propres règles et qui sont plus complexes qu'on... qu'on peut le croire. Un autre texte en introduction que je ne lirai pas trop longtemps, c'est le grand texte de Diderot sur les regrets sur ma vieille robe de chambre. Ce texte est absolument formidable et fondamental parce qu'il met très bien dans cet avis à ceux qui ont plus de goût que de fortune, avis de ceux qui ont plus de goût que de fortune, il met très bien en rapport tout ce qui se passe Quand on parle Un événement de la biographie que chacun d'entre nous peut connaître. En tout cas, moi je jette très péniblement mes vêtements. Je n'arrive pas à me séparer des vêtements. C'est quelque chose d'affreux, c'est quelque chose de vraiment très pénible. Eh bien Diderot était comme ça, il a reçu en cadeau une robe de chambre et il s'écrit « Pourquoi ne pas l'avoir gardée ? Elle était faite pour moi, j'étais faite à elle. » On pourrait dire que chacun d'entre nous, des choses pareilles avec des vêtements qui ont été associés à des moments de notre existence, à des aspects de notre vie. et il... termine cet article par un autre développement, c'est que bien sûr il va changer de vêtement, il ne peut pas refuser le cadeau de sa protectrice. Dans la société, ça aurait été une sorte d'injure. Il l'accepte, mais à partir de ce moment-là, il est dans un embarras encore plus grand, parce que tout autour de lui doit être changé. Tout ce qui l'entoure n'est plus à la hauteur de la somptuosité du nouveau vêtement qu'il a endossé. Alors le reste du texte mériterait d'être lu et vu dans cet aspect, mais c'est sur cet accord et sur ces désaccords qu'en quelque sorte nous allons essayer de montrer comment le vêtement est un moyen de révélation, un révélateur de ce qui se passe au cœur des relations sociales anciennes et de ce qui va changer dans ces relations sociales. Ce n'est pas facile à partir de notre situation. de comprendre cela. Parce que nous vivons dans un monde où il y a des contraintes et des libertés à l'égard des vêtements et des phénomènes de l'habillement qui ne sont plus du tout les mêmes. J'en retiens trois pour montrer l'écart. Le premier, c'est qu'il y a eu l'industrialisation de la fabrication des choses. Et ça, c'est la mise à la disposition, à bon marché, de choses qu'on n'aurait jamais pu imaginer dans la société du XVIe, XVIIe, XVIIIe siècle, selon les niveaux de l'analyse que l'on choisit. Que l'on puisse acheter des vêtements tels qu'on les a et les renouveler tels qu'on les a, c'est une des caractéristiques les plus importantes de la société de consommation actuelle et c'est quelque chose qui pose, et vous le savez très bien, un problème extraordinaire puisqu'il est lié à la délocalisation des industries anciennes et à la mondialisation, ce qui était tout aussi inconcevable, mais avec une nuance, c'est que dès le XVIIe, XVIIIe, la mondialisation textile, elle est commencée. Et les textiles exotiques sont à l'œuvre dans les transformations de sensibilité que nous allons évoquer. La deuxième chose, c'est que l'on dit qu'il y a une égalité des consommations. Tout le monde s'habille de la même façon, mais en réalité, il y a quand même une industrie de la fabrication du prêt-à-porter et des habits ordinaires et des hiérarchies jusqu'à la haute couture. Et ce qu'il faut comprendre dans notre société, c'est comment ces différents niveaux sont articulés. Qu'il y a des modèles à 40 000 euros et des modèles à 400 euros, ce qui n'est pas tout à fait la même chose même s'ils sont quelquefois relativement proches. Le problème étant... que dans la société ancienne, les modes de fabrication et de commercialisation ne permettaient absolument pas ce type, en quelque sorte, d'élargissement comparable sur les marques et sur les choses que vous connaissez aussi bien que moi. Et dernier caractère qui s'accentue peut-être dans les toutes dernières années, c'est que la consommation de vêtements coûte... de temps moins chère, la part du vêtement dans la consommation du ménage, telle qu'elle a été étudiée par le sociologue Herpin de 1980 jusqu'au début du XXe siècle, est en diminution constante. Donc il y a quelque chose de très intéressant à interroger, parce qu'il faut savoir à partir de quand ça avait atteint le seuil maximal de consommation. Et cette diminution n'est pas la même selon que l'on considère. Le vêtement des femmes, le vêtement des enfants par rapport au vêtement masculin qui est celui qui est le plus frappé dans la diminution. Donc il y a des choses tout à fait intéressantes à regarder de ce point de vue là. Bien entendu, je ne vais pas continuer la peinture de la société contemporaine, ça serait beaucoup trop loin, mais je termine la conclusion sur les trois dimensions que je vous ai présentées. Nous ne sommes pas dans le même système de production des textiles et de la transformation. Nous sommes dans une société qui est caractérisée par la rareté, par des biens qui sont chers, et plus ils correspondent à la hiérarchie sociale, plus ils sont chers. Nous sommes deuxièmement dans une société où la hiérarchisation n'est pas un fait de capacité économique mais un fait de statut, un fait dicté par les règles mêmes du fonctionnement et de l'organisation, ce qui implique fortement des choix sur lesquels il faut revenir. Et enfin, nous sommes dans une société, la société que j'appellerais brièvement d'ancien régime, même si on peut discuter cette notion parce qu'il n'y a pas eu un ancien régime mais plusieurs anciens régimes et qu'il y a une chronologie dans tout ça. Mais bon, contentons-nous de regarder les choses assez vite. Cette société a des règles symboliques qui ne sont pas les mêmes. Ce qui définit l'identité, l'être, l'essence de l'individu n'est pas du tout du même ordre que ce qu'il définit dans notre société. Donc, si l'habit ne fait pas le moine, il y contribue fortement. Et cette contribution, c'est cette contribution qui est au cœur, en quelque sorte, de l'interrogation qu'il faut suivre maintenant. Il y aurait beaucoup à dire sur la façon dont il faut faire cette histoire. Je laisse ça de côté parce que ça sera encore trop long, mais il y a des sources caractéristiques, il y a des constructions caractéristiques et méthodologiques. Le vêtement représenté et le vêtement décrit, ce n'est pas la même chose que le vêtement porté. L'historien connaît très peu les vêtements d'outrefois. La collection de l'Albert Museum du service vestimentaire en chemise de l'époque moderne n'atteint pas la douzaine. La collection du musée des costumes français avec 30 chemises du XVIe siècle, XVIIe siècle, est une des plus grandes collections du monde. Vous voyez ce que ça veut dire. Et encore, les chemises sont faites dans des textiles qui ne sont pas bouffés par les mythes. La plupart des vêtements ordinaires ont disparu, mangés par les insectes et ne sont pas conservés. Donc on a un rapport à l'objet. L'historien a immédiatement un rapport à l'objet qui est extrêmement difficile. Et comprendre cela, ça fait partie aussi de la difficulté du sujet. A partir de là, pas trois parties, mais quatre. Premièrement, quelles sont les contraintes qui pèsent ? sur l'organisation du système vestimentaire. Deuxièmement, qu'est-ce qu'on constate dans le résultat de ces contraintes ? Troisièmement, quels sont les grands changements ? Et quatrièmement, pour terminer, n'étant pas à Paris 1 où il m'était interdit d'intervenir sur l'histoire de la Révolution française, puisque l'histoire moderne s'arrête le 1er janvier 1789, je parlerai un peu de la Révolution française. Les contraintes. Les contraintes relèvent de l'obligation de parler de ce fait social global qui est devenu une définition commode, comme d'autres faits sociaux, des pratiques vestimentaires. Il est global parce que c'est avant tout dans la société, à travers une lecture et à une série de langages, qu'on le découvre. C'est un moyen de communication et d'information. Et comme tout langage, très tôt, il a ses règles. son vocabulaire et ses différents usages selon les âges. Les vêtements des jeunes, les vêtements des adultes ne parlent pas de la même façon. Alors, à travers ce langage que nous livre la littérature moraliste, la littérature médicale, la littérature romanesque, les documents d'archives, que peut-on saisir ? On peut saisir deux conventions principales. Premièrement, Ce qui relève des normes et des contraintes dictées par l'organisme de la société d'Ancien Régime, c'est-à-dire par cette organisation d'une société en corps, réglée par un principe fondamental, ce qui compte c'est Dieu, le roi, la loi. Les mœurs, ce que l'on appellera au XVIIIe siècle les mœurs, c'est-à-dire cet ensemble de comportements qui relèvent Merci. Non pas de la morale, mais de la rencontre entre la morale et le politique, et que Montesquieu a parfaitement défini. Alors si l'on se tourne du côté des mormes, la société ancienne a ses règles. Elles sont religieuses, elles sont politiques, et on est en quelque sorte tenu de les suivre selon la place que l'on occupe dans le corps social. Du côté religieux... Pas de différence entre les catholiques et les protestants, l'habit doit correspondre à la modestie des comportements imposés par les protestants. La pratique religieuse, la coquetterie et la mode sont des péchés, des déviations que l'on doit poursuivre et que l'on doit essayer de régler. Il y a donc avant tout une morale religieuse des apparences. Cette morale c'est que l'être et le paraître doivent coïncider. Il ne doit pas y avoir de dissimulation de l'être par les apparences. Et c'est toute la religion en quelque sorte. vestimentaire qui est mise en place par les ouvrages en grande partie publiés par des ecclésiastiques ou des clercs, des intellectuels, des universités ou d'autres, que sont les civilités et qui traversent toute l'Europe et qui sont publiées dans toutes les langues et qui diffusent les mêmes règles. La civilité habitue les gens à respecter certaines règles dont une des plus fondamentales a été bien mis en valeur par mon voisin, c'est la règle de la propreté. Il y a quelque chose qui doit, en quelque sorte, faire coïncider le respect des comportements à l'égard des autres, qui est un respect des autres, par le respect des règles de la propreté. Et cette règle, elle est fondamentale parce qu'elle débouche sur quelque chose de très intéressant, c'est que quand on rencontre des peuples nouveaux qui sont nus, la première chose que l'on s'empresse de faire, c'est de les habiller pour qu'ils s'expriment de la même façon que les colonisateurs. Donc la conquête, en quelque sorte, sur les nudités exotiques est une conquête de la moralité et de la religion. Deuxième dimension de ces règles sur la religion, c'est le refus de l'ostentation. Dans la règle de la religion, l'ostentation est réservée à Dieu. Personne ne se plaint. de la dépense qui est faite dans les églises, dans les statues, dans les chasubes, dans les ornements. Il y a des vêtements de culte, il y a une hiérarchie ecclésiastique et les représentants sur terre de Dieu doivent être honorés de ce point de vue-là. Et l'ostentation a donc une fonction religieuse, mais elle a également une fonction politique, on va le redire. Enfin, troisième et dernière règle, Pour faire circuler en quelque sorte ces contraintes, il y a quelque chose de fondamental, c'est que la charité par le vêtement est un geste qui fait fonction, en quelque sorte, de l'huile dans les rouages, puisqu'il faut nourrir les pauvres, nourrir ceux qui sont nus, il faut donner à chacun les habits de la condition, etc. Donc la modestie, le respect de la hiérarchie. Et la redistribution font coïncider les apparences avec les règles de l'économie morale. Et elles s'entendent très bien avec les règles politiques. Il me suffit de citer Pascal, pensée page 118 de l'édition de la Pléiade. « Nos magistrats ont bien connu ce mystère. Leurs robes rouges, leurs ermines dont ils s'emmaillotent en chafourée, les palais où ils jugent. les fleurs de lys, tout cet appareil au gust était fort nécessaire. Et si les médecins n'avaient de soutane et de mule, et que les docteurs n'eussent des bonnets carrés et des robes trop amples de quatre parties, jamais ils n'auraient dupé le monde. Qui peut résister à une monde aussi authentique ? Donc, la démonstration, elle est faite par un grand moraliste, philosophe, du XVIIe siècle, dans la société des corps, ce sont les apparences qui donnent les signes de la légitimité des pouvoirs. Et c'est pourquoi il y a une dénonciation et une attaque morale sur les usages déplacés du luxe et de la consommation. On peut se demander s'il y a une contrainte réelle de cette... règle qui n'est pas formulée dans la loi, sauf par le biais, à certains moments et dans certains espaces, des lois somptuaires. Les lois somptuaires édictent des règles vestimentaires, mais pas seulement vestimentaires. Elles sont quelquefois très générales, elles concernent l'habillement, le mobilier, les pratiques des carrosses, les bijoux, etc. Alors, les lois somptuaires ont en quelque sorte un double visage. Le premier, c'est de révéler ce qui est l'authenticité de la consommation au sommet, de la consommation normale, tolérable, au sommet de la société qui est la société. société de cours. Les lois somptuaires sont presque des règlements qui retrouvent leur équivalent pratique dans la définition des étiquettes. Elles peuvent descendre par le biais du religieux très bas. On a retrouvé des exemples de lois somptuaires en très grand nombre dans l'Allemagne protestante, en Suisse, où les communautés règlent les apparences de très près. Dans la France catholique, ce n'est pas tout à fait la même chose. On n'a pas trouvé de curé de village envoyant au tribunal de l'officialité des contrevenants aux règles des vêtements. Alors que dans des pays protestants, on en trouve. On en trouve parce qu'ils n'ont pas porté les bons habits, ils n'ont pas porté les bonnes couleurs, etc. Donc, vous voyez, le problème des lois sanctuaires, c'est de définir un espace de consommation. Parfois, il est accentué, élargi. Parce que les autorités religieuses s'en mêlent de très près, d'autres fois on se demande comment elles sont appliquées. Mais on en voit la visibilité quand les lois somptuaires deviennent à finalité économique. C'est-à-dire quand elles ont pour but de contrôler non pas la pratique exacte de la consommation, mais le coût de la consommation. C'est-à-dire d'interdire ce qui coûte le plus à l'importation et de limiter ainsi le choix de certains ornements. de certains tissus, de certains appareils qui entraînent beaucoup de dépenses pour l'économie d'ensemble. Donc, outre que moi je laisserais volontiers quelqu'un chercher la documentation qui permettrait de dire le contraire que je viens d'affirmer, les lois somptuaires c'est le type même de récit législatif, en quelque sorte, où on voit l'affrontement entre des représentations et des réalités parce qu'on ne trouve pas de procès. Donc, qu'est-ce qui s'est passé dans cette législation très bizarre et très importante ? Dernier point, il y a dans cette société des contraintes par la religion, par la politique, une société, un ensemble de règles de contraintes par les capacités, par les moyens. Vous ne devez pas oublier que cette société est 90-80% paysanne. et qu'une société paysanne n'a pas du tout les mêmes pratiques. que les sociétés urbaines. On est donc dans un ensemble de populations où l'écart entre la consommation des villes et la consommation des campagnes est quelque chose qui joue immédiatement parce que la ville va toujours apparaître dans un océan de paysannerie quelque chose d'exotique, à la fois attractif et en même temps répulsif du point de vue moral. Et sur cette tension se greffe toute une critique des habitudes vestimentaires ou des capacités d'imitation. Donc n'oubliez pas que dans cette société paysanne, quantité de choses sont dictées par les moyens mêmes, la comparaison des budgets tels qu'on ne peut le faire quelquefois le montre amplement, le poids de l'alimentation l'emporte sur toutes les autres consommations, Merci. Donc on gagne peu à peu dans la consommation vestimentaire, mais dans des marges qui sont très faibles et qui sont plus fortes dans les milieux urbains que dans les milieux ruraux. Conséquence, c'est qu'on n'a pas du tout le même rapport aux objets que dans les sociétés de diffusion rapide, de renouvellement et de consommation accélérée. On est dans une société où la rareté contraint... à des réutilisations où les gestes de chacun sont proportionnés à ce que l'on peut faire dans l'entretien ou dans le système de production textile. Le système de fabrication dépend beaucoup de ça et en particulier la répartition des rôles entre les femmes, entre les hommes, la façon dont chacun se comporte dans le système de consommation. L'importance de la production familiale n'est pas à négliger. mais elle n'a jamais été séparée de la circulation des artisanats urbains qui venaient faire dans les campagnes une partie du travail sur la transformation, voire sur la récupération des vêtements. Ces contraintes ne signifient donc pas une absence totale de possibilités d'interprétation individuelle. Il y a des jeux qui sont imposés par l'âge. Et on voit très bien ça dans quantité de romans ou dans quantité de fabliaux, de pièces de théâtre ou de recueils divers. Ce sont les jeux de la coquetterie qui commencent avec l'enfance. Il y a le jeu des accessoires. Qu'est-ce qui est utilisé ? utilisable et c'est par le jeu des accessoires et le jeu des appels à la séduction que dans les sociétés rurales se joue en quelque sorte l'apparition de ce que les historiens anglais n'hésitent pas à appeler un luxe des pauvres. Madeleine Ferrière a montré dans son livre sur Avignon comment ce luxe des pauvres au milieu du XVIIe siècle est déjà conquête des milieux urbains, conquête. assurée. A partir de cette utilisation urbaine, on pourrait reprendre le dossier et l'ouvrir vers les campagnes du XVIe siècle. Troisièmement, sur ces contraintes, sur ces grands faits de consommation qui, bien sûr, vont éclairer notre lecture des garde-robes reconstituées à partir d'autres sources. Quand on dépouille, et maintenant il y a quantité de travaux qui ont commencé à regarder les sociétés urbaines, les sociétés rurales, et je ne peux que regretter de ne pas pouvoir les citer toutes. Il y en a eu beaucoup maintenant, et à peu près aucune de ces études ne contredit les grands résultats qui avaient été amorcés à la fin des années 70, au début des années 80. Donc pour une majorité de population, les traits majeurs de la consommation vestimentaire c'est... la stabilité. Jean-Baptiste sait, 1830, dans son cours d'économie politique, dit, nos villageois sont un peu turcs et décrit que la turquitude du villageois français des années 1830 c'est de ne pas changer d'habit, c'est de porter les mêmes habits que son père, c'est de ne pas renouveler les habitudes de consommation depuis deux ou trois générations, ils se ressemblent. Donc, Il y a cette stabilité, cette permanence qui est liée au réemploi et qui est liée aux règles de l'inertie portées par les capacités. Il y a peu dans cette stabilité de différenciation entre le travail et le non-travail. Tout le monde s'habille à peu près de la même façon, mais c'est un trait de changement sur lequel Il faut revenir parce qu'il est très important, c'est à partir du non-travail que les vêtements de tous les jours vont prendre une autre coloration, s'accompagner d'autres détails et que progressivement la vie familiale va donner sa place aux vêtements de fête et à des occasions festives, à d'autres types de vêtements. Ce qui nous renvoie à un problème qui est tout à fait crucial qui est la question du costume régional. Qu'est-ce que c'est que le costume régional tel qu'on vient dans plusieurs séries de colloques ou d'études de l'évoquer ? Essentiellement, c'est la mise en place dans des aires géographiques qui n'ont pas la perméabilité que certains auraient voulu voir à certaines époques parce qu'elles coïncident bien avec le développement des études folkloriques, avec une volonté de retrouver dans l'identité provinciale, locale, un patriotisme général regroupé et une imagination fertile des populations paysannes, le costume régional va se construire sur cette immobilité, cette rareté, à partir de détails et à partir de transformations qui vont devenir progressivement décisives. Détails, par exemple la couleur, par exemple la coiffure, par exemple l'apparition de pièces vestimentaires. Sans autre utilité que des jeux de coquetterie, comme le châle. Par exemple, toutes les pièces qui accompagnent le colportage, les accessoires de la coiffure. Et dans un dernier temps, quelquefois, comme l'ont montré des études folkloriques en Roumanie, c'est les pieds qui arrivent en dernier. Je ne sais pas pourquoi, mais bon, passe de la tête aux pieds. C'est peut-être une loi de la nature. Deux caractères principaux se grèvent sur cet ensemble. Premièrement, il y a une très forte différenciation sexuelle. Les usages réitérés, le réemploi, tout cela coïncide avec, jusqu'au XIXe siècle, une certaine homogénéité des garde-robes féminines qui sont fixées et qui bougent assez peu. Je parle pour la masse de la population. Je ne regarde pas encore les endroits et les lieux. où se produisent des transformations. Mais déjà, vous voyez, par exemple, au XVIIIe siècle, des accessoires importants, comme le cotillon, comme la cote, comme tous ces... Les vêtements que le vocabulaire va décliner de façon multiple, qui se multiplient ? Les inventaires populaires sont le lieu où vous pouvez mesurer dans le langage la multiplicité des mots, ce qui se passe dans le changement. Mais il n'est pas toujours facile de dire qu'est-ce que c'est la réalité de l'objet. La robe, par exemple, telle qu'elle est qualifiée par le notaire, n'est pas forcément la robe telle que nous. la concevons ou telles que les historiens du costume l'ont conçue. Donc il y a cette extraordinaire multiplication qui commence à apparaître dans le vêtement féminin, beaucoup plus de pièces dans toutes les garde-robes féminines parisiennes ou dans les villes qui entourent Paris, dans les villages qui entourent Paris. Apparition de ces transformations dans des villes de province et dans des villages parisiens, ce sont les femmes qui donnent le la de la transformation vestimentaire. Il y a quelque chose qui joue dans cette transformation, c'est que ce sont les vêtements de dessus qui comptent et non pas les vêtements de dessous. Il y a très peu de linge, il y a des jupons, il y a des camisoles, il y a des chemises. Il n'est pas toujours facile de distinguer la chemise masculine de la chemise féminine. Mais il y a quand même des pièces qui sont des linges de dessous, mais il n'y a pas de ces lingeries froufroutantes qui caractérisent maintenant une certaine consommation. On va quand même peut-être les voir apparaître, c'est quelque chose qui caractérise la haute société et plus particulièrement la prostitution dans la société urbaine. Les hommes y sont un peu plus lents. Les hommes sont plus lents, que ce soit en ville ou en ville. ou que ce soit dans les campagnes, ils conservent à peu près les éléments du vieux costume de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle, les chausses, le pourpoint, ils n'ont pas de pantalons, ils ont des culottes, peu à peu le pourpoint se transforme et devient la veste ou le juste au corps, comme on dit quelquefois. Il y a des traits sexualisés qui se manifestent dès le XVIe siècle et qui continuent. pendant toute une partie du XVIIe siècle, mais qui sont transférées au fait que la culotte devient de plus en plus moulante, c'est la braguette qui caractérise le beau sexe. Alors, il y a des catégories de la population où on est moins dans le collant, mais plus dans le flottant, où on a des pantalons au lieu d'être moulant, mais ça peut troubler la psychologie. Les dames de la restauration disaient On ne sait plus très bien à qui on a affaire maintenant que tous ces hommes ont des pantalons. Donc, vous voyez, ces attitudes apparemment totalement ordinaires ont quand même des dimensions sexualisées qui comptent dans notre vie et qui comptaient, on ose le croire, dans la vie des gens de tous les jours. Alors, il y a des transformations qui interviennent comme ils interviennent pour les hommes qui sont particulièrement importantes parce que Elle se joue sur trois choses. C'est moins sur les formes que sur les textiles et les tissus qui s'allègent, qui sont de plus en plus à base de mélanges laine-cotton, coton-laine, soie-cotton-laine, etc., et qui permettent de faire introduire dans la majorité de la population urbaine, puis progressivement paysanne, une variété dans les choix. et quelquefois Ce qui est le grand changement de la consommation, le renouvellement saisonnier. Le renouvellement saisonnier, la capacité d'adapter son vêtement à la température, c'est quelque chose de tout à fait majeur qui intervient évidemment à la fin du XVIIIe siècle dans les catégories élevées et pour un plus grand nombre pour le XIXe siècle. Deuxième transformation, c'est la couleur. La société qui était, on le note quand même dans les inventaires et dans quantité d'autres documents, une société sombre, une société boueuse, une société terreuse, devient une société plus colorée. Et même les vêtements gris ou les vêtements sombres prennent des chatoiements qu'ils n'avaient pas dans les périodes précédentes. On est passé en gros, non pas de la pauvreté des lenins, qui ne sont pas des paysans tout à fait pauvres, mais des paysans qui ont pour but de montrer ce que doit être la bonne pauvreté, on passe du vêtement du paysan du XVIIe siècle au vêtement de Greuze. où vous pouvez imaginer ce qu'est ce changement de sensibilité visuelle qui est, vous vous en doutez, fondamental parce qu'on n'est plus dans les mêmes registres de perfection. Enfin, troisième changement, c'est la dominante en quelque sorte, c'est le passage d'une société relativement indifférente à l'hygiène, mais à une hygiène qui a été... résolue pour les catégories possédantes d'abord et dans la majorité de la population ensuite, par le changement de linge, chemise principalement, qui était destinée à nettoyer le corps à sec, faute d'eau, faute d'une hygiène aquatique. On est donc là, dans une société qui progressivement va découvrir la vertu de l'urbanité aquatique, la vertu de l'usage de l'eau. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y avait pas des gens qui prenaient des bains, c'est ça le problème, c'est qu'il ne faut pas transformer en réalité totale ce qui fonctionnait, ou ce qui fonctionne plutôt, à certains niveaux de la documentation, à certains niveaux de l'analyse littéraire ou romanesque. Alors toutes ces catégories, toutes ces règles définissent un ordre des apparences qui correspond toujours... à ce que l'on doit porter, mais il y a des changements et il y a des promotions, il y a des effets de brouillage. Et ces effets, ces indices du changement apparaissent sur les débats qui relèvent de la morale religieuse, de la pratique des comportements religieux ou de la morale économique. Morale religieuse, les curés enchaînent, ils détestent la coquetterie des jeunes filles. Elles font étalage de mouchoirs, elles se mettent à imiter les écharpes, les mantilles de l'aristocratie. Non, ce n'est pas très bien, il faut donc contrôler la coquetterie dans la pratique des services religieux, des familles et des fêtes. Madame de Sévigné, juin 1680, dans une lettre à un de ses cousins, une belle petite fermière de Bodégate en Bretagne, était... éblouissante avec sa robe de drap de Hollande, découpée sur des tabisses et des manches tailladées. Je n'ai pas trouvé d'explication au mot tailladée. Peu importe, on voit bien que la marquise est choquée. Elle est profondément choquée de voir une petite paysanne avoir du drap de Hollande et du drap de Hollande coupé, cousu, à des façons qui ne sont pas de son régime social.
Speaker #0Merci. taillandé le mot. Je ne sais pas ce que ça veut dire. Tailladé ? Non, non, mais je ne sais pas, pas bien. Bon, peu importe. Alors, ces plaintes traversent toute la documentation. On n'a pas le temps de les multiplier, mais vous les avez chez les élites, vous les avez chez les prêtres, vous les avez à partir de quantités de documents. Alors, elles montrent qu'elles sont, en quelque sorte, les dispositifs sociaux du changement. Ce qui est en jeu, c'est que les pratiques qu'on dénonce sont les pratiques d'un milieu qui n'est pas celui de celui qui adhère aux pratiques. Ce sont des pratiques d'imitation. On ne doit pas imiter ce qu'on n'a pas par la naissance. Et il y a deux milieux qui servent d'intermédiaire à ça. Le premier milieu, c'est les domestiques. Les domestiques parisiens sont des gens qui, par récupération... par habitude et imitation, finissent par avoir des garde-robes aussi riches, non pas en valeur, mais en variété. Cette richesse dans les sensibilités colorées ou dans les textiles, ils ont cette variété que leur maître leur tolère parce qu'ils leur font en partie cadeau des vêtements, mais le cadeau ne s'accompagne pas de la totalité du vêtement. On commence par enlever tout ce qui est précieux, les galons d'argent, les boutons dorés, les boutons même des fois encore plus précieux. Plus vous montez dans la hiérarchie, plus le cadeau circule comme ça. Ça fait circuler les textiles, mais ne fait pas circuler ce qu'il y a de plus précieux, ce qui donne une valeur d'usage encore plus forte et d'échange encore plus fort aux vêtements. Donc, de la cour à la ville, les métiers et certaines catégories intermédiaires. servent à cette transformation du spectacle. Et bien sûr, dans les campagnes, ce sont les seigneurs et leurs domestiques qui viennent des villes et qui y retournent. qui sont les intermédiaires involontaires de la diffusion de la coquetterie féminine rurale et, à un moindre degré, des pratiques masculines. Un personnage très intéressant comme Jameray Duval, ce petit berger originaire de l'Oxois devenu un des grands bibliothécaires de la cour de Vienne, Jameray Duval donne de nombreux témoignages de cette évolution à travers ses pérégrinations en France. Voilà la première localisation de la transformation par la compétition distinctive, par les phénomènes d'imitation, qui est, vous vous en rendez compte, un problème de contact, un problème de choix individuel sur l'amour des parures et de disponibilité financière. Il y en a une troisième, c'est une seconde, mais peut-être encore plus fondamentale, c'est la transformation des marchés. La transformation du marché du vêtement et du textile par les foires, par les grandes rencontres annuelles, par les grandes rencontres hebdomadaires, est, avec le colportage, vraisemblablement ce qui est le plus dynamique dans cette transformation des habitudes et des comportements, parce que quand vous voyez ce qui est vendu dans les boutiques de la foire de Bocquer, que vous lisez chez Stendhal, par exemple, sa peinture de la foire de Bocquer, vous comprenez comment ce rassemblement des hommes est aussi le moyen de confrontation avec ce qui vient de très loin, avec d'autres gestes, d'autres habitudes, et on change autant de vêtements que certains dans ces foires changent de maîtresse. C'est une des plaisanteries à laquelle Stendhal nous invite à rigoler dans sa description de la foire de Bocquer. Et le colporteur, alors là, les colporteurs de Laurence Fontaine, qui ont été remarqués par le jury du prix d'histoire de cette rencontre de Blois, les colporteurs sont parmi les agents les plus actifs de cette transformation. Parce que non seulement ils transforment, ils transportent dans les campagnes les éléments textiles, rubans, pièces de tissu, mais ils transportent aussi les outils, épingles, ciseaux, miroirs. Mais il transporte aussi les images. Et avec cette association d'objets, on se trouve dans une circulation accélérée des inventions et l'innovation. Voilà ce que dit, pour conclure ce point, Jameray Duval. C'était un dimanche. Je me rendis le premier à la messe paroissiale. Et un moment après, j'eus le plaisir d'y voir arriver une foule de paysans habillés d'étoffes. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que ce ne sont pas les tissus locaux, ce sont des étoffes importées. Donc ils constatent une foule. Alors qu'est-ce que c'est qu'une foule dans une paroisse ? Combien il y avait de vrais habillés d'étoffes, etc. ? Mais l'indice est très important et il s'accompagne de détails. Les gens ayant la plupart de leurs poignets ornés de boutons d'argent, avec des manchettes. Les femmes auraient pu figurer par la propreté de leurs ajustements avec les plus lestes bourgeoises que j'eusse encore vues. » Alors vous avez là l'écho de ces voix prédicatrices ou moralistes qui dénoncent ces usurpations et ces usages qui changent, et nous en arrivons en quelque sorte à ce qui s'est passé dans les derniers changements, dans les dernières années de l'ancien régime. L'ancienne société a en quelque sorte plusieurs traits qui sont importants. Premièrement, je vais relativement vite, l'accroissement de la dépense vestimentaire dans les familles urbaines comme dans les familles rurales, là où on a pu la calculer, est fondamental. C'est de l'ordre, selon les niveaux de fortune, de 30 à 100%. Donc on est là dans un secteur économique qui entraîne toutes les choses et toutes les transformations. Dans le budget d'un canulionnet vers 1780-1790, le canulionnet pour une famille de 5 personnes consacre 15% de la dépense de son salaire, né de son salaire. c'est le canut ouvrier, ce n'est pas le canut fabricant, à la pratique vestimentaire. Et à Paris, on a des chiffres encore plus... Plus élevé, le peuple de Paris consacrait en moyenne 42 livres, la valeur des garde-robe du peuple de Paris en moyenne 42 livres en 1700, c'est 160 livres en 1789. On peut constater le thermomètre, mais le thermomètre indique quand même quelque chose, ce n'est pas totalement contestable. Donc, premier trait. L'accroissement. Deuxième trait, l'unification des habitudes que j'ai commencé à vous mettre en place et sur lesquelles je ne reviens pas. La quantité s'accompagne de la qualité. La quantité se compagne de cet autre rapport au corps qu'impose la double dimension du choix des coloris, du choix des tissus et de la nouvelle hygiène des civilités et du propre contre le sale. qui a été mis en place et qui l'a triomphé. Troisièmement, et troisième, en quelque sorte, intérêt pour l'histoire en général, ce sont les femmes, je l'ai dit tout à l'heure dans les pratiques, en insistant sur les pratiques du plus grand nombre et sur les pratiques d'ensemble, mais ce sont les femmes de toutes les catégories, tant en ville qu'à la campagne, qui animent ce mouvement de transformation. La garde-robe de la femme noble est multipliée par trois ou quatre, et la garde-robe de la femme du peuple, à Paris, toujours, je cite des vieux chiffres du peuple de Paris, elle est multipliée par beaucoup plus que celle de l'homme dans ce doublement qui est celui de la garde-robe. Alors ici nous avons un phénomène fondamental, c'est qu'il s'est joué en quelque sorte un grand phénomène de la sexualisation. de la société, qui n'est pas encore celui de la renonciation des hommes à la conquête par la séduction vestimentaire, qui arrivera au XIXe siècle. Ça, c'est un phénomène du XIXe siècle, mais il y a un recul extraordinaire quand même dans un phénomène anthropologique d'importance. Et le rôle des femmes est porté par les transformations de l'éducation. Rousseau, par exemple, dit qu'il n'est pas particulièrement éclairé sur ce plan-là. Les demoiselles, elles doivent apprendre à jouer à la poupée parce que c'est en apprenant à jouer à la poupée qu'elles apprennent à habiller, déshabiller, confectionner des habits, entretenir les habits et elles apprennent ce qui doit être essentiellement leur rôle. Et leur rôle, c'est d'entretenir les vêtements parce qu'elles sont les mères, gestionnaires, etc. On retrouve ça dans les institutions scolaires en partie avec l'importance du travail de la couture donnée aux femmes et à toute la symbolique. Que transmet ce travail de la couture ? Le travail de la couture, par exemple, les piqûres d'épingles, toutes ces choses sur lesquelles les anthropologues nous ont demandé de nous intéresser. Alors, on pourrait suivre la réalité de la transformation à travers d'autres catégories, mais je voudrais en évoquer une qui vient d'être mise en valeur par des travaux sur le vêtement provincial, et plus particulièrement le vêtement régional breton. C'est que dans une... province comme la Bretagne, on pouvait croire le paysan breton isolé, complètement à l'écart de Paris, combien de kilomètres, etc. En réalité, il y a des phénomènes propres et spécifiques aux populations des littoraux bretons et plus particulièrement aux populations maritimes. Et l'un des phénomènes de ces populations maritimes, c'est le phénomène de la pacotille, c'est-à-dire que qui embarque dans la flotte de commerce Merci. Je suppose que dans la flotte militaire, ils devaient bien se débrouiller pour en faire un peu de trafic. Il n'y a pas de raison de penser qu'ils étaient moins malins que les autres. Donc les matelots avaient un droit reconnu, contrôlé en partie, mais ils pouvaient certainement échapper à tout contrôle, d'acheter et de revendre des produits qui étaient majoritairement des produits textiles. Et c'est un des fils que l'on a maintenant, grâce à des travaux qui ont été faits. sur les inventaires de marchands de draps, de marchands de tissus, sur les inventaires des collectivités paysannes, on sait comment on a pu voir se contaminer, en quelque sorte, les anciens tissus locaux avec des étoffes exotiques, carrément exotiques, et ceci dès le XVIIe siècle. Donc la chronologie urbaine parisienne n'est pas forcément totalement valable. Il faut la comparer avec des ouvertures locales qui sont liées au rapport que les provinces entretiennent avec l'extérieur. Il me reste décidément peu de temps pour... pour la révolution. Mais il existe une révolution du costume. Il existe une révolution du costume. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est quelqu'un de beaucoup plus éblouissant du point de vue de son apport intellectuel et littéraire, c'est Jean Starobinsky, l'auteur de l'invention de la liberté. Et il a, dans l'invention de la liberté, toute une tentative qui est une incitation auquel vous êtes... convié, si vous avez encore l'envie de faire des études sur le costume après l'ennuyeux exposé que vous avez entendu, il nous invite à dire mais qu'est-ce qui s'est passé pendant la Révolution ? Eh bien d'abord, le refus de la distinction et de l'agrément. Qu'est-ce qui caractérise le patriote ? C'est le refus de la distinction, c'est-à-dire de cette hiérarchie dont vous m'avez... non pas entendu vanter les mérites, mais vanter l'existence, ou tout au moins décrire l'existence. Refuser l'Ancien Régime, c'est refuser les agréments vestimentaires et la séduction du luxe des classes supérieures de l'ancienne société. Donc il nous invite à comprendre, parce qu'il affirme ça, mais comment ça s'est passé ? Alors là, ça devient évidemment un peu plus compliqué. Il y a une révolution vestimentaire, mais qui se joue sur deux niveaux. Le premier niveau relève du débat politico-idéologique dès avril 1789 avec le règlement pour l'ordre de préséance et de présentation des députés aux États généraux. C'est la dernière loi somptuaire de l'ancien régime français, non pas de l'ancien régime européen, parce que l'ancien régime européen va durer quelquefois jusqu'au début du XXe siècle, par exemple en Prusse d'une certaine manière ou dans quelques autres pays. Donc dans l'ancien régime vestimentaire européen, la dernière loi c'est là. C'est celle qui dit que les curés et les évêques seront habillés de telle façon conformément aux règles de l'Europe. Les nobles auront droit à l'habit noir avec des parements brodés or, panache de plumes d'autruche blanche à leur chapeau et des souliers à boucle d'or. Le tiers-état sera en noir. Les gens du tiers-état n'ont pas du tout apprécié. Et cela déclenche une discussion sur la révolution à faire dans les apparences parce que les députés du tiers dit mais. Nous sommes égaux, donc nous représentons nous aussi nos mandants, donc nous avons en quelque sorte besoin de cette manifestation formelle et d'une rectification des lois sanctuaires par rapport au régime qui va s'installer et qui entre. Alors il y a deux moyens de suivre cette histoire. Le premier moyen, le plus simple, parce que la documentation est totalement imprimée et numérisée, c'est le discours législatif et les débats dans les chambres et dans les clubs. Les débats dans les chambres et dans les clubs, vous les avez dans les publications officielles et vous les avez dans quantité de journaux. Alors là, vous avez le moyen de suivre la révolution politique du vêtement. Et les problèmes de la révolution politique du vêtement, c'est de mettre en question tout le problème visuel du social tel qu'il était élaboré dans les pratiques de la société ancienne. Les problèmes de la couleur, de la forme, tout y passe. Les débats sur ça sont fantastiquement intéressants, avec d'ailleurs des démonstrations pratiques de députés qui viennent. vêtues d'habits un peu exotiques, de manière à montrer qu'on doit être vêtue autrement. Avec le mouvement révolutionnaire, les choses prennent du champ dans cette discussion. La tension oblige à une définition de ce que sera le costume du citoyen, puis le costume du patriote. Et on a alors toute une série de débats. suivi de motions, suivi de discussions, suivi quelquefois d'arrêtés, où on voit apparaître en quelque sorte le langage politique des signes patriotiques vestimentaires. Et ce qui est très important, c'est que... L'idée de la réforme des institutions doit enclencher ou correspondre à l'idée de la réforme des habits. C'est le destin égalitaire, en quelque sorte, qui doit accompagner la régénération de la population, de la nation, former le citoyen, former le patriote, et on va le distinguer par le port de certains insignes. Alors, quel sera le destin de toutes ces initiatives ? Il va y avoir des jeux extrêmement intéressants sur les signes. La clocarde, le bonnet rouge, le pantalon rayé, l'adoption théâtrale du costume patriotique sans culotte, mais qui est voulu par certaines catégories, mais pas par d'autres, avec d'extraordinaires luttes au sein des jacobins ou au sein des clubs. À côté de ça, il y a un nouveau niveau sur lequel on réfléchit, c'est le discours en quelque sorte sur la régénération du... Du discours d'autorité du vêtement. La société ne peut pas se passer de signes qui désignent l'autorité politique. Alors il y a quantité de projets, à la tête desquels vous allez trouver David et son école et tout cela, qui dessinent, qui imposent, qui ne seront pratiquement pas mis en valeur, sauf pour deux catégories de représentants politiques, les députés de la Convention nationale. et les représentants en mission. Ce sont ces deux catégories qui ont été les porteurs de l'uniforme officiel. Après, il y aura des tentatives qui seront encore plus compliquées avec le directoire. Je passe, parce qu'il y a toute une contamination très intéressante. Mais cette idée n'était pas utopique. Il s'agissait de généraliser dans l'ensemble de la société les pratiques vestimentaires correspondant à la nouvelle société. Parce qu'il fallait créer la transparence, parce qu'il fallait créer la capacité de reconnaissance. À partir de deux médias, l'école et dans les grands projets de réflexion sur la création de l'enseignement, en particulier le projet Condorcet et tout ce qui a été lié, vous avez une réflexion sur le vêtement des enfants et sur ce qu'il doit donner. Avec des tentatives d'application, en particulier pour l'école de Mars. avec les jeunes futurs officiers. Donc, ce n'est pas complètement de l'utopie révolutionnaire, il y a des tentatives. Alors, il reste la deuxième dimension, c'est qu'est-ce qui s'est passé dans la réalité ? Eh bien, ça, on attend les historiens. On attend les historiens parce qu'il n'y a qu'un historien qui s'est attaqué au garde-robe populaire, c'est Richard Cobb, le grand historien anglais, qui a regardé... les procès-verbaux de la morgue, c'est-à-dire des noyés relevés dans la Seine, et qui a montré ce que j'ai retrouvé dix ans après lui. Il l'avait montré dix ans avant, mais avec les procès-verbaux de la morgue, c'est-à-dire la révolution vestimentaire. Mais on ne trouve pas sur ces noyés les éléments de la régénération. politico-sociales. Ils n'ont pas de coquarde, ils n'ont pas de bonnet rouge, ils n'ont pas de pantalon rayé. En revanche, ils adorent l'uniforme. Il y a beaucoup de noyés qui portent des pièces de costumes empruntées à l'armée, des boutons qui sont transférés de l'uniforme au costume civil, etc. Donc il y a un jeu extrêmement difficile à comprendre qui reste à analyser de cette transformation vestimentaire et qui attend qui attend son jeune historien. Il, dans 20 ans, viendra vous faire une conférence sur la transparence des habits révolutionnaires.