- Isabelle Wagner
Coulisses, loge, plateau, pièce, scène, c'est un extrait du vocabulaire du théâtre et j'ajoute acte. Le premier acte se vit dans ce podcast enregistré au Théâtre Vivant le 5 bis à La Réole dans le Sud-Gironde. Bonjour Élise Dubroca.
- Speaker #1
Bonjour.
- Isabelle Wagner
Quelle est votre terre de naissance, la région ?
- Elise Dubroca
Alors, je suis née à Paris, mais ma terre de naissance d'adoption, c'est les Landes, donc pas très loin d'ici. Voilà, je suis originaire des Landes et toute ma famille est des Landes, donc j'aurais pu naître dans les Landes, mais non, il se trouve que... Au moment des premières contractions, ma maman était à Paris.
- Isabelle Wagner
Est-ce que vous avez quand même été biberonnée au foie gras ? Absolument,
- Elise Dubroca
au magret, aller couper un pin pour Noël, pour faire le sapin. Oui, J'ai passé beaucoup, beaucoup de temps dans les Landes.
- Isabelle Wagner
Côté familial, est-ce que le théâtre avait déjà son espace ?
- Elise Dubroca
Absolument, mes parents étaient des spectateurs, pas du tout dans le métier côté scène, mais ils aimaient beaucoup les arts en règle générale, enfin ils aiment toujours d'ailleurs, et on allait beaucoup au théâtre, on faisait beaucoup de voyages, on allait beaucoup au théâtre, beaucoup dans les musées, donc j'ai été sensibilisée très tôt.
- Isabelle Wagner
Qu'est-ce qu'ils faisaient vos parents ?
- Elise Dubroca
Mon papa a été pilote de ligne, aviateur. Je préfère dire aviateur parce que c'était vraiment un aviateur, je crois.
- Isabelle Wagner
C'est plus sexy que pilote de ligne peut-être aussi, non ?
- Elise Dubroca
Oui, et puis en plus, il a commencé le planeur à 14 ans. C'est une passion. Il habitait un tout petit village dans les Landes. Il n'avait jamais vu un avion de sa vie. Et il s'est dit, je serai pilote. Et donc, il a commencé à pousser les avions, les planeurs, dans un petit aéroclub à Aire sur l'Addour. Et toute sa vie, il a fait de l'avion, même quand il a été à la retraite de la Compagnie Nationale Française. Il a continué à piloter des petits avions, il faisait de la voltige. C'était vraiment un aviateur, il aimait ça, il aimait piloter.
- Isabelle Wagner
Est-ce que la petite fille que vous étiez, Élise, est montée dans un planeur ?
- Speaker #1
Alors, pas dans un planeur, mais dans des avions beaucoup, oui. Oui ? Oui, mes parents nous ont beaucoup fait voyager. Voilà, aux grands dames des instituteurs, institutrices, ils trouvaient que c'était vraiment beaucoup trop de faire rater l'école à ce point-là.
- Isabelle Wagner
Et maman, elle prenait le rôle d'une institutrice à la maison ?
- Elise Dubroca
Non, pas du tout. Ma maman était sage-femme.
- Isabelle Wagner
Waouh !
- Elise Dubroca
Voilà, donc elle faisait ça. Et puis ensuite, elle a arrêté de travailler parce que comme mon papa était quand même très absent, elle s'est occupée de ses enfants.
- Isabelle Wagner
Donc, ce sont deux métiers de passion pour les parents. Donc ce n'est pas étonnant que vous soyez partie vers une passion, vous aussi. Vous avez choisi d'ailleurs ce mode d'expression très jeune. Pourquoi celui-ci ?
- Elise Dubroca
Alors je ne sais pas si je l'ai vraiment choisi en fait. Je pense que c'est plus une rencontre. En fait, j'étais une petite fille très inhibée, très timide, avec beaucoup de petits soucis de dyslexie, de dysorthographie. J'avais du mal à lire par exemple. Et donc, c'était un peu compliqué pour moi à l'école après le CP. Et j'ai rencontré le théâtre par la radio, parce que j'adorais écouter les dramatiques à la radio. Alors, je pense que ça m'est venu parce que mes parents devaient les écouter. Je ne me souviens pas, mais je pense que ça devait être ça. Je m'étonne que toute seule, je les regardais parce que je suis en France Inter. Et j'étais fascinée par ce monde de la radio, ce son. Cette ambiance sonore me fascinait enfant et ça continue de me fasciner. Et puis surtout, j'ai commencé, comme je n'arrivais pas à lire et on me forçait à lire, puisqu'il faut lire. Tout d'un coup, je suis tombée sur un bouquin de théâtre qui était une pièce de Pagnol. Je me suis dit, mais ça c'est génial, c'est bien organisé. Je comprends tout. Il y a des personnages, il y a des frâches courtes. Elles sont visuellement, ça me convenait beaucoup mieux. Et je me suis dit, mais ça c'est génial, c'est génial. Et donc voilà. Et en fait, j'ai rencontré le théâtre comme ça. Et à l'école, j'étais vraiment en difficulté. Et puis, j'ai eu la chance de tomber sur une institutrice. Madame Knepper, qui est formidable et qui a dit tous les vendredis on va faire du théâtre. Et là je me suis dit tiens, c'est super. Et puis à l'époque, je ne sais pas ce qui m'a pris, comme j'écoutais ces dramatiques à la radio, il y avait beaucoup de pièces de Fédot, des Vaudville, des choses comme ça, et je trouvais que le quiproquo c'était quelque chose de formidable, je trouvais ça très très drôle. Et j'avais écrit une pièce sur un quiproquo. Je me suis dit, moi aussi, pourquoi je n'écrirais pas une pièce ? Et puis comme on faisait du théâtre, un jour j'ai osé lever le doigt et j'ai dit, mais madame, moi j'ai écrit une pièce. Elle m'a regardée avec les grands yeux en me disant, tu as écrit une pièce ? Je dis, ben oui. Et mon cadre me dit, mais est-ce que tu serais d'accord pour qu'on la lise en classe ? Je dis, ben oui, pourquoi pas. Et finalement, on a monté la pièce. Et donc je suis passée de très très mauvaise élève, cancre, à star, qui avait écrit une pièce de théâtre et qu'on allait monter. Et donc, tous les élèves de la classe ont joué dans la pièce. Et donc, je me suis dit, plus que le théâtre, j'ai trouvé un moyen d'exister, de m'exprimer et d'être visible.
- Isabelle Wagner
C'était à quel âge ?
- Elise Dubroca
Alors ça, c'était dans les deux dernières classes de CP. Alors, je ne sais plus comment elle s'appelle parce que je m'en brouille à chaque fois. CP, CE1 ?
- Isabelle Wagner
Alors, CE1,
- Elise Dubroca
CE2, non, là, j'ai été traumatisée. Et CM1, CM2 ? CM2. Voilà, c'est avant le collège. C'est là, voilà, juste avant le collège, c'est là où j'ai commencé à éduquer. Après, je suis rentrée au collège. Ça ne s'est pas très bien passé. Donc, je suis allée dans une école un petit peu parallèle. où les arts étaient vraiment très importants. Et donc là, j'ai évidemment fait du théâtre avec des gens qui ont marqué ma vie.
- Isabelle Wagner
Par qui, par exemple ?
- Elise Dubroca
Alors, en fait, on avait une prof qui était une comédienne d'Augusto Boal, qui est un dramaturge brésilien très important, qui s'appelait Marisa. Et donc avec Marisa, on a tout fait, je crois. Et on a fait des expériences incroyables de type Augusto Boal. C'est-à-dire qu'on allait dans le métro à Paris. et on faisait des happenings, on faisait des impros. Et donc là, il y avait toute une bande de copains avec qui on est restés en lien. Et ensuite, on a été à Châtenay-Malabry avec toute l'équipe dont le nom m'échappe maintenant, et une compagnie aussi de théâtre très importante, mais on était ados à ce moment-là. On ne se rendait pas compte, mais en fait, on était vraiment dans des univers. Et donc, dans cette école, on a monté une pièce qui s'appelait « Moi, adolescent » . et je broie la parole, adolescent, adolescente et je broie la parole, qu'on avait joué chez Ariane Mouchkine. Donc la première fois que je suis montée sur scène, c'était à la cartoucherie de Vincennes chez Ariane Mnouchkine. Et puis, on allait beaucoup chez Mnouchkine avec mes parents aussi. Et au-delà du théâtre, je trouvais que... que le lieu où les acteurs faisaient à manger, on était là, on était ensemble, on mangeait au théâtre, on voyait les acteurs se préparer. Bon voilà, c'est tout cet univers qui m'a vraiment, je me suis dit, ben moi je veux, alors c'était pas je veux être comédienne, j'ai jamais formulé comme ça en fait, mais je veux être dans cet univers du théâtre.
- Isabelle Wagner
Et le premier grand rôle, c'était quoi ?
- Elise Dubroca
Alors, un grand rôle, je ne sais pas. Après, il y a eu tout un parcours. Après, il y a eu le bac. Après, j'ai fait quand même quelques études d'histoire de l'art. Et puis très vite, je me suis dit, je vais faire du théâtre. Et après, on passe par des écoles. Donc voilà, c'est des chemins. Donc moi, j'ai fait l'école Jacques Lecoq pendant un an. Et puis ensuite, je suis partie aux États-Unis faire un stage d'été qui a été très important pour la suite. Et puis, après, je suis rentrée à l'ENSAT, l'École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre, qui est un peu pompeux, mais qui est une école nationale française. Et donc, à la suite de ça, j'ai commencé à travailler en tant que comédienne, dans des réseaux plutôt subventionnés. Et puis, moi, j'ai toujours écrit en parallèle, parce que l'écriture théâtrale est quelque chose qui est important pour moi. Et j'ai toujours eu ce désir de m'émanciper un peu. peu de juste être interprète, comédienne, voilà, c'est quelque chose qui ne me convenait pas. Pas tant que ça. Jouer, oui, mais être toujours en attente du désir de l'autre, parce que c'est quand même un tout ça d'être comédienne. Voilà, je suis trop autonome pour ça et j'avais besoin de créer moi-même, en fait. Parce que ce qui me plaît profondément dans ce métier, c'est d'inventer, de créer. Et je trouvais que la part de création en tant que comédienne existe, évidemment. Mais je me sentais un peu dans un carcan qui me...
- Isabelle Wagner
Oui, c'est le metteur en scène, ou metteuse en scène. Oui,
- Elise Dubroca
metteuse en scène, de l'écriture, de monter ses propres projets. Très vite, j'ai monté ma compagnie, j'ai voulu faire des choses. J'ai très vite été dans le théâtre contemporain, parce que c'est ça qui m'intéressait. Je trouve que de soutenir les auteurs qui vivent en même temps que moi et qui écrivent sur nous, sur ce qu'on vit, sur ce par quoi nous sommes traversés, nos émotions, ce qu'on vit, Voilà, c'est ça. C'est ça, moi, qui me meut.
- Isabelle Wagner
Les points de repère aujourd'hui les plus heureux dans ce parcours que vous venez de définir, ce serait quoi les repères ? Ce serait des humains, on a bien compris, mais c'est peut-être aussi autre chose, des pièces, des gens croisés dans le public.
- Elise Dubroca
Alors les points de repères, c'est-à-dire les points forts,
- Isabelle Wagner
les marquants.
- Elise Dubroca
Oui. Alors, je ne sais pas, là comme ça c'est un peu difficile parce que je commence à faire beaucoup de choses derrière moi.
- Isabelle Wagner
Mais qu'est-ce qui arrive en tête quand, par exemple, il y a une baisse de créativité ou une baisse de morale ou un besoin de rebond ? Qui arrive dans cet esprit à ce moment-là et qui peut être un soutien ?
- Elise Dubroca
Je crois que c'est le... C'est vraiment la rencontre avec le public. C'est les gens qui ont besoin de théâtre, qui ont envie de théâtre. C'est ça qui me porte, en fait, de me dire d'être utile à quelque chose, à un peu de bonheur, même si ça ne dure qu'une heure.
- Isabelle Wagner
C'est déjà beaucoup. Quel est le public le plus intéressant, le plus émouvant ? C'est celui qui est néophyte ou c'est plutôt celui qui connaît bien la culture théâtre ?
- Elise Dubroca
Je n'ai pas envie de cliver. Je crois que tous les publics sont intéressants. Ce qui est bien, c'est quand il y a un mélange, par exemple. Il est parfois... Pas toujours le cas. C'est vrai qu'à Paris, par exemple, c'est beaucoup plus un public averti et professionnel. Moi, j'aime beaucoup, par exemple, dernièrement, si je pense à un des derniers projets que j'ai fait en tant que comédienne et autrice, c'était un travail autour du grand âge. Et là, c'était un public vraiment dans des petits villages, dans les Landes. Et j'ai adoré ça, de donner quelque chose à des gens qui sont très éloignés de la culture, où l'offre n'est pas énorme. Et donc, ils accueillent ça avec une telle générosité. un tel... pour moi c'est très émouvant de cette rencontre là, elle est vraiment fondamentale.
- Isabelle Wagner
Votre rêve depuis toujours c'était d'ouvrir un théâtre donc pourquoi à La Réole et dans le Sud-Gironde, pourquoi ici ? Alors, c'est une très bonne question, c'est vrai pourquoi La Réole ?
- Elise Dubroca
Alors comme je suis originaire des Landes à l'époque... où j'ai décidé, alors c'est un projet que j'ai en tête depuis toujours je pense, je me disais vraiment très tôt, je me disais j'espère qu'un jour j'aurai un lieu à moi où je pourrais, et ça je crois que là pour le coup Ariane Louchkine a été très importante sur ce chemin-là. Et donc c'est le confinement qui a été un petit peu l'élément déclencheur, parce que juste avant le confinement, moi je travaillais beaucoup dans les Landes, autour de cette pièce qui a été créée dix jours avant le confinement. Donc voilà, on fait la création et tout s'arrête. Et on avait beaucoup de dates qui évidemment n'ont pas pu être honorées, mais je me suis dit, c'est pas possible, on peut pas laisser les gens comme ça, parce qu'il y avait beaucoup de spectateurs des EHPAD, etc. Donc j'ai... écrit une autre pièce compatible avec le Covid qui était pour le jardin des Ehpad. Et donc, nous sommes allées jouer cette pièce qui est une comédie, qui n'avait rien à voir avec le projet initial, mais au moins, on était présents sur le terrain. Et là, je me suis dit, on était dans l'île-en-de-la-Nuxaille, en résidence, et je me suis dit, mais qu'est-ce qu'on est bien ! Et donc, je suis rentrée à Paris, on était confinées, et tout d'un coup, voilà, il y a quelque chose qui est venu, j'ai dit, mais si je ne fais pas ce projet de théâtre, de monter ce lieu... Maintenant, je ne le ferai jamais. J'ai commencé à chercher, donc j'avais des critères. Il fallait que la ville n'ait pas de théâtre, il fallait qu'il y ait une gare pour qu'ils s'entrent à Paris, parce qu'à l'époque, je travaillais quand même beaucoup à Paris. Il fallait que je ne sois pas trop loin des Landes. Donc le Sud-Gironde, c'était parfait. Et à La Réole, je suis tombée amoureuse de la ville, comme beaucoup de personnes, et c'est parce qu'il y a un patrimoine exceptionnel. que j'ai rencontré le maire Bruno Marty, évidemment, avant de me lancer dans cette aventure, et qui m'a dit « mais c'est formidable, La Réole vous accueille avec grand plaisir ! » et que j'ai trouvé ce lieu qui correspondait complètement à ce que je voulais faire. Je sentais qu'il y avait quand même un appétit pour la culture ici, où il y avait déjà des choses qui existaient, mais il n'y avait pas de lieu. Enfin, voilà, c'était vraiment... tout concorder pour que ça puisse se faire.
- Isabelle Wagner
Est-ce que c'est le premier théâtre de la Réole ?
- Elise Dubroca
Oui, je crois, ne pas dire de bêtises en disant ça. Oui, je crois qu'il n'y avait pas de lieu. Il y a une salle municipale, mais qui n'est pas vraiment un théâtre au sens où il n'y a pas une programmation à l'année. C'est une salle des fêtes un petit peu qui sert comme ça, mais il n'y a jamais eu de lieu avec vraiment une programmation, une artistique, et puis tout ce qu'on fait autour de ce théâtre, puisque ce n'est pas que... programmation non plus, c'est une bonne chose.
- Isabelle Wagner
Alors, on va en parler, mais on va aussi visiter le lieu. Alors, juste pour préciser qu'on va essayer de donner des images aussi, donc, on arrive, on est dans une toute petite rue, la porte s'ouvre sur un sol rouge pétant, un bar sur la gauche, rouge pétant et bois aussi. Je ne sais pas pourquoi le rouge, c'est l'énergie, ça pulse.
- Elise Dubroca
Oui, et puis c'est le rouge théâtre.
- Isabelle Wagner
Voilà,
- Elise Dubroca
j'avais envie de en rouge et noir, j'exilerais ma peur.
- Isabelle Wagner
Elise, vous allez nous faire la visite ?
- Elise Dubroca
oui, allez,
- Isabelle Wagner
je vous suis donc là,
- Elise Dubroca
on est dans la partie bar mais qui est une partie très importante parce que c'est aussi la partie du lien social c'est la partie où à chaque représentation on offre une soupe, un verre de vin un petit truc à grignoter donc voilà, c'est vraiment aussi le cœur du théâtre, il est aussi là et puis c'est l'accueil avec la billetterie, qui est toute petite en rouge aussi bien sûr.
- Isabelle Wagner
Et puis le fameux rideau noir.
- Elise Dubroca
Voilà, le rideau noir. Nous entrons donc dans ce qu'on appelle la boîte noire, la salle de théâtre. Ah, formidable. Une boîte noire. Donc j'ai fait faire des gradins qui sont en bois recouverts d'un petit coussin rouge pour rester dans la thématique et pour que ce soit plus confortable. Donc ce sont des gradins démontables parce que j'ai voulu en fait cet espace, donc c'est un petit théâtre qui contient une cinquantaine de spectateurs, mais qui est complètement, on peut tout enlever et se retrouver dans un espace plus grand du coup. Et les gradins peuvent être dans ce sens-là, dans celui-ci, là où il est. C'est modulable. Voilà, c'est complètement modulable. Et parce que je voulais que les artistes aussi s'approprient le lieu. C'est pour ça qu'il y a des barres d'accroche de projecteurs toutes. Tout autour de la bichette, il y a une scène. Donc là, volontairement, je n'ai pas voulu de scène. J'ai voulu un espace modulable. On a fait du bifrontal, par exemple. Enfin, on a fait plein de choses. Et chaque compagnie, artiste qui arrive ici, se dit, ah bah tiens, qu'est-ce que je pourrais inventer ? J'ai voulu garder cet escalier en pierre.
- Isabelle Wagner
Là, il mène où cet escalier ?
- Elise Dubroca
Alors cet escalier, il mène dans mon jardin. Mais on peut y accéder aussi. par les loges. On va peut-être aller voir les loges.
- Isabelle Wagner
Juste, dernière question, c'est quoi derrière ce rideau-là ?
- Elise Dubroca
Alors ça aussi, c'est une entrée possible par la rue qu'on a déjà utilisée. En fait, c'est une entrée. Donc là, ça a été un peu... Mais ça, ça s'ouvre complètement. C'est un quai de déchargement. finalement, et on peut faire aussi des entrées par là, où on peut faire les spectateurs dans la rue, et puis imaginez que ça, c'est une toute petite scène, et pourquoi pas faire un petit monologue là-dessus, enfin voilà, ça ouvre à beaucoup de possibilités. Attention,
- Isabelle Wagner
vous êtes en train de coiffer le rideau dans la porte-fenêtre. Il y a la petite sono aussi, juste en face,
- Elise Dubroca
voilà. Donc il y a une régie pour le régisseur qui est là. Et puis on va faire le tour par l'autre côté.
- Isabelle Wagner
Et puis un puits-du jour, en plein milieu.
- Elise Dubroca
Voilà, alors ça c'est pour pouvoir, alors évidemment ça se ferme quand il y a de l'air. Oui, il y en a deux. Mais du coup, on peut répéter aussi avec un peu de lumière du jour, ce qui n'est pas désagréable. Ok, on revient donc à l'autre. Donc là, il y a la partie toilette. C'est aussi quand même, un ERP. Et donc, aussi avec un accès pour les personnes à mobilité réduite. Alors les coulisses, il n'y a pas vraiment de coulisses Mais on ne m'appelle pas ça vraiment des coulisses, il y a des loges. Donc c'est l'escalier qui est juste en face de la porte d'entrée. Voilà.
- Isabelle Wagner
Du 5 bis.
- Elise Dubroca
Du 5 bis, oui. Donc voilà, là c'est un espace loge où il y a... Oui. Trois postes. Alors ça, ça a été entièrement créé. Ça n'existait pas. Avec un petit lavabo, une machine à café, un petit canapé pour que les artistes puissent se détendre.
- Isabelle Wagner
Un petit peu.
- Elise Dubroca
Voilà, un petit peu. Et ça, c'est un bureau qui est un bureau de production, en fait. Il y a des compagnies qui veulent venir en résidence. Il y a aussi toute la partie production qui peut travailler pendant que les autres répètent en bas. Et le jardin, en fait. Voilà. Et là, on passe par le jardin de ma maison.
- Isabelle Wagner
Ah oui.
- Elise Dubroca
Allez-y.
- Isabelle Wagner
C'est un labyrinthe. C'est mignon parce qu'on a une jolie vue sur l'aréole. C'est un peu en boutoir. On voit même les avions passer dans le ciel. Oui,
- Elise Dubroca
voilà. C'est mon papa
- Isabelle Wagner
C'est pour ça que je dis ça.
- Elise Dubroca
Et là, en fait, on arrive. Alors, c'est un peu compliqué. C'est cet escalier. Et là, en fait, on arrive. Je vais juste montrer.
- Isabelle Wagner
À l'escalier de pierre, c'est ça ?
- Elise Dubroca
Oui. D'accord. Par le jardin. Et là, c'est l'escalier. Donc, on peut aussi faire une entrée par là, suivant la configuration on peut aussi entrer sur scène par là en passant par les loges sans passer par le bar.
- Isabelle Wagner
On repasse par là ?
- Elise Dubroca
C'est peut-être un peu périlleux par là. Moi j'habite là donc je peux aller au théâtre en pyjama.
- Isabelle Wagner
Donc ce théâtre s'appelle le 5 Bices parce qu'il est au 5 Bices rue Jagano. Est-ce qu'il est en forme en ce moment ?
- Elise Dubroca
Ça va plutôt pas mal. Ça va plutôt pas mal. Alors, bon, déjà, nous sommes encore naissants, enfin, en développement, puisque là, on attaque la troisième saison. Enfin, on est au milieu de la troisième saison.
- Isabelle Wagner
Oui, c'était en juin 2023, l'ouverture.
- Elise Dubroca
Voilà. Oui, c'est ça. Là où moi, je suis très heureuse, c'est qu'il y a un taux de remplissage qui est très, très bon. C'est-à-dire que vraiment, le théâtre, la plupart du temps complet.
- Isabelle Wagner
Combien de places ?
- Elise Dubroca
50. Mais bon, il a fallu le temps, il n'y avait rien. Donc les gens n'étaient pas habitués à venir. Ce n'est pas comme si j'avais repris un théâtre déjà existant, où il y avait peut-être un public, etc. On a tout créé. Je dis « j'ai » , mais on a tout créé. Grâce aussi à une équipe de bénévoles que j'appelle les indispensables, parce qu'ils sont indispensables. Toute seule, je ne pourrais pas créer ce théâtre. Maintenant, évidemment, économiquement, c'est un peu plus compliqué. Il faut trouver une viabilité économique. Et ça, ben voilà. Par les temps qui courent, je ne peux pas dire que la situation est très facile.
- Isabelle Wagner
C'est général en même temps.
- Elise Dubroca
C'est général, mais je crois quand même que ces petits lieux vont peut-être survivre plus et mieux que les grosses structures.
- Isabelle Wagner
Ce qui est intéressant aussi, c'est que ces petits lieux indépendants peuvent programmer ce qu'ils souhaitent programmer. Ça n'est pas imposé, ce ne sont pas des grosses machines. Comment vous choisissez les spectacles ? Les pièces qui passent par le 5 bis ?
- Elise Dubroca
Alors, je vais voir beaucoup de pièces. Je vais à Avignon tous les étés. Et puis, alors moi, je me suis fixé une ligne artistique qui est de défendre les écritures d'aujourd'hui, donc avec les auteurs vivants et vivantes. Donc déjà, bon, voilà, ça fait un choix. Et puis, il y a aussi beaucoup, beaucoup de compagnies, amis qui sont venus soutenir le lieu. jusqu'à présent, puisque les conditions sont évidemment un peu précaires, parce que pour le moment on a quand même des financements de la ville, de la communauté de communes et du département, mais qui sont des toutes petites dimensions. Donc j'ai un budget de programmation qui pour le moment est très petit, donc c'est aussi... Des artistes qui sont un peu militants et qui soutiennent parce qu'ils pensent qu'il faut soutenir ces lieux et qu'il faut continuer à jouer, à développer des choses.
- Isabelle Wagner
Comment ça se passe pour quelqu'un qui ne connaît absolument pas le fonctionnement du théâtre ? Comment ça se passe quand une compagnie vient dans une petite salle, elle peut soutenir en venant se produire, mais est-ce qu'elle peut aussi soutenir financièrement en payant la salle ? Ou est-ce que c'est la salle qui... paye un petit truc à la troupe qui vient ? Alors,
- Elise Dubroca
il y a plusieurs cas. Enfin, tout... Il y a plein de cas de figure qui peuvent se présenter. Mais le plus souvent, alors, nous achetons le spectacle, c'est-à-dire qu'on fixe un prix et puis on dit, ben voilà, moi, je peux acheter ce spectacle à ce prix-là. Et puis nous, on récupère les entrées et la compagnie, elle a son prix d'achat du spectacle et elle vient jouer. Ou bien c'est ce qu'on appelle une co-réalisation, c'est-à-dire que là, tout le monde prend des risques et on fait un partage de recettes. Mais voilà, avec 50 places, le partage de recettes,
- Isabelle Wagner
est vite fait.
- Elise Dubroca
Donc pour les compagnies, ça veut dire que les compagnies vont devoir rajouter un petit peu d'argent de leur propre denier pour pouvoir payer les artistes, etc. Donc c'est effectivement très précaire. pour eux et pour nous. Et puis, ils prennent un risque. Si jamais il y a 15 personnes, c'est quand même la catastrophe.
- Isabelle Wagner
Ça veut dire qu'il faut proposer au réolais ?
- Elise Dubroca
Alors,
- Isabelle Wagner
qu'il faut en faire toutes les semaines ?
- Elise Dubroca
Alors, toutes les semaines... Alors, nous, on est partis pour le moment sur un spectacle par mois, mais qui se joue plusieurs fois. Pourquoi ? Parce que plus personne ne fait de séries, ce qu'on appelle des séries, c'est-à-dire que la compagnie va jouer entre deux soirs ou quatre soirs. Donc ça, c'est... Ça ne se fait quasiment plus dans les théâtres municipaux. Ils jouent une fois, deux fois grand maximum. Et moi, je prône ça parce qu'au moins, s'ils n'ont pas d'argent, ils peuvent roder un spectacle, par exemple, qui serait en sortie de création. Et que c'est important de pouvoir s'installer face à un public qui, pendant quatre soirs, on va un petit peu roder. Le spectacle va trouver son souffle. Plutôt que de jouer une fois, de tout déménager, puis d'aller à l'autre bout de la France jouer une fois. C'est un peu chaotique. Donc ça c'est bien et puis pour les Réolaises et les Réolaises, ça permet d'avoir plusieurs soirs et de pouvoir choisir. Et ça permet aussi par rapport à ce qui se passe aux alentours, de ne pas se dire « ah bah mince, tout est le vendredi soir alors qu'est-ce qu'on fait ? » . Donc moi je fais plutôt le jeudi, il y a un soir qui fonctionne plutôt bien. Et voilà, donc je suis partie, enfin nous sommes parties pour le moment. sur ce format-là, aussi parce que les indispensables sont bénévoles, ils ont leur emploi du temps, et que moi j'ai besoin de monde pour faire tourner le théâtre, pour être à la billetterie, pour être parce que, voilà, accueillir une compagnie, c'est énormément de postes en fait. Et ça va de faire le ménage à les accueillir, leur faire à manger, faire tourner le bar, faire la billetterie, faire le contrat. qui va nous lier à eux.
- Isabelle Wagner
Vous les logez aussi ?
- Elise Dubroca
Je les loge, donc ça, je les loge chez moi. Parce que, pour des raisons économiques, c'est moins cher que l'hôtel.
- Isabelle Wagner
C'est pratique que c'est pour eux.
- Elise Dubroca
Oui, oui, c'est super, c'est super. Ils sont là, ils peuvent jouer là, ils peuvent répéter. Il n'y a que le jardin à traverser, donc c'est pratique. Donc voilà, ce qu'il faut qu'on trouve maintenant, c'est, voilà, je crois que le théâtre est devenu vraiment, le 5 bis à La Réole, un lieu incontournable. Maintenant, il faut qu'ils trouvent un équilibre financier pour que moi je puisse aussi être payée, parce que là moi je suis entièrement bénévole, donc il faut que je continue à faire la comédienne, à écrire des textes, à donner des cours. Et que c'est vrai que j'aimerais... Pour vivre. Pour vivre, et que j'aimerais moi me consacrer entièrement à ce lieu, et le développer encore plus, et donc faire aussi plus de pièces. faire au moins deux par mois et d'ouvrir aussi à d'autres disciplines à la danse alors là on va lancer le jazz j'aimerais beaucoup aussi accueillir de la danse voilà mais ça demande des investissements enfin voilà oui il ya plein d'idées il ya plein d'idées bon on peut vous soutenir aussi différemment si quelqu'un écoute ce podcast et envie d'être un peu généreux absolument je vais faire chanter dont des jeux donc à part et de trouver de l'argent privé aussi parce qu'on croit beaucoup à ce mélange là et je crois que les entreprises aussi ont un rôle à jouer surtout en ce moment et surtout aujourd'hui sur des territoires comme ici une entreprise locale peut aussi se dire d'investir dans la culture c'est pas complètement idiot et qu'il y a des échanges qui peuvent se faire moi je peux aussi accueillir des séminaires pourquoi pas, on peut trouver toutes sortes de partenariats d'échanges qui peuvent être bien pour les deux parties Un parrain ou une marraine ?
- Isabelle Wagner
Un peu en guest star ?
- Elise Dubroca
Oui, ça serait une très bonne idée. Mais j'y avais pensé parce que je fais des semaines un peu sociales, de théâtre social, une fois par an. Et à chaque fois, je me dis qu'il faudrait que je trouve un parrain, une marraine. Bon, c'est en réflexion.
- Isabelle Wagner
C'est quoi le piment de votre vie, Elise, mis à part le théâtre ?
- Elise Dubroca
Là, ça prend quand même 99% de mon temps. Donc, c'est ça. Oui, c'est continuer d'inventer, de créer. procurer du plaisir, du bonheur aux gens, de les accueillir. Moi j'accueille dans mon théâtre comme j'accueille chez moi. Voilà pour moi c'est ce qui m'aide dans ce lieu parce que souvent on me dit mais tu joues plus beaucoup parce que effectivement j'ai plus trop le temps et puis j'avoue que j'ai plus trop l'envie et puis voilà je vieillis donc je me dis bon bah oui c'est une comédienne qui vieillit c'est pas facile.
- Isabelle Wagner
C'est vrai. Beaucoup de femmes l'ont dit.
Elise Dubroca : Et puis il n'y a plus de rôle donc voilà. Et je dis non, ça ne me manque pas de ne pas jouer en fait. Ce qui me manquerait profondément, c'est de ne plus être dans le lieu du théâtre. Et là j'y suis tout le temps. Et quand j'ai un petit coup de blues, je vais toute seule dans mon théâtre et je me dis tout va bien. Donc l'indispensable, le piment de la vie, c'est le théâtre en lui-même.
- Elise Dubroca
Oui, c'est le théâtre et les rencontres qu'il génère. Et de voir par exemple l'école du spectateur qu'on a montée, c'est-à-dire c'est un groupe d'adultes, on leur propose une programmation hors les murs du 5 bis, c'est-à-dire dans des théâtres municipaux aux alentours. Et on les accueille ici, on fait des retours sur les spectacles qu'on a vus, pour débattre un peu, etc. Et quand je vois tous ces gens ravis, qui me disent merci, voilà Je me dis, ça me va bien.
- Isabelle Wagner
On ne va pas se quitter comme ça, on va aussi parler un petit peu des amateurs, de cette troupe amateur qui s'est construite ici à La Réole. Et je suis sûre... qu'ils écoutent ce podcast, qu'est-ce que vous voulez leur dire ?
- Elise Dubroca
Tout a démarré avant même que le théâtre soit ouvert par eux. C'est-à-dire que quand je suis arrivée ici, c'était un des piliers du projet pour moi, c'était vraiment fondamental de créer une troupe amateur de création. Et je tiens, parce que ce n'est pas un cours de théâtre. Je ne fais pas de cours de théâtre, en fait. On se retrouve et on essaye de créer, d'inventer ensemble. Et c'est vraiment ce qui s'est passé. Moi, je ne connaissais personne quand je suis arrivée à l'aréole. Je n'avais pas un ami, rien. Donc, je suis allée voir, j'ai rencontré deux, trois personnes, comme ça, dans les bars avoisinants. Et puis, j'ai dit, voilà ce que je vais faire. Ça ne te dirait pas de faire du théâtre ? Puis, ça a vraiment commencé comme ça. Et quand on a fait la préouverture, avant les travaux, il y avait trois personnes de l'aréole qui ont commencé déjà. Et on avait fait une visite théâtralisée. Et donc j'avais fait trois heures de théâtre avec eux, en disant « allez, paf, paf, on y va, on fait ça ! » Et ils ont été complètement emballés. Il y a eu un monde fou, alors que le théâtre était en ruine, c'était vraiment avant les travaux. Et puis l'année d'après, il y a eu un an de travaux, et j'ai dit « là, on va monter la troupe » . Et donc là, le groupe a grossi, on a répété au lycée, et on a fait un superbe spectacle. Il y a eu un monde fou qui est venu. Et pour moi, ça, c'est vraiment... très important parce que c'est le lien avec la ville c'est aussi pour les gens d'aller voir sa voisine, sa cousine, sa maman sa soeur qui tout d'un coup va jouer sur scène et puis comme on travaille sur des choses, des créations un peu personnelles, moi je mélange beaucoup alors là on commence à aborder des textes mais au départ on faisait vraiment que de la création libre c'est à dire de l'écriture de plateau à base d'impro ils arrivaient avec des petits textes écrits on les retravaillait et on a inventé ensemble Donc, Moi, bravo ! Moi, je suis importante pour eux, mais eux, ils sont aussi très importants pour moi parce que sans eux, moi, je ne fais rien et vice-versa. Donc, c'est vraiment, je conçois vraiment ça comme un échange et pas comme moi, sachante, qui va leur dire ce qu'il faut faire.
- Isabelle Wagner
C'est formidable. Donc, peut-être qu'on verra cette troupe ailleurs qu'à La Réole se produire ?
- Elise Dubroca
Absolument, parce que c'est justement cette année, on a décidé de sortir du 5-10. et on fait un spectacle. Donc en fait on a pris comme base de travail une pièce de Gorky qui s'appelle les Estivants. Et donc on travaille d'après cette pièce, autour de cette pièce. Donc il y aura des petits morceaux de cette pièce qui est une pièce que j'aime beaucoup. Et on invente aussi autour de cette pièce. Et nous allons jouer dans les châteaux avoisinants et au priori à l'aréole. Donc on va jouer trois dates et on va jouer en itinérance. Parce que voilà, je trouve que c'est bien pour eux aussi de... Donc ce sera en extérieur. Et c'est bien aussi d'essayer de jouer en extérieur, parce que c'est pas différent que dans ce petit lieu. Et puis de changer de lieu chaque soir, de voir un peu comme un esprit de troupe, puisque ça s'appelle la troupe, alors il fallait quand même faire quelque chose qui ressemble à un esprit de troupe.
- Isabelle Wagner
Merci beaucoup, Élise, pour ces confidences. Merci à vous, Élise Dubroca, du 5 bis à La Réole. Je vois aussi qu'il y a une autre troupe dans le quartier, c'est la troupe des chats qui se baladent sur le toit. C'est bien agréable aussi. À bientôt, Élise. À bientôt.